2002
Réseaux
La création du GDR « TIC et Société » au CNRS
Eric Brousseau
Frédéric Moatty
Le GDR TICS, Groupement De Recherches « Technologies de l’Information et de la
Communication et Société » (n° 2565) vient de se constituer au CNRS avec le
soutien des départements SHS
[1] et STIC
[2]. Ce GDR vise à développer les échanges
scientifiques qui ont structuré le cœur d’une communauté de recherche sur les TIC.
Les chercheurs et laboratoires
[3] qui la constituent ont développé une expertise
reconnue et ont su s’insérer dans des réseaux d’excellence internationaux. Cette
communauté scientifique s’est récemment élargie en raison du très grand nombre de
phénomènes économiques et sociaux liés aux modalités d’invention, de
concrétisation, de production, de diffusion, d’usage et d’appropriation de ces
technologies dans la société.
Sur ce thème de recherche, le GDR, regroupe d’ores et déjà les principaux
laboratoires et chercheurs français de différentes branches de l’économie, de la
sociologie, des sciences de gestion et des sciences de l’information et de la
communication intéressés ainsi que des chercheurs des sciences anthropologiques,
historiques, juridiques ou politiques. Il réunit également des chercheurs du nouveau
département STIC du CNRS afin de favoriser le dialogue entre sciences sociales et
sciences de l’ingénieur.
Les objectifs du GDR TICS
Un des objectifs du GDR est de contribuer à structurer le foisonnement de projets de
recherche en cours en contribuant à leur cumul, en facilitant les échanges intra- et
interdisciplinaires au sein des sciences sociales mais aussi transversalement avec les
sciences de l’ingénieur. Conçu comme une structure de coordination d’un réseau ouvert
fédérant des initiatives décentralisées, il est coordonné par une direction collégiale et
ses activités sont orientées par un conseil scientifique
[4], large et pluridisciplinaire.
Le GDR TICS devrait permettre de fédérer, d’améliorer la visibilité et de capitaliser
les différentes initiatives de recherche françaises portant sur les TIC, constituant
ainsi un point d’articulation avec les équipes de recherche internationales,
notamment européennes.
Les enjeux des TIC pour les sciences sociales
Le téléphone portable ou Internet sont des témoins de l’accélération récente de la
diffusion des TIC en France. Au-delà de leur nouveauté, ces produits remodèlent les
usages possibles d’outils plus anciens comme le téléphone, l’écrit, ou l’informatique.
Mais, même lorsqu’elle est massive, la diffusion des TIC n’est pas en soi synonyme
de « démocratisation » des usages, et peut s’appuyer sur les inégalités
socioculturelles existantes voire les renouveler. En raison des écarts potentiels entre
progrès technique et progrès social, la diffusion des TIC est porteuse d’enjeux
économiques et sociaux importants, pour les travailleurs comme pour les simples
usagers ou les citoyens.
La question des technologies en sciences sociales est une question récurrente. Les
recherches de l’ex GDR-Communication n° 100 (Greco Puces) s’étaient ainsi
centrées sur les stratégies des acteurs liées à l’offre technique et sur les usages en
société dans l’espace public et dans les interactions de la vie quotidienne.
La diversité des liens, réels ou supposés, entre les TICS et les évolutions
économiques et sociales nécessite de réunir des regards complémentaires et
d’intensifier les échanges interdisciplinaires à propos des enjeux de la « société de
l’information ». Comment en effet comprendre les modalités de développement du
commerce électronique ou des réseaux sans analyser les évolutions des modes de
vie ? Quelles relations se nouent entre l’évolution des stratégies des firmes, leurs
changements organisationnels, l’introduction des TIC, les salariés et leurs
aspirations ? Dans quelle mesure l’évolution des usages des médias grand public
dépend-t-elle des stratégies développées au sein des industries de l’information ? Ces
questions, parmi d’autres, nécessitent des approches interdisciplinaires.
La diffusion des TIC au travail
Dans la période récente, la capacité d’utiliser les TIC est ainsi devenue une
composante cruciale de la stratégie compétitive des firmes. La diffusion de ces
technologies génériques est allée de pair avec des changements organisationnels
profonds. Le travail symbolique lié à l’information et à son traitement, à la
communication et aux échanges langagiers, s’est développé, transformé et outillé
grâce aux vagues successives des TIC dans un contexte d’automation, de montée du
tertiaire et d’allongement de la scolarité. Ces évolutions exigent des travailleurs des
compétences nouvelles comme l’aptitude à la coopération et à la communication
ainsi qu’un engagement et une autonomie accrue. La question des disparités d’accès
à la communication et de l’appropriation de technologies en évolution rapide se pose
aujourd’hui dans des termes nouveaux, tant pour les jeunes les moins formés, qu’en
raison du vieillissement de la population active.
Et dans l’espace public et privé
Simultanément, la transformation des rapports sociaux ou celle d’institutions comme la
famille, l’éducation ou l’Etat, et plus largement, l’évolution des modes de vie a
constitué la trame de fond autour de laquelle les différents groupes sociaux ont retissé
leurs modes de contacts et inventé de nouveaux usages en s’appropriant les
technologies émergentes pour défendre, actualiser ou créer leurs identités, pour
répondre à leurs besoins de sociabilité, d’autonomie et de mobilité ou encore pour se
saisir de nouveaux moyens d’expression dans l’espace public. La diffusion du
téléphone portable, d’Internet et leur articulation avec les nouvelles offres des médias
de masse ne peut ainsi se comprendre sans la mobilisation d’une diversité d’acteurs y
projetant leurs aspirations, leurs représentations et leur imaginaire des techniques.
L’élargissement des problématiques de recherche
Conjointement, les travaux en économie et sociologie des réseaux se sont beaucoup
développés, mais les innovations propres aux réseaux numériques et à la mise en
réseau des activités qu’ils permettent suscitent de nouvelles interrogations comme
celle de leur régulation.
Dans le même temps, les analyses des économistes, des gestionnaires ou des
sociologues se sont enrichies et renouvelées, s’éloignant progressivement des
modèles concevant les relations entre mutations technologiques et changements
économiques ou sociaux comme résultant de déterminismes purement économiques,
technologiques ou sociaux. Ces enrichissements rendent aujourd’hui nécessaire
d’accentuer l’articulation intra et interdisciplinaire de ces travaux.
Le choix d’une entrée des recherches par les technologies ne se veut ni réducteur ni
exclusif, puisqu’il s’agit précisément d’en restituer la place, l’imaginaire, les usages
et les modes de régulation dans des phénomènes économiques et sociaux par nature
complexes. Le GDR vise donc à analyser la place des TIC en société, au sein des
groupes sociaux ou dans la constitution de nouveaux collectifs, dans les usages
professionnels, publics ou privés, etc. Au-delà, de la diversité des thèmes envisagés,
il s’agit de restituer les interdépendances entre travail et « hors-travail », entre
anciens et nouveaux médias, entre sphère privée et sphère publique, entre économie
et société. Pour ce faire, une attention particulière sera portée à la constitution de
méthodologies innovantes de recueil des données.
Afin de favoriser les échanges entre ses membres, le GDR organise plusieurs types
d’initiatives :
- Des rencontres et manifestations publiques :
- des journées doctorants sont prévues les 2-3 octobre 2002 Faculté Jean
Monnet, Université de Paris Sud (contact : Colloque. recherche@ jm. u-psud. fr),
- un séminaire bimestriel de haut niveau permettra d’inviter 4 à 5 invités
étrangers chaque année à partir de septembre 2002,
- une école d’été est prévue pour l’été 2003, ses thématiques seront élaborées par
un atelier de préconfiguration réunissant des membres du conseil scientifique du
GDR en juin 2002 en Avignon ;
- Des réseaux de travail et de production scientifique :
- des groupes de travail disciplinaires ou thématiques sont destinés à discuter
des travaux de recherche en cours, à confronter résultats et méthodes, et à structurer
des communautés,
- des ateliers thématiques permettront d’organiser les échanges interdisciplinaires ;
- Un dispositif d’échange et de diffusion de l’information :
- le GDR développera un site web associé à une lettre électronique,
- des publications communes seront envisagées, la revue Réseaux pouvant servir
de lieu d’échanges pour les initiatives interdisciplinaires.
Contacts :
secrétariat du GDR : Josette Reux : Josette. RReux-Kiamenga@ cee. enpc. fr
Centre d’Etudes de l’Emploi
« Le Descartes I », 29 promenade Michel Simon,
93166 Noisy-Le-Grand cedex
direction du GDR : Eric Brousseau (eric@ brousseau. info)
Frédéric Moatty (moatty@ cee. enpc. fr)
[1]
Sciences Humaines et Sociales.
[2]
Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication.
[3]
Le GDR est constitué de 14 laboratoires fondateurs auxquels se sont associés une trentaine
de laboratoires, groupes de recherche ou séminaires associés.
[4]
Le conseil scientifique comprend 34 membres : Richard Arena, Pierre-Jean Benghozi, Anni
Borzeix, Eric Brousseau, Dominique Cardon, Pierre Chambat, Bernard Conein, Jean-Claude
Combessie, Jacques Cremer, Nicolas Curien, Godefroy Dang N’guyen, Patrice Flichy,
Dominique Foray, Erhard Friedberg, Delphine Gardey, Michel Gensollen, Michel Gollac,
Nathalie Greenan, Claude Henry, Alain d’Iribarne, Josiane Jouet, Christian Licoppe, Gérard
Loiseau, Jacques Mairesse, Cécile Meadel, Bernard Miège, Frédéric Moatty, Dominique
Pasquier, Emmanuel Pedler, Thierry Penard, Pascal Petit, Alain Rallet, Gilbert de Terssac,
Thierry Vedel.