2002
Réseaux
L’economie de l’information en continu
A propos des conditions de production dans les chaînes d’information en général et à euronews en particulier
Dominique Marchetti
Olivier Baisnee
Cet article, qui s’appuie sur deux terrains d’enquête, montre comment
l’apparition des chaînes de télévision d’information en continu nationales et
internationales a contribué à transformer l’économie générale de la
production et la diffusion de l’information. Après avoir défini les
caractéristiques des conditions de production de l’information dans ces
chaînes, les auteurs montrent en quoi elles ont mis en place de nouveaux
modèles d’organisation du travail, des métiers et des formats professionnels :
le travail dans l’urgence et le développement du journalisme « assis » et
polyvalent par exemple. Dans une dernière partie, les auteurs esquissent une
analyse des effets de ces conditions de production sur le traitement de
l’information.
This article, based on two areas of inquiry, shows how the appearance of
national and international continuous news channels has helped to transform
the general economy of production and broadcasting of news. After defining
the characteristics of the conditions of news production at these channels, the
authors show how those conditions have established new models of labour
organization, occupations and professional frames of reference: for example,
working in conditions of urgency and the development of "seated" and
versatile journalism. Finally, they briefly analyse some of the effects of these
conditions of production on the processing of information.
L’apparition des chaînes de télévision d’information en continu
nationales (LCI, i>télévision) et internationales (Euronews,
CNN, BBC World), ou tout du moins certaines d’entre elles, a
contribué à transformer l’économie générale de la production et la diffusion
de l’information
[1]. C’est encore plus vrai dans le cas de la radio où France
Info connaît à la fois un succès d’audience de plus en plus grand et bénéficie
d’un prestige interne relativement fort. Ces chaînes d’information en continu
ont suscité jusqu’à présent l’intérêt d’un seul chercheur en sciences sociales
en France, Andréa Semprini. Mais ce travail sur CNN et France Info ne nous
dit rien ou presque des conditions de production de l’information, des
pratiques ou des métiers dans ce type de médias. Cet aspect est aussi souvent
absent des travaux en langue anglaise portant sur le sujet, l’une des
exceptions étant le travail de Brent MacGregor
[2]. Pourtant, ces chaînes
peuvent être non seulement des « laboratoires » de la production de
l’information dite internationale mais aussi d’extraordinaires terrains pour
comprendre les transformations récentes de la production de l’information
télévisée. Parce qu’elles sont plus soumises aux contraintes économiques et
temporelles que les grandes chaînes généralistes, les télévisions
d’information en continu doivent produire des
news avec peu de moyens
matériels et humains et constituent donc des cas limites pour étudier la
production des informations les plus « chaudes
[3] » (
hard news), c’est-à-dire
celles qui font la « une ».
Quels sont les traits caractéristiques des conditions de production de
l’information dans ces chaînes ? En quoi sont-elles des laboratoires des
transformations de l’activité journalistique ? Quels sont les effets sur les
types d’informations privilégiées ? Telles sont les trois interrogations
auxquelles nous avons tenté successivement de répondre. Bref, ce n’est donc
pas une simple sociologie du travail concret des journalistes de ces chaînes
qui est proposée ici dans la mesure où ils sont replacés, avec leurs propriétés
quand cela a été possible, dans leurs univers relationnels de type
professionnel
[4]. En effet, comme on le verra, celles-ci occupent une position
singulière dans la production de l’information des médias d’information
générale et politique : si elles demeurent pour la plupart des médias de
« reprises », elles ont contribué à imposer à des degrés divers une nouvelle
temporalité et un nouveau rythme de production dans l’ensemble du champ
journalistique.
Pour ce faire, c’est notre enquête menée conjointement en 2000 au siège
d’Euronews, chaîne paneuropéenne multilingue – elle était alors diffusée en
six langues : anglais, allemand, espagnol, français, italien, portugais –, qui
servira de principale étude de cas. Elle s’appuie sur des observations
ethnographiques et une vingtaine d’entretiens avec les personnels de la
chaîne (différents types de journalistes, responsables des ressources
humaines, de la distribution, des relations avec les téléspectateurs, directeur
artistique, etc.). Les exemples de LCI ou i>télévision et des chaînes sportives
Infosport et L’Equipe TV sont mobilisés seulement à titre complémentaire.
L’enquête d’Euronews a également été complétée par plusieurs interviews
de personnes travaillant au siège de l’UER à Genève
[5] où se réalisent les
Euro Vision News (EVN), des échanges d’images entre de nombreuses
chaînes européennes. Nous avons aussi été autorisés pendant deux jours à
suivre le travail de la coordination news de l’UER
[6]. Enfin, nous nous
appuierons également sur des entretiens réalisés par l’un d’entre nous en
1998 et 2000 auprès de journalistes travaillant dans des chaînes ou des radios
d’information en continu généraliste ou sportive, puis de différents matériels
documentaires collectés sur i>télévision, LCI et CNN.
La genèse des chaînes tout info en France
L’apparition de ces médias tout info au cours des deux dernières décennies,
auxquels on pourrait ajouter les sites internet depuis la fin des années 1990,
s’inscrit dans les transformations plus générales des champs médiatiques
nationaux des Etats d’Europe de l’Ouest. Au même titre que le cinéma et le
sport, « l’information » au sens large est devenue un des enjeux majeurs de
la compétition économique (nationale et internationale), professionnelle,
politique que se livrent quelques grands groupes et, dans le cas européen, les
Etats à travers leurs chaînes de service public
[7].
Les télévisions d’information en continu ont constitué des « produits
d’appel » des nouveaux bouquets satellite ou des réseaux câblés
[8] qui se sont
multipliés dans toute l’Europe. Ce domaine est d’autant plus stratégique d’un
point de vue économique qu’il attire des abonnements et de l’audience mais
surtout des rentrées publicitaires. Il est aussi stratégique pour le prestige des
groupes qui en sont propriétaires et leurs liens avec les partenaires
économiques et politiques
[9]. Si ces chaînes ont été créées, c’est qu’elles
permettaient également de rentabiliser les investissements de ces groupes
publics ou privés dans leur production de l’information.
Ces nouveaux types de médias sont inspirés, d’une part, des « modèles
américains » des chaînes de télévision, des stations de radio d’information
locale ou de CNN et, d’autre part, dans le cas français, de l’exemple de
France Info, créé en 1987. Ces deux éléments ont fortement contribué à la
consécration de ce nouveau concept journalistique et économique. Comme le
montre l’histoire de la création de la chaîne paneuropéenne Euronews, la
place prise par CNN dans la médiatisation de la guerre du Golfe en 1991 (de
très nombreuses télévisions nationales généralistes reprenaient souvent des
images de la chaîne américaine) a été un facteur décisif. D’où la création,
pour ne prendre que des exemples de chaînes tout info détenues
majoritairement par des membres de l’Union européenne de Radio-télévision
(UER), de deux chaînes internationales BBC World (1991) et Euronews
(1993) et de nombreuses chaînes nationales dans les principaux pays
d’Europe
[10]. Il faudrait aujourd’hui ajouter les chaînes sportives (Infosport et
L’Equipe TV en France ou Eurosport News à l’échelle européenne) et la
chaîne économique (Bloomberg TV) d’information en continu, qui ont vu le
jour à la fin des années 1990 et au début de l’an 2000.
LES CONDITIONS DE PRODUCTION DE L’INFORMATION
EN CONTINU
Des représentations naïves pourraient laisser croire que produire de
l’information en continu nécessite des moyens matériels et humains
considérables bien supérieurs à ceux des grandes chaînes hertziennes.
Pourtant, l’une des principales propriétés des chaînes d’information en
continu est précisément le décalage entre le volume de production de la
chaîne et les effectifs des rédactions ou encore les budgets. S’il est vrai que
ces structures sont probablement parmi les plus importantes en nombre de
journalistes des nouvelles chaînes du câble et du satellite
[11], elles restent
modestes par rapport aux rédactions de la plupart des chaînes hertziennes et
des quotidiens nationaux.
Le nombre de journalistes permanents s’élevait fin 2000 environ à 102 à
i>télévision (dont 70 à 80 journalistes reporters d’images ou JRI), à une
centaine à LCI, 135 à Euronews (dont 8 chefs d’édition, 8 producteurs,
3 responsables de rubrique, 3 rédacteurs en chef adjoint, 1 rédacteur en chef
et 1 directeur de la rédaction
[12] ). Mais ce chiffre élevé s’explique par le fait
que la chaîne était diffusée en six langues en 2000. A titre de comparaison,
des grands quotidiens nationaux et régionaux (519 à
Ouest-France, environ
320 au
Monde, 310 au
Parisien-
Aujourd’hui, plus de 150 à
L’Equipe) et des
télévisions nationales (environ 330 à France 2,180 à la rédaction nationale
de France 3) comptent plus de journalistes
[13]. Mais ces chiffres bruts doivent
être doublement nuancés : d’une part, ces rédactions bénéficient à des degrés
divers de la collaboration des journalistes d’autres médias (correspondants,
envoyés spéciaux, etc.) appartenant au même groupe (par exemple TF1-LCI
ou Canal Plus-i>télévision dont les rédactions ont fusionné) ; d’autre part,
elles comptent un nombre de pigistes difficile à évaluer. La lecture des
chiffres d’affaires confirme plus encore les contraintes économiques pesant
sur ces chaînes : 200 millions pour i>télévision
[14] et 287 millions pour LCI
en 2000 tandis qu’Euronews est situé dans une fourchette de 100 à 200
millions
[15]. Comme le dit un membre de la rédaction, Euronews fait de la
« télé cheap ».
Une autre propriété importante de ces chaînes est la nécessité de produire
des informations en permanence même si une partie d’entre elles sont
rediffusées. Cette contrainte ne s’exprime probablement jamais aussi
fortement dans les périodes où « l’actualité » est jugée « peu intéressante »
ou « creuse ». Les journalistes de ces chaînes reconnaissent eux-mêmes que,
lors de certaines périodes, ils doivent « remplir ».
« Il y a des hauts et des bas dans un système comme ça. Les hauts, c’est
quand on a des grosses actualités de ce style [il vient d’évoquer les conflits
du Kosovo] qui nous permettent de nous affirmer, de nous démarquer de
gagner en crédibilité et tout ça. Puis les bas, c’est les jours ternes et
évidemment ça c’est bas pour tout le monde. (…) Il faut qu’on invente des
trucs quoi c’est... Parfois, c’est artistique. (…) Faut remplir voilà, quelle que
soit l’actualité. » (Entretien avec un responsable d’Euronews)
Comme l’explique cette coordinatrice de l’UER
[16], leurs principales sources
n’expriment pas autre chose quand elles décrivent les demandes des
journalistes des chaînes tout info : « Ils sont insatiables, ils voudraient des
images en continu tout le temps dès qu’il y a quelque chose qui se passe (…)
[ils] aimeraient des flashes, des trucs tout le temps, des ci et des ça parce
qu’ils doivent remplir, c’est la
hot news. (…) Maintenant, la donne a changé
avec cet appétit féroce de toutes les chaînes »,.
Dans le cas d’Euronews, il faudrait ajouter une autre propriété, qui lui est
spécifique, à savoir qu’il s’agit d’une chaîne paneuropéenne et multilingue
[17],
visant des publics très différents. En effet, elle présente la particularité d’être
une télévision sans présentateur et sans plateaux, c’est-à-dire qui diffuse des
images en continu et dans des formats relativement courts. De par sa
spécificité transnationale, Euronews a été un des pionniers dans la diffusion
des journaux tout en images. Elle est aussi une chaîne sans caméra ou
presque car il est très rare qu’elle produise ses propres images, étant
alimentée par les chaînes membres de l’UER, les agences audiovisuelles et
ITN, le groupe britannique étant depuis 1997 son principal opérateur.
L’organisation du travail
Ces propriétés générales décrites, c’est à travers l’organisation concrète du
travail de cette chaîne qu’on peut saisir les contraintes de production de
l’information dans ce type de structure à travers l’exemple d’Euronews.
L’organisation de la rédaction de la chaîne doit être comprise comme une
entreprise de réduction de « l’imprévisible » en quelque sorte, qui consiste à
alimenter l’antenne en permanence par l’actualité la plus récente et
notamment de faire face à tout nouvel événement jugé important. Comme
l’écrivent Peter Golding et Philip Elliot
[18] : « If news is about the
unpredictable, its production is about prediction. »
La nécessité de produire à la fois en flux tendu et en continu implique une
organisation du personnel très structurée parce que les équipes de
journalistes doivent être complètes dans toutes les langues concernées. Le
système de gestion des emplois du temps, qui s’est aussi compliqué avec la
mise en place de la réduction du temps de travail à 35 heures, a été
perfectionné afin de gérer la complexité liée à la rotation des équipes de
journalistes (trois par jour), aux jours de récupération. Pour pallier les
absences éventuelles, les cadres dirigeants de la chaîne s’appuient sur un
volant toujours renouvelé de pigistes qu’ils peuvent appeler à tout moment.
La gestion des effectifs de journalistes est d’autant moins aisée que la chaîne
fait appel à des professionnels issus de pays parfois assez éloignés et dont les
conditions de rémunérations sont parfois, comme dans le cas des Allemands
et des Anglais, bien meilleures qu’en France.
D’autre part, la division du travail journalistique au sein des
news s’articule
entre ceux qui travaillent en amont (le service de la « coordination » et celui
du « planning »), chargé de réduire les incertitudes liées à l’actualité, et en
aval (les chefs d’éditions et les journalistes rédacteurs). Pour qualifier cette
division du travail, on pourrait d’une certaine manière reprendre la
distinction de Jeremy Tunstall
[19] entre les
gatherers, qui collectent
l’information – mais ceux-ci ne sont pas sur le terrain à l’inverse de ceux
décrits par le sociologue anglais – et les
processors traitant d’une
information qu’ils n’ont pas produite.
Le travail en amont s’organise autour de deux services principaux perçus
comme peu prestigieux mais très importants dans le fonctionnement interne
parce qu’ils fournissent le matériau aux journalistes par des opérations de tri,
de synthèse et de coordination : d’un côté, la coordination chargée d’extraire
du flot d’images reçues par la chaînes, celles qui constitueront le matériau
des éditions du jour ; de l’autre, le service du forward planning ou de la
prévision chargé de réaliser une veille informationnelle afin que la chaîne
dispose d’un agenda relativement précis.
En aval de ce travail d’archivage et de récolte d’informations et d’images,
les autres journalistes de la rédaction (rédacteurs et chefs d’éditions) utilisent
ce matériau brut pour construire à la fois leurs sujets et leurs commentaires.
Les chefs d’édition sont les pivots de l’organisation du travail de la chaîne.
Leurs bureaux sont d’ailleurs situés au centre de la pièce réservée aux
journalistes des news. C’est sur les images que les chefs d’édition
sélectionnent et montent, autrement dit celles qui sont diffusées à l’antenne,
que les six journalistes rédacteurs dits « de langue » réalisent chacun leurs
propres commentaires qu’ils mixent en cabine.
Chaîne multilingue paneuropéenne qui a des effectifs limités et émet 24
heures sur 24, Euronews a d’emblée rationalisé ses méthodes de production
de l’information. Il est significatif que, pour caractériser l’organisation d’une
rédaction où les journalistes pointent
[20] désormais, certains journalistes
mobilisent la comparaison avec une chaîne (au sens industriel du terme) de
travail ou la métaphore provocatrice de l’« usine ».
« Ici quand on s’assied à la machine à coudre, on coud toute la journée et
puis voilà. (…) Sauf si c’est grave, on ne se triture pas trop les méninges pour
se poser des questions existentielles. Faut le faire, faut le faire et puis on le
fait » (entretien avec un rédacteur en chef d’Euronews). « Il s’agit de
produire des sujets à la queuleuleu. C’est un peu comme à l’usine mais bon
c’est ça les chaînes de news. » (Entretien avec un chef d’édition d’Euronews)
De l’aveu de journalistes ayant quitté la chaîne ou eu des expériences
antérieures dans d’autres types de chaînes, le rythme de production est
beaucoup plus élevé que celui d’une rédaction audiovisuelle d’une chaîne
hertzienne. Il est, tout d’abord, le produit des contraintes économiques. La
productivité demandée est en effet relativement élevée : « A Euronews, tout
emploi, tout départ donne lieu à réflexion avant remplacement, c’est le mot
d’ordre. (…) Il y a une recherche de productivité qui est affichée et qui a
porté ses fruits
[21]. » C’est ce qui explique le faible nombre de rédacteurs, si
on met à part les chefs d’édition ou de rubriques, qui préparent un journal
réactualisé par exemple à 19 h : « Il y a trois journalistes news [de chaque
langue], je divise tout par six, un journaliste sport, un journaliste éco, un
journaliste Europe, un journaliste Analysis : ça fait sept personnes qui font
une demi-heure », explique un rédacteur en chef adjoint. Alors qu’un
journaliste d’une chaîne hertzienne française peut fort bien passer plusieurs
jours sans réaliser aucun sujet, les journalistes d’Euronews en produiront
plusieurs par jour dans des délais extrêmement resserrés.
« Ici ils ont en moyenne pffffff une demi-heure pour faire un sujet d’une
minute. Tu vas dans les chaînes nationales, c’est la journée pour faire un sujet
de deux minutes. Ils n’ont pas du tout le même rythme c’est clair. D’ailleurs,
les gens qui sont partis après d’Euronews pour aller dans les chaînes
publiques ils n’en reviennent pas comme ils foutent rien (rires) de la journée,
ça les étonne toujours. (…) Une des principales frustrations, c’est dans le fait
qu’il y a de… On demande de plus en plus aux gens sans pour autant ajouter
de plus en plus de moyens et ça, ça finit par taper sur le système, notamment
des gens qui sont en news mais c’est aussi valable pour les pauvres qui font
les mags là, sept minutes à écrire par jour. (…) C’est énorme et c’est vrai
qu’en news, on leur demande de plus en plus, de plus en plus dans le sens où
il y a un renouvellement… (…) Tu sors du direct à moins le quart, on te
demande une minute pour l’heure, dans le journal et ça les rend dingue. »
(Entretien avec une journaliste d’Euronews)
Les journalistes enchaînent les sujets, ne disposant parfois que de quelques
minutes pour réaliser leurs commentaires et mixer leur « son ». Le cas
échéant, le journaliste, qui n’a pas eu le temps de terminer son commentaire
dans les délais, sera obligé de le prononcer en direct durant la diffusion de
l’édition du journal.
Outre les nécessités très directement économiques de production, cette
intensité du rythme de production est liée à la définition dominante de
« l’information » qui s’est imposée et que les chaînes tout info ont fortement
contribué à imposer, puisqu’elles ont été créées sur ce modèle d’excellence
professionnelle : une information doit être diffusée à l’antenne le plus vite
possible et est périmée de plus en plus rapidement. Cette temporalité très
courte
[22], qui n’est que la manifestation d’une logique de la nouveauté,
s’impose d’autant plus aujourd’hui que la concurrence professionnelle et
économique entre les chaînes nationales et internationales est exacerbée dans
les différents espaces nationaux. En effet, la concurrence pour la priorité est
très importante dans les jugements croisés des professionnels. Etre le
premier à diffuser les images ou de donner l’information sur tel ou tel
événement contribue à fonder les réputations professionnelles : « c’est le
premier qui a dit, qui est le plus crédible quoi (…) on est commercialement
amené pour être crédible à aller vite » comme le résume un responsable
d’Euronews.
Ces contraintes se manifestent dans la réactualisation de plus en plus rapide
des éditions des journaux. Il n’est pas anecdotique de constater que l’arrivée
en 1997 d’ITN comme opérateur principal d’Euronews s’est accompagnée
d’une reprise en main des programmes. Profitant de grands événements
d’actualité, les nouveaux dirigeants ont cherché à augmenter le nombre de
prime time et mis l’accent sur la partie « news » par rapport aux
« magazines » en demandant notamment une réactualisation beaucoup plus
fréquente des éditions.
« On a profité de la guerre du Kosovo pour lancer un troisième prime time à
13 heures et on a dit ‘c’est pour la guerre, c’est pour la guerre, c’est pour la
guerre’. Et quand la guerre a été finie, on l’a laissé et puis voilà (rires). On a
réaménagé les plannings pour qu’on ait une meilleure couverture de
journalistes le matin et tout ça. (…) Si on travaille pour une chaîne d’info en
continu, on n’a pas le choix. Ou alors on va ailleurs. Et ils acceptent ça la
plupart du temps. Bon il y a des moments où ça râle forcément parce que les
gens sont fatigués, parce que ça peut être aussi le bordel dans la manière dont
on organise les choses au niveau des chefs d’ed ou moi... la communication
avec les chef d’ed. Il peut y avoir des situations comme ça mais ça râle et
puis c’est tout. De toutes façons, tout le monde ici est ouvert à la critique
donc les journalistes viennent, ils râlent. » (Entretien avec un rédacteur en
chef d’Euronews)
Mais, comme d’autres l’ont montré à propos de ce type de chaînes
[23], le
« direct » ou le « live » incarne davantage encore cette conception immédiate
de l’information qui correspond à un idéal professionnel de faire coïncider
l’action, l’énonciation et la diffusion
[24] : « plus de directs : directs, directs,
directs dès qu’une occasion se présente parce que bon c’est la vocation
même d’une chaîne en continu quoi. Je veux dire, si on peut montrer
l’actu... », explique un responsable d’Euronews. La « réactivité » à
l’événement est un critère essentiel de la compétence journalistique : « A
tout moment, vous avez des journalistes, on les balance en cabine, ça dure
deux minutes. Tout le monde est là, on peut prendre… le moindre
événement qui se passe, on n’a pas besoin d’une infrastructure, ni de studio,
ni de caméras, on met le robinet en direct et là ça dépend du talent des
journalistes dans les six langues pour commenter ce qu’ils voient », raconte
un cadre dirigeant d’Euronews. L’exemple de la mise en place en 1999 de la
nouvelle chaîne française i>télévision, mettant en avant ses moyens
technologiques et sa proximité avec le terrain, illustre à l’extrême cette
vision dominante de ce que doit être l’information télévisée.
« La force de i>télévision réside aussi dans ce qui a pratiquement disparu à la
télévision mais que le public a toujours plébiscité : le direct, l’instantané,
l’événement, c’est-à-dire... le risque ! Largement en avance sur d’autres
chaînes, i>télévision réduit enfin le laps de temps entre l’arrivée de
l’information et son traitement à l’antenne. Le secret de ce record de vitesse
pour la réaction ‘à chaud’sur l’événement, réside dans la conception de sa
structure et la méthodologie de fonctionnement de sa rédaction. Ses moyens
numériques révolutionnent le traitement de l’actualité par leur mobilité, leur
souplesse et surtout leur rapidité à exploiter les ressources d’informations et
d’images depuis le terrain où se déroule l’événement. » (Extrait d’un texte de
Pierre Lescure paru sur le site de i>télévision, 3 décembre 1999)
UN LABORATOIRE DE TRANSFORMATION DE L’ACTIVITE
JOURNALISTIQUE DANS LES MEDIAS AUDIOVISUELS
Ces nouvelles formes de travail journalistique ont bien évidemment des
effets sur les définitions et les pratiques professionnelles. Les chaînes
d’information permanente constituent des laboratoires d’étude des
transformations du journalisme de télévision. L’exigence de travailler vite
est vécue bien souvent sous le mode de la performance à la fois technique,
parce qu’elle est permise par les nouvelles technologies, et humaine, parce
que les journalistes se jugent sur ce critère : « On a besoin de journalistes qui
soient capables très vite d’écrire un papier en recevant une dépêche, en le
personnalisant plus ou moins. Quelque part, on ne lui demande pas d’être un
vérificateur ou un enquêteur », note un cadre dirigeant d’Euronews.
Certaines diffusions en direct ne sont en effet pas prévues longtemps à
l’avance et les journalistes ne disposent parfois que de quelques minutes
pour se préparer à commenter des images et des événements dont ils savent
peu de choses
[25]. Installés en cabine, ils n’ont que la documentation qu’on
leur a fourni pour réaliser les retransmissions et dont ils ne maîtrisent pas le
déroulement. Euronews ne tournant pas d’images, elle est dépendante des
choix faits par sa source.
« Ce sont des conditions extrêmes. Quand vous rentrez [en cabine de
commentaire], vous n’avez pas de papier et vous commentez quelque chose
en direct. Les images arrivent. Maintenant, ça va vite, pas comme avant, vous
commentez en cabine, vous avez un événement d’une heure, vingt minutes, il
faut dire quelque chose. Du coup, vous avez toujours quelque chose à côté de
vous, l’info du jour c’est quoi ? La Tchétchénie, vous avez un dossier, il y a
un direct, vous refilez dans la cabine et vous faîtes le truc et vous
commentez. » (Entretien avec un journaliste)
Du même coup, les journalistes dans les chaînes d’information en continu,
notamment dans le cas d’Euronews, effectue un travail très routinisé et
standardisé qui permet de faire face aux imprévus de l’« actualité ». En cas
d’actualité forte, le directeur de la rédaction, les rédacteurs en chef, les chefs
d’édition tranchent assez vite, c’est-à-dire qu’il n’y a guère de place pour la
discussion avant diffusion. Comme le montre le cas du montage qui est
unique pour toutes les langues (seul le commentaire est décliné dans les
différentes langues), les techniques de travail doivent être très routinières.
Par exemple, un chef d’édition de la chaîne devait faire un montage de 45
secondes d’une rencontre qui venait d’être diffusée en partie en direct à la
mi-journée entre Thomas Klestil, le président autrichien, et Romano Prodi, le
président de la Commission européenne. Avant même que ne commence la
conférence commune, il a déjà prévu de mettre en tête (15 secondes) Thomas
Klestil autour d’une table, puis l’arrivée des deux personnalités dans les
couloirs et dans la salle. Entre la quinzième et la trente quatrième seconde, un
ou deux extraits des discours pour finir (de 34 à 45) sur le shake hands dans
une petite salle connexe à la salle de conférence.
Si les sujets changent, l’activité elle-même demeure très répétitive et
éprouvante nerveusement, voire même physiquement : « Au bout d’un
moment quand on bosse deux semaines en news, on devient fou, on fait
toujours la même chose, toujours à taper sur son truc, à se dépêcher pour
faire les sujets », explique une journaliste.
Journalistes « assis » et polyvalents
Le fonctionnement des chaînes tout info incarnent très fortement une autre
évolution du travail journalistique. Rationaliser l’organisation du travail et
faire vite, c’est souvent traiter de l’information ou des images en partie
produites par d’autres sans aller forcément tout de suite, voire même jamais
dans certains cas, « sur le terrain ». Comme dans d’autres jeunes médias tels
que les chaînes thématiques du câble et du satellite ou encore les sites
internet d’information, les journalistes des chaînes d’information en continu
tendent à réaliser de plus en plus un travail « assis » ou « de bureau ».
Le cas Euronews ne peut pas être intégralement généralisé mais il est
révélateur d’une tendance très générale de renforcement du « journalisme
assis ». Bien évidemment, ce type de journalisme est sans commune mesure
à Euronews, chaîne de post-production, et dans les chaînes nationales (LCI
ou i>télévision) ou internationales (Sky News, CNN, BBC World), qui ont
des moyens matériels de tournage. Il n’en demeure pas moins que, compte
tenu des effectifs et des zones géographiques à couvrir, une part des
journalistes rédacteurs de ces chaînes réalisent leurs sujets à partir d’images
qu’ils n’ont pas tourné, puisant dans les images de chaînes partenaires,
d’agences ou les archives, ajoutant si besoin des infographies. Par exemple,
les journalistes de i>télévision qui réalisent les journaux « tout en images »
font ce type de travail. Quant à ceux qui sont envoyés en reportage, les
temps impartis pour faire les images et les sonores sont réduits parce qu’ils
doivent, en amont, préparer rapidement leur terrain, essentiellement en
donnant quelques coups de téléphone, en lisant ou en écoutant les confrères ;
en aval les monter au plus vite sans compter qu’ils peuvent éventuellement
être mobilisés pour faire des « directs
[26] ». Le temps de recueil de
l’information sur le lieu de l’événement est donc relativement faible. Les
quelques descriptions qui nous ont été rapportées sur le travail des JRI
d’i>télévision montrent notamment l’importance du temps accordée aux
problèmes purement techniques durant la préparation, la réalisation et la
transmission de leurs reportages ou de leurs directs.
Autrement dit, on est loin de la vision idéalisée du journalisme de reportage
comme le résume très abruptement un responsable d’Euronews : « Un
journaliste télé ici, c’est un mec qui est derrière un ordinateur et qui voit des
images… (…) Il n’y a pas le profil du journaliste, style Joseph Kessel. (…)
C’est terminé ça
[27] ». Il s’agit d’un travail posté – à Euronews, la quasi-totalité des personnels ne sortent de la rédaction que pour se restaurer et
surtout boire des cafés ou fumer – où l’outillage technique est prépondérant.
Certes, il s’agit-là d’un cas extrême mais de plus en plus de métiers du
journalisme tendent à correspondre, au moins dans les chaînes françaises
généralistes et sportives d’information en continu, à un travail de bureau,
hormis pour les journalistes reporters d’images ou certaines catégories de
rédacteurs. Comme le montre une enquête réalisée sur les marchés du travail
journalistique en France
[28], ce phénomène est observable dans l’ensemble du
champ. Des chefs d’édition des journaux, qui assurent des tâches de
coordination, aux rédacteurs postés de plus en plus nombreux, qui montent
et/ou commentent en cabine des images d’archives ou provenant de sources
externes, aux présentateurs des journaux ou aux coordinateurs, chargés de
recueillir des images, ils ont tous un travail très sédentaire. C’est pourquoi
les responsables de ces chaînes cherchent pour certains types de travail des
journalistes ayant des expériences de desk ou de radio, le commentaire sur
images en cabine se rapprochant beaucoup du journalisme de radio.
« Les gens, on les avait bien prévenus, on leur avait dit : attention, c’est une
télé de desk, il y a que les JRI qui sortent. (…) Et aux journalistes, vous, le
desk c’est… Votre ordinateur, les dépêches, la salle de montage, la
présentation, le plateau, commentaire sur images, etc. (…) Ça devient un
autre métier, ça devient les trois-huit presque, sauf qu’il reste encore une
mentalité. » (Entretien avec le directeur de la rédaction d’une télévision
d’information spécialisée, mars 2000)
Cette tendance vers des métiers de plus en plus « assis » varie d’un support à
l’autre selon plusieurs variables : importance des effectifs, des budgets, coûts
de production des reportages, type de spécialisation journalistique (il est de
moins en moins rare qu’on rende compte de événements sans être sur place,
y compris dans le journalisme sportif, c’est-à-dire un secteur où les
journalistes sortent beaucoup sur le terrain), propriétés des journalistes,
espaces des trajectoires professionnelles possibles en interne, etc.
Cette évolution doit être rapportée à une double série de transformations :
d’une part économiques, avec une tendance à la réduction des coûts de
production et de transmission d’autant plus que les chaînes d’information en
continu cherchent à couvrir des fractions de plus en plus larges des espaces
sociaux et géographiques ; d’autre part technologiques, du fait de l’arrivée
massive de nouvelles techniques dans les années 1980 et 1990 qui ont
totalement bouleversé les conditions de production des journalistes. Il
faudrait ajouter d’autres phénomènes au moins aussi importants, telle que la
montée de la communication, des sondages, du recours de plus en plus
fréquent dans tous les secteurs d’activités aux « témoins », « porte-parole »
et aux « experts », qui favorise à leur tour un travail sédentaire.
Dans toutes les chaînes d’information permanente, les manifestations
concrètes du journalisme « assis » comme conséquence directe des
contraintes économiques s’observe à travers ce qui fait la matière première
des programmes diffusés. De nombreuses tout info utilisent les sujets (en
reprenant intégralement ou en les retraitant) des correspondants à l’étranger,
en régions des chaînes partenaires quand ils existent ou font appel
directement à eux pour un « extérieur » ou une correspondance téléphonique.
En effet, c’est en partie pour ces raisons économiques que toutes les chaînes
d’information en continu appartiennent à des grands groupes, voire sont liées
à des agences de presse (Reuters par exemple est actionnaire d’ITN,
principal opérateur d’Euronews) ou des banques d’échanges (les chaînes
membres de l’UER). Trouver des débouchés de plus en plus importants
devient une nécessité surtout quand les coûts de production et/ou de
transmission, de diffusion sont très élevés.
Plus souvent encore, la matière première traitée est fournie par des
correspondants de journaux ou d’agences de presse écrite, des pigistes
multimédias, mais surtout par des agences de production locales, les deux
grandes agences audiovisuelles mondiales (Reuters Television, APTN),
voire les échanges de l’UER. Probablement plus que d’autres domaines de
l’information, l’« actualité internationale » très coûteuse illustre ce mode de
travail
[29]. Comme dans les chaînes françaises généralistes qui ont diminué
leur présence à l’étranger – mais le constat pourrait être établi pour la presse
écrite –, les sujets portant sur des événements « internationaux » sont de plus
en plus réalisés en cabine, à partir d’images non produites par les chaînes.
Comme le remarque avec ironie un rédacteur en chef d’Euronews, il arrive
que les envoyés spéciaux sur le terrain intègrent dans leurs sujets des images
tournées par les agences audiovisuelles et non pas par « leur » chaîne :
« Tout le monde dépend des agences. Et même les envoyés spéciaux, ça
m’amuse beaucoup de les voir avec le micro devant machin truc et puis, tout
autour, pendant le reportage, ils mettent les images d’agences… »
Pour le dire autrement, la matière première des journalistes est sous-traitée
ou retraitée, l’« actualité internationale » n’étant bien évidemment pas le seul
secteur concerné. Dans certains cas, c’est l’intégralité des tâches de
reportages qui est sous-traitée auprès d’une agence de presse ou d’un
correspondant non salarié par la chaîne ; dans d’autres, seules les images,
servant de support aux sujets, sont achetées ou échangées, puis retraitées par
les journalistes. Comme le note un directeur de la rédaction d’une chaîne
tout info : « On va sans doute [de plus en plus] traiter les événements qui
arrivent par les images des autres
[30]. » Outre les images, ce sont plus
largement les informations produites à l’extérieur qui font l’objet d’un
retraitement, les rédacteurs puisant leur matière première dans la
documentation, la presse écrite, des dépêches d’agences de presse écrite, les
dope sheets
[31] des agences audiovisuelles. C’est ce qui fait de certaines
chaînes d’information en continu comme Euronews des sortes d’agences de
presse bis ou de « supermarché de l’information » mettant à l’antenne des
productions qui sont pour partie réalisées par d’autres.
La croissance du « journalisme assis » tient en deuxième lieu aux usages
économiques et professionnels du développement des nouvelles
technologies, qu’il s’agisse par exemple de l’informatisation des
rédactions
[32], de la diffusion du numérique ou de l’usage d’un matériel de
plus en plus léger. L’omniprésence de ces nouveaux instruments est à la fois
visible objectivement quand on observe les rédactions – les supports papiers
sont, semble-t-il, bien moins présents que dans les rédactions des quotidiens
nationaux et même des chaînes hertziennes généralistes – et subjectivement
à travers la place qu’elles occupent dans le discours sur les pratiques
professionnelles. A Euronews, où le montage n’est pas numérisé, les trois
principaux instruments de travail sont l’ordinateur, le poste de télévision et
le téléphone, la communication à l’intérieur de la rédaction se fait également
par diffusion sur un circuit audible par tous les journalistes. Dans les chaînes
numérisées comme i>télévision, les journalistes réalisent directement sur
leurs ordinateurs montages et/ou commentaires. Des opérations autrefois
lourdes et complexes sont effectuées depuis le bureau du journaliste sans
qu’il soit besoin pour lui d’aller récupérer une cassette, de passer en salle de
montage puis de mixage, etc. Des structures matérielles très légères
permettent aujourd’hui de réaliser des tâches qui mobilisaient auparavant
plusieurs métiers de l’audiovisuel (caméraman, monteur, etc.). Comme dans
toutes les chaînes, les journalistes de i>télévision peuvent bien évidemment
consulter leurs mails mais aussi et surtout les services intranet (notamment la
documentation : revue de presse, liste de numéros de téléphone, etc.),
l’internet et les dépêches des agences auxquelles leur entreprise est abonnée.
Force est de constater que cette évolution dans les pratiques a des effets
importants sur les perceptions qu’en ont les professionnels surtout que, dans
le même temps, leurs propriétés ont changé. En effet, ce développement du
« journalisme assis » se produit durant une période marquée par des
transformations morphologiques (accroissement des effectifs,
rajeunissement, féminisation, précarisation des statuts) dont l’une des plus
importantes est l’augmentation générale du niveau moyen de diplôme chez
les jeunes journalistes
[33]. Pour le dire autrement, les entreprises demandent
un travail de bureau à une nouvelle main-d’œuvre de plus en plus formée,
c’est-à-dire qui a suivi des études spécialisées – les jeunes journalistes
sortent pour une bonne part des formations professionnelles agréées et ont
été fortement sélectionnés dans certains cas – ou généralistes de plus en plus
longues (niveau bac plus quatre ou cinq bien souvent) : « Un bon niveau
d’études, des gens curieux, intellectuels… Donc la spécificité, ça devient un
métier un peu comme un autre mais fait par des gens… (…) Je ne vais pas
exagérer, je ne veux pas dire un truc de fonctionnaires mais ça devient un
travail un peu de bureau mais fait par des mecs intelligents », résume
abruptement un responsable d’une de ces chaînes
[34]. De là à en tirer des
conclusions générales sur la manière dont sont vécues ces réalités du métier,
il y a un pas qu’on ne peut franchir, sauf à faire une enquête prenant en
compte les trajectoires sociales et professionnelles des journalistes, qui
induisent des rapports au travail très différenciés.
Dans certaines chaînes du câble et du satellite, « sortir » sur le terrain est un
des enjeux majeurs de concurrence entre journalistes mais l’inverse peut être
vrai parce que le travail sédentaire offre, notamment à certaines femmes qui
ont des enfants et souhaitent consacrer davantage de temps à leur vie extra-professionnelle ou à des journalistes plus âgés, des horaires fixes et moins
soumis aux fluctuations de l’actualité la plus immédiate.
Cette évolution peut permettre, au moins en partie, de comprendre la
féminisation croissante des effectifs des rédactions. La mobilité
professionnelle renvoie donc directement aux propriétés mêmes des
journalistes et à l’espace des métiers possibles dans et en dehors de leurs
entreprises. Ils vont plutôt pratiquer : soit un journalisme de plus en plus
« assis », du fait de leur âge, de leur vie familiale, d’un espace des possibles
très restreint, compte tenu du marché du travail, etc. ; soit, au contraire, après
avoir fait un type de travail plus sédentaire, poursuivre leur itinéraire vers le
reportage, voire le grand reportage de news ou de magazines où la
concurrence pour les postes est de plus en plus forte. Les uns vont trouver
dans ce type de travail un « confort professionnel » (dans le travail d’édition,
de secrétariat de rédaction ou de desk) tandis que d’autres, tout
particulièrement les plus jeunes, vivent mal le décalage entre leurs
aspirations initiales, produites notamment par certains professionnels réputés
qui entretiennent les images publiques confondant journalisme et reportage,
et leurs conditions objectives de travail.
Le passage par le « journalisme assis » dès l’entrée sur le marché du travail
manifeste davantage une véritable transformation des métiers du journalisme
qu’une simple étape obligée dans une « carrière ». C’est ainsi qu’on peut
comprendre les prises de position critiques des journalistes plus anciens en
poste dans les chaînes les plus prestigieuses qui voient à travers ces
évolutions une dévalorisation, une déqualification du métier de journaliste de
télévision tel qu’ils le pratiquent et/ou le conçoivent.
« Il y a la fille d’un de mes copains qui travaille chez nous qui est à T [nom
d’une chaîne d’information en continu]. (…) Elle va donner sa démission.
(...) Elle ne peut plus, elle est attachée au [journal] tout images toute la
journée (…) elle ne peut pas sortir, elle ne peut pas faire de reportages, elle
veut apprendre quoi, elle a 26 ans ou 27 ans, elle veut apprendre son métier. »
(Rédacteur en chef d’une télévision hertzienne nationale proche de la retraite,
octobre 2000)
Bien évidemment, il s’agit-là d’une tendance générale mais qui mériterait
d’être précisée suivant les médias parce que, dans nombre d’entre eux
(presse quotidienne régionale, Radio France, France 3, etc.), le début de
carrière est marqué par les reportages « de terrain » dans les « locales » et les
services d’information générale
[35].
Enfin, les chaînes tout info sont des « laboratoires » des transformations du
travail journalistique au sens où elles permettent d’étudier la polyvalence
demandée aux jeunes journalistes dans leur activité professionnelle. Il va de
soi qu’elle ne se pose dans les mêmes termes partout. La demande de
polyvalence a été, au moins au début, maximale dans le cas de chaînes
comme i>télévision (« Un journaliste de i>télévision est performant parce
qu’il est rapide, autonome, multimédia », explique le site internet de la
chaîne
[36] ) ou L’Equipe TV.
« Moi, je veux transposer la mentalité des petites structures et, petit à petit,
l’adapter. Mais il faut partir, fallait partir bon… (…) Ça a été dur à un
moment parce que ça fait longtemps que je leur dis, que je leur parle de
polyvalence et qu’ils vont s’enrichir parce que je ne veux surtout pas que là,
maintenant, on fasse comme à TF1. Pour le moindre reportage, ils partent à
trois, c’est… Non seulement, c’est impossible mais, en plus,
philosophiquement, c’est insupportable parce qu’encore une fois la technique
ça suit. (…) Mais je n’impose rien et je ne veux surtout pas que les mecs
arrivent avec leurs prés carrés. Où est mon cadreur ? Où est mon monteur ?
Où est mon truc ? Parce qu’on a des monteurs, on n’est pas idiot. » (Entretien
avec un responsable d’une chaîne d’information, 2000)
Elle est bien évidemment moindre dans les plus grosses structures comme
LCI, même si elle existe, ou à Euronews dans la mesure où l’espace des
postes possibles est relativement restreint compte tenu du fonctionnement de
la chaîne. Il n’en demeure pas moins qu’elle est globalement forte dans ce
type de chaînes parce que celles-ci utilisent les dernières technologies et
surtout, comme on l’a mentionné, comptent peu de personnel par rapport à
l’importance des débouchés antenne. Ce qui signifie que les journalistes de
certaines chaînes tout info, qu’ils soient débutants ou expérimentés, peuvent
faire dans des périodes rapprochées du desk, du commentaire sur image en
cabines, des reportages, de l’édition, c’est-à-dire être « l’interface entre la
technique et la rédaction
[37] », de la présentation, ou coordonner la réception
des images EVN ou des agences, etc.
Dans ces chaînes, et tout particulièrement à i>télévision, c’est le métier de
Journaliste Reporter d’Images (JRI) qui manifeste à l’extrême l’image du
journaliste à tout faire comme le décrit ce responsable : « Nos JRI sont
capables de tout faire, c’est-à-dire des JRI qui partent tout seul, qui sont
capables d’interviewer, de éventuellement… de se mettre de l’autre côté de
la caméra et (…) d’enchaîner sur un direct, de faire un plateau enfin ou un
extérieur au moins, qui reviennent, qui savent monter, commenter et mettre
leur sujet
[38] … » C’est l’inverse de la « télé de grand papa », pour reprendre
l’expression ironique d’un responsable d’une chaîne tout info, où un
reportage se fait à trois ou quatre personnes.
Jeunes médias et médias jeunes
Dès lors, on comprend mieux pourquoi ces jeunes médias sont des médias
dans lesquels la moyenne d’âge des journalistes se situent plus ou moins
autour de la trentaine
[39], ce qui les différencie des chaînes hertziennes dont la
pyramide des âges est inversée. Cette particularité se retrouve probablement
au sein de nombreuses nouvelles télévisions diffusées par le câble et le
satellite ou encore des sites internet d’information. Dans l’organisation du
personnel, les postes hiérarchiques sont souvent occupés par des journalistes
plus âgés encadrant une main-d’œuvre sortie seulement depuis peu des
cursus de formation.
Cette jeunesse des effectifs doit beaucoup aux conditions de production déjà
évoquées. Les attentes des cadres dirigeants rencontrent là d’une certaine
manière les dispositions de jeunes journalistes entrés sur le marché du
travail. Les employeurs veulent des professionnels capables de s’adapter
immédiatement aux contraintes de production élevées et à des salaires
relativement bas.
« Le rythme est très important, le rythme de travail dans une chaîne d’info en
continu est très, très important (…) le jeunisme je me méfie beaucoup mais
enfin quand même, effectivement, c’est un critère bien évidemment, la
rédaction est assez jeune. Mais surtout, si vous avez fait quatre-cinq ans dans
une télévision où il y a un journal par jour ou deux journaux par jour et que…
je ne le dis pas méchamment, je le dis par expérience parce qu’on a essayé, la
greffe prend rarement. Or à la limite, je suis plus intéressé par quelqu’un qui
a fait par exemple de la radio en continu que par quelqu’un qui a fait même
de l’audiovisuel mais en… sous un rythme qui est différent parce que c’est
vraiment une gymnastique. (…) Des erreurs de casting (…) c’est : on prend
quelqu’un qui n’est pas habitué à faire de l’info en continu et qui n’arrive pas
à s’y mettre quoi, qui n’arrive pas à avoir la réactivité. » (Entretien avec un
responsable d’une chaîne tout info, 2000)
Les jeunes journalistes issus des formations professionnelles sont
parfaitement ajustés aux attentes des employeurs. En effet, ils sont
« opérationnels », rapidement disponibles et quelques jours de formation
interne sur les équipements suffisent à compléter leur maîtrise des
techniques. « Plus le type est formé en amont, moins moi je perds d’argent
pour le former, d’argent et de temps parce que le temps est une dimension
importante. Dans une chaîne d’info en continu, on n’a pas le temps de se
dire : tiens, pendant six mois, je crois que j’aurais un besoin au desk.
Généralement, le besoin au desk, il est quand le mec est parti (…) il faut que
je trouve tout de suite », explique ainsi un cadre dirigeant d’une chaîne
[40].
Comme on l’a montré par ailleurs
[41], ces périodes sont aussi pour les
employeurs des mises à l’épreuve, des tests de journalistes débutants (en
stage, en piges ou en contrats à durée déterminée) en les mettant en
concurrence.
Loin d’être perçues forcément négativement, ces conditions d’entrée sur le
marché du travail des jeunes journalistes sont, semble-t-il, vécues dans de
nombreux cas comme des « expériences » incontournables
[42], qui leur
permettent de « faire [leurs] preuves » et d’acquérir un savoir pratique. Pour
faire
mutatis mutandis une analogie avec les jeunes intérimaires étudiés par
Michel Pialoux
[43] à la fin des années 1970, ces « nouveaux » journalistes font
de « la disponibilité, du goût du changement et du désir de ‘goûter à tout’
des valeurs professionnelles » à l’opposé des journalistes « fonctionnaires »
qu’incarnent dans leur esprit certaines rédactions du service public – souvent
les plus syndiquées – comme Radio France ou France Télévision ou même
des grosses structures comme TF1.
Si les chaînes d’information en continu sont composées de journalistes aussi
jeunes, c’est également parce qu’elles offrent, surtout les petites structures
comme Euronews ou les chaînes sportives d’information en continu, de
faibles possibilités de « carrière », de sorte que le taux de sortie est
relativement élevé. Le passage par une chaîne d’information en continu est
donc souvent perçu comme un « tremplin », pour reprendre l’expression
d’un journaliste, vers d’autres médias.
« Il y a un turn-over très fort, il y a beaucoup de gens qui arrivent qui n’ont
pas forcément beaucoup travaillé avant d’arriver ici, pour qui je pense que
c’est un excellent tremplin. Mais le problème, c’est que ça reste trop souvent
un tremplin. On a... bon pour prendre... une machine qui tourne, qui est un
peu une usine d’infos mais, au bout d’un moment, on stagne en termes de
carrière, soit on passe par les étapes : chef d’édition, chef de rubrique,
producer, etc. Mais il n’y a pas 36 places... » (Entretien avec une journaliste
producteur d’Euronews)
Cet ensemble d’évolutions vient donc illustrer de manière exacerbée un
décalage croissant entre les représentations publiques les plus prestigieuses
du métier (le grand reportage, le travail intellectuel, la « libre » sélection de
l’information, etc.) et une partie des conditions objectives d’exercice qui
sont de plus en plus précaires pour une partie des journalistes
[44] même si
cette situation n’est parfois pas vécue comme telle.
LES EFFETS SUR LA PRODUCTION DE L’INFORMATION
Avec ce qu’on sait maintenant du fonctionnement d’Euronews, ou dans une
moindre mesure des autres chaînes d’information permanente, on peut se
demander en quoi ces transformations ont des effets sur le traitement de
l’information. Même si une étude de contenu des éditions des journaux
pourrait davantage préciser l’analyse, le visionnage régulier en 1999 et 2000
des actualités diffusées par Euronews et les entretiens permettent de dégager
quelques remarques générales. Une première série est commune aux
évolutions des grands médias nationaux et internationaux qui font de
l’information « chaude ». Les transformations des espaces médiatiques
nationaux et du marché international des médias, notamment la montée des
logiques économiques au sein des grands groupes publics et surtout privés,
ont contribué à transformer les définitions mêmes de l’information
dominante qu’on peut chercher à préciser. Peut-être plus encore que dans les
chaînes généralistes en clair, ce sont d’abord les
hard news (les guerres, les
catastrophes, les accidents, les risques, les scandales, les faits divers
[45], etc.)
qui occupent une place prédominante dans la hiérarchie de l’information.
Les effets de l’entrée du groupe britannique ITN dans le capital d’Euronews
sont révélateurs de cette tendance générale, notamment dans les chaînes
internationales d’information en continu. L’idéal de l’information 24 h sur
24 h pour les dirigeants des chaînes d’information permanente est une
information de « crise » comme le dit une journaliste de CNN
[46] : « La
formule CNN est d’autant mieux adaptée – et donc plus rentable – que
l’actualité est en crise. »
« [Evoquant l’information] Une espèce d’info moulinée menue, hard news,
donc vraiment de l’info internationale pur jus, telle qu’on la rencontre
absolument partout. (…) Mais il faut voir l’autre côté de la médaille, c’est
aussi ce qui se vend le mieux, ce qui ressemble à ce que font les autres, ce qui
est d’une certaine façon gage de crédibilité. » (Entretien avec un responsable
d’Euronews)
Cependant, l’« actualité internationale » ne renvoie pas seulement aux
hard
news. Du fait de sa vocation transnationale, l’information diffusée par la
chaîne est relativement peu traitée par les médias nationaux généralistes, qui
ont réduit la part de l’« actualité internationale » dans leur espace
rédactionnel comme le montre plusieurs études anglo-saxonnes
[47]. On pense
ici notamment à l’actualité de l’Union européenne et à celle des pays de l’Est
qui sont régulièrement traitées par
Euronews alors qu’elles sont quasiment
absentes des journaux des chaînes hertziennes françaises. Autrement dit,
l’information plus strictement institutionnelle (notamment diplomatique) et
plus classique occupe toujours une part importante des journaux de la
chaîne.
La définition dominante de l’information renvoie également à ce que les
journalistes appellent désormais « l’information de proximité ». Cette
appellation peut être prise dans son acception géographique, c’est-à-dire que,
comme dans les chaînes ou la presse locale, l’information sur une ou des
zone(s) géographique(s) va être privilégiée. Ainsi en voulant « raconter la
France exacte
[48] », c’est-à-dire notamment descendre au plus près de
l’échelon régional, les dirigeants de i>télévision souhaitent traiter de sujets
locaux d’intérêt national proches sous certains rapports de ceux des journaux
diffusés sur TF1 à la mi-journée. De même, en donnant par exemple plus
d’informations sur les pays de l’Europe de l’Est que les autres grandes
chaînes internationales, Euronews compte s’adresser aux téléspectateurs (de
plus en plus nombreux) qu’elle a sur ces marchés émergents du câble et du
satellite.
La notion de « proximité » doit être aussi prise dans son acception sociale.
En effet, le type d’information diffusée par les chaînes d’information en
continu dépend bien évidemment des intérêts de leurs publics. Si on met à
part le cas de i>télévision, qui vise davantage des téléspectateurs de
catégories plus populaires, les chaînes généralistes d’information en continu
diffusées en France s’adressent à des téléspectateurs à fort capital culturel
et/ou économique. C’est ce qui explique par exemple la place importante
occupée par certaines rubriques, tout particulièrement les informations
financières. La « proximité » est donc synonyme d’information utile, de
service « qui affecte les gens dans leur vie de tous les jours » comme le note
un journaliste d’Euronews. Ce qui signifie aussi bien le développement
d’information santé, multimédia, etc. ou de l’information économique, du
point de vue supposé des « téléspectateurs consommateurs » et non du
simple point de vue du spécialiste de l’économie.
« On fait les sujets tels qu’ils sont dans l’actualité économique, par exemple
la baisse de l’Euro. Mais on le fait comme il peut être perçu par le
téléspectateur-consommateur et pas l’analyste. Avant, on faisait : qu’est-ce
qu’elle dit l’analyse ? Ça sortait un bon sujet mais que personne ne
comprenait. Bon, ça veut dire quelque chose que la personne, elle allait
regarder sur NBC, sur des télévisions spécialisées financières. (…) Nous par
contre, on a orienté notre intérêt sur le côté plutôt consommateur. (…) On
avait vu aussi un… en regardant un peu notre téléspectateur que la grande
part de nos téléspectateurs, notamment ceux qui regardent la rubrique éco, ce
sont des décideurs mais qui, donc, ont suffisamment d’informations. Il y a
plusieurs journaux, ils regardent plusieurs télévisions, donc ils attendent
d’Euronews quelque chose qui soit différent de ce qu’ils ont vu peut-être dix
minutes avant sur CNN ou sur une autre télévision qui donne des
informations financières. » (Entretien avec le responsable du service
économique d’Euronews)
Pour comprendre ce traitement de l’information des chaînes tout info, il faut
non seulement évoquer ces tendances générales, qui sont le produit des
logiques essentiellement commerciales et professionnelles, mais aussi des
traits spécifiques, ou plus précisément qu’on perçoit plus fortement que dans
les autres médias audiovisuels.
La nécessité d’alimenter l’antenne en permanence fait que la contrainte
d’images pour traiter une information se pose de manière plus visible.
Autrement dit, ces chaînes fourniraient des études de cas rêvées pour saisir le
fait qu’un événement télévisé n’existe quasiment que s’il y a des images
disponibles ou, en tous les cas, devient très difficile à traiter. C’est la
condition
sine qua non pour qu’il fasse la « une » et encore plus qu’il y reste.
Les sujets économiques tels que « l’emploi » ou la guerre en Algérie par
exemple, illustrent bien ces thèmes où les images font défaut. D’où la
nécessité de recourir aux archives, à l’infographie (cartes, tableaux
statistiques, etc.) qui permettent de donner des information en image. A
l’inverse, notamment quand l’« actualité » est jugée peu intéressante, on va
traiter de
« sujets légers
» comme un carnaval parce qu’on a « de belles
images
[49] ».
De même, les chaînes d’information en continu sont aussi des lieux où la
circularité circulaire des informations écrites et des images est la plus
visible. Non seulement parce qu’elles rediffusent des sujets en boucle mais
aussi parce qu’une partie de leur activité consiste pour une part, comme on
l’a vu, à retraiter des images d’agences ou d’autres chaînes. L’« actualité
internationale » est un des domaines où cette homogénéité des images à
l’échelle mondiale est manifeste
[50], du fait de la position dominante occupée
par les deux principales agences audiovisuelles anglo-saxonnes, Reuters
Télévision et APTN
[51], et dans une moindre mesure par l’UER. On pourrait
faire le même constat sur l’usage intensif des dépêches des principales
agences écrites (AFP, Reuters et Associated Press) sur l’information
internationale mais aussi nationale. S’il fallait illustrer l’homogénéisation
des informations dans ce domaine sur ce type de chaîne, il suffirait d’étudier
les cas d’erreurs factuelles les plus grossières, qui sont reprises par tous les
supports car les journalistes s’appuient sur une information diffusée par une
agence ou un média à forte notoriété.
« Des gens qui m’ont écrit assez récemment pour me dire, bon vous avez
montré un sujet en disant que ça avait été tourné dans telle ville alors que ça
se passait dans une ville à 300 kilomètres de là. Et en fait, l’information était
erronée mais elle venait d’une agence, donc à partir du moment où nous, on
n’a pas de journalistes sur place, on est obligé de se fier à notre source
principale que sont les agences d’images, les agences de presse. Donc c’est
pareil une fois, on avait une dépêche où il y avait une erreur. A partir du
moment où l’erreur est faite dans la dépêche, bon elle passe à l’antenne
puisque le journaliste, c’est sa source essentielle d’information. » (Entretien
avec un responsable des relations avec le public d’une chaîne d’information
en continu, 2000)
Les effets sur la temporalité des autres médias
En observant les chaînes tout info comme des « laboratoires » pour saisir les
transformations des contraintes de production qui pèsent sur les journalistes
des médias audiovisuels, on a, en fait, décrit les effets des logiques
essentiellement économiques et professionnelles à l’œuvre dans le champ
français et international, dominé par les Etats-Unis, ainsi que, dans une
moindre mesure, les pays d’Europe de l’Ouest
[52]. Pour comprendre plus
complètement les conditions de production de l’information et son traitement
au sein de ces chaînes, il faudrait les replacer plus qu’on ne l’a fait dans leurs
univers relationnels en s’intéressant notamment aux effets qu’elles tendent à
produire sur les autres médias. Faute d’une enquête comparative, on a pris
ici que le champ journalistique français même s’il faudrait, pour l’analyser
complètement, le replacer lui-même dans un espace international tant les
enjeux et les agents sont aujourd’hui transnationaux. Pour s’en convaincre,
on pourrait par exemple montrer à quel point l’économie même de ces
chaînes tout info, la concurrence professionnelle qu’elles se livrent.
Non seulement comme on l’a vu à travers l’exemple d’Euronews ces chaînes
ont participé à la mise en place de nouveaux « modèles » d’organisation du
travail, des métiers, des formats professionnels (par exemple les journaux
tout en images) mais elles ont aussi et surtout contribué à changer la
temporalité d’une grande partie des autres journalistes. La création de France
Info en 1987 a également eu des effets importants mais c’est plus largement
l’ensemble des médias d’information en continu qui ont participé à cette
intensification du rythme de production. En effet, le développement des
chaînes tout info, qui réactualisent constamment leurs éditions des journaux
en diffusant en direct ou en léger différé les informations sur tel ou tel
événement, a contraint les autres médias à les prendre en compte. C’est
manifeste pour les autres chaînes de télévision, telles que les chaînes
généralistes en clair, qui produisent de l’information. Celles-ci ont, d’un
côté, cherché (ou cherchent encore) à se placer sur ce créneau de
l’information en continu en créant leur propre chaîne et, de l’autre, modifié
la fabrication des éditions de leurs journaux. Si les nouvelles technologies
ont permis de réduire les temps de production, de transmission et de
diffusion de l’information dans les grandes éditions des journaux des chaînes
généralistes, c’est aussi la concurrence objective des chaînes d’information
en continu qui explique l’accélération de leur rythme de production de
l’information, certains sujets étant réalisés dans des temps de plus en plus
courts pour être en prise avec l’« actualité » la plus « chaude ». C’est vrai
aussi dans une certaine mesure pour la presse écrite quotidienne et les
newsmagazines qui, avec le développement de la télévision, et tout
particulièrement de l’information en continu, cherchent dans cette
concurrence non pas seulement à décrire les événements (ou à les créer en
faisant des « ouvertures » thématiques) quand ils ont eu lieu mais avant
même qu’ils aient lieu pour devancer les médias audiovisuels.
Le second effet visible de la constitution de cette nouvelle position dans le
champ journalistique est, qu’au même titre que les autres médias, les chaînes
d’information en continu sont devenues un espace stratégique dans la
concurrence pour les « reprises » des informations des supports les uns par
rapport aux autres. C’est moins vrai pour Euronews ou i>télévision mais
beaucoup plus pour LCI en France, regardée notamment par les journalistes
occupant des positions hiérarchiques élevées (directeurs de la rédaction,
rédacteurs en chef, présentateurs) dans les médias nationaux d’information
générale, ou encore CNN dans le cas d’informations internationales
importantes. Ce n’est pas un hasard si LCI est largement présente sur le ou
les écrans de télévision des bureaux de cadres dirigeants ou de présentateurs
des rédactions des médias généralistes nationaux
[53]. Comparativement aux
quotidiens et aux newsmagazines, il est relativement peu fréquent que les
chaînes tout info annoncent des informations jugées exclusives. Les seules
exceptions sont les chaînes internationales comme CNN ou BBC World, qui
font partie des « grossistes » de l’information internationale.
La médiatisation des attentats du 11 septembre 2001 à New York et leurs
suites immédiates ont constitué une sorte de concentré de plusieurs
évolutions décrites dans cet article. En effet, elle a montré tout d’abord les
traits caractéristiques de l’information dominante sur les chaînes
d’information continu et même au-delà puisque certaines chaînes hertziennes
ont interrompu leurs programmes pour suivre leurs consœurs. Outre la
confirmation de l’intérêt porté, non sans jubilation et excitation
professionnelle parfois
[54], à ce type de
hard news très spectaculaires en
télévision, ces événements ont été une illustration de la concurrence pour la
priorité dans la diffusion des images et des informations. Avoir les premiers
les images ou être les premiers à annoncer une information est devenu le
principal critère de l’excellence journalistique dominante, au risque parfois
d’être démenti quelques heures ou jours plus tard. Cet événement
exceptionnel donne à voir combien l’information en continu induit des
pratiques à risque.
Le traitement médiatique de ces attentats est venu également illustrer le
poids du journalisme « assis » dans la production de l’information. Faute de
pouvoir arriver sur les lieux dans un premier temps et faute de pouvoir
concurrencer pour des raisons économiques les télévisions américaines dans
un second temps, les principales chaînes d’information en continu françaises
et étrangères ont été en effet obligées de reprendre des nouvelles et des
images produites par d’autres. C’était également le cas des envoyés spéciaux
et des correspondants sur place. Enfin, ces événements sont venus confirmer
le poids des agences et de certaines chaînes américaines (si l’on excepte le
cas marginal d’Al Jezira) ainsi que la position dominante qu’occupe ce pays
dans la production de l’information internationale notamment dans les
chaînes tout info.
·
ACCARDO A., ABOU G., BALBASTRE G., BINHAS S., DABITCH S., PUERTO A.,
·
ROUDIE H., TECHEL J. (1999), Journalistes précaires, Bordeaux, Le Mascaret.
·
ARCQUEMBOURG J. (1996), « L’événement en direct et en continu. L’exemple de
la guerre du Golfe », Réseaux, n° 76.
·
BAISNEE O., MARCHETTI D. (2000), « Euronews, un laboratoire de production
de l’information ‘européenne’ », Cultures et Conflits, n° 39.
·
BALBASTRE G. (2000), « Une information précaire », Actes de la recherche en
sciences sociales, n° 131-132, p. 76-85.
·
BEAUDOIN C.E., THORSON E. (2001), « LA Times Offered as Model For Foreign
News Coverage », Newspaper Research Journal, vol. 22, n° 1, p. 80- 93.
·
BOYD-BARRETT (1998), « ‘Global’News Agencies », in BOYD
·
BARRETT O., RANTANEN T., The Globalization of News, Londres, Sage, p. 19-34.
·
CHAMPAGNE P. (1996), « Le journalisme entre précarité et concurrence », Liber.
Revue internationale des livres, n° 29,1996, p. 6-7.
·
COHEN A.A., LEVY M.R., ROEH I., GUREVITCH M. (1996), Global
Newsrooms, Local Audiences : A Study of the Eurovision News Exchange, Londres,
John Libbey.
·
COLLINS R. (1992), Satellite television in Western Europe, London, John Libbey.
·
COLLINS R. (1994), Broadcasting and audio-visual policy in the European single
market, London, John Libbey.
·
DARRAS E., MARCHETTI D. (2000), « Les logiques de production de
l’information internationale. L’exemple des échanges d’actualités de l’UER », in
Erik Neveu et Dominique Marchetti (sous la direction de), Signifier l’Europe.
Médias, référentiels et espaces publics européens, Rennes, Rapport de recherche
pour le Centre national de la recherche scientifique, Programme « L’identité
européenne en question », 2000.
·
DEVILLARD V., LAFOSSE M.-F., LETEINTURIER C., RIEFFEL R. (2001), Les
journalistes français à l’aube de l’an 2000. Profils et parcours, Paris, Panthéon-Assas.
·
GOLDING P., ELLIOT P. (1999), « Making the News », in Howard Tumber (sous
la direction de), News. A reader, New York, Oxford University Press.
·
HAZELKORN E. (2001), « New Technologies and Changing Work Practices in
Irish Broadcasting », in Tunstall J. (sous la direction de) (2001), Media occupations
and professions. A reader, New York, Oxford University Press, p. 214-226.
·
HJARVARD S. (1998), « TV News Exchange », in Boyd-Barrett O., Rantanen T.,
The Globalization of News, Londres, Sage, p. 202-226.
·
HJARVARD S. (2001), News in Globalized Society, Götegorg, Nordicom.
·
JOINET B. (2000), « Le ‘plateau’ et le ‘terrain’ », Actes de la recherche en sciences
sociales, n° 131-132.
·
KELLY-HOLMES H. (sous la direction de) (1999), European Television Discourse
in Transition, Clevedon, Multilingual Matters LTD.
·
KORKIKIAN J. (1993), « Influence internationale et information : CNN et
Euronews », Géographie et Cultures, n° 8.
·
McGREGOR (1997), Live, direct and biased : making television news in the satellite
age, London, Edward Arnold.
·
MACHILL M. (1998), « Euronews : the first European news channel as a case study
for media industry development in Europe and for spectra of transnational
journalism research », Media, Culture and Society, vol 20, n° 3.
·
MARCHETTI D., RUELLAN D. (2001), Devenir journalistes. Sociologie de
l’entrée dans le marché du travail, Paris, Documentation française.
·
MARCHETTI D. (1997), Contribution à une sociologie des transformations du
champ journalistique dans les années 1980 et 1990. A propos d’« événements sida »
et du « scandale du sang contaminé », Paris, Thèse de sociologie sous la direction de
Pierre Bourdieu, EHESS.
·
MATHIEN M., CONSO C. (1997), Les agences de presse internationales, Paris,
PUF, coll. « Que sais-je ? ».
·
MOHR C., GUEGUEN Y. (2000), « La télévision thématique : un quart du marché
de la télévision », Info-Médias, n° 5.
·
MONTVALON S. (de) (1992), « CNN, l’information sans frontières »,
Médiaspouvoirs, n° 25.
·
NEVEU E. (2001), Sociologie du journalisme, Paris, La Découverte, coll. « Repères ».
·
PATERSON C. (1997), « Global Television News Service », in Sreberny-Mohammadi
A. et al., Media in Global Context. A reader, London, Arnold, p. 145-156.
·
PATERSON C. (1998), « Global Battlefields », in Boyd-Barrett O., Rantanen T.,
The Globalization of News, Londres, Sage, p. 79-103.
·
PATERSON R. (2001), « The Television Labour Market in Britain », in Tunstall J.
(sous la direction de), Media occupations and professions. A reader, New York,
Oxford University Press, p. 203-213.
·
PEAN P., NICK C. (1997), TF1, un pouvoir, Paris, Fayard.
·
PETITET E. (1998), France Info, le nouveau média de l’information en continu à la
fin des années 1980 : histoire et analyse, Paris, IEP Paris, Mémoire pour le DEA
« Histoire du XXe siècle » sous la direction de Jean-Noël Jeanneney.
·
PIALOUX M. (1976), « Jeunes sans avenir et travail intérimaire », Actes de la
recherche en sciences sociales, n° 26/27.
·
RICHARDSON K., MEINHOF U.U. (sous la direction de) (1999), Worlds in
Common ? Television discourse in a changing Europe, London et New York,
Routledge, chapitre 4.
·
SCRIVEN M., LECOMTE M. (sous la direction de) (1999), Television
Broadcasting in Contemporary France and Britain, New York, Oxford, Berghahn
Books.
·
SEMPRINI A. (1997), L’information en continu. France Info et CNN, Paris, INA-Nathan.
·
SEMPRINI A. (2000), CNN et la mondialisation de l’imaginaire, Paris, Presses du
·
CNRS.
·
SIRACUSA J. (2001), Le JT, machine à décrire, Bruxelles, INA-De Boeck
Université.
·
SJTI (1998), Indicateurs statistiques de l’audiovisuel. Cinéma, télévision, vidéo.
Edition 1998, Paris, La Documentation française.
·
TAYLOR P. M. (1997), Global communications, international affairs and the media
since 1945, Londres, Routledge.
·
TUNSTALL J. (sous la direction de) (2001), Media occupations and professions. A
reader, New York, Oxford University Press.
·
TUNSTALL J. (1999), « World News Duopoly », in Howard Tumber (sous la
direction de), News. A reader, New York, Oxford University Press.
·
TUNSTALL J., MACHIN D. (1999), The Anglo-American Media Connection,
Oxford, Oxford University Press.
·
TUNSTALL J. (1971), Journalists at Work, Londres, Constable.
·
WHITE P. (1997), Le village CNN. La crise des agences de presse, Montréal, Les
Presses de l’Université de Montréal.
[1]
Ces chaînes figurent parmi les plus regardées des bouquets du câble et du satellite en
France. Selon la première étude MédiaCabSat de l’Institut Médiamétrie publiée le 28 août
2001, Euronews (4,04 millions de téléspectateurs de 4 ans et plus) arrivait en quatrième
position des chaînes les plus regardées en « couverture semaine » (elle correspond à la
proportion d’abonnés âgés de 4 ans et plus ayant regardé au moins une seconde la chaîne en
moyenne par semaine, parmi la population des abonnés âgés de 4 ans et plus initialisés à cette
chaîne), se situant derrière Eurosport, TV5 Monde et Paris Première. LCI (3,77 millions)
figurait à la cinquième place dans le « top 10 », i>télévision arrivant bien plus loin avec 2,32
millions.
[2]
McGREGOR, 1997.
[3]
Dans le cadre de cet article, nous avons choisi de nous intéresser essentiellement à la
production des
news diffusées dans les journaux et non à celle des magazines ou des
émissions de débat qui peuvent exister sur ces chaînes. Autrement dit, on ne traite ici qu’une
partie de la production de ces chaînes, celle qui est la plus généraliste.
[4]
La minutieuse enquête de Jacques Siracusa (2001) sur la «
sociologie du travail à la
télévision », qui porte essentiellement sur la production des journaux télévisés dans des
chaînes hertziennes, montre à la fois les apports de ce type d’approche (organisation du
travail, procédés de fabrication), procédant notamment par notes ethnographiques, mais aussi
toutes ses limites : ne voir les journalistes et leur activité qu’au prisme des métiers, de la
« profession », des technologies et des savoir-faire qu’ils utilisent.
[5]
Sauf indication contraire, l’essentiel des entretiens réalisés à Euronews ont été réalisés en
2000. Notre enquête s’inscrit dans une recherche plus générale portant sur la médiatisation
des questions européennes, qui a été financée par le programme « Identité européenne » du
CNRS. Nous tenons à remercier l’ensemble des journalistes et plus généralement des
personnels de la chaîne, tout particulièrement Dominique Gicquel, responsable des ressources
humaines, qui a contribué à convaincre sa hiérarchie de l’intérêt d’une telle étude, et Bill
Dunlop, le directeur de la rédaction de l’époque, de nous avoir permis de réaliser un tel
travail. La recherche sur l’UER a été réalisée en collaboration avec Jean Chalaby (City
University, Londres) et Eric Darras (CURAPP, IEP Toulouse). Par ailleurs, nous remercions
les différents personnels de l’UER qui nous ont accordé un peu de leur temps, notamment
Adina Fulga qui a beaucoup contribué à nous faciliter l’accès à la coordination news.
[6]
DARRAS et MARCHETTI, 2000.
[7]
Sur les transformations des médias audiovisuels en Europe, et tout particulièrement
l’émergence de médias paneuropéens, on renvoie notamment à COLLINS, 1992 et 1994 ;
SCHLESINGER, 1993,1997 ; TUNSTALL et MACHIN, 1999 ; KELLY-HOLMES, 1999 ;
BAISNEE et MARCHETTI, 2000.
[8]
En France, l’augmentation des dépenses des ménages d’abonnements pour le câble, le
satellite et Canal Plus a considérablement progressé puisque la croissance annuelle a été de
16 % depuis 1985. Le nombre d’abonnés à un service de quinze chaînes du câble est passé de
356 000 en 1990 à 1,54 millions au premier semestre 1998. Concernant le satellite, il était de
453 000 en 1996 pour 1,53 millions au premier semestre 1998.
[9]
Sur ce sujet pour le cas du groupe Bouygues, voir PEAN et NICK, 1997, p. 567 et suiv.
[10]
On peut citer notamment : LCI (1994), Régions (1998) et i>télévision (1999) en France ;
Phoenix, ZDF : infobox et Eins extra (1998) en Allemagne ; Canal 24 Horas (1997) en
Espagne ; BBC News 24 (1997), BBC Parliament (1999) en Grande-Bretagne ; SVT 24
(1999) en Suède ; RAI News 24 (1999) en Italie (source :
Annuaire UER 2000).
[11]
Les nouvelles chaînes du câble et du satellite constituent bien souvent des petites
structures. En 1989, le nombre moyen de salariés permanents (sans distinction de statut) par
entreprise référencée comme chaînes thématiques et locales s’élevait à 17 (pour 8 entreprises)
et à 33 en 1996 (pour 31 entreprises). Source : SJTI, 1998.
[12]
Les chiffres d’Euronews nous ont été communiqués par la direction des ressources
humaines et ceux d’i>télévision et LCI sont issus du recoupement de plusieurs articles de
presse et des sites des deux chaînes.
[13]
Ces chiffres sont extraits d’une enquête par entretiens financée et réalisée avec le concours
de la Direction du développement des médias (DDM, Premier ministre) : voir MARCHETTI
et RUELLAN, 2001.
[14]
Source : « Un an après son lancement, la chaîne i>télévision passe à ‘l’âge adulte’ »,
Agence France Presse, 17 novembre 2000.
[15]
La lettre du CSA, n° 134, novembre 2000.
[16]
Entretien réalisé par l’un des auteurs et Eric Darras, 2000.
[17]
Euronews a fait l’objet de plusieurs articles portant sur cette dimension : voir MACHILL,
1998 ; RICHARDSON, MEINHOF, 1999 ; BAISNEE, MARCHETTI, 2000.