Réseaux 2003/4
Réseaux
2003/4 (no 120)
310 pages
Editeur
Revue précédemment éditée par Lavoisier

Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

DOI 10.3917/res.120.0271
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Un abonnement.

Ajouter au panier Ajouter au panier - Réseaux
abonnement annuel 2013 160 €

Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.

ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Réseaux

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée
Article précédent Page 271-286

Vous consultezNotes de lecture


Technologies de l’information et de la communication : approches croisées. Sciences de la société d’Alain Rallet et Joëlle Farchy (sous la direction de) par Caroline DATCHARY


L’intérêt croissant des différentes sciences sociales vis à vis des technologies de l’information et de la communication n’est aujourd’hui plus à démontrer. On peut d’ailleurs interpréter la création en 2002 du Groupement De Recherche (GDR) « TIC et Société » (qui se propose d’analyser la diffusion des TIC et des changements socio-économiques qui les accompagnent) comme l’une des manifestations concrètes de cette tendance. Structurer la rechercher en sciences sociales sur les technologies et la société de l’information constitue bel et bien un des objectifs principaux de ce GDR, comme en témoignent deux de ses initiatives concrètes, la réunion d’Avignon en juin 2002 ou les journées doctorales d’octobre 2002. Le numéro 59 de Sciences de la Société, coordonné par Alain Rallet et Joëlle Farchy, deux des trois organisateurs de ces journées doctorales, se propose de donner un aperçu de la teneur des débats de ces deux journées de travail. Neuf contributions ont été retenues.

2 La première est de type programmatique puisqu’il s’agit de présenter les « perspectives de recherche sur les TIC en sciences sociales ». Cela permet de donner une perspective d’ensemble aux huit contributions suivantes qui, beaucoup plus spécialisées, sont autant d’exemples de recherche en cours présentées lors des journées doctorales. A Avignon, quelques mois avant les journées doctorales, des chercheurs de différentes disciplines ont mené une réflexion collective afin de définir des problématiques favorisant la transdiciplinarité. Huit axes, rapportés ici par Eric Brousseau et Frédéric Moatty, ont été définis. Ils s’articulent autour de trois niveaux. Au plan le plus général, se trouve le contexte sociétal marqué par le développement des TIC (axe 1). Ce dernier a engendré un certain nombre de mutations, ce qui constitue le second niveau. Ces transformations peuvent être transversales – régulation des collectifs (axe 2), gestion de la connaissance (axe 3) – ou davantage spécifiques – imaginaire et pratiques sociales (axe 4), économie (axe 5), formes organisationnelles (axe 6), pratiques managériales (axe 7). Le troisième et dernier niveau regroupe toutes les questions d’ordre méthodologique (axe 8).

3 Dans son étude sur la transformation des pratiques concurrentielles et des formes d’organisation de la production induite par le développement du commerce électronique dans l’industrie automobile, Sébastien Tran met en évidence le passage d’une stratégie de quasi-intégration à une organisation en réseau beaucoup plus flexible, dans un contexte de désintermédiation. En effet le développement des TIC permet aux constructeurs de substituer des plates-formes électroniques à certains intermédiaires, ce qui ne va pas sans renforcer leur pouvoir de négociation dans la filière.

4 Autre exemple d’informatisation de la fonction d’intermédiaire, celle des criées au poisson. Thomas Debril et Anne France de Saint-Laurent rendent compte des effets de l’introduction d’un dispositif technique sur la logique économique des différents acteurs concernés, mareyeurs et pêcheurs. En reprenant l’analyse de Michel Callon des cadrages et débordements, ils montrent, de manière claire mais non moins probante, comment l’encastrement cognitif de l’action dû à l’informatisation des criées peut entrer en contradiction avec l’encastrement social du marché, engendrant par-là même des phénomènes de débordements (entente des mareyeurs, rétention d’information par les producteurs).

5 Dans un tout autre registre, Claire Scopsi s’intéresse à l’usage spécifique des appareils de télécommunication dans les quartiers d’immigration. Avec comme toile de fond la problématique de la fracture numérique, l’auteure insiste sur le rôle des téléboutiques comme vecteur de diffusion des TIC dans ces quartiers.

6 Esther Samuelides nous livre une analyse stratégique de la rentabilité de l’adoption d’une nouvelle technologie (WAP ou UMTS par exemple) par les opérateurs de télécommunications mobiles. Ainsi, elle montre que sous certaines conditions, l’opérateur installé a intérêt à segmenter sa clientèle, en réservant la technologie aux clients dotés de la plus grande propension à payer.

7 Yannick Papaix a testé l’hypothèse prévalant dans les années 1990 selon laquelle les Technologies de l’Information induisaient une diminution des coûts de transaction, en reprenant la méthodologie de O.E. Williamson. Fruits d’une analyse empirique exposée de manière très didactique, ses résultats indiquent que c’est effectivement le cas pour les transactions les plus simples et les plus fréquentes. Mais le résultat est plus mitigé pour les opérations plus complexes, et ce d’autant plus que les TI induisent leur propre demande de transactions.

8 La contribution d’Emilie-Pauline Gallié propose une démarche afin de tester l’hypothèse selon laquelle les TIC permettraient de réduire la contrainte de proximité liée à la création collective de connaissances. La diminution de cette contrainte serait affectée à la fois par le degré de sophistication des TIC, ainsi que par la nature de la phase de coopération technologique. Il s’agit d’une grille d’analyse n’ayant pas encore été testée empiriquement.

9 Joëlle Farchy analyse les effets de la diffusion des technologies numériques sur l’industrie cinématographique. Peu convaincue par une substitution totale du numérique à domicile à la fréquentation des salles, l’auteure veut plutôt croire à une logique de complémentarité par le fait notamment d’une consommation de films cumulative. Mais la conclusion la plus intéressante réside sans doute dans les changements de comportement des acteurs économiques de la filière : apparaissent en effet des stratégies de concurrence par les prix, mais aussi par la qualité, via le développement de multiplexes qui, tout en offrant un certain nombre de prestations (salles en gradin, son numérique, etc.), pratiquent des prix concurrentiels en raison des économies d’échelle dont ils bénéficient.

10 Hélène Michel pose la question de l’utilisation du vote électronique. L’étude a été réalisée lors de l’expérimentation de Vandœuvre pendant les élections législatives de 2002. La méthodologie en deux étapes s’appuie sur les chaînages cognitifs de type moyens-fins : des entretiens exploratoires ont été réalisés avec la technique du laddering afin de constituer ces chaînages qui ont ensuite été soumis à une population plus large lors d’une deuxième vague d’entretiens. Les résultats qualifiés par l’auteur d’exploratoires semblent montrer qu’il existe un certain nombre de réticences au vote électronique, notamment parce qu’il conférerait moins d’importance à l’acte même de voter. Si la lecture de l’article trouve une motivation certaine dans l’intérêt de son objet, elle est également recommandée de par la présentation d’une méthodologie pour le moins originale.

11 Produit de journées doctorales, ce numéro rassemble donc logiquement des contributions au degré d’avancement très inégal. Si on peut qualifier certains travaux, certes à des degrés divers, d’aboutis (Thomas Debril et Anne France de Saint-Laurent, Joëlle Farchy, Sébastien Tran, Claire Scopsi, Esther Samuelides), d’autres en sont à un stade exploratoire plus ou moins avancé : l’étude empirique pouvant être inachevée (Yannick Papaix), pas encore réalisée (Emilie-Pauline Gallié) ou simplement nécessiter des tests complémentaires (Hélène Michel). Quant à la première contribution, elle se situe par essence même, dans une perspective de défrichement.

12 Si l’objectif de transdisciplinarité avancé dans le premier texte est hautement louable, dans les faits il n’est pas vraiment atteint. Comme en conviennent les auteurs, les disciplines sont représentées de façon inégale dans les huit contributions qui suivent. On peut ainsi regretter une forte prédominance des problématiques économiques et gestionnaires qui apparaît bien lorsque l’on regarde l’inscription institutionnelle des différents auteurs. Prédominance qui était d’ailleurs moins marquée lors des journées elles-même, puisque si certaines disciplines manquaient à l’appel, le rapport était plus équilibré entre les étudiants inscrits en économie, gestion, infocom et sociologie.

13 Mais ces deux réserves sont finalement intrinsèquement liées à la jeunesse de ce groupe de travail. Et l’on ne peut qu’applaudir à la constitution de ce groupe, notamment en raison de trois caractéristiques principales. En premier lieu, mentionnons l’ambition de transdisciplinarité qui, si elle n’est pas facile à réaliser, n’en demeure pas moins salutaire, notamment pour un objet aussi prégnant que les TIC. Par ailleurs, une attention particulière aux questions méthodologiques apparaît également primordiale dans ce champ de recherche, et ce à un double niveau : quels outils utiliser pour appréhender les transformations liées aux TIC ? Mais aussi, en quoi les TIC donnent-elles accès à de nouveaux modes d’investigation. Enfin, la recherche de visée opératoire est également un enjeu fondamental pour les sciences sociales. A ce sujet, saluons tout particulièrement le texte de Claire Scopsi, dont les enseignements peuvent manifestement déboucher sur des actions concrètes.

14 Alain RALLET, Joëlle FARCHY (sous la direction de), « Technologies de l’information et de la communication : approches croisées », Sciences de la société.

Les multinationales des médias. Principales entreprises mondiales et grands acteurs européens de Frédéric Antoine La malinformation. Plaidoyer pour une refondation de l’information de François Heinderyckx par Jean PASTO

15 « Répertoire descriptif », Les multinationales des médias de Frédéric Antoine (enseignant à l’Université Catholique de Louvain) dresse une cartographie des principaux groupes de communication transnationaux à la date de juin 2002. S’attachant à mettre en lumière leurs structures de propriété ainsi que leurs stratégies d’intégration tant horizontales (maîtrise des différents stades de la production) que verticales (multiplication des supports de diffusion et diversification des activités), cette livraison présente l’intérêt de porter un éclairage sur un secteur d’activité en constante évolution, qui se reconfigurent au rythme des associations, fusions et autres acquisitions. Didactique, cet ouvrage permet de prendre la réelle mesure de la concentration du capital au sein de ces empires de la communication qui, grâce à leurs profits, ont peu à peu investi une part grandissante des capitaux qu’ils ont accumulés dans de multiples entreprises (médias, télécommunications, etc.). Frédéric Antoine propose ainsi une série de courts chapitres où sont portraiturés les principaux acteurs du secteur[1] [1] AOL Time Warner, Vivendi Universal, Disney, Viacom, GE/ NBC,...
suite
. De brefs historiques sont dressés, les principaux domaines d’activité répertoriés et un ensemble de données synthétiques nous est fourni (la répartition du chiffre d’affaires et celle de l’origine des revenus, les principaux actionnaires, les marchés d’implantation[2] [2] Couvrant d’autres secteurs d’activités, c’est également...
suite
, etc.), nous permettant de mieux saisir, en peu de pages, l’évolution paradoxale du secteur économique des médias : une prolifération des sources d’information et de divertissement couplée à une réduction drastique du nombre des opérateurs.

16 Tout en appréciant le travail effectué, le lecteur regrettera toutefois que l’auteur en reste à un niveau essentiellement factuel. Nous aurions par exemple grandement apprécié, dans l’esprit d’une économie politique, une analyse plus poussée des stratégies offensives de ces conglomérats de la communication. Derrière l’apparente situation de concurrence censée réguler le marché selon les règles entendues d’un capitalisme industriel, les oligopoles transnationaux agissent en fait en prédateurs (e.g. les freins légaux sur la concentration sont de moins en moins respectés) et répondent aux appels d’un capitalisme financier qui, faisant de la fusion-absorption le modus operandi du secteur, met en danger le pluralisme et la liberté d’information. Si démonstration est faite que les grands groupes médiatiques comptent parmi les premiers bénéficiaires de la mondialisation libérale, peu d’éléments sont apportés pour penser les conséquences de cette tendance à la convergence des industries culturelles, de l’informatique et des télécommunications. Mais sans doute est-ce là un autre travail.

17 Un travail plus proche des prétentions affichées de La malinformation, l’ouvrage d’un autre enseignant-chercheur belge, François Heinderyckx[3] [3] François Heinderyckx est enseignant à l’Université...
suite
. Dans un tout autre genre, celui de l’essai « délibérément détaché de tout cadre théorique […], de toute référence à la littérature sur le sujet [et] volontairement dénué de tout exemple précis afin d’éviter un ancrage trop conjoncturel associé à des cas très particuliers » (p. 5-6), l’auteur s’attache à montrer à quel point « notre civilisation est malade de son information ». Deux grandes parties structurent cet ouvrage. La première porte sur la notion même de « malinformation » que François Heinderyckx définit comme un processus combiné de « profusion de contenus produits, recyclés et échangés » et de « surstimulation et de saturation sensorielle » (p. 23). La malinformation se présenterait donc comme une « pollution sensorielle », nouvelle forme d’aliénation consommatoire. Couplés aux principaux médias de masse, les services télématiques et de téléphonie mobile contribueraient ainsi à engendrer « un imbroglio sensoriel, qui, malgré certaines réactions d’adaptation conduisant à quelque degré d’immunisation, nous condamne[rait] à évoluer dans une atmosphère largement saturée de stimulations de toutes natures et essentiellement non sollicitées » (p. 22). A cette aune, la « crise endémique de la presse » ne serait par exemple rien d’autre qu’un « mécanisme de protection de l’individu déséquilibré par la tension née de l’explosion de la sphère d’intérêt désormais infinie combinée à une surstimulation pathologique des sens » (p. 26).

18 La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à une critique de l’espace public médiatique et de la production journalistique, les médias étant ici considérés comme des « catalyseurs de la malinformation ». Reprenant à son compte quelques-unes des critiques éprouvées de la sociologie des professionnels de l’information[4] [4] e. g. Accardo Alain et al. , Journalistes précaires, Le Mascaret,...
suite
, François Heinderyckx dénonce l’indigence analytique des médias, leur manque de recul, la tentation du sensationnalisme et du divertissement, le formatage et le rubricage des données, le mimétisme éditorial, la précarité des journalistes, etc. Il termine cette seconde partie et poursuit en conclusion par une hasardeuse analogie entre malinformation et « malbouffe » dont l’heuristique nous échappe quelque peu : « L’ensemble des tendances décrites ci-dessus conduit le public vers une configuration qui est un peu à l’information ce que le fast-food est à la gastronomie. […] Le divertissement et l’émotion sont à l’information ce que les glucides et les lipides sont à l’alimentation… » (p. 79 et 84). Son goût prononcé pour les formules et les imprécations normatives conduit à d’étonnantes affirmations assénées comme autant de vérités : « Comme la malbouffe, la malinformation touche davantage encore les jeunes et les milieux défavorisés. Dans les deux cas, le comportement pathologique ne s’installe pas par ignorance (tout le monde sait bien ce qui est bon et ce qui ne l’est pas), mais par facilité et en l’absence d’effet nocif immédiat » (p. 84).

19 Une critique sans doute un peu facile pourrait suggérer que ce livre participe précisément au processus de malinformation que l’auteur dénonce, c’est-à-dire à la « non-conformité de l’information aux besoins et attentes légitimes » du lecteur. Version édulcorée d’analyses mieux documentées et sociologiquement fondées, La malinformation est à verser au nombre de ces essais qui nous livrent un consommé d’analyses mécanistes prêtes à l’emploi qui, il faut bien le dire, nous laisse systématiquement sur notre faim.

20 Frédéric ANTOINE, Les multinationales des médias. Principales entreprises mondiales et grands acteurs européens, Academia Bruylant, Louvain-la-Neuve, 2002,178 pages.

21 François HEINDERYCKX, La Malinformation. Plaidoyer pour une refondation de l’information, Editions Labor, Bruxelles, 2003,95 pages.

Sondages d’opinion : la fin d’une époque de Dominique Carré et Roger Delbarre par André TURCOTTE

22 « La réponse est oui… Mais quelle peut bien être la question ? »

23 – Woody Allen L’ouvrage Sondages d’opinion : la fin d’une époque de Dominique Carré et de Roger Delbarre exprime, de façon éloquente, un sentiment que tout observateur de la couverture médiatique de la politique a ressenti à un moment ou l’autre au cours des dernières années. Sans pouvoir nécessairement identifier le problème exact, il devient de plus en plus évident qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond avec les sondages. Alors qu’ils furent encore récemment une ressource démocratique indéniable, voire même un exercice scientifique, de récents et nombreux déboires mettent en doute non seulement la validité des sondages d’opinion, mais, par le fait même, leur rôle dans une société démocratique.

24 Le point de départ de cette recherche est la débâcle de 1995. Comme Carré et Delbarre nous le remémorent :

25

« Le dimanche 7 mai 1995, Jacques Chirac est élu à la présidence de la République avec 52,59 % des voix, devançant largement Lionel Jospin. Sur les plateaux des chaînes de télévision, le climat est beaucoup plus serein qu’il ne le fut deux semaines plus tôt. Le premier tour a été en effet marqué par une surprise de taille : Lionel Jospin est arrivé en tête des candidates (23,21 %) devant Jacques Chirac, parvenu à devancer d’extrême justesse, moins de deux points, son rival direct à droite, Edouard Balladur (20,47 % contre 18,54 %). Les sondages d’opinion publiés pendant la campagne forgeaient une tout autre image. La trentaine de ceux-ci realisés par les six grands instituts et publiés les deux derniers mois de la campagne plaçait Jacques Chirac en tête avec un score compris entre 23 % et 29,5 %, devant Lionel Jospin crédité de 18,5 % à 23 % des intentions de vote et Edouard Balladur de 16 % à 22,5 %. » (25)

26 De là vient ensuite la décision inattendue du président Jacques Chirac de dissoudre l’Assemblée nationale en 1997, suivie d’une autre série de sondages douteux.

27 Lorsque les sondeurs se trompent, comme en 1995 pour l’élection présidentielle et en 1997 lors des élections législatives, l’électorat devient témoin de plaidoyers de déculpabilisation. Et c’est bien ce qui est survenu. Mais faut-il aller plus loin ? Les auteurs de l’ouvrage pensent que oui. Ils admettent facilement que depuis plus d’une trentaine d’années, dans les champs politique et médiatique, les sondages s’affirment comme un instrument essentiel de la saisie tendancielle d’une certaine connaissance de l’opinion publique. Ainsi, les auteurs ne semblent pas avoir un point de vue négatif préconçu de l’industrie des sondages. De fait, Carré et Delbarre se soucient peu des déboires des instituts spécialisés. Ils se préoccupent plutôt des conséquences de la couverture erronée. Donc, cette étude n’est ni un mea culpa ni une attaque contre les sondages. De façon spécifique, l’ouvrage se penche sur un aspect particulier des sondages d’opinion, celui de la prévision politique et de ses conséquences. Les arguments sont bien articulés à l’intérieur d’une structure simple et efficace.

28 Carré et Delbarre nous offrent d’abord un survol de la fiabilité et notoriété des sondages. A titre d’exemple, les auteurs nous rappellent que les sondages se sont imposés comme outil de campagne électorale en prédisant en 1936, contre toute attente, le réélection de Franklin D. Roosevelt. (11). En France, il faudra attendre les années 1960 pour que les sondages politiques acquièrent une certaine reconnaissance, particulièrement à la suite du succès médiatique et populaire du sondage électoral en décembre 1965, à l’occasion de la première élection du président de la République au suffrage universel direct depuis 1848. (12) Tout aussi intéressant, le rappel du fait que, depuis 2001, la France détient le record du monde de la publication de sondages à caractère politique ou non, avec près de deux sondages publiés par jour ouvrable. Carré et Delbarre soulignent ce qui pour eux est désormais une évidence : « L’enquête d’opinion est devenue l’accompagnatrice familière des périodes électorales, et des élections présidentielles en particulier. » (12)

29 Par la suite, les auteurs établissent le contexte de leur analyse. Ils examinent les sondages publiés avant la dissolution de 1997 et se concentrent ensuite sur la logique probable des sondages non publiés. Ils veulent connaître l’impact des sondages sur la décision de J. Chirac pour ainsi mieux comprendre comment les politiciens « utilisent » les sondages à des fins politique. S’il y a une faiblesse dans cet ouvrage, nous la retrouvons ici. La validité de l’argument des auteurs repose, en effet, du moins en partie, sur des informations confidentielles auxquelles ils n’ont pas accès. Il doivent donc spéculer sur la nature des données internes qui influencent Jacques Chirac. Néanmoins, ils réussissent à présenter un scénario plausible.

30 Carré et Delbarre se fient beaucoup aux arguments proposés par Loïc Blondiaux et Pierre Bourdieu pour mettre en contexte le rôle des sondages dans une société démocratique comme la France. Ils citent Blondiaux qui soutient que « les sondages sont une construction sociale » (16) et évoquent trois questions importantes soulignées voilà près de trente ans par Pierre Bourdieu à ce propos :

  • l’effet d’imposition des questions,
  • la croyance que la production d’une opinion sur n’importe quel sujet est à la portée de chacun,
  • le coup de force de l’agrégation des opinions individuelles. (19)

31 Mais se sont les faits qui choquent et alimentent la polémique. Deux épisodes en particulier nous font repenser le rôle des sondages et ainsi, ajoutent de la crédibilité à la réflexion des auteurs.

32 Le premier épisode se déroule lors de l’élection présidentielle de décembre 1965. Ce moment implique les Renseignements Généraux (RG) et l’Office Central des Sondages et Statistiques (OCSS). Pour la première fois, les RG, en conjonction avec l’OCSS, mettent en œuvre une investigation à caractère scientifique de l’opinion publique. « Le résultat obtenu relève du « sacrilège » aux yeux du pouvoir en place : il prévoit la mise en ballottage de Charles de Gaulle par François Mitterrand. Le ministre de l’Intérieur Roger Frey, ne veut, ni ne peut y croire. Il commande alors un second sondage, qui donne les mêmes résultats. Faute de pouvoir changer la température, il trafique le thermomètre. Les résultats sont alors modifiés pour qu’il puisse être affirmé que le président de la République en place sera élu dès le premier tour. Le président n’apprendra qu’au soir du 5 décembre 1965 qu’il doit affronter un second tour (qu’il gagnera). » Le même scénario se reproduit à l’approche de l’élection présidentielle de 1981. Christian Bonnet, alors ministre de l’Intérieur, commande un sondage pré-électoral auprès de l’OCSS, qui annonce la victoire de François Mitterrand. Un résultat jugé « inacceptable » par le ministre. Retouché, le sondage devient favorable à Valéry Giscard D’Estaing, président en place. Mitterrand remportera néanmoins l’élection le 10 mai 1981. (39-40)

33 Si de telles manipulations sont possibles, pourquoi se fier, ou même porter attention, aux sondages ? Le propos de l’ouvrage est « d’essayer de comprendre comment et pourquoi les sondages d’opinion prennent sciemment le risque de se tromper, pouvant ainsi, en jouant les apprentis sorciers, mettre en cause la sincérité du scrutin en fournissant de fausses informations présentées, implicitement ou explicitement, comme exactes et pertinentes et induire en erreur, par là même, le citoyen. » (47)

34 A cette question, il y a bien sûr des réponses méthodologiques, et Carré et Delbarre en soulignent trois en particulier :

  • Les questions de l’échantillon et de la marge d’erreur. Ils notent que pour la majorité des enquêtes publiées au cours desquelles un millier de personnes est interrogé les écarts possibles sont de 6,4 %. (49)
  • Le problème se complique et prend de l’extension avec l’apparition du phénomène massif de la diffusion du téléphone portable dont le nombre d’abonnés (34,6 millions) est, depuis septembre 2001, supérieur à celui des abonnés au téléphone fixe (34 millions). Dans cette nouvelle situation, les instituts éprouvent une difficulté plus grande à joindre les jeunes, premiers utilisateurs, et souvent de manière quasi exclusive, du portable. Or, comme il n’existe pas encore d’annuaire pour ce type de consommateurs, les jeunes deviennent sous-représentés dans les échantillons de population. (49)
  • Ces problèmes d’ordre technique inhérents à la nature de l’outil sont aggravés depuis une dizaine d’années par trois principaux types de phénomènes comportementaux des personnes interrogées : la persistance des fausses déclarations d’intentions de vote pour se conformer à des modèles dominants, l’extension des refus de répondre, l’accroissement des pourcentages d’indécis et le recul du moment de la décision. (51)

35 Carré et Delbarre élaborent ensuite leur argument de fond. Ils y arrivent en se demandant si la situation de 1997 fut une anomalie sondagière. Ils examinent le contexte européen pour finalement conclure que les sondages en politique ont une nouvelle fonction, celle de conquérir l’électorat, plutôt que de refléter leurs opinions. De là, nous voyons l’émergence de l’argument central du livre. Le but des sondages est avant tout de conquérir l’opinion. L’hypothèse des auteurs est que la question de la monnaie unique constitue l’hypocentre de la décision de dissoudre en 1997. (57) Ils affirment que :

36

Contrairement aux allégations, nous formulons l’hypothèse que Jacques Chirac ne s’est pas « suicidé politiquement », ni que la gauche a « récupéré » le pouvoir à cause des « bourdes » de la droite et encore moins qu’il a voulu « limiter la casse ». Nous pensons que le président lorsqu’il prend la décision de dissolution de l’Assemblée, formule un véritable choix politique, même s’il apparaît a priori et a posteriori à d’aucun impensable, sinon suicidaire pour sa propre majorité, et peut-être pour lui. En pleine connaissance de cause, il prend le risque de l’arrivée aux affaires de Lionel Jospin et de la « gauche plurielle ». (59)

37 Carré et Delbarre nous forcent à prendre en compte l’hypothèse selon laquelle J. Chirac était convaincu que de cette « cohabitation inversée » le Parti socialiste ne pourrait sortir sans dommage. En d’autres termes, il y avait là un moyen pour la droite de pouvoir remporter les élections présidentielles et législatives de 2002. Tel était le pari de Jacques Chirac.

38 Est-ce vraiment ce qui s’est passé ? Evidemment, ceux qui pourraient répondre à cette question ne confirment rien. Il faut toutefois réfléchir sur les conséquences de ce que Carré et Delbarre proposent. La nouveauté, radicale, selon laquelle, désormais, les sondages d’opinion, s’inscrivent de plus en plus dans une approche marketing et ont pour fonction, dans un positionnement nouveau, tout à la fois d’orienter l’opinion publique et de promouvoir l’image d’une idée ou d’un candidat, n’est pas anodine. Si les sondages ne donnent plus en effet une vision représentative de l’opinion publique, mais deviennent une technology push de communication au profit de différentes causes, il faudra alors reconsidérer leur place dans le processus démocratique.

39 Même si leurs argument ne sont pas sans faille, Carré et Delbarre provoquent le lecteur à considérer que les sondages sont désormais des instruments pour conquérir l’électorat. Ils font écho aux propos de J.M. Lech qui suggère qu’il ne s’agit plus désormais de consulter les études d’opinion à titre indicatif, mais de les intégrer comme des instruments indispensables dans la conquête méthodique de l’électorat. Sondage d’opinion : la fin d’une époque présente donc une réflexion valide et importante, ce qui rend cet ouvrage essentiel pour tout observateur intéressé par les sondages, et en particulier ceux qui sont passionnés par la couverture médiatique de la politique.

40 Dominique CARRÉ et Roger DELBARRE, Sondages d’opinion : la fin d’une époque ?, Paris, L’Harmattan, 2003.

Hitchcock et l’aventure de Vertigo. L’invention à Hollywood de Jean-Pierre Esquenazi par Raphaëlle MOINE

41 Vertigo (Sueurs froides), plus encore que les autres films d’Hitchcock, a fait l’objet depuis sa sortie en 1957 d’une somme considérable de travaux et de commentaires : le film a inspiré des analyses critiques d’inspiration cinéphilique et auteuriste, mais il est aussi devenu, avec l’article de Laura Mulvey Visual Pleasure and Narrative Cinema, paru dans la revue Screen en 1975, l’objet d’étude quasi fondateur de la théorie féministe du cinéma et un exemple privilégié de l’analyse sociale du cinéma américain. C’est précisément à cause de cette multiplicité de discours et d’interprétations, qui font du film « la traduction d’obsessions personnelles » d’Hitchcock ou, au contraire, « l’expression de catégories de pensées partagées par le milieu hollywoodien et le public américain et européen » (p. 212), que Jean-Pierre Esquenazi propose à son tour une analyse de Vertigo, envisagé ici comme un objet inventif. De ce fait, l’ouvrage ne se contente pas d’ajouter une pierre supplémentaire à l’exégèse hitchcockienne puisque l’analyse du film y est encadrée par une réflexion sur les conditions de l’invention à Hollywood et par une proposition théorique et méthodologique – des « éléments pour une sémiotique sociologique du film ».

42 Une définition de l’invention, donnée dans le premier chapitre, irrigue l’ensemble de l’ouvrage et en détermine la démarche. L’auteur commence par souligner les limites des définitions usuelles : elles font de l’objet d’art inventif soit le pur produit du génie individuel d’un artiste, soit le résultat d’une élaboration formelle dont les descriptions formalistes s’assignent pour tâche de dévoiler la structure interne, soit la simple expression de déterminations sociales. Puis, à partir des travaux de Gombrich et de Bourdieu, il propose une définition de l’objet inventif artistique comme une réponse nouvelle, qui fait par la suite événement, à une situation spécifique du milieu, terme qu’Esquenazi préfère au champ bourdieusien. Dans le cas du cinéma, le film inventif réitère et imite les contraintes et les habitudes de son contexte de production (il ressemble donc à d’autres films produits dans ce même contexte), mais il renouvelle aussi la signification de ce contexte, en en proposant une paraphrase qui l’éclaire pour le public de façon inédite. L’originalité de l’ouvrage est de montrer que ce renouvellement n’est pas le résultat d’une fracture, d’une révolution esthétique, mais d’une adaptation décalée d’un cinéaste (dont la trajectoire personnelle s’est construite dans des expériences sociales successives) à un milieu qui l’influence et le contraint. C’est la familiarité d’Hitchcock avec le milieu hollywoodien qui lui permet de l’exprimer de façon inédite et d’en mettre à jour, sans scandale apparent, les mécanismes intimes.

43 La première partie de l’essai, « Introduction à l’analyse de Vertigo », est donc consacrée à une triple description, du milieu hollywoodien, du parcours d’Hitchcock, de la situation d’Hitchcock à Hollywood en 1957, préalables indispensables pour rendre compte à la fois de l’inventivité de Vertigo et de la possibilité de son émergence. Esquenazi expose trois « nœuds de métastabilité » (p. 23), autour desquels le milieu hollywoodien s’organise comme domaine de contraintes et comme domaine de coopération, mais qui sont aussi des points de déséquilibre et de remaniement possibles : le style (c’est-à-dire l’ensemble des procédures discursives admises), le système des genres et le star-system. A la lumière d’analyses récentes du cinéma hollywoodien qui remettent en cause la théorie d’une grande forme hollywoodienne essentiellement narrative, qui aurait supplanté dans le courant des années 1910 une dimension attractionnelle héritée du spectacle vivant, l’auteur fait de l’alliance du romanesque et du spectaculaire le fondement durable du style hollywoodien : il est principalement caractérisé par l’intégration de fragments spectaculaires dans des mondes fictionnels qui requièrent, sur le modèle romanesque, la construction d’un espace subjectivisé et la participation du spectateur.

44 Dans cette perspective, les différents genres apparaissent comme des idiomes du style hollywoodien, des solutions particulières trouvées pour résoudre le problème stylistique posé par une telle intégration. Quant aux stars et particulièrement aux stars féminines, l’auteur rappelle combien leur rôle est essentiel dans l’économie hollywoodienne et souligne surtout combien leur statut est ambigu dans le jeu de pouvoir hollywoodien. Ainsi le film noir, sur lequel Esquenazi revient longuement au fil de l’ouvrage à cause de son importance dans les années 1950 à Hollywood et de son influence sur le travail d’Hitchcock, propose deux sources de spectaculaire (l’exhibition de la star féminine dans le rôle de la femme fatale et la violence) qui sont insérées dans la trame romanesque par le procédé du raccord subjectif : c’est le héros qui découvre la femme fatale, mais c’est la caméra, qui en la détaillant, en fait un spectacle.

45 L’auteur introduit ensuite Hitchcock dans le milieu hollywoodien, en articulant trois facettes de sa persona, l’homme privé – un victorien frustré, le cinéaste – un professionnel, l’auteur – un grand publiciste. On peut regretter que l’articulation de l’homme et du professionnel ne soit pas plus approfondie : elle est seulement esquissée à propos des relations d’Hitchcock avec sa fille au moment du tournage de Vertigo et des rapports du cinéaste avec « ses » stars féminines, véritable point de convergence du « patriarcat hollywoodien » et des relations d’Hitchcock aux femmes et au pouvoir. En revanche, Esquenazi montre de façon brillante comment Hitchcock s’approprie progressivement les pratiques hollywoodiennes à son arrivée à Hollywood. Cette imprégnation se traduit dans ses films par une inflation de la thématique du pouvoir, une féminisation des personnages (qui ne se contentent pas d’agir, mais se regardent agir) et l’émergence de la « blonde hitchcockienne », prisonnière et victime d’une intrigue qui « l’oblige à choisir librement une conduite émancipée au nom de laquelle elle “sera” punie » (p. 67). Ces modifications permettent au récit hitchcockien d’intégrer au récit à énigme de la carrière anglaise du réalisateur le genre du film noir duquel Hitchcock retient essentiellement la sémantique et la syntaxe de la femme fatale : tandis que l’enquêteur masculin (Scottie dans Vertigo), fasciné par l’image de la blonde hitchcockienne, reste suspendu à son propre regard et oscille entre l’impuissance (son acrophobie) et la volonté de pouvoir (façonner Judy à l’image de Madeleine), la femme fatale, incarnée par une star elle-même manipulée par un Hitchcock tyrannique, est un objet du regard et assure la part d’attraction du film. Le film exprime donc, à partir du répertoire générique du film noir, le travail, à la fois hollywoodien et hitchcockien, « qui consiste à façonner une femme afin de réussir un film » (p. 84).

46 La deuxième partie, « Vertigo, un objet inventif », est constituée d’une analyse extrêmement précise du film, qui choisit « d’interpréter le monde fictionnel du film comme une paraphrase du milieu hollywoodien tel qu’Hitchcock l’a expérimenté » (p. 110). Le modèle « sémiotique sociologique » qui guide cette analyse est inspiré de Pavel et Taylor et postule que le film, d’une part, exprime le milieu où il a été conçu et constitue, d’autre part, un monde fictionnel, possible, que le spectateur reconstruit et interprète à partir de ses connaissances de mondes et de milieux réels. La lecture du film montre, séquence par séquence, comment le monde fictionnel proposé par le film se constitue et se transforme (cette stratification permettant par ailleurs d’éclairer les lectures parfois contradictoires du film) et les questions du style, du genre et des stars servent régulièrement de repères pour mesurer l’expressivité du film.

47 Sans entrer dans le détail, soulignons les analyses remarquables du « raccord subjectif ». Le procédé est à la fois expressif, puisqu’il est emprunté au film noir, et inventif, puisqu’il est renouvelé dans Vertigo. Par exemple, dans la cinquième séquence du film, lorsque Scottie voit pour la première fois Madeleine au restaurant, la description littérale des mouvements de caméra et de l’organisation spatiale de la scène révèle que le regard porté par le héros sur Madeleine, sublime icône désignée par le plan, est un « faux » raccord subjectif. Scottie ne peut une fois avoir vu l’image de Madeleine que la caméra nous a présentée. Si tous les commentateurs ancrent cette image dans le regard subjectif de Scottie, cette interprétation n’est possible que parce que le visage du héros semble bouleversé par les effets de la présence de Madeleine (c’est-à-dire par une image qu’il ne voit pas) et parce que l’ancrage de la star sublime dans la vision du protagoniste masculin fait partie de la syntaxe du film noir. Le plan sur Madeleine exprime et détourne donc le raccord subjectif, procédure stylistique emblématique de mise en spectacle de la star féminine dans le genre « film noir ».

48 Plus globalement, le point fort de l’analyse de Vertigo menée par Jean-Pierre Esquenazi est de mettre en lumière comment le film fait de sa propre spécularité un enjeu narratif et du star-system l’instrument du récit, sans pour autant le décrire. La deuxième partie du film, où on découvre que la femme fatale (Madeleine) n’était en réalité que le masque pris par une femme ordinaire (Judy) et où Scottie entreprend de (re)transformer Judy en Madeleine, expose ainsi le projet du héros masculin et du système hollywoodien : « une tentative d’imposer au monde les visions qui habitent son regard » (p. 203). La fin du film, où Hitchcock détourne la loi du genre (en particulier avec la révélation précoce des identités de Madeleine/Judy au spectateur), se fait mythe des origines du milieu hollywoodien : la star est un tableau ou une chimère, mais toujours l’icône d’un désir masculin de domination, une femme fatale construite et réduite en spectacle, dont la fascination, l’acharnement puis la vengeance de Scottie racontent la genèse.

49 Jean-Pierre ESQUENAZI. Hitchcock et l’aventure de Vertigo, l’invention à Hollywood, Paris, CNRS éditions, 2001.

 

Notes

[ 1] AOL Time Warner, Vivendi Universal, Disney, Viacom, GE/NBC, Bertelsmann AG, News International, Liberty Media, Sony, Kirch, Fininvest, Lagardère, Bauer, Burda, Carlton et Granada, Emap, Pearson, EMI, TF1, AB Group, etc.Retour

[ 2] Couvrant d’autres secteurs d’activités, c’est également l’objectif du site <Transnationale.org> (réalisé par l’Observatoire des transnationales) que de fournir « des informations complètes sur les grandes entreprises, notamment le périmètre d’activité commercial et géographique, les conditions de travail et de respect de l’environnement, l’influence sur les processus de décision institutionnels, les dirigeants et administrateurs, la politique globale en matière d’emploi et de contribution à l’impôt, les violations des droits de l’homme et les crimes financiers », http ://www.transnationale.orgRetour

[ 3] François Heinderyckx est enseignant à l’Université Libre de Bruxelles. Il y dirige le Groupe d’Étude des Médias et des TIC.Retour

[ 4] e.g. Accardo Alain et al., Journalistes précaires, Le Mascaret, Bordeaux, 1998 ; Accardo, Alain et al., Journalistes au quotidien. Outils pour une socio-analyse des pratiques journalistiques, Le Mascaret, Bordeaux, 1995 ; Lemieux Cyril, Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques, Paris, Métailié, 2000 ; Neveu Erik, Sociologie du journalisme, La Découverte, Paris, 2001.Retour

PLAN DE L'ARTICLE

Article précédent Page 271-286

POUR CITER CET ARTICLE

« Notes de lecture », Réseaux 4/2003 (no 120), p. 271-286.
URL :
www.cairn.info/revue-reseaux-2003-4-page-271.htm.
DOI : 10.3917/res.120.0271.