2002
Réseaux
L’evolution des centres d’appel telephoniques des agences de voyage sur l’Internet
Inscriptions sociotechniques de la coordination marchande
Christian Licoppe
Le développement de la vente de voyages sur Internet entrelace
développement des pratiques en ligne et croissance des centres d’appel. Le
métier des opérateurs téléphoniques y est traversé par une tension entre
activités de conseil et de vente. Sollicitées par les appelants et revendiquées
par les opérateurs qui y trouvent une valorisation de leur compétences
métier, les activités de conseil sont battues en brèche par des initiatives
managériales visant à les limiter et à focaliser les opérateurs sur la vente, au
nom d’impératifs de rentabilité. Cette tension est assez structurante pour
faire diverger les trajectoires d’apprentissage de deux centres d’appels
d’agences virtuelles, avec des positionnements initiaux différents relatifs aux
activités de conseil et de vente. Nous montrons enfin comment enjeux
organisationnels et cadre d’interaction avec le consommateur sont à la fois
intégrés et reconfigurés par le paramétrage des systèmes techniques, dans ce
qui relève d’une véritable « politique » de dispositifs.
The development of travel and tourism sales on the Internet necessarily
involves both the development of on-line practices and the growth of call
centres. Tele-operators’ work is characterized by tension between an
advisory service and selling. Although customers want advice, and operators
would like to give advice and see it as a way of enhancing their
competencies, this service is underrated and severely limited by managerial
practices aimed at focusing operators on sales, for the sake of profitability.
This tension has a structuring effect which is strong enough to cause a
divergence between the learning trajectories of two virtual agencies’ call
centres with different initial positions regarding advice and sales. The author
shows how organizational elements and the frame of interaction with the
consumer are both incorporated and reconfigured in the set-up of technical
systems, in what can be considered a real systems "policy".
Dans le secteur du tourisme, la prestation effectuée auprès des
particuliers par les distributeurs porte moins sur la vente d’un
produit à proprement parler que sur celle d’un accès à une
expérience dont la jouissance se réalisera le plus souvent en un autre lieu et
un autre moment. Par essence, l’agent de voyage est le médiateur qui assure
et garantit l’accès au produit touristique proprement dit. De ce fait, le
tourisme a été récemment considéré comme un secteur exemplaire d’une
économie électronique, qui accompagnerait et renforcerait simultanément un
déplacement du produit vers le service et un autre mouvement de la propriété
durable vers le droit d’accès temporaire
[1].
La vente de voyages en ligne est d’ailleurs considérée comme l’un des
secteurs du commerce sur l’internet qui réussit le mieux, avec celui de la
Bourse en ligne et celui de l’informatique et du logiciel. Il est alors légitime
de se demander si la vente de voyages en ligne annonce effectivement l’aube
d’un nouvel âge marchand électronique, avec des formes d’organisation
radicalement nouvelles de la distribution. Dans le même temps, la sociologie
de la consommation touristique semble osciller entre deux pôles assez
opposés, celui de la recherche d’une expérience originale et « authentique »,
d’une évasion des contraintes de la vie ordinaire
[2], et celui d’un tourisme de
masse, « McDisneyisé », avec ses
packages calibrés et préconditionnés,
calculables, où les risques sont minimisés par avance et où la simulation et la
reconstitution priment souvent une hypothétique réalité ou authenticité de
l’expérience vécue
[3]. La question se pose alors de replacer l’achat de
prestations touristiques sur l’internet dans cette tension propre à la
consommation.
La notion de commerce électronique est en fait elle-même problématique,
elle ne se réduit pas de manière comptable au fait d’acheter sur l’internet. Il
faut en effet prendre en compte l’électronisation des fonctions
ex ante qui
précèdent la vente (recherche d’informations diverses), l’achat et le paiement
proprement dits, et enfin les fonction
ex post de logistique et de service
après-vente
[4]. Acheter un séjour sur l’internet est une pratique distribuée sur
plusieurs supports et médias. Un achat typique pourra ainsi combiner une
recherche sur l’offre et une comparaison des prix sur l’internet : un achat
proprement dit et sa confirmation, laquelle pourrait s’effectuer soit sur le
site, soit sur l’internet, l’attente d’une confirmation par courrier électronique
différée et enfin tout un ensemble de vérifications concernant le dossier et la
logistique après-vente qui s’effectuent usuellement soit par téléphone, soit
par courrier électronique. Le téléphone joue un rôle d’autant plus important
dans cette distribution qu’un produit touristique engage un budget important
sur une prestation risquée.
Les consommateurs ont particulièrement besoin de se rassurer, et le recours
aux centres d’appel téléphoniques est par conséquent très développé dans ce
secteur du commerce électronique. Dans une telle perspective, l’un des
points d’entrée empirique les plus pertinents, pour appréhender la question
de l’achat de voyages sur l’internet, est donc bien constitué par les entités
qui gèrent la relation avec les consommateurs, c’est-à-dire les centres
d’appel des agences de voyages virtuelles. Ils constituent un lieu-clé de
l’ajustement de l’offre et de la demande, et de ce fait de la mise en forme de
la consommation par les professionnels du marché
[5]. De plus, comme l’ont
montré des études antérieures sur le commerce électronique dans d’autres
secteurs, les interactions téléphoniques introduisent des médiations
spécifiques dans la mise en forme de la relation entre les acteurs de l’offre et
les consommateurs
[6].
Nous avons mené entre 1999 et 2001 une étude de terrain faite d’entretiens
et d’observations répétées tous les semestres
[7], auprès des agences de voyage
virtuelles ayant l’ambition de devenir des sites d’audience pour la vente de
séjours
[8]. Celles-ci, comme par exemple Degriftours, Nouvelles Frontières,
Travelprice, Anyway, eBookers, Promovacances, et plus récemment
eDreams, Lastminute, et quelques autres encore que nous considérerons ici,
concentrent le gros de l’audience, avec une offre de vols et de séjours plutôt
généraliste et peu ciblée vers des publics particuliers. Leurs centres d’appel
ont énormément crû dans la période considérée. Ils sont ainsi passés en
quelques mois d’un ou deux opérateurs à une centaine, ce qui traduit bien
l’importance que jouent ces entités dans le contexte du commerce
électronique. Cette croissance s’est accompagnée d’une différenciation
graduelle des tâches effectuées par les agents des centres d’appel. Nous
essayerons de montrer comment cette différenciation ne peut être comprise
comme un effet qui serait seulement endogène à l’organisation. Il convient
en effet de rendre compte, d’une part, d’un contexte global de
commercialisation de la profession d’agent de voyages et, d’autre part, de la
nature très immédiate et très concrète des médiations et des mises en forme
qui s’opèrent à l’articulation de l’offre et de la consommation. De ce fait, la
question des ressources technologiques et des dispositifs interactionnels va
se révéler centrale à l’analyse. Ces dispositifs constituent en effet un espace
de contraintes ou d’opportunités dans lequel se jouent, se matérialisent et
s’incorporent les choix organisationnels et commerciaux. Du fait de leur
plasticité ils introduisent également du jeu, des ruses et des tactiques, aussi
bien au niveau de l’évolution de l’organisation que des usages des
consommateurs et tout particulièrement en ce qui concerne l’articulation
entre les deux.
L’approche proposée ici et qui vise à tenir en permanence dans l’analyse la
question des technologies et des dispositifs se distingue à ce titre de la
plupart des travaux antérieurs sur les centres d’appel
[9]. Elle en diffère
également à un second titre, dans la mesure où beaucoup de ces travaux
considèrent les formes d’organisation et l’activité des opérateurs dans de
grands plateaux comme déjà constitués (et donc très différents du contexte
d’évolution rapide décrit ici). Ces recherches portent de surcroît assez
souvent sur des entreprises du service public ou proches de celui-ci, lieux où
la question de l’activité commerciale des opérateurs se pose avec une acuité
différente. Elles se sont enfin intéressées à des dialogues essentiellement
téléphoniques, alors qu’il faut, dans les cas que je traiterai, distinguer
soigneusement les interactions sur l’internet de celles conduites au
téléphone, voire même prendre en compte les échanges par courrier
électronique
[10]. Si dans des travaux antérieurs une réelle attention a été prêtée
aux dispositifs technologiques, ce fut davantage dans le but d’étudier la
manière dont les opérateurs prenaient appui sur des applications
informatiques pour élaborer des cadres de coopération dans les dialogues
téléphoniques
[11] que pour analyser véritablement le rôle de la médiation
téléphonique dans la relation commerciale.
L’analyse sera ici focalisée sur deux cas, deux sites tout à fait
caractéristiques de ces agences de voyages opérant sur l’internet :
CheapHolidays et Voyageonline
[12]. Nous discuterons de l’évolution de
l’organisation des centres d’appel vers une différenciation croissante des
métiers et des tâches, la commercialisation du rôle des opérateurs
téléphoniques à l’intérieur d’une tension qui oppose le pôle des agents de
voyage et celui des télévendeurs. A ce niveau, les centres d’appel des
agences de voyage en ligne reflètent la problématique de la relation-client en
général dans le secteur. Mais les problèmes qu’elles rencontrent sont
également spécifiques au commerce électronique.
Nous tenterons de montrer comment à l’intérieur de cette même dynamique
particulière au commerce électronique, deux agences virtuelles peuvent
occuper des positions différentes et suivre des trajectoires distinctes. Nous
discuterons enfin de l’évolution des pratiques d’achat de voyages en ligne
vers une « commodification » de la prestation rendue, en m’efforçant de
montrer à chaque étape comment les problèmes organisationnels des centres
d’appel, les différentes médiations effectuées entre l’offre et la
consommation électroniques et le paramétrage des systèmes technologiques
qui assurent celles-ci sont entrelacés dans la pratique.
De la vente sur l’internet au développement de gros centres de réservation
téléphonique : effets d’échelle et différenciations fonctionnelles
La manière dont les acteurs décrivent de façon quasi unanime la distribution
des marges dans le secteur du tourisme montre qu’ils tendent à distinguer
l’activité de billetterie, dont les marges sont les plus faibles, entre 7 % et
10 %, la simple vente de séjours, avec une marge de 10 % à 15 %, et la
production et vente de séjours, avec des marges qui peuvent alors dépasser
20 %. Cette classification est habituellement utilisée pour justifier le fait que
le modèle économique gagnant se situe dans les produits à valeur ajoutée
(vols et séjours complexes) et dans une capacité à remonter dans la chaîne de
distribution et à devenir soi-même producteur ou intégrateur de produits
touristiques, cache des pratiques commerciales enfouies, sur les chiffres
desquelles les acteurs ne font pratiquement aucune publicité, et que nous
n’avons fait qu’entrevoir incidemment. En effet, transporteurs, tour
operators, grossistes vont consentir des commissions et des ristournes
supplémentaires pour que les voyagistes mettent plus en avant leur offre. Ces
ristournes et ces marges supplémentaires peuvent devenir plus avantageuses
pour deux raisons, d’abord une logique de contrainte temporelle où
l’opérateur consentira des conditions particulières aux agents capables de lui
écouler toutes les places restantes à la dernière minute, ensuite et surtout une
logique d’échelle dans laquelle commissions, ristournes et marges seront
d’autant plus grandes que les distributeur garantiront un volume de vente
important, jusqu’à une finalisation sous la forme de bases de tarifs
spécialement négociés entre fournisseur et vendeur. Dans un secteur
touristique perçu comme éclaté, compétitif et rendu difficile par la faiblesse
de ses marges, la capacité à vendre en masse et celle de vendre de manière
très réactive, voire à la dernière minute, constituent des enjeux importants
pour de nouveaux acteurs comme les agences de voyage en ligne, dont nous
allons voir qu’ils conditionnent leur positionnement et leur évolution.
Les sites de voyage en ligne à vocation généraliste ont développé entre 1999
et 2001 une forte stratégie de croissance, tant pour rassurer les investisseurs
de la « nouvelle économie » qui ne juraient que par des courbes de
croissance exponentielle des audiences sur l’internet, que pour obtenir de
leurs fournisseurs les bases de tarifs négociés susceptibles de renforcer leur
position aussi bien en termes de marge commerciale que d’attractivité auprès
de consommateurs de plus en plus sensibles aux prix. En ce qui concerne les
modalités de la relation avec les consommateurs, cette volonté de croissance
s’est inscrite dans une double perspective, celle du réseau d’agences
physiques et celle des plateaux téléphoniques de vente et de réservation :
Donc, certains réseaux vont survivre, ceux qui se donneront une visibilité
one-line et arriveront à faire redescendre du business sur des points de vente
géographiques et dispersés, d’autres, ça sera, demain, comme nous, sur des
mégas Call Center... Mais, à l’inverse, on va assister à un autre phénomène,
c’est-à-dire que les grosses enseignes one-line, telles que nous, il n’est pas
interdit, dans un futur, qu’on ait besoin de créer des points de vente
physiques pour compléter notre offre et notre relation client. »
(CheapHolidays, Directeur)
VoyagesOnline et CheapHolidays ont tous les deux choisi pour l’instant de
s’inscrire dans le modèle des gros centres d’appel, et ont vu leurs plateaux
d’opérateurs chargés de suivre la relation et les dossiers clients croître de
quelques personnes à une centaine entre 1999 et 2001. Cette croissance s’est
organisée autour d’une multiplicité de choix mêlant indissociablement
problèmes organisationnels et techniques, négociés au jour le jour.
En termes de charge, développer un système, une base de données partagées
où vous allez avoir 10 personnes dessus avec un réseau interne avec des
temps de réponse immédiat, c’est une chose, prendre ce même système pour
le rendre accessible à 200 personnes, et conserver les mêmes temps de
réponse, c’est impossible. Donc là aujourd’hui il nous a fallu, dans l’urgence,
je dirai, optimiser, voire repenser, certains outils de partage comme ça de la
base de données, parce que pour des raisons de temps de réponse et
d’écroulement des applications, elles ne pouvaient pas fonctionner de la
même façon pour 10 personnes que pour 200. (CheapHolidays, Directeur)
La distinction entre vols et séjours a été présente d’emblée dans les deux
centres d’appel de VoyagesOnline et CheapHolidays. Ils sont en effet tous
les deux divisés en plateaux qui traitent les séjours et en plateaux qui
s’occupent des vols secs.
Il y a une organisation très rigoureuse aujourd’hui. Une répartition donc des
contacts par types d’activités. Il y a deux grands types d’activités chez nous :
il y a la billetterie, donc tout ce qui est le vol sec et il y a tout le pôle
tourisme, en gros, tous les séjours, les circuits, les croisières, ce qu’on
appelle, nous, les forfaits. Donc, pôle vols secs et pôle tourisme et dans
chacune de ces activités, il y a de la gestion de contacts différenciés.
(VoyagesOnline, responsable du centre d’appel)
Ce sont des produits différents et des interlocuteurs différents en amont. Au
niveau des vols, l’offre est fédérée par les grands systèmes de réservation
électronique des compagnies aériennes, et trouver un vol est pour les
opératrices une opération technique de recherches dans ces bases de données
et de maniement des logiciels correspondants. Au niveau des séjours, où il
n’y a pas d’intégration électronique de l’offre et de sa disponibilité, il faut
interroger directement (ou faire interroger par une collègue dédiée à ce
contact) les tour operators au téléphone. A côté de ces plateaux séjours très
bruyants, où tout le monde parle au téléphone, la réservation de vol secs,
avec ses compétences plus déportées vers l’interrogation des systèmes
informatiques paraît une oasis de calme :
C’est vrai que je ne vais pas avoir une vision nécessairement juste de par
l’activité du Call center parce que c’est vrai qu’on a notre espace privilégié,
on est dans une bulle. C’est vrai qu’ici c’est très calme, c’est vrai qu’on a une
réputation d’autiste ici, c’est-à-dire que c’est très calme, les agents sont au
téléphone et il faut être – comment dire – il faut vraiment ce calme pour
pouvoir travailler, c’est nécessaire. (VoyagesOnline, responsable du plateau
« vols secs »)
A l’inverse vendre un séjour relève d’une compétence plus commerciale.
C’est de la « tchatche », il faut former les opératrices à ces produits et même
leur fournir des opportunités d’en faire l’expérience directe pour pouvoir
mieux en parler :
De l’autre côté (séjours), ce sont plus des agents de comptoir, des gens qui
vont être plus calés sur les destinations, qui vont plus facilement pouvoir
conseiller tel ou tel hôtel, conseiller les destinations, « où est-ce que je peux
partir au mois d’avril, où il ne fait pas trop chaud, pas trop froid, où je peux
me baigner ? », c’est plus le travail d’un agent de comptoir que d’un
billettiste, ici nous, on fait plus de la réservation vols secs. (Idem)
La différenciation des compétences requises limite le passage des opératrices
d’un plateau à l’autre. La différenciation de la demande limite également le
basculement. Le seul cas générique est celui où le séjour n’est pas disponible
et où le client potentiel souhaite acheter le vol seul.
Derrière cette première distinction, disons structurale, une deuxième s’est
tant bien que mal un peu précisée et mise en place dans la phase de
croissance et d’apprentissage. En mai 2000, un responsable du centre
d’appel commençait ainsi à envisager de séparer une fonction service, vouée
à la gestion et au suivi des dossiers :
Parce que je pense qu’à terme, on dissociera la partie réservation pure et dure
de la partie services clients, donc, toute la partie de suivi de cibles,
modifications, litiges, etc., avoir un numéro… (VoyagesOnline, responsable
du centre d’appel)
Quelques mois plus tard, le centre d’appel avait été restructuré spatialement
pour mettre en place cette nouvelle segmentation fonctionnelle et
organisationnelle :
Bon, donc là, c’est l’expérience qui nous a indiqué qu’il fallait monter un
service client qui ferait du suivi de dossier essentiellement, qui est une
activité chronophage, qui demande en plus souvent un certain degré
d’expertise, et dans la relation client, et dans l’accès à des fonctions, des
outils etc., enfin du GDS essentiellement. Donc voilà. Ça au départ, vous ne
pouvez pas le savoir, au départ on n’est pas un service client à proprement
parler, le service client de Bouygues Télécom qui ne fait que du service
client. C’est, on est un plateau de réservation, donc avec une équipe
commerciale qui est capable aussi de faire un peu de service client. Mais
seule l’expérience a dit que je devais ou pas créer un département à part qui
s’appelle « service clients », qui s’appelle autrement, qui fasse uniquement
du suivi de dossiers. Là, j’ai une modification à apporter sur mon dossier, je
veux savoir où en est mon dossier, je veux faire, je veux annuler mon dossier,
je n’ai pas reçu mes billets, paf, j’appelle le service clients. Et je n’appelle
pas le service de réservation qui est là pour faire de la commande. (Idem)
Pour CheapHolidays qui suit une évolution analogue, ceci est d’autant plus
facile que les opératrices chargées de vendre du séjour au téléphone n’ont
pas forcément toutes les compétences logicielles pour le suivi après-vente du
dossier. La mise en place d’un service de back-office marque une
différenciation accrue des métiers et des compétences dans le centre d’appel
et est justifiée par les acteurs en invoquant deux tendances de fond. Tout
d’abord la croissance en volume et les effets organisationnels de
différenciation et rationalisation de l’organisation et des procédures qui
l’accompagnent, classiques depuis les analyses de Max Weber au début du
siècle. Ensuite le besoin de sécurisation des consommateurs de voyage, qui
risquent des sommes importantes pour eux sur l’accès à des prestations
réalisées ailleurs et souvent loin, risque amplifié par le déplacement de la
consommation vers des pratiques d’achat de dernière minute, avec la tension
sur les procédures qu’induit une contrainte temporelle accrue.
Cette différenciation des métiers et des tâches n’est pas complètement
cachée au consommateur, elle est au contraire mise en scène et rendue
visible à celui-ci par un usage stratégique des technologies de l’information
et de la manière dont elles mettent en forme la relation avec le
consommateur. Lorsque les responsables du centre d’appel de
VoyagesOnline commencent à penser à instaurer un back office spécialisé
dédié au suivi des dossiers, ils pensent immédiatement à distinguer ce
services par un numéro de téléphone non seulement différent, mais gratuit :
Notre numéro indigo, c’est la réservation, on ne vous connaît pas encore,
vous nous appelez, on réserve. On se connaît déjà, donc, ça se transforme en
services clients, numéro vert, donc, çà ne coûte rien et là, on vous fait votre
modification. (CheapHolidays, responsable du centre d’appel)
Le jeu de la gratuité et du caractère payant sur les numéros d’accès vient
cadrer et rendre visible aux consommateurs non seulement différents types
d’interlocuteurs et de tâches chez le voyagiste, mais vient proposer un
cadrage particulier de leurs interactions et de leurs engagements mutuels. Sur
le numéro payant, le consommateur potentiel est mis en position de
demandeur d’une prestation de services qui requiert un effort de la part du
voyagiste, et dont le coût de la communication (qui se veut aussi dissuasif
sur des demandes atypiques) constitue une mesure visible. Dans le second
cas, la médiation téléphonique qu’assure le numéro gratuit met le
consommateur ayant déjà acheté en position de récipiendaire d’un service de
renseignements sur le suivi de son dossier qui lui est dû. Cette mise en forme
ostensible de la relation commerciale ne se joue pas que dans les numéros
d’accès, elle peut encore être poussée plus loin, par exemple dans la
présentation des options offertes par les serveurs vocaux interactifs d’accueil
téléphonique. Au printemps 2000, le serveur de VoyagesOnline proposait
ainsi de taper 1 pour les vols, 2 pour le forfait et 3 pour le suivi de dossier.
La transformation organisationnelle consistant à donner plus d’importance à
cette dernière opération en créant un service dédié s’est aussi traduite de
manière très visible pour les consommateurs par une inversion radicale de
l’ordre des options téléphoniques. La fonction de back office y a été rendue
plus présente, plus immédiate, plus saillante :
L’expérience nous a montré qu’il fallait effectivement mettre plus en avant la
touche service. Donc le 1er choix, c’était un choix service, formulé de façon
suffisamment pertinente pour que ça passe vraiment bien. Le 2e choix, c’était
vols, le 3e choix, c’était forfaits. (Idem)
On est bien là en face de nouveaux effets de mise en avant, très
concrètement inscrits dans le paramétrage des dispositifs interactionnels, et
donc dans la configuration des technologies de l’information disponibles. La
tendance actuelle est de pousser encore plus loin la distribution de la relation
commerciale sur différents dispositifs interactionnels, chacun proposant
ostensiblement un cadre participatif spécifique. Pour certaines agences de
voyage en ligne, les opératrices incitent directement les internautes à faire
certaines opérations de recherche et de suivi sur le site afin de limiter les
coûts de la recherche téléphonique. Ce cadrage particulier est alors renforcé
en facturant de manière visible un forfait supplémentaire lorsque les
commandes et les recherches d’information sont faites par téléphone, en
dépit de toutes ces incitations à leur prise en charge par le consommateur sur
le site internet.
On ne peut donc comprendre l’organisation et l’évolution de ces centres
d’appel sans reconstruire le caractère à la fois distribué, composite,
simultanément social et technique de la relation marchande qu’ils proposent.
Mais il importe de rappeler également ici que les effets de différenciation
organisationnelle dans les centres d’appel des agences de voyages en ligne
que nous avons étudiés ici ne résultent pas d’un processus qui serait
uniforme ou déterministe. Croissance et différenciation suivent également
des trajectoires singulières et il importe d’en repérer les différences pour
saisir les forces et les tensions à l’œuvre dans cette tectonique
organisationnelle, commerciale et technologique. L’agent de voyage, ou
plutôt la fonction d’agent de voyage en constitue un point focal.
L’agent téléphonique, conseiller en voyage ou vendeur de voyage ?
Comment caractériser ce qu’était l’agent de voyage (et que nombre d’entre
eux sont encore), face à ce qui est perçu comme une transformation profonde
du secteur ? Le responsable des nouvelles technologies d’un des plus grands
réseaux d’agences français, insiste ainsi sur la dimension du service rendu :
Donc la base de l’agent de voyages c’est quelqu’un qui a envie de servir le
client donc ils sont tous adorables, dévoués à cette cause formidable qui est
distributeur de voyages. (Très grosse agence de voyages, responsable
multimédia)
Le vocabulaire est imprégné de références à la vocation et à la gratuité, de
sorte qu’une partie de ce service rendu au consommateur semble référer à un
contexte non marchand. Le portrait type est celui d’un agent de voyage
goûtant peu l’informatique, surtout pour les anciens du métier, et dont le rôle
se jouerait moins dans le dialogue direct ou téléphonique avec le
consommateur, qu’en coulisse, lorsqu’une fois la demande formulée, il
construit et travaille le dossier, loin du regard ou de l’écoute de son
interlocuteur :
Surtout ce qu’elles aiment bien ces personnes-là c’est de fonctionner en
timing différencié, enfin en désynchronisation c’est-à-dire que vous avez une
demande, vous regardez ce que vous pouvez faire, vous faites une propal.
Contrairement au fait de recevoir des appels sans arrêt quoi. Il préfère
travailler comme cela, c’est pour cela qu’il aime bien ce service par rapport à
un centre d’appel classique où là vous devez répondre au mec en direct tout
le temps, tout le temps quoi. (Idem)
Dans cette représentation de l’agent de voyage, celui-ci prend en charge
l’ensemble du service acheté par le voyageur. Or nous avons vu que la
tendance des agences en ligne et de leurs centres d’appel était plutôt de
déporter tout ce qui relevait de la recherche d’information vers le site
internet, et le suivi commercial du dossier vers un service spécialisé de
back
office. Ces deux effets centrifuges conduisent à ne laisser peser sur les
opérateurs téléphoniques que l’enjeu commercial. De plus l’organisation
« industrielle » des grands plateaux tend souvent à dépersonnaliser le suivi
du dossier et à mettre en face du consommateur le premier opérateur
disponible. A une relation commerciale suivie dans le traitement d’un
dossier complexe par un agent de voyages dédié se substitue donc une
succession de « rencontres » éphémères avec des opérateurs différents
traitant chacun une requête particulière
[13]. C’est donc d’un profondément
bouleversement du métier de voyagiste qu’il s’agit, qui ne peut aller sans
hésitations et contestations.
L’exemple de ce grand transporteur aérien est à cet égard tout à fait
éclairant. Ayant mis en place dans les années 1980 de grands plateaux de
réservation téléphonique à partir d’un numéro vert unique, un gros effort
managérial a été fait à partir du milieu des années 1990 pour faire évoluer le
rôle de ces centres d’appel d’une éthique du service rendu et de
l’information fournie (d’ailleurs inscrite dans une tradition de service public)
vers une posture plus commerciale où les objectifs sont fondés sur les
réservations effectuées. Sans entrer dans les détails d’une évolution qui n’a
pas été sans résistance et mériterait un traitement détaillé en soi, cet exemple
montre que les transformations structurales que nous discutons dans le rôle
des agents de voyage s’inscrivent dans l’évolution vers une concurrence
accrue dans la filière du voyage.
Si la vente sur l’internet peut pour l’instant être lue comme un
épiphénomène de cette évolution, elle contribue sans doute à aller encore
plus loin dans le sens de la standardisation et de l’appauvrissement du rôle
des agents de voyages dans les centres d’appel. Le même transporteur aérien
a en effet monté un site internet de vente aux particuliers à la fin des années
1990. Une petite cellule de quelques agents, située à l’intérieur de l’un de ses
grands plateaux de réservation téléphonique, était chargée début 2001 de
réceptionner les appels des internautes (qui accédaient aux opératrices par un
numéro spécial, distinct du numéro vert de réservation téléphonique pour la
compagnie). Les opératrices de cette cellule se partageaient entre réservation
téléphonique traditionnelle et contact téléphonique avec les internautes, et
avouaient souvent préférer la réservation traditionnelle. Elles considéraient
celle-ci comme plus variée, et davantage inscrite dans une logique gratifiante
du service rendu que dans le cas des internautes, où il s’agissait avant tout
d’accompagner une réservation préformatée par les opérations effectuées sur
le site :
Parce que lorsqu’on est à la réservation, quand même, on… ça nous oblige
à… enfin, à se tenir informés de toutes les nouvelles infos… enfin, de tous
les nouveaux produits, de… J’ai pas envie de perdre ma technicité en fait.
Quand je fais une réservation, et puis ici par exemple, je suis en file d’appels,
c’est pas le même type de… de réservation qu’on fait. Puisque quand on fait
de l’appel, on fait pas du tout de réservations. (Q. C’est plus dynamique, le
téléphone ?) Oui. Oh, oui, on est obligés… Et puis on a toutes les questions,
hein ! sur le service réservations. Parce que normalement, c’est un service
réservations, mais c’est vrai que les gens nous appellent lorsqu’ils ont perdu
un bagage. C’est vraiment… c’est varié en fait. (Transporteur, opératrice du
centre d’appel qui traite les internautes)
Le développement de la vente de billets en ligne semble bien venir renforcer
pour les agents concernés la rationalisation de leur profession, portant, d’une
part, sur l’émiettement et la standardisation du service rendu et, d’autre part,
sur un dépersonnalisation que traduit le glissement des relations
commerciales vers les rencontres commerciales
[14].
Le rôle de l’opérateur téléphonique et la manière dont celui-ci se distingue
de l’agent de voyages traditionnel ne se définit pas cependant au seul niveau
des représentations managériales et des choix organisationnels. Il s’inscrit
également dans la configuration des dispositifs interactionnels utilisés,
configuration sur lequel s’appuie l’activité des opérateurs. C’est par exemple
le cas au niveau du paramétrage du système de gestion des appels
téléphoniques. Le choix opère au niveau du nombre d’appels qui peuvent
être mis en attente et sur la possibilité qui en découle pour les opérateurs
d’entretenir une relation suivie avec un consommateur. Laisser la possibilité
de mettre plusieurs appels en attente, ce qui était au début le cas dans le
centre d’appel de CheapHolidays, c’est en effet ouvrir la possibilité de
repasser à un appelant le consommateur avec qui on aurait pu traiter
auparavant, en faisant passer d’autres conversations en cours en attente. Cela
déplace l’interaction, d’une part, vers une relation commerciale plus suivie et
personnalisée et, d’autre part, vers une part amoindrie de l’activité
commerciale, relativement aux services de d’information ou de suivi de
dossier :
A la fin, c’était le gros problème, on s’est plaint aussi, c’était plus du dispatch
d’appels, c’est-à-dire que des clients qui avaient déjà eu des conseillers en
ligne, donc déjà des créations de bons de commande, donc c’était uniquement
standard ; j’avais un appel, oui est-ce que je pourrais parler à tel conseiller ?
Donc, je balançais les appels au bon conseiller, donc à la fin, c’était ça, donc
il n’y avait pas vraiment de création de bons de commande, quand j’entendais
oui, on a reçu 5 000 appels aujourd’hui, oui c’est bien mais est-ce que c’est
5 000 bons de commande de créés ? Non. Mais c’était pas ça, c’était des
appels, soit par renseignement de la destination, mais c’était beaucoup aussi
de clients qui avaient déjà traité un voyage auprès d’un conseiller qui
demandait où était son voyage. Je n’ai pas reçu, par exemple, ma fiche de
convocation, tous ces petits litiges qu’il peut y avoir… (Voyage Online,
responsable du centre d’appel)
Laisser la possibilité de prendre beaucoup d’appels en attente, c’est donc
rapprocher l’activité des opérateurs du modèle ancien de l’agent de voyage,
qui traitait le dossier de bout en bout dans un dialogue suivi. Mais les
téléopérateurs peuvent aussi trouver dans ce système un intérêt commercial
individuel, au détriment de l’intérêt collectif (incarné par la satisfaction du
consommateur relativement à la prestation globale du centre d’appel) : payés
à la commission, ils ont intérêt à pouvoir gérer en parallèle le plus grand
nombre d’interlocuteurs pour maximiser leurs chances de faire du chiffre
d’affaires. CheapHolidays a quant à lui décidé de faire le choix contraire.
Considérant que l’attente heurtait la notion de qualité de service, le
responsable a en effet choisi de limiter le système pour restreindre le nombre
d’appels qui peuvent être mis en attente à un seul. Les opératrices les plus
anciennes que nous avons pu observer s’avèrent nostalgiques d’un temps où
on pouvait mettre les appels en attente et garder son interlocuteur au fil du
traitement de sa demande, espérant même l’établissement de nouveaux
compromis sur le nombre d’appels en attente :
Avant, quand on était à l’ancienne adresse on pouvait avoir jusqu’à cinq
clients en attente. Là non. Moi je sais qu’il y a des clients, c’est vrai, qui
veulent nous parler donc dans ces cas-là ils parlent à quelqu’un d’autre et
puis je veux dire les messages sont transmis par e-mail mais… sans avoir
cinq clients en attente mais deux-trois lignes ce serait mieux.
(CheapHolidays, responsable du centre d’appel)
Certains opérateurs vont déployer des pratiques opportunistes dans les
interstices du système pour des mises en attente « sauvages », retrouvant
ainsi dans une rationalité déplacée les pratiques même que les opératrices
« nostalgiques » que nous avons citées posaient comme essentielles à
l’activité de l’agent de voyage. Mais ce régime d’« innovation ordinaire
[15] »
ne se justifie pas au nom d’une résistance ou d’une nostalgie pour une forme
d’activité révolue, mais au contraire au nom de l’efficacité commerciale,
pour être sûr de clore la vente et d’améliorer sa performance individuelle.
Ces écarts à la règle s’inscrivent donc dans le cadre d’une activité encadrée
par l’impératif commercial et d’une régulation autonome autour des
pratiques de vente
[16] et non pas dans celui d’un effort délibéré pour pouvoir
réinscrire les activités correspondantes dans le métier et les compétences de
l’agent de voyage. Ce jeune opérateur sans formation touristique, issu du
télémarketing, a trouvé le moyen d’effectuer des mises en attente rapide pour
interroger les
tour operators, et gérer de bout en bout le dossier :
Si le client demande une destination sur tel produit, si je vois que ce n’est pas
nos produits CheapHolidays, que je n’ai pas accès au stock, moi je mets mon
client en attente deux secondes, j’appelle, par exemple, Républic Tours.
(Q.Tu les as facilement ?) Oui, facile et automatiquement j’ai une réponse du
tour operator s’il y a place et, ensuite, je reprends mon client, effectivement,
il y a disponibilité, donc, on va créer un bon de commande, mais ça se fait en
cinq secondes. (CheapHolidays, opérateur du plateau « séjours »)
Certains agents vont même jusqu’à trop se prendre au jeu du marché. Les
meilleurs vendeurs contournent en effet l’impossibilité de mise en attente en
faisant rappeler certains clients sur leur téléphone mobile personnel dont la
sonnerie a été mise en mode discret pour ne pas déranger. Leur superviseur
tolère ces écarts du bout des lèvres, parce qu’il s’agit justement des meilleurs
vendeurs. Les possibilités d’une surenchère commerciale
[17] et d’une
régulation de celle-ci trouvent prise dans la configuration et le paramétrage
des systèmes sociotechniques ainsi que dans les zones de malléabilité que
permettent la coexistence de différent types de dispositifs (centres d’appel et
téléphones portables individuels).
On n’assiste pas pour autant à un déplacement de la fonction d’agent de
voyage vers celle de télévendeur, du service à la vente et qui s’ancrerait
simplement dans l’organisation sociale et technique des centres d’appel.
L’interprétation des indicateurs statistiques fournis par les technologies de
centre d’appel, comme le nombre et la durée agrégée des conversations
téléphoniques fait ainsi débat. Doit-on privilégier un argumentaire
d’efficacité au carrefour des ordres industriels et marchands et chercher à
simultanément minimiser cette durée des appels, tout en en maximisant
l’efficacité commerciale (la proportion de ceux qui se concluent par une
vente) ? Ou au contraire doit-on juger que la qualité du dialogue et du
service rendu, la satisfaction apportée aux consommateurs priment sur le
nécessaire raccourcissement des appels au nom d’une rationalité
industrielle ? On se retrouve cette fois au carrefour des rationalités
commerciales (prendre en compte et maximiser la fidélisation des clients en
relâchant en partie les exigences portant sur le raccourcissement des
interactions, quitte à laisser de fait se réinfiltrer une logique de service) et
civiques
[18] (puisqu’il faudra alors accepter et s’engager à satisfaire un certain
nombre de demandes d’information des interlocuteurs qui ne laissent pas
entrevoir la possibilité d’une vente). Les superviseurs de la plupart des sites
enquêtés ont indiqué cette question comme irrésolue, comme un enjeu
permanent de débat débattu dans les réunions managériales sans qu’un
consensus ne se dessine. La dynamique qui entoure cette tension entre
activités orientée vers la vente et activités orientées vers le service permet
une marge de jeu dans les trajectoires organisationnelles et donc de rendre
compte des différences qu’on peut y observer. Les centres d’appel de
VoyagesOnline et CheapHolidays ont par exemple évolué de manière assez
similaire quant à leur organisation fonctionnelle, se copiant même à
l’occasion. Mais ils diffèrent néanmoins profondément au niveau des
définitions qu’ils proposent des compétences nécessaires aux opérateurs
téléphoniques et des activités de ceux-ci.
CheapHolidays et VoyagesOnline, deux trajectoires différentes
CheapHolidays
CheapHolidays est dans la vente par téléphone et par Minitel de voyages
depuis quelques années. Au départ issus de l’explosion des serveurs
télématiques en France à la fin des années 1980, les fondateurs se sont
associés avec une agence de voyage dans les années 1990, agence qu’ils ont
fini par absorber au moment où ils prenaient le virage du commerce en ligne,
à la fin de cette décennie. Ils se considèrent très différents des nouveaux
acteurs internet, dans la mesure où ils revendiquent un apprentissage de ce
secteur, et une position pragmatique éprouvée par l’expérience :
On a vu ensuite arriver ces fameuses start-up, donc de nouveaux arrivants qui
il y a 6 mois n’avaient jamais vendu un billet d’avion et qui, simplement sur
le principe que l’internet allait être un outil formidable pour le commerce, il y
en a qui ont choisi le voyage, d’autres ont choisi les chaussures. On a en face
de nous de nouveaux arrivants qui ont choisi le voyage et qui investissent très
fort et qui font pour moi les choses à l’envers. C’est-à-dire qu’ils font le plus
facile en premier, de dépenser beaucoup d’argent pour se faire connaître mais
derrière ils ne maîtrisent absolument pas les ficelles du métier et donc ils vont
avoir un parcours qui a été le nôtre. Nous, nous savons à quel point il est
difficile et parfois douloureux… Et nous on est un petit peu atypique puisque
nous ne sommes pas une start-up, le plus dur a déjà été fait, aujourd’hui
CheapHolidays a fait partir plus de 30 000 personnes l’année dernière.
(CheapHolidays, directeur)
La mise en place d’une séparation entre le contact commercial et le suivi de
dossier les a conduits à concentrer sur l’opérateur en « front office » la
mission de vendre :
Lorsque vous appelez le Call center, vous arrivez immédiatement sur on va
dire, les vendeurs. Or on a identifié qu’à peu près 30 % des appels sont des
appels qui ne sont plus, je dirai, des appels de prospects qui viennent pour la
première fois mais de, soit de personnes déjà clientes qui veulent une info
complémentaire, savoir vérifier s’il faut tel vaccin, tel truc, tel machin, et
donc on a derrière les vendeurs un deuxième service qui s’appelle le back
office et qui a pour mission de traiter je dirai tous les appels qui ne sont pas
des appels de démarche commerciale. Les vendeurs, eux, doivent décrocher
et vendre ; dès qu’ils identifient l’appel comme n’étant pas un prospect et sur
lequel ils vont pouvoir déclencher une vente, ils passent l’appel au service
back office qui lui, c’est un service après-vente, lui, qui là va apporter la
réponse. Ça peut être un problème comptable, un problème juste
d’information, est-ce qu’il faut un visa, est-ce qu’il faut un vaccin, on a
comme ça deux tranchées : la tranchée des vendeurs, la tranchée du service
après-vente. (Idem)
C’est toute l’activité des vendeurs qui s’organise autour de l’impératif
marchand, avec des incitations financières spécifiques (une bonne partie du
salaire est payée à la commission) :
Une fois que le client lui renvoie le bon de commande signé, tout ça passe
justement au back office derrière, et c’est le back office qui prend son temps
pour rappeler le tour opérateur pour bloquer la vente, etc., faire tout ce qui doit
être fait. Le vendeur fait le moins possible de choses autres que de vendre. Oui.
Ils (les vendeurs) ont un fixe plus. Donc eux-mêmes sont demandeurs de ne pas
s’emmerder à faire des trucs administratifs, etc. ils veulent, ce sont des tueurs
de la vente, ils veulent vendre, vendre, vendre. (Idem)
Pour faire face à l’importante croissance de son centre d’appel,
CheapHolidays a dû recruter massivement des permanents et des saisonniers
pour gérer le pic d’activité des vacances d’été. C’est un recrutement de
télévendeurs, où les critères de l’aisance téléphonique et de la persuasion
commerciale ont pris le pas sur les compétences touristiques proprement
dites. Nombre d’entre eux viennent d’ailleurs d’autres univers, comme les
centres d’appel des opérateurs téléphoniques. L’urgence des recrutements
n’a d’ailleurs pas été sans occasionner quelques dérives, comme le souligne
cet opérateur :
Il y a des conseillers qui n’ont pas leur place ici, qui parlent à leurs clients
comme leurs potes et ce n’est pas bon. Il y a une image à donner, une image
sérieuse à donner chez CheapHolidays parce qu’en plus de ça tout se fait par
l’internet ou par téléphone, donc il faut que tu donnes une confiance à ton
client tu vois et quand tu tombes sur un conseiller qui te parle un peu
banlieue, ce n’est pas très sérieux, le client ce n’est pas ton copain, le produit
que tu travailles, que tu vends ce n’est pas non plus un aspirateur, c’est quand
même un voyage, c’est quand même des sommes assez importantes, entre
15 000/20 000 F, donc il faut que tu donnes une bonne image.
(CheapHolidays, opérateur)
Tout le système d’incitation et de gestion des dossiers clients contribue à
renforcer l’exigence de vente. Chaque vendeur a un objectif individuel et la
croissance du nombre des opérateurs rend d’autant plus difficile la
réalisation d’un tel objectif. Le dossier ne peut en effet être nominalement
approprié que par un opérateur au moment de la vente, il est donc
particulièrement fragile dans des situations où il a interagi longtemps avec
un consommateur pour trouver un séjour qui convienne, et que ce dernier
décide par exemple de réfléchir ou de discuter avec son conjoint. D’où un
effort accru pour boucler la vente. Une autre manière de « faire » des ventes
est de récupérer les mails issus des préréservations effectuées sur l’internet,
pour monter rapidement les dossiers sous son nom. Un effet pervers de cette
incitation systématique à la vente a ainsi été la précipitation de certains
opérateurs à arriver très tôt pour s’approprier à toute vitesse les réservations
effectuées sur le site pendant la nuit, mettre le nom sur le dossier et le traiter
ensuite. L’apparition de ces comportements a mis en évidence pour les
responsables du centre d’appel le déficit de collectif que concrétise un
système d’incitation orienté vers la vente à tout prix et fondé sur des seuls
critères individuels. A ce jour en tout cas, ils n’ont pas voulu ou réussi à
mettre en place des incitations collectives et ont traité le problème précédent
de manière purement logicielle : avant de prendre un dossier il faut
désormais traiter complètement le précédent, de sorte qu’on ne peut plus
rafler avant l’ouverture un paquet de réservations internet nocturnes que l’on
traiterait ensuite. Dérives, écarts et tactiques opportunistes traduisent bien
cette tension qui subsiste malgré tout entre vente et service. Pour éviter de
perdre une vente, les opérateurs cherchent à fidéliser leurs interlocuteurs en
jouant sur le relationnel, pour qu’ils demandent à parler avec eux lorsqu’ils
rappellent. Ces efforts peuvent alors se heurter d’une autre manière aux
effets de tension temporelle qu’induit le déplacement vers la vente de
dernière minute (et dont nous avons vu comment il constituait l’une des
forces autour desquelles se structurait l’évolution organisationnelle des
centres d’appel). Ils se heurtent également aux tactiques que les
consommateurs sont eux-mêmes enclins à développer dans ce contexte.
Certains insistent pour parler à n’importe qui pour que cela aille plus vite,
quitte parfois à ne pas mentionner leurs contacts antérieurs.
VoyagesOnline
VoyagesOnline a suivi une trajectoire différente. C’est un nouvel intervenant
dans le monde du tourisme, une nouvelle pousse internet issue de
l’engouement des investisseurs pour le commerce électronique grand public
à la fin des années 1980. Ses fondateurs ne sont pas issus du monde du
voyage et la priorité a été sans doute donnée au début au recrutement de
compétences touristiques. En avril 2000, ce sont ainsi essentiellement des
compétences voyages qui sont recrutées. L’évolution de l’organisation a mis
en tension ce schéma initial en réintroduisant l’impératif marchand, sans y
mettre toutefois autant d’emphase que pour CheapHolidays :
Moi dans l’idéal, ce que je voudrais faire ici c’est ça, c’est être un peu le
point d’équilibre entre un marketing produit, prix produit très agressif, et une
vraie qualité de services ou de relations. Mais ce n’est pas évident. C’est un
équilibre à trouver entre la vente et le service clients. A un moment où on a
besoin de vendre beaucoup. (VoyagesOnline, responsable du centre d’appel)
La compétence voyage, le rôle de conseil reste réaffirmé, même si
l’environnement propose des représentations concurrentes de ce qu’est un
centre d’appel pour une agence de voyages en ligne :
Et tout le débat aujourd’hui autour de la redéfinition du rôle du conseiller, de
l’appellation même des Call centers en centres de contacts, ou centres de
relation clients, participe évidemment de l’amélioration de l’image. Mais
réellement, je veux dire pour ceux qui veulent vraiment s’en donner la peine,
au-delà des concepts, une vraie amélioration effectivement du rôle du
vendeur au téléphone, qui est vraiment, dans notre métier, qui est vraiment un
rôle de conseiller, vraiment. (Idem)
Le système d’incitation est pensé autour d’une dualité commerciale et de
service, et inscrit explicitement une dimension collective :
Enfin, il y a une part variable dans leur salaire, mais ils seront plus jugés sur
effectivement deux critères : sur la réalisation des objectifs de leur groupe,
les objectifs commerciaux ; et sur la réalisation des objectifs en termes de
qualité de service. Là, dès qu’on mesure la qualité de service, il faut être
extrêmement rigoureux, il faut que ce soit vraiment écrit noir sur blanc :
qu’est-ce qu’on attend ? (Idem)
Cette question de la qualité de service est débattue, elle divise les acteurs et
de ce fait révèle toutes les tensions dans la distribution des rôles et des tâches
qui s’entrelacent au niveau des opérateurs. Ce débat se concrétise
particulièrement dans les manières d’évaluer l’interaction téléphonique, d’un
côté une approche focalisée sur la vente, où il s’agit purement de maximiser
le taux de transformation, un objectif qui obéit directement à une rationalité
à la fois commerciale et gestionnaire ; de l’autre, une approche par
l’interaction, qui à travers sa durée ouvre l’approche commerciale à la
question de ce qui s’y joue, c’est-à-dire celle du service rendu, de sa nature
et son évaluation. Si les projets actuels piétinent et sont controversés, c’est
parce qu’il est difficile de remettre les deux en cohérence au niveau des
objectifs des opérateurs :
On sait le temps effectivement que les gens passent au téléphone, comme on
sait combien d’appels on perd par jour, comme on sait assez finement pas
mal de trucs. Mais derrière, ce n’est pas exploité. Non. Ce n’est pas exploité,
il n’y a pas, comme je vous le disais tout à l’heure, il n’y a pas d’objectifs de
qualité de service, c’est-à-dire qu’on ne considère pas ça effectivement
comme un levier effectivement de l’amélioration de la performance
commerciale. C’est tout à fait dommage. C’est-à-dire qu’on me dit : ah la la,
les gens passent trop de temps au téléphone. Et voilà.(Idem)
La tension entre quantité et qualité des appels est ici d’autant plus aiguë que
les enjeux de qualité des interactions et de service étaient ici plus saillants.
Le contraste entre ces deux acteurs du commerce en ligne, à l’intérieur de
montages organisationnels qui évoluent pourtant de manière assez parallèle
montre, d’une part, en quoi le rôle des opérateurs téléphoniques qui traitent
la demande initiale, leurs compétences, leurs tâches et la manière dont
celles-ci vont évoluer constitue un espace en tension entre plusieurs modèles.
Cette marge de jeu engendre débats et contestations pour le management et
rend possible la mise en œuvre de ruses et de tactiques d’exploitation des
interstices du système sociotechnique pour les opérateurs eux-mêmes. Les
choix et l’évolution de VoyagesOnline et de CheapHolidays sont
profondément marqués par leur histoire, l’un étant nouveau venu dans le
voyage et ne renonçant pas à des exigences de compétence dans ce domaine,
l’autre, déjà expérimenté dans la vente à distance, axant tout son recrutement
sur un modèle de télémarketing agressif. Dans les deux cas, la position et le
rôle des opérateurs a du mal à se stabiliser. Lorsque l’embauche se fait sur
des compétences voyage ou conseil, pour une activité connotée service, la
pression est à la commercialisation de l’activité, du fait par exemple des
systèmes d’incitation fondés sur le chiffre d’affaires individuel généré.
Lorsqu’ils le personnel est recruté sur des compétences de vente et de
télémarketing, la question du conseil et du service réintervient à travers
l’indicateur de durée des interactions qui, tout en se traduisant directement
en coût, réintroduit néanmoins la notion de leur qualité relationnelle.
On constate donc que, même si l’organisation et sa transformation au contact
des consommateurs ont un peu brouillé les différences originelles, l’historicité
perdure : la manière dont chacune des deux agences de voyage en ligne
éprouve au niveau de l’organisation de son centre d’appel cette tension entre
activités de télévente et de prestation de services ou de conseil reste modelée
par les trajectoires antérieures. Or l’évolution de ces trajectoires
organisationnelles et technologiques se joue largement à l’interface entre les
téléopérateurs et les clients potentiels. Cette interface est en effet équipée par
une grande variété de dispositifs interactionnels, exploités par les différentes
parties dans l’interaction et transformés à travers cet usage. Mais dans le
contexte de pratiques émergentes, les modes de consommation en ligne
s’inscrivent eux aussi dans une dynamique d’évolution globale que le
caractère spécifique des pratiques en ligne vient infléchir. C’est cette évolution
que nous voudrions maintenant tenter de saisir.
Pratiques d’achat sur l’internet, vers une marchandisation
de la prestation des voyagistes ?
VoyagesOnline et CheapHolidays entrent dans la catégorie des vendeurs de
billets et de séjours généralistes. Les acteurs de ce genre de commerce en
ligne considèrent que l’achat est conditionné par la recherche des prix les
plus bas, et se positionnent en conséquence. Une bonne moitié des plus
grands sites français de ce genre ont ainsi choisi un nom de marque qui
réfère explicitement à cette dimension, Degriftours, Travelprice,
Promovacances… Pour les sites ainsi positionnés, les possibilités
technologiques qu’offre l’internet permettent d’encastrer encore plus
fortement cette logique de recherche des prix les plus avantageux dans le
maniement même du site. Le responsable de CheapHolidays est ainsi
particulièrement fier d’avoir exploité le premier les possibilités de tri offertes
par les moteurs de recherche, et d’avoir permis de trier les séjours non plus
par type et par continent, comme c’était l’habitude dans les catalogues
usuels, mais par prix :
Le prix restait aussi l’élément déterminant, donc moins de 2 000, de 2 000 à
4 000 francs, 4 000 à 6 000, etc. ; et c’était très novateur, on a été les
premiers à faire ça. Tous les magazines de voyage ou les brochures TO
proposent systématiquement une recherche par pays ou par continent. Je vais
avoir l’Asie, je vais avoir l’Afrique, etc. Nous avons été les premiers à dire :
on met en vrac tous les continents, par contre on met ensemble tout ce qui est
à moins de 2 000 francs, etc. Ça a vraiment été la seule originalité.
(CheapOnline, directeur)
Le développement de la vente de voyages sur l’internet s’accompagne
également d’une transformation dans la nature de ce qui est acheté, c’est-à-dire l’accès à une prestation de voyage ou de séjour. Les opérations de
recherche d’information et particulièrement celles qui sont les plus
routinières tendent à être effectuées de plus en plus en amont des interactions
directes avec les médiateurs commerciaux, afin de limiter le temps passé par
les opérateurs à des activités moins commerciales ou génératrices de chiffre
d’affaires au sens comptable du terme. De ce fait, le site contribue fortement
à cadrer les interactions, à en lisser la variabilité, quitte à en exclure de
nombreux cas singuliers. Ceux-ci, qui sortent des catégories ou
classifications qu’offrent le site, seront en revanche traités au niveau de la
réservation téléphonique :
Parce que le passager qui a l’habitude d’avoir un traitement très pointu via la
VAD [19], ne comprend pas que par le site internet, il ne puisse pas avoir la…
le même traitement et la même réponse à ses demandes. Euh… c’est vrai que
s’il nous demande de transporter sa planche à voile, on pourra lui indiquer
quelle dimension, quel poids, elle doit avoir, comment ça se passe au niveau
de l’emballage, etc. ça, le site, ne le fait pas. (Agence de voyage virtuelle,
responsable de plateau de « vente séjours »)
Dans le cas de demandes justement plus routinières, le fait d’avoir eu recours
au site au préalable requiert un travail particulier de la part du consommateur
et opère une première mise en forme de la prestation et des rôles de chaque
partie, souvent inscrite dans les détails de l’architecture, la navigation et
l’ergonomie des sites pouvait pousser dans ce sens. Dans certains cas en
effet, il faut que l’internaute remplisse plusieurs formulaires pour chacune
des personnes qui partent avec lui, alors que c’était auparavant l’agent de
voyage qui s’en occupait. Ceci crée des difficultés pour certains internautes,
difficultés que nous avons pu observer directement, puisqu’ils appelaient au
téléphone dans les centres d’appel, comprenant mal qu’ils devaient remplir
un formulaire à leur nom, et un autre au nom de leur compagne. En ce sens,
l’internet incorpore le modèle de l’achat d’une série d’accès individualisés
au voyage et éloigne de la négociation avec un agent de voyage pour une
prestation globale portant sur une famille où un groupe, négociation dans
laquelle les deux parties étaient souvent amenées à redéfinir ensemble une
représentation partagée du groupe concerné et de ses attentes. Les qualités de
la prestation de service achetées sont également remises en forme dès ce
niveau des opérations effectuées sur le site internet, par rapport au niveau
des modalités de l’accès au voyage. La demande des internautes semble
également en effet s’orienter vers une définition globale de l’accès, pour
qu’y soient intégrées toutes les prestations préliminaires au voyage
proprement dit, y compris certaines qui ne relevaient pas auparavant des
agences de voyage. Un responsable marketing s’interrogeait ainsi sur le fait
que dans les commentaires de leurs réservations en ligne, plusieurs
internautes avaient émis le souhait de pouvoir également recevoir leur carte
d’embarquement et choisir un siège. La tendance serait donc le recul des
dimensions et des compétences mises en jeu dans une coproduction du
séjour par le client et l’agent de voyage, et la mise en avant de l’achat d’un
droit d’accès plus individualisé, plus global et beaucoup plus défini et cadré
a priori par les recherches sur l’internet et les modalités pratiques de celles-ci.
Dans tout les cas, ce travail que le consommateur est amené à faire (et est
incité à faire) sur le site prépare en quelque sorte l’interaction téléphonique,
tant au niveau de ce qui y sera traité, que de la nature de ce qui y sera
négocié et des rôles mutuels des parties en présence. L’interaction
téléphonique peut apparaître en particulier davantage cadrée autour de
l’accomplissement d’une tâche « commerciale ». La coproduction du service
dans le dialogue téléphonique s’efface alors derrière l’achat et l’ajustement
d’un accès à un produit déjà très largement défini, voire codifié (une
destination, une date, des prix).
Ce redéploiement des pratiques de consommation, médiatisées par les modes
de recherche sur le site internet et la gestion de l’interaction téléphonique et
du suivi de dossier par les agents des centres d’appel, ne va pas sans induire
différentes tensions dans la chaîne de distribution. Des prestations mieux
codifiées sont en effet plus comparables et les internautes acheteurs de
voyage en ligne comparent activement les offres. Une étude effectuée par
nous sur l’analyse quantitative des parcours internet d’un panel représentatif
d’internautes suivi tout au long de l’année 2000 montre ainsi que dans la
moitié des sessions où ils cherchaient un voyage en ligne, les internautes
français avaient visité au cours de la même session au moins un site relatif à
une deuxième agence virtuelle
[20]. L’effort de comparaison de l’offre en ligne
est donc intense, d’autant plus qu’il combine deux effets distincts. L’un tient
à la volatilité chronique des familiers de la Toile. L’autre au secteur lui-même, relativement dispersé. Comme peu de distributeurs arrivent à
constituer une offre assez diversifiée et au meilleur prix au même titre que la
grande distribution a pu le faire pour les biens de consommation courants,
acheter un voyage, même sans jamais passer par l’internet, requiert de
comparer les offres de plusieurs distributeurs.
Un second déplacement de la consommation concerne les départs de
dernière minute, c’est-à-dire le raccourcissement des délais entre le moment
où le consommateur achète le droit à une prestation de voyage et celui où il
exerce effectivement ce droit. On assiste en effet dans le cas des achats de
voyages en ligne au développement des demandes urgentes pour partir sous
moins d’un mois, voit sous quarante-huit heures. Celui-ci n’est pas
imputable seulement à l’internet. C’est très clairement le succès de
Dégriftour qui fait symptôme de l’émergence de cette forme de demande :
Donc les résa aujourd’hui sont des gens qui réservent très tôt pour Pâques,
pour l’été éventuellement, mais comme il y a peu de gens qui réservent aussi
longtemps à l’avance, étant donné que notre ami Dégriftour a carrément,
comment dirai-je, développé un concept de vente de dernière minute qui
n’existait pas avant, et ça c’est un énorme problème de l’industrie du
tourisme. (Tour operator, responsable multimédia)
L’internet vient amplifier cette tendance, certains sites comme
Lastminute.com valorisant leur marque sur ce positionnement. Pour ce
responsable de CheapHolidays, c’est une des clés du marché internet :
Et l’autre effet déclencheur a été que le « on line » génère une demande de
dernière minute. Pour l’instant, le réflexe du marché est celui-là. Les gens qui
aujourd’hui se connectent pour construire leurs vacances sont des gens qui,
majoritairement, vont s’y prendre à la dernière minute, c’est-à-dire à J-30,
voire J-15, voire J-7. Donc on a une très forte proportion dans notre clientèle
de gens qui s’y prennent au dernier moment.(CheapHolidays, directeur)
La plupart des sites ne font pas que subir cette dérive vers l’achat de dernière
minute, ils misent dessus en mettant en scène eux-mêmes une offre adaptée,
dans le cadre d’un marketing événementiel, insistant sur les départs
imminents, et publicisant services de promotions et d’enchères. Mais les
départs de dernière minute et l’exigence correspondante d’une offre dont la
disponibilité est toujours actualisée en temps réel sur le site éprouvent
fortement la chaîne d’approvisionnement :
Or s’y prendre au dernier moment, dès lors qu’on est dans les dates de
vacances, signifie qu’il n’y a plus de stock chez les tours operators. Donc
nous avons vécu l’expérience de générer du trafic pour répondre : il n’y a
plus de place, il n’y a plus rien à vendre, nous ne trouvons plus rien, tous les
avions sont complets, tous les hôtels sont complets, etc. Parce que là, dans
notre mission de distribution, nous avions un magasin vide et plein de gens
devant la porte. Et quand on a réalisé ça, eh bien pour continuer et progresser
dans cette dynamique d’acteur du voyage avec une spécificité de vente à
distance et en ligne, il nous fallait avoir un magasin plein au bon moment et
donc pour remplir le magasin au bon moment, il fallait que nous produisions
nous-mêmes des produits. C’est un événement particulier (qui a motivé cette
prise de conscience). Je crois que c’est l’été 1998 où, pendant l’été, nous
n’avons pas pu traiter au moins trois appels sur quatre faute de place, faute de
stock. On avait fait la preuve que nous étions capables de générer une très
forte audience, une très forte demande de dernière minute, mais la promesse
était fausse puisque nous n’avions pas les produits. (Idem)
Cette prise de conscience d’un effet qui ne fait que s’amplifier en 2000
[21], a
conduit ce responsable à reconfigurer ses relations avec les
tour operators. Il
a même amorcé une démarche pour développer ses propres produits, c’est-à-dire remonter dans la filière. Autour de cette tension temporelle qu’introduit
la demande de départs de dernière minute, demande qui s’enracine tout
particulièrement dans les pratiques en ligne, c’est bien tout un réajustement
de la filière du voyage, de la production à la consommation qui est en jeu.
Ce que nous voyons donc, c’est bien au niveau des voyagistes généralistes
en ligne une inflexion des pratiques de consommation également en ligne,
dans le sens d’une plus grande marchandisation du service rendu, et d’un
développement des achats tardifs. Les acheteurs interagissent avec les
opérateurs téléphoniques de manière cadrée, avec une demande souvent
préparée sur l’internet, au moins en partie, orientée par un souci de résultat
rendu visible, et de manière d’autant plus appuyée que les pratiques d’achat
de voyages sur l’internet tendent à se développer de plus en plus vers des
achats de dernière minute, en général moins d’un mois avant le départ. Les
dialogues, orientés vers la formulation et la résolution d’un problème
pratique sont le plus souvent impersonnels, au sens où les consommateurs
tendent à ne révéler de leur contexte personnel que le strict minimum
nécessaire au succès de la tâche en cours. Cette inflexion ne peut être
rapportée au seul effet du commerce en ligne, elle s’inscrit bien au contraire
dans un contexte d’évolution du commerce de vols et de séjours touristiques
antérieur au développement de l’internet.
Du côté des firmes et plus particulièrement des entités dédiées à la relationclient, nous avons vu ceux-ci passer de quelques personnes à une centaine
dans l’espace d’une année et évoluer vers une différenciation toujours plus
poussée des tâches et des métiers, avec la séparation de l’accueil
téléphonique et la vente, d’une part, et du suivi de dossier de l’autre (le back
office). D’agents de voyage au sens traditionnel, qui gèrent de bout en bout
le montage d’un dossier, les opérateurs téléphoniques du « front office »
voient le rôle se renégocier. Les opérations de recherche sont déportées plus
ou moins activement vers le site internet, où le consommateur navigue par
lui-même. Les aspects de suivi de dossier sont assurés par un back office,
tandis que le rôle téléphonique des téléopérateurs/agents de réservation se
technicise et se commercialise en se focalisant sur la clôture des ventes. On
pourrait résumer donc en concluant qu’on se déplace avec le tourisme en
ligne d’un modèle de service vers un modèle de grande distribution, tendu
(achats de dernières minutes), froid, à distance. Celui-ci porte sur une
prestation plus calculable et dans un cadre d’interaction où la question de
l’efficacité est plus prégnante. Les centres d’appel sont dès lors soumis à une
pression de différenciation et de rationalisation « bureaucratique », autour
d’impératifs commerciaux très directement associés à l’évaluation des
interactions téléphoniques. Cette tendance générale se décline ensuite dans
des trajectoires particulières, avec des marges locales de négociation et de
jeu pour les opérateurs, ainsi que des choix managériaux qui conservent la
trace des historiques et des apprentissages antérieurs des firmes.
Evolution des pratiques de consommation et transformation de l’organisation
de la relation client s’ajustent de part et d’autre de l’axe service/coproduction
de la prestation et produit/modèle de la grande distribution. Cette distinction
a déjà servi à des typologies structurales de la relation client, opposant
centres d’appel de service et centres d’appel « commerciaux
[22] », mais il
s’agit bien ici de saisir une dynamique à l’œuvre. Tout d’abord parce que les
pratiques de la relation client dans le secteur du voyage et autour des sites
internet que nous étudions ici s’inscrivent dans un contexte. Les usages
commerciaux qui entourent les sites internet viennent infléchir des tendances
antérieures, et ce n’est qu’à partir de ce contexte que l’on peut appréhender
la dynamique de coévolution de la consommation en ligne et de la relation
client dans les agences de voyage « virtuelles ». Ensuite parce que cette
question dynamique peut être dès lors analysée empiriquement, dans la
pratique, au niveau des médiations marchandes et des tectoniques
organisationnelles et technologiques qui les travaillent. Nous avons montré
comment le jeu mutuel d’ajustement de l’offre et de la demande s’inscrivait
de manière décisive dans les détails fins concrets du dispositif interactionnel
et des procédures et médiations qui entourent la constitution et le suivi des
dossier ; comment il s’incorporaient dans une multitude de choix mêlant
irréductiblement les questions aussi bien organisationnelles que
technologiques, effectués au jour le jour. Il s’agit aussi bien de la définition
et du classement des choix offerts sur les serveurs vocaux interactifs
d’accueil, du paramétrage qui détermine le nombre de consommateurs qui
peuvent être mis en attente, du choix d’avoir un ou plusieurs numéros
d’appel, payants ou non, selon les tâches considérées, de la manière de
ventiler les appels et de laisser plus ou moins de prise à des interactions
répétées avec un vendeur particulier, de la possibilité pour les opérateurs
d’exploiter leurs mobiles personnels à côté de leurs outils professionnels
habituels, ou encore de la conception du site et la manière dont l’offre y est
déployée et mise en scène. Avec chacun de ses choix se réajuste le caractère
plus ou moins saillant des prises que l’organisation matérielle des
interactions offre aux interactions commerciales et se redistribuent les cadres
de participation accessibles au consommateurs comme aux téléopérateurs.
Ces cadres d’interaction sont par ailleurs renforcés par des choix
organisationnels, comme la nature et la mise en pratique des encouragements
ou des incitations destinés à faire travailler le plus possible le consommateur
sur le site internet, plutôt que de voir durer la gestion téléphonique de ses
demandes. Ils le sont aussi des statistiques d’appels en fonction de
l’interprétation desquelles sont évaluées les téléopérateurs.
Rapporter la transformation des ajustements entre distribution et
consommation au caractère saillant des prises que l’organisation sociale et
technologique de la relation-client offre à l’action des différentes parties en
jeu permet de conduire l’analyse dans une dialectique permanente entre
contrainte structurelles ou systémiques et opportunisme créatif des usages.
Du côté de la mise en forme de l’offre par exemple, le choix cité par un des
sites de faire du critère de prix un des critères de recherche sur son offre
internet, et même d’en faire le premier critère qui apparaît par défaut dans le
menu déroulant du moteur de recherches, formate une approche de l’achat de
séjours où celui-ci se joue plus en termes de produit et de marchandise que
de service ou d’accès à une expérience complexe et incertaine. Mais que ce
critère soit plus saillant ne doit pas pour autant conduire à un déterminisme
matérialiste. A supposer que l’on décide d’investir dans un léger effort
physique (dérouler plus bas le menu et cliquer sur la souris) et cognitif
(maintenir actif un autre schème cognitif de recherche et de qualification du
voyage, par exemple focalisé sur la destination) et l’on bascule dans un
régime différent de consommation. S’il n’y a pas déterminisme, il se
construit néanmoins à travers la distribution de ces prises et de leur caractère
plus ou moins saillant une forme d’irréversibilité par glissements successifs.
Pour prendre un exemple, deux au moins des sites que nous avons étudiés
étaient en train d’achever des projets de développements visant à construire
pour la partie billetterie et réservation de billets d’avion des interfaces
simplifiées au niveau des téléopérateurs :
L’avantage d’Air Match, lorsqu’il sera sorti de terre complètement parce
qu’il est en train de sortir de terre, qu’il sera finalisé, c’est que Air Match
heu, web pro, pardon, c’est un écran internet de base. C’est-à-dire que vous
n’avez pas besoin de connaître les formats GDS, vous n’avez pas besoin
d’être formé particulièrement sur notre système Air Match pour réserver.
Vous pouvez, tout à fait, le faire en direct avec le client grâce, justement à
cette interface parce que c’est un écran internet, mais qui a des spécificités,
qui a des fiches techniques que n’a pas le client de base lorsqu’il est devant
sont PC personnel. (Agence de voyage virtuelle, responsable de centre
d’appel)
Une fois de telles interfaces conçues et mises en place à grand frais :
Cela nous permettra, également, beaucoup, si vous voulez, de recruter des
personnes qui n’ont pas forcément une formation, ni un profil tourisme, mais
qui sont des gens débrouillards et actifs, commercialement. (Idem)
Simplifier les interfaces, c’est donc incorporer dans celles-ci le glissement
des métiers et de l’activité des téléopérateurs de fonctions plutôt techniques
vers des fonctions plus commerciales. Le glissement est ici d’assez grande
ampleur pour qu’on puisse parler d’une véritable politique des dispositifs. Et
comme il s’agit ici d’interfaces simplifiées de commande sur l’internet, les
écrans conçus pour les télévendeurs seront exploités sur le site internet, et les
fonctions correspondantes mises à disposition des consommateurs par ce
biais. Cette homologie dans l’évolution des dispositifs qui mettent en forme
les usages au niveau de la distribution et de la consommation constitue l’une
des caractéristiques peut-être les plus frappantes de l’internet et du
commerce électronique. Elle démontre toute la finesse du tissage à la fois
social et technique qui permet de coproduire la distribution et la
consommation électroniques en tant que configurations simultanément
émergentes, dans un usage incorporé des nouvelles technologies
d’information et de communication.
·
ALTER N. (1993), « La lassitude de l’acteur de l’innovation », Sociologie du
travail, n° 4, p. 447-468.
·
BARREY S., COCHOY F., DUBUISSON-QUELLIER S. (2000), « Designer,
packager et merchandiser : trois professionnels pour une même scène marchande »,
Sociologie du travail, n° 42(3), p. 457-482.
·
BIDET A. (2001) « Le travail et l’économique, pour un regard anthropologique »,
Sociologie du Travail, n° 43(2), p. 215-234.
·
BAIN P., TAYLOR P. (2000), « Entrapped by the “Electronic Panopticon”? Worker
Resistance in the Call center », New technology, Work and Employment n° 15, p. 2-18.
·
BOLTANSKI L., THEVENOT L. (1991), Les économies de la grandeur, Paris,
Gallimard.
·
BUSCATTO M. (2002), « Les centres d’appel, usines modernes ? Les rationalisations
paradoxales de la relation téléphonique », Sociologie du travail, p. 99-117.
·
COCHOY F., DUBUISSON-QUELLIER S. (2000), « Les professionnels du
marché : vers une sociologie du travail marchand », Sociologie du travail, n° 42(3),
p. 359-368.
·
GEORGES I. (2000), « Les définitions sociales de la productivité. Les opératrices
des renseignements téléphoniques », Cahiers du centre de recherches historiques
n° 25, p. 69-82.
·
FRENKEL S., KORCZYNSKI M., SHIRE K., MAY T. (1999), On the Front Line.
Organization of Work in the Information Economy, Ithaca, Cornell University Press.
·
GUTEK B. (1995), The Dynamics of Service. Reflections on the Changing Nature of
Customer/Provider Interactions, San Francisco, Jossey-Bass Publishers.
·
JOSEPH I., JEANNOT G. (sous la direction de) (1995), Métiers du public. Les
compétences de l’agent et l’espace de l’usager, Paris, Editions du CNRS.
·
LACOSTE M. (1995), « L’agent, le client et l’ordinateur », in Joseph I. et Jeannot G.
(sous la direction de), Métiers du public. Les compétences de l’agent et l’espace de
l’usager, Paris, Editions du CNRS.
·
LICOPPE C. (2001), « Faire ses courses par téléphone ou par internet. Médiations
technologiques, forme des échanges, de la relation commerciale et de la
consommation », Réseaux, n° 106, p. 74-101.
·
LICOPPE C. (2002), « Le traitement des courriers électroniques dans le centre d’appel
d’un site de commerce en ligne. Du travail de la relation commerciale comme pratique
collective, distribuée et médiatisée », Sociologie du travail, à paraître.
·
LICOPPE C., PHARABOD A.-S., ASSADI H. (2002), « L’application des
statistiques de parcours à l’exemple du commerce et de la consommation
électronique » (titre provisoire) à paraître, Réseaux, 116.
·
McCANNELL D., LIPPARD L. (1999), The Tourist : a new Theory of the Leisure
Class, Berkeley, University of California Press.
·
RALLET A. (2001), « Commerce électronique ou électronisation du commerce ? »,
Réseaux, n°106, p. 17-72.
·
REYNAUD J.-D. (1988), « Les régulations dans les organisations : régulation de
contrôle et régulation autonome », Revue française de sociologie, XXIX, p. 5-18.
·
RIFKIN J. (2000), L’âge de l’accès, La Découverte, Paris.
·
RITZER G., LISKA A. (1997), « McDisneyization and Post-Tourism :
Complementary perspectives on contemporary tourism », in Rojek C. and Urry J.,
eds., Touring Cultures, London, Routledge, p. 96-109.
·
ROJEK C., URRY J., (1997), « Transformations of Travel and Theory », in Rojek
C. and Urry J., eds., Touring Cultures, London, Routledge, p. 1-19.
[1]
RIFKIN, 2000.
[2]
McCANNELL
et al., 1999 ; ROJEK
et al., 1997.
[3]
RITZER
et al.,1997.
[4]
RALLET, 2001.
[5]
COCHOY
et al., 2000 ; BARREY
et al., 2000.
[6]
LICOPPE, 2001.
[7]
Des entretiens ont été effectués auprès des acteurs des sites dans la plupart des agences,
ainsi que des entretiens et des observations participantes dans leurs centres d’appel, qui y
constituent avec les sites internet eux-mêmes les deux points de focalisation fondamentaux de
l’interaction commerciale. Cette étude a été réalisée en collaboration avec Marie-Amélie
Picard que je remercie ici.
[8]
Définition qui permet de laisser de côté des transporteurs comme la SNCF ou Air France,
même si le premier est le site marchand de tourisme le plus fréquenté, et de loin.
[9]
JOSEPH
et al., 1995 ; GEORGES, 2000 ; BAIN et TAYLOR, 2000 ; BIDET, 2001 ;
BUSCATTO, 2002.
[12]
Pour des raisons de confidentialité, le nom des sites et celui des acteurs que nous avons
rencontrés ou qui apparaissent au fil des extraits d’entretiens a été modifié.
[13]
Sur cette tension entre relation commerciale et rencontres commerciales dans le secteur
des services voir GUTEK, 1995.
[14]
Sans pour autant qu’on puisse parler de déqualification, car le travail dans la cellule
internet requiert un important apprentissage technique dans l’utilisation des systèmes de
recherche d’information et de communication électronique, et qui contribue aussi à l’intérêt
du poste.
[17]
Pour réguler l’enthousiasme commercial des vendeurs dans cette même agence, il a été
également nécessaire de limiter l’accès des vendeurs à la connaissance des prix d’achat des
produits. Certains vendeurs, encore une fois les meilleurs, proposaient de leur propre initiative
leur propre tarif pour vendre davantage.
[18]
Au sens proposé par Luc Boltanski et Laurent Thévenot (BOLTANSKI, THEVENOT,
1991).
[19]
Il faut entendre ici la réservation téléphonique usuelle.
[20]
LICOPPE
et al., 2002.
[21]
Selon les mots d’une opératrice de son centre d’appel interrogée et observée fin 2000 :
« Aujourd’hui, par contre, on s’est vraiment aperçu cette année, ça a vraiment été flagrant et
même la concurrence l’a remarqué, c’est-à-dire que les gens réservent de plus en plus tard,
donc on travaille vraiment énormément sur la dernière limite beaucoup plus que les années
passées et pour nous c’est vrai que c’est assez déstabilisant. »
[22]
FRENKEL
et al., 1999.