2004
Réseaux
Notes de lecture
Sociologie des controverses scientifiques
de Dominique RAYNAUD
par Milos BORSKY
L’architecture est une discipline fascinante parce qu’elle exige un équilibre
optimal entre le processus de créativité et la recherche continue de solutions
issues de fortes contraintes matérielles. Les traces de cet équilibre iront
jusqu’à être gravées dans l’édifice. Des traces matériellement inscrites et qui
manifestent non seulement l’évolution de la discipline comme la
participation de l’homme à la construction de son espace, mais aussi la
représentation de celui-ci. A partir de là, il paraît donc avéré que lorsque
nous parlons d’architecture nous parlons certainement d’édifices, mais tout
autant de la carrière des idées qui permettent leur existence et qui
construisent littéralement la discipline. Car avant tout l’architecture est une
pratique, une activité humaine (par conséquent aussi sociale), et dès lors
l’étude d’une discipline suppose l’examen de son évolution pour comprendre
pourquoi elle se présente comme telle, observable à un instant choisi. Il y a
un parallèle évident à tirer avec la science qui ne peut être simplement
réduite à la superposition des théories qui y sont produites, mais qui
comprend également la manière dont certaines survivent ou dominent : la
controverse fait également partie de la production scientifique et par
extension, du processus de recherche de la vérité.
Dominique Raynaud vient de l’architecture. Certains de ses précédents écrits
visent cette discipline comme activité humaine et par conséquent aboutissent
à être des essais autant d’anthropologie que d’architecturologie. La notion
d’équilibre qui dénote ici non pas une négociation de compromis mais un
optimum, est sans cesse présente dans ses approches. D’une part parce que
D. Raynaud qui embrasse les thèmes de ses recherches dans leur évolution,
choisit sous cette contrainte la complémentarité des apports de différents
courants et nous propose des approches de croisement tels que
l’hybridation
[1], le connexionnisme
[2] ou encore comme dans l’ouvrage qui
nous intéresse, un modèle incrémentaliste sur lequel nous reviendrons.
D’autre part parce que justement, la rationalité est une opération d’équilibre
et que toute démarche sociologique suppose une hypothèse (et par extension
une position) précise sur la rationalité des actants.
Sociologie des controverses scientifiques s’attache à alimenter une des
principales controverses des disciplines sociales, à savoir celle qui tente de
départager une approche relativiste de la science, de celle dite rationaliste.
Trois controverses scientifiques sont au cœur de l’ouvrage : la première
controverse (entre 1859 et 1864) qui confronte l’hétérogénie de Pouchet à
l’homogénie de Pasteur, porte sur l’apparition spontanée ou non d’êtres
organiques, la seconde (première moitié du XIXe siècle) porte sur les
doctrines médicales de l’organicisme de l’école de Paris et du vitalisme de
l’école de Montpellier, et la troisième qui se déroule à Oxford au
XIIIe siècle, oppose les intromissionnistes et les extramissionnistes sur la
réception ou l’émissions des rayons visuels de l’œil. Partant du déroulement
des controverses, l’étude porte en réalité sur la lecture que les sociologues
ont des énoncés scientifiques et par conséquent, sur les conditions de la
survie de la controverse qui oppose les relativistes aux rationalistes.
A partir du moment où le chercheur a l’opportunité d’introduire dans l’étude
des pratiques leur évolution, et c’est le cas des controverses, la position de
D. Raynaud consiste à nous démontrer les déficits qu’implique l’étude d’un
phénomène sous l’angle du relativisme. Ces pertes sont de l’ordre de la
connaissance que nous pouvons avoir des pratiques sociales qui se traduisent
par des opérations de réification de l’objet d’étude. La prise en compte de la
temporalité est déjà en soi un postulat antirelativiste
[3], de plus il est clair que
nous sommes ici en présence d’une position progressiste du savoir, qui n’est
possible qu’à partir du moment où les connaissances se basent sur des
critères de vérité d’une part, et d’autre part que les connaissances aient la
potentialité d’être cumulées, postulats que les relativistes ne peuvent
soutenir. Par ailleurs, j’invite le lecteur à prendre connaissance directement
dans l’ouvrage des éléments qui peuvent composer un programme fort du
relativisme que l’on trouve selon Raynaud (p. 27) chez des auteurs comme
Bloor, Collins, Latour, Wooglar, Mulkay, etc. et qui ne seront pas
développés ici.
Mais Sociologie de controverses scientifiques va au-delà du simple procès
du relativisme et se révèle salutaire pour chaque recherche sociologique :
nous pouvons rejeter les principes relativistes et cependant se sentir concerné
par les fausses pistes qui conduisent à leur conclusion. Car comme il vient
d’être dit, ces méprises ne découlent pas du programme relativiste mais ils
l’engendrent.
D’une manière générale chaque chercheur en études
[4] sociales est conscient
que la sélection des informations, constitutive de son travail d’analyse
[5], sera
déterminante pour ses conclusions. Or s’il est évident pour le chercheur qu’il
doit distinguer les différentes étapes de son travail, le lecteur, lui, va devoir
fournir l’effort d’évaluer le poids de la méthode, de la théorie et des
résultats
[6]. C’est la confusion de ces trois éléments qui efface toute nuance
des relations entre les objets de la recherche et qui pousse le lecteur à prêter
la même définition à des termes comme déterminisme, influence,
interrelation, congruence, correspondance, conditionnement, etc. La
faiblesse d’une approche relativiste réside dans un certain nombre de
confusions de ce genre qui tendent à contaminer la globalité du processus
scientifique avec par exemple la notion de convention. Si l’on peut admettre
qu’une méthode soit le résultat d’une convention, on ne peut affirmer que ce
soit le cas de la théorie, et ainsi de suite. L’ouvrage abonde de précisions qui
vont dans ce sens et qui mettent en évidence en amont l’erreur fondamentale
qui consiste à inverser la direction de la causalité et à confondre la cause
avec l’effet. L’ordre des occurrences est illustré par la notion de la règle
(chapitre 5) et la distinction qu’il y a à faire entre le contenu d’une règle et
son usage. Il en va de même avec les énoncés scientifiques : admettre que
l’usage d’une théorie scientifique puisse être au cœur d’une lutte d’intérêts
entre institutions par exemple, ne garantit pas que le contenu de la théorie
soit déterminé par son usage social. Toutes les controverses choisies par D.
Raynaud démontrent l’indépendance entre les intérêts des actants et leurs
énoncés scientifiques.
Pourquoi une telle confusion est-elle possible ? Parce que, et là nous
touchons au noyau de cette controverse, la sociologie relativiste propose
justement une version locale de la vérité. Alors qu’avec la
vériconditionnalité, la sanction d’un énoncé scientifique réside dans la
preuve de la correspondance entre le monde réel et la théorie, la version
relativiste part du principe que la vérité n’est pas accessible et par
conséquent déplace le poids de la preuve sur la correspondance entre la
théorie et son usage. Autrement dit, sur la « théorie avec elle-même ». Cette
conception de la vérité permet dès lors de placer sur le même plan les
connaissances scientifiques, les croyances religieuses ou magiques, et les
idéologies. Et ainsi de conclure également à la détermination des énoncés
scientifiques par des éléments extrascientifiques.
Revenons, pour finir, sur la propriété qu’ont les controverses à s’inscrire sur
l’échelle du temps. La science avance par tâtonnement, par réaménagement
et reformule ses énoncés à la lumière de nouveaux résultats. Ce long
processus qui est « le vecteur de l’activité critique » (p. 179) a pour fonction
de confronter les hypothèses avec le réel soit en les corroborant et c’est le
principe du vérificationnisme, soit en éliminant les hypothèses fausses, la
falsification, ou encore en proposant des alternatives plus perfectionnées qui
retreignent le champ des possibles et qui par conséquent sont perfectibles à
leur tour. C’est dans cette dernière procédure que demeure le modèle
incrémentaliste proposé par D. Raynaud et qui offre non seulement
l’avantage de concilier le vérificationnisme avec le falsificationnisme tout en
allant au delà, mais également pour ce qui nous concerne, celui de proposer
un rôle à la sociologie dans l’étude de la science. En admettant le caractère
perfectible des théories scientifiques, Raynaud montre qu’une théorie
représente l’état du savoir d’un phénomène donné au stade indiqué. Les
limites que rencontre le processus scientifique sont liées à l’état du contexte
social dans lequel l’activité a lieu : stade des connaissances, technologie,
dynamisme des institutions, etc. Toute une organisation sociale surgit autour
de l’activité scientifique et offre un impact observable pour le sociologue sur
le climat de la productivité mais sans pour autant, et on le voit bien ici,
déterminer l’énoncé scientifique.
Dominique RAYNAUD, Sociologie des controverses scientifiques, Paris,
PUF, 2003.
L’autre mondialisation
de Dominique WOLTON
par Alexis DEMBELE
Une question majeure traverse les 211 pages du livre de Dominique Wolton,
directeur de recherche au CNRS et directeur de la revue Hermès : comment
éviter que les déstabilisations et ravages provoqués par la mondialisation
n’entraînent des replis communautaristes ou irrédentistes, des « chocs de
civilisations » ? C’est dans cette perspective que l’auteur développe la thèse
de la « cohabitation culturelle ». L’identité doit être valorisée dans sa
dimension relationnelle et non comme un refuge. Loin de se réduire à la
simple somme des communautés, la cohabitation culturelle doit être à la fois
le ciment et l’objectif d’un projet politique et social commun. En d’autres
termes, le contraire de l’atomisation néolibérale.
L’auteur invite à constater que trop d’information tue la communication. Il
faut, dit-il, démystifier l’information. Selon lui, pendant de longues
décennies, on a vu dans l’abondance des « nouvelles » et la complexité des
techniques un facteur d’émancipation et même de progrès. Hélas, force est
de reconnaître aujourd’hui que le monde n’en est pas plus compréhensible,
que la communication ne se porte pas mieux. Pire, l’information peut même
devenir un facteur d’incompréhension, voire une source de haine. Elle ne
suffit plus à créer la communication. Transmettre n’est pas synonyme de
communiquer. Pour Dominique Wolton, la clé de compréhension ici (ou
l’obstacle majeur) reste la réception, donc les récepteurs. En rendant visibles
les différences culturelles et les inégalités, l’information oblige à un
gigantesque effort de compréhension. C’est probablement l’une des ruptures
les plus importantes du XXIe siècle. Certes, le monde est devenu un village
global sur le plan technique. Les individus circulent, s’ouvrent au monde,
participent à la modernité, à une sorte de « culture mondiale ». Et l’on
comprend qu’un besoin de défendre une identité culturelle, linguistique,
régionale se fait plus grand. La communication n’est plus naturellement dans
les journaux, sur les ondes des radios et télévisions, ou avec les ordinateurs.
C’est le contenu et l’identité du porteur du contenu, donc la culture, qui
finalement fait la communication. La philosophie politique de la
communication doit intégrer cette nouvelle donne. Ce que l’auteur résume
dans une magnifique formule : « Le monde est fini, mais la diversité des
points de vue sur le monde (la culture) est infini ».
Ainsi, ce sont de vastes chantiers qui s’ouvrent pour demain. Il s’agira de
faire ce que l’auteur appelle une « révolution mentale ». Qui consiste
d’abord à accepter la spécificité des industries culturelles. Dont le problème
principal n’est pas la production d’un nombre croissant d’informations mais
la gestion des visions du monde. La régulation des industries culturelles
permettrait de les sortir de la seule logique financière (cf. la concentration
des multinationales de communication) et les obligerait à remplir une tâche
majeure souvent oubliée : protéger et garantir la liberté de la communication.
En cela, elles appuieraient les nations pour gérer l’homogénéité sociale.
Ensuite, il s’agit d’encourager l’esprit critique en créant des connaissances et
« des attitudes qui permettent de se situer par rapport au monde
contemporain ». Comparer est ici la condition de toute connaissance. C’est là
aussi que les sciences sociales sont d’un grand secours. Pour elles, parler de
culture, c’est parler de relation. Enfin, ce sont les journalistes, constituant le
cœur des enjeux de l’information mondialisée, qui « ont le devoir
d’expliquer de manière simple un monde de plus en plus compliqué ». Ils
doivent être beaucoup plus conscients de la diversité culturelle.
Selon l’auteur, nous vivons aujourd’hui la troisième étape de la
mondialisation. La première étape commença avec la création de l’ONU à
l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Elle a posé les conditions d’un ordre
international basé sur le respect des nations, des cultures, des religions. Et
ce, en vue d’organiser, démocratiquement et pacifiquement, la Communauté
internationale. Puis vint la deuxième étape qui a débuté avec les Trente
Glorieuses. Elle concernait principalement l’économie. Sa ligne de mire ?
L’ouverture des frontières en vue d’étendre au monde entier l’économie de
marché et le modèle du libre-échange. Enfin, la troisième mondialisation, en
plus d’être économique et politique, est culturelle. C’est « l’autre
mondialisation ». Les conditions de son émergence doivent être pensées.
C’est pourquoi Dominique Wolton forge le concept de « cohabitation
culturelle ». Ce paradigme permet de penser les relations de ce que l’auteur
appelle « le triangle infernal » constitué de l’identité, de la culture et de la
communication.
La cohabitation culturelle est donc à la fois une réalité à organiser au plan
mondial, un enjeu politique afin d’éviter que la culture et la communication
ne deviennent des facteurs supplémentaires de guerre, enfin un concept pour
penser les contours et les contenus de la mondialisation. La cohabitation
culturelle pour l’auteur est le troisième pilier de la mondialisation. Les deux
autres étant la politique et l’économie. Construire le troisième pilier de la
mondialisation, c’est tenir compte de la diversité dans tous les domaines.
« En réalité, la fin des distances géographiques révèle l’étendue des
distances culturelles. » Le choix de la cohabitation culturelle balance entre
(sur)-vivre ou périr. C’est l’alternative entre deux symboles. D’après
Wolton, la cohabitation culturelle rend humaine le visage de la
mondialisation de l’information. Et ce, parce qu’elle tient compte des
récepteurs très variés et des espaces publics divers.
Comment gérer la cohabitation culturelle entre communautés ? Comment
donner toute sa place à la dimension culturelle sans pour autant tomber dans
le culturalisme ? Comment penser les rapports entre société, culture,
communication et politique ? Les réponses à ces interrogations éclairent
l’enjeu de « L’autre mondialisation ». Le directeur de Hermès indique cinq
clés de gestion. Qui sont également cinq points de rupture.
Dans un premier temps, il s’agit de noter l’importance du couple culture-communication comme enjeu politique fondamental. C‚est le symétrique de
la mondialisation économique. Une chose est sûre : il n’y a pas de
communication interculturelle possible, ni de gestion de la diversité
culturelle, sans projet politique (au sens d’organisation de la forme et des
contenus). Si la politique échoue, c’est le culturalisme qui l’emporte.
Résumé : une cohabitation culturelle réussie signifie d’une part penser les
relations difficiles entre identité, culture et communication ; et d’autre part,
éviter l’écueil d’un faux cosmopolitanisme aggravé d’un identisme
communautaire, à base ethnique ou culturelle. La deuxième rupture causée
par la cohabitation culturelle, c’est qu’elle nécessite trois actions : la
régulation juridique au niveau national et international ; le renforcement des
institutions internationales pour réguler la mondialisation ; enfin la prise en
compte du triangle identité-culture-communication dans les relations
internationales. Cela passe, dans les trois cas, par une revalorisation du rôle
des Etats-nations, un peu rapidement disqualifié dans la phase d’expansion
de la mondialisation économique où dominait l’idéologie de la
déréglementation. Le troisième point consiste en une impossibilité de choix
entre tradition et modernité dans la construction du troisième pilier. Pour
l’auteur, tradition et modernité doivent toutes deux être conservées,
préservées. Sans hiérarchie. « Aucune dimension ne peut être a priori
exclue, d’autant que la tradition, dévalorisée pendant les cinquante dernières
années, voit son rôle revenir pour contrebalancer l’idéologie de la vitesse et
du déplacement ». S’ouvrir au monde demande d’y circuler. Donc d’user de
plus de repères fournis par les traditions. Il en va de même pour le couple
tradition-modernité qu’il faut compléter par l’appel à l’utopie. C’est-à-dire
une forme d’universalisme qui s’appuie sur l’imaginaire pour rendre ainsi
possible l’organisation pacifique de la cohabitation culturelle. Une quatrième
rupture : le couple culture-communication. Il donne un statut théorique et
valorise le concept de communication. En quelque sorte, les techniques sont
mondiales ; leurs usages sont locaux. Autrement dit il n’existe pas de
communication mondiale. Enfin, la cinquième position est une interrogation
essentielle : comment organiser de manière pacifique et démocratique la
question du rapport à l’autre ? En nommant et en identifiant, serait-on tenter
de répondre laconiquement. En faisant sortir de l’anonymat. Il est plus facile
de s’ouvrir à l’autre quand on se sent reconnu et stable.
Le livre de Dominique Wolton est précisément sorti au moment où le monde
entier avait les yeux et les oreilles rivés sur les négociations de
l’Organisation mondiale du commerce à Cancun (septembre 2003). On sait
que de nombreux militants altermondialistes, comme à l’accoutumée, s’y
étaient donné rendez-vous. Afin que les Etats et les entrepreneurs dans la
mondialisation politique et économique tiennent aussi compte des facteurs
sociaux, des richesses et des héritages culturels. En cela, Wolton trace un
long sillon dans la réflexion et pose un regard qui invoque l’équilibre dans la
vie mondialisée. Sa notion de cohabitation culturelle semble louable.
Cependant, le triangle infernal identité-culture-communication, qui devrait
en être le levier, nous apparaît fragile sans une critique profonde de la
volonté de domination et d’écrasement dans les relations Nord-Sud. L’autre
mondialisation, ne serait-ce pas aussi voir de la grandeur dans la lenteur,
trouver de la richesse dans la non-possession, regarder l’autre tel qu’il est ?
Car : « Apprendre à piloter la diversité culturelle sera demain la vraie
richesse des sociétés. » Tout un programme.
Dominique WOLTON, L’autre mondialisation, Paris, Flammarion, 2003.
En quête d’Europe. Médias européens et médiatisation de l’Europe
de Dominique Marchetti (sous la direction de)
par Armelle Bergé
En quête d’Europe est le fruit d’un programme de recherche collectif qui
s’est attelé de manière concrète, par des enquêtes de terrain ou études de cas
systématiques, à l’épineuse question de l’Europe au travers de différentes
ponctions dans le champ des productions et institutions culturelles et
médiatiques qui se revendiquent d’un regard tourné vers ce territoire. De
l’analyse des circuits communicationnels qui construisent l’Europe en
amont, à celle des productions médiatiques qui l’évoquent plus en aval, la
diversité des angles, méthodes et échelles d’observation utilisée par les
auteurs s’unifie autour d’une question centrale : comment ce territoire
parvient ou non à exister en tant que tel, au cœur des systèmes médiatiques
contemporains, sur un plan géographique, politique aussi bien que
symbolique ?
L’ouvrage coordonné par Dominique Marchetti, dont les propos introductifs et
conclusifs constituent une utile mise en perspective des différentes
contributions propose un voyage dans l’Europe médiatique qui a le mérite de
ne pas s’appuyer sur des catégories de pensées ou notions que l’on peut parfois
trouver, dans certains travaux moins consciencieux, à l’état naturalisé. On ne
parle pas ici d’« identité européenne », d’« européanisation », ou encore
d’« espace public européen » sans précaution. La qualité et la rigueur de cet
ouvrage est en effet soutenue par son constant soucis de remettre en question
ces concepts flous chaque fois que l’analyse de la réalité observée y invite.
C’est en filigrane de chacune des trois parties qui composent ce recueil que le
questionnement sur ces catégories se construit.
La notion d’espace européen est la première à être mise en jeu… et à
imploser. Les cinq contributions rassemblées dans la première partie
déconstruisent sa pertinence comme cadre d’analyse des médias européens et
réarticulent le cadre de compréhension des phénomènes observés sur un
espace complexe, en tension entre un cadre transnational plus vaste et des
ancrages multiples dans des territoires plus spécifiés. Les études qui
nourrissent cette première partie débouchent ainsi moins sur le constat d’une
européanisation que d’une internationalisation des processus de production
de l’information et décrivent plus généralement des phénomènes de
transnationalisation. Les deux premiers chapitres, co-rédigés par Dominique
Marchetti et respectivement, Olivier Baisnée et Eric Darras, sont très
éclairants à cet égard. A partir d’une étude monographique sur le
fonctionnement de la chaîne Euronews, les auteurs décrivent une situation
où, dépendante à la fois des sources nationales des pays membres et des
deux principales agences d’informations audiovisuelles mondiales pour son
approvisionnement en images, la chaîne est soumise à une double tension
entre un espace transnational qui la dépasse voire la menace d’écrasement, et
des espaces de fragmentation qui rendent autrement problématique la
construction de sa spécificité européenne. Ce qui conduit les deux analystes
à écrire que « l’information au même titre que l’ensemble des produits
culturels dits européens se construit en négatif, dans la résistance à la
“domination américaine” sur la production de l’information » (p. 39). La
seconde étude prolonge cette réflexion, en s’interrogeant, un tout petit peu
plus en amont, sur les conditions de production et de circulation des images
d’actualité au sein de l’Union Européenne de Radio-Télévision (UER). Les
auteurs étudient les bouleversements progressifs des modes de production de
l’information au sein de cette institution, en les reliant aux évolutions
récentes de la concurrence sur le marché de l’information télévisée et
montrent ainsi à quel point le projet coopératif des télévisions européennes
est aujourd’hui forcé de s’inscrire dans un espace de considérations très
internationalisé, dont le cadre est en outre largement soumis à la
prédominance des logiques économiques dans le champ de l’information.
Le troisième chapitre questionne l’espace européen sous un angle différent,
en s’intéressant à la consommation des produits audiovisuels (fictions TV,
cinéma, musique) sur le marché européen. Les données statistiques analysées
par Eric Darras démontrent moins une « intégration des cultures
européennes » qu’une homogénéisation de la consommation de produits
culturels américains. Et si le potentiel d’attraction des productions
audiovisuelles nationales offre, en France notamment, une relative résistance
à l’américanisation de l’espace public audiovisuel européen, la
consommation sur les marchés nationaux de productions européennes
demeure souvent marginale. Le tableau dressé en entrée est articulé dans un
deuxième mouvement à l’analyse des limites à la constitution de groupes
médiatiques qui seraient plus européens que nationaux ou internationaux.
Les conditions d’émergence d’un espace culturel porteur d’une spécificité
européenne semblent aujourd’hui limitées, dès lors que les groupes
historiquement enracinés dans leurs territoires nationaux sont aujourd’hui
confrontés à une américanisation accrue tandis que des résistances étatiques
à la constitution de médias proprement européens perdurent.
Le programme le plus emblématique de l’intégration de cultures
européennes que constitue le bientôt cinquantenaire Concours de
l’Eurovision de la chanson semble lui aussi pris dans un processus croissant
d’homogénéisation. C’est en tout cas la conclusion vers laquelle pointent
Philippe Le Guern et Dafna Lemish, au chapitre suivant. Tirant de l’analyse
des caractéristiques des chansons présentées au concours le constat d’une
conformation de plus en plus grande aux standards de la variété
internationale (avec notamment l’emprise croissante de la langue anglaise)
les auteurs s’attachent dans la seconde partie de leur article à mettre en
lumière les conditions structurelles liées à l’organisation du Concours elle-même (notamment le système de vote) qui peuvent fournir une explication
non simpliste au phénomène identifié d’hésitation entre « sentiment national
et culture globale » qu’évoque le titre.
Le chapitre qui clôt cette section adopte un angle d’entrée original, en
observant à la source de la chaîne de production de l’information, le rôle et
les interactions réciproques des ONG et des institutions européennes dans le
cadre de campagnes destinées à mobiliser l’opinion publique. Sylvie
Ollitrault y montre l’importance et la particularité du jeu entre différents
territoires (nationaux, européen, mondial) dans la construction de
phénomènes médiatiques transnationaux. Sur ce terrain un peu à part, les
différentes échelles territoriales impliquées apparaissent moins fortement
dans un rapport d’opposition que dans les exemples précédents. Dans le
champ des mobilisations politiques environnementales ou humanitaires, les
acteurs transnationaux étudiés ici semblent en effet s’inscrire davantage dans
le registre du partenariat, même si l’enjeu pour chacun de garantir son
indépendance demeure très fort.
La deuxième section de l’ouvrage approfondit les thématiques de « l’espace
public européen » et de « l’identité européenne » à partir d’études inversant
la démarche d’enquête : ici, c’est à partir de territoires infraeuropéens que les
chercheurs s’attachent à comprendre comment l’Europe est construite
médiatiquement. Ainsi, après avoir constaté dans la première partie de
l’ouvrage l’influence de logiques transnationales irréductibles à un espace
proprement européen, les articles rassemblés ici mettent clairement en
évidence l’influence des cadres nationaux (champs journalistiques, univers
de réception) dans la construction médiatique de l’Europe.
Le travail d’Olivier Baisnée sur le « microcosme » des journalistes
accrédités à Bruxelles fournit une première illustration saillante de ce
phénomène. L’analyse des principes d’organisation de cette communauté
professionnelle révèle une forte structuration par groupes nationaux de
journalistes qui va à l’encontre de l’idée d’un « eurojournalisme » unifié ou
en voie de l’être. La perspective comparative adoptée par l’auteur met en
outre au jour de grandes différences dans les manières de rendre compte de
l’actualité politique de l’UE entre journalistes français et britanniques. Plus
spécifiquement, l’auteur constate une évolution récente du « journalisme
communautaire » français qui passe, à la faveur d’un renouvellement
générationnel partiel, d’une couverture technicienne et institutionnelle de
l’actualité bruxelloise à une couverture plus politique, faisant écho à
l’émergence dans le champ médiatique hexagonal d’un journalisme politique
d’investigation. L’étude symétrique du corps de presse britannique montre à
son tour l’empreinte des traditions journalistiques d’outre-Manche sur la
manière dont est produite l’information européenne en provenance de la
capitale belge : passée au filtre de la politique intérieure, et publiée dans les
pages qui lui sont consacrées au sein d’une presse quotidienne
traditionnellement structurée en fonction de clivages politiques,
l’information européenne apparaît en quelque sorte comme « nationalisée »
et son traitement renvoie également à la ligne éditoriale propre des journaux.
En écho à cet article peut être placé celui de Jean Chalaby, qui évoque
l’importance du cadre national de réception – i.e. les caractéristiques et
attentes (réelles ou supposées) de l’audience autant que l’état de la
concurrence sur le marché audiovisuel – autour du cas de la création d’une
déclinaison britannique de la chaîne d’information sportive Eurosport :
British Eurosport, qui rend compte de l’actualité sportive internationale « à
partir d’une perspective anglaise » (p. 239). D’après l’auteur, l’adaptation de
la marque et de la programmation de la chaîne paneuropéenne témoigne à la
fois de l’intégration économique des médias européens et de la persistance
de grilles de lecture nationales, irréductibles les unes aux autres, et ce dans
un domaine aussi internationalisé que le sport.
Enfin, les deux contributions centrales de cette partie, questionnent à partir
d’une analyse nourrie du contenu et des méthodes discursives employées, la
façon dont l’Europe a été « imaginée » et le lecteur européen « inventé » par
l’hebdomadaire d’information L’Européen d’une part, et la revue de presse
européenne de France Inter d’autre part. Ces deux chapitres très riches font
ressortir l’extrême complexité de l’entreprise dans laquelle se sont lancée
ceux qui ont porté ces projets médiatiques originaux, qui ont d’ailleurs
connu des succès fort différents. Erik Neveu montre ainsi comment
« l’européanité » au cœur du projet éditorial du magazine est une réalité
impalpable, un « signifié mou, doté de la paradoxale propriété de chercher à
valoriser un “nous” sans véritablement définir un “eux” extérieur au monde
communautaire » (p. 186). La démarche pourtant volontariste et à bien des
égards novatrice de l’équipe rédactionnelle semble s’être heurtée au cumul
des déficits de l’Europe (symbolique, démocratique, identitaire) dans la
construction journalistique qu’elle cherchait à en faire. Les orientations
éditoriales du titre, entre un perspectivisme supranational peu attractif et
souvent abstrait (le marché, les institutions) et un comparatisme culturel et
social peinant à dépasser les stéréotypes pour capturer sous les traits de la
diversité un principe d’articulation capable de donner chair à l’idée
européenne, ne sont pas parvenues à trouver un lectorat suffisamment large
sur ce segment de la presse-écrite dont, par certaines implications de ses
choix, L’Européen a, par ailleurs, bousculé certaines conventions.
S’intéressant à la revue de presse européenne d’Alex Taylor diffusée sur
France Inter à la charnière des années 2000, Christian Le Bart souligne quant
à lui « le coup de force discursif » réalisé par le journaliste, qui parvient à
fabriquer « un lieu virtuel d’énonciation européen » à destination d’un
« lecteur sociologiquement improbable ». L’auteur analyse cet étrange
dispositif d’énonciation à différents niveaux, en s’intéressant à la fois, à son
public potentiel, aux transformations que subissent les locuteurs initiaux, et
aux caractéristiques des énoncés mobilisés. Si la matière première discursive
sélectionnée et manipulée par Alex Taylor est une fois encore très marquée
par les références nationales, au fil de l’analyse, le jeu des territoires apparaît
dans une relation dialectique inextricable.
Dans une brève dernière partie, l’ouvrage descend encore d’un cran dans
l’échelle des territoires infraeuropéens, pour questionner l’Europe à partir
des régions et des terroirs. Roselyne Ringoot et Jean-Michel Utard livrent ici
une analyse comparée du traitement de l’actualité européenne dans le journal
Ouest France et dans Les dernières nouvelles d’Alsace à l’occasion des
élections européennes de 1999, tandis que l’opus final, rédigé par Pierre
Leroux et Philippe Teillet, présente une réflexion originale sur « l’Europe en
creux » que dessinerait la montée en puissance depuis le milieu des années
1980 de contenus télévisuels valorisant la diversité des terroirs ou jouant sur
un registre de proximité. Bien que les auteurs s’appuient en particulier sur
l’exemple du journal de 13h de TF1 qui exprime cette tendance de façon
caractéristique, on ne trouvera pas ici à proprement parler une analyse de
contenu, mais au détour d’une réflexion sur la pertinence des lectures
politiques des médias, ce chapitre offre une perspective intéressante sur une
manière de chercher l’Europe là où a priori elle ne se trouve pas.
De ce voyage à la recherche de l’Europe médiatique, le lecteur reviendra
sans doute repu et enrichi. Malgré tout, s’il y avait une réclamation à faire au
commandant de bord, ce serait sans doute qu’au terme de ce parcours riche
d’escales variées, la boucle ne soit pas totalement bouclée : face au
foisonnement d’éclairages sur la manière dont l’information européenne est
produite à différentes échelles, le silence des premiers concernés, les
Européens, lecteurs, téléspectateurs, auditeurs et citoyens de ce territoire en
construction perpétuelle, ne résonne que plus fort. Il ne reste alors plus qu’à
espérer que les auteurs, ou d’autres, convient les lecteurs alléchés par ce
premier opus à un second voyage, qui les conduirait cette fois davantage vers
les côtes escarpées de la réception médiatique en Europe.
Dominique MARCHETTI (sous la direction de) En quête d’Europe. Médias
européens et médiatisation de l’Europe., sous la direction de Dominique
Marchetti, Presses Universitaires de Rennes, 2004,301 pages.
La géopolitique de l’internet
de Solveig GODELUCK
par Pascal FARAH
L’augmentation de la vente d’ordinateurs et la révolution micro-informatique, associées au bas prix de la connexion au réseau internet offert
par les entreprises privées, ont permis aux internautes d’accéder facilement
aux services en lignes, et a provoqué à partir de 1988 un doublement annuel
des usagers.
Avec cette évolution, la géographie des territoires ne peut plus être
considérée de façon traditionnelle. Les frontières des Etats-nations se voient
virtuellement abattues par une manière inédite de concevoir l’espace, ce
dernier étant reconfiguré par la possibilité nouvelle d’accéder à plusieurs
données, dans n’importe quel pays du monde, depuis chez-soi et à n’importe
quel moment. Par conséquent, la communication et les relations entre les
individus ont subi une mutation radicale dans ces dernières années, mais
cette transformation est loin d’être homogène. Elle a concerné surtout
l’Amérique et les pays occidentaux en défaveur de ceux qui n’ont pas pu
s’adapter et bénéficier des avantages qu’offre la vie en ligne. La
digitalisation a donc crée une fracture numérique, un fossé entre les pays
riches et les plus pauvres en accentuant encore plus cette différence.
Le développement des réseaux internet tourne autour d’une seule Nation :
l’Amérique, qui est le plus grand producteur de Net-services. Les grands
monopoles comme Microsoft et IBM en sont un exemple. La mondialisation
des américains est en marche et la plupart des sites web sont les « .com » en
langue anglaise mais aussi les plus grands serveurs sont mondialisés (voir
Yahoo, Google, etc.). Il y a une sorte d’émulation qui porte la population à
passer de consommateur à producteur d’informations.
Les instruments qui permettent de « vivre » virtuellement, notamment le
réseau internet, ont perdu leur capacité décentralisatrice en faveur des grands
monopoles américains. Ce nouveau espace a généré une géopolitique sans
précédents où les dangers, les conflits et les guerres ont des caractéristiques
absolument nouvelles. Des régulateurs cherchent à créer des codes qui
deviennent les lois des internautes, mais encore une fois ce sont les grandes
entreprises américaines qui dictent les droits. L’accent est mis constamment
sur les marchands et leurs actions.
Par contre, du point de vue de la communication, la décentralisation existe
par le fait qu’il est possible de communiquer, d’interagir en absence de
l’interlocuteur (avec l’e-mail), de s’adresser à plusieurs personnes à la fois
(liste de diffusion), de parler en même temps avec les autres (salon de
discussion), de se réunir (forum) et ouvrir les débats (weblogs). C’est
dimension horizontale de la connectivité est inédite. En effet, les moyens
classiques de communication, comme la télévision et la radio, offrent une
très faible interaction avec les autres utilisateurs. Le téléphone aussi parce
qu’il limite la conversation entre deux personnes. L’informatique offre donc
une communication asynchronique de plusieurs émetteurs vers plusieurs
récepteurs, et ceci à bas prix.
La diffusion de la communication médiatique a crée ce que Godeluck appelle
le technopouvoir. Cette notion, introduite par l’auteur, est importante et
pertinente parce qu’elle dénote une redéfinition des rapports de pouvoir entre
ceux qui produisent et ceux qui utilisent la technologie : il en ressort une sorte
de passivité du consommateur envers les modalités d’utilisation de la
technologie. Au lieu de les choisir, il subit les décisions des grandes
entreprises et le choix devient donc celui de suivre les règles du marché de
l’informatique, qui est prédéterminé par les grands producteurs de technologie.
Selon le sociologue Tim Jordan, le technopouvoir est quand même
préexistant à la naissance de l’internet et il existe aussi en dehors de ce
domaine (par exemple dans l’architecture). Il le définit comme « l’oscillation
constante ressentie par les utilisateurs de la technologie entre la technologie
en tant que “chose” inerte, asociale, et sa manipulation en fonction de
“valeurs” incarnées et sociales
[7] ». Le technopouvoir est une sorte de spirale :
ceux qui ne font pas partie de l’élite dans le cyberespace et veulent en
devenir « membre » utilisent les technologies des grandes entreprises en
ligne en favorisant encore plus leur pouvoir. La vie social en ligne est donc
réglée par le technopouvoir des privés.
La naissance du commerce électronique (e-commerce) est bien soulignée par
l’auteur du livre qui le considère comme étant le responsable de l’évolution
de l’internet. L’accent est mis surtout sur les aspects économiques et il en
présente de manière assez exhaustive les différentes données techniques. Les
conséquences sociales de la diffusion du Net sont présentées seulement
marginalement. Le sens sociologique de ce qui est présenté est laissé au
lecteur, ce qui fait que dans certains passages l’ambiguïté prédomine et
plusieurs interprétations sont possibles. Par exemple, au moment où il parle
de la fracture numérique (de façon trop superficielle et rapide vu que ce
phénomène est dû surtout à l’internet et est en relation avec la notion de
géopolitique liée au virtuel, qui est le sujet principal du livre), seul son
existence est soulignée mais les conséquences réelles ou possibles pour
l’avenir sont laissées à l’imagination du lecteur.
Un aspect que l’auteur met en évidence en faisant une distinction entre
propriété intellectuelle et privacy est la question de la protection des données
personnelles. La sécurité est largement traitée dans le livre et paraît être un
des points d’interrogation sur lequel il apporte beaucoup d’explications
techniques mais peu de réflexions sociologiques.
Pour Godeluck, le réseau donne à ses usagers une immense liberté de
créativité ainsi que la possibilité de partager. Cela signifie que la création du
sens est assez libre : l’internaute, à travers l’internet, peut s’exprimer de
manière quasi totalement libre et a la possibilité d’interpréter, de créer, de
concevoir, d’imaginer, etc., d’une façon absolument libre et personnelle. La
difficulté est liée à la grandeur du Net qui fait d’une idée ou d’une pensée un
petit point parmi une multitude toujours croissante de concepts : c’est le
problème de la visibilité dans le monde internet.
Les avantages offerts par l’internet sont multiples : facilité d’utilisation,
possibilité de rechercher les informations de n’importe quelle nature,
communication virtuelle avec les autres utilisateurs, etc. Si les potentialités
sont nombreuses, les difficultés ne manquent pas, notamment les différences
économiques et techniques qui marquent la possibilité d’accès aux réseaux.
Bien que l’ouvrage de Godeluck montre bien les avantages et l’évolution du
Net et donne une idée assez complète de la modernité de la vie
contemporaine, des nouveautés et des possibilités dont peut bénéficier
l’individu, il délaisse les conséquences sociologiques d’une telle évolution.
Solveig GODELUCK, La géopolitique de l’internet, Paris, La Découverte,
2002.
[1]
Raynaud D.,
Cinq essais sur l’architecture, Paris, L’Harmattan, 2002.
[2]
Raynaud, D.,
L’Hypothèse d’Oxford. Essai sur les origines de la perspective, Paris, PUF,
1998.
[3]
J’entends par-là qu’une dimension temporelle indique ici un processus d’évolution par
étapes (découvertes et changements progressifs) et que l’état de connaissances que nous avons
d’un phénomène particulier qui par ailleurs ne nous apparaît pas instantanément, suppose déjà
en soi l’agrégation des savoirs, et qui contredit l’incommensurabilité des connaissances
proposée par les relativistes.
[4]
C’est délibérément que je m’efforce de ne pas employer le terme de science pour les
disciplines sociales ; position personnelle dont le développement n’a pas sa place ici.
[5]
Qui est à proprement parler l’opération de l’abstraction puisque l’action sociale n’a pas
besoin de son explication pour exister puisqu’elle la précède.
[6]
Et dans le même ordre d’idées, c’est parfois à la charge du lecteur de faire la différence
entre le contexte de découverte et le contexte de justification.
[7]
Jordan Tim,
Cyberpower. The Culture and Politics of Cyberspace and the Internet,
Routeledge, London, p. 100.