2003
Réseaux
Les reseaux, des objets relationnels non identifies ?
Le cas de la communication électronique dans la recherche
Véréna Paravel
Claude Rosental
Diverses notions de réseau en sciences sociales reposent sur des
représentations simplifiées des relations et de leurs dynamiques. En dépit de
leurs vertus, ces représentations n’épuisent pas la question de l’élaboration
des « réseaux » et de leur texture. Les systèmes et dynamiques relationnels
liés à la communication électronique dans la recherche constituent un cas
exemplaire pour approfondir cette question. Les « réseaux » sont ici abordés
a priori comme des Objets relationnels non identifiés (ORNI). A partir
d’enquêtes menées depuis le début des années 1990, l’article précise
comment les usages académiques de la communication électronique
contribuent à l’élaboration de formes diverses de « mises en réseau » et
d’autres types de systèmes relationnels, et parfois à leur destruction.
In the social sciences various notions of networks are based on simplified
representations of relations and their dynamics. For all they are worth, these
representations fail to exhaust the question of the elaboration of “networks”
and their texture. The relational systems and dynamics connected to
electronic communication in research constitute a fine example for more indepth analysis of this issue. “Networks” are treated here as Unidentified
Relational Objects. Based on surveys undertaken since the early 1990s, the
article shows how academic uses of electronic communication contribute
towards the elaboration of diverse forms of “networking” and other types of
relational systems, and sometimes towards their destruction.
Internet est réputé
mettre en réseau les acteurs de la recherche. Si tel est
le cas, à quelle réalité cette expression peut-elle faire référence en
pratique et en principe ? L’objet de cet article est d’apporter des
éléments de réponse à cette interrogation en mettant en lumière certaines
caractéristiques et dynamiques des systèmes relationnels liés à la
communication électronique dans le champ de la recherche. Nous
considérerons que nous avons affaire
a priori à des ORNIs (Objets
relationnels non identifiés). Il s’agit par là même, à partir d’un cas
exemplaire (celui du « réseau » internet), de formuler une interrogation
fondamentale sur une pratique qui n’épargne pas les sciences sociales,
consistant à labelliser spontanément des objets en termes de « réseaux » ou
de « structures », au risque parfois, faute d’une (re)problématisation
suffisante de ces notions – et alors même que ces dernières font l’objet
d’introductions raisonnées dans de multiples écrits – d’occulter des aspects
essentiels des réalités qu’elles recouvrent, et d’arrêter l’analyse avant qu’elle
ne débute
[1].
A cette fin, nous partirons des résultats des recherches que nous avons
menées ces dernières années sur les pratiques de communication
électronique dans le monde académique
[2], et de la littérature en pleine
expansion dans le monde anglo-saxon des
studies of electronic
communication
[3]. Cette littérature comporte au moins deux grands volets :
des études ciblées portant sur des pratiques locales, et à l’opposée, des
propos généraux faisant l’économie de campagnes d’investigations
empiriques, donnant libre cours à des généralisations d’expériences
personnelles, et élaborés souvent sur le mode de la dissertation. Cette
situation constitue du reste l’une des motivations du format mésographique
retenu pour cet article. Loin de chercher à nous inscrire dans l’un ou l’autre
genre, nous adopterons un niveau d’analyse visant à documenter des
pratiques qui se déploient à une échelle relativement large.
Nous commencerons par apporter tous les développements nécessaires sur
les raisons qui nous conduisent à manipuler prudemment la notion de réseau
afin d’appréhender la nature et les dynamiques des systèmes relationnels liés
à la communication électronique dans la recherche. Nous pourrons alors
nous attacher à souligner certaines dimensions de ces dernières et préciser
ainsi à quels phénomènes l’expression « mise en réseau » peut ou non
correspondre.
La notion de « réseau » est employée dans un grand nombre d’espaces
sociaux et de théories sociologiques. Sans une contextualisation forte de ce
terme, il est généralement difficile de saisir à quelle réalité son usager fait
référence. Dans ces conditions, décrire les systèmes relationnels liés à la
communication électronique comme des réseaux est à même de susciter des
accords (et plus rarement des désaccords) fondés sur des malentendus. Pour
les dépasser, un travail analytique fondé sur une approche réaliste et non
schématique
[4] s’avère très utile. Par exemple, si l’on part de l’hypothèse
qu’Internet contribue à une mise en réseau de la recherche, on peut se
demander comment et de quoi ces réseaux sont exactement constitués.
Cette interrogation, qui constitue le cœur de cet article, gagne à être
déployée à partir de l’évocation préliminaire de quelques principes
descriptifs qui ont conduit à introduire la notion de réseau en sociologie, et
plus particulièrement dans le cadre de l’analyse des réseaux sociaux et de la
théorie de l’acteur-réseau
[5]. Pour une partie au moins des analystes, la notion
de réseau a été forgée dans une perspective post ou anti-structuraliste
[6].
Toutefois, cette démarche est loin d’être partagée par tous
[7]. En particulier,
un certain nombre d’analystes des réseaux sociaux ont développé ce concept
en recourant à divers outils mathématiques, notamment aux matrices ou
encore à certains résultats de la théorie des graphes
[8].
Or depuis les années 1970, les approches structuralistes se sont largement
imposées en mathématiques. Elles n’ont pas rencontré les critiques qui se
sont déployées en sciences humaines et sociales dans une période
relativement récente
[9]. Des approches structurales de la notion de réseau,
actuellement largement partagées, ont été par suite développées par les plus
mathématiciens des théoriciens des réseaux sociaux. Il s’agit du reste d’un
des nombreux cas pour lesquels des notions sociologiques ont été
littéralement façonnées par le recours à des représentations mathématiques
[10].
Certains auteurs de ce domaine parlent ainsi de structures de réseaux
[11].
Cependant, la notion de structure renvoie à des définitions très diverses
[12].
Par exemple, pour Alain Degenne et Michel Forsé : « Une structure est au
minimum un ensemble d’éléments liés les uns aux autres par des relations
qui peuvent être fort diverses
[13]. » D’autres adoptent un point de vue
structural dans un sens intentionnel
[14]. Le raisonnement structural est par
ailleurs souvent opposé au raisonnement catégoriel
[15].
Toutefois, comme nous l’avons évoqué, la notion de réseau n’est pas
toujours associée à celles de structure. Certains auteurs développent des
conceptions plus ensemblistes, qui portent à la fois sur les relations et les
individus eux-mêmes. Les sens attribués à la notion d’ensemble chez ceux
qui se distancient des approches structurales, comme du reste chez leurs
partisans, sont eux-mêmes variés
[16]. D’un analyste à l’autre, ce terme, parfois
employé par abus de langage, fait soit référence à une notion de sens
commun, soit à des définitions mathématiques plus ou moins élaborées. La
notion d’ensemble n’est du reste pas toujours considérée comme un élément
premier par rapport au concept de structure, et il n’est pas non plus
systématiquement opposé à ce dernier.
La notion de réseau fait l’objet de bien d’autres définitions encore. Une part
d’entre elles relèvent plus directement de la théorie des graphes. Certaines
lient, voire même articulent, des caractérisations formelles à des
considérations plus informelles, notamment stratégiques
[17]. D’autres insistent
plus sur la dynamique et les entités entrant dans la composition des réseaux,
en ne limitant pas la liste de ses éléments à des individus, et en y incluant des
objets divers. Les réseaux deviennent dans ce dernier cas des complexes
sociotechniques
[18].
Cette diversité d’approches des réseaux explique d’ailleurs la multiplicité des
labels relatifs à leur analyse : analyse des réseaux sociotechniques (ou encore
théorie de l’acteur-réseau), analyse de réseaux, analyse structurale,
individualisme structural, ou encore interactionnisme structural
[19]. Cette
dernière expression est parfois préférée à celle de néostructuralisme employée
à ce sujet outre-Atlantique
[20], pour indiquer que : « Les structures contraignent
les comportements tout en émergeant des relations et interactions
[21]. »
Nombre d’analystes des réseaux ont néanmoins un objectif commun : utiliser
des représentations simplifiées, fussent-elles délibérément réductrices
[22], de
la réalité afin de la modéliser, d’en dévoiler la structure et d’identifier des
régularités dans la composition et l’agencement des relations
[23]. Dans ce
cadre, les relations sont à la fois définies et mesurées à partir de diverses
notions, telles que la densité, la centralité, la multiplexité, ou encore la
connexité, la polyvalence et la force des liens.
Pour les auteurs concernés, cette démarche possède généralement plusieurs
vertus. La morphologie du réseau et la situation structurale des individus ou
des groupes doivent permettre d’expliquer les phénomènes analysés, tels que
les choix, les orientations, les régularités de comportements, les opinions, ou
encore les opportunités et les contraintes qui pèsent sur l’allocation des
ressources
[24].
Cette posture soulève toutefois, aux yeux des analystes, des questions
délicates sur la nature du déterminisme en jeu, la contrainte structurale étant
parfois qualifiée d’uniquement « formelle et non absolue
[25] ». Certains
analystes soulignent par ailleurs la nécessité d’élaborer une théorie des
structures sociales et de l’action collective qui puissent mettre à profit les
techniques ainsi développées en justifiant les hypothèses qui les sous-tendent
[26]. En particulier, si la structure du réseau est utilisée comme une
variable contextuelle, ce dernier gagnerait d’après certains auteurs à être lui-même expliqué
[27].
Les difficultés inhérentes aux représentations simplifiées des relations
épargnent en théorie les travaux qui mettent en œuvre une approche
irréductionniste, comme par exemple certaines analyses des réseaux
sociotechniques qui cherchent à combiner enquêtes qualitatives et
quantitatives
[28]. Il s’agit en effet dans ce cas d’étudier, dans ses détails les
plus infimes, la composition et les dynamiques des réseaux
[29].
La démarche simplificatrice, si elle possède un certain nombre de vertus,
laisse il est vrai ouverte la question de l’élaboration des réseaux et de ce qui
en constitue exactement la texture
[30]. L’hypothèse consistant à appréhender
a priori un univers social en termes de réseau
[31] ne règle pas en tant que telle
cette question. Pour saisir la pertinence éventuelle de cette notion sur des cas
précis, il est utile de disposer de résultats d’enquêtes approfondies et
d’analyses détaillées.
Le cas de l’internet, si spontanément associé au vocable réseau
[32], constitue
un cas idéal pour réaliser une telle mise à l’épreuve et pour apporter des
éléments de réponse aux interrogations soulevées. C’est pourquoi nous nous
proposons maintenant d’analyser des systèmes relationnels liés à la
communication électronique
[33], dans un monde qui l’utilise très largement,
celui de la recherche.
L’expression « communication électronique » fait ici plus particulièrement
référence aux usages de diverses fonctionnalités d’Internet, et notamment
aux courriers électroniques, à tous les types de forums électroniques et aux
sites web. Comme nous l’avons évoqué, notre analyse s’appuie à la fois sur
des études de cas approfondies que nous avons réalisées au cours de ces dix
dernières années, et sur des résultats d’enquêtes locales qui ont été surtout
menées et publiées outre-Manche et outre-Atlantique.
La liste des terrains que nous avons personnellement explorés et auxquels
nous ferons implicitement ou explicitement référence inclut des forums
électroniques correspondant à des domaines de savoir diversifiés : biologie
(
newsgroup « bionet .drosophila »), statistiques (liste « Statsci »), analyse
des réseaux (liste « Socnet »), génie chimique (liste « Procedique »),
intelligence artificielle (
newsgroup « comp.ai.fuzzy »). Nos enquêtes ont
reposé plus particulièrement sur des analyses de messages, des campagnes
d’entretiens, des observations au sein et hors des laboratoires. En effet,
l’étude des relations se déployant au travers des dispositifs de
communication électronique nécessitait, y compris en ce qui concerne les
forums électroniques, d’analyser les productions écrites, mais aussi le
fonctionnement des différents espaces dans lesquels évoluaient les
protagonistes (associations professionnelles, institutions, laboratoires
[34], etc.).
Cette posture méthodologique représentait un outil pour tenter
d’appréhender la texture des réseaux supposés mis en jeu.
Afin de mettre en lumière et d’analyser la diversité des dynamiques et des
systèmes relationnels correspondants, il importe maintenant d’étudier
successivement différents cas de figure, en précisant notamment à chaque
fois à quoi tiennent les liens entre les acteurs et leurs évolutions. La
description et la qualification systématiques des formes de collectifs
rencontrés et de leurs dynamiques sera au cœur de cet exercice, et
constituera une ressource primordiale pour apporter des éléments de réponse
à la question centrale soulevée dans cet article : à quoi l’expression « mettre
en réseau » peut-elle correspondre ?
Coopération et concurrence
La communication électronique engage des formes de coopération et de
concurrence spécifiques, voire inédites, qui contribuent à
modeler les
systèmes relationnels des scientifiques et leurs dynamiques, comme nous
allons maintenant le préciser. Leur impact est variable et dépend de
nombreux paramètres, tels que la proximité des chercheurs à l’outil
informatique, leur discipline d’appartenance, les traditions de télétravail des
équipes, le caractère plus ou moins international de l’activité savante, la
nature des objets de recherche, le souci de confidentialité (lié par exemple à
l’inscription ou non des recherches dans un contexte industriel
[35] ).
Si l’on se réfère à divers travaux, ces formes de coopération et de
concurrence, et leurs liens avec les systèmes et dynamiques relationnels des
scientifiques, ne sont pas étrangers à l’histoire de la conception et du
développement d’Internet. Ce dernier a été analysé comme soutenant un
projet de « libération par les réseaux
[36] » face à toutes formes de tutelles, de
hiérarchies et d’interventionnisme étatique, incorporant des valeurs
libertaires, favorisant un libre accès au savoir pour les chercheurs, engageant
et équipant des actions communes, fournissant des passerelles entre
« réseaux » incompatibles et concurrents
[37], dépassant aussi les
contradictions dont l’alliance militaire, industrielle et universitaire était
porteuse
[38]. Cette histoire et les scénarii engagés apparaissent avoir déterminé
les usages
[39] et les modèles coopératifs actuels.
De fait, depuis les années 1990, une source importante d’organisation ou de
modification des espaces d’interaction des chercheurs réside tout d’abord
dans la mise en place des forums électroniques. De véritables validations
préliminaires des énoncés s’opèrent dans ce cadre, avec plusieurs
conséquences, comme
l’élargissement des espaces d’échanges scientifiques,
des possibilités de dialogues avec des
collectifs semi-anonymes, et
l’introduction de
nouveaux interlocuteurs (spécialistes, scientifiques issus de
disciplines diverses, étudiants, amateurs, candides
[40] ). Des demandes
individuelles d’aide sur des problèmes précis ou des formulations de
questions jugées d’intérêt général sont à l’origine de coopérations qui
prennent la forme de
hotlines associatives ou de
groupes de travail
[41]. Ces
derniers constituent parfois des
arènes transdisciplinaires ou
transépistémiques
[42]. La communication électronique autorise en effet des
reconfigurations fluides des collectifs de travail
autour de thématiques
émergentes concernant plusieurs champs de savoirs
[43]. Cette dernière forme
de « mise en réseau » est caractéristique de l’usage d’Internet en sciences, le
fonctionnement des revues possédant une plus grande inertie.
En multipliant les circuits et les étapes de validation des énoncés, les forums
électroniques conduisent également à l’inflation des modes et des types de
rassemblements savants. Dans certains cas, le travail de certification des
savoirs opéré par les revues s’en trouve court-circuité, ce qui aboutit à
réduire les phénomènes de cooptation propres à certaines revues pour la
sélection des publications, et à restreindre la stabilisation de collectifs
fondés sur des affinités électives, qui ne constituent pas ainsi des modes
privilégiés de « mise en réseau » dans ce cadre.
Ceci vaut également pour des bases de données en ligne telle que
ArXiv.org,
dans laquelle des textes sont déposés par les chercheurs sans être
sélectionnés et évalués au préalable, et ce dans plusieurs disciplines telles
que la physique, les neurosciences ou encore la linguistique
computationnelle
[44]. La paternité et l’antériorité des résultats est ainsi acquise
pour leur(s) auteur(s). Les textes en question étant consultables sur l’internet,
ces derniers ont la possibilité de prendre connaissance des critiques
formulées par leur lectorat, ce qui aboutit souvent à des mises à jour des
écrits. Ce dispositif modifie les relations des scientifiques à leurs pairs et des
auteurs aux lecteurs. Si « mise en réseau » il y a, c’est donc dans
l’élargissement et la transformation du cercle d’expertise.
Cet outil, et plus encore les groupes de travail qui se constituent sur les
forums électroniques thématiques, tendent à accroître la dimension collective
des mécanismes d’élaboration des connaissances. Ils contribuent à constituer
ce que l’on pourrait qualifier d’
assemblées dotées de capacités cognitives
distribuées
[45], dont les relations sont en partie
sous-tendues par la recherche
d’évidences partagées. Des groupes de travail se forment ainsi sur les
forums, l’espace de quelques semaines, autour de problèmes de
démonstration d’un théorème par exemple. La « discussion » de fragments
de preuve à partir de citations partielles et commentées de démonstrations
antérieures du théorème conduit, au fil des interventions, à l’élaboration
collective de textes de plus en plus volumineux (car composés de plusieurs
niveaux de citations), qui
constituent à leur tour la texture des relations, des
liens objectifs entre les protagonistes des débats
[46].
Par ailleurs, on observe l’organisation de collectifs plus ou moins stables
autour de collaborations à distance, que l’on peut identifier comme d’autres
formes de « mise en réseau ». La nature des collectifs et des liens engagés
varie selon que l’on ait affaire à la rédaction de textes collectifs, la
construction de bases de données, l’organisation de conférences, la conduite
d’expériences, ou encore par exemple l’élaboration de logiciels.
Envisager la communication électronique uniquement en termes de
coopération et de coordination de l’action constituerait cependant une
approche fort réductrice pour rendre compte de la diversité des types de
collectifs et des dynamiques relationnelles correspondantes. Les forums
électroniques, par exemple, donnent lieu à de simples cohabitations
d’acteurs dotés de motivations les plus diverses, représentant des formes
limites de « mises en réseau ». Ils constituent en outre des lieux où se jouent
des modes de concurrence comparables à ceux que l’on trouve dans d’autres
espaces, et qui contribuent à façonner les systèmes relationnels des
chercheurs. Les forums forment des tribunes où certains acteurs tentent
parfois, en s’y manifestant, ou en ignorant les interventions de certains
protagonistes (notamment en ne les citant pas), d’imposer une conception
parmi plusieurs définitions antagonistes d’une spécialité de recherche, ou
encore de renforcer leur notoriété. Les échanges et les relations qui se nouent
dans ces espaces sont ainsi marqués à des degrés divers par des objectifs de
visibilité et « d’occupation du terrain » – pratiques rarement associées à la
notion de réseau.
A l’inverse, ils sont en partie façonnés par des
stratégies d’évitement, une
absence d’intervention pouvant par exemple être déterminée par le souci de
ne pas entrer dans des débats contradictoires avec certains participants
[47]. A
ce titre, on peut considérer que la communication électronique est marquée
par des formes de « non-mise en réseau ». Les relations de concurrence sont
aussi organisées, entre autres, à partir du
guet silencieux des propos et des
agissements des rivaux, ou encore par une économie des interventions,
consistant par exemple à évoquer des recherches en cours sans en dévoiler
certains aspects jugés sensibles. Les phénomènes de mises en avant (des
recherches, de soi) plus ou moins prononcées jouent en fait un rôle
déterminant dans la mise en forme des collectifs liés à la communication
électronique, comme nous allons maintenant le préciser.
Les systèmes relationnels de la communication électronique sont fortement
marqués par les démarches de mise en avant d’individus, de groupes et de
productions scientifiques. Commençons par aborder le cas des forums
électroniques avant d’examiner celui des sites web.
Il est fréquent que quelques acteurs se mettent régulièrement en avant sur un
forum pour alimenter les échanges de la tribune en question. La forme de
« mise en réseau » opérée par le groupe de discussion relève alors de l’action
« d’animateurs » qui, souvent à l’échelle de plusieurs mois, le font vivre en
suscitant notamment des débats de fonds, de façon périodique, autour de
questions ou d’énoncés mis à l’épreuve d’une validation collective. Les
messages de ces « piliers » de forum constituent la
matière privilégiée des
rassemblements propres à ce type de tribune, en complément d’éléments que
l’on retrouve dans les bulletins de liaison sur support papier : annonces de
publications, de conférences, de lancement d’appels d’offre, etc
[48].
Les énoncés formulés par ces « noyaux durs », qui sont aussi parfois les
ténors d’un champ de recherche, suscitent en effet des prises de position, des
mobilisations individuelles ou collectives qui contribuent à
créer ou à
reconfigurer des coalitions. Lorsqu’elles sont exprimées, les réactions
suscitées (et en partie orchestrées)
modifient dans certains cas
les rapports
des lecteurs aux messages antérieurs et à leurs auteurs respectifs. Les
représentations des lecteurs des textes successifs et de leurs auteurs sont en
effet généralement décalées par les nouveaux commentaires, les relectures,
et les réinterprétations qui ponctuent les débats
[49].
Cependant, les forums électroniques sont également le théâtre de
mises en
avant de collectifs, qui contribuent en tant que telles à des « mises en
réseau ». Pour les grandes figures de certains champs de recherche, un forum
électronique sur leur thème est souvent perçu comme un moyen de
fédérer
les chercheurs du domaine et
d’attirer de nouvelles ressources et de
nouveaux « adeptes » par la vitrine ainsi constituée. Un groupe de discussion
constitue en effet généralement une source de démonstration de force face à
la concurrence, par l’exhibition du nombre de chercheurs, de leurs liens, de
travaux ou encore « d’applications » propres à une spécialité
[50]. Cette mise en
vitrine est particulièrement utile au développement (notamment
démographique) d’un domaine de recherche lorsque celui-ci est dans une
phase d’émergence rapide, qu’il dépasse les découpages disciplinaires, et
qu’il doit asseoir sa légitimité face à des critiques nombreuses
[51].
Parallèlement, un forum électronique met en perspective une contribution à
une « mise en réseau », entendue comme un
rassemblement et une
stabilisation d’un collectif de recherche
autour d’une langue commune, de
problèmes partagés, d’événements propres au champ de recherche concerné
(colloques, séminaires, parutions d’ouvrages, nominations, réponses à des
attaques de la spécialité, etc.), ou encore de certaines formes de
convivialité
[52]. Comparativement à un bulletin de liaison sur support papier,
un forum électronique permet en effet des échanges analogues à des
discussions de café, sous la forme d’interventions rapprochées et parfois
quotidiennes. Il intègre des modes relationnels propres à d’autres lieux
d’échanges (colloques, revues, discussions de couloir, etc.) et en permet de
nouveaux, généralement perçus comme « informels » (textes lapidaires et
peu travaillés, techniques d’ajustement différentes, échanges saccadés, etc.).
Des référents communs se constituent alors à partir de « discussions »
passées. Certains liens se forgent en partie
autour d’une mémoire collective
des débats qui ont jalonné l’histoire du forum.
Cette mémoire collective est à la fois objectivée et étayée par des textes qui
gardent la trace négociée d’échanges sélectionnés, les FAQs
[53]. L’affichage
périodique d’un FAQ sur un forum constitue un matériau parmi d’autres
entrant dans la composition et le durcissement d’un collectif de recherche.
Car plus généralement, les
liens entre les acteurs d’une spécialité, dans le
cadre d’un groupe de discussion,
se renforcent en s’exposant. Divers
dispositifs et configurations entrent en jeu, tels que la multiplication des
affichages de dialogues ou multilogues entre certains chercheurs,
l’apparition fréquente de noms juxtaposés dans des listes de destinataires de
messages, ou encore l’exhibition de sous-spécialités par la constitution
affichée de groupes de travail.
La spécificité des forums électroniques conduit à des types et des modes de
rassemblements qui ne sont pas nécessairement ceux que l’on trouve dans
d’autres tribunes, dans le cadre d’une spécialité donnée. Certains chercheurs,
très actifs dans certains espaces, abandonnent le terrain de ces tribunes ou
s’y inscrivent différemment, alors que d’autres, éventuellement moins
présents sur certaines scènes (comme par exemple des revues spécialisées),
l’investissent fortement, aboutissant ainsi à des « réseaux » de nature et de
composition spécifiques.
Dans le cas du forum électronique comp.ai.fuzzy dédié à une branche de
l’intelligence artificielle par exemple, on observe que les consultants en
informatique sont très présents, et qu’ils mettent en avant leur expertise afin
d’accroître leur clientèle - sur ce cas comme sur d’autres, mise en avant,
mise en rapport et mise en relation sont étroitement liées. Si la possibilité de
formuler (dans le cadre d’échanges comparables à des discussions de café)
des énoncés plus spéculatifs et plus risqués que dans des tribunes soumises à
un strict contrôle éditorial séduit souvent des débutants et des candides, cette
ouverture suscite également le
désengagement d’experts avérés. Certains
chefs de file d’écoles de recherche choisissent d’être relativement absents du
ou des forums électroniques de leur spécialité pour ne pas se retrouver en
situation de dialogue avec des interlocuteurs en partie inattendus et
inhabituels, pour ne pas être confrontés à un rythme de discussion soutenu et
à des obstinés prêts à avoir le dernier mot, en bref, pour ne
pas être
impliqués dans des échanges dont ils ne maîtrisent guère le cours et les
effets
[54].
A l’inverse, certains ténors veillent à intervenir sur ce type de scène,
considérant qu’il est important d’agir sur tous les fronts et percevant bien la
connexité des diverses tribunes
[55]. Pour ces derniers, dans certains cas, il
s’agit alors entre autres de maintenir ou de renforcer leur position dans les
systèmes relationnels qu’ils contribuent à
forger, et de procéder à une
capitalisation des actions menées dans les divers espaces.
De fait, les formes de « mises en réseau » que l’on observe à partir des
forums électroniques ne sont pas indépendants de ce qui se joue
conjointement dans d’autres lieux. Même si ces tribunes fournissent
l’opportunité à certains acteurs de se mettre en avant sur des modes
différents de ceux adoptés dans d’autres espaces, les réputations et les
positions acquises dans diverses institutions pèsent sur les relations et les
interactions qui s’y déploient, et notamment sur l’émergence de
leaders de
discussions
[56].
Cependant, d’autres supports de la communication électronique permettent
d’observer le rôle des opérations de mises en avant dans la définition des
systèmes relationnels. Tel est le cas des sites web.
Les pages web des chercheurs comme celles des laboratoires constituent des
mises en avant de soi et de recherches possédant plusieurs effets, qui ne se
réduisent pas à la localisation d’informations. Elles permettent non
seulement des identifications de travaux, d’auteurs, et de ressources diverses
(matériels expérimentaux, rapports, bourses, etc.), mais aussi, par l’affichage
de coordonnées électroniques, des
mises en relation rapides, susceptibles de
déboucher sur des collaborations
[57]. Elles autorisent également des
positionnements concurrentiels, phénomènes peu associés à la notion de
réseau, notamment par le suivi muet des avancées des recherches de tiers.
Le format hypertextuel joue un rôle particulier dans la mise en forme des
systèmes relationnels. Les hyperliens affichent et créent tout à la fois des
liens entre des énoncés, des publications, des individus et des institutions.
Des systèmes relationnels sont tissés
à partir de cette matière, qui possède la
propriété caractéristique de constituer des associations en les exhibant. En
particulier, la navigation hypertextuelle aboutit, de proche en proche, à des
mises en rapport et en relation totalement inattendues pour ceux qui la
pratiquent
[58].
Il faut noter que certains sites constituent de véritables appels d’offre
relationnelle. Tel est le cas par exemple du site www. digibio. com du biologiste
Jacques Benveniste, proposant des associations autour de la conduite
d’expériences sur la mémoire de l’eau. Comme sur d’autres pages web, la
présence d’un compteur affichant le nombre de visites offre aux lecteurs le
signe potentiel de l’intérêt de la connexion et de l’exploration du site.
En fait, les effets associationnistes des sites web sont souvent protéiformes.
Les pages web de certaines institutions de recherche aboutissent à des mises
en relation inédites des chercheurs avec le grand public ou avec les amateurs
de science. Plusieurs domaines sont particulièrement concernés par ce
phénomène, comme par exemple l’astronomie ou la médecine
[59]. Ces mises
en relation, et en particulier l’émergence d’un dialogue sous la forme de
questions-réponses, sont parfois encouragées par les sites web, notamment
pour légitimer auprès du public des dépenses colossales
[60]. Les interventions
du grand public pèsent même parfois dans l’évolution des débats
scientifiques et des orientations des programmes de recherche, ce qui justifie
et donne tout à la fois un sens particulier dans ce contexte à l’expression
« mise en réseau
[61] ». Dans tous les cas, cette mise en vitrine de la recherche
contribue à des degrés divers à
modifier les rapports entre science et société.
De même, la préparation ou la mise à jour d’un site de laboratoire, et en
particulier le simple affichage de la liste des noms de ses membres et de
leurs travaux rendent souvent visibles des proximités ou des différentiels
d’approches. Par suite, ils induisent parfois de nouvelles collaborations
internes, des réorientations des programmes de recherche, ou un
renforcement des engagements dans des projets communs
[62]. De tels
phénomènes mettent en fait plus généralement en lumière le caractère
relativement intégrateur de la communication électronique.
Des espaces relativement intégrateurs
Les forums électroniques offrent diverses ressources pour contribuer à des
« mises en réseau », que l’on peut décrire comme l’intégration de chercheurs
dans une communauté de recherche. Certaines de ces ressources ont déjà été
évoquées, telle la constitution d’une langue et de référents communs.
Cependant, d’autres éléments entrent en jeu. Pour des chercheurs qui ne
jouent pas un rôle central dans l’évolution d’un champ de recherche, un
forum électronique permet souvent d’en suivre facilement les avancées et les
débats dans la quotidienneté, au delà de tout déplacement ponctuel sur des
lieux de colloques. De par l’interactivité du dispositif, les possibilités sont
accrues pour ces derniers de participer à l’élaboration des énoncés, de
s’engager dans des échanges divers, de s’adresser à des chefs de file, de
discuter publiquement leurs textes, de soumettre des questions rencontrées
dans un projet de recherche à un collectif plus ou moins anonyme, de
s’afficher et de se représenter comme inscrits dans une spécialité. Ces
possibilités sont particulièrement importantes pour les débutants, pour les
chercheurs les moins actifs, ou encore pour ceux qui sont isolés pour
diverses raisons (appartenance à un collectif de travail dont les membres
s’inscrivent dans d’autres domaines de recherche, situation d’isolement
géographique, etc.).
Comparativement à la consultation des messages d’un groupe de discussion,
l’inscription volontaire sur une liste de discussion possède des conséquences
importantes. L’implication est généralement forte, et non uniquement
d’ordre « symbolique », puisque matériellement, elle conduit souvent à une
avalanche de courriers électroniques dans les boîtes aux lettres des
destinataires. Chez celui qui s’y inscrit, une place non négligeable est alors
généralement donnée aux messages et au rythme de la liste de discussion, et
par suite à la vie du collectif correspondant
[63].
Toutefois, l’intégration par la communication électronique dans des
« réseaux » de recherche s’opère généralement à partir de mécanismes plus
complexes. Un chercheur est en effet en mesure d’adresser ses courriers
électroniques à des collectifs à géométrie variable, définis par les listes des
destinataires de chacun de ses messages. Il peut ainsi segmenter ses espaces
d’intervention, et se retrouver destinataire de listes personnelles évolutives.
Cette situation contribue à l’intégration de chercheurs dans des groupes et
des spécialités de recherche multiples et évolutifs. Elle permet parfois des
passages fluides d’un cercle à un autre, et le désengagement d’un collectif
pour un autre. La possibilité de transmettre des communiqués d’un groupe à
un autre, autrement dit de devenir un « passeur », alimente du reste des
dynamiques de dons/contre-dons d’informations, et constitue en tant que tel
un facteur d’intégration. Ce mode de « mise en réseau de réseaux auparavant
peu connectés » n’est d’ailleurs pas sans conséquences sur le type de
relations nouées entre les individus, qui s’organisent parfois autour de
considérations (offres de ressources et annonces variées notamment) qui ne
seraient pas véhiculées à ce point par d’autres médiations.
A l’inverse, l’envoi et la réception de messages dans le cadre de listes
personnelles contribue parfois à produire des groupes extrêmement fermés,
constitués parfois en clans, et aboutit à des formes d’isolement et
d’exclusion chez ceux qui ne sont pas les destinataires de telle ou telle liste
personnelle. Ces effets de « non-mise en réseau » se cumulent du reste
parfois avec ceux propres à d’autres dynamiques de la communication
électronique, telles que la multiplication des sites livrant un accès à des bases
de données à un public restreint, ou encore l’instauration de fossés entre
ceux qui possèdent les savoir-faire nécessaires pour chercher des
informations sur le web et ceux qui ne les maîtrisent pas.
Des rôles en partie redistribués
Les différentes formes de « mise (ou non-mise) en réseau » liées aux usages
de la communication électronique peuvent être analysées en examinant la
redistribution correspondante des rôles dévolus aux chercheurs, aux
laboratoires et aux institutions. On observe des effets variables selon les
contextes.
La communication électronique permet tout d’abord à certains chercheurs
d’acquérir une plus grande autonomie dans l’accès aux ressources utiles à la
pratique de la recherche. Elle leur permet de gérer directement des tâches qui
nécessitaient antérieurement l’intervention de secrétariats ou de personnels
administratifs. Le placement d’informations diverses dans des bases de
données accessibles sur le web (par exemple, données expérimentales,
coordonnées de collègues, etc.) offre également des moyens de court-circuiter
des acteurs autrefois uniques détenteurs de certaines informations, désormais
accessibles sans la médiation d’un opérateur humain. La dimension auparavant
incontournable de certains agents s’en trouve corrélativement réduite, affectant
par là même la nature des « réseaux » de la recherche.
D’autres outils contribuent à modifier la composition et la texture de ces
derniers. Tel est le cas des courriers électroniques et des forums internes qui
permettent aux apprentis-chercheurs d’y participer plus largement, et par là
même de les faire
évoluer. Dans de nombreux cas, ces outils favorisent une
multiplication des prises de contact des débutants avec les directeurs de thèse
(compte tenu en particulier des conditions matérielles des échanges et de la
spécificité des rapports permis par le genre semi oral des messages
électroniques), mais aussi avec d’autres acteurs – notamment en fournissant
un accès à certaines informations (par exemple, annonces de séminaires,
comptes-rendus de réunions, ou encore appels d’offre), ou en permettant des
échanges de données, d’analyses et de productions diverses (fragments de
programmes informatiques par exemple
[64] ).
En outre, la communication électronique aboutit dans certains cas à une
réduction du rôle structurant des laboratoires à l’égard des systèmes
relationnels. Elle conduit en particulier à un éclatement de leurs membres et
de leur production au profit de « réseaux » qui pourraient être décrits comme
des groupes de recherche transinstitutionnels à géométrie variable. Elle
facilite en effet la formation de systèmes relationnels plus ou moins durables
autour de
projets impliquant des chercheurs affiliés à plusieurs
laboratoires
[65]. Les liens qui se nouent dans ce cadre s’avèrent parfois plus
forts que ceux qui se développent au sein des institutions, aboutissant même
dans certains cas à des transferts ultérieurs de personnels d’une institution à
l’autre.
Cependant, les effets générationnels sont notoires dans ces dynamiques. La
communication électronique facilite l’élaboration chez les jeunes chercheurs
de « réseaux » propres qui dépassent les frontières de leurs laboratoires. L’un
des sens que l’on peut attribuer à ce terme correspond au fait que la
communication électronique offre aux débutants des moyens d’amorcer et de
poursuivre des échanges avec des interlocuteurs plus nombreux et plus
dispersés géographiquement, de nouer des relations avec des pourvoyeurs de
ressources (contrats et bourses de recherche, accès aux colloques, aux
énoncés, aux articles non encore publiés, aux données, etc.) ; en particulier,
les forums électroniques constituent pour eux des outils pour réorganiser la
vie étudiante, pour constituer des groupes de pression à l’égard des
institutions universitaires, ou encore pour s’investir dans un domaine de
recherche, y acquérir une certaine visibilité, notamment en participant aux
débats, en sollicitant des conseils ou en formulant des interrogations.
Simultanément, la communication électronique conduit parfois à mettre à
distance, au sein des laboratoires, une partie des générations les plus
anciennes et des technophobes. Ce phénomène survient parfois lorsque le
courrier électronique devient un instrument privilégié de circulation de
l’information au sein d’un laboratoire
[66]. Ceux qui n’ont pas recours à cet
outil non seulement ne sont pas « mis en réseau », mais ils peuvent au
contraire se retrouver mis à l’écart de la vie de laboratoire.
D’autres dynamiques encore modifient la texture des systèmes relationnels
au sein des laboratoires. L’usage du courrier électronique modifie
notamment parfois la géographie des échanges en face à face en fonction des
affinités électives. Il conduit ainsi des chercheurs à minimiser leurs
interactions en face à face avec certains collègues, et à les maintenir ou les
accroître avec d’autres. Dans la mesure où ce qui peut être dit n’est pas
toujours écrit (et réciproquement), les liens entre les membres d’un
laboratoire s’en trouvent parfois modifiés
[67].
De même, la création et la gestion d’un site web de laboratoire aboutit dans
certains cas à de nouvelles représentations de l’activité du groupe et/ou des
sous-groupes et par suite, à une modification des orientations de recherche et
des rapports entre les chercheurs. Des négociations sur le type
d’informations à retenir sur le site web, ou encore l’affichage de différentiels
de productivité scientifique entre les chercheurs constituent parfois la source
de conflits, plus encore que de « mises en réseau » internes
[68].
A l’inverse, la communication électronique conduit aussi à des synergies
nouvelles au sein des centres de recherche. Celles-ci résultent parfois de
l’usage de listes de courrier internes qui rendent visibles des orientations de
recherche (par exemple au travers d’annonces de séminaires) qui n’auraient
pas été apparentes sinon, ou encore qui font apparaître des « réseaux »
formés de chercheurs associés aux laboratoires, par le simple affichage de
leur nom sur la liste des destinataires des messages.
Des chercheurs qui se situent à la croisée de plusieurs cercles, qu’il s’agisse
d’espaces de relations plus ou moins intenses et notamment de listes et
forums de discussion, deviennent également à l’occasion des « passeurs »
d’informations au sein de leur laboratoire, en transmettant des messages dont
ils sont les destinataires. Ils accroissent ainsi à des degrés variables (par
exemple en favorisant des participations groupées à des colloques) le
fonctionnement collectif de l’équipe, plutôt qu’une « mise en réseaux
disjoints » consistant en une segmentation des espaces d’interaction. L’usage
général du courrier électronique peut aussi susciter un plus grand nombre de
demandes de mises en rapport et de sollicitations, tant en interne qu’en
externe, qui conduisent elles aussi à un résultat analogue.
Liens actifs, liens passifs
Outre une redistribution partielle des rôles joués par les individus et les
institutions, la communication électronique favorise une augmentation d’au
moins deux grands types de liens, que nous baptiserons liens actifs et liens
passifs. Ces notions auraient une pertinence en dehors du domaine de la
communication électronique. Toutefois, elles permettent dans ce cadre
particulier de rendre compte de modes de mise en relation spécifiques, et de
préciser les significations que l’on peut attribuer à l’expression « mettre en
réseau ».
Nous employons l’expression « liens passifs » pour qualifier en particulier
les liens hypertextuels avec des individus, qui peuvent être « activés » par un
clic de souris, et aboutir éventuellement à des relations effectives, ou encore
des liens actifs. Les sites web, ou encore les courriers électroniques des listes
de discussion et des forums qui mettent en évidence les coordonnées des
auteurs, voire des destinataires des messages, constituent autant de
réservoirs de liens passifs. L’inscription d’une adresse électronique sur un
texte d’un site web ou d’un message, la fonction « réponse » d’un logiciel de
courrier électronique, les fonctions automatiques de stockage des
coordonnées électroniques, mais aussi certaines perceptions de la
communication électronique comme un espace de relations informelles,
constituent autant de ressources supplémentaires pour des prises de contact,
en d’autres termes, pour l’activation au moins partielle d’un « réseau
passif ».
Ces ressources s’accroissent au fur et à mesure de l’augmentation du volume
des textes placés sur le web et des échanges réalisés par voie électronique,
mais aussi de l’apparition de dispositifs tels que les moteurs de recherche
(qui permettent de rechercher les coordonnées d’un individu) ou encore les
indicateurs de citation. Ces derniers instruments offrent en effet la possibilité
aux auteurs de dresser des listes au moins partielles des écrits dans lesquels
leurs publications ou
preprints ont été cités et/ou commentés. Bien loin des
représentations traditionnelles des rapports entre auteur et lecteur en
sciences, les auteurs disposent ainsi d’outils pour identifier rapidement une
partie de leurs lecteurs, entrer en contact avec eux, et en ce sens, les inscrire
éventuellement en « réseaux »
autour de leur production
[69].
De la même façon que le vocabulaire passif d’un individu dans une langue
étrangère peut être considérablement plus important que son vocabulaire
actif (le vocabulaire qu’il peut mobiliser couramment pour s’exprimer), le
volume des liens passifs permis par la communication électronique est
incomparable avec celui des liens activés par les chercheurs. Si les
représentations des distances aux auteurs ne sont plus les mêmes, compte
tenu des outils disponibles pour des prises de contact rapides et des usages
qui se sont instaurés en la matière, tous les liens ne sont pas recherchés, et
toutes les autocensures ne sont pas non plus gommées. Si les occasions ne
manquent pas pour activer des liens (demandes d’obtention de textes en
format électronique, questions formulées sur des publications, invitations à
des séminaires ou des colloques, etc.), et que certains chercheurs se
retrouvent ainsi face à des sollicitations continues et au cœur d’un forum
permanent, les modes de gestion des relations qui opèrent en dehors de la
communication électronique (par exemple ce que peut recouvrir l’expression
quelque peu fourre-tout « respect des hiérarchies ») demeurent en partie
[70].
Les mises en « réseaux passifs » n’engagent donc pas l’activation de ces
derniers.
En outre, les liens activés ne débouchent pas nécessairement sur des liens
actifs, dans la mesure où les « correspondants » ne répondent pas
systématiquement aux sollicitations d’une part, et qu’aucune forme de
relation durable n’en résulte automatiquement. Un grand nombre de facteurs
entrent en ligne de compte pour que la frontière entre lien passif et lien actif,
et corrélativement entre « réseau passif » et « réseau actif », soit franchie ou
non. En particulier, le fait de pouvoir conserver la trace d’un message
électronique reçu ou envoyé, autrement dit la traçabilité des échanges,
constitue un dispositif à la fois coercitif et permissif. S’il contribue dans une
certaine mesure à engendrer un « impératif » de réponse, tout un ensemble
de stratégies d’évitement en contrebalancent les effets (il peut s’agir de
justifications a posteriori, par exemple lorsqu’un destinataire affirme ne pas
avoir reçu tel ou tel message ou avoir manqué de temps pour répondre à une
avalanche de courriers).
Par ailleurs, si le courrier électronique est utilisé pour des premières prises
de contact débouchant parfois sur des liens durables, cet outil permet aussi
aux chercheurs d’entretenir un plus grand nombre de liens actifs. Facteur
d’accroissement du nombre de rencontres en face à face, les courriers
électroniques servent généralement de relais entre ces dernières (par exemple
entre deux colloques). Ils favorisent ainsi un
suivi des relations avec un plus
grand nombre d’interlocuteurs, compte tenu notamment du style expéditif
que s’autorisent souvent les auteurs des messages et de l’augmentation du
nombre de transactions possibles en un temps donné. En favorisant ce suivi,
voire une quotidienneté dans les échanges, les courriers électroniques
rendent possible des « maintiens en réseaux »
fondés sur des familiarités
nouvelles, un raffermissement des liens, voire des relations « amicales ». Les
effets sont particulièrement visibles à l’occasion de liens actifs entretenus au
quotidien grâce au courrier électronique entre des chercheurs
géographiquement éloignés, auparavant séparés par les décalages horaires et
les coûts des communications téléphoniques
[71].
Car si le courrier électronique autorise des échanges quotidiens comme le
téléphone, il permet aux chercheurs de gérer différemment leur temporalité
(par exemple, une heure le matin, quatre fois par jour, le soir, le dimanche, à
l’occasion de pauses irrégulières, ou encore en permanence
[72] ). Selon la nature
des tâches en cours (organisation d’un colloque, rédaction d’un article dans
l’isolement relatif, coordination d’un ouvrage collectif, etc.), les chercheurs se
trouvent en situation de gérer un volume plus ou moins important de relations,
et de
désactiver provisoirement certains liens spécifiques qui s’avèrent moins
pertinents sur le moment ou la période concernés
[73] : Les « réseaux actifs »
sont alors
tissés dans une temporalité spécifique.
Dans la mesure où l’extension des systèmes relationnels des chercheurs tend
ainsi à s’accroître dans nombre de cas, tant en ce qui concerne les liens
passifs que les liens actifs, on peut raisonnablement émettre l’hypothèse
selon laquelle il en va de même, par agrégation, de la densité des « réseaux
passifs et actifs » de la recherche à un niveau macroscopique.
Si la communication électronique devait être décrite comme mettant en
réseau les acteurs de la recherche, nous avons analysé jusqu’à présent
plusieurs réalités auxquelles cette expression pouvait correspondre.
Toutefois, il serait fort réducteur de percevoir la communication électronique
uniquement comme une source de liens entre ces derniers. Notamment,
celle-ci constitue aussi un support transactionnel mettant en jeu des échanges
ponctuels et des relations éphémères.
En particulier, si certains forums électroniques contribuent à la formation de
liens durables entre des chercheurs, qui peuvent être représentés
graphiquement sous la forme de réseaux et perçus comme tels par les
acteurs, d’autres forums ne débouchent pas sur des relations permanentes
entre les participants, constituant avant tout des
hotlines associatives
engageant des énoncés/résolutions de problèmes, ou mettant essentiellement
en jeu la passation de transactions spécifiques (troc de matériels
expérimentaux par exemple
[74] ). Nous sommes dans ce cas bien loin du
fonctionnement d’un forum organisé comme un espace de débats et
d’échanges professionnels stables et centraux entre des chercheurs d’une
même spécialité.
Cependant, il faut noter que nombre de forums constituent
à la fois des
supports transactionnels, des lieux de passage pour une partie des acteurs, et
des espaces contribuant à l’élaboration de systèmes relationnels durables
pour une fraction des participants. Selon les tribunes, ces différentes
dimensions, qui ne peuvent pas toutes être associées à une « mise en réseau »
des acteurs, sont présentes à des degrés variables
[75].
Parfois aussi, certaines transactions matérielles (échanges de données ou de
méthodes de traitement de ces dernières, par exemple) constituent en tant
que telles la matière de systèmes relationnels. Ceci confère du reste une
pertinence particulière, dans ce cas de figure, à l’analyse sociotechnique des
relations
[76].
Distorsions et ruptures des relations
Enfin, il faut insister sur le fait que la communication électronique nuit
également dans une certaine mesure aux rapports entre les acteurs de la
recherche, et aboutit même parfois à des ruptures de relations. Non
seulement cette dernière ne produit pas systématiquement des « mises en
réseau », mais elle possède aussi des effets destructeurs pour les systèmes
relationnels des chercheurs.
Nous avons déjà mentionné le fait que la création de sites web de
laboratoires engendrait des négociations et des conflits, et que le non-recours
au courrier électronique de la part de certains acteurs suscitait des formes de
marginalisation. D’autres dynamiques peuvent cependant être évoquées.
Tout d’abord, la traçabilité des échanges électroniques constitue une source
de tensions et de ruptures relationnelles. Par exemple, l’archivage des
messages est utilisé en certaines occasions pour rappeler une promesse ou un
point de vue dans le cadre d’un rapport devenu conflictuel. La trace de
correspondances fait alors l’objet d’usages coercitifs ou antagonistes dans
une perspective quasi juridique.
En dépit des dispositifs et des procédures déployés par certains utilisateurs
pour limiter les issues problématiques (relecture et mise en attente
systématiques des messages avant leur envoi, utilisation d’icônes «
smileys »
pour souligner une formulation humoristique, etc.), la communication
électronique suscite également des malentendus et des erreurs de
manipulations (en partie spécifiques à cette forme de communication)
mettant à mal les relations entre les acteurs. Si l’ambiguïté et la polysémie
sont parfois volontairement utilisées par les auteurs comme des outils pour
gérer des rapports compliqués avec des tiers
[77], leurs effets sur les systèmes
relationnels sont dans certains cas dévastateurs.
Une part des malentendus auxquels nous faisons référence proviennent de
visions normatives non homogènes des protocoles de communication à
adopter, qui de fait, ne sont pas stabilisés. Ainsi par exemple, le recours à
des formules lapidaires et des messages brefs, permettant de gérer un grand
nombre de relations, représente une source importante d’ambiguïtés et de
quiproquos. Comme la généralisation de l’humour dans les courriers
électroniques, cet usage suscite parfois des interprétations négatives
éloignées des intentions des auteurs, plus ou moins fatales aux relations entre
les protagonistes. Non seulement aucune « mise en réseau » n’en résulte,
mais des liens sont au contraire détruits
[78].
Les rapports entre les acteurs sont également affectés à des degrés variables
par diverses erreurs de manipulation informatique, comme par exemple
l’envoi d’un message privé à un destinataire non voulu ou à un collectif. Le
caractère inadapté des propos suscite alors parfois des réactions antagonistes
de la part des destinataires. Ce résultat peut être également observé lorsque
l’auteur d’un message pense que ce dernier a été transmis et a été lu, alors
que l’une ou l’autre de ces actions ne s’est pas réalisée. Une telle situation
conduit parfois à des ruptures relationnelles lorsque des enjeux importants
ou une attente forte sont associés à la prise de connaissance du message par
le(s) destinataire(s).
En fait, souvent perçu ou pratiqué comme un genre hybride entre la
correspondance épistolaire et la conversation, le courrier électronique suscite
plus généralement des attentes qui génèrent des tensions et qui ont un impact
négatif sur les systèmes relationnels des acteurs, faute d’être satisfaites pour
diverses raisons (notamment, destinataires surchargés qui ne peuvent ou ne
veulent pas répondre à tous les messages, ou qui apportent des réponses dans
des délais jugés insatisfaisants par les correspondants). L’accumulation des
sollicitations et des informations, quelles soient d’ordre individuelles ou
collectives (« bombardement » de messages par les listes de discussion par
exemple), engendre corrélativement des réactions de retrait ou de rejet plutôt
que des « mises en réseau
[79] ».
Ce phénomène est amplifié par les actes de malveillance permis par la
communication électronique. Par exemple, la transmission par un tiers, à des
fins de nuisance, d’un courrier privé (ou d’extraits de ce dernier) à un
collectif altère parfois durablement les relations de l’auteur du message avec
les destinataires non désirés.
Comme d’autres techniques, les supports de la communication électronique
font l’objet de détournements et d’effets inattendus
[80]. La prise en compte de
ces derniers permet finalement de préciser les réalités auxquelles peuvent
(ou non) correspondre le terme de « communication », tout autant que celui
de « mise en réseau » de la recherche.
Conclusion : diversité irréductible, établissement et destruction
des systèmes relationnels
Un certain nombre de notions de réseau utilisées par les chercheurs en
sciences sociales, notamment certaines définitions structurales, sont
formatées par le recours aux mathématiques. Il en résulte des représentations
volontairement simplifiées des relations et de leurs dynamiques qui
possèdent un certain nombre d’avantages pour l’analyse sociologique,
notamment dans la perspective d’un traitement informatisé de données
d’enquête. Toutefois, la démarche simplificatrice n’épuise pas la question de
l’élaboration des réseaux et de ce qui en constitue la texture, et l’hypothèse
consistant à appréhender a priori un univers social en termes de réseau reste
en général à justifier.
Les systèmes et les dynamiques relationnels liés à la communication
électronique dans la recherche constituent un cas exemplaire pour soulever
ces questions et chercher à mieux connaître ce que l’on peut considérer, du
moins dans un premier temps, comme des ORNIs. Nous n’avons donc pas
abordé a priori ces systèmes et dynamiques relationnels en termes de réseau,
mais nous avons au contraire cherché à déployer diverses significations
auxquelles l’expression « mettre en réseau » pouvaient correspondre, et saisi
des cas de figure pour lesquels cette notion était moins pertinente.
Les qualifications et les descriptions successives que nous avons fournies
constituent en tant que telles des éléments de réponse à la question posée.
Dans la mesure où cette diversité constitue certainement le premier résultat
de notre enquête, il serait incohérent de chercher à ce stade à la résumer en
quelques formules. Chercher maintenant à simplifier à nouveau la texture
des réseaux (ou des non-réseaux) identifiés constituerait un retour à une
approche réductionniste en contradiction avec notre démarche.
Nous ne « compacterons » donc pas ici à nouveau les réalités
incommensurables des systèmes et dynamiques relationnels abordés à l’aide
d’un métalangage volontairement appauvri (en commençant en particulier
par employer les termes « réseaux » et « mises en réseau »). Il faut plutôt
insister sur plusieurs résultats qui ont eux-mêmes constitué les ressorts d’une
meilleure saisie de la texture des « réseaux », de leur diversité ontologique,
de leurs modes d’élaboration, et de la portée et des limites de cette notion sur
le cas empirique pris pour objet.
Rappelons tout d’abord que les systèmes et dynamiques relationnels étudiés
sont apparus marqués par le déploiement de formes de coopération et de
concurrence diverses. En outre, le recours à la communication électronique
s’est révélé doté d’effets notables sur ces derniers : nous avons notamment
observé l’émergence de formes de mise en avant, de mise en rapport et de
mise en relation contribuant à des mises en forme particulières des collectifs,
la constitution d’espaces plus ou moins intégrateurs, des redistributions
partielles des rôles des acteurs, des laboratoires et des institutions, l’évolution
du capital relationnel tant passif qu’actif des utilisateurs, l’apparition d’espaces
transactionnels mettant en jeu des rapports éphémères. Enfin, nous avons vu
que l’usage de ce mode de communication conduisait également dans certains
cas à des distorsions, voire à des ruptures relationnelles.
Ainsi, le recours à la communication électronique dans le champ de la
recherche ne contribue pas seulement à la formation de formes diverses de
« mises en réseau » et d’autres types de systèmes relationnels. A l’inverse et
parallèlement, il conduit également à la corruption et à l’anéantissement de
certains liens. Ce dernier aspect nous offre une image bien peu canonique :
internet comme arme de destruction massive de réseaux.
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[1]
Nous tenons à remercier les membres du comité de rédaction de
Réseaux, et tout
particulièrement Dominique Cardon, pour leurs critiques et commentaires formulés sur une
première version de cet article.
[2]
Voir notamment ROSENTAL, 1998a ; PARAVEL, 1998 ; GROSSETTI, PARAVEL,
1999.
[3]
Voir notamment KOLLOCK, SMITH, 1997 ; LIEVROUW, LIVINGSTONE, 2002.
[4]
Par-delà le cas qui nous intéresse, sur la fécondité du travail schématique en sciences
sociales, voir par exemple PASSERON, 2002.
[5]
Pour une introduction à cette littérature, voir DEGENNE, FORSE, 1994 ; LAZEGA, 1998 ;
WELLMAN, BERKOWITZ, 1988 ; CALLON, 1991 ; Centre de sociologie de l’innovation,
1992.
[6]
Voir notamment les développements relatifs à la théorie de l’acteur réseau, et en particulier
LATOUR, 1986, ainsi que le site :
h
http :// www. ensmp. fr/ Fr/Recherche/Domaine/ScEcoSoc/CSI/CSI-rap-juillet99.html
[7]
DEGENNE, FORSE, 1994, p. 16.
[8]
Sur l’importance en particulier des travaux s’inscrivant dans le cadre de la
Block model
analysis, voir FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 32.
[9]
Nous ne prétendons en aucune façon que les mathématiques constituent un cas singulier.
En chimie par exemple, il est actuellement courant de décrire les molécules indifféremment
comme des structures ou des réseaux. Ces cas illustrent à eux seuls l’intérêt d’une étude
historique transdisciplinaire des formes du structuralisme et des usages des diverses notions
de réseau.
[10]
On peut par exemple comparer cette situation à celle qui a marqué l’anthropologie à partir
des années 1970. Nombre d’anthropologues ont appréhendé les structures (par exemple les
structures de la parenté) comme des objets mathématiques, les similarités structurales comme
des isomorphismes structuraux en mathématiques et, par suite, les structures analogues
comme des objets équivalents, voire identiques. Ce point a été trop peu soulevé à notre
connaissance, alors qu’il constituerait certainement le point de départ d’un fructueux
programme de recherche sur l’histoire des sciences sociales. Sur le cas du rôle, dans le
domaine de l’histoire des sciences sociales, des représentations de la logique développées par
les logiciens, voir ROSENTAL, 2002b. Sur le rôle, dans le domaine des pratiques de
dénombrement des populations, des représentations développées dans le champ de l’analyse
mathématique au XVIII
e siècle, voir BRIAN, 1994.
[11]
Voir par exemple GROSSETTI, 1997, p. 5.
[12]
A noter que les analystes des réseaux sociaux ne sont pas sans se positionner par rapport
aux travaux de l’anthropologie structurale, et à ses divers courants, tant en France qu’au
Royaume-Uni. Voir notamment DEGENNE & FORSE, p. 212 ; FORSE, LANGLOIS, p. 28.
Comparativement aux travaux de Lévi-Strauss, certains auteurs qualifient du reste leur
approche de méthode néo-structurale. Voir LAZEGA, 1998, p. 3.
[13]
DEGENNE, FORSE, 1994, p. 7.
[14]
FERRAND, 1997, p. 38-39.
[15]
LAZEGA, 1994, p. 293.
[16]
Voir notamment FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 29 ; FERRAND, 1997, p. 37-38 ;
MITCHELL, 1969.
[17]
Voir LEMIEUX, 1997, p. 58 ; FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 32.
[18]
CALLON, 1989, p. 192 ; BARDINI, 1996 ; VINCK, 1999.
[19]
FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 27.
[20]
DEGENNE, FORSE, 1994, p. 16.
[21]
FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 31.
[22]
LAZEGA, 1998, p. 3.
[23]
LAZEGA, 1994, p. 297 ; LAZEGA, 1998, p. 117-118.
[24]
BURT, 1992 ; DEGENNE, FORSE, 1994, p. 7-8.
[25]
DEGENNE, FORSE, 1994, p. 11.
[26]
DEGENNE, FORSE, 1994, p. 17 ; LAZEGA, 1998, p. 118.
[27]
FERRAND, 1997, p. 37-38.