2003
Réseaux
Formation et capitalisation des connaissances sur une liste de discussion professionnelle
Elisabeth Kolmayer
Une liste de discussion professionnelle permet-elle à ses abonnés de se
construire des connaissances, de quels types et à travers quels processus ? Pour
tenter de répondre à ces questions, on analyse deux corpus de messages de la
liste adbs-info formés, l’un de questions, l’autre de synthèses de réponses, puis
on cherche à approcher, par des entretiens auprès des abonnés, les traitements
qu’ils opèrent sur ces messages. Les résultats montrent la grande part, dans les
échanges, des connaissances pour l’action, fortement contextualisées et liées à
un but ; ils font également apparaître des traitements nombreux mais de
profondeur variable qui semblent mieux permettre l’extension des
connaissances sur des domaines déjà partiellement maîtrisés que la création de
connaissances sur des domaines nouveaux. On s’interroge, en conclusion, sur
la situation d’apprentissage que constitue la participation à une liste et sur son
utilisation possible dans des contextes de formation à distance.
Does a professional newslist enable its subscribers to build up knowledge
and, if so, of what kind and through what processes? To answer these
questions we analyse two corpuses of messages from the abds-info list, one
consisting of questions and the other of syntheses of answers. Based on
interviews with subscribers, we then try to identify their treatment of these
messages. Our findings show the key role, in interaction, of practical
knowledge which is strongly contextualized and related to a goal. They also
reveal many treatments, of varying levels, which seem to allow the extension
of knowledge to partially controlled fields better than the creation of
knowledge in new fields. In her conclusion the author examines the situation
of learning consisting in participation on a list and its possible use in
contexts of distance learning.
Le développement de l’internet a facilité les échanges d’informations.
Face à la rapidité de l’accès à celles-ci, à sa délocalisation, à
l’importance des volumes échangés, il est tentant de considérer qu’il
rend de même accessible et immédiate l’élaboration des connaissances. C’est
sur ce passage des informations aux connaissances que l’on souhaite se
pencher en prenant comme terrain d’étude une liste de discussion
professionnelle, adbs-info : une telle liste favorise-t-elle chez ses abonnés
l’élaboration de connaissances et, si oui, quelles sont les caractéristiques de
celles-ci, par quels processus se construisent-elles ?
La formation des connaissances est un domaine de la psychologie cognitive
et c’est à cette discipline que l’on emprunte nos outils d’analyse. Le terme de
connaissances, bien que très utilisé, y est cependant assez peu défini et prend
place au sein de constructions diverses selon les auteurs et les champs dans
lesquels ils se situent : représentations conceptuelles rendant compte d’un
« réel vrai » en psychologie cognitive « classique », représentations
fonctionnelles en psychologie du travail
[1] ou représentations pour l’action
[2]
caractérisées moins par leur vérité que par leur efficience dans un contexte
donné. De cette diversité, émergent cependant certains résultats convergents
et des points d’accord.
L’un de ces points est la distinction entre connaissances déclaratives et
procédurales que l’exemple suivant, emprunté à Weil-Barais
[3], permet
d’illustrer : « Un exemple de connaissance déclarative : un carré est un
quadrilatère qui a quatre côtés égaux. Un exemple de connaissance
procédurale : pour calculer le périmètre d’un carré, multiplier la mesure d’un
côté par quatre. » On remarque l’expression par le but de la connaissance
procédurale.
Ces deux formes de connaissances sont relativement imperméables l’une à
l’autre ; par exemple, on peut savoir parler une langue sans en connaître la
grammaire et, inversement, l’apprentissage de sa grammaire ne garantit
aucunement la capacité de parler une langue. Pourtant, chaque forme est
nécessaire à l’autre ; une connaissance purement déclarative est une
connaissance inerte et une connaissance seulement procédurale possède un
domaine de validité très limité. Les auteurs ne s’accordent pas sur le sens
dans lequel s’effectue l’acquisition : du procédural vers le déclaratif
(position piagetienne) ou du déclaratif vers le procédural
[4]. En revanche, il
semble exister un consensus sur la mise en jeu des connaissances
déclaratives lorsqu’un individu est confronté à un problème, une situation
nouvelle
[5].
Un autre point commun aux différents auteurs est l’importance accordée aux
liens entre les connaissances. Celles-ci n’existent en mémoire que reliées les
unes au autres et acquérir des connaissances c’est ajouter de nouveaux
nœuds au réseau possédé et/ou enrichir les liens qui les relient.
Plusieurs types de relations sont envisagés, conduisant à des modes
d’organisation différents. On distingue deux modes principaux : d’une part,
les scripts et schémas, fondés sur des relations temporo-causales et de
contiguïté ; d’autre part, les organisations catégorielles, basées sur des
ressemblances ou sur des propriétés nécessaires et suffisantes. Les relations
d’inclusion qu’elles entretiennent entre elles définissent des taxinomies plus
ou moins complètes. Ces deux modes d’organisation s’acquièrent à travers
des processus différents. Scripts et schémas sont apportés tout construits
avec leurs relations par l’environnement. Pour reprendre les exemples
classiques, l’enfant apprend le schéma « la gare », le script « aller au
restaurant » en voyant une gare, en allant au restaurant. Chez l’adulte,
l’activité professionnelle crée de nombreux schémas et scripts, spécifiques
d’un métier, d’un poste de travail. Les relations d’appartenance catégorielle,
par contre, ne sont pas fournies par l’environnement mais doivent être
construites par le sujet (la personne), soit qu’il les dégage lui-même des
régularités de l’environnement ou de ses actions sur celui-ci, soit qu’elles lui
soient proposées par la formation ; c’est le cas, par exemple, de
l’apprentissage des concepts scientifiques. Leur construction nécessite un
assez long travail. L’importance des relations entre les connaissances
apparaît nettement à travers l’étude de l’expertise
[6]. C’est non seulement le
nombre de connaissances possédées mais également l’importance des liens
entre celles-ci qui caractérisent l’expert face au débutant ; l’expert possède
plus de schémas et de scripts et mieux différenciés que le novice. Il est
également mieux capable de catégoriser, tant pour repérer le cas ou le
principe général sous des situations apparemment différentes que pour
discriminer des situations, des phénomènes voisins. Il semble qu’aux
organisations catégorielles corresponde la robustesse de l’expertise, aux
organisations schématiques son efficience.
Un autre domaine de la psychologie cognitive qui nous concerne ici est
l’étude de la compréhension de textes à visée épistémique
[7], puisque c’est par
l’échange de messages écrits que fonctionne une liste. Les recherches
mettent en évidence le rôle de la tâche dans laquelle le lecteur est engagé
ainsi que l’importance du travail qu’il effectue pour comprendre le texte. Ce
travail aboutit à la construction de trois représentations ; si les deux
premières restent proches du texte, la troisième, le « modèle de situation »,
est une représentation du domaine évoqué par le texte ; elle dépend
fortement des connaissances préalables et de l’expérience que possède le
lecteur sur ce domaine
[8].
En résumé, on peut retenir de ces recherches :
- l’importance des relations entre les connaissances,
- l’existence de deux grands types de liens entre celles-ci : catégoriels, d’une
part, de contiguïté et temporo-causaux, d’autre part,
- l’importance de ces derniers dans les scripts et schémas liés aux
apprentissages professionnels,
- les deux faces, déclarative et procédurale, nécessaires à toute connaissance,
- les connaissances déclaratives facteur de robustesse de l’expertise, et
particulièrement, celles organisées en classes et catégories,
- le rôle des connaissances préalables sur le domaine dans la formation de
connaissances à partir d’un texte,
- l’intérêt de l’approche expert-novice pour étudier la formation des
connaissances.
En s’appuyant sur ces résultats, on peut formuler, à propos d’une liste de
discussion, les hypothèses suivantes :
- les messages sont des supports de connaissances qui permettent un
apprentissage par le texte et conduisent à la formation de connaissances chez
les abonnés ;
- insérés dans l’activité de travail, les messages visent plus le partage
d’expériences que celui d’informations ; les connaissances échangées sont
des connaissances pour l’action, liées à un but et très contextualisées ;
- échangés généralement entre professionnels expérimentés, les messages
témoignent de connaissances spécifiques, liées par des relations plus
schématiques que hiérarchiques ;
- on s’attend à des caractéristiques différentes lorsque les messages émanent
de débutants ;
- le passage des messages aux connaissances met en jeu des processus de
mémorisation et de mise en relation ; ces processus doivent apparaître dans
les activités qui accompagnent la réception des messages ;
- ces processus interviennent différemment selon l’activité dans laquelle est
engagé l’abonné ; on fait l’hypothèse de deux niveaux de traitements : un
niveau d’appropriation lorsqu’il est confronté à un problème précis ; un
niveau de « préconnaissance » lorsqu’il se tient au courant d’évolutions qui
peuvent le concerner.
Pour tenter de tester ces hypothèses, nous analyserons les échanges de
messages sur la liste en cherchant quels besoins en connaissances s’y
expriment et quelles réponses sont proposées en retour ; étudiant ensuite les
traitements mis en œuvre par les abonnés à la réception des messages, nous
tenterons d’approcher quelques aspects du passage aux connaissances ; ceci
nous conduira à nous interroger sur les possibilités d’acquisition, à travers
les échanges, de connaissances sur des domaines nouveaux. Mais avant
d’aborder ces trois points, nous précisons les aspects techniques de cette
étude.
Les aspects techniques de l’étude
Ceux-ci se rapportent au principe de fonctionnement d’une liste de
discussion, aux critères du choix d’adbs-info comme terrain et à l’approche
expérimentale utilisée.
Une liste de discussion comme adbs-info est un dispositif de communication
par e-mail entre des abonnés, professionnels d’un même domaine mais
dispersés dans des entreprises et des structures diverses. Tout abonné à la
liste est à la fois lecteur et auteur potentiel. Ce fonctionnement mutualiste est
cependant régulé ; un modérateur centralise les messages, les filtre et leur
impose une mise en forme avant leur parution sur la liste, garantissant ainsi
une certaine qualité éditoriale. Une archive, interrogeable par divers champs
et accessible aux non-abonnés, assure une mise en collection consultable
facilement et ouvre la liste sur l’extérieur. Ces caractéristiques donnent à
adbs-info les fonctionnalités d’un dispositif de capitalisation des
connaissances tel qu’on peut en observer sur des intranets d’entreprise et
représentable par le schéma suivant :
Le choix d’adbs-info, parmi de nombreuses listes de discussion
professionnelles, a été dicté par plusieurs critères :
- la forte évolution technologique de son domaine, l’information/
documentation, impose aux professionnels l’acquisition constante de
connaissances nouvelles ;
- sa durée (adbs-info existe depuis 1994) garantit la stabilisation de ses
usages et leur intégration à l’activité de travail ;
- le nombre de ses abonnés (6 000 au moment de l’étude), assure un flux de
messages important, environ 300 par mois.
Figure 1.
Capitalisation des connaissances sur intranet
La liste présente encore deux avantages supplémentaires : d’une part, elle
accueille des débutants (étudiants en fin d’étude) comme des professionnels
expérimentés ; différents niveaux d’expertise y sont donc représentés.
D’autre part, bien que formant un groupe professionnel, les documentalistes
ne se connaissent généralement pas entre eux. On peut espérer que les jeux
d’acteurs au sein de la liste soient moins puissants que sur un intranet
d’entreprise ou sur la liste d’une communauté plus resserrée.
L’approche expérimentale choisie est double, analyse de corpus de messages
et entretiens auprès d’abonnés. On a constitué deux corpus, l’un formé des
140 questions adressées à la liste pendant un mois et l’autre constitué de
50 synthèses. Le premier permet de déterminer quelles demandes les
abonnés adressent à la liste, le second d’observer quelle mutualisation des
connaissances celle-ci rend possible. Comme l’analyse d’un corpus ne
fournit aucun renseignement sur ses usages il a fallu, pour aborder ceux-ci,
recourir à des entretiens. Leur faible nombre (10) fixe les limites de cette
étude : il s’agit moins de conclusions que de pistes, d’hypothèses à vérifier
concernant les processus de traitement développés par les usagers. Les
corpus permettent d’analyser les échanges effectués sur la liste. C’est ce
point que nous étudions d’abord.
Les échanges sur la liste : questions et synthèses
Questions et synthèses ne représentent qu’une partie des messages qui
circulent sur adbs-info, mais cette partie rend compte des connaissances
échangées puis mises en commun à travers la liste. En effet, lorsqu’un
abonné, confronté à un problème, a « besoin de quelque chose », il pose une
question sur la liste. Les réponses qu’il reçoit lui sont adressées directement
et ne sont donc pas visibles à moins que le demandeur, les estimant d’intérêt
général, n’en fasse la synthèse et l’adresse à la liste. Les questions
représentent les besoins en connaissances exprimés sur la liste ; les synthèses
correspondent aux connaissances proposées à la mutualisation.
Les demandes faites à la liste sont importantes puisqu’elles représentent près
de la moitié des messages (46,9 %). Messages courts, d’à peine 75 mots en
moyenne, leur part, évaluée en nombre de mots, ne représente cependant que
22,4 % du volume qui circule sur adbs-info.
Très diverses par leur objet
[9], les questions varient aussi par leur nature. On y
retrouve les deux types attendus, demandes de retour d’expérience et
demandes d’informations. Mais deux autres émergent, l’un en raison de sa
fréquence – les demandes de références – et l’autre parce qu’il sort des
limites de l’écrit – les demandes de contacts. Voici un exemple de chacun de
ces quatre types :
Les demandes d’information sont exprimée sans référence ni au but ni au
contexte de l’activité de travail et, souvent, à un niveau assez général :
Je suis à la recherche de sites concernant les sciences de l’éducation.
(histoire, politique, psychologie, didactique (...) de l’éducation). Quelqu’un
aurait-il une petite idée ?
Les demandes de retour d’expérience sont fortement contextualisées,
exprimées en référence à un but et à un niveau plus spécifique que les
précédentes :
Souhaitant mettre en place une GED, nous nous interrogeons sur les formats
de lecture et en particulier sur le format pdf, format dédié à l’impression.
Ce format est-il fait pour la visualisation de documents ? Existe-t-il une
création de format pdf fait pour la visualisation ?
En d’autres termes, au travers de vos expériences, quels conseils pratiques
pouvez-vous nous donner ?
Avons-nous intérêt à scanner en format pdf et à utiliser ensuite l’OCR
d’Acrobat ou avons-nous intérêt à scanner en tiff et à faire de l’OCR derrière
avec un OCR de type Omnipage ?
Laquelle de ces deux méthodes est la mieux adaptée pour visualiser et lire
l’information (rapidité d’obtention de l’information, d’ouverture des fichiers,
fatigue oculaire, etc.) ?
Laquelle de ces deux méthodes est la plus rapide au niveau de la mise en
œuvre ?
Y a-t-il des normes à respecter ?
Les demandes de référence représentent un quart du corpus de questions :
J’ai besoin de l’arrêté du 25 septembre 1978 publié au JO du 27 octobre 1978
concernant les règles de commercialisation des tubercules. Si quelqu’un
parmi vous pouvait me le faire parvenir par fax au –, je lui en serais très
reconnaissant.
La demande de contact est plus rare ; elle peut être considérée comme un cas
particulier de la demande de retour d’expérience, exprimée en référence à un
but et très souvent contextualisée :
Notre centre de doc lance une réflexion sur le changement de son système de
gestion documentaire informatisé. Afin de choisir au mieux ce produit, nous
souhaiterions rencontrer des utilisateurs d’Exlibris, Doris, Alexandrie, Spirit
et Dip (et Archimed).
Notre contexte : plusieurs unités documentaires fonctionnant en réseau sur
PC (actuellement 27 postes) ; volume de la base : 40 000 notices à cette date.
Tableau 1.
Les divers types de demande
Tableau 1. Les divers types de demande
Demande Nombre % de Nombre moyen
de d’occurrences % de messages demandes de mots
Référence 36 25,7 22,2 59,6
Information 73 52,1 45,1 73,4
Retour
d’expé. 43 30,7 26,5 95,5
Contact 10 7,1 6,1 74,6
Ensemble 163 (**) 99,9 74,7
** la somme serait évidemment supérieure à 100 puisqu’un même message peut contenir plusieurs
demandes.
Contrairement à notre attente, les demandes de retour d’expérience ne sont
pas majoritaires. Elles occupent cependant une place importante alors que la
capitalisation de ce type de connaissances semble s’effectuer difficilement
dans les dispositifs de capitalisation des connaissances en entreprises.
D’autre part, il faut noter l’absence de frontière nette entre demande
d’informations et retour d’expérience. Le passage de l’une à l’autre se
marque par la contextualisation de l’information et l’explicitation du but,
caractéristiques des connaissances pour l’action, ainsi que par la précision de
la demande. Ceci explique que ces demandes nécessitent plus de mots pour
s’exprimer que les demandes d’informations (95,5 contre 73,4). On peut
observer dans les exemples suivants les modifications dans la nature de la
demande qu’induisent ces diverses précisions :
Je recherche un thésaurus (français/anglais si possible) dans le domaine de la
chimie industrielle. Ce que je recherche n’est pas une nomenclature de
produits chimiques, mais bien un thesaurus comprenant non seulement des
thèmes et arborescences sur les produits, mais aussi des termes plus adaptés à
l’industrie de process (comme « maintenance », « supply-chain », etc.).
Le message commence comme une demande d’information. Mais la
deuxième phrase, avec les précisions, les détails, tire la question vers la
demande d’une expertise de praticien du thesaurus recherché. Si la question
reste une demande d’information, elle touche le retour d’expérience.
Je cherche des informations et/ou expériences sur l’évaluation des listes de
mots vides (en français) fournies avec les logiciels documentaires,
particulièrement celle de Searchserver de Fulcrum (société Hummingbirds).
Mon centre de doc va bientôt utiliser ce moteur pour l’indexation et la
recherche d’articles de presse et je me demande à quel point la liste de mots
vides fournie en standard est exhaustive et fiable. Je cherche à savoir
également s’il existe des listes de référence concernant les mots vides. Je
fournirai une synthèse des réponses reçues.
L’explicitation, au milieu du message, du but et du contexte de l’activité
semble servir de déclencheur aux précisions apportées ensuite et renforce la
demande de retour d’expérience formulée en tête du message.
Les demandes précédentes émanent certainement de professionnels
expérimentés qui disposent déjà, dans le domaine qu’ils abordent, de
nombreuses connaissances. Voici, en contrepoint, une question de novice,
sans doute un étudiant :
Je suis chargé de faire une synthèse de critères permettant d’évaluer un site
internet. Je vous sollicite donc pour m’aider dans ce travail. En vous
remerciant par avance.
Aucun contexte n’est indiqué et la question est posée à un niveau très
générique.
Les résultats fournis par ce premier corpus conduisent aux remarques et
conclusions suivantes :
- la liste est bien un lieu d’expression de besoins de connaissances pour
l’action, insérées dans l’activité professionnelle ; il s’agit d’informations
diverses et de retour d’expérience ;
- les demandes d’information priment sur celles de retour d’expérience ;
certes, l’envoi d’une question traduit un défaut d’expertise ; mais y a-t-il
recherche de « connaissances profondes
[10] » qui manqueraient pour affronter
tel problème nouveau alors que, on le verra plus loin, les demandes de
connaissances déclaratives sur des domaines nouveaux sont très rares ? ;
- les demandes de retour d’expérience sont cependant importantes – plus que
dans les dispositifs centralisés de capitalisation des connaissances que nous
avions pu observer ;
- il y a passage graduel et non opposition entre la demande d’information et
celle de retour d’expérience ;
- le niveau assez spécifique d’expression des connaissances correspond à ce
que l’on sait de l’expertise : l’expert catégorise plus fin que le novice.
Le corpus des questions nous a fourni des indications sur les besoins en
connaissances chez les abonnés de la liste. Quelles réponses y trouvent-ils ?
C’est ce que l’on examine avec les synthèses.
Les synthèses sont la mise à disposition de tous des connaissances
mutualisées autour de problèmes rencontrés par des usagers. Outre leur
caractère d’« intérêt général », elle sont également un moyen de stimuler les
réponses : promettre une synthèse c’est s’engager à pratiquer le don/contre-don. L’analyse du corpus nous permet de préciser la part des synthèses, leurs
thèmes et leur nature. Elle permet également une analyse qualitative du
genre qu’elles constituent. Les entretiens fournissent des indications sur les
attentes des abonnés à leur égard et les jugements qu’ils portent sur elles.
Les synthèses ne représentent qu’une faible part des échanges (6,9 %) et il a
fallu faire appel à près de trois mois de messages pour constituer un corpus
de cinquante synthèses. Il s’agit de messages longs (391,7 mots en moyenne)
qui représentent 17,2 % du volume qui circule sur la liste. Elles portent, le
plus souvent, sur les NTIC et/ou des questions documentaires (par exemple,
l’indexation d’un intranet) ; en effet, les nouvelles technologies ont tellement
pénétré les pratiques professionnelles que les deux thèmes s’y entremêlent
très souvent.
Comme pour les demandes adressées à la liste, on a cherché à analyser la
nature des synthèses. Deux types seulement sont représentés, l’apport
d’information et le retour d’expérience ; en effet, les critères de sélection
utilisés pour constituer le corpus éliminent le type référence
[11] ; par ailleurs,
les contacts ne donnent pas lieu à synthèse. Trente et une synthèses
fournissent plutôt des informations – par exemple, des références d’études
sur la nocivité des antennes, des adresses de portails sur la publicité ou le
tourisme, des annuaires d’archives, des informations sur le métier de
documentaliste dans tel pays, etc. Dix-neuf apportent des retours
d’expérience : comment apprécier la pertinence des abonnements, réaliser
l’externalisation d’une revue de presse, choisir un éditeur HTML ou un
logiciel de gestion des favoris, etc.
Comme pour les questions, il n’y a pas de démarcation nette entre les deux
types. Ajouter à des adresses de sites des commentaires sur l’intérêt de leur
contenu, indiquer des bases de données d’images libres de droit en spécifiant
leurs conditions d’utilisation, ajouter à une adresse de site « contacter X
au... », tout cela constitue une valeur ajoutée à l’information apportée et la
« tire » du côté du retour d’expérience.
Dans les synthèses de retour d’expérience, les réponses sont souvent très
contextualisées ; on voit le « nous » et même le « je » apparaître :
Je travaille pour un centre de documentation interne (15 personnes) équipé de
[...]. Nous avons une configuration particulière...
Documentaliste dans un centre hospitalier, je suis face au même problème :
journaux et bulletins officiels circulent dans plus de 10 bureaux de directeurs
et de médecins...
Il n’est pas rare que des difficultés rencontrées, des échecs soient évoqués
dans la réponse :
J’ai créé des liens hypertextes ; certains s’affichent en violet lorsqu’ils ont été
consultés, d’autres restent en bleu. Impossible de savoir pourquoi...
J’ai essayé de sensibiliser les services [...] malheureusement, cela ne s’est pas
suffisamment amélioré pour que...
On voit également apparaître des formules comme « n’hésitez pas à me
contacter pour plus de précisions », comme si l’écrit touchait là sa limite.
Analyser la forme des synthèses fait ressortir deux caractéristiques : d’une
part, il n’existe pas de forme canonique, d’autre part, parler de synthèse est, le
plus souvent, un abus de langage. C’est le second point que l’on examine ici.
D’après le dictionnaire
[12], une synthèse est « une opération intellectuelle qui
rassemble les éléments de connaissance concernant un objet de pensée en un
ensemble cohérent » ou encore « une réunion d’éléments psychiques en un
tout structuré présentant des qualités ou des valeurs nouvelles par rapport
aux éléments ». Les synthèses du corpus sont, le plus souvent, non un
ensemble cohérent mais un copier-coller des réponses reçues. On peut
cependant observer plusieurs niveaux dans les traitements opérés sur ces
réponses. Le niveau 0 est celui du copier-coller brut. Un peu plus élaboré est
le copier-coller avec suppression des éléments inutiles (comme la répétition
de la question, la formule de politesse de chaque réponse) ou redondants.
Aux niveaux les plus élaborés, on voit apparaître le classement des réponses,
la mise en évidence des tendances dominantes ou encore une évaluation
générale des réponses reçues. Ces traitement sont peu fréquents et se
rencontrent plutôt dans les synthèses de type information, comme si les
retours d’expérience n’étaient pas synthétisables. Sans doute, effectuer un
classement ou dégager des tendances dominantes y est-il plus compliqué que
pour une liste de références. Et cela constituerait-il vraiment une valeur
ajoutée à la synthèse ?
Dans les entretiens, les abonnés jugent les synthèses de façon à la fois
positive et critique. Ils apprécient généralement la qualité de l’information
apportée :
C’est des avis multiples, ciblés sur la profession, on a des réponses de bonne
qualité, assez sûres
dit un abonné. Cette qualité est liée à la spécificité des réponses apportées, à
leur proximité avec le terrain :
C’est des connaissances bien plus pratiques que dans des ouvrages […] ; là,
on a la notion d’expérience, quelque chose de concret.
C’est des détails qu’on ne trouve pas dans un bouquin ; il faut des
spécialistes ; les personnes ont le même métier, elles ont dû avoir le même
problème.
Mais les synthèses suscitent aussi des critiques qui témoignent d’attentes
assez contradictoires. D’une part, les abonnés semblent attendre de véritables
« documents de synthèse » et regrettent l’absence de structuration, le
manque de conclusion ou encore l’incomplétude :
Quand c’est à la queue leu leu, c’est ce que j’apprécie le moins.
Il serait intéressant de connaître la décision prise par la personne à partir des
renseignements collectés.
On doit trouver un jugement de la réponse.
On doit trouver les différentes opinions ; pour certaines synthèses, on n’a
qu’un point de vue.
Mais en même temps, ils mettent en doute le caractère réutilisable des
synthèses, pas assez proches de leur cas particulier :
Si je reprenais une synthèse, […] je n’hésiterais pas à prendre contact avec
une personne qui a répondu. Les personnes disent « n’hésitez pas à me
contacter » comme si leur réponse était incomplète… et mon cas serait peut-être différent de celui qui a posé la synthèse.
Si on veut une vraie synthèse, un retour d’expérience réel, je vais directement
à la personne, par téléphone… j’ai du sur mesure.
L’usage des synthèses varie selon les utilisateurs ; les deux jeunes de notre
échantillon, l’un en fin d’études, l’autre en début de carrière, gardent toutes
les synthèses « pour si, un jour, je suis confronté à ce problème ». Les
professionnels plus confirmés se montrent beaucoup plus sélectifs et ne
gardent les synthèses que sur des sujets bien précis qui les concernent (parce
que l’on rencontre un problème de droit d’auteur, que l’on va changer de
logiciel documentaire, etc.).
On retrouve dans les synthèses les caractéristiques déjà relevées dans les
questions : importance des connaissances pour l’action, liées à un but,
insérées dans un contexte et très personnalisées. On retrouve également le
passage graduel de l’information vers le retour d’expérience. Faisant pendant
à ceux recherchés dans des questions, les contacts directs sont souvent
proposés, comme si le retour d’expérience passait difficilement par l’écrit.
Avec leurs contenus très pointus mais un faible degré d’élaboration, avec
leurs sujets abordés très divers et une forme peu standardisée, les synthèses
suscitent des attentes, des jugements et des usages divers. Quels traitements
leur correspondent, avec quels rôles sur la constructions de connaissances ?
Le traitement des messages
Ces traitements sont mis en œuvre au niveau individuel sur les messages qui
arrivent dans la boîte. On en distingue deux groupes, la sélection/lecture et la
conservation/récupération.
Une très forte sélection s’opère à partir de la lecture du sujet du message
avant son ouverture ; ne sont lus que ceux qui entrent dans les champs de
veille de l’abonné, soit trois ou quatre sur la cinquantaine reçue chaque jour.
La conservation/récupération fait appel à des processus complexes. Un
message lu peut être mis à la corbeille, imprimé, laissé dans la boîte de
réception, placé dans un répertoire ou encore inséré dans un fichier Word (et
ces divers « ou » ne sont pas tous exclusifs). Il peut également déclencher
différentes actions, immédiates ou différées. Face à cette diversité, un
échantillon de dix entretiens est trop limité, aussi a-t-on cherché à comparer
les indications qu’il fournit avec les résultats, plus statistiques, tirés d’une
enquête sur une liste de discussion voisine
[13],
[14], Biblio-fr. C’est en
s’appuyant sur ces deux sources que l’on analyse le choix des supports de
conservation, les modes de gestion de la mémoire et la récupération des
messages.
Selon Burget et al., 93 % des biblio-friens conservent des messages et toutes
les personnes que nous avons rencontrées ont dit faire de même. Le niveau
individuel de conservation semble très utilisé, beaucoup plus que le niveau
central que constitue l’archive. Dans l’enquête sur Biblio-fr, la plupart des
abonnés qui conservent des messages disent le faire et sur papier et
électroniquement, sans que l’on sache quels usages correspondent à chaque
support. Dans les entretiens, les deux formes de conservation sont également
évoquées ; il leur est associé des usages différenciés (mais variables selon les
personnes) et des temporalités également différentes. Pour certains, sont
imprimés les messages à travailler : sur papier on lit confortablement, on
annote, on surligne, « on digère » dit un abonné. Si le papier est plusieurs
fois associé au « travail » sur un message, il n’est pas forcément support de
conservation. Certes, certains impriment systématiquement les messages
qu’ils veulent conserver puis les rangent dans des dossiers (carton). Mais tel
imprime pour annoter puis jette le papier et conserve électroniquement le
message ; tel autre n’imprime que les messages à très courte durée de vie et
qui appellent une action, ceci « pour ne pas oublier ; après je jette. » La
conservation électronique est généralement faite dans des répertoires : un
répertoire par liste plus, éventuellement, des répertoires et sous-répertoires
thématiques.
Plusieurs interviewés pratiquent une conservation en plusieurs temps, qu’elle
s’effectue sur papier ou électroniquement : après une phase de décantation
dans laquelle on imprime et on laisse sur le bureau ou on laisse le message
dans la boîte, parfois on place déjà dans un répertoire, vient ensuite une
phase de ménage : on trie, on jette, on crée un dossier (carton) ou un
répertoire, on rassemble des messages épars dans le même dossier ou dans
un même fichier, etc.
Les méthodes de gestion de la mémoire et de récupération sont diverses et
paraissent peu élaborées. La première est l’élimination ; par exemple, une
personne explique qu’elle ne garde qu’un ou deux messages par semaine
parce que « si on en garde plus, on les oublie ». Une autre méthode est le
rafraîchissement : tel trie ses dossiers (papier) tous les trois mois, tel fait
défiler les messages à l’écran « pour que ça revienne », tel autre, qui
explique qu’il compte beaucoup sur la mémoire, « fait le ménage de temps
en temps ». Il est difficile d’évaluer l’importance de l’interrogation ; très peu
de biblio-friens disaient qu’ils indexaient les messages mais l’une des
personnes rencontrées pratique une telle indexation et une autre utilise le
moteur de recherche de sa messagerie.
Les traitements qui s’effectuent au niveau individuel paraissent nombreux,
complexes, un peu fouillis. Ils semblent surtout liés à la mémorisation. Les
opérations, apparemment un peu bricolées, d’élimination, rafraîchissement,
changement de support, de lieu de stockage, etc. semblent autant de moyens
de maintenir ou réactiver en mémoire les information sélectionnées.
L’établissement de relations s’effectue à travers les activités de rangement/
récupération. Il semble moins important et surtout de profondeur cognitive
variable. L’indexation des messages, qui constitue une création de liens et
correspond à un traitement cognitif lourd, paraît peu pratiquée ; le rangement
dans des répertoires thématiques, traitement moins coûteux que le précédent,
est plus utilisé ; il conduit à imposer aux informations conservées une
catégorisation. Par contre, utiliser un moteur de recherche pour retrouver les
messages réduit considérablement le traitement cognitif de ceux-ci mais ne
conduit pas à l’établissement de liens entre les informations conservées.
Pourtant, certains abonnés mettent parfois en œuvre des traitements plus
importants ; par exemple, un jeune professionnel interviewé disait ranger
dans des fichiers Word des messages sur des sujets voisins. Ceci lui
permettait de réaliser une mise en page sur les messages. On a alors un
travail de structuration analogue à celui qu’effectue un étudiant qui met au
net ses notes de cours. Ce jeune professionnel avait d’ailleurs appris, grâce à
la liste, d’autres logiciels documentaires que celui étudié pendant sa
formation. On peut penser également qu’un travail cognitif plus important
est effectué sur les messages imprimés – « sur papier, on digère », faisait
remarquer un abonné.
Malgré l’apparent bricolage et la profondeur variable des traitement mis en
œuvre, la liste demande à ses abonnés une activité qui va bien au-delà du
« retrieval » les conduisant à une construction. S’agit-il du renforcement de
connaissances déjà possédées, de l’extension de domaines déjà connus ou de
l’élaboration de connaissances vraiment nouvelles, hors des terrains déjà
plus ou moins balisés par la pratique professionnelle ?
Listes de discussion et construction de connaissances nouvelles
Pour aborder cette question, on examine la situation d’apprentissage que
constitue la participation à une liste, puis les liens qui peuvent s’établir tant
entre les connaissances proposées qu’entre elles et celles déjà possédées.
Enfin on présente un cas précis d’apport, sur demande, de connaissances
nouvelles.
Nous avons considéré la participation à une liste de discussion comme une
situation d’apprentissage par le texte. Celle-ci présente cependant des
particularités qu’il faut noter. Les recherches sur la compréhension de textes
montrent l’importance des connaissances du domaine que possède le lecteur.
On peut penser qu’un liste professionnelle où lecteurs et auteurs possèdent
une formation commune et, sinon le même métier, du moins des domaines
professionnels voisins, est une situation favorable à un apprentissage de ce
type. En revanche, les messages, généralement courts, peu structurés
(comme les synthèses), portant sur des thèmes très divers, sont loin de
présenter les caractères classiques d’un texte didactique. D’autre part,
s’adresser à des pairs limite la production de messages didactiques.
Les recherches mettent également en évidence l’importance du travail réalisé
par le lecteur dans l’élaboration du modèle de situation. Or le traitement des
messages effectué par les abonnés est de profondeur variable et paraît
souvent limité à l’établissement de quelques liens pour ranger les messages
conservés dans des dossiers thématiques. Est-ce suffisant pour créer des
connaissances ?
Enfin, les liens internes aux messages orientent et limitent la construction de
connaissances ; on a vu l’importance des liens schématiques liés au contexte
et au but dans les questions et les synthèses. Si de nouvelles connaissances
se créent, elle se relient à celles déjà possédées selon des relations de ce
type. Ceci vaut pour des connaissances liées à l’expérience, donc pour des
domaines déjà connus mais fonctionne plus difficilement pour des domaines
nouveaux. On se permettra, à titre d’illustration, cet exemple personnel : la
lecture d’un échange de messages sur les douchettes n’a pas permis à
l’ignorante que je suis de savoir ce qu’est une douchette bien que j’aie pu
assigner à cet objet un certain contexte ; il me manquait les relations
d’appartenance catégorielle, évidentes pour un professionnel mais
nécessaires pour qui n’appartient pas au domaine
[15].
Prédominance des liens schématiques et faiblesse des liens catégoriels dans
les messages, faiblesse également de la création de liens par les abonnés, la
liste ne permettrait donc que l’enrichissement de connaissances déjà
possédées ?
Alors que les échanges d’expériences, d’informations ponctuelles sont bien
représentés sur la liste, les demandes de connaissances nouvelles sont rares.
On en présente cependant un exemple ; il illustre les modes d’acquisition de
connaissances que permet et ne permet pas (ou ne se permet pas) une liste de
discussion
[16].
La demande était celle-ci :
Merci pour l’information concernant le catalogue de la BN. Cependant, ayant
refusé les cookies, j’ai été éjecté de la consultation. Un vrai spécialiste
pourrait-il faire le point sur ces cookies et leur danger ? Merci.
Cette demande part bien de l’activité professionnelle (la consultation d’un
catalogue de bibliothèque) mais s’adresse non pas à un collègue mais à un
« vrai spécialiste ». Il faut noter sa formulation « faire le point » et non
« qu’est-ce qu’un cookie ? » ou « comment fonctionne un cookie ? », comme
s’il était difficile d’exprimer, sur la liste, un besoin en connaissances
déclaratives.
Cette question reçoit dès le lendemain trois réponses regroupées par le
modérateur dans le même message (une mini synthèse) sous le titre
« Cookies : explications ». Bien que répondant à la même question, ces trois
réponses apportent des éléments différents.
Réponse 1
A l’origine la fonction du cookie était de créer un mécanisme simple pour
faciliter l’accès aux sites sans recommencer à chaque visite un processus
d’identification. Par exemple après avoir entré son nom, prénom, organisme
le serveur place un cookie sur le disque dur du poste de travail. A la
prochaine visite, le serveur en lisant le cookie identifie le poste de travail et
retrouve dans sa base de données les renseignements complémentaires.
Cependant ces bonnes intentions ont été détournées par certains pour traquer
les navigations des utilisateurs et constituer des profils de comportements.
Netscape et Internet explorer gèrent les cookies différement :
Pour Netscape chaque cookie correspond à une ligne du fichier texte
cookies.txt. Chaque ligne est constituée de 7 champs :
domain - L’adresse qui a créé et qui peut lire le cookie
[suivent la description des autres champs puis des exemples de cookies]
Internet Explorer stocke les cookies individuellement, mais le format est le
même.
Pour Explorer 3.x, c’est dans c :windowscookies
Pour Explorer 4.x, c’est dans c :windowsTemporary Internet Files.
Conclusion
Les cookies ne servent qu’à recenser le nombre et le déroulement de chacune
de leurs visites par ailleurs anonymes. Les cookies en eux-mêmes sont
inoffensifs. Vous pouvez les consulter et les détruire. Il est possible de
configurer votre navigateur pour vous demander de confirmer le dépôt d’un
cookie. Donc vous en avez entier contrôle et ils ne peuvent pas récupérer
votre nom ou votre email.
Réponse 2
Les cookies sont des petits fichiers envoyés par le serveur et copiés sur le
poste client. Ils permettent au webmaster du serveur de connaître les
habitudes de l’internaute, temps de connexion, accès aux différentes pages,
temps de connexions par pages, sujet lus, etc.
Dans le cas d’un site commercial, celui-ci établi un descriptif des habitudes
des utilisateurs et il peut mieux cerner ses besoins et lui proposer les produits
qu’il achèterait éventuellement...
cela permet aussi de personnaliser vos visites en vous appelant par votre nom
(si vous avez rempli un formulaire en ligne...), en vous rappelant votre
dernière visite par exemple...
Les cookies ne sont pas plus « dangereux » que ça, à chacun de savoir s’il
veut les accepter ou non. Les navigateurs offrent la possibilité de les
désactiver ou d’avertir si le site consulté a besoin des cookies... En les
refusant vous n’irez pas bien loin car de plus en plus de sites les utilisent...
Le mieux est peut-être de demander à être averti...
en espérant avoir répondu à vos interrogations...
Réponse 3
Un très bon dossier sur le sujet Cookies sur le site de la CNIL à la rubrique
« Vos traces sur Internet »
hhttp :// www. cnil. fr/
Le point sur les tenants et aboutissants et des propositions d’attitudes.
Pour ma part, je les accepte, mais je détruis leurs fichiers dès la fin de ma
connexion, les rendant ainsi inopérants à la prochaine visite. Donc je peux
consulter les sites, mais les empêche de collecter des informations à mon
sujet à la prochaine visite. C’est une des solutions préconisées par la CNIL.
Ces trois réponses correspondent à trois manières d’envisager le rôle de la
liste dans la construction de connaissances ; la première, qui porte pour
l’essentiel sur ce qu’est un cookie et comment il fonctionne, prendrait
facilement place dans un cours ; les deux autres, qui reprennent les types de
relations habituelles des messages, plus difficilement. Il faut rappeler que la
première réponse est un type de message très rare.
La liste semble donc peu tournée vers la formation de connaissances
déclaratives sur des domaines nouveaux, et lorsque c’est le cas, l’apport est
indirect : la liste pointe vers un site, source des connaissances.
L’étude des « questions » et des « synthèses » échangées sur la liste de
discussion adbs-info montre la valeur de cet outil pour le partage des
connaissances. Le nombre des questions posées, la fréquence de
conservation des synthèses, les jugements positifs qu’elles recueillent
témoignent de l’importance de la mutualisation réalisée.
Ce sont des connaissances pour agir, qu’il s’agisse d’informations ou de
retours d’expérience. L’explicitation du but poursuivi, du contexte
d’utilisation est très marquée, tout particulièrement pour les retours
d’expérience. Les demandes comme les synthèses de ce dernier type ne sont
pas majoritaires mais constituent cependant une part importante des
échanges. Elles portent sur des domaines proches de ceux déjà maîtrisés
dans l’activité professionnelle ; la formation de connaissances sur des
domaines nouveaux semble moins évidente.
Il faut noter le caractère graduel du passage de l’information au retour
d’expérience, tant dans les questions que dans les synthèses. Il semble
impossible de séparer le côté déclaratif des connaissances de leur côté
procédural – celui de leur mise en œuvre ; plus qu’une opposition, c’est une
base théorique de leur articulation qui serait nécessaire.
L’importance des traitements qu’opèrent les abonnés sur les messages reçus
est en contradiction avec un accès immédiat aux connaissances. Ces
traitements, qui témoignent d’un travail cognitif, sont complexes, difficiles à
observer, difficiles même à expliciter par ceux qui les mettent en œuvre. On
y repère un travail de maintien en mémoire des informations apportées par
les messages. On y repère également une mise en relation de ces
informations. Celle-ci semble cependant plus ou moins importante selon les
domaines et les personnes. L’hypothèse de deux niveaux dans le passage des
messages aux connaissances semble plausible : celui de l’éveil de
connaissances (niveau de l’information, de la veille) et celui des
connaissances maîtrisées (qui demande souvent un travail sur papier) ; la
liste paraît mieux permettre le premier que le second.
Les synthèses représentent un nœud d’ambiguïté que le nom même de
synthèse contribue à créer. Capital de connaissances et d’expériences sur
divers sujets pour des débutants, élément éventuel d’un dossier préparatoire à
une prise de décision sur un sujet bien précis pour des professionnels, ou
source de contacts personnels pour l’élaboration d’une compétence sur
mesure, leur finalité varie selon les personnes. Le terme de synthèse induit, de
plus, des attentes d’organisation de l’information, de couverture du sujet, de
recul face aux diverses solutions possibles qui ne correspondent pas au besoin
en informations et expertises contextualisées, immédiatement utilisables de la
personne qui a posé une question puis fait la compilation des réponses reçues.
Les synthèses représentent un volume important des échanges menés sur la
liste sans avoir vraiment trouvé ni leur forme ni leur statut.
Leur manque de structuration, la faiblesse de leurs organisations
catégorielles au profit des relations temporo-causales et de but en font des
textes d’apprentissage assez atypiques. On les a abordées ici dans le cadre
d’une liste généraliste. Il serait intéressant de confronter les observations
faites avec celles obtenues sur une liste plus spécialisée tant par les thèmes
abordés que par le niveau d’expertise de ses membres. Il serait également
intéressant que les études de psychologie et d’ergonomie cognitives menées
sur les documents techniques s’étendent à des types de documents plus
nombreux et prennent en compte les nouvelles formes de ceux-ci que les
NTIC ont fait émerger.
L’importance du recours à l’interaction personne à personne est à noter, qu’il
s’agisse des demandes de contact dans les questions, des offres de relation
synchrone dans les réponses ou encore de la conservation des synthèses
comme réserve de personnes-ressources potentielles. Elle traduit assurément
un besoin poussé de particularisation, de contextualisation des connaissances
pour l’action qui sont demandées. L’efficacité de la liste comme dispositif de
capitalisation des connaissances passe alors par les réseaux de personnes
ressources qu’elle permet de se constituer, Ceci conduit à s’interroger sur le
rôle de l’interactivité relationnelle dans la construction des connaissances
pour l’action. Des comparaisons avec des situations de formation continue à
distance apporteraient des éléments intéressants.
La situation d’apprentissage que constitue une liste de discussion
professionnelle comme adbs-info est une situation originale qui pourrait
également être plus étudiée ; en effet, outre la situation d’apprentissage par
le texte qu’elle propose, elle peut permettre un apprentissage coactif.
Rassemblant des débutants comme des professionnels confirmés, elle offre
aussi des conditions de tutorat. Elle ne correspond cependant à aucune de ces
trois situations-types car chaque ressemblance avec l’une entre en conflit
avec une ou les deux autres : le passage par l’écrit limite la coaction et
s’adresser à des pairs s’oppose au tutorat comme à la production de textes
didactiques. Alors que l’on voit se développer, autour de la formation à
distance, divers modes de tutorat comme diverses situations d’apprentissage
collaboratif, il serait intéressant d’analyser ces modes d’apprentissage, leur
mise en œuvre et leurs facteurs d’efficacité au sein d’une liste.
·
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l’action, Editions Octares, Collection Travail.
[1]
LEPLAT, 1985.
[2]
WEIL-FESSINA, RABARDEL, DUBOIS, 1993.
[3]
WEIL-BARAIS, 1993, p. 434.
[4]
ANDERSON, 1982.
[5]
RASMUSSEN, 1994 ; RICHARD, 2002.
[6]
GLASER, 1988.
[7]
Les textes à visée épistémique ont pour objectif d’informer, de faire comprendre ; les textes
à visée pragmatique sont destinés à faire utiliser (par exemple des notices de montage, des
modes d’emploi).
[8]
DENHIERE, BAUDET, 1992.
[9]
Pour une analyse en termes d’objet, voir LASRET, 2000.
[11]
On a sélectionné les synthèses qui composent le corpus avec les deux critères suivants : le
modérateur a étiqueté le message « synthèse » ; la réponse à la question posée n’est pas un
item unique.
[13]
Biblio-fr relève aussi du domaine de l’information/communication, a de nombreux
abonnés en commun avec adbs-info et utilise le même outil logiciel.
[14]
BURGET
et al., 2000.
[15]
La douchette est un dispositif de lecture de codes barres.
[16]
Ce type de demande est si rare que nous n’en avons pas trouvé d’exemple sur adbs-info ;
il a fallu aller le chercher dans les archives de la liste voisine, Biblio-fr. (juin 1999).