Réseaux
Lavoisier

I.S.B.N.sans
310 pages

p. 237 à 270
doi: en cours

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no 118 2003/2

2003 Réseaux

Les reseaux, des objets relationnels non identifies ?

Le cas de la communication électronique dans la recherche

Véréna Paravel Claude Rosental
Diverses notions de réseau en sciences sociales reposent sur des représentations simplifiées des relations et de leurs dynamiques. En dépit de leurs vertus, ces représentations n’épuisent pas la question de l’élaboration des « réseaux » et de leur texture. Les systèmes et dynamiques relationnels liés à la communication électronique dans la recherche constituent un cas exemplaire pour approfondir cette question. Les « réseaux » sont ici abordés a priori comme des Objets relationnels non identifiés (ORNI). A partir d’enquêtes menées depuis le début des années 1990, l’article précise comment les usages académiques de la communication électronique contribuent à l’élaboration de formes diverses de « mises en réseau » et d’autres types de systèmes relationnels, et parfois à leur destruction. In the social sciences various notions of networks are based on simplified representations of relations and their dynamics. For all they are worth, these representations fail to exhaust the question of the elaboration of “networks” and their texture. The relational systems and dynamics connected to electronic communication in research constitute a fine example for more indepth analysis of this issue. “Networks” are treated here as Unidentified Relational Objects. Based on surveys undertaken since the early 1990s, the article shows how academic uses of electronic communication contribute towards the elaboration of diverse forms of “networking” and other types of relational systems, and sometimes towards their destruction.
Internet est réputé mettre en réseau les acteurs de la recherche. Si tel est le cas, à quelle réalité cette expression peut-elle faire référence en pratique et en principe ? L’objet de cet article est d’apporter des éléments de réponse à cette interrogation en mettant en lumière certaines caractéristiques et dynamiques des systèmes relationnels liés à la communication électronique dans le champ de la recherche. Nous considérerons que nous avons affaire a priori à des ORNIs (Objets relationnels non identifiés). Il s’agit par là même, à partir d’un cas exemplaire (celui du « réseau » internet), de formuler une interrogation fondamentale sur une pratique qui n’épargne pas les sciences sociales, consistant à labelliser spontanément des objets en termes de « réseaux » ou de « structures », au risque parfois, faute d’une (re)problématisation suffisante de ces notions – et alors même que ces dernières font l’objet d’introductions raisonnées dans de multiples écrits – d’occulter des aspects essentiels des réalités qu’elles recouvrent, et d’arrêter l’analyse avant qu’elle ne débute [1].
A cette fin, nous partirons des résultats des recherches que nous avons menées ces dernières années sur les pratiques de communication électronique dans le monde académique [2], et de la littérature en pleine expansion dans le monde anglo-saxon des studies of electronic communication [3]. Cette littérature comporte au moins deux grands volets : des études ciblées portant sur des pratiques locales, et à l’opposée, des propos généraux faisant l’économie de campagnes d’investigations empiriques, donnant libre cours à des généralisations d’expériences personnelles, et élaborés souvent sur le mode de la dissertation. Cette situation constitue du reste l’une des motivations du format mésographique retenu pour cet article. Loin de chercher à nous inscrire dans l’un ou l’autre genre, nous adopterons un niveau d’analyse visant à documenter des pratiques qui se déploient à une échelle relativement large.
Nous commencerons par apporter tous les développements nécessaires sur les raisons qui nous conduisent à manipuler prudemment la notion de réseau afin d’appréhender la nature et les dynamiques des systèmes relationnels liés à la communication électronique dans la recherche. Nous pourrons alors nous attacher à souligner certaines dimensions de ces dernières et préciser ainsi à quels phénomènes l’expression « mise en réseau » peut ou non correspondre.
 
La texture des réseaux
 
 
La notion de « réseau » est employée dans un grand nombre d’espaces sociaux et de théories sociologiques. Sans une contextualisation forte de ce terme, il est généralement difficile de saisir à quelle réalité son usager fait référence. Dans ces conditions, décrire les systèmes relationnels liés à la communication électronique comme des réseaux est à même de susciter des accords (et plus rarement des désaccords) fondés sur des malentendus. Pour les dépasser, un travail analytique fondé sur une approche réaliste et non schématique [4] s’avère très utile. Par exemple, si l’on part de l’hypothèse qu’Internet contribue à une mise en réseau de la recherche, on peut se demander comment et de quoi ces réseaux sont exactement constitués.
Cette interrogation, qui constitue le cœur de cet article, gagne à être déployée à partir de l’évocation préliminaire de quelques principes descriptifs qui ont conduit à introduire la notion de réseau en sociologie, et plus particulièrement dans le cadre de l’analyse des réseaux sociaux et de la théorie de l’acteur-réseau [5]. Pour une partie au moins des analystes, la notion de réseau a été forgée dans une perspective post ou anti-structuraliste [6]. Toutefois, cette démarche est loin d’être partagée par tous [7]. En particulier, un certain nombre d’analystes des réseaux sociaux ont développé ce concept en recourant à divers outils mathématiques, notamment aux matrices ou encore à certains résultats de la théorie des graphes [8].
Or depuis les années 1970, les approches structuralistes se sont largement imposées en mathématiques. Elles n’ont pas rencontré les critiques qui se sont déployées en sciences humaines et sociales dans une période relativement récente [9]. Des approches structurales de la notion de réseau, actuellement largement partagées, ont été par suite développées par les plus mathématiciens des théoriciens des réseaux sociaux. Il s’agit du reste d’un des nombreux cas pour lesquels des notions sociologiques ont été littéralement façonnées par le recours à des représentations mathématiques [10].
Certains auteurs de ce domaine parlent ainsi de structures de réseaux [11]. Cependant, la notion de structure renvoie à des définitions très diverses [12]. Par exemple, pour Alain Degenne et Michel Forsé : « Une structure est au minimum un ensemble d’éléments liés les uns aux autres par des relations qui peuvent être fort diverses [13]. » D’autres adoptent un point de vue structural dans un sens intentionnel [14]. Le raisonnement structural est par ailleurs souvent opposé au raisonnement catégoriel [15].
Toutefois, comme nous l’avons évoqué, la notion de réseau n’est pas toujours associée à celles de structure. Certains auteurs développent des conceptions plus ensemblistes, qui portent à la fois sur les relations et les individus eux-mêmes. Les sens attribués à la notion d’ensemble chez ceux qui se distancient des approches structurales, comme du reste chez leurs partisans, sont eux-mêmes variés [16]. D’un analyste à l’autre, ce terme, parfois employé par abus de langage, fait soit référence à une notion de sens commun, soit à des définitions mathématiques plus ou moins élaborées. La notion d’ensemble n’est du reste pas toujours considérée comme un élément premier par rapport au concept de structure, et il n’est pas non plus systématiquement opposé à ce dernier.
La notion de réseau fait l’objet de bien d’autres définitions encore. Une part d’entre elles relèvent plus directement de la théorie des graphes. Certaines lient, voire même articulent, des caractérisations formelles à des considérations plus informelles, notamment stratégiques [17]. D’autres insistent plus sur la dynamique et les entités entrant dans la composition des réseaux, en ne limitant pas la liste de ses éléments à des individus, et en y incluant des objets divers. Les réseaux deviennent dans ce dernier cas des complexes sociotechniques [18].
Cette diversité d’approches des réseaux explique d’ailleurs la multiplicité des labels relatifs à leur analyse : analyse des réseaux sociotechniques (ou encore théorie de l’acteur-réseau), analyse de réseaux, analyse structurale, individualisme structural, ou encore interactionnisme structural [19]. Cette dernière expression est parfois préférée à celle de néostructuralisme employée à ce sujet outre-Atlantique [20], pour indiquer que : « Les structures contraignent les comportements tout en émergeant des relations et interactions [21]. »
Nombre d’analystes des réseaux ont néanmoins un objectif commun : utiliser des représentations simplifiées, fussent-elles délibérément réductrices [22], de la réalité afin de la modéliser, d’en dévoiler la structure et d’identifier des régularités dans la composition et l’agencement des relations [23]. Dans ce cadre, les relations sont à la fois définies et mesurées à partir de diverses notions, telles que la densité, la centralité, la multiplexité, ou encore la connexité, la polyvalence et la force des liens.
Pour les auteurs concernés, cette démarche possède généralement plusieurs vertus. La morphologie du réseau et la situation structurale des individus ou des groupes doivent permettre d’expliquer les phénomènes analysés, tels que les choix, les orientations, les régularités de comportements, les opinions, ou encore les opportunités et les contraintes qui pèsent sur l’allocation des ressources [24].
Cette posture soulève toutefois, aux yeux des analystes, des questions délicates sur la nature du déterminisme en jeu, la contrainte structurale étant parfois qualifiée d’uniquement « formelle et non absolue [25] ». Certains analystes soulignent par ailleurs la nécessité d’élaborer une théorie des structures sociales et de l’action collective qui puissent mettre à profit les techniques ainsi développées en justifiant les hypothèses qui les sous-tendent [26]. En particulier, si la structure du réseau est utilisée comme une variable contextuelle, ce dernier gagnerait d’après certains auteurs à être lui-même expliqué [27].
Les difficultés inhérentes aux représentations simplifiées des relations épargnent en théorie les travaux qui mettent en œuvre une approche irréductionniste, comme par exemple certaines analyses des réseaux sociotechniques qui cherchent à combiner enquêtes qualitatives et quantitatives [28]. Il s’agit en effet dans ce cas d’étudier, dans ses détails les plus infimes, la composition et les dynamiques des réseaux [29].
La démarche simplificatrice, si elle possède un certain nombre de vertus, laisse il est vrai ouverte la question de l’élaboration des réseaux et de ce qui en constitue exactement la texture [30]. L’hypothèse consistant à appréhender a priori un univers social en termes de réseau [31] ne règle pas en tant que telle cette question. Pour saisir la pertinence éventuelle de cette notion sur des cas précis, il est utile de disposer de résultats d’enquêtes approfondies et d’analyses détaillées.
Le cas de l’internet, si spontanément associé au vocable réseau [32], constitue un cas idéal pour réaliser une telle mise à l’épreuve et pour apporter des éléments de réponse aux interrogations soulevées. C’est pourquoi nous nous proposons maintenant d’analyser des systèmes relationnels liés à la communication électronique [33], dans un monde qui l’utilise très largement, celui de la recherche.
L’expression « communication électronique » fait ici plus particulièrement référence aux usages de diverses fonctionnalités d’Internet, et notamment aux courriers électroniques, à tous les types de forums électroniques et aux sites web. Comme nous l’avons évoqué, notre analyse s’appuie à la fois sur des études de cas approfondies que nous avons réalisées au cours de ces dix dernières années, et sur des résultats d’enquêtes locales qui ont été surtout menées et publiées outre-Manche et outre-Atlantique.
La liste des terrains que nous avons personnellement explorés et auxquels nous ferons implicitement ou explicitement référence inclut des forums électroniques correspondant à des domaines de savoir diversifiés : biologie (newsgroup « bionet .drosophila »), statistiques (liste « Statsci »), analyse des réseaux (liste « Socnet »), génie chimique (liste « Procedique »), intelligence artificielle (newsgroup « comp.ai.fuzzy »). Nos enquêtes ont reposé plus particulièrement sur des analyses de messages, des campagnes d’entretiens, des observations au sein et hors des laboratoires. En effet, l’étude des relations se déployant au travers des dispositifs de communication électronique nécessitait, y compris en ce qui concerne les forums électroniques, d’analyser les productions écrites, mais aussi le fonctionnement des différents espaces dans lesquels évoluaient les protagonistes (associations professionnelles, institutions, laboratoires [34], etc.). Cette posture méthodologique représentait un outil pour tenter d’appréhender la texture des réseaux supposés mis en jeu.
Afin de mettre en lumière et d’analyser la diversité des dynamiques et des systèmes relationnels correspondants, il importe maintenant d’étudier successivement différents cas de figure, en précisant notamment à chaque fois à quoi tiennent les liens entre les acteurs et leurs évolutions. La description et la qualification systématiques des formes de collectifs rencontrés et de leurs dynamiques sera au cœur de cet exercice, et constituera une ressource primordiale pour apporter des éléments de réponse à la question centrale soulevée dans cet article : à quoi l’expression « mettre en réseau » peut-elle correspondre ?
 
Coopération et concurrence
 
 
La communication électronique engage des formes de coopération et de concurrence spécifiques, voire inédites, qui contribuent à modeler les systèmes relationnels des scientifiques et leurs dynamiques, comme nous allons maintenant le préciser. Leur impact est variable et dépend de nombreux paramètres, tels que la proximité des chercheurs à l’outil informatique, leur discipline d’appartenance, les traditions de télétravail des équipes, le caractère plus ou moins international de l’activité savante, la nature des objets de recherche, le souci de confidentialité (lié par exemple à l’inscription ou non des recherches dans un contexte industriel [35] ).
Si l’on se réfère à divers travaux, ces formes de coopération et de concurrence, et leurs liens avec les systèmes et dynamiques relationnels des scientifiques, ne sont pas étrangers à l’histoire de la conception et du développement d’Internet. Ce dernier a été analysé comme soutenant un projet de « libération par les réseaux [36] » face à toutes formes de tutelles, de hiérarchies et d’interventionnisme étatique, incorporant des valeurs libertaires, favorisant un libre accès au savoir pour les chercheurs, engageant et équipant des actions communes, fournissant des passerelles entre « réseaux » incompatibles et concurrents [37], dépassant aussi les contradictions dont l’alliance militaire, industrielle et universitaire était porteuse [38]. Cette histoire et les scénarii engagés apparaissent avoir déterminé les usages [39] et les modèles coopératifs actuels.
De fait, depuis les années 1990, une source importante d’organisation ou de modification des espaces d’interaction des chercheurs réside tout d’abord dans la mise en place des forums électroniques. De véritables validations préliminaires des énoncés s’opèrent dans ce cadre, avec plusieurs conséquences, comme l’élargissement des espaces d’échanges scientifiques, des possibilités de dialogues avec des collectifs semi-anonymes, et l’introduction de nouveaux interlocuteurs (spécialistes, scientifiques issus de disciplines diverses, étudiants, amateurs, candides [40] ). Des demandes individuelles d’aide sur des problèmes précis ou des formulations de questions jugées d’intérêt général sont à l’origine de coopérations qui prennent la forme de hotlines associatives ou de groupes de travail [41]. Ces derniers constituent parfois des arènes transdisciplinaires ou transépistémiques [42]. La communication électronique autorise en effet des reconfigurations fluides des collectifs de travail autour de thématiques émergentes concernant plusieurs champs de savoirs [43]. Cette dernière forme de « mise en réseau » est caractéristique de l’usage d’Internet en sciences, le fonctionnement des revues possédant une plus grande inertie.
En multipliant les circuits et les étapes de validation des énoncés, les forums électroniques conduisent également à l’inflation des modes et des types de rassemblements savants. Dans certains cas, le travail de certification des savoirs opéré par les revues s’en trouve court-circuité, ce qui aboutit à réduire les phénomènes de cooptation propres à certaines revues pour la sélection des publications, et à restreindre la stabilisation de collectifs fondés sur des affinités électives, qui ne constituent pas ainsi des modes privilégiés de « mise en réseau » dans ce cadre.
Ceci vaut également pour des bases de données en ligne telle que ArXiv.org, dans laquelle des textes sont déposés par les chercheurs sans être sélectionnés et évalués au préalable, et ce dans plusieurs disciplines telles que la physique, les neurosciences ou encore la linguistique computationnelle [44]. La paternité et l’antériorité des résultats est ainsi acquise pour leur(s) auteur(s). Les textes en question étant consultables sur l’internet, ces derniers ont la possibilité de prendre connaissance des critiques formulées par leur lectorat, ce qui aboutit souvent à des mises à jour des écrits. Ce dispositif modifie les relations des scientifiques à leurs pairs et des auteurs aux lecteurs. Si « mise en réseau » il y a, c’est donc dans l’élargissement et la transformation du cercle d’expertise.
Cet outil, et plus encore les groupes de travail qui se constituent sur les forums électroniques thématiques, tendent à accroître la dimension collective des mécanismes d’élaboration des connaissances. Ils contribuent à constituer ce que l’on pourrait qualifier d’assemblées dotées de capacités cognitives distribuées [45], dont les relations sont en partie sous-tendues par la recherche d’évidences partagées. Des groupes de travail se forment ainsi sur les forums, l’espace de quelques semaines, autour de problèmes de démonstration d’un théorème par exemple. La « discussion » de fragments de preuve à partir de citations partielles et commentées de démonstrations antérieures du théorème conduit, au fil des interventions, à l’élaboration collective de textes de plus en plus volumineux (car composés de plusieurs niveaux de citations), qui constituent à leur tour la texture des relations, des liens objectifs entre les protagonistes des débats [46].
Par ailleurs, on observe l’organisation de collectifs plus ou moins stables autour de collaborations à distance, que l’on peut identifier comme d’autres formes de « mise en réseau ». La nature des collectifs et des liens engagés varie selon que l’on ait affaire à la rédaction de textes collectifs, la construction de bases de données, l’organisation de conférences, la conduite d’expériences, ou encore par exemple l’élaboration de logiciels.
Envisager la communication électronique uniquement en termes de coopération et de coordination de l’action constituerait cependant une approche fort réductrice pour rendre compte de la diversité des types de collectifs et des dynamiques relationnelles correspondantes. Les forums électroniques, par exemple, donnent lieu à de simples cohabitations d’acteurs dotés de motivations les plus diverses, représentant des formes limites de « mises en réseau ». Ils constituent en outre des lieux où se jouent des modes de concurrence comparables à ceux que l’on trouve dans d’autres espaces, et qui contribuent à façonner les systèmes relationnels des chercheurs. Les forums forment des tribunes où certains acteurs tentent parfois, en s’y manifestant, ou en ignorant les interventions de certains protagonistes (notamment en ne les citant pas), d’imposer une conception parmi plusieurs définitions antagonistes d’une spécialité de recherche, ou encore de renforcer leur notoriété. Les échanges et les relations qui se nouent dans ces espaces sont ainsi marqués à des degrés divers par des objectifs de visibilité et « d’occupation du terrain » – pratiques rarement associées à la notion de réseau.
A l’inverse, ils sont en partie façonnés par des stratégies d’évitement, une absence d’intervention pouvant par exemple être déterminée par le souci de ne pas entrer dans des débats contradictoires avec certains participants [47]. A ce titre, on peut considérer que la communication électronique est marquée par des formes de « non-mise en réseau ». Les relations de concurrence sont aussi organisées, entre autres, à partir du guet silencieux des propos et des agissements des rivaux, ou encore par une économie des interventions, consistant par exemple à évoquer des recherches en cours sans en dévoiler certains aspects jugés sensibles. Les phénomènes de mises en avant (des recherches, de soi) plus ou moins prononcées jouent en fait un rôle déterminant dans la mise en forme des collectifs liés à la communication électronique, comme nous allons maintenant le préciser.
 
Mises en avant
 
 
Les systèmes relationnels de la communication électronique sont fortement marqués par les démarches de mise en avant d’individus, de groupes et de productions scientifiques. Commençons par aborder le cas des forums électroniques avant d’examiner celui des sites web.
Il est fréquent que quelques acteurs se mettent régulièrement en avant sur un forum pour alimenter les échanges de la tribune en question. La forme de « mise en réseau » opérée par le groupe de discussion relève alors de l’action « d’animateurs » qui, souvent à l’échelle de plusieurs mois, le font vivre en suscitant notamment des débats de fonds, de façon périodique, autour de questions ou d’énoncés mis à l’épreuve d’une validation collective. Les messages de ces « piliers » de forum constituent la matière privilégiée des rassemblements propres à ce type de tribune, en complément d’éléments que l’on retrouve dans les bulletins de liaison sur support papier : annonces de publications, de conférences, de lancement d’appels d’offre, etc [48].
Les énoncés formulés par ces « noyaux durs », qui sont aussi parfois les ténors d’un champ de recherche, suscitent en effet des prises de position, des mobilisations individuelles ou collectives qui contribuent à créer ou à reconfigurer des coalitions. Lorsqu’elles sont exprimées, les réactions suscitées (et en partie orchestrées) modifient dans certains cas les rapports des lecteurs aux messages antérieurs et à leurs auteurs respectifs. Les représentations des lecteurs des textes successifs et de leurs auteurs sont en effet généralement décalées par les nouveaux commentaires, les relectures, et les réinterprétations qui ponctuent les débats [49].
Cependant, les forums électroniques sont également le théâtre de mises en avant de collectifs, qui contribuent en tant que telles à des « mises en réseau ». Pour les grandes figures de certains champs de recherche, un forum électronique sur leur thème est souvent perçu comme un moyen de fédérer les chercheurs du domaine et d’attirer de nouvelles ressources et de nouveaux « adeptes » par la vitrine ainsi constituée. Un groupe de discussion constitue en effet généralement une source de démonstration de force face à la concurrence, par l’exhibition du nombre de chercheurs, de leurs liens, de travaux ou encore « d’applications » propres à une spécialité [50]. Cette mise en vitrine est particulièrement utile au développement (notamment démographique) d’un domaine de recherche lorsque celui-ci est dans une phase d’émergence rapide, qu’il dépasse les découpages disciplinaires, et qu’il doit asseoir sa légitimité face à des critiques nombreuses [51].
Parallèlement, un forum électronique met en perspective une contribution à une « mise en réseau », entendue comme un rassemblement et une stabilisation d’un collectif de recherche autour d’une langue commune, de problèmes partagés, d’événements propres au champ de recherche concerné (colloques, séminaires, parutions d’ouvrages, nominations, réponses à des attaques de la spécialité, etc.), ou encore de certaines formes de convivialité [52]. Comparativement à un bulletin de liaison sur support papier, un forum électronique permet en effet des échanges analogues à des discussions de café, sous la forme d’interventions rapprochées et parfois quotidiennes. Il intègre des modes relationnels propres à d’autres lieux d’échanges (colloques, revues, discussions de couloir, etc.) et en permet de nouveaux, généralement perçus comme « informels » (textes lapidaires et peu travaillés, techniques d’ajustement différentes, échanges saccadés, etc.). Des référents communs se constituent alors à partir de « discussions » passées. Certains liens se forgent en partie autour d’une mémoire collective des débats qui ont jalonné l’histoire du forum.
Cette mémoire collective est à la fois objectivée et étayée par des textes qui gardent la trace négociée d’échanges sélectionnés, les FAQs [53]. L’affichage périodique d’un FAQ sur un forum constitue un matériau parmi d’autres entrant dans la composition et le durcissement d’un collectif de recherche. Car plus généralement, les liens entre les acteurs d’une spécialité, dans le cadre d’un groupe de discussion, se renforcent en s’exposant. Divers dispositifs et configurations entrent en jeu, tels que la multiplication des affichages de dialogues ou multilogues entre certains chercheurs, l’apparition fréquente de noms juxtaposés dans des listes de destinataires de messages, ou encore l’exhibition de sous-spécialités par la constitution affichée de groupes de travail.
La spécificité des forums électroniques conduit à des types et des modes de rassemblements qui ne sont pas nécessairement ceux que l’on trouve dans d’autres tribunes, dans le cadre d’une spécialité donnée. Certains chercheurs, très actifs dans certains espaces, abandonnent le terrain de ces tribunes ou s’y inscrivent différemment, alors que d’autres, éventuellement moins présents sur certaines scènes (comme par exemple des revues spécialisées), l’investissent fortement, aboutissant ainsi à des « réseaux » de nature et de composition spécifiques.
Dans le cas du forum électronique comp.ai.fuzzy dédié à une branche de l’intelligence artificielle par exemple, on observe que les consultants en informatique sont très présents, et qu’ils mettent en avant leur expertise afin d’accroître leur clientèle - sur ce cas comme sur d’autres, mise en avant, mise en rapport et mise en relation sont étroitement liées. Si la possibilité de formuler (dans le cadre d’échanges comparables à des discussions de café) des énoncés plus spéculatifs et plus risqués que dans des tribunes soumises à un strict contrôle éditorial séduit souvent des débutants et des candides, cette ouverture suscite également le désengagement d’experts avérés. Certains chefs de file d’écoles de recherche choisissent d’être relativement absents du ou des forums électroniques de leur spécialité pour ne pas se retrouver en situation de dialogue avec des interlocuteurs en partie inattendus et inhabituels, pour ne pas être confrontés à un rythme de discussion soutenu et à des obstinés prêts à avoir le dernier mot, en bref, pour ne pas être impliqués dans des échanges dont ils ne maîtrisent guère le cours et les effets [54].
A l’inverse, certains ténors veillent à intervenir sur ce type de scène, considérant qu’il est important d’agir sur tous les fronts et percevant bien la connexité des diverses tribunes [55]. Pour ces derniers, dans certains cas, il s’agit alors entre autres de maintenir ou de renforcer leur position dans les systèmes relationnels qu’ils contribuent à forger, et de procéder à une capitalisation des actions menées dans les divers espaces.
De fait, les formes de « mises en réseau » que l’on observe à partir des forums électroniques ne sont pas indépendants de ce qui se joue conjointement dans d’autres lieux. Même si ces tribunes fournissent l’opportunité à certains acteurs de se mettre en avant sur des modes différents de ceux adoptés dans d’autres espaces, les réputations et les positions acquises dans diverses institutions pèsent sur les relations et les interactions qui s’y déploient, et notamment sur l’émergence de leaders de discussions [56].
Cependant, d’autres supports de la communication électronique permettent d’observer le rôle des opérations de mises en avant dans la définition des systèmes relationnels. Tel est le cas des sites web.
Les pages web des chercheurs comme celles des laboratoires constituent des mises en avant de soi et de recherches possédant plusieurs effets, qui ne se réduisent pas à la localisation d’informations. Elles permettent non seulement des identifications de travaux, d’auteurs, et de ressources diverses (matériels expérimentaux, rapports, bourses, etc.), mais aussi, par l’affichage de coordonnées électroniques, des mises en relation rapides, susceptibles de déboucher sur des collaborations [57]. Elles autorisent également des positionnements concurrentiels, phénomènes peu associés à la notion de réseau, notamment par le suivi muet des avancées des recherches de tiers.
Le format hypertextuel joue un rôle particulier dans la mise en forme des systèmes relationnels. Les hyperliens affichent et créent tout à la fois des liens entre des énoncés, des publications, des individus et des institutions. Des systèmes relationnels sont tissés à partir de cette matière, qui possède la propriété caractéristique de constituer des associations en les exhibant. En particulier, la navigation hypertextuelle aboutit, de proche en proche, à des mises en rapport et en relation totalement inattendues pour ceux qui la pratiquent [58].
Il faut noter que certains sites constituent de véritables appels d’offre relationnelle. Tel est le cas par exemple du site www. digibio. com du biologiste Jacques Benveniste, proposant des associations autour de la conduite d’expériences sur la mémoire de l’eau. Comme sur d’autres pages web, la présence d’un compteur affichant le nombre de visites offre aux lecteurs le signe potentiel de l’intérêt de la connexion et de l’exploration du site.
En fait, les effets associationnistes des sites web sont souvent protéiformes. Les pages web de certaines institutions de recherche aboutissent à des mises en relation inédites des chercheurs avec le grand public ou avec les amateurs de science. Plusieurs domaines sont particulièrement concernés par ce phénomène, comme par exemple l’astronomie ou la médecine [59]. Ces mises en relation, et en particulier l’émergence d’un dialogue sous la forme de questions-réponses, sont parfois encouragées par les sites web, notamment pour légitimer auprès du public des dépenses colossales [60]. Les interventions du grand public pèsent même parfois dans l’évolution des débats scientifiques et des orientations des programmes de recherche, ce qui justifie et donne tout à la fois un sens particulier dans ce contexte à l’expression « mise en réseau [61] ». Dans tous les cas, cette mise en vitrine de la recherche contribue à des degrés divers à modifier les rapports entre science et société.
De même, la préparation ou la mise à jour d’un site de laboratoire, et en particulier le simple affichage de la liste des noms de ses membres et de leurs travaux rendent souvent visibles des proximités ou des différentiels d’approches. Par suite, ils induisent parfois de nouvelles collaborations internes, des réorientations des programmes de recherche, ou un renforcement des engagements dans des projets communs [62]. De tels phénomènes mettent en fait plus généralement en lumière le caractère relativement intégrateur de la communication électronique.
 
Des espaces relativement intégrateurs
 
 
Les forums électroniques offrent diverses ressources pour contribuer à des « mises en réseau », que l’on peut décrire comme l’intégration de chercheurs dans une communauté de recherche. Certaines de ces ressources ont déjà été évoquées, telle la constitution d’une langue et de référents communs. Cependant, d’autres éléments entrent en jeu. Pour des chercheurs qui ne jouent pas un rôle central dans l’évolution d’un champ de recherche, un forum électronique permet souvent d’en suivre facilement les avancées et les débats dans la quotidienneté, au delà de tout déplacement ponctuel sur des lieux de colloques. De par l’interactivité du dispositif, les possibilités sont accrues pour ces derniers de participer à l’élaboration des énoncés, de s’engager dans des échanges divers, de s’adresser à des chefs de file, de discuter publiquement leurs textes, de soumettre des questions rencontrées dans un projet de recherche à un collectif plus ou moins anonyme, de s’afficher et de se représenter comme inscrits dans une spécialité. Ces possibilités sont particulièrement importantes pour les débutants, pour les chercheurs les moins actifs, ou encore pour ceux qui sont isolés pour diverses raisons (appartenance à un collectif de travail dont les membres s’inscrivent dans d’autres domaines de recherche, situation d’isolement géographique, etc.).
Comparativement à la consultation des messages d’un groupe de discussion, l’inscription volontaire sur une liste de discussion possède des conséquences importantes. L’implication est généralement forte, et non uniquement d’ordre « symbolique », puisque matériellement, elle conduit souvent à une avalanche de courriers électroniques dans les boîtes aux lettres des destinataires. Chez celui qui s’y inscrit, une place non négligeable est alors généralement donnée aux messages et au rythme de la liste de discussion, et par suite à la vie du collectif correspondant [63].
Toutefois, l’intégration par la communication électronique dans des « réseaux » de recherche s’opère généralement à partir de mécanismes plus complexes. Un chercheur est en effet en mesure d’adresser ses courriers électroniques à des collectifs à géométrie variable, définis par les listes des destinataires de chacun de ses messages. Il peut ainsi segmenter ses espaces d’intervention, et se retrouver destinataire de listes personnelles évolutives.
Cette situation contribue à l’intégration de chercheurs dans des groupes et des spécialités de recherche multiples et évolutifs. Elle permet parfois des passages fluides d’un cercle à un autre, et le désengagement d’un collectif pour un autre. La possibilité de transmettre des communiqués d’un groupe à un autre, autrement dit de devenir un « passeur », alimente du reste des dynamiques de dons/contre-dons d’informations, et constitue en tant que tel un facteur d’intégration. Ce mode de « mise en réseau de réseaux auparavant peu connectés » n’est d’ailleurs pas sans conséquences sur le type de relations nouées entre les individus, qui s’organisent parfois autour de considérations (offres de ressources et annonces variées notamment) qui ne seraient pas véhiculées à ce point par d’autres médiations.
A l’inverse, l’envoi et la réception de messages dans le cadre de listes personnelles contribue parfois à produire des groupes extrêmement fermés, constitués parfois en clans, et aboutit à des formes d’isolement et d’exclusion chez ceux qui ne sont pas les destinataires de telle ou telle liste personnelle. Ces effets de « non-mise en réseau » se cumulent du reste parfois avec ceux propres à d’autres dynamiques de la communication électronique, telles que la multiplication des sites livrant un accès à des bases de données à un public restreint, ou encore l’instauration de fossés entre ceux qui possèdent les savoir-faire nécessaires pour chercher des informations sur le web et ceux qui ne les maîtrisent pas.
 
Des rôles en partie redistribués
 
 
Les différentes formes de « mise (ou non-mise) en réseau » liées aux usages de la communication électronique peuvent être analysées en examinant la redistribution correspondante des rôles dévolus aux chercheurs, aux laboratoires et aux institutions. On observe des effets variables selon les contextes.
La communication électronique permet tout d’abord à certains chercheurs d’acquérir une plus grande autonomie dans l’accès aux ressources utiles à la pratique de la recherche. Elle leur permet de gérer directement des tâches qui nécessitaient antérieurement l’intervention de secrétariats ou de personnels administratifs. Le placement d’informations diverses dans des bases de données accessibles sur le web (par exemple, données expérimentales, coordonnées de collègues, etc.) offre également des moyens de court-circuiter des acteurs autrefois uniques détenteurs de certaines informations, désormais accessibles sans la médiation d’un opérateur humain. La dimension auparavant incontournable de certains agents s’en trouve corrélativement réduite, affectant par là même la nature des « réseaux » de la recherche.
D’autres outils contribuent à modifier la composition et la texture de ces derniers. Tel est le cas des courriers électroniques et des forums internes qui permettent aux apprentis-chercheurs d’y participer plus largement, et par là même de les faire évoluer. Dans de nombreux cas, ces outils favorisent une multiplication des prises de contact des débutants avec les directeurs de thèse (compte tenu en particulier des conditions matérielles des échanges et de la spécificité des rapports permis par le genre semi oral des messages électroniques), mais aussi avec d’autres acteurs – notamment en fournissant un accès à certaines informations (par exemple, annonces de séminaires, comptes-rendus de réunions, ou encore appels d’offre), ou en permettant des échanges de données, d’analyses et de productions diverses (fragments de programmes informatiques par exemple [64] ).
En outre, la communication électronique aboutit dans certains cas à une réduction du rôle structurant des laboratoires à l’égard des systèmes relationnels. Elle conduit en particulier à un éclatement de leurs membres et de leur production au profit de « réseaux » qui pourraient être décrits comme des groupes de recherche transinstitutionnels à géométrie variable. Elle facilite en effet la formation de systèmes relationnels plus ou moins durables autour de projets impliquant des chercheurs affiliés à plusieurs laboratoires [65]. Les liens qui se nouent dans ce cadre s’avèrent parfois plus forts que ceux qui se développent au sein des institutions, aboutissant même dans certains cas à des transferts ultérieurs de personnels d’une institution à l’autre.
Cependant, les effets générationnels sont notoires dans ces dynamiques. La communication électronique facilite l’élaboration chez les jeunes chercheurs de « réseaux » propres qui dépassent les frontières de leurs laboratoires. L’un des sens que l’on peut attribuer à ce terme correspond au fait que la communication électronique offre aux débutants des moyens d’amorcer et de poursuivre des échanges avec des interlocuteurs plus nombreux et plus dispersés géographiquement, de nouer des relations avec des pourvoyeurs de ressources (contrats et bourses de recherche, accès aux colloques, aux énoncés, aux articles non encore publiés, aux données, etc.) ; en particulier, les forums électroniques constituent pour eux des outils pour réorganiser la vie étudiante, pour constituer des groupes de pression à l’égard des institutions universitaires, ou encore pour s’investir dans un domaine de recherche, y acquérir une certaine visibilité, notamment en participant aux débats, en sollicitant des conseils ou en formulant des interrogations.
Simultanément, la communication électronique conduit parfois à mettre à distance, au sein des laboratoires, une partie des générations les plus anciennes et des technophobes. Ce phénomène survient parfois lorsque le courrier électronique devient un instrument privilégié de circulation de l’information au sein d’un laboratoire [66]. Ceux qui n’ont pas recours à cet outil non seulement ne sont pas « mis en réseau », mais ils peuvent au contraire se retrouver mis à l’écart de la vie de laboratoire.
D’autres dynamiques encore modifient la texture des systèmes relationnels au sein des laboratoires. L’usage du courrier électronique modifie notamment parfois la géographie des échanges en face à face en fonction des affinités électives. Il conduit ainsi des chercheurs à minimiser leurs interactions en face à face avec certains collègues, et à les maintenir ou les accroître avec d’autres. Dans la mesure où ce qui peut être dit n’est pas toujours écrit (et réciproquement), les liens entre les membres d’un laboratoire s’en trouvent parfois modifiés [67].
De même, la création et la gestion d’un site web de laboratoire aboutit dans certains cas à de nouvelles représentations de l’activité du groupe et/ou des sous-groupes et par suite, à une modification des orientations de recherche et des rapports entre les chercheurs. Des négociations sur le type d’informations à retenir sur le site web, ou encore l’affichage de différentiels de productivité scientifique entre les chercheurs constituent parfois la source de conflits, plus encore que de « mises en réseau » internes [68].
A l’inverse, la communication électronique conduit aussi à des synergies nouvelles au sein des centres de recherche. Celles-ci résultent parfois de l’usage de listes de courrier internes qui rendent visibles des orientations de recherche (par exemple au travers d’annonces de séminaires) qui n’auraient pas été apparentes sinon, ou encore qui font apparaître des « réseaux » formés de chercheurs associés aux laboratoires, par le simple affichage de leur nom sur la liste des destinataires des messages.
Des chercheurs qui se situent à la croisée de plusieurs cercles, qu’il s’agisse d’espaces de relations plus ou moins intenses et notamment de listes et forums de discussion, deviennent également à l’occasion des « passeurs » d’informations au sein de leur laboratoire, en transmettant des messages dont ils sont les destinataires. Ils accroissent ainsi à des degrés variables (par exemple en favorisant des participations groupées à des colloques) le fonctionnement collectif de l’équipe, plutôt qu’une « mise en réseaux disjoints » consistant en une segmentation des espaces d’interaction. L’usage général du courrier électronique peut aussi susciter un plus grand nombre de demandes de mises en rapport et de sollicitations, tant en interne qu’en externe, qui conduisent elles aussi à un résultat analogue.
 
Liens actifs, liens passifs
 
 
Outre une redistribution partielle des rôles joués par les individus et les institutions, la communication électronique favorise une augmentation d’au moins deux grands types de liens, que nous baptiserons liens actifs et liens passifs. Ces notions auraient une pertinence en dehors du domaine de la communication électronique. Toutefois, elles permettent dans ce cadre particulier de rendre compte de modes de mise en relation spécifiques, et de préciser les significations que l’on peut attribuer à l’expression « mettre en réseau ».
Nous employons l’expression « liens passifs » pour qualifier en particulier les liens hypertextuels avec des individus, qui peuvent être « activés » par un clic de souris, et aboutir éventuellement à des relations effectives, ou encore des liens actifs. Les sites web, ou encore les courriers électroniques des listes de discussion et des forums qui mettent en évidence les coordonnées des auteurs, voire des destinataires des messages, constituent autant de réservoirs de liens passifs. L’inscription d’une adresse électronique sur un texte d’un site web ou d’un message, la fonction « réponse » d’un logiciel de courrier électronique, les fonctions automatiques de stockage des coordonnées électroniques, mais aussi certaines perceptions de la communication électronique comme un espace de relations informelles, constituent autant de ressources supplémentaires pour des prises de contact, en d’autres termes, pour l’activation au moins partielle d’un « réseau passif ».
Ces ressources s’accroissent au fur et à mesure de l’augmentation du volume des textes placés sur le web et des échanges réalisés par voie électronique, mais aussi de l’apparition de dispositifs tels que les moteurs de recherche (qui permettent de rechercher les coordonnées d’un individu) ou encore les indicateurs de citation. Ces derniers instruments offrent en effet la possibilité aux auteurs de dresser des listes au moins partielles des écrits dans lesquels leurs publications ou preprints ont été cités et/ou commentés. Bien loin des représentations traditionnelles des rapports entre auteur et lecteur en sciences, les auteurs disposent ainsi d’outils pour identifier rapidement une partie de leurs lecteurs, entrer en contact avec eux, et en ce sens, les inscrire éventuellement en « réseaux » autour de leur production [69].
De la même façon que le vocabulaire passif d’un individu dans une langue étrangère peut être considérablement plus important que son vocabulaire actif (le vocabulaire qu’il peut mobiliser couramment pour s’exprimer), le volume des liens passifs permis par la communication électronique est incomparable avec celui des liens activés par les chercheurs. Si les représentations des distances aux auteurs ne sont plus les mêmes, compte tenu des outils disponibles pour des prises de contact rapides et des usages qui se sont instaurés en la matière, tous les liens ne sont pas recherchés, et toutes les autocensures ne sont pas non plus gommées. Si les occasions ne manquent pas pour activer des liens (demandes d’obtention de textes en format électronique, questions formulées sur des publications, invitations à des séminaires ou des colloques, etc.), et que certains chercheurs se retrouvent ainsi face à des sollicitations continues et au cœur d’un forum permanent, les modes de gestion des relations qui opèrent en dehors de la communication électronique (par exemple ce que peut recouvrir l’expression quelque peu fourre-tout « respect des hiérarchies ») demeurent en partie [70]. Les mises en « réseaux passifs » n’engagent donc pas l’activation de ces derniers.
En outre, les liens activés ne débouchent pas nécessairement sur des liens actifs, dans la mesure où les « correspondants » ne répondent pas systématiquement aux sollicitations d’une part, et qu’aucune forme de relation durable n’en résulte automatiquement. Un grand nombre de facteurs entrent en ligne de compte pour que la frontière entre lien passif et lien actif, et corrélativement entre « réseau passif » et « réseau actif », soit franchie ou non. En particulier, le fait de pouvoir conserver la trace d’un message électronique reçu ou envoyé, autrement dit la traçabilité des échanges, constitue un dispositif à la fois coercitif et permissif. S’il contribue dans une certaine mesure à engendrer un « impératif » de réponse, tout un ensemble de stratégies d’évitement en contrebalancent les effets (il peut s’agir de justifications a posteriori, par exemple lorsqu’un destinataire affirme ne pas avoir reçu tel ou tel message ou avoir manqué de temps pour répondre à une avalanche de courriers).
Par ailleurs, si le courrier électronique est utilisé pour des premières prises de contact débouchant parfois sur des liens durables, cet outil permet aussi aux chercheurs d’entretenir un plus grand nombre de liens actifs. Facteur d’accroissement du nombre de rencontres en face à face, les courriers électroniques servent généralement de relais entre ces dernières (par exemple entre deux colloques). Ils favorisent ainsi un suivi des relations avec un plus grand nombre d’interlocuteurs, compte tenu notamment du style expéditif que s’autorisent souvent les auteurs des messages et de l’augmentation du nombre de transactions possibles en un temps donné. En favorisant ce suivi, voire une quotidienneté dans les échanges, les courriers électroniques rendent possible des « maintiens en réseaux » fondés sur des familiarités nouvelles, un raffermissement des liens, voire des relations « amicales ». Les effets sont particulièrement visibles à l’occasion de liens actifs entretenus au quotidien grâce au courrier électronique entre des chercheurs géographiquement éloignés, auparavant séparés par les décalages horaires et les coûts des communications téléphoniques [71].
Car si le courrier électronique autorise des échanges quotidiens comme le téléphone, il permet aux chercheurs de gérer différemment leur temporalité (par exemple, une heure le matin, quatre fois par jour, le soir, le dimanche, à l’occasion de pauses irrégulières, ou encore en permanence [72] ). Selon la nature des tâches en cours (organisation d’un colloque, rédaction d’un article dans l’isolement relatif, coordination d’un ouvrage collectif, etc.), les chercheurs se trouvent en situation de gérer un volume plus ou moins important de relations, et de désactiver provisoirement certains liens spécifiques qui s’avèrent moins pertinents sur le moment ou la période concernés [73] : Les « réseaux actifs » sont alors tissés dans une temporalité spécifique.
Dans la mesure où l’extension des systèmes relationnels des chercheurs tend ainsi à s’accroître dans nombre de cas, tant en ce qui concerne les liens passifs que les liens actifs, on peut raisonnablement émettre l’hypothèse selon laquelle il en va de même, par agrégation, de la densité des « réseaux passifs et actifs » de la recherche à un niveau macroscopique.
 
Support transactionnel
 
 
Si la communication électronique devait être décrite comme mettant en réseau les acteurs de la recherche, nous avons analysé jusqu’à présent plusieurs réalités auxquelles cette expression pouvait correspondre. Toutefois, il serait fort réducteur de percevoir la communication électronique uniquement comme une source de liens entre ces derniers. Notamment, celle-ci constitue aussi un support transactionnel mettant en jeu des échanges ponctuels et des relations éphémères.
En particulier, si certains forums électroniques contribuent à la formation de liens durables entre des chercheurs, qui peuvent être représentés graphiquement sous la forme de réseaux et perçus comme tels par les acteurs, d’autres forums ne débouchent pas sur des relations permanentes entre les participants, constituant avant tout des hotlines associatives engageant des énoncés/résolutions de problèmes, ou mettant essentiellement en jeu la passation de transactions spécifiques (troc de matériels expérimentaux par exemple [74] ). Nous sommes dans ce cas bien loin du fonctionnement d’un forum organisé comme un espace de débats et d’échanges professionnels stables et centraux entre des chercheurs d’une même spécialité.
Cependant, il faut noter que nombre de forums constituent à la fois des supports transactionnels, des lieux de passage pour une partie des acteurs, et des espaces contribuant à l’élaboration de systèmes relationnels durables pour une fraction des participants. Selon les tribunes, ces différentes dimensions, qui ne peuvent pas toutes être associées à une « mise en réseau » des acteurs, sont présentes à des degrés variables [75].
Parfois aussi, certaines transactions matérielles (échanges de données ou de méthodes de traitement de ces dernières, par exemple) constituent en tant que telles la matière de systèmes relationnels. Ceci confère du reste une pertinence particulière, dans ce cas de figure, à l’analyse sociotechnique des relations [76].
 
Distorsions et ruptures des relations
 
 
Enfin, il faut insister sur le fait que la communication électronique nuit également dans une certaine mesure aux rapports entre les acteurs de la recherche, et aboutit même parfois à des ruptures de relations. Non seulement cette dernière ne produit pas systématiquement des « mises en réseau », mais elle possède aussi des effets destructeurs pour les systèmes relationnels des chercheurs.
Nous avons déjà mentionné le fait que la création de sites web de laboratoires engendrait des négociations et des conflits, et que le non-recours au courrier électronique de la part de certains acteurs suscitait des formes de marginalisation. D’autres dynamiques peuvent cependant être évoquées.
Tout d’abord, la traçabilité des échanges électroniques constitue une source de tensions et de ruptures relationnelles. Par exemple, l’archivage des messages est utilisé en certaines occasions pour rappeler une promesse ou un point de vue dans le cadre d’un rapport devenu conflictuel. La trace de correspondances fait alors l’objet d’usages coercitifs ou antagonistes dans une perspective quasi juridique.
En dépit des dispositifs et des procédures déployés par certains utilisateurs pour limiter les issues problématiques (relecture et mise en attente systématiques des messages avant leur envoi, utilisation d’icônes « smileys » pour souligner une formulation humoristique, etc.), la communication électronique suscite également des malentendus et des erreurs de manipulations (en partie spécifiques à cette forme de communication) mettant à mal les relations entre les acteurs. Si l’ambiguïté et la polysémie sont parfois volontairement utilisées par les auteurs comme des outils pour gérer des rapports compliqués avec des tiers [77], leurs effets sur les systèmes relationnels sont dans certains cas dévastateurs.
Une part des malentendus auxquels nous faisons référence proviennent de visions normatives non homogènes des protocoles de communication à adopter, qui de fait, ne sont pas stabilisés. Ainsi par exemple, le recours à des formules lapidaires et des messages brefs, permettant de gérer un grand nombre de relations, représente une source importante d’ambiguïtés et de quiproquos. Comme la généralisation de l’humour dans les courriers électroniques, cet usage suscite parfois des interprétations négatives éloignées des intentions des auteurs, plus ou moins fatales aux relations entre les protagonistes. Non seulement aucune « mise en réseau » n’en résulte, mais des liens sont au contraire détruits [78].
Les rapports entre les acteurs sont également affectés à des degrés variables par diverses erreurs de manipulation informatique, comme par exemple l’envoi d’un message privé à un destinataire non voulu ou à un collectif. Le caractère inadapté des propos suscite alors parfois des réactions antagonistes de la part des destinataires. Ce résultat peut être également observé lorsque l’auteur d’un message pense que ce dernier a été transmis et a été lu, alors que l’une ou l’autre de ces actions ne s’est pas réalisée. Une telle situation conduit parfois à des ruptures relationnelles lorsque des enjeux importants ou une attente forte sont associés à la prise de connaissance du message par le(s) destinataire(s).
En fait, souvent perçu ou pratiqué comme un genre hybride entre la correspondance épistolaire et la conversation, le courrier électronique suscite plus généralement des attentes qui génèrent des tensions et qui ont un impact négatif sur les systèmes relationnels des acteurs, faute d’être satisfaites pour diverses raisons (notamment, destinataires surchargés qui ne peuvent ou ne veulent pas répondre à tous les messages, ou qui apportent des réponses dans des délais jugés insatisfaisants par les correspondants). L’accumulation des sollicitations et des informations, quelles soient d’ordre individuelles ou collectives (« bombardement » de messages par les listes de discussion par exemple), engendre corrélativement des réactions de retrait ou de rejet plutôt que des « mises en réseau [79] ».
Ce phénomène est amplifié par les actes de malveillance permis par la communication électronique. Par exemple, la transmission par un tiers, à des fins de nuisance, d’un courrier privé (ou d’extraits de ce dernier) à un collectif altère parfois durablement les relations de l’auteur du message avec les destinataires non désirés.
Comme d’autres techniques, les supports de la communication électronique font l’objet de détournements et d’effets inattendus [80]. La prise en compte de ces derniers permet finalement de préciser les réalités auxquelles peuvent (ou non) correspondre le terme de « communication », tout autant que celui de « mise en réseau » de la recherche.
 
Conclusion : diversité irréductible, établissement et destruction des systèmes relationnels
 
 
Un certain nombre de notions de réseau utilisées par les chercheurs en sciences sociales, notamment certaines définitions structurales, sont formatées par le recours aux mathématiques. Il en résulte des représentations volontairement simplifiées des relations et de leurs dynamiques qui possèdent un certain nombre d’avantages pour l’analyse sociologique, notamment dans la perspective d’un traitement informatisé de données d’enquête. Toutefois, la démarche simplificatrice n’épuise pas la question de l’élaboration des réseaux et de ce qui en constitue la texture, et l’hypothèse consistant à appréhender a priori un univers social en termes de réseau reste en général à justifier.
Les systèmes et les dynamiques relationnels liés à la communication électronique dans la recherche constituent un cas exemplaire pour soulever ces questions et chercher à mieux connaître ce que l’on peut considérer, du moins dans un premier temps, comme des ORNIs. Nous n’avons donc pas abordé a priori ces systèmes et dynamiques relationnels en termes de réseau, mais nous avons au contraire cherché à déployer diverses significations auxquelles l’expression « mettre en réseau » pouvaient correspondre, et saisi des cas de figure pour lesquels cette notion était moins pertinente.
Les qualifications et les descriptions successives que nous avons fournies constituent en tant que telles des éléments de réponse à la question posée. Dans la mesure où cette diversité constitue certainement le premier résultat de notre enquête, il serait incohérent de chercher à ce stade à la résumer en quelques formules. Chercher maintenant à simplifier à nouveau la texture des réseaux (ou des non-réseaux) identifiés constituerait un retour à une approche réductionniste en contradiction avec notre démarche.
Nous ne « compacterons » donc pas ici à nouveau les réalités incommensurables des systèmes et dynamiques relationnels abordés à l’aide d’un métalangage volontairement appauvri (en commençant en particulier par employer les termes « réseaux » et « mises en réseau »). Il faut plutôt insister sur plusieurs résultats qui ont eux-mêmes constitué les ressorts d’une meilleure saisie de la texture des « réseaux », de leur diversité ontologique, de leurs modes d’élaboration, et de la portée et des limites de cette notion sur le cas empirique pris pour objet.
Rappelons tout d’abord que les systèmes et dynamiques relationnels étudiés sont apparus marqués par le déploiement de formes de coopération et de concurrence diverses. En outre, le recours à la communication électronique s’est révélé doté d’effets notables sur ces derniers : nous avons notamment observé l’émergence de formes de mise en avant, de mise en rapport et de mise en relation contribuant à des mises en forme particulières des collectifs, la constitution d’espaces plus ou moins intégrateurs, des redistributions partielles des rôles des acteurs, des laboratoires et des institutions, l’évolution du capital relationnel tant passif qu’actif des utilisateurs, l’apparition d’espaces transactionnels mettant en jeu des rapports éphémères. Enfin, nous avons vu que l’usage de ce mode de communication conduisait également dans certains cas à des distorsions, voire à des ruptures relationnelles.
Ainsi, le recours à la communication électronique dans le champ de la recherche ne contribue pas seulement à la formation de formes diverses de « mises en réseau » et d’autres types de systèmes relationnels. A l’inverse et parallèlement, il conduit également à la corruption et à l’anéantissement de certains liens. Ce dernier aspect nous offre une image bien peu canonique : internet comme arme de destruction massive de réseaux.
 
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NOTES
 
[1]Nous tenons à remercier les membres du comité de rédaction de Réseaux, et tout particulièrement Dominique Cardon, pour leurs critiques et commentaires formulés sur une première version de cet article.
[2]Voir notamment ROSENTAL, 1998a ; PARAVEL, 1998 ; GROSSETTI, PARAVEL, 1999.
[3]Voir notamment KOLLOCK, SMITH, 1997 ; LIEVROUW, LIVINGSTONE, 2002.
[4]Par-delà le cas qui nous intéresse, sur la fécondité du travail schématique en sciences sociales, voir par exemple PASSERON, 2002.
[5]Pour une introduction à cette littérature, voir DEGENNE, FORSE, 1994 ; LAZEGA, 1998 ; WELLMAN, BERKOWITZ, 1988 ; CALLON, 1991 ; Centre de sociologie de l’innovation, 1992.
[6]Voir notamment les développements relatifs à la théorie de l’acteur réseau, et en particulier LATOUR, 1986, ainsi que le site : hhttp :// www. ensmp. fr/ Fr/Recherche/Domaine/ScEcoSoc/CSI/CSI-rap-juillet99.html
[7]DEGENNE, FORSE, 1994, p. 16.
[8]Sur l’importance en particulier des travaux s’inscrivant dans le cadre de la Block model analysis, voir FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 32.
[9]Nous ne prétendons en aucune façon que les mathématiques constituent un cas singulier. En chimie par exemple, il est actuellement courant de décrire les molécules indifféremment comme des structures ou des réseaux. Ces cas illustrent à eux seuls l’intérêt d’une étude historique transdisciplinaire des formes du structuralisme et des usages des diverses notions de réseau.
[10]On peut par exemple comparer cette situation à celle qui a marqué l’anthropologie à partir des années 1970. Nombre d’anthropologues ont appréhendé les structures (par exemple les structures de la parenté) comme des objets mathématiques, les similarités structurales comme des isomorphismes structuraux en mathématiques et, par suite, les structures analogues comme des objets équivalents, voire identiques. Ce point a été trop peu soulevé à notre connaissance, alors qu’il constituerait certainement le point de départ d’un fructueux programme de recherche sur l’histoire des sciences sociales. Sur le cas du rôle, dans le domaine de l’histoire des sciences sociales, des représentations de la logique développées par les logiciens, voir ROSENTAL, 2002b. Sur le rôle, dans le domaine des pratiques de dénombrement des populations, des représentations développées dans le champ de l’analyse mathématique au XVIIIe siècle, voir BRIAN, 1994.
[11]Voir par exemple GROSSETTI, 1997, p. 5.
[12]A noter que les analystes des réseaux sociaux ne sont pas sans se positionner par rapport aux travaux de l’anthropologie structurale, et à ses divers courants, tant en France qu’au Royaume-Uni. Voir notamment DEGENNE & FORSE, p. 212 ; FORSE, LANGLOIS, p. 28. Comparativement aux travaux de Lévi-Strauss, certains auteurs qualifient du reste leur approche de méthode néo-structurale. Voir LAZEGA, 1998, p. 3.
[13]DEGENNE, FORSE, 1994, p. 7.
[14]FERRAND, 1997, p. 38-39.
[15]LAZEGA, 1994, p. 293.
[16]Voir notamment FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 29 ; FERRAND, 1997, p. 37-38 ; MITCHELL, 1969.
[17]Voir LEMIEUX, 1997, p. 58 ; FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 32.
[18]CALLON, 1989, p. 192 ; BARDINI, 1996 ; VINCK, 1999.
[19]FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 27.
[20]DEGENNE, FORSE, 1994, p. 16.
[21]FORSE, LANGLOIS, 1997, p. 31.
[22]LAZEGA, 1998, p. 3.
[23]LAZEGA, 1994, p. 297 ; LAZEGA, 1998, p. 117-118.
[24]BURT, 1992 ; DEGENNE, FORSE, 1994, p. 7-8.
[25]DEGENNE, FORSE, 1994, p. 11.
[26]DEGENNE, FORSE, 1994, p. 17 ; LAZEGA, 1998, p. 118.
[27]FERRAND, 1997, p. 37-38.