Réseaux
Lavoisier

I.S.B.N.sans
310 pages

p. 23 à 50
doi: en cours

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no 114 2002/4

2002 Réseaux

Les plateaux telephoniques dans les banques et les assurances

Continuité et rupture dans la dynamique d’organisation

Chantal Cossalter
Les plateaux téléphoniques sont des espaces de travail extrêmement automatisés où se gère désormais une grande partie des relations avec la clientèle. Les banques et les assurances ont été pionnières en matière d’introduction et d’utilisation des techniques d’automatisation de l’information. Aujourd’hui, avec une croissance des activités plus intensive qu’extensive, la relation avec le client devient l’objet de toutes leurs préoccupations. A partir d’un suivi sur longue période des mutations des services financiers, l’auteur analyse le développement des plateaux téléphoniques comme révélateur des transformations profondes des modes d’organisation de la production et du travail en soulignant les continuités et les ruptures dans la dynamique d’organisation. Telephone platforms are highly automated working areas in which a large proportion of customer relations are now managed. Banks and insurance companies have been pioneers in the introduction and use of data automation techniques. Today, with a more intensive than extensive growth of business, customer relations have become a key concern. Based on a long-term study of changes in financial services, the author analyses the development of telephone platforms which, by highlighting the continuities and discontinuities in organizational dynamics, reveal profound transformations in the organization of production and work.
Dans sa vie quotidienne, chacun d’entre nous a déjà été, depuis longtemps et le plus souvent sans le savoir, en relation avec des opérateurs travaillant sur un plateau téléphonique. En effet, ce mode d’organisation est déjà ancien dans certains secteurs d’activités tels que la vente par correspondance avec la commande sur catalogue, les transports avec la réservation en direct, l’assistance avec l’organisation de la prise en charge à distance. Il est aussi à la base des sociétés spécialisées en télémarketing sous-traitant, pour des entreprises de tous secteurs, des campagnes de promotion-vente auprès de prospects. C’est aussi sur un plateau téléphonique qu’aboutissent les appels aux numéros verts proposés par les entreprises et les administrations à leurs clients et usagers. Quel que soit le domaine considéré, sur un plateau téléphonique les opérateurs ont pour rôle de nouer, de satisfaire et d’entretenir une relation avec un client ou un usager. Cette relation s’accomplit par l’information et le renseignement, la prospection et la vente, le conseil et l’assistance ou bien encore la gestion des produits et services détenus.
D’un point de vue technique, ce mode d’organisation est fondé sur le couplage de la téléphonie et de l’informatique. D’un point de vue plus organisationnel, la vraie valeur ajoutée est créée par le couplage des centraux téléphoniques et du système informatique de l’entreprise. Ce couplage permet de faire remonter de la base de données, c’est-à-dire du système d’information, toutes les informations qui aideront les opérateurs à traiter l’appel entrant ou sortant. Ainsi, au-delà de l’outil téléphonique, l’élément le plus important est constitué par le système informatique et surtout le système d’information à partir duquel l’opérateur aura accès à la situation du client, des produits et services qu’il a souscrit ou qu’il est susceptible de souscrire. Cette base de données sera également alimentée de nouvelles informations issues de l’entretien mené par le téléopérateur avec le client attitré, nouvellement acquis ou le prospect.
Dans le temps d’une communication, ce couplage téléphonie et informatique permet un traitement immédiat de l’information, c’est-à-dire sans intermédiaire, et en temps réel, c’est-à-dire nécessaire à l’aboutissement de la procédure automatisée. Par la connexion avec d’autres médias, il permet aussi l’enclenchement de procédures annexes, telles que l’émission de courriers et de télécopies, l’envoi d’ordres et de paiements… Dans ce mode d’organisation, la prestation de service de quelque ordre qu’elle soit est synonyme à la fois de rapidité, marque de la qualité du service pour le client, et de gain de productivité, en gommant le travail intermédiaire, pour le prestataire. Ainsi, ce sont les avancées réalisées tant dans les technologies des télécommunications que dans la conception des systèmes d’information qui concourent à l’avènement des plateaux téléphoniques.
Les banques et les assurances ont été pionnières en matière d’introduction et d’utilisation des techniques d’automatisation de l’information. Elles constituent toujours les grands comptes chez les fournisseurs en moyens matériels et logiciels informatiques. Pour cela, elles ont au moins deux ou trois bonnes raisons. En premier lieu, leur matière première comme leurs produits sont de l’information. Deuxièmement, dès la fin des années 1960, l’inscription des services financiers dans la consommation de masse et la généralisation réglementaire de leur usage se sont traduites par une véritable explosion de l’activité suscitant le démarrage d’un processus d’automatisation sans cesse renouvelé et poursuivi jusqu’à ce jour à travers des contextes économiques marqués par une concurrence de plus en plus vive. Aujourd’hui, avec une croissance des activités plus intensive qu’extensive, la relation avec le client est devenue l’objet de toutes les préoccupations. Les plateaux téléphoniques sont des espaces extrêmement automatisés où se gère désormais une grande partie de la relation client, quel que soit le secteur d’activité. C’est pourquoi il est intéressant de porter l’attention sur l’introduction et le développement de ces nouveaux moyens d’automatisation de l’information et de la communication dans les secteurs financiers. Comment les banques et les assurances se saisissent de cette innovation technologique ? Quelles sont les conditions d’émergence et de développement de ce nouveau mode d’organisation de la production et du travail ? Quelles sont les missions assignées aux plateaux téléphoniques ? A quelles réorganisations fonctionnelles correspondent-ils ? Comment s’y développent des activités nouvelles ? Qu’en est-il du renouvellement des activités traditionnelles ? Et quelle forme prend ce renouvellement ? Un suivi sur une longue période des mutations à l’œuvre dans les services financiers [1] nous incite à appréhender comment ces innovations s’inscrivent dans la logique des évolutions engagées dans les dernières décennies. Y a-t-il continuité ou rupture dans la dynamique d’organisation ? Qu’est-ce qui est nouveau et qu’est-ce qui perdure ? Le développement actuel des plateaux téléphoniques ne peut-il pas être considéré comme révélateur des transformations plus profondes de l’organisation de la production et du travail dans les services financiers [2] ?
Dans ces pages, à travers l’évocation de quelques situations concrètes, nous nous attacherons à mettre en évidence tout à la fois les conditions d’émergence de ce nouveau mode d’organisation et les modalités d’exercice du travail qui y prévalent. Nous chercherons à souligner les éléments attestant des continuités comme des ruptures en privilégiant les situations les plus significatives en la matière [3].
 
L’ORGANISATION DE LA PRODUCTION SUR PLATEAU TELEPHONIQUE
 
 
Dans les secteurs financiers, les situations les plus emblématiques des plateaux téléphoniques correspondent à la banque et à l’assurance dîtes « en direct » fonctionnant uniquement par téléphone, c’est-à-dire sans guichet. Ces entreprises de création récente ont été aussi les premières à se saisir de ces nouvelles possibilités technologiques d’où l’intérêt de souligner le contexte économique sectoriel de cette innovation. Cependant, ce mode d’organisation concerne beaucoup plus largement l’ensemble des entreprises financières. Au cours de la dernière décennie, chacune d’entre elles a déjà mis en place un ou plusieurs plateaux pour des missions variées. D’où l’intérêt encore de comprendre si cette innovation réfère au mimétisme, à un effet de mode ou répond à des objectifs plus stratégiques. Mais cette distinction entre ces différentes situations est importante. Dans le premier cas, le choix organisationnel du plateau conditionne la structure et la gestion de l’entreprise dans son ensemble, dans le second, le plateau est intégré aux structures existantes.
Le plateau téléphonique comme structure centrale de l’entreprise
Le contexte d’émergence : le nouveau milieu concurrentiel
Les premières créations d’entreprises en direct sont apparues dans l’assurance. Dès la fin des années 1980, sous l’effet de la concurrence et de l’ouverture du marché, certaines entreprises, en particulier étrangères, ont cherché à se développer sur le marché français, sans avoir forcément les moyens d’investir dans la constitution de réseaux de distribution de types agents généraux ou courtiers [4], c’est-à-dire les réseaux de distribution traditionnels de l’assurance en France. Elles n’ont pas envisagé non plus d’investir, comme l’ont fait un certain nombre de mutuelles dites sans intermédiaires, dans la constitution de bureaux de salariés, c’est-à-dire de points d’accueil pour leurs sociétaires. Recherchant le moindre coût, elles ont alors emprunté le mode de vente directe par téléphone, mode de vente relativement nouveau en France mais qui connaît des succès importants outre-Atlantique et chez nos voisins européens, en Grande-Bretagne et en Allemagne, depuis plus longtemps. Ce mode de distribution n’est pas réservé aux seuls nouveaux opérateurs sur les marchés. Certaines entreprises d’assurance traditionnelles ont cherché, par le biais de filiales, une diversification à travers de nouveaux modes de distribution pour une meilleure couverture du marché. Ce mode d’organisation a aussi été développé par les banques engagées dans la « bancassurance » pour réaliser la gestion des sinistres. Le réseau de distribution est constitué par leurs réseaux d’agences commerciales : elles ont seulement eu à constituer des filiales pour l’indemnisation des sinistres. Les conditions d’émergence des plateaux téléphoniques sont ainsi intimement liées à la nouvelle perméabilité des frontières entre la banque et l’assurance dans un contexte de concurrence intersectorielle, tant européenne que mondiale.
Dans ce contexte de l’assurance sans guichet, le plateau téléphonique est la structure centrale de l’entreprise. C’est le mode de distribution des produits et services qui induit le mode d’organisation de toute l’entreprise.
L’assurance en direct
Dans une entreprise d’assurance automobile pour les particuliers, créée au début des années 1990, les produits et les outils de gestion ont été conçus pour que les téléopérateurs puissent proposer, gérer et ensuite, s’il y a lieu, régler les sinistres, à partir d’un contact direct par téléphone avec le prospect d’abord, le client ensuite. Il existe trois plateaux fonctionnant uniquement en réception d’appels : le plateau souscription, le plateau gestion et le plateau indemnisation. Sur chacun des plateaux, les opérateurs disposent d’un script adapté pour chacune de ces activités [5].
  • Le plateau souscription. Les chargés de souscription, sur appels des prospects sollicités par le biais de mailing, couponing et de campagnes télévisées, en suivant un script qui se déroule sur l’écran, entrent les informations à partir desquelles le programme informatique permettra la sortie des tarifs, l’envoi d’un devis, voire d’une proposition de souscription.
  • Le plateau gestion. Les chargés de clientèles établissent les avenants aux contrats en cours selon une procédure informatisée analogue à celle de la souscription.
  • Le plateau indemnisation-sinistres. Les chargés de gestion des sinistres enregistrent toutes les informations déclarées dans le constat sous la dictée du client qui ne l’envoie pas mais le lit au téléphone. Le programme informatique définit les responsabilités, l’estimation des dégâts et son montant. C’est l’instauration du règlement dit « en un temps » : avec la prise instantanée de la déclaration de l’assuré, la proposition qui lui est faite de prises de rendez-vous nécessaires avec le garage et/ou l’expert. Pour les sinistres simples, l’indemnisation se fait à partir d’une application informatique : c’est le programme informatique qui déclenche le règlement. Pour les sinistres corporels, les chargés de gestion travaillent un peu moins par téléphone puisqu’ils contrôlent les dossiers, vérifient la justesse des déclarations et des dommages. En matière corporelle, ce sont des dossiers de technicité et de coût bien plus élevés. Il n’empêche qu’à de très rares exceptions près il n’y a pas de déplacement sur le terrain : tout se fait à travers le téléphone, l’expertise et un peu d’échange de courrier.
Dans cette situation, sont fortement intégrées les tâches de front et back office, c’est-à-dire de relation avec les clientèles et de traitement administratif. L’organisation de la production sur plateau téléphonique confirme la tendance, engagée depuis de nombreuses années, au rapprochement entre ces deux entités professionnelles auparavant très différenciées que sont le back et le front office [6].
La bancassurance
Pour les banques cherchant à investir le marché de l’assurance, l’existence d’un réseau commercial est un atout important. C’est une opportunité indubitable. Mais cette diversification comporte aussi maintes difficultés avec la gestion des sinistres, activité qui réfère aux métiers les plus techniques de l’assurance. C’est aussi le point crucial car la concurrence s’exerce selon la célérité et la qualité dans le règlement des sinistres.
Dans la logique d’organisation inhérente à l’assurance en direct, caractérisée par une forte automatisation des processus et une intégration des tâches, une filiale d’assurance d’une banque a adopté un dispositif de plateaux téléphoniques pour gérer essentiellement l’après-vente des contrats, c’est-à-dire les sinistres. Le guichet de la banque conserve son rôle de démarchage du client bancaire en réalisant la souscription. Cette unité de gestion des sinistres est une structure de petite taille basée sur l’outil informatique où sont gérés tous les sinistres, tout se fait par téléphone. Sur plateau téléphonique, les gestionnaires sont en relation avec les clients, les experts et les garages dans le cas d’un sinistre automobile par exemple. Selon l’importance du sinistre, soit, il est seulement décrit par le client, soit, un expert est missionné sur place : le logiciel informatique permet de le chiffrer ensuite. Il n’y a aucun service courrier, pas de service dactylographique et pas d’inspecteur dans les unités de gestion. Les gestionnaires sinistres font l’ensemble de ces tâches. La polyvalence des gestionnaires est totale. Un accident automobile se gère comme un dégât des eaux.
Dans cette situation, la standardisation des produits et l’intégration des règles techniques aux logiciels sous-tendent la polyvalence des gestionnaires. Là encore, se confirme la tendance constatée par le passé. Avant l’informatisation, le rédacteur en production spécialisé dans les risques simples devait non seulement connaître les produits mais aussi les tarifs et les procédures de traitement administratif. Il devait en mémoriser les règles afin d’apprécier les affaires proposées et de réaliser le traitement selon les données du problème. Avec l’informatisation et la standardisation des contrats, l’essentiel du contenu technique n’était déjà plus nécessaire au rédacteur. Il suffisait déjà de saisir les données, le logiciel acceptait ou non le risque, calculait les tarifs et prescrivait les clauses des contrats selon des normes programmées. Il en a été de même pour les procédures de gestion en sinistres peu complexes. C’est ainsi qu’ont été constitués les emplois de gestionnaires d’assurance caractérisés par leur polyvalence. Mais dans un cas comme dans l’autre, le rédacteur n’était pas en contact direct avec la clientèle. L’emploi de télégestionnaire comporte ainsi une dimension nouvelle. Dans le temps d’une communication, le télégestionnaire devra nouer une relation avec le client et dénouer une procédure administrative [7].
La banque en ligne
Dans le secteur bancaire, les banques dites « en direct » sont des établissements où toutes les opérations se font par l’intermédiaire du téléphone entre l’opérateur et le client. Ils sont constitués de plusieurs plateaux dédiés pour chacun d’eux à une mission spécifique comme dans les cas évoqués précédemment. Contrairement à ce qui se passe dans l’assurance, ce type d’établissement est de faible importance. En France, il apparaît plutôt assez clairement comme une seconde banque pour sa clientèle qui ne lui confie généralement que ses opérations de trésorerie. Les banques françaises ont plutôt choisi d’adopter le concept de banque à accès multiple mêlant les nouvelles ressources techniques et leurs agences classiques comme nous l’exposerons plus loin. Selon Zollinger et Lamarque [8] : « En France, la banque à distance ne se substituerait pas à la banque traditionnelle à la différence de la situation en Grande-Bretagne où les banques à distance se sont fortement développées sur la base du constat des insuffisances de leurs agences : médiocrité de l’accueil, attente aux guichets, faible disponibilité des conseillers. »
Des continuités certaines
Les plateaux téléphoniques comme structure centrale de l’entreprise correspondent à des entreprises nouvellement créées. Ces entités étant de développement récent, elles ont pu bénéficier des solutions les plus avancées en matière d’intégration de la téléphonie et de l’informatique. C’est pourquoi le degré d’automatisation y est le plus poussé. Dans ces situations apparaissent les traits saillants de la dynamique d’organisation du travail à l’œuvre dans les services financiers, depuis le démarrage de l’informatisation et son développement élargi des tâches les plus routinières aux plus complexes et plus ponctuelles. Cette organisation du travail se caractérise, en particulier, par une saisie unique des informations à la source, des systèmes d’aide dans la collecte d’information avec les masques de saisie sur écran, une tendance à l’imbrication des tâches de back et de front office autorisée par l’intégration des règles techniques aux logiciels et la standardisation des produits comme des procédures. Alors que par le passé les tâches de back office ont été transférées au front office, aujourd’hui on assiste à un mouvement inverse avec les plateaux téléphoniques mais toujours dans la même logique.
Les plateaux téléphoniques intégrés aux structures existantes
Une variété dans les choix organisationnels
Historiquement, les premiers plateaux ont eu pour mission d’accueillir et de renseigner les clients comme des standards téléphoniques évolués. Ensuite, afin de décharger les services tant commerciaux que de gestion leur a été confié le traitement d’opérations simples : réclamations, modifications, éléments de gestion à enregistrer. Au fil du temps, de nouveaux plateaux ont été créés et leurs missions se sont complexifiées. Contrairement aux situations précédemment évoquées, avec les plateaux intégrés il existe une grande variété de choix organisationnels répondant à des objectifs différenciés dans la banque comme dans l’assurance. Cependant, quatre grandes situations organisationnelles ont retenu notre attention.
Dans l’assurance, « les additifs »
Au début des années 1990, une entreprise d’assurance dommages aux particuliers et se diversifiant dans la vente de produits d’assurance vie, de prévoyance et d’épargne a créé un plateau d’accueil et de renseignement téléphoniques, afin de centraliser le traitement de la grande majorité des appels entrants, libérant de cette tâche les services de gestion où arrivaient auparavant les appels, et de renseigner le client en temps réel. Quelques années plus tard, elle a constitué un plateau de téléprospection ayant pour objectif la prise de rendez-vous pour le réseau commercial (clients et prospects) ainsi que la communication ponctuelle et ciblée sur un sujet donné. Actuellement, elle met en place une cellule dédiée à la défense du portefeuille. A contrario des situations précédantes, ici, le plateau téléphonique est à considérer plus comme un additif. Sa mise en place ne remet pas en cause les modes et les outils de gestion. Cet exemple illustre le cas des entreprises d’assurance qui s’essaient dans la mise en place de plateaux téléphoniques. Les objectifs assignés aux plateaux concernent l’accueil et la prise de rendez-vous, ils permettent ainsi de dégager du temps aux services opérationnels. Ces plateaux sont plus des unités d’assistance aux services traditionnels que des unités de production.
La refonte des chaînes de gestion
Par ailleurs, ce choix organisationnel peut s’inscrire plus fondamentalement dans les objectifs stratégiques d’une entreprise. C’est le cas, par exemple, de certaines compagnies d’assurance qui, après avoir délégué en décentralisant pendant un temps la gestion des sinistres vers les agents généraux [9], rapatrie en recentralisant cette activité sur un plateau téléphonique [10].
Dans l’assurance le règlement des sinistres est une activité-clé pour les entreprises [11]. Cette activité a un impact financier considérable : les sommes versées pour le règlement des sinistres constituent l’essentiel des flux financiers de sortie. Une économie de quelques points en la matière peut rendre un exercice bénéficiaire. A l’inverse, toute dérive peut avoir des conséquences dramatiques sur les résultats. En outre, le traitement d’un sinistre est le moyen essentiel dont dispose l’assuré pour vérifier la qualité de la prestation achetée. C’est donc un élément de fidélisation de la clientèle. Cela explique l’attention toute particulière apportée au processus de règlement des sinistres.
Dans une entreprise ayant opté pour la centralisation de la gestion des sinistres sur un plateau téléphonique, les gestionnaires prennent les appels téléphoniques des clients et traitent le dossier jusqu’à son aboutissement. A partir des systèmes de gestion informatisés, les gestionnaires ont à leur disposition les contrats et les garanties souscrits mais aussi toutes les informations de l’historique du client : la durée de la relation, les types et le nombre de contrats détenus, la fréquence et l’importance des sinistres, les éventuels incidents de paiement, et, par des méthodes automatiques de scoring, ils ont les moyens de définir le degré de confiance qui peut lui être accordé ainsi que les facilités commerciales qui peuvent lui être proposées. Cette procédure de gestion des sinistres en direct avec le client et dotée de toutes les informations nécessaires à la relation commerciale devient le moment adéquat pour un réajustement des garanties, d’acquisition de nouveaux contrats pour des protections complémentaires. Dans le même temps sont générés les écritures et les courriers appropriés, comme sont fournis les éléments de suivi afférents aux coûts moyens et aux circonstances des sinistres. Ainsi, les frontières entre les différents actes de gestion, tant interne que commerciale, et de souscription s’estompent. Dans cette situation, on est bien au-delà de la simple imbrication entre back et front office évoquée précédemment, il s’agit de véritables imbrications fonctionnelles.
Dans la banque, des interfaces de communication
Dans le secteur bancaire, d’année en année, le phénomène plateau téléphonique s’est généralisé de proche en proche à un toujours plus grand nombre d’entreprises, pour certaines sur le simple mode des adjonctions. Mais la voie qui semble se dessiner avec certaines autres est la tendance de la banque à accès multiple ou multicanal qui est une réalisation tangible pour certaines et encore un objectif pour d’autres.
Ainsi, à la fin des années 1990, une banque s’est engagée dans la mise en place de plusieurs plateaux téléphoniques constituant une plate-forme. Cette création prend place dans son projet de développement stratégique de banque à accès multiple. Ce dispositif est intégré en complément du réseau traditionnel d’agences et de leurs services d’automates en libre service tels que les DAB (distributeurs automatiques de billets) et les GAB (guichets automatiques bancaires). Le client peut aussi avoir accès à sa banque par la voie des technologies, le home banking (Minitel, l’internet, téléphone avec boîte vocale) ou selon sa convenance avec des personnes physiques au moyen du téléphone [12].
Trois plateaux constituent le dispositif :
  • Le plateau d’accueil pour les appels entrants. Les appels des agences de l’ensemble d’un territoire sont reroutés sur ce plateau afin de décharger les entités commerciales d’un ensemble de tâches à faible valeur ajoutée et de renforcer le potentiel commercial des agences à l’aide de prises de rendez-vous pour les commerciaux. L’accueil du client se fait au nom de l’agence d’appartenance, l’opération est donc transparente pour le client. Les opérateurs, selon la complexité de la demande, traitent les opérations simples ou transfèrent les appels aux commerciaux dans les agences. Ils ont à leur disposition l’agenda électronique des chargés de clientèle en agence pour organiser leur rendez-vous.
  • Le plateau de banque à distance pour les appels entrants. Le client appelle un numéro spécial 08… et peut faire réaliser toutes les opérations concernant les services et produits simples bancaires et d’assurance.
  • Le plateau de télémarketing pour les appels sortants où les opérateurs mènent des actions commerciales en fonction du plan marketing de la banque et des fichiers clients.
Le dispositif composé de ces trois plateaux est un centre de production au même titre qu’une agence bancaire mais dont la spécificité est de traiter des appels téléphoniques entrants et sortants. Les agences et les plateaux téléphoniques disposent des mêmes outils et des mêmes informations. Le cœur du dispositif est la base de données. Ce sont les médias de restitution qui sont différents. Le système permet de faire communiquer n’importe quelle application informatique existante avec n’importe quel point d’accès, n’importe quel poste de travail habituel en agence, au siège ou sur plateau. L’information est diffusée partout où elle est demandée. Les systèmes d’information jouent ainsi un rôle de communication. Il y a une disponibilité, un partage, ainsi qu’une mise à jour instantanée des données. Lors de chaque communication, les événements de l’échange sont consignés permettant une traçabilité de la relation-client afin de gérer les délais, déclencher des alertes et des relances si nécessaire. Un bloc-notes centralisé consultable en tous points du réseau est alimenté par les informations concernant la relation bancaire avec le client. L’exploitation des données concernant chaque client sur la durée permet d’élaborer des propositions commerciales plus adaptées.
La relation téléphonique intégrée
Une banque ayant mis en place un ensemble de moyens automatisés à la disposition de sa clientèle cherche à développer l’activité de relation téléphonique chez l’ensemble de ses salariés en agence. Elle ne projette pas de créer un lieu de production spécifique de type plateau téléphonique avec des salariés spécialisés en la matière mais d’intégrer la relation téléphonique comme séquence d’activité dans la relation avec la clientèle. Pour cela, un programme de formation est actuellement mis en œuvre. Le centre de formation, où sont envoyés les salariés pour un premier stage de formation puis ensuite pour des formations récurrentes sous forme d’entraînement, fonctionne comme un plateau téléphonique pour appels sortants. Les stagiaires apprennent en travaillant directement à partir de leurs portefeuilles de clientèle. Le projet de cette banque est d’équiper chaque agence d’un bureau mini-plateau doté des dispositifs adéquats afin que chacun des salariés de l’agence puisse y réaliser sa séquence d’activité de relation téléphonique avec sa clientèle. Pour cette banque, cette forme d’organisation a le mérite d’entretenir un contact personnalisé entre un conseiller attitré et sa clientèle que celle-ci pourra aussi bien contacter par téléphone à l’agence ou venir rencontrer selon ses choix.
Dans cette situation, en mettant à la disposition de chacun des salariés de l’agence les moyens matériels et logiciels pour établir une relation de service par téléphone, on va vers une certaine banalisation de ce mode opératoire. Cette hypothétique banalisation ne peut pas ne pas rappeler la banalisation des outils informatiques dans l’ensemble des emplois réalisée dans les années 1980 [13].
Renouvellement dans le mode de production
Quelles que soient les situations, les plateaux téléphoniques sont révélateurs d’un renouvellement du mode de production. Il se manifeste à travers la primauté du système d’information, la diversification des canaux de communication et la qualité [14] de la relation de service.
Le système d’information
Sur les plateaux téléphoniques, l’importance de l’outil téléphonique s’efface devant ce qui l’autorise, à savoir les systèmes d’information. Il s’efface car les moyens d’accès au système sont multiples et ne concernent pas seulement le plateau téléphonique. Il faut rappeler « qu’un système d’information est un système d’entreprise qui traite et gère des informations à partir d’informations qui lui sont fournies et qui émet à son tour des informations susceptibles d’être utilisées par d’autres systèmes avec lesquels il est en relation de manière transitoire ou permanente [15] ». Au cours du développement sans cesse élargi de l’informatisation dans les entreprises financières, l’intégration des applications et la mise en place des systèmes d’information ont permis de disposer d’informations de plus en plus nombreuses, fiables, pertinentes, structurées et d’accès facilité. Dans ce développement d’un moyen de saisie, stockage et traitement rapide et fiable des données, l’informatique est devenue un support logistique permettant de fournir en temps réel, c’est-à-dire utile, à chacun des salariés concernés, les informations nécessaires à l’action, à la décision. L’organisation de la production sur plateau téléphonique concrétise cette évolution.
Les canaux de communication
Dans ces situations, dans la banque comme dans l’assurance, loin de se substituer au réseau commercial traditionnel, les plateaux téléphoniques prennent place – leur place – dans le mouvement de diversification des canaux de communication, selon une plus ou moins grande valeur ajoutée d’une offre de produits et services plus ou moins sur mesure, engagé depuis déjà de nombreuses années [16]. Nous parlerons plus largement de canaux de communication et non seulement de distribution et de commercialisation car, comme il l’a été dit précédemment, les différents actes de gestion s’imbriquent, les différents actes de relation entre le client et le prestataire. Pour l’ARETE : « Les entreprises financières françaises cherchent à se prémunir contre la concurrence étrangère en créant des structures analogues à celles des nouveaux arrivants sur le marché tout en sachant qu’elles détiennent un avantage de poids avec leur réseau de proximité [17]. » C’est pourquoi il est nécessaire de souligner la tendance à une diversification des canaux de communication des entreprises financières afin de s’adapter et de répondre à la grande variété des clientèles et à leurs choix de communication selon les événements et les moments donnés [18]. Pour certaines d’entre elles, si ce n’est toutes, les technologies à distance ne remplacent pas la connaissance du terrain, l’appréhension des usages des publics concernés, la subtilité des liens interpersonnels.
La relation de service
Un dernier point et non des moindres est à développer : l’organisation de la production sur plateau téléphonique correspond aussi à un renouvellement dans la manière de concevoir et de réaliser la relation de service. Nous employons le terme correspondre au sens d’une concomitance. En effet, ce renouvellement n’est pas propre à l’organisation de la relation de service sur plateau téléphonique puisque, nous venons de le dire, le plateau prend place dans un dispositif d’ensemble de diversification des canaux de communication. Ce n’est qu’un moyen parmi d’autres pour réaliser la relation avec le client. Par l’utilisation des systèmes d’information, la capitalisation des informations, recueillies à travers les différents contacts noués avec le client, participe à la construction progressive d’une meilleure connaissance de ses besoins et des usages passés, actuels et futurs des produits et services détenus. Elle s’accomplit par la normalisation des prises d’information, l’accompagnement du client dans le traitement de son cas particulier et la mise à disposition des informations à tous les salariés ayant à entrer en contact avec le client. Cette organisation de la production concrétise cette perspective renouvelée de la relation de service engagée dans la compréhension des attentes des prospects et des clients et dans le caractère adapté de la réponse évaluée dans la durée. Cette nouvelle logique de la relation de service est à rapprocher des démarches en termes de solution-client proposées par Zarifian [19]. L’analyse des déroulements d’entretiens et des argumentaires [20] mis à la disposition des téléopérateurs nous permet de souligner cette nouvelle perspective de la relation de service à savoir : que recherche le client et que peut-on lui apporter selon sa situation et les moyens dont on dispose ? Dans l’assurance, en cas de sinistre, en fonction des clauses du contrat lui seront proposées et organisées les prises de rendez-vous avec les experts, une réparation en nature ou monnayable, une révision éventuelle de ses garanties. Dans la banque, en fonction de sa situation professionnelle, familiale et patrimoniale lui seront proposés un diagnostic, une simulation des différentes solutions possibles d’épargne et un conseil en placement sur une gamme de produits, par exemple. L’entretien est raisonné en termes d’avantages pour le client et non (plus) des caractéristiques techniques du produit ou du service [21]. La capitalisation des informations issues de l’historique du client sous-tend une offre de services plus pertinente et plus adaptée à chacun des clients non plus appréhendée dans l’instant mais dans la durée en termes de valeur future c’est-à-dire de rentabilité sur longue période.
 
L’ORGANISATION DU TRAVAIL
 
 
Le plateau téléphonique est souvent confondu avec un dispositif technique. Dans cet espace de travail extrêmement automatisé, les caractéristiques de l’organisation du travail sont, certes, inscrites pour une part dans les dispositifs techniques matériels et logiciels. Cependant, la communication où se joue la mise en œuvre de la relation de service, développée dans sa nouvelle perspective, ne saurait être restreinte à la répétition d’un même scénario d’un interlocuteur à l’autre. Avec l’organisation du travail en plateau téléphonique, ce sont aussi de nouvelles compétences qui émergent. Définir les fonctionnalités du dispositif technique permet de ne pas occulter la qualité des diverses interventions humaines qui l’investissent.
Le dispositif technique : des fonctionnalités intégrées de distribution et de supervision
Le distributeur automatique d’appels constitue le cœur du dispositif d’un plateau téléphonique. Ce dispositif est conçu pour assurer la gestion des flux en continu des appels entrants et sortants, détecter un poste disponible dans une chaîne de postes de travail, configurer et reconfigurer des groupes d’opérateurs auxquels correspondent des files d’attentes. Le système prend en compte les temps de pause, de saisie d’information et de récupération entre les appels. En cas de saturation, il peut aussi assurer un délestage et le reroutage des appels vers un autre plateau, c’est-à-dire une délocalisation [22].
Avec la possibilité d’équipement en système du numéro prédictif, sont composés automatiquement les numéros téléphoniques du fichier client à exploiter et n’aboutit sur le plateau que les appels où l’interlocuteur a décroché, évinçant ainsi automatiquement les numéros non attribués et occupés.
Le distributeur automatique d’appels dispose de fonctionnalités référant tant à la gestion opératoire du travail immédiat des téléopérateurs et de la hiérarchie pour la gestion des groupes par les informations qu’il délivre en temps réel aux uns et aux autres qu’à la gestion à plus long terme pour organiser et réorganiser l’activité. Il fournit en effet, en temps réel, des informations concernant le nombre d’appels à un moment donné, le nombre d’opérateurs en ligne, l’activité individuelle des opérateurs, les délais de décrochage, les temps d’attente, la fréquence et le nombre d’abandons, les durées de communication, la durée des raccrochés et ainsi en creux les temps de pause. Des alertes peuvent être paramétrées se déclenchant automatiquement dès qu’un seuil à définir est atteint. Ces alertes permettent aussi d’aider un responsable de plateau d’intervenir en temps réel pour configurer des groupes d’opérateurs et des files d’attente afin de répartir les charges de travail. A partir du distributeur automatique d’appels sont émises des statistiques de manière détaillée ou agrégée selon différentes périodicités, à la journée, à la semaine et au mois permettant un suivi individuel de l’activité.
Le système hiérarchique : l’animation et la formation
Des fonctions de distribution et de supervision du travail sont intégrées au dispositif technique. Ce dispositif fournit une aide à la hiérarchie pour la gestion matérielle et humaine des plateaux téléphoniques.
La structure hiérarchique est constituée par deux ou trois niveaux selon les situations.
Les responsables ou chefs de groupes, composés au maximum d’une dizaine d’opérateurs, constituent les premiers niveaux d’encadrement. Ils gèrent les cas difficiles qui n’ont pas pu être résolus par les opérateurs. Ce sont des situations exceptionnelles, compte tenu de la standardisation des produits et des procédures. Responsables de l’organisation et du fonctionnement au quotidien des groupes, ils prennent en charge les formations complémentaires sur les modifications de produits, de services et de procédures. Ils assurent la gestion du personnel et des congés. Ils doivent connaître le métier de base du plateau tout en ne faisant plus eux-mêmes de la relation téléphonique. Ils suivent individuellement les opérateurs à travers, en permanence, les indicateurs d’activité et, ponctuellement, des écoutes des communications qui donnent lieu à un debriefing. Ils sont les animateurs de base du plateau, d’où l’intitulé d’emploi de coach qui leur est parfois donné. Ces écoutes et le debriefing individuel ou collectif subséquent constituent des séquences d’enseignement mutuel. Les téléopérateurs sont invités à échanger sur leurs expériences. Elles sont un exemple remarquable de l’intégration des actes de formation et de travail.
La légitimité de l’encadrement de premier niveau s’est limitée pendant longtemps, le plus souvent, à la maîtrise de techniques simples et au contrôle de l’activité. L’utilisation généralisée de l’informatique signifiant contrôle et vérification en ligne relevant de l’opérateur lui-même et non plus a posteriori du supérieur hiérarchique a conduit à la disparition de son activité spécifique : répartir le travail, surveiller et contrôler. Sur les plateaux téléphoniques les fonctions de distribution et de supervision sont intégrées aux dispositifs. Elles constituent une aide aux responsables de groupes dont le rôle se développe dans les activités d’information, de formation et d’animation. L’animation en termes de réactivation et de stimulation des groupes s’exerce, en particulier, par la diffusion commentée des objectifs quantitatifs et qualitatifs assignés et des performances réalisées. Le cas échéant, les chefs de plusieurs groupes coordonnent les différents groupes.
Les « superviseurs » ou « hyperviseurs » assurent la gestion des flux téléphoniques, organisent la présence du personnel sur les plateaux, la gestion téléphonique en redirigeant les appels entrants, suivent les indicateurs de trafic d’activité du plateau et des téléopérateurs. Ils doivent réagir vite aux changements de trafic ou d’activité.
Hors plateau, des informaticiens pour les supports informatiques et téléphoniques ainsi que des spécialistes du marketing participent au dispositif, en particulier par les réunions avec les téléopérateurs où sont discutés, évalués et, le cas échéant, modifiés les argumentaires.
Les téléopérateurs : l’automatisation des processus et l’initiative des opérateurs
Le terme de téléopérateur recouvre un ensemble d’emplois aux intitulés très divers, plus ou moins proches des métiers traditionnels de la banque et de l’assurance. Ces emplois correspondent aux différentes missions dévolues aux plateaux téléphoniques évoqués précédemment. Les intitulés varient d’une entreprise à l’autre. Le terme même de téléopérateur n’est jamais utilisé dans les situations concrètes. Parfois, le terme télé- précède l’intitulé d’emploi plus classique. Il en est ainsi pour les téléconseillers sur plateau bancaire afin de les distinguer des conseillers en agence [23].
En position d’émission ou de réception d’appels, le téléopérateur accomplit sa mission en recourant à l’outil de base qu’est l’informatique et selon des modes opératoires pour une bonne part inscrits dans le logiciel. A partir d’outils normalisés tels que l’application informatique, le script et l’argumentaire, il devra engager et poursuivre le dialogue jusqu’à l’aboutissement de sa mission avec des interlocuteurs qui eux ne sont pas normalisés. A partir de la maîtrise des moyens matériels et logiciels mis à sa disposition ainsi que de la connaissance des produits et des services, la compétence [24] essentielle du téléopérateur réside dans le fait de savoir s’ajuster de manière adéquate à la situation de son interlocuteur afin de pouvoir mener sa mission à son terme. Il devra savoir utiliser son argumentaire et l’adapter selon la situation et le comportement de son interlocuteur : de la qualité de l’intelligence du problème de son interlocuteur dépendra la qualité de la réponse spécifique qu’il lui apportera. Il devra donc être réactif en ayant de bonnes capacités d’écoute et un sens certain de la répartie. Dans un contexte de contraintes constantes, liées tout à la fois aux outils, à la pression des objectifs économiques à réaliser et des flux d’appels, il est appelé à faire preuve d’engagement et de vivacité d’esprit afin de construire une relation de confiance avec le client dans un laps de temps très court, le temps d’une communication. Il sera amené à négocier lui-même en permanence le compromis à faire entre les différents termes du « dilemme » qui traverse la relation de service selon l’expression de Buscatto [25], à savoir « respecter le temps de traitement moyen ou répondre aux attentes d’un client difficile, vendre un produit à tout prix ou sélectionner un risque... ». Il faut remarquer que ce « dilemme » n’est pas propre à l’organisation du travail sur plateau téléphonique mais concerne n’importe qu’elle unité de travail en relation avec la clientèle. Dans un guichet d’assurance ou bancaire, le temps est toujours compté, les normes temporelles ne sont pas absentes. Les files d’attente sont elles aussi présentes, non par le biais d’informations apparaissant sur l’écran ou sur un tableau lumineux au fond de la salle mais avec des personnes physiques qui s’expriment en temps réel.
Réalisée dans une organisation certes très prescrite du travail avec une standardisation certaine des procédures, la relation téléphonique au client nécessite cependant des marges d’autonomie, en particulier dans les libertés prises avec les argumentaires, le vocabulaire utilisé et le temps. Le téléopérateur a pour objectif de comprendre le client et pour cela de le faire s’exprimer : il faut alors que le client lui-même le comprenne, comprenne ce qui lui est proposé et qu’il en soit satisfait. Il y a donc un moment – qui doit être très rapide – d’ajustement en écoute-expression. Le téléopérateur doit donc s’impliquer pour trouver la solution la mieux adaptée. La relation téléphonique au client requiert ainsi des capacités certaines d’initiative et de créativité car les problèmes rencontrés peuvent être très divers d’une communication à l’autre et un même problème posé de manière très différenciée par chacun des interlocuteurs. Dans bon nombre de cas, la relation de service, tout particulièrement dans sa version renouvelée, ne pourrait aboutir sans cette autonomie. Sur plateau téléphonique, on perçoit nettement, compte tenu du poids du dispositif technique, la pertinence de cette définition du travail actuel selon Tersac « qui n’est plus de respecter la procédure mais de s’engager à assurer la continuité de la procédure malgré toutes les perturbations qui viennent contester le déroulement du processus [26] ». C’est la contradiction même entre la rigidité des procédés prévus dans les logiciels et la qualité de la relation de service (dans sa forme renouvelée) qui demande encore plus d’initiative et de créativité aux téléopérateurs [27].
Les téléopérateurs ont des profils quasi similaires et des modes opératoires communs au-delà d’une certaine rupture, très différente d’une situation à l’autre, notamment entre les emplois d’accueil et de gestion. Du point de vue de la formation initiale requise, le recrutement externe se fait selon les mêmes critères que pour les emplois de même spécialité et de même niveau situés hors plateau pour lesquels les entreprises financières continuent à recruter. Les plateaux téléphoniques ne se substituent pas à la relation personnelle et physique avec le client comme nous l’avons déjà dit [28]. Les diplômes tels que les BTS et les DUT de spécialité commerciale sont privilégiés. La spécificité des modalités de recrutement des téléopérateurs réside dans un test téléphonique basé sur une simulation d’entretien. Le recrutement interne se fait sur la base du volontariat. Pour les uns et les autres, une formation aux techniques de communication par téléphone est systématiquement organisée avant la mise au travail ainsi qu’une formation aux produits et procédures.
Il est peu aisé d’apprécier aujourd’hui l’évolution professionnelle des téléopérateurs, compte tenu du faible recul que l’on peut avoir sur le sujet [29]. Cependant, il s’avère qu’une évolution en termes de compétence, voire de rémunération s’opère des emplois d’accueil vers ceux de gestion et de conseil, entre les différents niveaux d’emplois du débutant au senior, ou bien encore dans un mouvement entre spécialisation et polyvalence dans un sens ou dans l’autre. Il existe aussi bien évidemment une évolution vers les emplois d’encadrement sur plateau qui sont pourvus par des téléopérateurs issus directement du plateau, d’un autre plateau dans l’entreprise ou hors de celle-ci. L’actuel développement quantitatif et qualitatif des plateaux téléphoniques dans l’ensemble des secteurs d’activités occasionne fréquemment ce type de mobilité pour les pionniers que sont encore aujourd’hui les téléopérateurs. Ces derniers sont parvenus à se constituer une carte de visite qu’ils peuvent valoriser sur la marché du travail en « bénéficiant de l’image positive socialement innovante dans le domaine high tech [30] ». Il existe aussi une mobilité professionnelle vers des emplois hors plateau dans les différents services des entreprises financières.
Le temps de travail
Si dans l’organisation de la production et du travail apparaissent des continuités certaines avec la logique passée, avec l’organisation du temps de travail on assiste à une véritable rupture. Avec le plateau téléphonique se développe une réorganisation du temps de travail.
L’une des caractéristiques de l’activité sur plateau téléphonique est sa volumétrie. Le volume des appels entrants est variable sur la journée, le mois, l’année. Quant aux appels sortants, ils n’ont pas le même impact au cours de la journée et de la semaine. L’activité du plateau est ainsi modelée selon sa volumétrie avec une flexibilité des horaires et du nombre d’opérateurs. Une des particularités des conditions d’exercice du travail réside ainsi dans l’organisation du temps de travail.
Avec les plateaux téléphoniques, les entreprises cherchent à fournir un service maximal au client. L’étendue des plages d’ouverture est considérée comme un avantage concurrentiel. Elles recherchent un fonctionnement selon une large amplitude tout au long d’une journée très étendue de 8 h jusqu’à 20 h, 21 h, voire 22 h, très rarement 24 h sur 24 h, et tout au long d’une semaine d’au moins 6 jours, soit le samedi jusqu’à 13 h ou 14 h, voire 20 h, si ce n’est 7 jours dans certains cas. Ce fonctionnement quasi continu implique la mise en place d’organisations du temps de travail différenciées selon les salariés qui vont travailler par rotation en équipes. Ce mode de fonctionnement a constitué un symbole de la recherche d’une déréglementation au sein du secteur bancaire. En effet, jusqu’en 1997, les banques relevant de l’Association française des banques [31] étaient assujetties à un décret de 1937 réglementant de manière détaillée le temps de travail, interdisant notamment le travail par relais, par roulement et de nuit [32]. Une première « brèche » selon l’expression de M. Dressen et D. Roux-Rossi [33] a été faite avec la création de la première banque en ligne à Paris, ouverte 24 h sur 24 h, et avec l’accord d’entreprise sur le temps de travail subséquent. « Cet accord né d’un coup de force ignorant la négociation de branche et nécessitant l’intervention de la justice a ouvert la voie d’une négociation d’entreprises permettant la construction de nouvelles normes [34]. » Encore aujourd’hui, la mise en place de systèmes de temps de travail restent subordonnés à des négociations d’entreprises aboutissant à des accords signés. Dans la convention collective des assurances de 1992 est stipulée l’obligation de négocier un accord d’entreprise ou d’établissement lors de la création de certains modes d’organisation du temps de travail, notamment pour organiser le travail par relais ou roulement.
Soucieuses de répondre en continu aux clients, les entreprises recherchent ainsi à adapter la présence des salariés aux rythmes variés de l’activité tout au long de la journée, de la semaine et de l’année. L’amplitude horaire, notamment, impose un rythme de travail atypique. Il en est ainsi, principalement mais non exclusivement, pour les plateaux constituant les structures centrales des entreprises. En revanche, les plateaux intégrés, de faible dimension, situés dans des entités plus traditionnelles et pourvus de salariés recrutés en interne, fonctionnent, le plus souvent, sur un mode plus classique. Il n’y est organisée qu’une permanence aux heures de déjeuner. Pour le reste, les horaires d’ouverture se calent sur les dispositifs habituels de l’entreprise.
 
CONCLUSION
 
 
Dans la dynamique d’organisation à l’œuvre dans les entreprises financières les plateaux téléphoniques sont révélateurs d’une rupture avec la réorganisation du temps de travail. Ils sont aussi révélateurs de continuités certaines dans les modalités tant de l’organisation de la production que de l’organisation du travail.
Dans les entreprises financières, les nouvelles technologies de l’information (NTI) sont depuis longtemps une ressource stratégique. L’informatique et les technologies associées ont constitué et constituent encore le fer de lance des mutations organisationnelles et de gestion. Aujourd’hui, il en est de même pour les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).
Dans ses premières étapes, l’informatisation a répondu à la forte augmentation du volume des activités, avec une informatique de traitement de masse caractérisée par la juxtaposition d’applications séparées basées sur les procédures existantes, la standardisation des produits et des procédures. Les NTI ont permis des gains de productivité dans le sens d’une substitution du capital au travail. Puis, les dispositifs informatiques et informationnels ont constitué le soutien logistique pour sortir de la banalisation de la production du marché de masse et concourir dans le développement concurrentiel. Les développements des réseaux et des systèmes d’information constituent les points forts de la poursuite de cette informatisation. Les avancées technologiques ont participé aux innovations organisationnelles telles que la saisie unique à la source, en un seule point et en une seule fois, le recours aux normes et standards afin de faciliter les interconnexions des systèmes et les transferts d’applications. Par les réseaux, avec la dématérialisation des procédures de la manière où seule l’information circule sous forme d’un enregistrement, l’informatique s’est substituée aux transferts de pièces limitant les transactions et leur délais d’exécution. L’informatique a évolué ainsi vers une informatique de communication où désormais l’information circule par des réseaux et est traitée successivement à plusieurs niveaux. Cette multiplicité des traitements permet son enrichissement. On est ainsi passé de simples traitements comptables à une véritable gestion de l’information, à sa valorisation. L’évolution engagée aboutit à la constitution de véritables entreprises de production d’information supposant une conception de l’activité financière désormais comprise comme activité de traitement et production d’information selon une approche productive et commerciale intégrée.
Les NTIC permettent de s’affranchir des contraintes spatiales. Avec elles, n’importe quelle fonction peut être localisée n’importe où. Avec elles, les entreprises financières renouvellent les mouvements de redistribution spatiale des activités et des emplois entre le centre et la périphérie, les sièges des entreprises, leurs services centraux et régionaux, leurs réseaux commerciaux. Avec les plateaux téléphoniques, il n’est plus nécessaire de démultiplier les points de contact avec les clientèles sur l’ensemble d’un territoire. L’organisation en plateau téléphonique permet de concentrer les compétences requises, en un point du territoire, tout en assurant la proximité de la relation avec le client. Un renouvellement des rapports entre les centres et les périphéries s’opère par une décentralisation des compétences sur les plateaux téléphoniques autorisée par le suivi permanent des centres sur les périphéries exercé via les systèmes informatiques et informationnels.
L’exercice du travail sur plateau téléphonique, marqué par le poids des dispositifs techniques, la standardisation des procédures sous-tendant une imbrication des tâches, l’intégration des règles techniques aux logiciels, correspond à une industrialisation des processus pour atteindre des traitements de masse générant des économies. Cette organisation du travail témoigne d’une continuité certaine avec la logique passée. La primauté accordée aux compétences commerciales et relationnelles, plus précisément de service, s’inscrit, en se renouvelant, dans l’évolution déjà engagée depuis de nombreuses années.
Le plateau téléphonique est, ainsi, révélateur des transformations profondes de l’organisation de la production et du travail, menées sur longue période, dans les banques et les assurances. Il est aussi révélateur du défi qu’ont à relever, aujourd’hui, les entreprises financières pour développer la relation de service dans sa perspective renouvelée.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  ARETE (1999), Emploi, métier et conditions de travail sur les plates-formes téléphoniques au sein du secteur financier, Projet européen ADAPT, ministère du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle.
·  BUSCATTO M. (2002), « Les centres d’appels, usines modernes ? les rationalisations paradoxales de la relation téléphonique », Sociologie du travail, 44.
·  CEREQ-D et E.IFCAM-SHE, (1992), Le Crédit agricole acteur de ses mutations. Contrat d’études prévisionnelles, Collection des études du Cereq, n° 62.
·  COSSALTER C. (1984), « D’une informatisation l’autre : l’exemple des banques et des assurances », Formation-Emploi, n° 5.
·  COSSALTER C. (1990), Renouvellement des qualifications et de la gestion des ressources humaines dans les banques et les assurances, Collection des études du Cereq, n° 53.
·  COSSALTER C. (1997), « La question de l’emploi dans les banques », Revue d’économie financière, n° 39.
·  DRESSEN M. et ROUX-ROSSI D. (1996), « Banque directe ou la brèche dans le décret de 1937 », Travail et Emploi, n° 68.
·  GADREY J., ZARIFIAN P. (2002), L’émergence d’un modèle du service : enjeux et réalités, Editions Liaisons.
·  LAFFITTE M. (2000), Les systèmes d’information dans les établissements financiers, Banque Editeur.
·  OEMA (Observatoire de l’évolution des métiers dans l’assurance) (1998), Le téléacteur, OEMA.
·  OEMA (2001), Les métiers de l’indemnisation et du règlement des sinistres : de la rédaction à la télégestion
·  PICHAULT F. (2000), « Call-centers, hiérarchie virtuelle et gestion des ressources humaines », Revue française de gestion, septembre-octobre.
·  RABASSE F. (1998), « Les difficultés rencontrées dans la gestion des ressources humaines des téléopérateurs », Education permanente, n° 137.
·  TERSAC G. (de) (1992), Autonomie dans le travail, PUF, Collection Sociologie d’aujourd’hui.
·  ZARIFIAN P. (1999), Objectif compétences. Pour une nouvelle logique, Editions Liaisons.
·  ZOLLINGER M., LAMARQUE E. (1999), Marketing et stratégie de la banque, Dunod.
 
NOTES
 
[1]Depuis le début des années 1980 nous avons pu mener de manière répétée des enquêtes ayant pour objet les évolutions technologiques et organisationnelles ainsi que les transformations des emplois et des compétences dans les banques et les assurances. Voir COSSALTER, 1984 et 1990. Certaines entreprises ont pu ainsi faire l’objet d’un suivi. Un travail réalisé pour l’OEMA, voir OEMA, 1998, nous a permis d’enquêter sur les plateaux téléphoniques dans les entreprises d’assurance, investigations que nous poursuivons encore aujourd’hui dans l’ensemble des secteurs financiers, banques et assurances.
[2]Telle a été notre approche pour engager nos travaux sur les plateaux téléphoniques.
[3]Nous nous appuyons sur des travaux menés depuis quatre ans sur les plateaux téléphoniques par enquêtes directes en entreprises, observations des situations de travail, entretiens auprès d’informateur-clé : responsables de la conception des systèmes et des ressources humaines, téléopérateurs et leurs hiérarchies.
[4]Les agents généraux et les courtiers sont les intermédiaires traditionnels des compagnies d’assurance vis-à-vis de leur clientèle. L’agent général est un travailleur indépendant, mandaté par une ou plusieurs compagnies dont il est le représentant exclusif dans un secteur géographique donné. Il recherche la souscription des contrats d’assurance sur lesquels il perçoit des commissions et en assure au moins partiellement la gestion, parfois celle des sinistres. Le courtier est un commerçant habilité à présenter des opérations d’assurance. Il conseille ses clients pour la mise au point des contrats qu’il négocie avec les sociétés de son choix et sur lesquels il perçoit des commissions. Il assiste les assurés dont il est le mandataire pour l’exécution des contrats et le règlement des sinistres.
[5]Lors de l’entretien téléphonique, selon le programme informatique appelé, un masque de saisie s’affiche sur l’écran. Une liste de questions se déroule, l’opérateur entre les informations dans une grille préétablie. L’opérateur peut aussi avoir à sa disposition un argumentaire adapté à chaque procédure, produit et service.
[6]Voir COSSALTER, 1984 et 1990.
[7]Cette simultanéité du contact avec la clientèle et le dénouement de la procédure administrative est à la fois appréciée et critiquée par les télégestionnaires. Il est apprécié car le contact avec la clientèle est jugé valorisant. Il est critiqué par le fait que la procédure doit être dénouée dans l’instant et qu’il n’y a pas de possibilité pour lisser l’activité sur la journée. Mais ce dénouement dans l’instant permet aussi d’avoir un résultat immédiat, ce qui est aussi jugé positif et valorisant.
[8]Voir ZOLLINGER et LAMARQUE, 1999, p. 102.
[9]Dans le cadre de l’informatisation des agences permettant que soient réalisées directement dans les agences la souscription des risques, la sortie des polices et le règlement des sinistres. L’informatisation des agences devait avoir un impact direct sur l’activité des services administratifs des compagnies. La prise en charge des traitements de masse par le personnel d’agence libérait les sièges et les délégations des tâches administratives et répétitives et dégageait du temps et des personnels pour les activités commerciales d’information et d’animation des réseaux. Voir COSSALTER, 1990.
[10]Voir OEMA, 2001.
[11]Une des singularités de l’assurance est l’inversion de son cycle de production : l’assureur vend le produit avant de fournir la prestation et surtout d’en connaître le coût, voir PESTIEAU et PIRARD, 1989.
[12]Si le client a effectivement le choix entre les différents moyens de communication, les entreprises pèsent aussi sur ces choix par les incitations qu’elles peuvent faire notamment en matière tarifaire.
[13]Chacune des innovations en matière de moyens d’automatisation a été dans un premier temps l’apanage d’une catégorie d’emplois spécialisés avant sa large diffusion : le cas des moyens bureautiques en est tout à fait exemplaire dans les banques et les assurances.
[14]Au sens de ses caractéristiques, de sa nature, sans aucun jugement de valeur.
[15]Voir LAFFITTE, 2000, p. 16.
[16]Telles étaient certaines des conclusions que nous avions pu faire au terme des travaux menés dans le cadre du premier contrat d’études prévisionnelles dans le secteur bancaire, voir CEREQ, D&E, IFCAM, SHE, 1992, confirmées par la suite dans la banque voir COSSALTER, 1997 et dans l’assurance voir OEMA, 1998.
[17]Voir ARETE, 1999, p. 53.
[18]Le problème pour les entreprises financières est de faire vivre ces différents canaux de manière cohérente et non conflictuelle du point de vue tant des dispositifs informationnelles que des catégories professionnelles concernées.
[19]Voir ZARIFIAN, 1999 ; GADREY et ZARIFIAN, 2002.
[20]D’une entreprise à l’autre les structures d’entretiens et d’argumentaires sont très proches. Cette homogénéisation s’établit par le biais des cabinets de conseil qui participent à leur conception. Les entretiens se composent de séquences essentielles telles : – la découverte en faisant s’exprimer l’interlocuteur afin de prendre en compte ses attentes ; – l’argumentation du produit ou service en bénéfice client et non en caractéristiques techniques ; – le traitement des objections, c’est-à-dire contre-argumenter en comprenant les objections de l’interlocuteur et en le rassurant ; – la concrétisation de la démarche et la conclusion de l’entretien en reformulant tous les éléments du contrat.
[21]Une partie de l’activité des services marketing consiste à traduire aujourd’hui les argumentaires existants dans ce sens.
[22]Sur le territoire mais à l’intérieur de l’espace institutionnel de l’entreprise. Dans nos enquêtes, nous n’avons pas rencontré de phénomène de sous-traitance pour les plateaux téléphoniques.
[23]Dans les exemples précités nous avons utilisé une terminologie générique des emplois afin de respecter l’anonymat des entreprises enquêtées.
[24]Au sens véritable d’activation d’un ensemble de savoirs et savoir-faire adaptés à la situation et au problème à traiter prévus et aussi imprévus.
[25]Voir BUSCATTO, 2002, p. 111.
[26]Voir TERSAC, 1992, p. 264.
[27]Une autre contradiction apparaît entre la logique du placement commercial ou la logique du débit voir ZARIFIAN et la relation de service, ou entre les termes du « dilemme » de la relation de service pour reprendre l’expression de Buscatto. Cette contradiction, encore une fois, n’est pas propre à la relation de service téléphonique. C’est pourquoi nous ne l’évoquons qu’en note. C’est bien cette contradiction, semble-t-il, que tentent de résoudre les entreprises financières avec la prestation de service renouvelée s’appuyant sur une appréhension du client dans la durée et dans la perspective de sa valeur future.
[28]« C’est un accompagnement dans la relation client-fournisseur ». Voir RABASSE, 1998, p. 89. Elle constate « la poursuite d’embauches nombreuses de commerciaux dans les entreprises utilisant des plateaux téléphoniques : banques, services, opérateurs téléphoniques… »
[29]Tout du moins quantitativement, compte tenu de la création relativement récente des plateaux. Il est par ailleurs aujourd’hui très difficile de repérer les emplois de téléopérateurs dans les nomenclatures d’emplois des entreprises et a fortiori de branche. Il est ainsi d’autant plus difficile d’apprécier les mobilités.
[30]PICHAULT, 2000, p. 13.
[31]Organisation professionnelle rassemblant les entreprises comprenant à peu près la moitié des salariés du secteur bancaire, les autres établissements, notamment de type mutualiste, n’étaient pas concernés par ce décret.
[32]Selon le décret de 1937 les équipes devaient respecter les mêmes horaires. Travail par relais : équipes alternantes et équipes supplémentaires pendant les temps de repas. Travail par roulement : les mêmes horaires ne sont pas appliqués à tout le personnel afin de fonctionner toute la semaine.
[33]Voir DRESSEN et ROUX-ROSSI, 1996, p. 23.
[34]Idem.
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