2003
Réseaux
Television et contextes d’usages
Evolution 1986-1998
Olivier Donnat
Gwenaël Larmet
L’article propose une interprétation de l’augmentation de la durée d’écoute de
la télévision entre 1986 et 1998 à partir des contextes d’usages, en s’appuyant
sur les résultats des deux dernières enquêtes menées par l’INSEE sur les
emplois du temps des Français relatifs aux trois critères suivants : où les
Français regardent-ils le petit écran (domicile/extérieur) ? Le font-ils en
présence ou non de tiers (écoute seul(e)/en présence d’un membre de la
famille/en présence d’amis) ? Font-ils autre chose en même temps (activité
première/secondaire) ? Dans un premier temps, il dégage trois tendances
majeures à l’échelle de la population française : la double progression des
usages individuels de la télévision à titre exclusif (sans activité associée) et à
titre secondaire (en complément d’une autre activité citée comme principale),
et le transfert de l’usage familial de la télévision en discutant vers un usage
familial sans activité associée. Dans un second temps, est proposée une
analyse de ces différentes évolutions en fonction de la composition du ménage
et de la génération, qui s’efforce notamment à défaire l’écheveau des effets
croisés de l’avancée en âge et de l’appartenance générationnelle.
This article proposes an interpretation of the increase in television viewing
between 1986 and 1998, based on contexts of use. It draws on the two most
recent INSEE surveys on French people’s schedules, in relation to the following
three criteria: Where do French people watch TV (at home/elsewhere)? Do they
do so in the presence of someone else (alone/with a family member/with
friends)? Do they do something else at the same time (primary/secondary
activity)? In the first part three major trends are identified on a nation-wide
scale: the twofold increase in individual viewing as an exclusive activity (no
associated activity) and as a secondary activity (along with a principal activity),
and the shift of family viewing from an activity that was complementary to
conversation, to an exclusive activity. In the second part the authors analyse
these trends in relation to household composition and generation, and try to
distinguish between effects of ageing and those of generation.
L’augmentation de la durée de l’écoute de télévision constitue une
des évolutions majeures mises en évidence par la dernière
enquête sur les emplois du temps des Français de 15 ans et plus.
Les données publiées par l’Insee
[1] font état d’une augmentation de
21 minutes du temps consacré au petit écran (de 106 minutes par jour en
1986 à 127 minutes en 1998). En réalité, ces chiffres ne rendent compte que
d’une partie du phénomène en ne retenant que les moments de la journée où
le fait de regarder la télévision constitue l’activité principale, et en ignorant
tous ceux où le petit écran vient en accompagnement d’une autre activité,
qu’il s’agisse de manger, de travailler ou d’effectuer une tâche ménagère…
Si on prend en compte ces moments où l’écoute de télévision est citée
comme activité secondaire, l’augmentation apparaît encore plus
spectaculaire : les Français en 1998 regardaient la télévision durant 176
minutes contre 143 minutes en 1986, soit une hausse de 33 minutes au total,
alors que les temps d’écoute de radio-musique et de lecture diminuaient
faiblement, passant respectivement de 87 à 84 minutes, et de 37 à
35 minutes.
Comment comprendre cette progression de l’écoute de télévision qui, à elle
seule, a absorbé une grande partie de l’augmentation du temps libre au cours
de la période étudiée ? Parmi les nombreuses explications possibles – au
premier rang desquelles figurent bien entendu la multiplication des chaînes
depuis les années 1980 et la forte diversification des programmes qui l’a
accompagné – il est rarement fait état de l’évolution des contextes d’usage
liée aux mutations des temps et des rôles sociaux au sein de la famille. En
effet, la question des médias et celle de la concurrence (potentielle ou réelle)
entre supports d’information – entre la télévision et l’imprimé, plus
récemment entre la télévision et l’internet – est souvent abordée à partir de
leur contenu respectif, plus rarement à partir de la manière dont ils
s’inscrivent dans le quotidien, des sociabilités qu’ils permettent ou
interdisent et des activités qui sont associées à leurs usages. Pourtant,
certains ont déjà montré, par exemple, que la question de la concurrence
entre livre et télévision était mal posée si on ne prenait pas en compte le fait
que ces deux médias assuraient des fonctions différentes, en raison du
caractère le plus souvent individuel des actes de lecture et du caractère
souvent collectif des pratiques télévisuelles
[2].
Regarder la télévision, écouter la radio ou des disques, lire des livres ou des
quotidiens sont des activités qui s’inscrivent dans un temps et un espace
donnés et s’effectuent le plus souvent dans un contexte précis (un lieu, un
moment, une compagnie, en complément ou non d’une autre activité). Elles
sont dans la plupart des cas fortement ritualisées parce qu’associées à une
autre activité ou bien à un moment de la semaine ou de la journée – pensons
à la radio dans la voiture pour les actifs sur le chemin de leur travail, ou au
retour du lycée pour les adolescents, les rendez-vous du « prime time » à
l’heure des repas, la lecture avant de s’endormir… Aussi, proposons-nous
une interprétation de l’augmentation de la durée d’écoute de la télévision à
partir des contextes d’usages, en nous appuyant sur les résultats des deux
dernières enquêtes menées par l’Insee sur les emplois du temps des Français,
en 1986 et 1998. Ces enquêtes offrent en effet l’avantage d’identifier avec
précision les conditions dans lesquelles s’inscrivent les usages des médias,
en fournissant des informations sur l’endroit où ils sont utilisés
(domicile/extérieur), sur la présence ou non de personnes au moment de
l’utilisation (seul/en présence d’un membre de la famille/en présence
d’amis) et sur les éventuelles activités pratiquées simultanément en
précisant leur statut (activité première/secondaire).
Dans quelle mesure l’évolution des contextes d’usage ainsi définis peut-elle
nous aider à comprendre l’augmentation du temps consacré à la télévision
entre 1986 et 1998 ?
Pour tenter de répondre à cette interrogation, nous nous attacherons d’abord
à préciser les principaux contextes d’usage de la télévision en regard des
trois critères fournis par les enquêtes « Emploi du temps », en les comparant
à ceux relatifs à l’écoute de radio et de musique et à la lecture d’imprimés,
avant de mettre en évidence les trois tendances majeures qui apparaissent à
l’échelle de la population française : la double progression des usages
individuels de la télévision à titre exclusif (sans activité associée) et à titre
secondaire (en complément d’une autre activité citée comme principale), et
le transfert de l’usage familial de la télévision en discutant vers un usage
familial sans activité associée. Puis, dans un second temps, nous
proposerons une analyse de ces différentes évolutions en fonction de la
composition du ménage et de la génération, en nous attachant notamment à
défaire l’écheveau des effets croisés de l’avancée en âge et de
l’appartenance générationnelle.
LA TELEVISION : UN MEDIA PLUTOT FAMILIAL
Où, avec qui et comment ?
Les usages des médias et notamment de la télévision sont très
majoritairement domestiques : 96 % du temps de télévision, 89 % du temps
de lecture se déroulaient à domicile en 1998, de même que les trois quarts
du temps consacré à l’écoute de la radio et de la musique (tableau A). Cette
dernière activité est la seule à se dérouler assez largement en dehors du
domicile, du fait de la miniaturisation des appareils, qui permet désormais
l’écoute en dehors du domicile, lors de trajets par exemple : la
généralisation des autoradios et des baladeurs explique assez largement la
hausse constatée depuis 1986 des usages à l’extérieur du domicile (de 17 à
21 minutes, soit une progression de 23 % à 29 % du temps total d’écoute).
Ce n’est pas toutefois le caractère presque exclusivement domestique des
usages qui caractérise le mieux la télévision, mais leur caractère souvent
collectif : la télévision est majoritairement une pratique familiale qui réunit
plusieurs membres du foyer, ou au moins se déroule en leur présence
[3], alors
que la lecture ou l’écoute de la radio et de musique enregistrée sont des
pratiques très majoritairement solitaires. Cette propriété, que met en
évidence le tableau A, apparaît encore plus nettement quand on s’intéresse
aux seuls individus vivant dans un ménage de deux personnes ou plus : dans
ces foyers où existe le choix d’utiliser ou non un média en famille, la
télévision est regardée en solo pendant 26 % du temps (on la regarde 67 %
du temps en famille et 7 % avec des amis), alors qu’on lit seul 60 % du
temps, et que la radio s’écoute seule 68 % du temps. D’ailleurs,
l’emplacement du téléviseur, notamment dans les ménages ne disposant que
d’un poste, traduit cette situation : le fait qu’il soit situé le plus
communément dans la salle de séjour ou la cuisine, c’est-à-dire des lieux de
réunion du groupe domestique traduit la fonction collective qui lui est
assignée, et rend, de fait, souvent difficile un usage solitaire.
Le troisième critère disponible pour caractériser les contextes d’usage porte
sur le caractère premier ou secondaire de l’activité « télévision » quand la
personne interrogée déclare faire autre chose en même temps. Il existe trois
cas de figure, que nous distinguerons dans la suite du texte : l’usage de la
télévision peut être considéré comme exclusif quand aucune activité
secondaire ne vient le compléter, comme principal quand il est accompagné
d’une autre activité, et enfin comme secondaire quand il accompagne une
autre activité citée comme principale (par exemple manger, travailler, se
consacrer à une tâche domestique…). Précisons que la distinction entre
statut « principal » et statut « secondaire » est opérée par les individus
interrogés, au moment où ils remplissent le carnet d’emploi du temps, et
qu’elle dépend probablement plus de la nature des activités associées que du
degré d’attention à l’égard des programmes regardés ; elle ne saurait par
conséquent être assimilée à celle opérée entre écoute attentive et écoute
flottante, problème qui préoccupe les instituts de mesures d’audience et les
annonceurs publicitaires
[4].
L’écoute de la radio et de musique enregistrée constitue sur ce point une
sorte de cas-limite : les Français lui consacraient en effet, en 1998,
seulement 4 minutes par jour en moyenne à titre exclusif mais plus de
80 minutes à titre secondaire. Ecouter la radio ne rentre pratiquement jamais
en concurrence directe avec d’autres activités dans les arbitrages temporels,
elle se glisse dans les interstices du quotidien et participe à la production
d’une « ambiance » en accompagnant le déroulement d’activités relevant du
temps libre et surtout du temps contraint : tâches domestiques (35 % du
temps d’écoute), travail (12 % du temps d’écoute), trajets (12 % du temps),
repas (12 % du temps), toilette (10 % du temps), mais aussi conversations
avec des amis (9 % du temps).
La lecture d’imprimés, pour sa part, est majoritairement une activité
exclusive, sans activité secondaire (53 % du temps global) ; elle peut être
accompagnée par l’écoute de musique (8 % du temps), la télévision (4 %) ou
une discussion (4 %). On peut être étonné par l’importance du temps
consacré la lecture en tant qu’activité secondaire (29 %), mais une analyse
attentive des résultats indique que cette situation correspond souvent à la
déclaration « être au lit en lisant », 7 % du temps) et décrit par conséquent
plus une position (être allongé, être sur le point de s’endormir…) qu’une
seconde activité.
La télévision présente sur ce critère le profil le plus équilibré : sur les
176 minutes quotidiennes d’utilisation en 1998, la télévision constitue une
activité exclusive durant 97 minutes en moyenne (soit 55 % du total), une
activité principale complétée par une autre activité (surtout des
conversations) durant 30 minutes (soit 17 % du temps), et une activité
secondaire durant 49 minutes (28 % du temps). Dans ce dernier cas, il s’agit
le plus souvent d’un repas (13 % du temps d’utilisation) ou une tâche
domestique (8 % du temps d’utilisation), alors que, lorsque la télévision est
citée comme activité première sans être exclusive, les autres activités qui
l’accompagnent sont essentiellement des activités de communication directe
(conversations). Aussi mesure-t-on le statut à bien des égards ambivalent des
usages de la télévision qu’on a l’habitude de classer dans les activités de
temps libre, alors qu’ils accompagnent bon nombre d’activités qui, si on
reprend la nomenclature de l’Insee, relèvent d’autres temps sociaux,
physiologique ou personnel, qui sont en général considérés comme du temps
contraint.
La télévision relève principalement du temps libre, mais fait aussi
partie, en tant qu’activité secondaire, du temps contraint
Plus d’un quart du temps consacré à la télévision se déroule par conséquent
en complément d’activités citées comme premières qui appartiennent
presque toujours au « temps contraint ». Peut-on en déduire que le statut de
ces activités contraintes, quand elles sont accompagnées par l’écoute de la
radio ou de la télévision qui relèvent
a priori du « temps libre », se trouve
modifié ? Il semble que l’écoute de la télévision (ou de la radio) ne les
rendent pas moins contraignantes, si on en croit les réponses à la question de
l’enquête « Emploi du temps » portant sur l’appréciation des tâches
domestiques
[5]. Celles-ci montrent, en effet, qu’il n’y a pas de corrélation
entre l’agrément des tâches domestiques, en général, et le fait d’écouter la
radio ou la télévision en les effectuant : ce n’est pas parce qu’on écoute la
radio ou la télévision en faisant le ménage que cette tâche devient plus
agréable. Ainsi l’usage secondaire de la télévision (ou de la radio) apparaît
surtout comme une manière de gagner du temps en cumulant plusieurs
activités, mais cela ne modifie pas de manière significative le statut des
activités du temps contraint concernées.
Quand on prend en compte simultanément les trois dimensions des contextes
d’usage (à domicile ou en dehors ? seul ou en compagnie ? activité
première ou secondaire ?), on constate qu’une grande partie du temps
consacré aux médias correspond à un nombre limité de contextes-types.
Ainsi par exemple, les quatre premiers contextes d’utilisation de la
télévision couvrent, dans l’ensemble de la population, 67 % du temps total
consacré au petit écran en 1998 : regarder la télévision chez soi à titre
exclusif en famille (30 %) ou seul (21 %), la regarder en famille en discutant
(8 % du temps), manger en famille en la regardant
[6] (8 % du temps). La
lecture présente de ce point de vue un profil très proche, même si les usages
les plus courants sont bien entendu individuels : lire seul à domicile sans
rien faire d’autre représente 32 % du temps total de lecture, lire à domicile
en présence d’une autre personne du foyer 17 %, les quatre premiers
contextes totalisant 60 % du temps global de lecture.
Le cas de l’écoute de la radio ou de musique enregistrée est sensiblement
différent : le contexte-type le plus fréquent (effectuer des taches
domestiques seul à domicile en écoutant la radio) correspond à 27 % du
total, les deux contextes suivant (écouter la radio seul durant les trajets, et le
faire seul durant la toilette) ne représentent chacun que 9 %, si bien que les
quatre premiers contextes d’usage ne totalisent que 50 % du temps global.
L’écoute de la radio et de musique est souvent une manière d’accompagner
diverses activités et apparaît par conséquent moins directement associée à
un nombre limité de contextes-type. Il est vrai que les propriétés du média
déterminent au moins en partie les contextes d’usages, et qu’il paraît logique
que la radio qui, par définition, ne mobilise pas la vue, soit plus facilement
considérée comme « secondaire » que la télévision qui est « par nature » un
média plus exigeant puisqu’il requiert principalement une attention visuelle.
Le petit écran, de ce point de vue, apparaît comme un média
particulièrement « souple », puisque tout en faisant appel à la fois à la vue et
l’ouïe, il autorise parfaitement la mobilisation d’un seul de ces deux sens,
quand on regarde les images en ayant coupé le son ou qu’on écoute le son
(de la musique notamment) sans regarder l’écran. De ce fait, la télévision
permet une large palette d’usages et de formes d’écoute, des plus attentives
aux plus flottantes, dont la diversité est probablement à l’origine de la place
prépondérante qu’elle occupe dans les emplois du temps : en tant qu’activité
première, elle s’inscrit pleinement dans le temps libre, au même titre par
exemple que la lecture, mais en tant qu’activité secondaire, elle relève aussi
du temps contraint, par les activités qu’elle accompagne, comme le fait la
radio.
L’AUGMENTATION DU VOLUME D’ECOUTE ENTRE 1986 ET 1998 :
UN PHENOMENE MULTIFORME
Si on analyse l’évolution des contextes d’usage de la télévision en croisant
compagnie (seul/en famille/entre amis) et type d’écoute (exclusive/
principale/secondaire), on observe que l’augmentation de 33 minutes du
temps de télévision entre 1986 et 1998 résulte de la progression de la plupart
des contextes d’usage au cours des douze années qui séparent les deux
enquêtes (tableau B). Seul l’usage principal en famille, qui correspond en
général aux situations où les personnes devant le petit écran parlent en
regardant une émission, a diminué de manière significative (4 minutes), ce
qui s’est traduit par une baisse importante de sa part relative dans le volume
global d’écoute (17 % à 11 %).
L’augmentation de la durée d’écoute de la télévision apparaît en réalité
comme un phénomène multiforme alimenté pour l’essentiel par une triple
progression : celles des usages solitaires à titre exclusif (+13 minutes) et à
titre secondaire (+11 minutes), et celle des usages en famille à titre exclusif
(+13 minutes).
La progression des usages individuels
Au cours de la période étudiée, les usages solitaires de la télévision ont
augmenté plus vite que les usages collectifs liés au cadre familial ou amical,
et sont passés, à l’échelle de la population française, de 28 % du temps
global en 1986 à 37 % en 1998.
Notons que cette individualisation croissante des usages n’est pas un
phénomène propre à la télévision. Elle participe d’un mouvement plus général
qui touche les autres médias : au cours de la même période, en effet, l’écoute
solitaire de la radio ou de musique est passée de 67 % à 72 % de l’écoute
globale, en raison de la miniaturisation des équipements d’écoute : en
facilitant l’écoute hors domicile (qui est passée de 23 % à 29 %), notamment
lors de trajets (passant de 8 % à 12 % du temps), elle a encouragé
l’individualisation, puisque la probabilité d’être seul est alors, sauf bien
entendu pour les personnes vivant seules, plus importante qu’à domicile ; dans
le même temps, les moments où on lit seul sont passés de 63 % à 67 % du
temps total consacré à la lecture d’imprimés, ce qui indique bien le caractère
très général du phénomène, puisque ce secteur n’a pas été touché par les
changements technologiques qu’ont connu la télévision et la radio.
Dans le domaine de la télévision, la montée en puissance des usages
individuels recouvre en réalité deux évolutions très différentes : d’une part,
une augmentation du temps où on regarde le petit écran à titre exclusif,
c’est-à-dire sans rien faire d’autre et, d’autre part, une augmentation
quantitativement à peu près équivalente du temps où on le regarde à titre
secondaire, c’est-à-dire en accompagnement d’une autre activité citée
comme première. Autrement dit, l’individualisation des usages, qui apparaît
comme la tendance majeure sur la période étudiée, est loin de constituer un
phénomène unidimensionnel : les Français ont tendance quand ils sont seuls
chez eux à regarder les programmes sans rien faire d’autre, ce qui peut être
interprété comme le signe d’une plus grande attention à leur égard, mais ils
sont aussi plus portés à la « regarder » en étant occupés à faire autre chose et
à l’utiliser comme un média d’accompagnement, au même titre que la radio.
De ce point de vue, il est significatif, en dépit des faibles volumes
concernés, de noter l’augmentation de l’écoute solitaire de télévision en
mangeant ou en faisant le ménage (respectivement de 4 à 6 minutes et de 5 à
8 minutes par jour), alors que l’écoute de la radio a stagné ou baissé dans les
mêmes contextes (autour de 5 minutes durant les repas, diminution de 25 à
22 minutes durant les tâches domestiques).
La transformation des usages familiaux : un transfert du principal
vers l’exclusif ?
Cette individualisation croissante des usages de la télévision ne veut pas dire
que les usages familiaux aient diminué. Au contraire même, puisque les
Français leur ont consacré en moyenne 97 minutes en 1998 contre
88 minutes en 1986 (tableau B). Toutefois, la part relative des usages « en
famille » dans le volume global d’écoute est passé de 62 % à 55 %, les
usages familiaux progressant moins vite que les usages individuels.
Le seul contexte d’usage qui ait diminué en valeur absolue au cours de la
période étudiée concerne le temps passé « en famille » à regarder la
télévision à titre principal. Dans les ménages de deux personnes et plus, le
volume de temps correspondant à ces usages a diminué de 5 minutes
pendant que le temps d’usage exclusif en famille progressait de 15 minutes,
ce qui peut faire penser que les familles ont eu tendance à moins regarder les
programmes dans des contextes de communication immédiate
(conversations, repas) et à les regarder plus souvent pour eux-mêmes, sans
rien faire d’autre. Comment comprendre cette évolution ?
Probablement faut-il tenir compte ici des modifications apportées au
protocole d’enquête : la durée minimale d’une activité enregistrée dans les
carnets d’emploi du temps était de 5 minutes en 1986, mais de 10 minutes en
1998. Ce changement peut avoir éliminé l’enregistrement de bon nombre de
petites conversations, comme incite à le penser la baisse de leur volume
global (il est passé de 290 minutes à 225 minutes entre les deux enquêtes, si
on cumule temps premier et temps secondaire).
Toutefois, si on considère que la baisse n’est pas totalement imputable à
cette modification apportée au protocole d’enquête et si on cherche à
s’interroger sur les raisons de cette apparente baisse de l’écoute de
télévision en famille accompagnée de conversations, il faut bien convenir
que la signification des discussions qui se déroulent pendant une émission
est ambivalente, parce que rien ne garantit qu’elles la concernent
directement. Quand c’est le cas, elles peuvent être interprétées comme une
opération collective de construction du sens d’une émission, mais rien ne
garantit que le fait de moins discuter des émissions sur le moment
n’implique pas qu’une discussion ne se produise pas après coup, en famille
ou entre amis. On peut aussi avoir une interprétation moins optimiste des
conversations se déroulant en même temps que les émissions de télévision :
quand le ménage ne dispose que d’un seul téléviseur et que celui-ci se
trouve dans une pièce commune, les conversations qui ont lieu dans cette
pièce, au moment des repas ou en dehors, sont en quelque sorte contrariées
par la télévision allumée en même temps, surtout quand elles portent sur des
sujets qui n’ont pas de rapport avec le programme diffusé. De ce point de
vue, l’achat d’une deuxième télévision facilite l’aménagement d’espaces-temps personnels pour chacun des membres de la famille et permet de mieux
choisir ceux qui sont dévolus aux conversations familiales et aux émissions
de télévision vues en famille. Aussi, peut-on par conséquent penser que le
multiéquipement et la diversification des programmes ont pu favoriser
effectivement des usages où la télévision est regardée en famille pour elle-même, parce que les émissions ont été choisies de façon plus intentionnelle,
et que le choix de les regarder « en famille » est moins qu’avant un choix
par défaut.
Les effets du multiéquipement
Ce dernier point conduit à s’interroger sur le rôle joué par le développement
du multiéquipement au cours de la période étudiée, puisque la proportion de
Français disposant dans leur foyer de plusieurs téléviseurs a plus que doublé
(47 % des personnes vivant à plusieurs disposaient de deux téléviseurs ou
plus en 1998 contre 22 % douze ans plus tôt). Il paraît logique, en effet, de
considérer que le multiéquipement a favorisé l’individualisation des usages,
puisque le fait de disposer de plusieurs postes permet de rompre avec la
contrainte d’utilisation collective d’une télévision implantée dans une pièce
servant de lieu de réunion à la famille et offre objectivement plus de
possibilités à chacun de choisir son propre programme
[7].
Qu’observe-t-on quand on compare les résultats des ménages de deux
personnes et plus disposant de plusieurs téléviseurs à ceux qui n’en ont
qu’un seul
[8] ?
Les usages solitaires des premiers ont progressé de manière plus nette que
ceux des seconds (21 minutes contre 13), à l’inverse des usages familiaux :
ces derniers ont augmenté dans les deux cas, mais plus nettement dans les
foyers avec un seul téléviseur que dans les foyers multiéquipés (12 minutes
contre 9 minutes). Au total, la part du temps consacré à la télévision en
famille a diminué de 4 % dans les foyers n’ayant qu’une seule télévision
(passant de 73 % à 69 %), et de 8 % (72 % à 64 %) dans les foyers
multiéquipés. On retiendra par conséquent que le multiéquipement n’a pas
réduit le volume global d’écoute de la télévision en famille, mais qu’il a en
revanche contribué à faire baisser son importance relative dans le volume
global d’écoute en démultipliant les usages au sein des familles. En un mot,
il n’est pas à l’origine du mouvement d’individualisation puisque celui-ci
touche également les foyers ne disposant que d’un seul téléviseur, mais il l’a
amplifié.
INDIVIDUALISATION DES USAGES ET COMPOSITION DU MENAGE
Les tendances que nous venons de décrire portent sur l’ensemble de la
population française âgée de 15 et plus, et bien entendu le rôle joué par
chacune d’elles dans l’augmentation globale du temps consacré à la
télévision varie en fonction des propriétés sociales des individus concernés :
l’âge, le niveau de diplôme, la composition du ménage, etc. sont – on le sait
– des facteurs qui ont une forte influence sur le volume global d’écoute et
sur les contextes d’usage, dont il faudrait analyser avec précision le jeu des
effets croisés.
Une telle analyse n’est pas possible dans le cadre du présent article, et nous
nous contenterons de faire sur ce point simplement un double constat, sans
entrer dans les détails. D’une part, tant la tendance générale à la hausse
observée à l’échelle de la population française que la triple dynamique qui
l’a alimentée (progression des usages individuels exclusifs et des usages
individuels secondaires, progression des usages en famille à titre exclusif) se
vérifient dans toutes les catégories de population, quel que soit le critère de
différenciation retenu. D’autre part, ce sont les catégories de population les
plus téléphages qui ont, en général, le plus accru leur consommation, si bien
que les écarts ont eu plutôt tendance à s’accentuer au cours de la période
étudiée. Ainsi par exemple, les différences entre les tranches d’âge se sont
creusées entre 1986 et 1998, de même que celles relatives aux niveaux de
diplôme : le volume d’écoute des diplômés de l’enseignement supérieur a
progressé en moyenne deux fois moins que celui des faibles diplômes
(+27 minutes, contre +60 minutes au niveau primaire et +47 minutes niveau
bac), rendant par conséquent encore plus singulière la faible place occupée
par la télévision dans le mode de loisirs des milieux les plus diplômés
[9].
Revenons sur l’évolution majeure constatée à l’échelle de la population
française : à savoir l’individualisation des usages. Comment l’interpréter ?
On pourrait en effet y voir, au moins en partie, un effet de la proportion
croissante de personnes seules dans notre société
[10]. Une analyse détaillée
montre qu’il n’en est rien : ce simple changement démographique n’a eu en
lui-même aucun effet sur l’augmentation du volume global d’écoute
[11]. Il
n’en reste pas moins que, d’une part, les personnes vivant seules ont vu leur
temps d’écoute solitaire progresser depuis 1986 beaucoup plus nettement
que celui des personnes vivant dans un ménage de deux personnes et plus
(l’augmentation est dans leur cas de 50 minutes, contre 30 minutes en
moyenne pour les autres) et que, d’autre part, l’importance relative des
usages solitaires dans ce total s’est elle-même accrue (90 % contre 83 %),
puisque le temps passé devant le petit écran avec des amis est demeuré
constant. En outre, leurs usages de la télévision à titre secondaire ont
progressé plus vite que leurs usages à titre exclusif ou principal, passant de
25 % à 29 % du volume global d’écoute, ce qui semble indiquer que, dans
leur cas, la télévision sert de plus en plus d’accompagnement pendant le
déroulement d’autres activités. Les personnes seules sont en proportion
croissante des personnes divorcées ou veuves, dont la sociabilité est en
moyenne moindre que celle des célibataires jamais mariés : le petit écran, en
leur offrant une « ambiance » ou une compagnie, joue un rôle de substitut à
la présence d’autrui, tout en fonctionnant comme une « fenêtre sur le
monde », notamment pour les personnes âgées
[12].
Résumons-nous : les personnes vivant seules sont légèrement plus
nombreuses dans la société française et ont connu une progression de leur
temps global d’écoute supérieure à la moyenne, participant ainsi à
l’individualisation des usages, puisqu’elles sont seules, la plupart du temps,
quand elles regardent le petit écran. Toutefois, l’essentiel de la hausse du
temps de télévision constatée à l’échelle de la population française ne peut
leur être imputé. Elle résulte en réalité surtout de l’individualisation des
usages au sein des ménages de deux personnes et plus (les « familles ») : sur
les 33 minutes d’augmentation entre 1986 et 1998,9 minutes sont
imputables à l’augmentation du temps de télévision seul des personnes
seules, 15 minutes à celle des usages solitaires dans les « familles », et
seulement 9 minutes au temps de télévision en famille dans ces ménages, les
usages entre amis étant relativement stables
[13].
Si ce sont les personnes vivant « en famille » qui ont le plus contribué à
l’augmentation de la moyenne nationale, c’est que leurs usages individuels
de la télévision ont augmenté plus vite que leurs usages collectifs, en famille
ou avec des amis : ils sont passés de 27 minutes en 1986 à 46 minutes en
1998 (soit une augmentation de 70 %) alors que les usages familiaux sont
passés de 103 à 117 minutes (soit une augmentation de 14 %) et que les
usages avec des amis sont restés à peu près stables.
Evolution des usages dans les familles
Le tableau C permet de mieux comprendre comment les choses se sont
passées dans les familles, en mettant en évidence les différences de
comportements liées à la composition du ménage et à la place occupée par
chacun en son sein : les adultes vivant dans un ménage monoparental et les
adolescents ont été les premiers concernés par l’individualisation des
usages, tandis que les autres adultes, vivant en couple, avec ou sans enfant,
ont été plus touchés par la dynamique de la hausse des usages exclusifs en
famille.
Le volume global d’écoute des adolescents
[14] a progressé moins vite que la
moyenne (21 minutes), essentiellement parce que leurs usages à titre
principal en famille ont baissé plus nettement que chez les adultes (recul de
9 minutes contre 4 minutes en moyenne). Les adolescents de 1998 ne
regardent pas beaucoup plus la télévision que leurs homologues de 1986,
mais proportionnellement ils le font beaucoup plus souvent seuls (la part
relative des usages individuels dans leur cas est passé de 18 % à 32 %), et
beaucoup moins en famille. Ceci laisse penser qu’ils ont été les principaux
bénéficiaires du multiéquipement des foyers qui leur a permis d’échapper au
caractère souvent contraint des choix de programmes quand l’unique
téléviseur est situé dans une pièce commune : le second téléviseur, surtout
bien entendu quand il est localisé dans leur chambre, joue une fonction de
séparation par rapport à l’espace familial, soit pour regarder des
programmes spécifiques, soit simplement pour s’isoler temporairement de
leur entourage
[15]. Pour autant, ils n’ont pas cessé totalement de profiter du
caractère « rassembleur » de la télévision puisque leur temps d’écoute
familial à titre exclusif n’a pas baissé.
L’évolution relative aux adultes vivant dans des familles monoparentales est
dans l’ensemble assez proche de celle des adolescents, même si leur volume
global d’écoute a progressé beaucoup plus (44 minutes). Cette progression
nettement supérieure à la moyenne s’expliquent par une accentuation de la
tendance à privilégier les usages en solo, que ce soit à titre exclusif ou
secondaire (les usages solitaires de la télévision sont passés dans leur cas de
26 % à 41 %) et apparaît assez largement comme le témoin et la
conséquence d’un affaiblissement de la sociabilité lié à la séparation ou au
décès du conjoint
[16].
A l’opposé, la progression constatée chez les adultes vivant en couple
(25 minutes lorsqu’ils ont des enfants, 36 minutes lorsqu’ils n’en ont pas)
provient surtout de celle des usages exclusifs en famille. Leurs usages
solitaires de la télévision ont également progressé, surtout à titre secondaire,
certes moins que la moyenne mais suffisamment pour atteindre
respectivement 25 % et 23 % du volume global d’écoute, contre
respectivement 20 % et 17 % en 1986. La comparaison de ces chiffres avec
les résultats des adultes vivant seuls ou en ménage monoparental indique
que la vie en couple n’empêche pas la progression des usages individuels,
mais qu’elle la ralentit.
Recherche d’autonomie et/ou désynchronisation des temps sociaux ?
L’individualisation des usages apparaît bien, par conséquent, comme un
mouvement général qui touche aussi les « familles », même si son ampleur
varie d’un cas à l’autre. Faut-il y voir l’expression d’une volonté croissante
de la part des individus vivant « en famille » de s’affranchir des contraintes
imposées par le fait de regarder à plusieurs un même programme, ou y lire
au contraire un effet de la désynchronisation croissante des temps sociaux
qui fait que les personnes vivant sous un même toit ont moins de chances de
s’y trouver au même moment pour partager des moments de loisirs ?
Autrement dit, dans les ménages de deux personnes et plus,
l’individualisation des usages répond-elle plutôt à une fonction de
délimitation de temps pour soi,
via une séparation temporaire à l’égard des
autres membres du ménage présents au domicile, ou à une fonction de
substitut de présence quand ils sont absents
[17] ?
Dans le premier cas, le phénomène serait à comprendre dans le cadre de la
montée de l’individualisme et notamment des transformations de la famille
l’accompagnant. Si on suit l’analyse de F. de Singly
[18], la famille
contemporaine est aujourd’hui plus respectueuse de l’autonomie de chacun
des membres qui la composent et plus soucieuse de leur ménager des temps
et des espaces « pour soi » où peut se construire et s’exprimer leur identité
personnelle. Dans cette perspective, l’évolution des usages de la télévision
participerait à un mouvement de fond qui – nous l’avons souligné –
concerne aussi l’écoute de la radio et de la musique et même la lecture
d’imprimés : les personnes auraient tendance à privilégier les usages
individuels, même quand les autres personnes du ménage sont présentes
pour se libérer des contraintes du « faire ensemble » et regarder un
programme qu’elles sont seules à vouloir regarder ou simplement bénéficier
d’un « moment de liberté ».
La seconde hypothèse, plus prosaïque, aurait tendance à voir dans la montée
des usages individuels le résultat d’une contrainte. Si on considère que les
horaires des conjoints sont de moins en moins coordonnés, notamment en
raison d’une plus grande flexibilité des horaires de travail et du
développement du travail des femmes, alors l’individualisation des usages
renvoie plutôt au fait que la télévision remplit de plus en plus une fonction
de « bouche trous », de substitut de présence pendant les moments laissés
vides par l’absence des autres membres du foyer.
Pour départager ces deux hypothèses, nous avons mesuré, dans le sous-échantillon des adultes vivant en couple, la durée du temps contraint de
chaque conjoint pendant que l’autre peut disposer de son temps. Nous avons
dans cette perspective retenu comme noyau dur des activités contraintes les
temps de travail, d’études et de trajets, dont les horaires dépendent moins de
la volonté des conjoints que les autres activités, considérant que le temps
durant lequel l’un des conjoints travaille ou effectue un trajet, alors que
l’autre n’effectue aucune de ces activités, représente ainsi un moment qu’ils
ne peuvent partager, et en particulier un moment où ils ne peuvent avoir de
loisirs ensemble.
On constate effectivement que ces moments de désynchronisation des
horaires, au cours desquels il n’est pas possible pour les deux conjoints de
partager une activité de loisirs, ont dans l’ensemble augmenté entre les deux
enquêtes : leur total atteint chez les actifs occupés 297 minutes par jour en
1998, contre 209 minutes douze ans plus tôt (le total est resté stable chez les
inactifs et les chômeurs, autour de 129 minutes). Qu’en est-il de l’évolution
du temps de télévision durant ces moments de solitude contrainte des
conjoints ? Il a effectivement augmenté (il est passé de 3 à 9 minutes, pour
les actifs, soit une augmentation de 6 minutes), mais les usages solitaires de
la télévision en dehors de ces plages de désynchronisation contrainte des
horaires ont augmenté de 6 minutes également (17 minutes en 1986,
23 minutes en 1998). Par conséquent, les deux hypothèses –
désynchronisation des horaires et autonomie individuelle – expliquent à
parts égales la progression des usages individuels de la télévision pour les
adultes vivant en couple et exerçant une activité professionnelle.
Ce résultat incite à ne pas voir dans l’individualisation des usages un simple
effet de la volonté des individus de s’affranchir des contraintes et des
négociations qu’implique toujours le fait de regarder « ensemble » une
émission de télévision à un moment donné : même si le temps passé devant
le petit écran pendant les moments de désynchronisation contrainte des
temps de loisirs est dans l’ensemble deux fois et demie moins important que
celui passé également seul alors que l’autre conjoint est « théoriquement »
disponible (9 minutes par exemple chez les actifs en 1998 contre
23 minutes), il n’en reste pas moins qu’ici comme ailleurs, il faut se garder
des interprétations trop systématiques qui ignorent le caractère souvent
multiforme, sinon contradictoire, des dynamiques à l’œuvre.
EFFETS DE VIEILLISSEMENT ET EFFETS DE GENERATION
Les chiffres de mesure d’audience et les données d’enquête nous apprennent
que le temps passé devant le petit écran a tendance à augmenter avec l’âge,
avec une forte accélération dans les années qui suivent la retraite
professionnelle, puis dans les âges plus avancés où les effets du
vieillissement conduisent à recentrer son mode de vie sur le domicile.
On sait toutefois que toute approche diachronique des différences entre
tranches d’âge est difficile, car celles-ci peuvent résulter de trois séries
d’effets. Les premiers relèvent de ce qu’il est convenu d’appeler les effets
de conjoncture : l’accroissement du nombre de chaînes de télévision, la
diffusion à grande échelle du multiéquipement en télévisions, de la
télécommande, et du magnétoscope, entre le début des années 1980 et la fin
des années 1990, sont des événements qui ont touché l’ensemble de la
population française, quel que soit son âge et sa génération. Les deuxièmes
sont liés au processus de vieillissement : le fait d’être passé de 20 à 32 ans
ou de 60 à 72 ans au cours des douze années qui séparent les deux enquêtes
peut conduire à consacrer plus de temps à la télévision. Enfin, les
différences constatées peuvent renvoyer à l’appartenance générationnelle :
par rapport aux pratiques télévisuelles des personnes nées entre 1960 et
1971, celles des personnes nées entre 1972 et 1983, par exemple, peuvent
différer de façon constante, quelle que soit l’année où ces pratiques sont
observées. Si l’effet de vieillissement tient aux processus biologiques et
sociaux attachés au fait de gagner en âge, l’effet de la différence entre
générations dérive plutôt de la fixation et de l’inertie relative de certains
apprentissages, liés aux événements qu’a connu, ou non, chaque génération.
Aussi, pour analyser l’évolution du volume d’écoute et des contextes
d’usage entre 1986 et 1998 aux différents âges de la vie, avons-nous
constitué des tranches d’âge de douze ans – durée entre les deux enquêtes –
de manière à disposer de ce qu’on peut appeler un « pseudo-panel ». Ainsi,
en comparant les pratiques de chacune des sept générations ainsi constituées
en 1998 à celles de la même génération douze ans auparavant, pouvons-nous
suivre l’évolution de leurs comportements vis-à-vis du petit écran entre 1986
et 1998, et la rapporter aux changements intervenus dans leur vie
professionnelle et familiale au fil de l’avancée dans le cycle de vie.
Avant d’analyser en détails les résultats du tableau D, un double constat de
caractère général s’impose : l’augmentation du volume global d’écoute se
vérifie dans toutes les générations, sans exception, et les trois dynamiques
qui l’ont alimenté à l’échelle de la société française se retrouvent dans tous
les cas : augmentation des usages individuels à titre exclusif et à titre
secondaire, ce qui fait que la part relative des usages individuels dans le
volume global augmente dans toutes les générations, et décline en valeur
absolue des usages familiaux à titre principal au profit d’une écoute
exclusive.
Si le caractère général des trois dynamiques à l’origine de la hausse se
trouve ainsi confirmé, leur ampleur relative varie en fonction de la position
dans le cycle de vie. Ainsi, les positions intermédiaires – notamment les
personnes passées de 57 à 69 ans
[19] – sont celles dont le volume global
d’écoute a le plus progressé parce qu’elles sont les seules à avoir
véritablement cumulé les trois dynamiques à l’œuvre : elles ont augmenté de
manière importante leurs usages individuels du petit écran, tant à titre
exclusif qu’à titre secondaire, mais aussi leurs usages familiaux à titre
exclusif, alors que les personnes moins avancées dans le cycle de vie ont eu
tendance à privilégier les premiers et que les personnes parvenues dans les
âges les plus avancés ont, pour leur part, privilégié les seconds.
Effets de vieillissement et de cycle de vie selon les générations
Les personnes nées entre 1972 et 1983 étaient trop jeunes pour faire partie
de l’enquête de 1986, et on ne peut par conséquent connaître l’évolution de
leurs usages de la télévision au cours de la période étudiée. Tout au plus,
peut-on noter que leur profil en termes de contextes d’usage est en 1998 très
proche de celui des enfants et adolescents vivant chez leur parents que nous
avons analysé plus haut, ce qui est normal puisque ces derniers représentent
70 % de cette génération.
La plus faible progression du volume global d’écoute correspond à la
première phase du cycle de vie (13 minutes pour les personnes nées entre
1960 et 1971), au cours de laquelle le temps libre a tendance à se réduire :
les douze années au cours desquelles les personnes de cette génération sont
passées en moyenne de 21 ans à 33 ans correspondent en effet à la phase
d’installation dans la vie adulte et souvent de naissance des enfants, c’est-à-dire au moment où les contraintes matérielles pèsent le plus sur l’emploi du
temps. Plusieurs indices viennent conforter cette hypothèse : d’abord, on
notera que c’est la période du cycle de vie où le temps passé devant le petit
écran en présence d’amis a le plus baissé (passant de 23 minutes à
12 minutes), ce qui montre le déclin de la sociabilité amicale caractéristique
de ce moment de la vie ; ensuite, le contexte d’usage dont la progression est
la plus importante est « regarder la télévision seul à titre secondaire », alors
qu’on sait qu’il est celui qui correspond en général aux situations où le
manque de temps conduit à cumuler plusieurs activités et à tenter de
combiner temps libre et temps contraint ; enfin, dans leur cas,
l’augmentation des usages individuels renvoie plus que dans les autres
générations à la désynchronisation des emplois du temps des conjoints, ce
qui confirme les tensions sur leurs emplois du temps.
Les trois générations suivantes ont connu une augmentation du volume
global d’écoute plus importante, surtout dans le cas des personnes passées
en moyenne de 57 à 69 ans, dont le volume global d’écoute a augmenté de
près d’une heure et demie par jour (87 minutes). Se confirme ici le
caractère décisif, pour la télévision, de ce moment de la vie où les enfants
gagnent en âge et où le temps de loisir à domicile augmente, notamment au
moment de la retraite. Ce sont en effet les spécificités du moment de la vie
traversé au cours de la période étudiée par les personnes nées entre 1924 et
1935 qui expliquent largement le caractère spectaculaire de l’augmentation
du temps passé devant le petit écran : il a été en effet pour beaucoup celui de
la cessation de l’activité professionnelle, qui se traduit par une augmentation
considérable du temps libre, mais aussi, dans de nombreux cas, du départ
des enfants du foyer et pour certains celui de la séparation ou du décès du
conjoint (la proportion de personnes seules a doublé au cours des douze ans
dans cette génération, de 12 à 25 %). Ces différents éléments peuvent
permettre de comprendre que les usages solitaires aient considérablement
augmenté lors du passage de 57 à 69 ans, tant à titre exclusif que secondaire,
au point d’atteindre 43 % du volume global d’écoute, contre 27 % en 1986.
L’ampleur de la hausse a été sensiblement moins importante chez les
personnes passées en moyenne de 69 à 81 ans, pour lesquelles le « choc » de
la retraite s’était produit en 1986. Elle est néanmoins supérieure à la
moyenne (53 minutes) car cette génération a vu au cours des douze années
augmenter en son sein la proportion de personnes seules (de 28 % à 37 %) et
a dû affronter les effets du vieillissement, avec ses conséquences en termes
d’abandon de certaines activités de loisirs exigeantes au plan physique
(jardinage, sports…), deux facteurs en général favorables au petit écran.
Cette phase du cycle de vie a été marquée, comme dans les précédentes, par
une accentuation du caractère individuel des usages (50 % du temps passé
devant le petit écran en 1998 était solitaire contre 38 % en 1986),
notamment sous l’effet de l’accroissement du nombre de personnes seules
lié à la mortalité. D’ailleurs, la génération dans la dernière phase du cycle de
vie, celle des personnes passées en moyenne de 81 à 93 ans, dont le volume
d’écoute global est légèrement inférieur en 1986 comme en 1998
[20], a
accentué cette tendance, puisque les usages individuels, pourtant à un niveau
très élevé en 1986 (51 %) ont continué à progresser au cours des douze
années pour atteindre les deux tiers du total, en raison du déclin des usages
exclusifs en famille lié à la diminution du nombre de couples à ce moment
de la vie.
On voit qu’il n’est pas facile à la lecture du tableau D de défaire l’écheveau
des facteurs explicatifs qui permettent, au niveau de chaque génération, de
comprendre l’augmentation du temps consacré au petit écran. Ainsi, par
exemple, pour comprendre l’individualisation croissante des usages,
génération par génération, il faut tenir compte bien entendu de la proportion
de personnes seules dans chacune d’elles, mais aussi de l’évolution des
comportements au sein des « familles » à la fois en fonction de l’avancée
dans le cycle de vie (en vieillissant, les couples ont-ils tendance à privilégier
les usages individuels ?) et en fonction de la génération (les générations les
plus jeunes ont-elles une « nouvelle » conception du couple et de la famille
qui les conduit à privilégier plus que leurs aînés les usages individuels ?).
Si les usages individuels du petit écran augmentent des générations les plus
jeunes vers les plus anciennes, en 1986 comme en 1998, c’est bien entendu,
en effet, en premier lieu parce que la proportion des personnes seules croît
dans le même sens. Aussi, pour dépasser ce simple constat d’évidence et
comprendre la logique d’un telle évolution, est-il nécessaire de raisonner
exclusivement sur les seules personnes vivant « en famille ».
Quand on procède ainsi en écartant les personnes seules, le constat demeure
valide : les usages individuels ont progressé en parts relatives au sein des
« familles » sur l’ensemble des générations. Toutefois, les nuances sont
sensibles selon la position dans le cycle de vie : la génération qui est passée
de 45 à 57 ans est celle dont les usages individuels ont le plus progressé
(passant de 18 % à 27 % du temps global de télévision) parce que les
« familles » à ce moment du cycle de vie ont cumulé augmentations des
usages solitaires à titre exclusif et à titre secondaire. Les familles moins
avancées dans le cycle de vie et plus soumises aux contraintes liées à la
présence d’enfants en bas âge ont surtout augmenté les usages à titre
secondaire, les plus anciennes faisant l’inverse.
Si on reprend, pour la population des personnes vivant en couple, les deux
hypothèses désynchronisation des temps sociaux versus recherche
d’autonomie, on obtient des résultats qui vont dans le même sens :
l’explication par la désynchronisation des emplois du temps qui fait que les
conjoints regardent seuls la télévision quand l’autre est absent vaut surtout
pour la période de l’installation dans la vie professionnelle et familiale, alors
que celle de la recherche d’autonomie est plus valide pour la génération
passée de 45 à 57 ans, époque de la vie où les horaires de loisirs deviennent
plus convergents. On peut même identifier une troisième phase chez les
couples les plus âgés, au cours de laquelle une meilleure coordination des
horaires se traduit par une forte augmentation de l’usage exclusif « en
famille » et une diminution relative du temps de télévision secondaire seul,
qui correspond souvent – on le sait – à une forte contrainte sur le temps
disponible, conduisant à cumuler les activités.
Effets de génération
Une autre lecture du tableau D est possible : plutôt que de comparer les
résultats d’une même génération à douze ans d’intervalle, pour faire
apparaître les effets de vieillissement et de conjoncture, on peut comparer
les résultats 1998 d’une génération donnée à ceux de 1986 de la génération
précédente qui avait le même âge douze ans plus tôt. Ainsi, peut-on mesurer
les changements intervenus à tous les âges de la vie d’une génération à
l’autre, et évaluer ainsi l’importance des effets de génération.
Les résultats du tableau E relatifs au volume global d’écoute indiquent que
la progression du temps consacré au petit écran a été plutôt faible dans les
jeunes générations et plus accentuée dans les plus anciennes. Les écarts
entre tranches d’âge sont plus marqués en 1998 qu’ils ne l’étaient en 1986
en raison d’un double phénomène. D’une part, la différence entre la
génération qui avait entre 15 et 26 ans en 1998 (génération 1972-1983) et
celle qui avait le même âge en 1986 (génération 1960-1971) est
sensiblement plus faible que la moyenne (22 minutes contre 33), ce qui
semble indiquer que les adolescents et les jeunes adultes d’aujourd’hui ont
marqué le pas par rapport aux générations précédentes, peut-être en raison
du développement du multimédia et de l’internet, dont ils sont les
principaux utilisateurs. D’autre part, à l’autre extrémité de la courbe, les 75-86 ans de 1998 (la génération 1912-1923) ont, à l’inverse, connu une
augmentation de leur volume d’écoute par rapport à leurs homologues de
1986 nettement supérieure à la moyenne (66 minutes).
La majeure partie des différences observées d’une génération à l’autre
renvoient à celles relatives aux usages en famille à titre exclusif qui ont
fortement progressé dans les générations les plus âgées, beaucoup moins
dans les générations les plus récentes : la hausse est par exemple de
37 minutes en passant des personnes nées avant 1911 à la génération 1912-1923,22 minutes de la génération 1912-1923 à la génération 1924-1935,
mais de 4 minutes seulement de la génération 1960-1971 à la génération
1972-1983, toujours à âge égal. En revanche, l’ampleur de la hausse est
presque identique dans toutes les générations pour les usages individuels à
titre secondaire (elle est de l’ordre de 10 minutes) et elle varie assez
faiblement pour les usages individuels à titre exclusif.
Au total, si on raisonne non plus en valeurs absolues mais relatives, ces
diverses évolutions se traduisent par une forte progression des temps
individuels dans les jeunes générations, puisque leur volume global d’écoute
a progressé nettement moins que celui des générations anciennes : à l’âge de
15-26 ans, le temps exclusif seul comme le temps secondaire seul ont
progressé entre les deux générations de 7 % dans les deux cas, alors que la
progression n’a été que de 2 % et 3 % entre les deux générations 1912-1923
et 1924-1935 et qu’elle a été nulle pour les deux générations qui les
précèdent. En un mot, plus les générations sont récentes, plus les usages
solitaires ont progressé entre 1986 et 1998, plus les usages secondaires ont
également augmenté.
Ceci tient en partie au fait que les jeunes générations ont été précocement
familiarisées avec les nombreux appareils audiovisuels qui étaient déjà
présents dans les foyers à leur naissance et qui, en raison même de leur
diversité, poussent à l’individualisation des usages ; les plus anciennes ont
au contraire appris à utiliser la télévision (et avant la radio), dans un
contexte collectif, à leur domicile bien entendu – on pense notamment aux
descriptions que R. Hoggart donne d’un intérieur populaire – mais aussi au
café, qui est resté un lieu fréquent d’écoute jusque dans les années 1960. Les
personnes nées à une époque où les téléviseurs, les magnétoscopes et plus
généralement les écrans avaient déjà investis les foyers entretiennent un
rapport plus familier avec le monde audiovisuel, sont plus habituées à leur
omniprésence dans l’espace privé comme public : aussi sont-elles plus
tentées de considérer le fait de « regarder la télévision » non seulement
comme une « vraie » activité, mais aussi comme une manière de meubler le
silence ou de produire un bain musical ou sonore pour accompagner la vie
courante. D’où leur propension plus marquée pour les usages secondaires du
petit écran exprimée notamment par la génération 1960-1971, dont les
usages du petit écran semblent venir concurrencer ceux de la radio sur leur
terrain d’élection, à savoir les usages secondaires.
Le fait que l’individualisation des usages soit plus marquée dans les jeunes
générations, renvoie probablement aussi – nous l’avons déjà évoqué – aux
transformations de la famille contemporaine que portent ces générations. En
effet, si on admet à la suite des analyses proposées par F. de Singly, que les
conceptions de la vie collective au sein de l’espace familial ont connu une
forte inflexion au tournant des années 1970
[21], il faut convenir que les
familles récemment constituées fonctionnent moins sur le mode
« fusionnel » et sont plus portées à valoriser l’autonomie et la réalisation
personnelle de chacun des membres qui les composent et à s’emparer, de ce
fait, des mutations technologiques favorisant une telle évolution. En un mot,
la famille serait dans les jeunes générations plus conçue comme un cadre
nécessaire à la construction et à l’unification de l’identité personnelle, dans
la mesure où l’autonomie n’a pas de sens sans la présence d’un « autrui
significatif stable
[22] », qui précisément fait défaut aux personnes seules, et,
dans une moindre mesure, aux personnes vivant en ménage monoparental :
paradoxalement, c’est parce que les médias sont utilisés au sein de la famille
qu’ils servent ainsi à délimiter et à renforcer l’autonomie personnelle des
enfants et adolescents mais aussi de chacun des conjoints.
Ainsi, mesure-t-on combien la progression des usages individuels de la
télévision qui a alimenté l’augmentation du volume global d’écoute
s’enracine dans des transformations profondes de notre société. La force de
l’effet de conjoncture au cours de la période étudiée lié au multiéquipement
et à la diversification des programmes est certes incontestable, mais
l’analyse de l’évolution des contextes d’usage laisse penser que les
dynamiques qui ont nourri la hausse sont loin d’être taries : la proportion de
personnes seules devrait continuer à augmenter sous le double effet du
vieillissement de la population et de la diversification des situations
familiales ; et pourquoi penser que la diffusion des nouveaux modèles
familiaux ou la désynchronisation croissante des temps sociaux qui
favorisent l’individualisation des usages au sein des familles vont connaître
un prochain retournement de tendance ? La baisse de l’écoute de la
télévision, annoncée depuis l’avènement du multimédia et de l’internet,
n’est peut-être pas pour demain.
Les deux dernières enquêtes « Emploi du temps » réalisées par l’Insee en
1986 et 1998 comportaient, à côté d’un questionnaire « ménage » et d’un
questionnaire « individu » un carnet d’activités dans lequel les personnes
interrogées devaient décrire l’ensemble des activités exercées au cours d’une
journée en précisant l’horaire de début et de fin, par séquences de 5 minutes
en 1986 et de 10 minutes en 1998, et en indiquant le cas échéant la seconde
activité pratiquée au cours de la même période. Ce carnet a été rempli par
16 047 individus en 1986 et 15 441 individus en 1998.
Pour plus de détails sur la méthodologie des deux dernières enquêtes, le
lecteur pourra se reporter aux numéros spéciaux de la revue Economie et
statistiques : n° 223 pour l’enquête 1985-1986 et n° 352-353 pour l’enquête
1998-1999.
Tableau A.
Les contextes d’usage des médias en 1998
Tableau A. Les contextes d’usage des médias en 1998
Télévision Radio et musique Imprimés
Temps total moyen
(par jour) 176 minutes 84 minutes 35 minutes
Chez soi 94 % 71 % 89 %
En dehors 6 % 29 % 11 %
Seul 37 % 72 % 67 %
En présence d’un membre
du ménage 55 % 19 % 28 %
En présence d’amis 8 % 9 % 4 %
Exclusif 55 % 5 % 53 %
Principal 17 % 0 % 18 %
Secondaire 28 % 95 % 29 %
Champ : population 15 ans et plus
Tableau B.
Evolution des contextes d’usage de la télévision
Tableau B. Evolution des contextes d’usage de la télévision
1986 1998 1986 1998
% du temps total
Ont regardé la télévision… En minutes par jour d’écoute
Seul 41 65 28 % 37 %
exclusif 25 38 17 % 22 %
principal 4 4 3 % 2 %
secondaire 12 23 8 % 13 %
En présence d’un membre du ménage 88 97 62 % 55 %
exclusif 41 54 29 % 30 %
principal 24 20 17 % 11 %
secondaire 23 24 16 % 13 %
En présence d’amis 14 14 10 % 8 %
exclusif 4 6 3 % 3 %
principal 5 4 4 % 3 %
secondaire 5 4 3 % 2 %
Total 143 176 100 % 100 %
Champ : population de 15 ans et plus
·
BERGER P., KELLNER H. (1988), « Le mariage et la construction de la réalité »,
Dialogue, n° 102.
·
CARADEC V., BONNETTE-LUCAT C., (2001), Vieillissement et médias
domestiques, Rapport final, DEP, ministère de la Culture et de la Communication.
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DONNAT O. (sous la direction de) (2003), Regards croisés sur les pratiques
culturelles, La Documentation Française.
·
ESTABLET R., FELOUZIS G.(1992), Livre et télévision : concurrence ou
interaction, PUF.
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loisirs », n° 675, octobre 1999.
·
SINGLY F.(de) (1996), Sociologie de la famille contemporaine, Paris, Nathan.
·
SINGLY F. (de) (2000), Libres ensemble, Paris, Nathan.
[1]
Voir
INSEE PREMIERE, 1999.
[2]
« La télévision est une pratique collective, souvent familiale, les membres de la famille se
réunissent autour du petit écran en prenant leur repas du soir, discutent et jettent un oeil
discret sur le programme tout en surveillant les enfants. La lecture remplit des fonctions tout
autres : c’est d’abord une pratique individuelle ; on peut lire à plusieurs mais chacun reste
dans son coin, et les discussions sur les lectures ne viennent qu’
a posteriori. » Voir
ESTABLET, FELOUZIS, 1992, p. 41.
[3]
Sur le lien entre sentiment de coprésence des membres de la famille et activités partagées,
voir Larmet G., « Médias et relations familiales » in DONNAT, 2003.
[4]
Ces distinctions, écoute principale/secondaire (ou exclusive/parallèle), et écoute
attentive/flottante, se superposent, pour former quatre « styles d’écoute », que développent
CARADEC, BONNETTE-LUCAT, 2001 : « Pour ce qui est de l’écoute de la télévision, on
repère bien ces quatre styles : elle peut être exclusive et attentive ; exclusive et flottante (par
exemple lorsqu’une émission accompagne l’endormissement à l’heure de la sieste ou en
soirée) ; parallèle et attentive (pour qui regarde le journal télévisé en mangeant) ; parallèle et
flottante (la télévision est alors allumée sans que l’émission soit véritablement suivie et
fonctionne, à la limite, comme bruit de fond). » P. 47.
[5]
Il a été demandé aux personnes ayant fait les courses, de la cuisine ordinaire ou de
réception, la vaisselle, le ménage ou du repassage, au cours du mois précédent l’enquête,
d’indiquer si elles considéraient ces six tâches domestiques comme « une corvée », « une
obligation qui ne vous gêne pas » ou « une activité agréable ». Le volume de temps
accompagné par l’écoute de la télévision ne fait guère varier le jugement porté sur les tâches
domestiques : la proportion de personnes les considérant comme une corvée est sensiblement
la même, quelle que soit la quantité de temps où la télévision fonctionne pendant
l’effectuation des activités concernées.
[6]
A titre de comparaison, dans les ménages de deux personnes et plus, ces quatre premiers
contextes d’usage de la télévision rassemblent respectivement 36 %, 14 % 10 % et 9 % du
temps, soit 70 % au total.
[7]
Soulignons que la relation de causalité peut être inversée et qu’on peut également
considérer que les ménages achètent un second téléviseur quand la « demande » d’usages
individuels au sein du ménage devient trop forte.
[8]
Précisons que les familles multiéquipées sont dans l’ensemble, en 1986 comme en 1998,
plus téléphages, plus jeunes, plus souvent avec des enfants et adolescents et que les parents
ont plus souvent un diplôme intermédiaire. D’ailleurs, une régression logistique montre que
c’est aux niveaux intermédiaires de diplôme que attrait pour la télévision, souhait
d’individualisation et revenus favorisent le multiéquipement. Elle montre également que la
préférence des individus les moins diplômés pour un usage de la télévision en famille se
maintient même quand la famille possède plusieurs téléviseurs ;
a contrario, les diplômés de
l’enseignement supérieur privilégient les usages individuels même quand ils n’ont qu’un seul
téléviseur.
[9]
Sur ce point, voir P. Coulangeon, « Le poids de la télévision dans les loisirs », in
DONNAT, 2003.
[10]
Elles représentaient 15,3 % de la population française, contre 14,2 % en 1986.
[11]
A structure démographique constante, c’est-à-dire si la part des personnes seules s’était
maintenue à 14,2 % en 1998, la contribution du temps de télévision des personnes seules à la
moyenne du temps de télévision seul dans l’ensemble de la population n’aurait été inférieure
que de une minute à ce qui a été observé en 1998, suite à ce changement démographique.
[12]
Voir V.Caradec, « Vieillesse et télévision. Diversité des modes de vie et d’usages », in
DONNAT, 2003.
[13]
Pour calculer ces contributions, on multiplie le temps par la proportion de chaque
catégorie (personne seule
versus personne vivant à plusieurs) dans la population totale, on
obtient ensuite l’évolution des contributions en comparant les résultats 1986 et 1998.
[14]
On entend ici par adolescents tous les enfants vivant chez leurs parents, sachant que 86 %
d’entre eux ont entre 15 et 26 ans.
[15]
Voir LARMET,
op. cit.
[16]
Cette tendance se vérifie aussi lorsqu’on raisonne toutes choses égales par ailleurs, grâce à
des régressions linéaires.
[17]
A propos de ces deux fonctions différentes de la télévision, et plus généralement des
médias, voir LARMET,
op. cit.
[18]
Voir notamment SINGLY, 1996,2000.
[19]
Pour simplifier l’énoncé des effets de vieillissement, nous avons retenu le centre de
chaque tranche d’âge : 57 ans correspond aux 51-62 ans, et 69 ans aux 63-74 ans. Nous
procéderons de la même manière dans la suite du texte pour les autres tranches d’âge.
[20]
Ce qui confirme le fléchissement de la durée d’écoute en fin de vie. Sur ce point, on
renvoie à l’article de V. Caradec dans le présent numéro.
[21]
SINGLY, 1996, distingue deux périodes dans l’histoire de la famille contemporaine. De la
Première guerre mondiale à 1968, la centration sur les relations individuelles (qui caractérise
la famille contemporaine) coïncide avec l’institution du mariage. Après 1968, la centration
sur les relations s’accentue, quitte à conduire au divorce quand il n’y a plus de satisfaction
affective.
[22]
BERGER, KELLNER, 1988, p. 6-23.