Réseaux
Lavoisier

I.S.B.N.sans
310 pages

p. 135 à 166
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 118 2003/2

2003 Réseaux

De l’art de rendre la politique populaire...

Ou « qui a peur de l’infotainment ? »

Kees Brants
De nombreux auteurs européens et américains prétendent que la commercialisation compétitive des programmes de radio-télévision est la cause d’un déclin très net de l’information politique et, ce qui est pire, d’une crise au sein de la communication politique, crise d’autant plus marquée que les médias de l’information télévisuelle ne font plus confiance à l’info pure, lui préférant désormais l’info-divertissement. Ces perceptions alarmistes sont ici mises à l’épreuve de deux manières. D’une part, par un survol des travaux de science politique sur la couverture du politique dans nombre de pays d’Europe, d’autre part, à partir d’une recherche inédite sur l’évolution de la couverture télévisuelle des campagnes électorales aux Pays-Bas. Les conclusions de ces deux approches invitent à nuancer très sensiblement les discours les plus dénonciateurs sur l’existence d’un laminage des débats politiques par l’infotainment. Many authors in Europe and the USA claim that commercialization and competition in broadcasting lead to a downgrading of political information and, even worse, to a crisis in political communication highlighted by the increasing reliance of television news media on entertainment formats. The justification for this “infotainment scare” is put to the test by an overview of research on politics in television news in a number of (Northern) European countries, a first-hand research project on the campaign communications in the 1994 elections in the Netherlands, and a discussion of the implicit and explicit assumptions on which the scare is based.
Lorsque Jacques Chirac rendit visite à la reine et au Premier ministre des Pays-Bas début 2000, il repoussa toutes les demandes d’organisation d’entretiens. Les informations télévisées hollandaises reçurent une réponse négative, les magazines d’information quémandèrent en vain et les rédacteurs politiques de tous les quotidiens nationaux ne reçurent qu’une brève réponse du service de presse du président : « Absolument désolé, mais pas d’entretien. » Il y eut cependant une exception : le show télévisé de la populaire chaîne publique TROS, animé par Ivo Niehe, l’équivalent local de l’américain David Letterman ou de Jay Leno. Ses shows sont habituellement remplis de vedettes de variétés ou de personnalités – non politiques – sous les feux de l’actualité. Le format y est celui d’une discussion amicale ; les échanges mettent en lumière le côté humain de l’invité et fuient toute approche conflictuelle. Bien qu’on puisse difficilement y voir une émission politique, il y avait là l’espace idéal où le président français puisse dire ce qu’il voulait dire, et le dire en souriant, sans être menacé par le Jeremy Paxman [1] du Plat Pays – tout en demeurant silencieux sur les sujets qui fâchent, à propos desquels il craignait apparemment que les demandeurs d’entretiens aient grande envie de l’entreprendre [*].
Des talk-shows comme celui-là, ou leurs équivalents plus politiques mais non moins polarisés sur les dimensions personnelles – comme le Vivement dimanche de Michel Drucker dont Chirac pouvait être familier – sont souvent considérés comme un clou de plus dans le cercueil de la communication politique sérieuse ou, pire, de la démocratie elle-même. Ils sont présumés nous donner plus des images et des personnalités en politique que des dossiers et des opinions qui nous concernent, ou devraient nous concerner. Il y a là, comme David Swanson [2] l’a dit de façon si frappante pour le cas des Etats-Unis « un style de couverture guidé par les valeurs de la distraction et un désir de ne pas être à la traîne des tabloïds pour attirer un public massif ». Dans les discussions européennes sur ce genre de programmes on se réfère d’habitude avec nostalgie au bon vieux temps où les réseaux publics détenaient toujours un monopole, et où tout le monde semblait s’accorder sur le fait que la télévision commerciale était quelque chose que les Américains devraient garder pour eux, en bref à une époque où la communication politique était toujours conçue pour informer et non pour distraire.
Ceux qui développent ces critiques aux Pays-Bas doivent avoir souffert de troubles de la mémoire en associant l’émergence de la télévision commerciale (1989) avec les ingrédients de distraction qui sont présumés caractériser un style américain de télévision. Déjà dans les années 1970 un Premier ministre et un futur Premier ministre utilisaient un talk-show dans leurs campagnes. Un ministre de l’Intérieur se faisait interviewer dans un sauna, vêtu d’une serviette qui masquait à peine sa belle corpulence. Des commentateurs à la mémoire moins défaillante se souviennent de bien des occasions où les dirigeants politiques – cherchant visiblement à trouver l’électeur flottant – n’esquivaient pas les émissions de distraction des diffuseurs publics. Ils ont pu ne pas toujours s’y trouver à leur avantage, mais ils considéraient que cela faisait partie du jeu. Tel fut le cas en 1981, où le Premier ministre d’alors, Den Uyl, marqué par une certaine gaucherie de son style de présentation, fut à demi ridiculisé par un comédien néerlandais durant son émission. Den Uyl se retrouva plus ou moins contraint de prendre la tête d’une farandole… y feignant une exubérance aussi rayonnante que visiblement forcée, tandis que l’animateur lui demandait sarcastiquement s’il s’amusait bien.
De tels exemples de ce qu’on nommerait maintenant infotainment prouvent simplement, bien sûr, que le phénomène n’est pas neuf aux Pays-Bas ; et je suis sûr que chaque pays d’Europe a ses propres exemples historiques. La question est de savoir si l’infotainment est devenu en Europe un phénomène plus structuré, s’il a changé systématiquement le contenu du compte rendu télévisuel de la politique, et si, comme beaucoup le prétendent, il y a là à la fois la preuve et la cause d’une crise du rôle de la communication politique en démocratie.
 
LE MONDE EFFRAYANT DE LA TELEVISION COMMERCIALE, ET PIRE ENCORE
 
 
Beaucoup d’auteurs aux Etats-Unis [3] explorent ce qu’on nomme « l’hypothèse de convergence » . Bien étonnés de se trouver ensemble [4], ils ont associé la base commerciale de la télévision aux Etats-Unis et les changements récents du système de télédiffusion en Europe aux évolutions dans le niveau de participation et de connaissance politique et, plus largement, à la qualité du système démocratique. C’est ce qu’on appelle parfois l’infotainment [5], ou encore la tabloidization quand il s’agit des mêmes questions en matière de presse écrite. Et d’habitude le tableau est aussi lugubre que le sujet est brûlant.
Bien qu’il soit réticent quant à l’emploi de termes dépréciatifs trop enveloppants comme celui d’abêtissement (dumbing-down) du journalisme politique et qu’il se fixe plus largement sur ce qu’il a nommé le « procès moderne de publicité » et « l’état chronique de guerre partielle » dans la relation entre hommes politiques et journalistes, l’Américain Jay G. Blumler – qui a passé le gros de sa carrière académique au Royaume-Uni – est sans doute le plus énergique et assurément le plus répétitif dans ses analyses critiques des causes, origines et effets. Si nous le suivons dans ce qu’il a désigné alternativement comme « une crise de la communication publique ou civique » et une « crise de la communication pour la citoyenneté », Blumler (souvent en collaboration avec son collègue Michael Gurevitch) parle pour beaucoup de chercheurs en communication et science politique, tant dans les secteurs les plus critiques et les plus mainstream du monde académique, qui s’alarment de ce qu’il nomme « le déluge commercial » qui inonde l’Europe et de ses conséquences pour la démocratie.
Comme chez beaucoup de ses collègues, le point de départ de Blumler se trouve dans la théorie démocratique, soit l’idée d’une décision collective à travers la communication et le débat entre les membres du public. Bien entendu dans une démocratie idéale les individus participent de façon égale au processus décisionnel. Mais la plupart des états démocratiques modernes se sont, pour des raisons pratiques et politiques, constitués via des formes de démocratie représentative dans lesquelles le peuple délègue l’autorité politique à d’autres qui le représentent. Les mécanismes pensés pour relier les citoyens et leur représentants étaient les élections, les organisations politiques et l’opinion publique, suscitée et relayée pour l’essentiel par les mass médias. Dans ce cadre théorique, une citoyenneté activement et rationnellement participante, qui ait accès au libre marché des idées et soit nourrie d’une information pertinente, qui dispose de connaissances sur les enjeux en cours de l’agenda politique, constitue un prérequis pour une démocratie qui fonctionne bien. La démocratie exige dès lors que les médias (et dans le cas de l’Europe, particulièrement le service public de l’audiovisuel) fonctionnent en répondant à un certain nombre de missions et de services pour le système politique, et en particulier :
  • la surveillance de l’environnement sociopolitique, par la couverture des changements susceptibles d’influer positivement ou négativement sur le bien-être des citoyens ;
  • l’organisation d’un espace pour des plaidoyers intelligibles et éclairants de la part du personnel politique et des porte-parole d’autres causes ou de groupes d’intérêt ;
  • le dialogue à travers toute une gamme de points de vue, tant entre titulaires du pouvoir (présents et alternatifs) qu’au sein de publics de masse ;
  • des mécanismes destinés à amener les autorités à rendre compte de la manière dont elles ont exercé le pouvoir ;
  • des incitations amenant les citoyens à apprendre, choisir, et devenir impliqués plus qu’à simplement suivre les processus politiques ou les regarder en voyeurs ;
  • une résistance aux effets des forces extérieures aux médias pour subvertir leur indépendance, leur intégrité et leur capacité à servir le public ;
  • le sens du respect des membres du public, comme potentiellement désireux et capables de comprendre leur environnement politique [6].
Tout cela fait beaucoup. Mais si les médias et spécialement les télévisions de service public assument un certain sens de leur « responsabilité quant à la santé des mécanismes politiques et à la qualité de la discussion publique qui s’y engendre », leur rôle est alors « fondamental [7] ». Jusqu’à l’arrivée du déluge commercial, les organismes audiovisuels en Europe ont fait un travail de qualité, parce qu’elles « étaient en dernière analyse des créatures de l’Etat », grâce à leur statut politisé.
En contrepartie, la sphère civique a grandement bénéficié de ce contexte, en se trouvant bien davantage prise au sérieux par les professionnels des services publics européens que par les journalistes travaillant pour la presse populaire ou tabloïd, ou par les journalistes d’autres systèmes plus commerciaux (par exemple les Etats-Unis). […] Les journaux télévisés, les magazines d’information, les émissions politiques ont souvent été traités comme des espèces protégées […] permettant le déploiement d’une palette d’entretiens, de discussions de groupe, d’appels par téléphone, de débats, d’analyse des dossiers et (plus occasionnellement) d’exercice de journalisme d’investigation au sein de ce qui est devenu un forum politique national. Les débats, les échanges entre leaders, les annonces en matière de politiques publiques au sein des parlements ont été couverts de façon prioritaire dans les journaux télévisés. Des principes consacrés d’accès à la parole ont évolué, donnant aux principaux partis des temps de parole libre durant les élections ou à d’autres moments. La couverture des campagnes électorales a été généreuse et attentive au fond, informant sur bien des dossiers et propositions de politiques, ne les réduisant pas à une simple course hippique ou à des jeux stratégiques sophistiqués comme c’est le cas aux Etats-Unis [8].
Ce tableau radieux a brutalement évolué. La communication politique est entrée dans « des maux sans cesse plus profonds. Une manière appauvrissante de s’adresser aux citoyens sur les questions politiques a conquis une position institutionnelle si forte qu’il semble fondamentalement difficile d’y résister ou de la remettre en cause [9] ». S’il porte souvent un regard de défiance vers les Etats-Unis, vus comme l’exemple préoccupant que suit en apparence et sans recul critique l’Europe, Blumler sent qu’il y a davantage à dire quant aux origines d’une crise de la communication citoyenne. Des évolutions de la société, de la politique et de la communication qui sont pour partie indépendantes de ce qui se passe dans le nouveau monde peuvent expliquer le durcissement des artères de notre communication civique. Des liens sociaux traditionnels, souvent institutionnalisés comme les partis politiques, la famille nucléaire, les modèles dominants de religion, les relations de travail et de voisinage, les groupements liés à la classe sociale se sont irréversiblement désintégrés. Les loyautés partisanes et électorales ont décliné, la socialisation politique est moins aboutie, des problèmes politiques insolubles (de la gestion de l’économie à la fracture du social) ont donné naissance à une arène politique plus turbulente, moins prévisible et moins structurée dont le contrôle est plus délicat. Les relations média/politique ont spectaculairement changé du fait d’une incessante professionnalisation de la prise de parole politique (advocacy), d’un retour vers plus d’indépendance des journalistes (particulièrement à travers plus de dédain pour l’information politique, celle des candidats en campagne), mais aussi d’une incertitude normative sur les règles éthiques applicables aux formes nouvelles du principe de publicité [10].
En matière de communication politique, le résultat de la convergence de ces développements prend la forme d’un « procès de publicité moderne » qui « implique une lutte concurrentielle pour influencer et contrôler les perceptions populaires des dossiers et événements politiques-clés via les principaux mass médias [11] ». Les citoyens sont virtuellement exclus de toute expression en matière de communication publique du fait de « l’investissement croissant du personnel politique et des journalistes sur ses propres logiques, tendues et complexes, de collusion et de conflit ». Le résultat est une sphère publique peuplée d’initiés, tandis que les citoyens deviennent étrangers au discours politique, sans même parler des processus de décision. En 1992, Blumler mentionnait la communication civique au nombre des « valeurs fragiles » mises en péril par la commercialisation des télévisions européennes :
Les priorités des diffuseurs comme des téléspectateurs pourraient glisser de l’information vers la distraction. Les journaux télévisés pourraient se polariser sur la présentation des événements les plus spectaculaires et les plus frappants, sur des discussions et des analyses éphémères. Les magazines d’information pourraient bien perdre leur caractère et les producteurs se soucier davantage des intérêts des spectateurs du public que de son rôle de citoyen. La compétition politique serait alors de plus en plus mise en scène comme une course hippique ou un scénario de partie d’échecs. Slogans, images, petites phrases piquantes primeraient sur le fond, l’information et le dialogue [12].
En d’autres occasions, et assurément voici peu, Blumler s’est montré plus catégorique quant à ce qu’on pourrait désigner comme l’hypothèse « “variétisation” de la politique ». Le contenu de la communication politique, soutient-il désormais, est marqué, avant tout, par une tendance à la dépolitisation. Les décisions politiques sont davantage susceptibles d’être influencées par la façon dont elles seront reçues dans l’arène des perceptions filtrées par les médias de masse (L’apparence des choses est-elle convenable ?). En deuxième lieu, la politique est, de façon dominante, présentée comme un jeu. La contrepartie d’un flux de petites phrases, elles-mêmes sans cesse plus courtes, est la diminution de l’espace et du temps attribués à la substance même des politiques. En troisième lieu, la personnalisation de la politique progresse puisqu’elle est plus facile à traiter que le contenu de fond des dossiers et des politiques. En quatrième lieu, les opinions exprimées par les hommes et les femmes dans la rue sont de plus en plus enregistrées selon « une véritable explosion de formats et d’approches populistes ». Des signes existent, enfin, selon lesquels les médias valorisent une circulation croissante de messages négatifs sur les acteurs, événements et décisions liés à la politique. La conséquence de tout cela est une « surabondance d’oxygène pour le cynisme », et « de moins en moins d’un menu de communication politique au service du rôle de citoyen [13] ».
En bref, indépendamment de la logique des médias dans la communication politique, Blumler (et il n’est pas le seul), redoute la télévision commerciale, parce que sa couverture du politique est un mélange d’information et de loisir : la politique comme culture populaire et non comme l’entreprise sérieuse de production d’un discours populaire. Et parce que les impératifs de la compétition contraignent les diffuseurs publics à s’adapter aux vœux des consommateurs (moins intéressés par la politique), ils contribueront alors à l’essor des électeurs démotivés et abstentionnistes. Il y a là un inquiétant lien causal qui tarit la circulation sanguine de la démocratie. Blumler développe une argumentation convaincante quant aux dangers de l’infotainment, basée sur une décennie de réflexion sur les dynamiques de changement au sein de la communication politique en Europe (spécialement en Grande-Bretagne) et aux Etats-Unis. Son étude est inséparable de la conviction selon laquelle les traits systémiques de la communication politique impriment une forme caractéristique à la sphère publique d’une société, et sa description des changements qu’il a pu relever au fil des ans est bien appuyée sur des exemples. Cependant, les appuis empiriques quant aux changements de contenus sont limités et son argumentation tend à être trop unilatérale, trop définitive, et bien trop fondée sur des généralisations transculturelles à partir de données relatives à un cas (le Royaume-Uni), ou au mieux deux (les Etats-Unis). Et si « la preuve du pudding consiste à le manger [14] », la preuve ne peut, bien entendu, venir ici que de comparaisons longitudinales, internationales et intersystèmes.
Au fil de cet article je veux prêter attention à deux domaines saillants de la communication politique pour mettre à l’épreuve les thèses de Blumler : les informations et la communication de campagne. La première utilise une littérature secondaire sur la place (changeante ?) de la politique dans l’information télévisée au sein de divers pays d’Europe, la seconde mobilise une recherche de première main sur le rapport à l’infotainment des hommes politiques et des journalistes de télévision lors de trois élections consécutives aux Pays-Bas (1994,1998,2002). A l’issue de ces observations, je soutiendrai finalement que les peurs inspirées par l’infotainment reposent largement sur des prémisses qui peuvent être questionnées.
Des nouvelles distrayantes dans un paysage multiréseau
Si l’on suit l’hypothèse de l’infotainment, on peut s’attendre à plusieurs évolutions dans l’information télévisée des pays européens qui ne disposent pas d’une forte tradition de service public : un certain degré de dépolitisation, au sens de moins d’attention à l’information politique ou de sa marginalisation ; une image différente, plus populiste, de la politique à travers une fixation sur les personnalités, le côté humain et le sensationnel dans la présentation du personnel et des processus politiques ; et ces évolutions devraient être d’abord plus significatives dans les réseaux commerciaux que publics, même si, après un certain délai, ceux-ci tendent à s’aligner.
Les comparaisons extensives et longitudinales analysant les contenus des informations télévisées sont très peu nombreuses [15], et les variables utilisées pour opérationnaliser les contenus de l’information politique diffèrent sensiblement dans ces recherches. Comparer des pays différents doit alors être fait avec toute la prudence requise. Cependant, en examinant ces études nationales, et en étant attentifs à leurs particularités, nous nous trouvons face à un tableau généralement ambigu et parfois contradictoire de la pénétration des logiques du divertissement dans l’information, et d’une convergence de programmation entre réseaux publics et privés.
De manière contre-intuitive, les programmes d’information sur les réseaux publics n’ont pas glissé vers les marges du début de soirée ou été relégué tard afin de concurrencer les dramatiques populaires de la télévision commerciale. Ce sont, au contraire, la plupart des réseaux commerciaux qui ont suivi la programmation publique et semblent les concurrencer bien davantage sur leur terrain que par des formats et contenus différents. La « Loi d’Hotelling », dite d’identité excessive des produits, qui affirme démontrer mathématiquement que dans des marchés compétitifs il est rationnel pour les producteurs d’une marchandise de rendre leurs produits aussi identiques que possible, pourrait être une explication de ce phénomène [16]. Légitimer la chaîne commerciale comme une télévision sérieuse, et attirer par-là les mêmes audiences, particulièrement attrayantes pour les annonceurs, a pu constituer une autre motivation.
Dans la plupart des pays, la télévision commerciale n’a pas marginalisé l’information politique. Dans huit pays d’Europe occidentale, pratiquement six sujets sur une moyenne de 13,3 par bulletin d’information au début des années 1990, relevaient de la politique. Le réseau français TV5 (une chaîne publique à l’audience modeste) se situaient au-dessus de la moyenne, TF1, le Belge VTM, A2 en France et RAI Uno (ces deux dernières étant publiques) se situaient sous la moyenne [17]. En Suède, Hvitfelt [18] relève qu’alors que les stations commerciales n’avaient pas encore un poids considérable, globalement, le temps de diffusion dédié à la politique a nettement décliné entre 1990 et 1993.
Pfetsch, d’une part [19], Bruns et Marcinkowski, de l’autre [20], ont en revanche trouvé qu’en Allemagne, tant les chaînes publiques que commerciales, avaient accru la place de l’information politique dans les nouvelles depuis le milieu des années 1980. Les chaînes privées avaient même doublé le poids de l’information politique, la traitant pratiquement sur un pied d’égalité avec les réseaux publics. Cette attention partagée pourrait bien s’expliquer par l’enjeu spécifique de la réunification qui dominait alors la politique allemande. Examinant l’offre totale de programmes en Allemagne par deux réseaux publics et trois privés, ce sur une période de quatre semaines, Kruger [21] a en revanche mis en évidence une différence sensible. Sur sa programmation relevant globalement de la catégorie information (42 % de ses programmes), le secteur public avait une moyenne de 27 % d’information politique. Au sein d’une offre globale d’information se situant à 13 %, le privé ne donnait que 5 % à la politique (complètement escamotée sur le canal PR07). En apparence, lorsqu’ils en offrent, les chaînes publiques restreignent leur information politique essentiellement aux journaux télévisés.
Au Danemark, Powers et ses coauteurs [22] n’ont guère trouvé de différences entre les informations du réseau public DR-TV et le réseau commercial TV2 ; ils soutiennent même que l’entrée en lice des réseaux commerciaux a conduit à des informations plus diversifiées, provenant de davantage de sources, mais leur recherche n’était pas longitudinale. Van Poecke et Van der Biesen [23] de leur côté, identifient une nette différence dans le poids des informations politiques entre le réseau public flamand BRT et le réseau privé VTM (23 % et 16 % respectivement). En ce qui concerne les Pays-Bas, Van Engelen [24] repère une hausse de la place de la politique intérieure dans les bulletins de la chaîne publique NOS entre 1990 et 1993 (de 23 % à 32 %), tandis que le réseau commercial RTL-news reste autour de 17 % durant cette même période. Etudiant la couverture des campagnes électorales dans quatre élections consécutives (1986,1989,1994,1998), Van Praag et Brants [25] ont relevé un virage à 180° en matière d’information politique sur le réseau public. Il y a d’abord eu un recul, déjà observable avant que la compétition ne s’installe en 1989 où apparaît la première station commerciale. Ce recul descend jusqu’à un étiage de 35 % d’information « de fond » contre 65 % sur les rituels de campagne et la course de petits chevaux. Choqués par ces chiffres, les rédacteurs changèrent de musique et les informations de NOS-TV revenaient à 52 % d’information de fond en 1998. Les réseaux commerciaux RTL et SBS réalisaient mieux encore avec 53 % et 56 % respectivement.
Si l’on suit l’hypothèse de l’infotainment, il faut s’attendre à une importance croissante du sensationnalisme, de l’human interest, suivant en cela l’exemple de la presse tabloïd que l’on rencontre dans plusieurs pays d’Europe. Là encore, le tableau est ambigu. Le style tabloïd qu’on peut rencontrer dans des réseaux locaux de télévision aux Etats-Unis (voitures, vedettes et poursuite des têtes couronnées) demeure toujours pratiquement inexistant en Europe, même dans la plupart des réseaux privés. Bien que le politologue allemand Schulz [26] affirme que des preuves « bien établies » montrent que « les programmes d’information à la télévision prennent un style de “tabloïds”, à travers l’accent mis sur le sensationnel, l’esprit négatif, la personnalisation et les soft news », il ne fournit aucune référence. D’autres auteurs élaborent pareillement leurs raisonnements relatifs aux tendances à long terme à partir d’arguments d’autorité [27]. Bien qu’elles soient typiques des angoisses suscitées par des orientations plus commerciales et concurrentielles de la part des diffuseurs publics, des discussions récentes sur la dégradation de la couverture de la vie parlementaire par la BBC reposent pareillement sur des exemples plus que sur des analyses longitudinales des changements dans l’offre d’information politique. Dans leur analyse de la campagne électorale de 1997, Goddart et ses coauteurs [28] caractérisent par exemple les reportages télévisés comme prêtant plus d’attention qu’en 1992, et cela « de façon très extensive et fort approfondie » à toute une variété de sujets de fond.
Là où, pour les pays d’Europe pris globalement, nous pouvons discerner une légère tendance à rendre l’information plus populaire, il y a peu d’arguments pour établir que la politique ou les élus seraient spectaculairement plus personnalisés ou traités de façon sensationnaliste qu’auparavant. En Belgique [29], en Suède [30] et au Danemark [31] il existe des indices de glissement vers plus de sensationnalisme dans la couverture globale de l’information (dans le choix des sujets avec plus de faits divers, mais aussi dans les angles de couverture ou les images), vers plus de soft-news aussi. Pour l’Allemagne, Kruger a mis en évidence en 1995 que les trois réseaux commerciaux avaient en moyenne 37 % de ce qu’il nomme de « l’information de Boulevard » – crime, drogues, catastrophes, pathologies sexuelles – contre 7 % pour les deux réseaux publics. Bruns et Marcinkowski [32] notent toutefois qu’entre 1986 et 1994, les éléments de human interest et de violence dans l’information des réseaux commerciaux sont tombés au même niveau que dans les réseaux publics. En Italie, un mélange croissant de plus d’agressivité et de sensationnalisme dans le journalisme a suivi le processus de commercialisation. Mais il s’agirait là, pour Marletti et Roncarolo [33], plus d’une réaction aux changements du système politique sous Berlusconi que d’une attitude cynique envers la politique et les élus. Faisant usage de la distinction de Nimmo et Combs [34] entre, d’une part, une information factuelle et élitiste et, de l’autre, une information populiste et sensationnaliste, Van Engelen [35] soutient qu’entre 1990 et 1996 presque tous les composants des informations, tant dans le public que dans le privé, relevaient de la première catégorie. Mais il est vrai qu’en s’attaquant en 1998 au problème d’une baisse de ses recettes publicitaires, le manager de RTL Pays-Bas n’a pas seulement congédié quelques douzaines de reporters, mais suggéré de rendre l’information un peu plus croustillante.
On discerne effectivement des exemples d’adaptation par l’information publique aux styles et modes de présentation qu’on assigne généralement aux réseaux commerciaux. Duos de présentateurs et ton de conversation amicale, spécialement pour les informations en journée, ne sont plus rares sur les stations publiques. Plus encore, le présentateur commence à exhiber la panoplie de la star et à se comporter en conséquence. Délaissant l’archétype d’un parangon d’indépendance et de prudence, il ou elle pénètre parfois dans le monde de la culture populaire, à l’image de deux principaux présentateurs de journaux télévisés de la BBC dont l’un présente un reality show et l’autre un jeu de questions. En dehors des « têtes parlantes » des présentateurs, les images animées dominent les journaux des 17 chaînes que Heinderyckx a étudié dans huit pays [36], ce qui l’amène à conclure que les rédacteurs sont en apparence inquiets d’ennuyer les téléspectateurs. En Suède, Hvitfeld note plutôt ce qu’il nomme des techniques de « dramatisation » des récits dans les bulletins d’information. Tout comme Bruns et Marcinkowski [37] pour l’Allemagne, Blumler et Kavanagh [38] pour le Royaume-Uni et Van Engelen pour les Pays-Bas, il décèle aussi une hausse des microtrottoirs comme un témoignage de ce que l’identification au public se trouve davantage prise en considération. Il faut noter cependant qu’à l’inverse de l’Allemagne et des Pays-Bas, les réseaux publics suédois se fixent plus sur les porte-parole et titulaires de pouvoirs. Comparant les réseaux privés et publics en Belgique et aux Pays-Bas, Canninga [39] conclut que les premiers compactent en général plus les sujets, une tendance notée ailleurs aussi, par Hvitfeld en Suède par exemple. Mais selon Van Engelen, la tendance aux Pays-Bas est inverse, tout comme en Allemagne : les sujets sont devenus plus longs, d’un style plus narratif. Examinant la longueur des « petites phrases » dans la couverture des élections, Van Praag et Brants [40] ont trouvé qu’aucun des six pays d’Europe de l’Ouest qu’ils analysaient ne s’approchait des huit secondes observables aux Etats-Unis. Même des systèmes de médias « commerciaux » comme l’Italie et l’Espagne restaient respectivement à 26 et 24 secondes. Les Pays-Bas, avec 12 secondes, étaient les plus proches des Etats-Unis.
Bien qu’elle mette au jour des données contradictoires quant à l’hypothèse d’un suivisme des réseaux publics allemands à l’égard de la place centrale donnée à la distraction par les réseaux privés, Pfetsch [41] soutient qu’en Allemagne « la politique sérieuse » est réduite à la télévision au cadre des journaux traditionnels, tandis que des genres nouveaux sont apparus qui brouillent les frontières entre l’information politique et la distraction. Avec la fragmentation des publics, le personnel politique se sent plus ou moins obligé de recourir à tous les canaux de communication disponibles. Dans trois études distinctes durant les élections néerlandaises de 1994,1998,2002, j’ai examiné avec un collègue comment les dirigeants politiques s’adaptaient à ce nouvel environnement multichaîne, et s’ils optaient vraiment pour des types de programmes plus populaires.
 
DU HAUT EN BAS DE L’ECHELLE D’INFOTAINMENT
 
 
Dans une analyse intégrale de la programmation quotidienne de trois réseaux publics [42] et sept privés, durant les six semaines précédant trois élections législatives aux Pays-Bas, nous avons regardé où le personnel politique des divers partis apparaissait à la télévision [43]. A chaque fois nous avons codé ces apparitions : leur durée totale, l’identité des invités et de leurs partis. Pour acquérir une idée de la manière dont les candidats adaptaient leurs apparitions à la palette des programmes offerts au public, l’attention globale accordée aux politiques fut décomposée en six genres de programmes : les journaux télévisés, l’information sérieuse (du type documentaires, émissions de discussion), les magazines (current affairs), les talk-shows (qu’il s’agisse d’interviews à composante divertissante, ou de programmes avec intervention du public), et la distraction (émissions de jeux et de variétés). La classification reprend un type idéal traditionnel en forme de continuum allant des programmes d’information à ceux de divertissements. Nous avons suivi en la matière les normes de classement utilisées par l’office néerlandais de la radiodiffusion pour analyser les données d’audience. L’utilisation de mesures de type audimat (people-meter), basées sur un échantillon représentatif de la population des Pays-Bas, combiné aux divers types de programmes, nous a ensuite permis de calculer combien de personnes, et lesquelles, regardaient les hommes politiques, et pendant combien de temps. En d’autres termes : les responsables politiques atteignaient-ils effectivement le public/l’électorat qu’ils visaient ?
On pouvait s’attendre à ce que, confrontés à un électorat dispersé sur diverses chaînes et genres, les candidats cherchent à suivre ce public. Les programmes d’information traditionnels totalisent pourtant encore plus des deux tiers du temps d’antenne des politiques (voir figure 1). Les talk-shows et les émissions de variétés (22-23 %) et les programmes de distraction (6 % en 1994,4 % en1998 et 11 % en 2002) ne totalisent qu’une part limitée des interventions du personnel politique. De 1994 à 2002 on observe cependant, une hausse sensible de la présence des hommes politiques dans les talk-shows – interventions qui dépassent désormais en nombre celles dans les journaux télévisés – une certaine croissance des émissions de distraction qui atteignent le niveau des magazines d’information [44]. Réserve faite des émissions de distraction et des créneaux d’expression réservés aux partis, qui rendent compte de la plupart de la rubrique « autres », le public a aussi manifesté plus d’intérêt pour suivre le personnel politique dans des programmes informatifs, que dans les genres de l’infotainment et de la distraction. Et il s’avère que les programmes informatifs ont aussi été pour les moins intéressés par la politique, la principale fenêtre où regarder les politiques en temps d’élection.
Figure 1.
Genres télévisuels et présence du personnel politique [45]
IMGIMGGenres télévisuels et présence du personnel politi...IMGIMF
Des différences marquantes étaient observables entre les partis, entre les leaders des partis et les autres candidats. Bien avant le jour des élections de 1994, les sondages d’opinion avaient montré que le leader du parti travailliste (PvdA Partij van de Arbeid), le futur Premier ministre Wim Kok, avait un problème d’image : lui et son parti étaient perçus comme peu fiables, peu sensibles (uncaring) et manquant de fibre sociale, des attributs assez désastreux dans le contexte d’une social-démocratie. L’équipe de campagne parvient à changer l’image de technocrate qui était celle de Kok. Leur stratégie consistant à éviter les programmes d’information critiques et conflictuels, le fait que pratiquement 38 % de ses apparitions aient eu lieu dans des talk-shows doivent y être pour quelque chose. Quatre ans et une image quasi présidentielle plus tard, il n’avait alors plus besoin des talk-shows. En 1998 ses apparitions dans ce genre étaient tombées à 16 %. Son opposant du parti libéral du marché libre (VVD Volkspartij voor Vrijheid en Democratie) en 1994 était considéré comme un médiocre communicateur, trop élitiste. Le parti opta par conséquent pour une équipe de campagne dans laquelle le premier rôle était attribué à une ancienne sportive fort populaire. Il se révéla que 15 % du total des apparitions du VVD sur la télévision concernait des programmes de distraction, plus que dans les journaux télévisés et les magazines. Lorsque quelqu’un regardait un représentant du VVD à la télévision, dans 29 % c’était durant un programme récréatif. En 1998 encore, comparés aux représentants des autres partis, les porte-parole du VVD étaient surreprésentés dans les programmes distrayants.
Les élections de 2002 aux Pays-Bas furent à bien des égards dramatiques. Un homme politique populaire, aux idées extrêmement xénophobes, Pim Fortuyn, fut assassiné neuf jours avant l’échéance électorale, entraînant des démonstrations de tristesse et de deuil jamais vues dans ce pays consensuel. Même sans leader, la LPF (Lijst Pim Fortuyn) réalisa un raz de marée électoral, arrivant en deuxième position et plaçant en plein désarroi les partis qui avaient constitué depuis huit ans le gouvernement (tout spécialement le PvdA et le VVD). En l’espace de cent jours le nouveau gouvernement de coalition des chrétiens démocrates (CDA Christen Democratisch Appel), du LPF et du VVD fut mis en minorité, laissant cette fois les ministres et parlementaires du PPF en pleines querelles intestines, le parti s’évanouissant dans les sondages, et perdant les deux tiers de ses sièges aux élections de janvier 2003. Fortuyn était un populiste qui illustrait tous les paradoxes d’une société postmoderne et confuse : d’un côté les gens le considéraient comme authentique, du peuple et avec le peuple, de l’autre côté il apparaissait dans une Bentley conduite par un chauffeur, avec deux chiens sur le siège avant, affichant insolemment son attitude et sa rhétorique anti-establishment tout comme son homosexualité. Il était énormément sollicité par la télévision – à la fois par les JT et les magazines d’information parce qu’il attaquait, coupait la parole, introduisant en général un style conflictuel, jusque-là considéré comme relevant de l’anathème dans la communication politique hollandaise mais aussi dans les talk-shows où il ne répugnait pas à exposer sa différence de style de vie, faisant par exemple état de ses expériences dans les back-rooms avec de jeunes Marocains, comme preuve qu’il savait de quoi il parlait quant à la question de l’immigration – au point qu’il pouvait choisir le programme qui lui convenait ou dans lequel il sentait qu’il pourrait dire ce qu’il voulait dire, ou celui où il pourrait se moquer des dirigeants politiques des partis en place, les critiquer et les tourner en dérision. L’effet durable de tout cela sur la culture de la communication politique aux Pays-Bas reste encore incertain.
Une approche interprétative
Bien entendu, « l’infotainment de la politique » a deux faces. A côté d’une recherche de programmes plus centrés sur la distraction de la part des élus, les genres eux-mêmes peuvent avoir changé. Dans les paragraphes précédents, le type idéal d’une échelle information-distraction est basé sur le rôle assigné aux mass médias dans la théorie démocratique, telle qu’elle a été discutée au début de cet article. Dans ce cadre, les programmes d’information sont considérés comme ayant un contenu stimulant une participation rationnelle dans le processus électoral, les programmes de distraction sont là pour la détente et le loisir – ce qui implique que la politique soit une affaire sérieuse et non un amusement. Cependant, entre les deux pôles extrêmes de ce continuum, toute une série de sous-genres ont émergé au sein de laquelle des aspects de human interest, des composantes d’information, du sensationnalisme, du drame et de la distraction ont été mélangées. Des éléments de la sphère privée, tels que l’intimité, la spontanéité et les sentiments personnels sont introduits dans le discours politique de la sphère publique. Journalistes et présentateurs font usage dans leur couverture des faits et événements d’éléments dramatiques, de repères auxquels le téléspectateur peut s’identifier : sollicitation de l’empathie et de l’identification personnelle, scènes d’émotions.
En prenant en compte la gamme complète des genres télévisuels dans leur signification politique dans le contexte électoral, nous avons combiné les contenus thématiques et ceux centrés sur la personnalité avec des éléments de style et de format en les appliquant au continuum information-distraction. A une extrémité de l’échelle se trouvent les programmes d’information sérieuse et brûlante, de l’autre, l’accent est mis sur les goûts, les styles de vie, le plaisir. Du côté « sérieux » nous pourrions attendre, au regard du sujet abordé, des contenus plus factuels comme des sujets sur les manifestes de partis, les politiques publiques, les dossiers et les désaccords entre partis politiques ; on s’y adresserait avec respect aux hommes politiques en raison de leur expertise ou de leur engagement, on les questionnerait comme experts ou décideurs ; le style serait sérieux, marqué par une forme de distance professionnelle et de ton d’objectivité, suggérant la volonté d’informer ; le format serait guidé par l’efficacité, sans recours aux paillettes d’une musique d’accompagnement ou à un public actif. Du côté distraction du continuum on pourrait s’attendre à des sujets plus marqués par un contenu human interest dans lequel le personnel politique apparaît en tant qu’individu, comme mari ou femme, père ou mère, mélomane. Ici, l’image et la tension dramatique sont plus importantes que le message qui doit devenir simple, de préférence enjoué et doté d’une connotation ou même d’une charge émotionnelle. Le style journalistique serait plus détendu, en général personnel et ouvert. Il chercherait à distraire plus qu’à marquer l’indépendance et la critique. Le format serait distrayant, ce qui peut vouloir dire aussi bien d’un registre légèrement sensationnel que plutôt émotionnel. Ici le public participerait activement, manifestant son approbation ou son désaccord.
L’infotainment n’est pas forcément situé uniquement à l’exact milieu de ce continuum. Des programmes de distraction peuvent aussi faire usage d’éléments dotés de plus de « fond » politique, tandis que des genres traditionnellement informatifs peuvent par exemple introduire une tension dramatique, de la musique, la participation du public. A ce titre, infotainment est un concept destiné à nous sensibiliser, utilisé ici tant comme outil conceptuel qu’empirique.
Analyser ainsi les sujets, les éléments personnels, le style et le format de nombre de programmes tant des réseaux publics que privés nous permet d’argumenter quant au processus d’une « variétisation » de la communication politique à la télévision néerlandaise en période d’élection. Nous avons sélectionné au hasard quatorze programmes, dans lesquels apparaissaient un ou plusieurs responsables politiques, parmi les six genres que nous avions distingués. Des différences de classifications avec celles utilisées par l’institution chargée des mesures d’audience sont à l’origine d’une distribution inégale des divers genres dans notre échantillon, mais sans que cela empêche de comparer tant les genres, que les réseaux publics et privés. Pour chaque programme la présence de traits relevant de l’information ou de la distraction a été codée en questionnant le programme. Pour les caractéristiques de sujets deux questions ont été posées : jusqu’à quel point le programme rend compte de questions de politiques publiques ? A quel degré l’attention pour les invités politiques porte-t-elle sur le fond ? En ce qui concerne les caractéristiques « personnelles », nous avons posé trois questions : dans quelle mesure le programme traite-t-il des qualités politiques de l’élu, de ses qualités personnelles, de sa famille ? Pour ce qui est des caractéristiques propres au style nous avons aussi posé trois questions : à quel point le présentateur est-il critique ? se comporte-t-il plutôt comme un animateur ou un journaliste ? Finalement six questions portaient sur des caractéristiques de forme : part de la composante questions-réponses par opposition à la part de conversation, musique, participation du public, éléments de dramatisation, insertion de fiction ou d’autres composantes. Nous avons traduit les réponses sur une échelle à cinq degrés, de manière à pouvoir établir un score par variable et un score global. Le score maximal selon les variables était de : 10 pour les sujets, 15 pour la variable de personnalisation, 15 pour le style, 30 pour le format, soit un total de 70. Le mode de codage fait qu’un score élevé signifie qu’un programme est spécialement dense en « fond », un score bas traduit un fort niveau distrayant. La nature qualitative de cet exercice et la sélection au hasard des programmes ne nous ont pas permis de réaliser des observations longitudinales quant aux tendances au sein des genres de programme. Les données présentées ici sont celles relatives aux élections de 1998 [46].
Aucun des programmes que nous avons étudiés n’atteint un score de 70. Aucun programme n’est donc exempt d’éléments distrayants. Dans le même temps, aucun des quatorze programmes ne peut non plus être caractérisé comme relevant de la pure distraction. La majorité des programmes allait de raisonnablement à vraiment informatif : peu d’attention y était accordée aux grands principes des partis politiques, mais plusieurs des programmes étaient effectivement centrés sur les dossiers de politiques publiques et sur les positions des divers partis. L’édition du show d’information d’une chaîne privée que nous avons prise en compte et un talk-show du service public ont réussi à complètement éviter tout contenu politique de fond. Mais globalement les programmes étaient plus informatifs que distrayants quant à leurs sujets, à leur format et degré de personnalisation, à mi-chemin des deux modèles quant aux caractéristiques de style, quelques-uns des programmes les plus résolument distractifs correspondant bien à ce qu’on pouvait en attendre.

Tableau 1.
Degré d’infotainment dans six genres télévisuels
IMGIMGTableau 1. Degré d’infotainment dans...IMGIMF
Tableau 1. Degré d’infotainment dans six genres télévisuels Caractéristiques de Genre et chaîne Sujet Personnalisation Style Format Total (0…10) (0…15) (0…15) (0…30) (0…70) Magazine d’actualité (public) 9 10 14 26 59 Magazine d’actualité (public) 9 10 15 24 58 Journal télévisé (public) 7 11 12 27 57 Talk-show (public) 9 9 12 26 56 Magazine* (public) 7 11 11 27 56 Journal télévisé (privé) 0 12 15 29 56 Magazine d’information (public) 2 11 12 28 53 Magazine d’information (public) 10 10 7 19 46 Talk-show (privé) 7 11 8 18 44 Talk-show (privé) 9 8 5 19 41 Talk-show (public) 0 6 1 23 30 Emission récréative (public) 0 6 0 21 27 Magazine (privé) 2 5 1 16 24 Emission récréative (public) 2 4 1 11 18 * Dans l’échantillon néerlandais, les « magazines » sont des émissions thématiques hybrides (entretiens, rubriques thématiques, recettes de cuisine) le plus souvent diffusées l’après-midi.

Sur l’échelle information-distraction, le tableau est mixte. Plus de la moitié des programmes ont un score entre raisonnable et bien en ce qui concerne le niveau d’information, et cela même pour deux talk-shows. La première impression est que les autres programmes des chaînes privées étaient plus tournés vers la distraction que les huit des réseaux publics. Cependant les deux talk-shows du privé se situent au-dessus de la moyenne sur la densité du fond, alors que le journal télévisé privé, sans information politique, a pu constituer un cas statistiquement aberrant, dû à la procédure d’échantillonnage.
Nous avons vu précédemment que dans une comparaison sur trois semaines de deux programmes d’information privés et un public en 1998, tous trois comportaient plus de 50 % de couverture informative consacrée aux élections [47]. Bien que tous les programmes aient quelque composante distrayante, les résultats ici montrent aussi qu’il n’y a pas de corrélation entre le score de « fond » (substantiveness) d’un sujet et les caractéristiques de style et de format du programme. En d’autres termes : des programmes de style très distrayant peuvent en même temps être très informatifs quant à leur contenu. Simultanément certains programmes qui sont « sérieux » quant à leur format, peuvent manquer complètement de contenu informatif de fond. Un talk-show peut en dire plus sur les qualités d’un candidat qu’un JT ou un magazine sur les grands dossiers et les choix politiques, et les programmes des réseaux privés ne sont pas plus considérablement orientés vers la distraction dans leur traitement de la politique que ceux des diffuseurs publics.
 
ACCEPTER LA VULGARISATION DE LA POLITIQUE
 
 
Alors, qui a peur de voir l’infotainment capturer la politique ? A l’évidence, pas seulement Jay G. Blumler, qui est traité ici d’une façon peut-être un peu rude dans la mesure où son analyse de la crise de la communication politique embrasse plus de questions que le seul thème de l’infotainment. Pendant que lui et d’autres universitaires, mais aussi des journalistes et des politiques de divers pays d’Europe, semblent s’y attacher avec insistance, comme étant la mauvaise influence qui vient de l’autre côté de l’Atlantique, des chercheurs aux Etats-Unis sont eux aussi de plus en plus préoccupés par la fixation sur le registre distrayant de bien des candidats et par « la démocratie du talk-show [48] ».
Pour peser le pour et le contre, il faut être sûr de ce que sont les dangers. La « variétisation », la popularisation de la politique à la télévision me semblent problématiques sous trois conditions : si telle est la forme dominante dans laquelle elle est traitée, si cela se fait pour masquer quelque chose d’autre, ou si cela conduit à une image déformée de la politique. Aucune de ces conditions ne semble clairement observable.
Une domination de l’entertainment ?
Une étude longitudinale, transeuropéenne pourrait nous le dire. Mais pour l’instant la recherche est éparpillée. Dans le survol des études sur les informations télévisées dans un ensemble de pays d’Europe de l’Ouest, on trouve bien des éléments de distraction dans les contenus et le style de la couverture du politique. Mais dans l’ensemble le tableau est au mieux ambigu, il n’établit en aucun cas une prise de pouvoir par l’infotainment et une influence des télévisions privées qui serait intrinsèquement perverse. Pour la plupart des réseaux privés et les diffuseurs publics, l’information demeure au cœur de la programmation, et la politique reste une composante substantielle de la plupart des programmes d’information. La montée de la télévision commerciale peut avoir suscité plus de human interest et de sensationnalisme, mais guère dans l’information politique. Ceux qui font la télévision ne peuvent se voir reprocher d’utiliser leur médium et de donner une composante visuelle à l’information, aussi longtemps que des sujets importants ne sont pas escamotés au seul motif d’une absence d’images. Par ailleurs, le fait que, pour tenter de conquérir la sympathie du téléspectateur, « l’homme de la rue » ait conquis un rôle saillant dans les interviews, ne constitue guère une preuve de recentrage sur la distraction, d’autant plus que les officiels et les porte-parole officiels dominent toujours les journaux télévisés.
L’analyse de l’infotainment au sein de divers genres télévisuels pendant les trois campagnes électorales néerlandaises offrait aussi un tableau ambigu. Les deux tiers des apparitions télévisées de responsables politiques concernaient des supports traditionnels de communication politique : programmes d’information et de débats, journaux télévisés. D’un autre côté, un examen des contenus, de la personnalisation, du style et du format de programmes de genres allant de l’information au divertissement révélait que les programmes d’information aussi recelaient à un plus ou moins fort degré des éléments de distraction. Globalement, il semble tout de même demeurer assez de télévision pour y trouver des informations pertinentes et pour acquérir des connaissances en vue de participer au processus démocratique.
Il est cependant plus problématique – ou d’un autre point de vue, rassurant – qu’un certain nombre de travaux aient remis en cause la croyance dans la valeur cognitive de la télévision. Dans une synthèse fouillée des études américaines, Robinson et Davis [49] concluent que, par rapport à la lecture de quotidiens, le suivi des informations télévisées est de peu d’aide pour être informé. La télévision est perçue et utilisée comme machine de plaisir, et cette attitude à elle seule entrave la compréhension. En comparant télévisions publiques et privées aux Pays-Bas, Kleinneijenhuis [50] et al. dressent un tableau plus complexe, dans lequel l’acquisition de connaissances est tributaire des connaissances antérieures, des motivations et de l’information disponible. Ils concluent que l’information télévisée est moins pertinente pour acquérir les connaissances complexes nécessaires pour opérer des choix rationnels. Par ailleurs, comme le soutient John Zaller [51], parce que les résultats électoraux ont plus d’incidences sur les individus que les individus n’en peuvent avoir sur les résultats électoraux, l’électeur rationnel sera plus intéressé par l’information sur la façon dont l’élection risque de se dénouer que dans de l’information qui l’aiderait à voter avec sagesse. Que cela plaise ou non, et qu’on soit ou non en désaccord avec l’approche en termes de « choix rationnel », ces résultats éclairent la communication politique d’une autre lumière.
L’infotainment comme échappatoire
Si une stratégie de campagne est orientée vers l’infotainment pour éviter les questionnements trop pointus des journalistes politiques, nous pourrions avoir un problème. Et ce serait pire si cela voulait dire tromper, ou du moins cacher quelque chose au public, ne pas tout lui dire et plutôt projeter une image qui – si elle était démasquée – pourrait conduire les gens à prendre d’autres décisions. Une des fonctions centrales des journalistes dans une démocratie participative, qui est de faire rendre compte aux puissants de la manière dont ils ont exercé le pouvoir, ne pourrait alors plus être prise en charge. Un tel exemple pourrait être trouvé dans la stratégie de contournement de Clinton en 1992, qui était expressément pensée pour éviter les analystes critiques de Washington et largement centrée sur des formats non traditionnels de talk-shows et de médias locaux, présumés acritiques [52]. De tels exemples de comportements existent aussi probablement en matière de communication politique dans des pays européens. Mais, autant que je le sache, aucune recherche systématique sur ces questions n’existe. Alors Premier ministre des Pays-Bas, Wim Kok a appliqué une stratégie de contournement en 1994, lorsqu’il refusa plusieurs fois d’intervenir dans les journaux télévisés nationaux sur des dossiers mis en avant par ses opposants, tout en assistant de fort bonne grâce à de nombreux talk-shows, ou en rendant visite à des chaînes de télévision locales. Mais cette stratégie comporte un risque paradoxal, que Zaller [53] a formulé dans ce qu’il nomme « la règle de substitution des produits ». Plus les journalistes sont efficacement défiés quant à leur contrôle sur une juridiction d’information, plus ils chercheront avec acharnement à développer des types nouveaux et originaux d’information qu’ils puissent substituer à ce que le personnel politique fournit, qui réaffirment globalement le contrôle journalistique des communications de masse.
Cette réaction aux tentatives des élus pour s’assurer du contrôle de l’agenda des médias s’est traduite, aux Etats-Unis au moins, par une façon essentiellement négative d’évaluer les leaders politiques de la part des journalistes. Ils utilisent les opposants comme des outils pour dévaluer tout point de vue d’un leader politique [54]. Cappella et Jamieson [55] ont soutenu, en l’étayant de données empiriques, que ce type de couverture négative et tournée vers le conflit avait conduit au cynisme public et à un déclin de la confiance dans le système politique américain. La même humeur antipolitique, nourrie par le populisme électronique d’une information conflictuelle, peut par exemple être trouvée dans l’audiovisuel italien depuis la venue au pouvoir de Berlusconi. Roncarolo [56] met cependant l’accent sur le rôle positif de l’infotainment à l’égard de l’establishment du journalisme politique, qui a brisé le système consociationnel figé qui régissait la communication politique en Italie. Enfin, il n’existe pas de preuve, ou bien peu de ce qu’en Europe un lien causal unidirectionnel existe entre la manière négative dont la politique est dépeinte – que ce soit dans les journaux télévisés ou l’infotainment – et le cynisme politique du public [57].
L’infotainment comme séduction
Avant tout chose sans doute, mais en général implicitement, la critique de l’infotainment est basée sur l’idée selon laquelle si beaucoup de gens sont attirés par des personnalités et se détournent de questions de fond du politique, il y a là une mauvaise chose pour eux. Ils sont séduits par une imagerie qui cache la réalité de choix nécessaires dans des domaines politiques. Ils passent à côté de l’information pertinente pour la participation politique. Et ils peuvent alors faire le mauvais choix, ou au moins prendre une décision irrationnelle, dans des lieux comme l’isoloir, voire ne pas voter du tout. De tels énoncés tendent à renouer avec la théorie de la seringue hypodermique quant aux effets des médias. Ils aplatissent simultanément le privé et le personnel comme composantes de l’affectif, lui-même présumé irrationnel. Les travaux de Zillman et ses coauteurs [58] montrent pourtant que des informations données avec un angle affectif, humain, ne les rendent pas simplement plus personnelles, suscitant l’empathie, mais leur côté tranche de vie (soft-news) les rend plus attrayantes, facilite le fait de tirer profit d’informations plus factuelles (hard-news), plus abstraites.
La crainte de perdre le citoyen, ou de le troquer contre le consommateur repose sur une distinction qui semble méconnaître ce qu’est l’âge de la télévision. Bien sûr, le fait que plus de gens au Royaume-Uni aient voté pour la finale de Big Brother que pour le parti travailliste lors des dernières élections peut rendre un peu nerveux. Mais si l’approche personnelle et personnalisée de l’infotainment s’articule mieux en tant que discours privés et enjeux collectifs, alors les distinctions traditionnelles et les frontières entre citoyens et consommateurs dans la communication deviennent problématiques. Le genre de talk-show où le personnel politique est mis en direct en présence d’un public actif est probablement le seul espace public où des « gens ordinaires », agissant là comme « experts fondés sur l’expérience », peuvent poser les questions qu’ils tiennent pour pertinentes, tant sur l’agenda médiatique que politique.
Blumler et Kavanagh [59] envisagent à juste titre le risque qu’une « popularisation anti-élitiste et le populisme » dans de tels programmes puissent dévaluer les apports de l’expertise, et renforcer la pression en faveur de solutions à très court terme aux problèmes politiques, bien davantage que consolider le sentiment de la capacité d’influence par le public. Mais ils idéalisent simultanément l’autre journalisme politique, celui qui sollicite les experts, un discours intelligent et compréhensible basé sur l’échange d’arguments, où les gens s’écoutent mutuellement, des discussions qui sont contextualisées, qui parviennent à des conclusions… bref un genre de journalisme qui n’existe guère et qui, dans le cas inverse, n’attire qu’un public en général limité aux happy few. A l’inverse, le mélange de détente et de conscientisation qu’on peut trouver dans certains talk-shows pourrait bien réconcilier le populaire et la politique.
Dans des sociétés où les idéologies disparaissent et où les différences entre partis politiques deviennent de moins en moins importantes et visibles, pour le public une bonne part de la compréhension de la politique prend la forme de récits organisés autour de personnages [60]. Dans de telles circonstances, les caractéristiques personnelles des représentants politique ne sont pas des éléments secondaires ou irrationnels dans l’évaluation et les choix politiques. La personnalisation peut aussi être une stratégie pour comprendre l’information politique, replacer les enjeux sociaux dans une perspective personnelle. La démocratie, comme l’a souligné Dahlgren [61], n’est pas « uniquement affaire de politique officielle, mais a aussi à voir avec les normes et les horizons de la vie et de la culture quotidienne ». Oui, la société civile ne devrait pas se résumer aux domaines de la politique qui relèvent du discursif et de la prise de décision, mais aussi au langage du monde vécu.
Traduction : Erik NEVEU, revue par l’auteur
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BLUMLER J.G. (1990), “Elections, the Media and the Modern Publicity Process”, in Ferguson M. (ed.), Public Communication : the New Imperatives, London, Sage, p. 101-114.
·  BLUMLER J.G. (ed.) (1992a), Television and the Public Interest, London, Sage.
·  BLUMLER J.G. (1992b), “The Civic Communication Task of Public Service Broadcasting : Lessons from Election Observation at the BBC”, Communication au colloque What Future for Public Service Broadcasting ?, Londres.
·  BLUMLER J.G., GUREVITCH M. (1995), The Crisis of Public Communication, London, Routledge.
·  BLUMLER J.G., KAVANAGH D. (1999), “The Third Age of Political Communication : Influences and Features”, Political Communication, n° 16/3, p. 209-230.
·  BOURDIEU P. (1998), Sur la télévision, Liber, 1996.
·  BRANTS K., CABRI E., NEIJENS P. (2000), “Hoe informatief en hoe leuk ? Infotainment in de campagne” [Informatif ou amusant ? L’infotainment en campagne), in Van Praag Ph., Brants K. (eds), Tussen beeld en inhoud. Politiek en media in de verkiezingen van 1998 (Entre image et substance. Politique et médias dans les elections de 1998), Amsterdam, Het Spinhuis, p. 134-154.
·  BRANTS K., VAN PRAAG Ph. jr. (1995), Verkoop van de Politiek. De verkiezingscampagne van 1994, Amsterdam, Het Spinhuis.
·  BRANTS K., NEIJENS P. (1998), “The infotainment of Politics”, Political Communication, 15/2, p. 149-165.
·  BROKAW T., FALLOWS J., HALL JAMIESON C., MATALIN M., RUSSERT T.,
·  KALB M. (1997), “Talk Show Democracy 96”, Press/Politics, 2/1,4-13.
·  BRUNS Th., MARCINKOWSKI F. (1996), Konvergenz Revisited. Neue Befunde zu einder alteren Diskussion, Rundfunk und Fernsehen 44/4, p. 461-479.
·  CANNINGA L. (1994), “Een vergelijkende analyse van de nieuwscultuur in de buitenlandse berichtgeving op BRTN, VTM, NOS en RTL”, Media & Maatschappij, 4/1.
·  CAPPELLA J., HALL JAMIESON C. (1996), “News frames, political cynicism and media cynicism”, in Media and Politics, special edition of The Annals of the American Academy of Political Science, p. 71-84.
·  CRIGLER A., BRUHN JENSEN K. (1991), “Discourses on politics : talking about public issues in the United States and Denmark”, in Dahlgren P. Sparks C. (eds), Communication and Citizenship. Journalism and the Public Sphere in the New Media Age, London, Routledge, p. 176-195.
·  DAHLGREN P. (1998), “Enhancing the Civic Ideal in Journalism”, in Brants K., Hermes J., Van Zoonen L. (eds), The Media in Question. Popular Cultures and Public Interests, London, Sage, p. 89-101. DE BENS E. (1998), “Television Programming : More Diversity, More Convergence ?”, in Brants K., Hermes J., Van Zoonen L., The media in question. Popular culture and public Interest, London, Sage.
·  FRANKLIN B. (1994), Packaging Politics. Political Communication in Britain’s Media Democracy, London, Edward Arnold.
·  GODDARD P., SCANNELL M., SEMETKO H. (1998), “Too much of a good thing ? Television in the 1997 election campaign”, in Crewe I., Gosschalk B., Bartle J. (eds), Why Labour won the General Election of 1997, London, Frank Cass, p. 149-75.
·  HALLIN D. (1996), “Commercialism and Professionalism in the American News Media”, in Curran J., Gurevitch M. (eds), Mass Media and Society, London, Edward Arnold, p. 243-264.
·  HALLIN D. (1998), “A Fall from Grace”, Media Studies Journal, Spring/Summer, p. 42-47.
·  HEINDERYCKX F. (1993), “Television news programmes in Western Europe : a comparative study”, European Journal of Communication, 8/3, p. 425-450.
·  HVITFELT H. (1994), “The commercialization of the evening news : changes in narrative techniques in Swedish TV news”, The Nordicom Review, n° 2, p. 33-41.
·  JARREN O. (1998), “Medien, Mediensystem und politische Oeffentlichkeit im Wandel” [Média, système de médias et changements de l’espace public], in Sarcinelli U. (Hrsg), Politikvermittlung und Demokratie in der Mediengesellschaft [Médiatisation de la politique et démocratie dans la société des médias), Bonn, Bundeszentrale für politische Bildung, p. 74-95.
·  KAVANAGH D. (1997), “Media and Elections : an Unhappy Marriage ?”, Communication au colloque Images of Politics, Amsterdam.
·  KLEINNIJENHUIS J., PEETERS A., HIETBRINK A., SPAANS N. (1991), “Het nieuwsaanbod van NOS en RTL4 en wat de kijkers ervan leren” [L’offre d’information de NOS et RTL4 et ce que les téléspectateurs en apprennent], Massacommunicatie, 19/3, p. 197-226.
·  KRUGER U.M. (1996), “Boulevardisierung der Information im Privatfernsehen” [Tabloidisation de l’information sur les télévisions privées), Media Perspektiven, 7/96, p. 362-375.
·  McMANUS J. (1994), Market-Driven Journalism : Let the Citizen Beware ? Thousand Oaks, CA, Sage.
·  MOOG S., SLUYTER-BELTRAO J. (2000), “The transformation of political communication ?”, in Axford B., Huggins R. (eds), New Media and Politics. London, Sage, p. 30-64.
·  NIMMO D., COMBS J. (1985), Nightly Horrors. Crisis Coverage by Television Network News, Knoxville, University of Tennessee Press.
·  NORRIS P. (2000), The virtuous circle : political communications in post-industrial democracies, Cambridge, Cambridge University Press.
·  PATTERSON T.E. (1994), Out of Order, New York, Vintage.
·  PFETSCH B. (1996), “Convergence through Privatization ? Changing media environments and televised politics in Germany”, European Journal of Communication, vol. 11, p. 427-451.
·  POWERS A., KRISTJANDOTTIR H., SUTTON H. (1994), “Competition in Danish television news”, The Journal of Media Economics, 7/4, p. 21-30.
·  ROBINSON J.P., DAVIS D.K. (1990), “Television news and the informed public”, Journal of Communication, 40/1, p. 106-119.
·  RONCAROLO F. (2002), “A crisis in the mirror : old and new elements in Italian political communication”, in Kuhn R., Neveu E. (eds), Political journalism : new challenges, new practices, London, Routledge, p. 69-92.
·  ROSENSTIEL R. (1993), Strange Bedfellows. How television and the presidential candidates changed American politics, New York, Hyperion.
·  SCHULZ W. (1997), “Changes of Mass Media and the Public Sphere”, Javnost/The Public, 4/2, p. 57-70.
·  SIUNE K. (1998), “Is Broadcasting Policy Becoming Redundant ?”, in Brants K., Hermes J., Van Zoonen L., (eds), The media in question. Popular cultures and public interests, London, Sage, p. 18-27.
·  SWANSON D. (1997), “The political-media complex at 50 : putting the 1996 presidential campaign in context”, American Behavioral Scientist, 40/8, p. 1264-82. VAN CUILENBURG J. (1997), “Access and Diversity in Communications and Information”, Communication au congrès de l’ASCoR, 18/19 septembre, Amsterdam. VAN ENGELEN M. (1997), Televisienieuws onder druk, Unpublished MA-thesis, University of Amsterdam. VAN POECKE L., VAN DER BIESEN W. (1991), “Programma- en nieuwsaanbod op BRT en VTM” [BRT and VTM news supply], in Strategieen van openbare omroepen versus commerciele omroepen [Stratégies des diffuseurs publics face au privé], Communication au 13e congrès Flamand voor Communicatiewetenschap, Gent, p. 24-48. VAN PRAAG Ph., BRANTS K. (2000), “Het televisienieuws : inhoud en strijd” [TV-news : substance and struggle], in ibid. (eds), op. cit., Amsterdam, Het Spinhuis, p. 58-86. VAN PRAAG Ph. BRANTS K. (2001), “Is there a spiral of cynicism outside the USA ?”, Communication à la Dutch Political Science Association, Veldhoven.
·  ZALLER J. (1997), “The political economy of election news”, Communication au congrès de l’APSA, Washington.
·  ZILLMANN D., GIBSON R., ORDMAN V., AUST C. (1994), “Effects of Upbeat Stories in Broadcast News”, Journal of Broadcasting and Electronic Media, 38, Winter, p. 65-78.
 
NOTES
 
[1]Jeremy Paxman est un journaliste politique de la BBC réputé pour ses questions sans concessions (NdT).
[*]Ce texte actualise et reprend un article (“Who’s afraid of infotainment ?”) dont une version initiale était parue dans l’European Journal of Communication, 13(1998)3. Ce texte a donné lieu à un échange ultérieur avec Jay Blumler dans les numéros 14(1999)2 et 14(1999)3 de la revue. Les commentaires de l’équipe rédactionnelle de Réseaux m’ont été des plus précieux pour élaborer cette nouvelle version.
[2]SWANSON, 1997, p. 1269.
[3]Voir par exemple BROKAW et al., 1997 ; HALLIN, 1996 et 1998 ; McMANUS, 1994 ; MOOG, SLUYTER-BELTRAO, 2000 ; voir aussi l’édition 1996 des Annals of the American Academy of Political and Social Sciences comme en Europe BOURDIEU, 1998 ; DE BENS, 1998 ; FRANKLIN, 1994 ; KAVANAGH, 1997 : SIUNE, 1998 ; mais aussi PFETSCH, 1996, et d’autres encore en Allemagne, en Belgique et en Scandinavie.
[4]En français dans le texte original.
[5]Ce mot valise (Information + Entertainment) n’a pas d’équivalent exact en français. Nous l’avons donc gardé tel quel, le rendant parfois par variétisation lorsqu’il est utilisé pour rendre compte d’une évolution (NdT).
[6]BLUMLER, GUREVITCH, 1995, p. 97.
[7]BLUMLER 1992b, 1.
[8]BLUMLER 1992a, 12/3.
[9]BLUMLER, GUREVITCH 1995,203.
[10]BLUMLER, KAVANAGH, 1999.
[11]BLUMLER, 1990, p. 103.
[12]BLUMLER 1992a, p. 36.
[13]Id. p. 106. BLUMLER, GUREVITCH, 1995, p. 213 ; BLUMLER, KAVANAGH, 1999, p. 220.
[14]Proverbe anglais correspondant à notre « Il faut voir à l’usage » (NdT).
[15]HEINDERYCKX, 1993, offre une exception notable. Mais sa comparaison de seize chaînes dans huit pays se fixe essentiellement sur des réseaux publics.
[16]Voir VAN CUILENBURG, 1997.
[17]HEINDERYCKX, 1993.
[18]HVITFELT, 1994.
[19]PFETSCH, 1996.
[20]BRUNS, MARCINKOVSKI, 1996.
[21]KRUGER, 1996.
[22]POWERS et al., 1994.
[23]VAN POECKE, VAN DER BIESEN, 1991.
[24]VAN ENGELEN, 1997.
[25]VAN PRAAG, BRANTS, 2000.
[26]SCHULTZ, 1997, p. 61.
[27]JARREN, 1998, p. 87-88.
[28]GODDART et al., 1998, p. 171-2.
[29]CANNINGA, 1994.
[30]HVITFELT, 1994.
[31]POWERS et al., 1994.
[32]BRUNS, MARCINKOVSKY, 1996.
[33]MARLETI, RONCAROLO, 2000.
[34]NIMMO, COMBS, 1985.
[35]VAN ENGELEN, 1997.
[36]HEINDERYCKX, 1993, p. 435.
[37]BRUNS, MARCINKOVSKI, 1996.
[38]BLUMNER, KAVANAGH, 1999.
[39]CANNINGA, 1994.
[40]VAN PRAAG, BRANTS, 2001.
[41]PFETSCH, 1996.
[42]En fait deux en 1994 et quatre en 2002.
[43]Pour les données relatives à 1998 voir BRANTS, CABRI et NEIJENS, 2000. La méthodologie est présentée plus précisément dans BRANTS et NEIJENS, 1998.
[44]La campagne de 2002 s’est trouvée plus ou moins stoppée après le meurtre de Fortuyn, neuf jours avant les élections. Traditionnellement, les journaux d’information et les magazines intensifient leur couverture vers la fin de la campagne. Qu’aurait été normalement le tableau d’ensemble ? Nous ne le saurons jamais.
[45]Les émissions d’information correspondent à des situations de dialogue et de confrontation (débats, entretiens), les magazines d’actualité correspondent à ce qui existe sous ce label en France (traitement de trois ou quatre sujets sur un créneau d’une heure).
[46]Pour la campagne de 1998 nous avons fait usage d’une méthodologie plus simple, quant aux résultats 2002, ils ne sont pas actuellement disponibles.
[47]VAN PRAAG, BRANTS, 2000.
[48]BROKAW et al., 1997.
[49]ROBINSON, DAVIS, 1990.
[50]KLEINNEIJENHUIS, 1991.
[51]ZALLER, 1997.
[52]ROSENSTIEL, 1993, p. 83-92.
[53]ZALLER, 1997.
[54]PATTERSON, 1994.
[55]CAPPELLA, JAMIESON, 1996.
[56]RONCAROLO, 2002.
[57]Voir NORRIS, 2000 ; Van PRAAG, BRANTS, 2001.
[58]ZILMAN et al., 1994.
[59]BLUMER, KAVANAH, 1999.
[60]CRIGLER, JENSEN 1991, p. 189.
[61]DAHLGREN, 1998, p. 91.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Jeremy Paxman est un journaliste politique de la BBC réputé...
[suite] Suite de la note...
[*]