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S'inscrire Alertes e-mail - Réseaux Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa naissance du premier enfant
Hiérarchisation des relations sociales et modes de communicationAuteursVanessa Manceron du même auteur
Les effets du cycle de vie et des ruptures biographiques sur les modes de communication et sur les liens de sociabilité ont souvent été soulignés dans la littérature[1] [1] Nos plus vifs remerciements vont à Christian Leclerc et...
suite. Néanmoins les mécanismes particuliers en jeu derrière cette relation semblent peu connus, ce qui motive ici l’intérêt de s’interroger tout particulièrement sur les changements opérés dans les pratiques de communication durant un moment très singulier de la vie d’un couple : la naissance du premier enfant[2] [2] Voir l’introduction de ce volume, CLAISSE et ROWE, 1993 ;...
suite.
2 L’installation en couple, le mariage et la naissance d’un enfant sont des événements vécus sur le mode de la dissociation. S’ils étaient autrefois intimement liés dans les esprits et dans les pratiques, ils apparaissent aujourd’hui dissociés et coïncident rarement dans le temps. Aussi, le caractère psychologiquement constitutif de la famille se réalise-t-il surtout avec la naissance du premier enfant. L’union élective se transforme avec l’arrivée de l’enfant en une nouvelle entité, la famille. Avec la naissance du premier enfant, l’identité sociale du couple se modifie, sa place au sein de la parentèle est réévaluée, les rôles respectifs des deux nouveaux parents se redessinent et les liens avec l’entourage amical s’en trouvent également affectés.
3 La venue du premier enfant est un moment particulier qui permet de saisir une situation proprement expérimentale pour chacun des parents : il y a (presque) tout à apprendre, on fait l’expérience, individuelle en même temps que collective, des modifications que cela opère[3] [3] Ce moment semble aussi crucial du point de vue individuel...
suite. La vie du jeune ménage est bouleversée et ses effets sur les pratiques de communication apparaissent clairement, en ce qu’elles sont intimement liées à la « sociabilité humaine », inscrites dans « d’autres activités sociales, familiales, amicales, amoureuses, commerciales, professionnelles[4] [4] FLICHY, 1997, p. 12. ...
suite... ». On observe dans ce contexte si particulier des mois qui suivent la naissance à la fois une tendance au repli sur l’unité conjugale visant à établir des limites entre soi et les autres, en même temps que s’opèrent des hiérarchies fines au sein de l’entourage, en ce qu’ils sont associés plus ou moins fortement à cette période de la vie.
4 Un fait particulier entourant la naissance tient également dans son annonce. L’événement motive l’établissement ou la mise à jour d’une liste très exhaustive des personnes connues. C’est une sorte de « réflexivité relationnelle » que ce moment déclenche chez les nouveaux parents (de façon comparable à l’invitation au mariage qui parfois le précédait ou au baptême qui suivra). Parallèlement à cette mise à plat des liens sociaux établis sur une longue période de la vie des deux partenaires, on observe également un processus où les modes de communication jouent un rôle actif. L’annonce de la naissance se fait en effet à travers des dispositifs de communication disponibles et consciemment sélectionnés en fonction du lien avec le membre du réseau personnel. Ainsi s’opère une hiérarchisation des relations au sein du réseau du couple qui se lit dans le temps long des mois qui suivent la naissance et le temps court de l’événement fondateur.
5 Au niveau méthodologique, l’enquête couple une approche quantitative et qualitative qui s’éclairent mutuellement : les questionnaires fermés, l’observation du comportement téléphonique et les entretiens ethnographiques semi-directifs, permettent de resituer les observations dans un contexte social à la fois large et précis, de saisir le moment sur le vif, d’expliciter les attitudes et en même temps d’obtenir des résultats statistiques[5] [5] L’échantillon de 420 individus, recrutés à partir d’un...
suite. L’enquête est centrée sur l’observation de deux périodes distinctes dans la vie des jeunes ménages. La première suit immédiatement la naissance de l’enfant, supposant qu’un grand nombre de liens sociaux est alors activé en comparaison de la période précédant la naissance. La seconde concerne une période plus éloignée de la naissance, présumant que la recomposition du réseau social et l’activation de nouvelles relations ou la disparition d’anciennes solidarités, soient un processus assez long à se mettre en place[6] [6] L’échantillon distingue deux périodes : enfants...
suite. L’échantillon pour l’étude qualitative est le résultat d’un prétri à partir des résultats du questionnaire de l’étude quantitative en fonction de critères qui permettent d’avoir un panel très large et varié de cas de figure[7] [7] Les critères sont : le lieu de résidence du couple...
suite. Suivant un protocole préalablement établi et affiné en cours d’enquête, les entretiens se déroulaient en deux parties majeures : dans la première sont étudiés la trajectoire passée et le contexte global dans lequel s’inscrit la naissance du premier enfant, dans la seconde sont passées en revue l’histoire des relations familiales, des relations amicales et professionnelles ainsi que celles prévalant au sein du couple.
6 La méthode ethnographique qui consiste à aller s’entretenir avec des ménages isolés est propre à faire saillir la diversité des cas observés. Cependant, en centrant notre attention sur une situation concrète, la composition des ménages, l’âge des correspondants ou leur classe sociale s’effacent derrière des motivations liées au contexte immédiat, et en l’occurrence à l’existence nouvelle d’un enfant. En matière d’interaction et de liens sociaux, la disparité des situations observées est en partie relative à des variables comme la configuration familiale, le lieu de résidence, la distance spatiale qui sépare les membres de la parenté et les amis, etc. Saisir cette diversité mériterait un article en soi. Notre propos consiste ici à saisir ce processus complexe au travers d’une expérience partagée qui réunit les couples en « communauté fictive » et cristallise des attitudes partagées. La naissance du premier enfant comme événement est la pierre angulaire de cet article.
7 De surcroît, à l’intérieur du groupe formé par les membres de la famille et les amis, la communication téléphonique apparaît comme une conséquence mais aussi et surtout comme une cause, les appels confirmant aux personnes qui sont contactées leur réelle appartenance au réseau de sociabilité du jeune ménage. Aussi, pour la jeune mère et le jeune père, on comprend facilement que leurs pratiques téléphoniques ne dépendent pas seulement de l’ampleur et de la forme du réseau, qui le cas échéant, aurait été transformé par la naissance du premier enfant. Elle représente également, et c’est ce qui retient notre attention ici, un moyen de délimiter ce réseau ou de l’élargir, en sélectionnant, en triant parmi les correspondants possibles ceux que l’on désire entendre ou voir dans ce contexte particulier. Aussi, s’agit-il avant tout pour nous de considérer, au-delà de la singularité des situations individuelles, quelques attitudes récurrentes dont les conséquences sur les pratiques de communication sont significatives. C’est en ayant à l’esprit cette préoccupation que nous envisageons, ci-après, la manière dont la venue du premier enfant initie des processus de hiérarchisation au sein du réseau social et, conséquemment, une diversification des modes de communication.
LA VENUE DU PREMIER ENFANT COMME EVENEMENT A ANNONCER : DU PLUS PROCHE AU PLUS LOINTAIN
8 L’annonce de la naissance nécessite une révision des connaissances qui se réalise avant la naissance, en concertation avec les parents et parfois avec des amis, afin de s’assurer que les adresses postales et les numéros de téléphone des personnes à contacter n’ont pas changé entre-temps. Il incombe très généralement au père d’annoncer la naissance, et cette préparation lui facilite la tâche lorsque, de retour chez lui, il se retrouve seul face à son téléphone. La constitution de listes est une étape significative de la transformation des réseaux de sociabilité, puisque c’est d’elle que peut résulter une reprise de contact avec des personnes significatives auparavant, mais qu’on ne voit plus. L’ensemble des personnes connues est considéré globalement, et il nous semble qu’à cette étape très peu de sélection s’opère entre les connaissances, le moment étant propice plutôt à rappeler les relations qu’à les oublier. La constitution de listes réactive d’abord, non pas des liens, mais la mémoire et le souvenir des relations antérieures, avec le désir parfois qu’elles se rétablissent. Les carnets d’adresses sont dépouillés, ce qui ne va pas sans susciter quelquefois une certaine nostalgie. Les personnes, en effet, dont l’existence est ainsi rappelée, sont toujours rattachées à une période de vie, actuelle ou antérieure, qui invite à se remémorer sa scolarité, ses activités professionnelles, son lieu de naissance, les autres lieux habités, les voyages, les déceptions ou peut-être aussi, les maladies ou les décès…
9 Les jeunes parents qui sont mariés utilisent presque toujours pour le faire-part de naissance, la liste qu’ils ont auparavant établi pour le mariage, et précisent leur intention de l’utiliser également, le cas échéant, pour le baptême. C’est dire que ces événements ont quelque chose en commun, en permettant de se remémorer le monde connu afin de souligner collectivement un moment de la vie privée[8] [8] Voir MAILLOCHON (dans ce numéro) qui décrit les stratégies...
suite. L’événement, par l’annonce de la naissance, devient collectif et projette les jeunes parents en dehors du temps immédiat, en changeant d’échelle et en englobant l’histoire. L’établissement de la liste des personnes à appeler est l’occasion de constater ce qui a changé entre-temps.
10 Apprendre qu’un enfant est à venir puis annoncer la naissance s’effectue globalement suivant les mêmes mécanismes : aux relations de différentes natures entretenues avec les gens répondent différents modes d’annonce. L’annonce de la grossesse est étendue dans le temps. La grossesse est généralement d’abord vécue dans la confidentialité du couple. L’événement est suffisamment de taille pour que, dans la plupart des cas, les conjoints prennent leur temps, « attendent le bon moment » pour rendre publique la nouvelle[9] [9] Durant les trois premiers mois de grossesse qui comporteraient...
suite. Puisqu’il n’y a pas d’urgence, on « profite d’une occasion » pour annoncer de vive voix d’abord aux ascendants les plus proches qu’eux aussi vont bientôt changer de statut. L’annonce de la grossesse, ensuite, se fait suivant une chaîne à la tête de laquelle figurent d’abord les membres de la famille « proches » (parents, frères et sœurs, grands-parents), puis les amis proches, puis les parents et amis moins proches et enfin les connaissances.
11 De manière plus distincte encore, l’annonce de la naissance se fait généralement en deux temps : une annonce immédiate pour les « proches » qui servent d’intermédiaire auprès du reste de la famille ou des amis ; l’annonce est différée, plus tard, pour les relations « lointaines ». Au moment de la naissance, le processus de hiérarchisation des personnes du réseau de sociabilité est encore net. L’annonce immédiate s’effectue de la maternité. De là, les parents sont prévenus les tous premiers…, et tout de suite. Des appels téléphoniques sont donnés de la maternité, souvent sur un mobile – monsieur attendant rarement d’être de retour chez lui. La distinction est parfois claire entre les deux univers de la famille et celui des amis, la hiérarchisation étant rendue effective par un même système de relais qui va dans le sens des plus proches aux « plus éloignés » :
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13 Ces « premières personnes », prises dans la catégorie familiale ou des amis, sont donc ceux qui bénéficient d’une annonce immédiate et sans intermédiaire. Le processus de hiérarchisation est donc explicité et fait même parfois l’objet d’un traitement, l’annonce étant anticipée, préparée sous forme de listes de nom des « personnes à prévenir ». Aux coups de téléphone passés de la maternité par l’un des deux conjoints, puis aux coups de téléphone passés dans la semaine de la maternité par ces personnes premières chargées de faire le relais, se substituent ensuite d’autres moyens de communication comme le faire-part et le courrier électronique :
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[Les collègues de travail], eux, ils ont été contactés par l’e-mail. On l’avait préparé avant, donc, le soir il a envoyé l’e-mail. (Sophie, 28 ans, Lille)
On a passé des coups de fil et, après, il y a eu l’envoi des faire-part, donc…
(Mathilde, 27 ans, Lille)
15 La hiérarchisation du réseau social décrite semble se doubler d’une estimation particulière des moyens de communication utilisés pour annoncer la naissance. L’appréciation que leur portent les jeunes parents est toujours plus favorable pour le téléphone quand il s’agit d’une personne proche. L’usage du téléphone, par rapport au courrier ou au e-mail, en effet, constitue pour les jeunes ménages la marque d’une plus grande proximité. Le téléphone est « plus personnel » (Christelle, 27 ans, Orchies), réservé aux personnes « que l’on apprécie » (Céline, 26 ans, Saint-Cloud)), aux « bons amis » (Florence, 28 ans, Lille) ou encore aux « amis les plus proches » (Juliette, 24 ans, Paris). Le courrier électronique, par rapport au téléphone, apparaît de surcroît moins engageant, ce qui permet aux jeunes parents de mieux délimiter l’espace réservé à leur famille.
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17 Ce qu’exprime l’utilisation différenciée des moyens de communication n’est pas l’appartenance des correspondants à l’une ou l’autre des catégories de relations « famille » ou « ami », mais le fait que la teneur de la relation soit comparable, en termes de proximité et d’éloignement émotionnel. C’est à partir de cette matrice de proximité que l’annonce se réalise par téléphone immédiatement et directement à une personne ou avec un délai et par une personne interposée, soit il est différé vers le faire-part qui est ou non suivi d’un contact téléphonique, soit il prend la forme d’un courrier électronique spécialement adressé à une personne ou adressé à plusieurs personnes en même temps.
18 Suivant le moyen de communication, il semble donc que la légitimité pour les personnes contactées d’intervenir de manière impromptue dans la vie des jeunes parents soit relative, c’est-à-dire, plus grande avec le téléphone. Ce sont des moyens accessoires liés au téléphone qui permettent de rétablir une distance lorsque l’intervention dans la vie des jeunes parents est jugée mal à propos. Ce qui ressort alors clairement au moment de la naissance du premier enfant est que les jeunes parents signalent eux-mêmes, par un usage différencié des moyens de communication, une hiérarchie entre les relations, en privilégiant le téléphone avec ceux ou celles qu’ils veulent de préférence voir ou entendre dans le contexte immédiat. En d’autres termes, les multiples usages du téléphone deviennent pour le jeune ménage un moyen de préciser ou de rappeler non seulement que le correspondant appartient bien à son réseau de sociabilité, mais également, à l’intérieur de ce réseau, un moyen d’opérer des différenciations.
LE TEMPS, L’ESPACE ET LES AUTRES : REPLI SUR SOI
La mise en place d’un nouveau monde
19 En passant « de deux à trois », une nouvelle unité se crée, qui signe la transformation du couple en un nouveau collectif, la famille :
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21 Cette entité serait propre à affirmer son autonomie, centrée sur elle-même et comme autosuffisante : « On a notre fille, maintenant, on est content. Ça nous suffit. » (Angélique, 27 ans, Paris.) Au-delà des mots, les pratiques téléphoniques témoignent d’une tendance à limiter les contacts avec l’entourage durant la période qui suit la naissance. Ce moment constitue bien une forme de repli sur la famille conjugale. L’observation des appels téléphoniques émis du foyer des jeunes parents montre combien la naissance constitue une césure dans les sociabilités téléphoniques des couples (figure 1).
Temps hebdomadaire de la téléphonie vocale émis du foyer selon le moment par rapport à la naissance et par région
22 Ces courbes moyennes[10] [10] Nous avons récupéré les informations de la facturation...
suite donnent à voir deux moments très contrastés. Pendant la grossesse de la future mère, les pratiques téléphoniques se développent très fortement, accusant une croissance de 25 %. En revanche, l’arrivée de l’enfant se traduit par une nette diminution du temps consacré à la communication par téléphone : il revient après 12 semaines à son niveau initial et poursuit ensuite sa décroissance. Les trois derniers mois avant la naissance constituent donc un temps de développement spectaculaire de la sociabilité téléphonique, tandis que la période suivant l’événement est marqué au contraire par une gestion beaucoup plus ajustée de cet outil de communication.
23 Certains auteurs avaient déjà noté cette césure. Tandis que l’unité conjugale se construit, les solidarités sociales s’affaiblissent, comme si la première devait exister, au moins au moment de sa fondation, au détriment de la seconde : « L’interdépendance entre les parents et les enfants est inversement liée au degré d’implication dans les réseaux sociaux d’entraide. (…) Les jeunes enfants sont très dépendants de leurs parents aussi bien physiquement qu’émotionnellement. En même temps, pendant que les jeunes parents cherchent à se construire eux-mêmes, l’enfant peut leur servir de signe de maturité et d’acceptation de statut d’adulte. L’interdépendance entre les parents et les enfants (physique et psychologique) semble particulièrement élevée à ce stade et, en conséquence, elle peut empêcher une forte implication des parents dans les interactions avec les voisins, les amis ou la famille. (…) Les réseaux d’entraide (social support networks) vont connaître en effet à ce moment du cycle de vie familiale leur niveau le plus bas[11] [11] ISHII-KUNTZ, SECCOMBE, 1989, p. 780. ...
suite ».
24 La venue du premier enfant coïncide en effet avec un renfermement sur l’unité du couple (unité sociale) en même temps que sur l’unité spatiale (intérieur de la maison), sous l’effet toujours rappelé du temps qui vient à manquer. Pour les jeunes parents, la naissance revient à accorder à l’espace et au temps de l’enfant une importance « centrale », et considérer les relations « extérieures » comme perturbatrices du nouveau monde dévolu à l’enfant. La vie se réorganise autour de l’enfant, « tourne autour de lui ». Et quand bien même le mouvement fut prévisible et attendu (« c’est ce qu’on voulait », « ça ne nous dérange pas »), la nouvelle configuration familiale investit le champ jusqu’alors occupé par le couple. C’est autour de quoi le couple avait construit sa vie, le rythme qui lui était propre, ponctué par exemple de sorties inopinées, est nécessairement appelé à prendre en compte la présence de ce nouveau membre.
25 Le constat est éloquent : les gens « sortent » moins – sortir étant ici à prendre au double sens, figuré (avoir une vie sociale ouverte) et propre (être au-dehors de l’espace reclus de l’appartement). Etre reçu chez les autres fait dorénavant partie, pour beaucoup d’interviewés, des sorties les plus appréciées. Elles permettent de passer du temps en compagnie d’amis, tout en étant avec l’enfant, sans trop craindre d’être interrompue au milieu du repas par une crise de larme sonnant l’heure du biberon ou d’un changement de couche. Se rendre au restaurant avec l’enfant apparaît à l’inverse un exercice périlleux, assez peu commode et sans aucun doute « mal vu » :
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27 L’espace domestique est donc considéré comme le plus adapté à l’enfant : il y est à sa place.
28 De même, la disponibilité concédée à l’enfant empiète nécessairement sur le temps consacré à l’entretien des relations duelles au sein du couple, empiète également sur le temps consacré à l’activité professionnelle, aux relations amicales et tout simplement parfois à celui de passer du bon temps. La naissance du premier enfant invite ainsi les jeunes parents à distinguer nettement plusieurs temporalités : celle de la vie professionnelle ; celle du couple ; celle de l’enfant ; celle de la famille et celle des amis. Dorénavant, le temps se pense, se compte et se raconte. Pour les jeunes parents, tout tourne autour de l’enfant, du temps qu’il prend et de celui qui reste. Ils hiérarchisent leurs activités, énoncent des ordres de priorité, opèrent un découpage du monde social, légitimé et explicité par la surcharge d’activités liées à l’arrivée de l’enfant. Au temps qui vient objectivement à manquer, s’ajoute le temps idéal toujours présenté en termes de course-poursuite contre la montre ; les deux se mêlent dans les discours pour signifier la mise en place d’un nouveau monde.
Parlez après le bip sonore…
29 Les nouvelles contraintes liées à l’enfant, les mouvements de recentrage sur l’unité familiale, la réorganisation du temps quotidien, la gestion d’un nouveau mode de vie viennent modifier la perception et l’usage des techniques de communication et en multiplier les formes. Les outils sont ainsi classés en fonction de la marge de manœuvre qu’ils laissent, compte tenu de la présence de l’enfant. Ainsi, les visites suivent de nouvelles règles ; l’envoi de courrier et de messages électroniques remplissent de nouvelles fonctions ; et l’usage de la téléphonie est revisité. Comme l’ont noté certains auteurs : « Si les notions intermédiaires de lien, de relation gardent un sens, nous devons absolument prendre en compte le fait qu’elles s’inscrivent dans une économie multiple de canaux et de modes d’interaction, le face à face, le téléphone, ou plutôt les téléphones (domestique, professionnel, cabines publiques), aujourd’hui les mobiles, l’écrit avec le courrier, le fax, le courrier électronique et les messages courts sur mobiles. Les interactions peuvent aussi être indirectes, en faisant passer un message par des intermédiaires, le long d’un réseau de sociabilité[12] [12] LICOPPE et SMOREDA, 2000, p. 269. ...
suite. »
30 La naissance de l’enfant implique aussi une très nette réorganisation du temps quotidien. Le temps imparti à chaque activité nécessite d’être régulé, circonscrit. Les temps (du couple et des amis, par exemple, ou bien des individus et du travail) ne peuvent plus empiéter les uns sur les autres :
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(Elisabeth, 28 ans, Lille)
32 Ainsi, les entretiens explicitent et qualifient la forte diminution de l’activité téléphonique identifiée (figure 1). Cette érosion des durées téléphoniques cumulées est liée aux nouveaux modes de régulation du temps domestique mis en place par les jeunes parents : elle résulte moins d’une raréfaction des appels, ou d’une réduction du réseau d’interlocuteurs, que d’une diminution des durées de conversation (figure 2).

Durée moyenne des conversations téléphoniques avec les interlocuteurs personnels selon la période
Durée moyenne des conversations téléphoniques avec les interlocuteurs personnels selon la période
33 Les interactions téléphoniques, on le sait, durent plus ou moins longtemps en moyenne selon le type de correspondant – en particulier selon la distance géographique, le sexe, et la relation (familiale, amicale, professionnelle) entre interlocuteurs. La durée des conversations constitue ainsi un point d’entrée permettant l’analyse de l’activation des identités sexuées, des règles de civilité, et des formes d’entrelacement entre la téléphonie et les rencontres en face à face[13] [13] Voir AKERS-PORRINI, 2000 ; SMOREDA, LICOPPE, 2000. ...
suite. De façon prévisible, le trafic de notre échantillon quantitatif présente des durées très différenciées selon les correspondants. On constate néanmoins que toutes accusent une forte diminution après la naissance de l’enfant. Seuls sont préservés les appels « intrafoyer », c’est-à-dire permettant de contacter le conjoint (à son travail ou sur son téléphone mobile). Ils sont d’ailleurs très courts et renvoient pour l’essentiel à une téléphonie de coordination basée sur des appels fréquents et beaucoup plus fonctionnels que conversationnels.
34 Des « créneaux horaires » sont aussi établis qui permettent à chacun de savoir quand appeler et être appelé. Des tactiques de filtrage sont mises en place, comme le boîtier qui identifie le numéro appelant ou le répondeur. Ces systèmes ont explicitement pour objectif de contrer l’intrusion dans la vie de la famille des ascendants comme des amis. Les communications sont ainsi gérées, dans leur durée tout autant que dans leur inscription dans la quotidienneté :
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36 Le téléphone, ainsi, « coince ». En revanche, la lettre ou le courrier électronique offrent la possibilité de la discontinuité et du choix de la disponibilité. Le courrier électronique, en particulier, laisse une très grande liberté, tant du point de vue de celui qui émet le message que du point de vue de celui qui le reçoit : on peut envoyer « n’importe quand », on peut lire et répondre « quand on veut ». On sait que les usages domestiques de cet outil de communication dépendent étroitement des configurations familiales et des réseaux interpersonnels[14] [14] LELONG, THOMAS, 2001. ...
suite. Notre enquête montre qu’il est utilisé par les jeunes parents pour éviter que les divers temps sociaux, celui de l’enfant, celui de la vie professionnelle, celui de la sociabilité, empiètent les uns sur les autres. Les contraintes dues au maintien de la communication étant réduites au minimum, le courrier électronique fait plus qu’entretenir le lien (avec ceux qui sont loin par exemple), il « suscite un contact » ultérieur, un appel téléphonique ou bien une visite.
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38 Lettres et e-mail sont tenus en outre pour des moyens simples de joindre à l’écrit la trace photographique de l’évolution de l’enfant :
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Mme : Oui, j’envoie souvent des photos. (…) Aux grands-parents, c’est régulier. J’envoie des photos pour qu’ils suivent ou des vidéos, on filme et on envoie les duplicata. Au moins, ça leur permet de voir l’évolution de la petite.
Et si on manque un peu, ils relancent. C’est normal. (Elisabeth, 33 ans, Paris)
40 Le courrier électronique propose un nouveau mode de communication parfaitement adapté aux circonstances et à cette curieuse période postnatale, où la femme restée seule à la maison, partage son temps entre l’enfant et la « discussion » avec son entourage. L’adoption du portable est également un phénomène répandu. Nombreux sont les couples qui en font l’achat au moment de la grossesse ou peu après la naissance de l’enfant. Il permet de joindre le conjoint en cas d’urgence, de contacter la baby-sitter ou la crèche, bref, d’assurer un contact ininterrompu avec l’enfant. Le téléphone portable semble être un outil de communication à usage exclusif du couple. En effet, celui-ci est utilisé surtout pour des raisons pratiques concernant la répartition des tâches domestiques au sein de la famille nucléaire et l’organisation de certaines tâches concernant l’enfant (aller le chercher à la crèche, par exemple). Les contacts par téléphone portable sont plutôt brefs et de type informatif :
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On peut faire sans, je pense que… Mais bon, moi, c’était plutôt au niveau urgence ou des trucs comme ça, savoir où me joindre le plus rapidement possible. Et puis, après, on tombe dans l’engrenage et on se dit que c’est vachement pratique. (Mathilde, 27 ans, Lille)
LES LIENS SOCIAUX MIS A L’EPREUVE : ENTRE PROCHE ET LOINTAIN
42 L’enfant finit de faire la « soudure » du couple et invite à projeter sur le monde un nouveau regard. Le centre des préoccupations est explicitement différent, court-circuite ainsi un certain mode de vie qui faisait l’identité sociale du couple. Au bout du compte, le nouveau collectif acquiert une identité qui lui est propre et qui le distingue de ceux qu’il tenait jusqu’alors pour ses congénères :
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Ça change, entre une famille, des jeunes mariés sans enfants (…) C’est ça, avec une naissance, je trouve qu’on change un peu de statut de… Même par rapport… Je crois que les jeunes mariés qui n’ont pas d’enfants nous voient différemment, je dirais… Ils nous voient plus grands, plus âgés, et pour eux, ça fait un peu couple rangé… (Mathilde, 27 ans, Lille)
44 Passer ainsi de deux à trois initie des transformations qui dépassent de loin « la petite famille » : par le changement de statut, c’est l’univers social en son entier qui est à reformuler, les liens avec l’entourage tant familial qu’amical qui sont à renégocier sur cette nouvelle base. De même, qu’avec leurs mots sur le temps compressé et l’espace choisi, les jeunes parents racontent la mise en place d’un nouveau monde, se profile derrière ces préoccupations, la question centrale, essentielle à leurs yeux, des rapports sociaux. Les liens perdureront-ils, résisteront-ils au choc de cet événement conçu sur le mode de la rupture avec un ancien mode de vie définitivement révolu ou bien se renforceront-ils, se resserreront-ils autour du couple et de l’enfant ? Qui reste, qui part, qui arrive ? Qui est là où qui est absent lorsqu’un enfant naît ?
La famille
45 Du point de vue de la famille, la naissance de l’enfant invite ou oblige à repenser les relations avec les autres générations : dans le même temps où l’enfant transforme le couple en père et mère, il transforme les parents du couple en grands-parents, les grands-parents du couple en arrière-grands-parents, les sœurs et frères du couple en oncles et tantes. Les liens familiaux se réorganisent ainsi autour de l’enfant, lui assurant une structure familiale au sens large.
46 Le temps des échanges téléphonique de l’échantillon plus large montre comment se distribuent les budgets-temps téléphoniques selon les diverses relations de parenté (figure 3). Qu’il s’agissent des ascendants, des collatéraux ou d’autres membres du réseau familial, aucun ne subit après la naissance de l’enfant la diminution repérée pour l’ensemble du trafic vocal (figure 1). De surcroît, on constate à quel point les parents des conjoints constituent des interlocuteurs privilégiés : le temps qui leur est consacré, d’emblée très supérieur à celui des autres correspondants familiaux, croît de 18 à 25 minutes par semaine au cours des trois derniers mois de la grossesse. Leur condition future de grands-parents s’accompagne d’un renforcement des liens avec le couple, qui s’actualise à travers une multiplication des contacts téléphoniques et, en général, on observe que la naissance de premier enfant rapproche les générations en provoquant un accroissement du nombre de rencontres[15] [15] Voir DEGENNE, FORSE, 1994. ...
suite.

Temps passé au téléphone avec les membres de la famille (avant et après la naissance)
Temps passé au téléphone avec les membres de la famille (avant et après la naissance)
47 Au nouveau statut des uns et des autres, correspondent de nouvelles relations ou plus exactement de nouvelles attitudes. De la naissance du premier enfant, en effet, découle une nouvelle légitimité dans l’usage du téléphone et des visites, le prétexte à la communication ou à l’entrevue étant donné par l’existence même de l’enfant et par le rôle que les uns et les autres s’attribuent face à lui[16] [16] Dans une autre recherche qui portait sur la population des...
suite.
48 Avec la naissance se met ainsi en place un système de communication dont l’enfant est l’objet principal. Sa venue conditionne un certain nombre de contacts et d’appels (communication fonctionnelle) qui remplissent une fonction quasi-technique. La naissance de l’enfant dynamise également les relations avec une certaine catégorie de proches appelés à conseiller ou soutenir (psychologiquement et/ou pratiquement) la nouvelle unité familiale. En marge des appels inopinés, multipliés autant de fois qu’il est nécessaire, au conjoint, à la grand-mère ou bien à la crèche, des appels réguliers instaurent une proximité relationnelle qui se passe quasiment de contenu. On appelle « pour rien », autrement dit juste pour appeler, juste pour avoir des nouvelles immédiates :
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[C’est plutôt elle qui appelle] mais c’est toujours en conférence, donc c’est un peu comme une réunion familiale, tous autour du téléphone, on va appeler. (Aurélie, 31 ans, Paris)
On appelle [nos parents] plus souvent pour dire : ah ça y est il a fait un sourire, ah ça y est il se retourne, il a eu son premier vaccin, ou ça y est il a été à la piscine, mais c’est tout. On échange sur le bébé, mais sur nous non pas vraiment. (Déborah, 28 ans, Paris)
50 Les couples « très famille » dès avant la naissance de l’enfant continuent d’entretenir avec les membres de leur univers familial des liens forts : ces liens qui préexistaient ne changent donc pas de nature, tout juste de fréquence : on appelle ou bien l’on est appelé plus fréquemment, l’enfant devenant au cœur de la communication – que l’on demande conseil, que l’on donne ou prenne des nouvelles. Mais le moment de l’annonce de la naissance voit également se cristalliser la prise ou la reprise de contacts avec certains membres éloignés de la famille. Et de manière symptomatique, la venue de l’enfant contribue largement à refaire ce qui avait été défait, à renouer des liens rompus. Comme le note Pitrou : « Même quand il y a eu rupture réelle, que le mariage n’a pas effacé, nombreux sont les cas où l’enfant est en quelque sorte ‘présenté’ à ses grands-parents et où une nouvelle relation s’établit à partir de lui – et ceci d’autant plus que les jeunes parents vivent alors un retournement de situation en se voyant à leur tour investis de la responsabilité éducative[17] [17] PITROU, 1977, p. 53. ...
suite. » De même, nos interviewés relatent :
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52 La venue de l’enfant conduit à une nouvelle configuration : une famille dans une famille. Les interlocuteurs signifient ainsi la nécessité « d’intégrer » le nouveau noyau familial aux deux côtés de la parentèle. C’est le moment où l’on s’apparente vraiment avec la famille de l’autre – car si la famille de l’autre n’est pas sa famille, elle est en tout cas, à part égale, celle de l’enfant. Dès lors, le lien avec l’univers familial est de l’ordre du devoir – non pas devoir des individus en tant qu’enfant vis-à-vis de leurs propres parents, mais devoir de parents vis-à-vis de leur enfant[18] [18] L’obligation de donner accès aux petits-enfants à leurs...
suite. Quel que soit le degré d’inclusion du jeune parent dans leur propre univers familial et dans celui de leur conjoint, l’enfant dispose de fait de grands-parents paternels et maternels, d’oncles, de tantes et de cousins ; c’est à ses parents d’assurer le lien – ce sont eux qui doivent permettre que l’enfant rencontre et soit vu par sa famille élargie :
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Même moi, du coup, je vais les voir plus souvent, automatiquement, pour elle. (…) J’ai eu une famille suffisamment éclatée pour que, moi, je ne renouvelle pas ça. (Elisabeth, 28 ans, Lille)
54 En outre, les proches, tout autant que l’enfant, sont en droit de réclamer : c’est légitimement qu’ils doivent se voir garantir un accès mutuel, comme en témoigne par exemple cet échange entre les époux :
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Mme : Ce n’est pas moi qui vais les voir, c’est plutôt pour les faire voir à Emma. Pour le contact grands-parents. C’est important pour elle. (…) Ma grand-mère paternelle, je n’avais pas trop de contact avant. Maintenant, j’essaie de lui téléphoner trois, quatre fois par mois pour lui donner des nouvelles de la petite, parce que c’est la première de mon côté... C’est la première petite-fille, donc c’est vachement important pour eux, pour les arrière-grand-mères, donc j’essaie de donner un maximum de nouvelles. Dès que j’y pense, là, je prends le téléphone et j’appelle. (Elisabeth et Raphaël, 28 ans, Lille)
56 Il devient donc nécessaire de spécifier le lien avec les nouveaux grands-parents. On sait combien la grand-parentalité se traduit par une économie relationnelle complexe avec les enfants et les petits-enfants, nécessitant de fins réglages interactionnels et s’appuyant partiellement sur le téléphone et les civilités téléphoniques[19] [19] ATTIAS-DONFUT, SEGALEN, 1998 ; SEGALEN, 1999. ...
suite. Les jeunes parents reconnaissent la légitimité des grands-parents, mais ceci s’accompagne toujours aussi d’une clarification des limites ou des frontières à ne pas dépasser, de sorte que l’unité de la jeune famille ou son caractère distinctif soit préservé, c’est-à-dire que la jeune famille ne soit pas « étouffée » ou « mangée ». Une tension s’observe donc entre la volonté du jeune couple d’affirmer son autonomie face aux familles ascendantes, grands-parents notamment, et le désir que l’enfant connaisse et reconnaisse des aïeux, sa famille étendue. Il s’agit de surcroît, non seulement d’inscrire l’enfant dans une parentèle, mais plus encore d’établir une parité entre les deux familles, afin que chacun puisse remplir « son rôle de grand-parent ». Le processus de reconfiguration des liens familiaux, la mise en place de nouveaux types de contacts sont porteurs de conflits latents. Se montrer équitable vis-à-vis des deux côtés de la parentèle, permettre un accès égal à l’enfant, constituent des moyens simples, pour les nouveaux parents, de gérer les jalousies potentielles – tenues néanmoins pour légitimes. Tant les visites que les communications téléphoniques s’établissent ainsi sur la double modalité de la régularité et de l’obligation.
Les amis
57 Le problème se pose en des termes différents en ce qui concerne les relations amicales. Vis-à-vis des amis aussi, le statut du couple change avec la naissance de l’enfant. Mais c’est dans cet espace de relations particulier que ledit statut peut être vécu sur un mode plus lâche, moins contraignant, moins traumatique aussi. Avec les amis, on n’est plus dans l’ordre du devoir. Rien ne vient forcer les relations que le seul désir de les préserver pour ce qu’elles sont :
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59 A la différence de la famille, les amis, eux, sont choisis : ils le sont au nom du partage d’un certain nombre de goûts, d’activité, d’un certain mode de vie. Aussi, s’il est difficile, particulièrement au moment de la naissance du premier enfant, de sacrifier une partie de l’univers familial, à l’inverse il est possible d’opérer, parmi les amis, une hiérarchisation et un tri :
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61 Cette hiérarchisation des amis, à laquelle ne sont pas soumis les membres de la famille élargie, est particulièrement visible à ce moment crucial où, avec la venue de l’enfant, le rythme et le mode de vie se modifient. Pour les amis, la transformation qui s’opère dans la relation au moment de la naissance du premier enfant est comparable à celle qui peut s’observer au moment de la constitution du couple. Dans les deux cas, le changement d’attitude des amis face au couple peut être assez brutal :
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63 Les liens amicaux sont comme débordés, dépassés par la présence de l’enfant. « Le temps manque » pour les amis, dorénavant essentiellement passé à s’occuper de l’enfant et à gérer les transformations de vie de la famille nucléaire. Les jeunes parents sont de fait moins disponibles. Leurs priorités, également, sont différentes. La décision d’être parent impose ainsi de faire des choix – choisir entre continuer d’entretenir une sociabilité forte, tournée sur l’extérieur, ou bien se recentrer sur l’univers de la nouvelle famille. Cela impose également d’assumer ses choix et leurs conséquences :
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65 Les nouvelles circonstances font donc que les « connaissances » passent généralement les premières à l’as. De manière plus précise, certaines relations sont vécues de manière tout à coup problématique : des amis ne prennent pas en compte le nouvel emploi du temps des jeunes parents (ils appellent ou bien proposent de partir en promenade à l’heure de la sieste, par exemple) ou n’accordent pas leur comportement en fonction de la présence de l’enfant :
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Il y en a qui continuent à parler fort, à rigoler aux éclats alors que l’enfant hurle dès qu’il entent un bruit, et eux, c’est donc soit des jeunes couples, soit des gens qui sortent tout le temps, en fait qui n’ont pas envisagé ce que ça pouvait être, un enfant. (Elodie, Paris, 29 ans)
67 Une première catégorie d’amis regroupe donc ceux qui acceptent le changement ou même l’anticipent : ils se déplacent volontiers ou laissent aux jeunes parents le soin de choisir le moment du contact (« vous appelez quand vous êtes disponibles »). Une seconde catégorie d’amis comprend ceux qui, à l’inverse, ne comprennent pas – ou pire, ne veulent pas comprendre – les contraintes liées au nouveau mode de vie. Pour beaucoup d’interlocuteurs, ce nouveau découpage recoupe celui qui sépare les amis qui ont eux-mêmes des enfants ou conçoivent d’en avoir – qui partagent donc les mêmes préoccupations – et ceux qui vivent en couple mais sans enfant ou sont célibataires. Dans ce dernier cas, les contacts doivent être renégociés.
68 Les modifications de la sociabilité amicale ne sont cependant pas vécues sur le mode de l’irréversibilité : ceux qui ne comprennent pas pour le moment viendront certainement à comprendre un jour lorsqu’ils auront eux-mêmes des enfants. L’enfant plus âgé n’impose pas non plus les mêmes contraintes qu’un nouveau-né. Les changements de la sociabilité sont donc perçus comme transitoires.
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70 La hiérarchisation des relations « affinitaires » est particulièrement visible dans l’activité téléphonique de l’échantillon quantitatif (figure 4).

Durée mensuelle des échanges avec les amis selon leur statut familial (avant et après la naissance)
Durée mensuelle des échanges avec les amis selon leur statut familial (avant et après la naissance)
71 Pendant les trois derniers mois de la grossesse, le volume d’appels vers les amis dépend peu de leur statut familial. Ceux qui n’ont pas d’enfant sont appelés légèrement moins que les autres, mais l’écart séparant les valeurs moyennes n’est pas statistiquement significatif. En revanche, la naissance voit croître nettement les budgets-temps téléphoniques consacrés aux amis également parents d’un ou plusieurs enfants. Comme les durées mensuelles des célibataires ou des couples sans enfants restent stables, l’écart se creuse et devient significatif. Le nouveau rôle de parent conduit les couples à privilégier les conversations avec les amis partageant cette condition au détriment des autres. Ainsi, les effets d’homophilie de situations vécues sont directement lisibles dans le trafic téléphonique des foyers vivant une rupture profonde de leur configuration familiale. Comme le remarque Cowan : « Outre les différents changements intervenant sur le plan professionnel, à la surprise des couples, les relations avec leurs amis qui n’attendent pas d’enfants commencent à se modifier. Ils s’aperçoivent qu’ils passent de plus en plus de temps avec d’autres parents ou futurs parents rencontrés récemment, qu’avec de vieux amis qui n’ont pas d’enfants[20] [20] COWAN, 1994, p. 116-117. ...
suite. »
Les nouveaux proches
72 Certains modes de ralliement de personnes appartenant indifféremment au groupe de la famille, à celui des amis proches ou bien des connaissances, se font sur la base d’expériences communes liées à l’enfant. Le fait d’appartenir à une même « génération » (ayant des jeunes enfants) et d’être soi-même femme est souvent plus important que le fait d’appartenir à une même classe d’âge. Le rapprochement entre femmes de même statut[21] [21] Les sujets de discussion liés à la grossesse et à l’enfant...
suite s’observe par exemple au sein du cercle familial, au point de créer de nouvelles amitiés au sein de la famille. Certaines cousines, que l’on voyait aux fêtes de famille, deviennent des personnes avec qui on instaure une relation interindividuelle, les sœurs aînées ayant des enfants deviennent soudain des confidentes ou des conseillères[22] [22] Selon les parcours de vie, les périodes également, les...
suite :
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74 Certaines relations sont ainsi redistribuées après la naissance : les nouvelles affinités entre mères favorisent l’apparition de liens interindividuels de femme à femme, qui se superposent ou même se substituent aux relations de couple à couple. Le téléphone, puisqu’il est un média « féminin », « dyadique » et conversationnel, convient particulièrement bien à ces nouvelles sociabilités[23] [23] SMOREDA, LICOPPE, 2000. ...
suite. Par exemple, la nouvelle relation avec la belle-mère, devenue duelle, se traduit par des appels plus fréquents :
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Disons qu’on va les voir. Je parle plus avec elle, oui, on a plus de contacts.
On se parle plus au téléphone. On se voit plus et on se téléphone plus. (Béatrice, 28 ans, Paris)
76 Les interlocuteurs se plaisent également à souligner un phénomène constitutif de leur « génération » : celui de concordance des événements vécus. Les parcours de vie se suivent : autour du jeune couple gravitent ainsi, tant dans le groupe familial que dans celui des amis, d’autres jeunes couples qui se marient, ont des enfants ou sont en passe d’en avoir, ont une situation professionnelle stabilisée, etc. Du coup, « on vit à peu près les mêmes choses, on a les mêmes rythmes et on partage plus… », comme l’indique une interviewée. Cette communauté de vie est susceptible d’opérer des recombinaisons au sein de réseaux sociaux déjà instaurés. La venue de l’enfant, en outre, initie de nouvelles combinaisons relationnelles : des gens qu’on ne voyait pas et que l’on se met à voir, des gens que l’on voit différemment – que l’on voyait seuls et que l’on voit en couple :
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78 Dans le lot de ces combinaisons nouvelles, il y a celles que rien ne lie antérieurement à l’enfant. La naissance puis la seule présence de l’enfant sont le moteur de quelques nouvelles rencontres : la rencontre avec des femmes croisées à la maternité, mais surtout un peu plus tard au square ou à l’occasion d’un baptême communautaire constituent souvent des terrains fertiles à de futures amitiés. Les « nouveaux amis » peuvent être également les voisins de palier, avec lesquels on se met soudainement à communiquer, parce que, tous en font la constatation, « le fait d’avoir des enfants fait que les gens s’arrêtent plus facilement pour parler » (Florence, 28 ans, Lille). L’enfant constitue en lui-même une « accroche » facile qui sort les jeunes parents de « l’anonymat » et leur confère une identité sociale positive.
CONCLUSION
79 Cet aperçu des résultats de notre recherche réunissant l’observation des comportements téléphoniques et l’investigation ethnologique des situations et contextes dans lesquels un événement marquant la constitution de la famille se produit, nous permet de mesurer l’impact d’un événement significatif du cycle de vie sur les pratiques de communication et, inversement, le rôle des outils de communication dans la gestion, maintien ou sélection des relations sociales. En examinant les discours déployés autour de la situation vécue et à travers les données sur les usages du téléphone du foyer, l’analyse met à l’évidence une forte imbrication des univers de sociabilité et de communication électronique ainsi qu’une double hiérarchisation : hiérarchisation des liens interpersonnels et hiérarchisation des modes de communication.
80 L’acte qui consiste à téléphoner à quelqu’un – et c’est là un fait remarquable – est comparable à une attitude qui est en quelque sorte modulable. En appelant souvent, rarement ou jamais, en répondant ou ne répondant pas à ses appels, en retardant la réponse, en l’appelant afin d’obtenir une information ou un rendez-vous, ou pour discuter plus longuement, la pratique téléphonique ne se conjugue pas au singulier mais au pluriel. Cette multiplicité des pratiques constitue autant d’attitudes propres à délimiter des sous-groupes à l’intérieur du réseau, découpage et tri allant de pair avec un repositionnement et une nouvelle identité à la fois des individus et du foyer. Ces pratiques doivent être entendues comme une norme ou un langage qui permet de signifier la proximité ou la distance, le correspondant reconnaissant sa position à partir du moyen utilisé et de la manière de l’utiliser. Il n’y a pas de communication sans différenciation et celle-ci s’opère de manière évidente au moment de la naissance du premier enfant : on utilise différemment le téléphone selon la personne que l’on contacte. Les relations sont différenciées et les pratiques téléphoniques qui s’observent dans le contexte d’une naissance en révèlent la teneur. Les nuances de pratiques, notamment au moment d’annoncer la naissance et de la rendre publique apparaissent à cet égard comme un élément constitutif des relations, comme un moyen de circonscrire des sous-groupes à l’intérieur du réseau de sociabilité.
Bibliographie
RÉFÉRENCES
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Notes
[ 1] Nos plus vifs remerciements vont à Christian Leclerc et à Sophie Houdart qui ont également collaboré à l’étude dont est issu cet article, ainsi qu’à Hélène Santeix pour sa participation au recueil des matériaux ethnographiques.
[ 2] Voir l’introduction de ce volume, CLAISSE et ROWE, 1993 ; PAN KE SHON, 1998 ; RIVIERE, 2001 ; SMOREDA et LICOPPE, 1998.
[ 3] Ce moment semble aussi crucial du point de vue individuel comme le soulignent Hobcraft et Kiernan : « Devenir parent implique sans doute un des plus profonds changements dans l’histoire de vie de l’individu. La transformation de sa situation à cette période, la prise de responsabilité à l’égard d’un être totalement dépendant de soi, est en effet radicale. La plus forte modification du mode de vie individuel apparaît d’habitude au moment de la première naissance… » (HOBCRAFT et KIERNAN, 1995, p. 1).
[ 4] FLICHY, 1997, p. 12.
[ 5] L’échantillon de 420 individus, recrutés à partir d’un fichier constitué à l’hôpital, auprès de jeunes mères venant d’accoucher pour la première fois, a été constitué en avril 2000. Les ménages recrutés résidaient pour moitié en région parisienne (Paris et sa banlieue) et en région lilloise (Lille et sa banlieue). Au niveau quantitatif, les données recueillies auprès des 420 ménages sont de différentes natures : questionnaires téléphoniques, factures détaillées, qualification des correspondants. Pour l’étude qualitative, 48 ménages ont été sélectionnés dans l’échantillon pour répondre à des entretiens semi-directifs.
[ 6] L’échantillon distingue deux périodes : enfants ayant entre 0 et 3 mois et enfants ayant entre 3 et 6 mois. L’échantillon de 48 individus, sélectionné au sein de cet ensemble, pour l’étude qualitative, prend également en compte l’éloignement ou la proximité de la naissance. Les entretiens se déroulaient avec la jeune mère ou avec le couple. Une première phase d’enquête a porté sur 16 ménages ayant un nouveau-né de moins de 4 mois, et une seconde phase sur 32 couples ayant un enfant âgé d’environ 1 an.
[ 7] Les critères sont : le lieu de résidence du couple (Ile-de-France vs. Nord) ; la proximité géographique des parents de la jeune mère ; la mobilité géographique récente du couple ; l’activité professionnelle de la jeune mère (travaille, congé maternité, étudiante ou femme au foyer). Ces 4 critères ont été croisés avec le moment de l’enquête par rapport à la naissance comme indiqué plus haut.
[ 8] Voir MAILLOCHON (dans ce numéro) qui décrit les stratégies d’invitation au moment du mariage.
[ 9] Durant les trois premiers mois de grossesse qui comporteraient un risque plus important de fausse couche, les jeunes parents hésitent encore à annoncer de manière trop officielle la naissance à venir, avec parfois l’idée sous-jacente que cela pourrait porter malheur.
[ 10] Nous avons récupéré les informations de la facturation téléphonique détaillée sur les communications vocales des 12 semaines précédant et des 24 semaines suivant la naissance. L’évolution du budget-temps téléphonique hebdomadaire a été tracée en prenant la semaine de la naissance comme origine temporelle (le point 0). Nous avons séparé les foyers du Nord et d’Ile-de-France car, de façon tout à fait attendue, les volumes de trafic des premiers se sont avérés inférieurs à ceux des seconds.
[ 11] ISHII-KUNTZ, SECCOMBE, 1989, p. 780.
[ 12] LICOPPE et SMOREDA, 2000, p. 269.
[ 13] Voir AKERS-PORRINI, 2000 ; SMOREDA, LICOPPE, 2000.
[ 14] LELONG, THOMAS, 2001.
[ 15] Voir DEGENNE, FORSE, 1994.
[ 16] Dans une autre recherche qui portait sur la population des « jeunes retraités », et souvent grands-parents, cette même observation apparaît dans le discours de la 3e génération : « (…) nos interviewés montrent parfois une certaine réticence à téléphoner à leurs enfants parce qu’ils ont peur de les ‘déranger’. La naissance d’un (petit-)enfant est alors une ‘crise’ qui ‘justifie’, voire réclame des appels téléphoniques plus fréquents. Mais même après le moment de la naissance, la présence d’un enfant implique de nombreux petits ‘événements’ (maladies, anniversaires, sorties, problèmes scolaires, logistique de la garde des enfants, etc.) qui donnent l’occasion de manifester sa ‘présence’ en s’appuyant sur la légitimité de la solidarité familiale. D’autre part (non moins importante), autour des petits-enfants on peut facilement construire une conversation téléphonique fluide et agréable, à la fois intime et nullement envahissante. » (EVE et SMOREDA, 2001, p. 48.)
[ 17] PITROU, 1977, p. 53.
[ 18] L’obligation de donner accès aux petits-enfants à leurs grands-parents semble de l’ordre d’une norme comme le remarquent par exemple CRENNER, DECHAUX et HERPIN, 2000.
[ 19] ATTIAS-DONFUT, SEGALEN, 1998 ; SEGALEN, 1999.
[ 20] COWAN, 1994, p. 116-117.
[ 21] Les sujets de discussion liés à la grossesse et à l’enfant sont généralement « une affaire de femmes » ou en partie une affaire des « mères » actuelles ou futures.
[ 22] Selon les parcours de vie, les périodes également, les termes utilisés pour qualifier une relation fluctue, de sorte que le terme « ami » possède une extension variable en pouvant, par exemple, s’utiliser dans le champ des relations familiales. A l’inverse les termes de parenté peuvent également s’appliquer aux amis qui sont alors comme des « frères » (voir aussi MERCIER et al. dans ce numéro).
[ 23] SMOREDA, LICOPPE, 2000.
Résumé
La naissance d’un premier enfant est un événement marquant, pour ne pas dire fondateur, dans la constitution d’une famille et dans la vie quotidienne et sociale des couples. L’enquête présentée s’efforce de prendre la mesure de ses effets sur les formes de sociabilité et les pratiques de communication. Il s’agit aussi, inversement, d’examiner comment les acteurs sociaux eux-mêmes mobilisent les outils de communication pour la gestion, le maintien, voire la sélection de leurs réseaux de relations. L’analyse met en évidence une double hiérarchisation, opérant tant sur les liens interpersonnels que sur les modes de communication, dont l’annonce de la naissance est un momentclé. Ces pratiques peuvent alors être entendues comme une norme ou un langage qui permet de signifier la proximité ou la distance : chaque interlocuteur des jeunes parents lit sa position dans leur réseau à partir des outils et des modalités retenues pour interagir avec lui.
BIRTH OF A FIRST CHILD Ranking social relations and modes of communication The birth of a first child is a crucial, founding event in the creation of a family and in the daily and social lives of couples. The study presented here assesses the effects of this event on social networks and communication practices. It also examines how the actors themselves use communication tools to manage, maintain or even select their networks of relations. The analysis reveals two hierarchies – one of interpersonal relations and the other of modes of communication – organized around the baby’s birth. These can be seen as a norm or language through which closeness or distance are expressed. The young parents’ interlocutors identify their position in the couple’s network by the tools and modalities chosen to interact with them.
PLAN DE L'ARTICLE
- LA VENUE DU PREMIER ENFANT COMME EVENEMENT A ANNONCER : DU PLUS PROCHE AU PLUS LOINTAIN
- LE TEMPS, L’ESPACE ET LES AUTRES : REPLI SUR SOI
- LES LIENS SOCIAUX MIS A L’EPREUVE : ENTRE PROCHE ET LOINTAIN
- CONCLUSION
POUR CITER CET ARTICLE
Vanessa Manceron et al. « La naissance du premier enfant », Réseaux 5/2002 (no 115), p. 91-120.
URL : www.cairn.info/revue-reseaux-2002-5-page-91.htm.
DOI : 10.3917/res.115.0091.










