2004
Réseaux
La gratuité à la croisée des nouveaux modèles d’affaires sur l’Internet
Godefroy Dang nguyen
Thierry Pénard
La gratuité est omniprésente sur l’internet. Si dans la sphère non marchande,
elle s’inscrit assez naturellement dans une logique de don contre-don, elle est
plus difficile à interpréter dans la sphère marchande. L’objectif de cet article
est précisément d’examiner le rôle de la gratuité dans les activités
commerciales sur l’internet. Nous montrons qu’elle ne se réduit pas à un
modèle classique de média, fondé sur la valorisation de l’audience, mais
s’inscrit plus largement dans un processus de coproduction de services
marchands. Ainsi, la plupart des acteurs marchands sur l’internet s’appuient
sur les échanges gratuits d’information, notamment sur la propension des
internautes à donner leur avis et conseiller gratuitement les autres, pour
construire des modèles d’affaires économiquement viables.
Free sharing is everywhere on the Internet. In the non-commercial sphere it
corresponds quite naturally to a gift and counter-gift logic; in the commercial
sphere it is more difficult to interpret. This article examines the role of free
sharing in commercial activities on the Internet. We show that it cannot be
reduced to a classical media model, based on the audience’s valorization, but
fits into a broader process of co-production of commercial services. In order
to construct economically viable business models, most commercial actors
on the Internet rely on free sharing of information, especially on Internauts’
propensity to offer opinions and advice free of charge.
Si le nombre d’internautes ne cesse de progresser dans le monde
depuis le début des années 1990, les activités commerciales sur
l’internet connaissent une croissance moins soutenue. Si l’on prend le
cas de la France, le commerce électronique dépasse désormais largement le
Minitel en termes de chiffre d’affaires, mais l’éclatement de la bulle
spéculative a suscité un profond scepticisme sur les chances de réussite de
bon nombre d’entreprises de la « nouvelle économie ». Plusieurs grands
groupes industriels français qui s’étaient massivement lancés dans
l’ouverture de sites en ligne (notamment les grands distributeurs Carrefour,
Auchan, Casino) ou dans la prise de participation de « start-up » (Arnault,
Pinault-Printemps-Redoute…) ont revu leurs ambitions à la baisse et se sont
largement désengagés. Il peut sembler paradoxal, alors que les usages et
applications de l’internet se multiplient dans le monde, que les acteurs
marchands rencontrent autant de difficultés à rentabiliser leurs
investissements. Faut-il relier ceci au poids élevé des activités et
contributions non marchandes sur l’internet qui tendraient à imposer la
gratuité comme modèle dominant ?
Celle-ci est en effet omniprésente : dans les sites d’information et les
portails, dans le peer-to-peer entre fournisseurs d’accès et transporteurs, et
même chez certains fournisseurs d’accès internet vis-à-vis de leurs clients.
Elle s’accompagne en outre de nombreux comportements de coopération (au
sein de communautés, dans le peer-to-peer, les logiciels libres). Si dans la
sphère non marchande, elle s’inscrit assez naturellement dans une logique de
don contre-don, elle est plus difficile à interpréter dans la sphère
marchande
[1]. Doit-on y voir une contamination du marchand par le non
marchand ? Ou s’agit-il tout simplement d’une tentative des acteurs
marchands d’appliquer à l’internet le modèle media, fondé sur le
financement indirect, qui conduit à offrir « gratuitement » des prestations
aux usagers ?
L’objectif de cet article est d’étudier la place et le rôle de la gratuité dans les
activités marchandes sur l’internet. Nous défendons l’idée qu’elle ne se
réduit pas à un simple « modèle média » fondé sur la valorisation de
l’audience, mais s’inscrit plus largement dans un processus de coproduction
de services marchands. Ainsi, la plupart des acteurs marchands sur l’internet
s’appuient sur les échanges gratuits d’information, notamment sur la
propension des internautes à donner leur avis et conseiller gratuitement les
autres, pour construire des modèles d’affaires économiquement viables.
Ceux-ci tirent leur valeur des fortes synergies entre échanges gratuits et
échanges payants sur l’internet. De telles synergies se retrouvent certes sur
les marchés physiques, mais la spécificité de l’internet tient à leur ampleur.
L’internet permet en effet de produire et d’échanger à très grande échelle des
informations gratuites qui sont autant de ressources à la disposition des
entreprises du Net pour produire des services marchands payants.
Le papier est organisé de la façon suivante. La première section s’attache à
définir les notions de gratuité et de marchand/non marchand et souligne la
fragilité financière de la « filière internet », étant donné l’ampleur des
échanges gratuits d’information. Dans la deuxième et la troisième section,
nous analysons plus en profondeur les conditions de succès des acteurs
marchands sur l’internet. Nous montrons que les modèles marchands
économiquement viables sont ceux précisément qui ont su tirer partie de la
gratuité et de la coopération en ligne. Les cas d’Amazon, d’eBay ou
d’Autobytel illustrent bien cette démarche : ce n’est d’ailleurs pas un hasard
si ces trois entreprises ont été toutes bénéficiaires en 2003. La conclusion
s’attache à montrer combien les synergies entre échanges gratuits et payants
dépassent le simple cadre de la « filière internet » et conditionnent
l’évolution à long terme des « économies fondées sur la connaissance ».
LES MODALITÉS D’ÉCHANGE D’INFORMATION
DANS LA « FILIÈRE INTERNET »
Les fondements de l’échange gratuit d’information sur l’internet
L’internet est un ensemble de réseaux informatiques reliant des millions
d’ordinateurs qui échangent des informations numériques. Certains de ces
échanges donnent lieu à compensation monétaire. Ces échanges payants
s’opposent aux échanges gratuits qui eux ne comportent aucune contrepartie
monétaire. Une autre distinction apparaît entre activités marchandes et non
marchandes. Les premières peuvent être définies comme des mécanismes de
création de valeur pratiquées par des acteurs marchands, c’est-à-dire ayant
vocation à faire du profit, ou tout au moins à équilibrer leurs comptes par
l’échange payant. Les activités non marchandes seront celles d’acteurs
n’ayant pas vocation à équilibrer leurs comptes par l’échange payant, soit
parce qu’ils ont par ailleurs des sources de financement garanties,
indépendantes de l’échange (impôts), soit parce que cette activité leur
procure une utilité intrinsèque (consommation individuelle).
En première analyse, échange gratuit et activité non marchande semblent se
recouper. Mais, ce n’est pas tout à fait vrai si l’on considère les modèles
d’affaires fondés sur des financements indirects de type publicitaire, appelés
aussi modèles media. Dans ce cas, un acteur marchand (une firme media)
établit un échange gratuit avec des consommateurs de programmes. Dans le
même temps, cet acteur marchand établit un échange payant avec un autre
acteur marchand (l’entreprise qui propose un message publicitaire) : il lui
vend de l’audience, ce qui permet à la firme media d’équilibrer ses comptes,
voire de faire du profit.
Une autre définition importante pour notre propos est celle de l’information,
que l’on assimile parfois à la notion de connaissance. Il convient pourtant de
les distinguer, ce que l’on peut faire avec un exemple. Quand le feu de
signalisation passe au vert ; le passant reçoit une information :
l’environnement visuel a soudain changé en un point précis. Mais pour
traiter cette
information, il doit posséder une
connaissance : il sait que les
véhicules passent à grande vitesse au carrefour, mais qu’ils s’arrêtent quand
le feu est rouge. Cette connaissance lui permet ainsi de
valoriser cette
information (le changement de couleur dans le feu est un signal très
important) et d’
agir (le passant traverse ou s’arrête). L’information
représente donc un input, une matière première pour la connaissance qui,
elle, est essentiellement « entreposée » dans les cerveaux humains pour la
décision et l’action
[2]. La connaissance est donc
cumulative et
finalisée :
l’individu, grâce à cette accumulation, améliore ses processus de décision et
d’action. Mais en contrepartie le mécanisme d’acquisition est coûteux et
difficile, en raison de la capacité (cognitive) limitée dudit individu. Du coup,
la connaissance n’est pas complètement un bien public, disponible pour tous
sans que personne n’en soit écarté, mais plutôt un bien club, l’exclusion étant
possible
[3].
En revanche, l’information a toutes les propriétés d’un bien public : le signal
de changement de couleur du feu est disponible pour chaque individu
possédant le bon capteur pour la saisir. On peut certes privatiser
l’information en l’associant à un support matériel (que l’on appelle
contenant, l’information devenant le contenu). Le bien système (contenant +
contenu) ainsi constitué peut faire l’objet de droits de propriété et d’échange,
puisqu’il est devenu bien privé. Mais avec la numérisation et l’essor de
l’internet, l’association de l’information avec un support matériel n’est plus
nécessaire. L’internet permet d’acheminer l’information où que ce soit, dès
lors que le récepteur dispose du capteur (un terminal et un logiciel). La
numérisation et l’internet renforcent donc le caractère bien public de
l’information.
Certes la privatisation est toujours théoriquement possible, à travers des
brevets, droits d’auteur ou technique de cryptage. Mais ces opérations de
protection sont très coûteuses sur des biens numériques. Le producteur
d’information numérisée, en renonçant à une valorisation commerciale (en la
distribuant gratuitement sur l’internet), peut éviter les coûts de restriction
technique de l’accès (protection, cryptage, etc.) et les coûts de protection
juridique de ses droits (coûts des procès contre le piratage, etc.).
De plus, la valorisation commerciale de l’information est une activité très
risquée car il s’agit d’un
bien d’expérience
[4]. On ne peut connaître sa valeur
qu’une fois l’achat effectué. La disposition à payer du consommateur sera
donc amputée d’une prime de risque compte tenu de la probabilité non nulle
que l’information payée soit totalement inutile pour l’acheteur. Au total, la
vente d’information présente d’importants
coûts de transaction et il n’est pas
étonnant que la plupart des informations disponibles sur le web soient
finalement gratuites.
En outre, pour de nombreux internautes la décision de fournir gratuitement
de l’information est en partie fondée sur l’anticipation que d’autres auront la
même démarche : c’est la logique bien connue dans les sociétés primitives de
« don contre don » (M. Mauss). Mais alors que dans ces sociétés de telles
anticipations se fondaient sur l’immobilité et la récurrence des relations
sociales, qui garantissait la possibilité de représailles en cas de refus de
réciprocité, sur l’internet il n’y a pas de récurrence des interactions, ni
immobilité, puisque les internautes peuvent entrer et sortir des communautés
virtuelles comme bon leur semble. Malgré tout, l’anticipation du « contre
don » s’avère un bon calcul, fondé sur deux éléments : premièrement, même
si le « free riding », c’est-à-dire l’absence de contredon de la part de celui
qui reçoit, est important, la taille gigantesque de la communauté potentielle
des contre dons garantit que le niveau des contre dons sera suffisant
[5].
Deuxièmement, il est de connaissance commune que le coût du contre don
est faible : techniquement, il est peu onéreux de mettre sur une page web une
information déjà numérisée. L’effort à consentir est réduit et la perte directe
d’une mise à disposition gratuite est faible
[6].
La logique des échanges gratuits d’information est donc la suivante : en
apportant ma propre information sans valorisation commerciale, j’incite les
autres à venir sur l’internet (effet de réseau) et je les incite également à
fournir eux-mêmes de l’information gratuite (effet de réciprocité). Cette
anticipation a un caractère autoréalisateur qui vient renforcer le poids du
gratuit.
Ainsi, le phénomène de l’échange gratuit d’information n’est pas simplement
expliqué par l’origine non marchande des acteurs de l’internet, il l’est autant
par la nature des échanges, l’information, qui (re)devient, avec la numérisation
et le réseau, un pur bien public. Les partisans libertaires de l’internet non
marchand, suggèrent d’ailleurs que le web, par construction, représente un
espace public potentiellement illimité, dans lequel l’attention (limitée) de
l’internaute serait essentiellement attirée par des sites non marchands de
qualité, à fort contenu informationnel, obligeant en retour les sites marchands
à multiplier les services et contenus gratuits pour capter cette attention (par
exemple en sponsorisant des activités de nature communicationnelle ou
communautaire : chats, jeux en réseau, concours promotionnels, etc
[7].
Les conséquences sur l’équilibre financier de la « filière internet »
En tant que système de production, d’échange et de consommation
d’informations, l’internet est organisé en filière impliquant de nombreux
acteurs. La figure 1 propose une représentation de la filière internet, avec la
circulation des flux monétaires (traits pleins) et celle des flux d’information
(traits en pointillés). Sont ainsi identifiés de manière schématique les
échanges payants et les échanges gratuits d’une part, les activités
marchandes et non marchandes d’autre part. Il apparaît clairement que la
filière se caractérise par des déséquilibres financiers dans les relations
bilatérales entre les différentes catégories d’acteurs, déséquilibres qui sont
d’autant plus élevés que les échanges gratuits occupent une place importante.
Regardons de plus près la forme que prennent ces échanges gratuits chez les
principaux acteurs de la filière.
Les ISP (Internet Service Providers) comme AOL, Tiscali, T-Online ou
Wanadoo, se situent clairement dans une position d’intermédiation : leur
service principal est de donner aux internautes l’accès à l’internet. Mais ils
fournissent également des services supplémentaires, notamment
d’information ou de mise en relation comme des adresses électroniques, les
chats ou forums (fonction de Web Service Providers). Le problème des ISP
est de réussir à fidéliser leurs abonnés, le coût de changement de fournisseur
étant assez faible. Pour cela ils n’hésitent pas à pratiquer des promotions et
subventions d’accès, dans le but d’attirer de nouveaux abonnés et d’accroître
leur « audience ». Les prix des services d’accès sont donc tirés vers le bas
alors que les ISP ont des coûts fixes élevés, souvent irrécupérables
(investissements dans des modems, contrats de locations de liaisons
spécialisées, contrats d’accès à des backbones, qui peuvent être
pluriannuels). Dans ces conditions, fournir des informations et des « web-services » gratuits aux internautes devient un moyen de fidéliser ses clients
et de récupérer des recettes auprès de tiers payant (publicité). Mais ce
« modèle économique » est, on le sent bien, assez fragile, et les ISP ont fini
par le comprendre qui tirent 50 % de leurs recettes des abonnements.
Second acteur majeur de l’internet, les fournisseurs de contenus, gratuits ou
payants. Ils contribuent à faire du web une base de données distribuée,
mondialement accessible. Les fournisseurs de contenus gratuits prennent des
formes très diverses. Il y a tout d’abord des internautes privés désireux de
publier ou diffuser les informations dont ils disposent. Il y a aussi les sites
institutionnels (administrations publiques, universités, centres de recherche,
fédérations professionnelles…) qui ayant déjà numérisé l’information qu’ils
produisent (textes et règlements, études, etc.) la mettent à disposition des
internautes. On trouve également les sites d’entreprise présentant des
informations sur leurs activités et leurs produits. Sont aussi présents sur la
fourniture d’information gratuite, des fournisseurs professionnels
d’information (analogues aux journaux gratuits) qui cherchent en échange à
récupérer des données sur ceux qui accèdent à leurs contenus (nom, âge,
caractéristiques socioprofessionnelles, etc.). Ces informations sont ensuite
revendues aux tiers payants (un simple nom avec une adresse peut être vendu
1 euro).
Figure 1.
La filière internet
Certains fournisseurs de contenus payants peuvent aussi mettre en accès
gratuit une partie de leur contenu. Ce dernier sert de produit d’appel pour les
contenus et services payants. Du coup, il existe un continuum de situations
où la part du contenu gratuit et du contenu payant varie en fonction de
l’hétérogénéité de l’information dont dispose le fournisseur, de son degré
d’intérêt pour les internautes, de ce qu’il vient chercher en échange de la
mise à disposition gratuite.
Troisième acteur, les sites de commerce électronique dont l’objet est
d’établir une relation marchande (sous forme d’échanges payants) avec des
entreprises (BtoB) ou des internautes. Ces sites recourent à la publicité et
financent donc les ISP et les sites de contenus. Ils peuvent aussi à l’occasion
assurer un service de fourniture de contenu gratuit. Par exemple sur les sites
de ventes en ligne de la grande distribution (Ooshop, Houra,
Auchandirect...), on trouve des conseils culinaires ou de bricolage.
On voit au total que le « gratuit » intervient à de très nombreux endroits dans
la filière internet. Dans ces conditions, la vente d’informations sur l’internet
a du mal à générer des revenus. Ceci est confirmé par le tableau 1 qui met en
perspective les chiffres d’affaires dans l’internet estimés pour 1998 et 2002,
ainsi que les prévisions faites par Gensollen
[8] pour 2003. Comme on peut le
voir, les revenus de l’accès (que touchent les ISP) étaient en 1998 et restent
en 2003 l’élément de financement prédominant de la filière. Le e-commerce
et la e-publicité ont pour leur part atteint en 2002 un niveau deux fois moins
élevé que ce qui était prévu par Gensollen en 1999. L’information payante
n’a donc pas trouvé son marché, la fourniture d’informations gratuites
apparaissant comme le modèle dominant. Un modèle à première vue fragile,
puisqu’il repose en partie sur des subventions de la part des fournisseurs
d’accès et de services (ISP, portails), principalement en direction de la
sphère non marchande (par exemple, l’hébergement gratuit de communautés
non marchandes ou de pages/sites personnels). Mais, il bénéficie depuis
quelques années d’un soutien financier croissant de la part des autres acteurs
marchands de l’internet (hors ISP), notamment les sites de commerce
électroniques. Et même si certains sites sont « sponsorisés » directement par
des entreprises pour attirer le chaland hors du Net (cas d’Autobytel que nous
verrons plus loin) cela ne rend pas pour autant économiquement viables
beaucoup d’acteurs du net.
Dans les deux sections suivantes, nous allons revenir sur les raisons du
soutien financier à la production d’informations, en examinant le rôle que
jouent les échanges gratuits dans les modèles d’affaires des entreprises
présentes sur l’internet.
Précisément, tous les modèles d’affaires économiquement viables ont en
commun de fournir des services et contenus gratuits, mais leur force est de
s’appuyer sur les utilisateurs pour produire ces services à moindre coût et
améliorer ainsi leur qualité. Cette coproduction leur permet de surmonter
efficacement deux défis. Le premier est de réussir à fournir aux
utilisateurs/clients des informations pour les aider à choisir. Or cette
production d’information peut être très coûteuse pour un acteur marchand et
difficile à personnaliser surtout pour des biens d’expérience. C’est là que les
modèles de production communautaire peuvent se révéler utiles pour fournir
de l’information et de l’aide à la décision aux consommateurs
(recommandations, conseils, évaluations, comparaisons). Le deuxième défi a
trait à la confiance dans les transactions en ligne. La production de cette
confiance peut être là encore très coûteuse pour un acteur marchand, en
raison de la distance et du relatif anonymat dans lesquels ils se trouvent. De
nouveau, la solution peut venir du non marchand. En s’appuyant sur des
modèles communautaires de production de la confiance, les acteurs
marchands peuvent construire à moindre coût un environnement favorable
aux échanges.
Tableau 1.
Les données financières en milliards de $ de la filière internet
aux Etats-Unis et en Europe
[9]
Tableau 1. Les données financières en milliards de $ de la filière internet
aux Etats-Unis et en Europe
1998 2003 (prév) 20029 (est)
Accès + web services
(financement direct) 7,4 20,8 Entre 15 et 18
e-commerce 1,5 38 Entre 7 et 8
e-contenu (payant) 4,5 20 3
e-publicité
(financement indirect) 1,8 14,3 8
ource : Gensollen (1999) pour les données 1998 et prévisions 2003, nos propres estimations à partir de
ources diverses.
GRATUITÉ ET SYSTÈME DE RECOMMANDATION
Des recommandations communautaires aux recommandations
marchandes
Le développement des premières communautés (non marchandes) sur
l’internet est une réponse aux difficultés rapidement perçues à rechercher de
l’information, et en particulier à trouver la bonne information ou la bonne
personne dans la masse d’information et d’utilisateurs présents sur l’internet.
A côté des échanges informels d’informations et de conseils, certaines
communautés vont alors développer à partir des années 1980 des outils
élaborés pour filtrer l’information, la classer et l’évaluer. Ces premiers
systèmes d’information et de recommandation seront conçus de manière
collaborative (Fab, Lens, Phoaks
[10], etc.), en s’inspirant souvent de ce qui se
passe dans le monde académique (partage de l’information, évaluation par
les pairs). Certains de ces systèmes vont aussi s’étendre à l’expertise,
permettant de mettre en relation des personnes souhaitant obtenir des avis ou
conseils avec les personnes aptes à donner ces conseils
[11].
L’essor de l’internet dans les années 1990 va démultiplier les communautés
d’échanges d’informations et de recommandation et donne des idées aux
acteurs marchands. Certains vont ainsi chercher à répliquer ces systèmes de
recommandation sous une version marchande : offre de services payants
d’expertise ou de services gratuits financés par les propriétaires des biens
faisant l’objet d’évaluation ou de recommandation (soit directement, soit par
le biais de la publicité…). Mais ce modèle a ses limites : un acteur marchand
ne peut fournir seul une expertise ou une évaluation sur tous les domaines ou
sur tous les produits. Outre le coût de fournir ces évaluations, le marchand
n’a pas toujours les compétences pour juger de la qualité d’un bien ou d’une
information et de son adéquation avec les goûts des internautes. Une solution
beaucoup plus efficace est alors de faire appel aux utilisateurs eux-mêmes.
Cette sollicitation des utilisateurs pour alimenter les informations proposées
par les acteurs marchands est la clé de voûte de nombreux modèles d’affaire
économiquement viables. Ainsi, la FNAC et Amazon misent sur ces
systèmes d’évaluation « par les pairs », en offrant aux internautes la
possibilité de donner leur avis sur les livres, CD ou DVD.
Le design de ces espaces de recommandation s’efforce de satisfaire à deux
exigences : attirer le maximum de contributeurs, tout en veillant à la qualité
de chacune des contributions. Amazon l’a bien compris et s’est appliqué à en
faire un outil performant et utile pour ses clients. Dans cette perspective,
Amazon a décidé d’offrir des chèques cadeaux pour stimuler les
contributions, même si l’essentiel des contributions relève d’un pur échange
gratuit. Amazon donne aussi des éléments d’informations sur le profil du
commentateur : ce dernier peut faire partie des 10 premiers contributeurs
d’Amazon, des 50 premiers, des 100 premiers, etc. Le lecteur a donc une
idée de la qualité de la recommandation selon le classement du
commentateur. Enfin, les lecteurs des recommandations ont la possibilité de
dire s’ils ont trouvé le commentaire utile ou non : cette information permet
de se faire une idée de l’intérêt du commentaire. Tous ces éléments
participent au succès de ce système d’aide à la décision pour les
consommateurs indécis. L’exemple d’Amazon illustre parfaitement la
manière dont un système à l’origine « non marchand » (évaluation par les
pairs) peut servir à consolider un modèle d’affaire assez classique (vente de
biens culturels).
Recommandations et incitations
Par rapport à ces systèmes de recommandation, on peut se poser la question
des incitations individuelles à contribuer ou à donner son avis. L’internet
permet d’alléger le coût de l’évaluation, en facilitant la collecte
« automatique » de certaines informations comme les statistiques de
fréquentation des sites ou de temps de lecture d’une page qui constituent
autant d’indicateurs de qualité du contenu d’un site. Mais ces statistiques
sont relativement frustres et ne dispensent pas d’évaluations plus qualitatives
ou plus individualisées nécessitant une participation volontaire des
internautes. Faut-il pour autant fournir des incitations monétaires aux
contributeurs, notamment pour améliorer la qualité ou la fiabilité des
évaluations ? Celle-ci est en effet coûteuse et en l’absence de rémunération,
certains pourraient être tentés de se comporter en passager clandestin
(bénéficier des évaluations des autres, sans contribuer). Si ce type de
comportements se généralise, la pérennité du système d’évaluation n’est plus
assurée. Toutefois, le problème se pose différemment selon que l’on se situe
dans un environnement non marchand ou marchand.
Dans le premier cas, les incitations monétaires ne constituent pas une
solution très efficace. Outre la question de leur financement, ces incitations
monétaires ont une efficacité limitée, comme le montrent Dang Nguyen et
Pénard
[12]. En effet, lorsque les individus partagent un même intérêt à la
qualité et à la pérennité des services rendus par la communauté à laquelle ils
appartiennent, ils vont arbitrer entre leur coût individuel d’évaluer (c’est-à-dire de contribuer), et le coût social induit par leur refus d’évaluer. Ce
dernier coût correspond au retard pris dans la procédure d’évaluation suite à
leur refus (il faudra dans ce cas solliciter d’autres personnes qui peuvent
elles aussi refuser). La mise en place de rémunérations permet d’abaisser le
premier coût (le coût d’évaluer) et de stimuler les contributions, mais de
manière imparfaite. En effet l’existence de rémunérations rend moins
dommageable pour un individu la décision de refuser d’évaluer, puisque ce
dernier anticipe que la probabilité que d’autres acceptent à sa place, sera plus
élevée grâce aux incitations monétaires. A l’inverse, en ne payant pas les
participants, on augmente le coût social de refuser, ce qui peut encourager
ceux qui ont un coût faible, à accepter d’évaluer. Ces derniers prennent
conscience qu’en refusant, ils dégradent la qualité de la communauté dans
laquelle ils se trouvent.
Dans un environnement marchand, les individus ne se sentiront plus aussi
concernés par le coût social de leur refus d’évaluer et dans ces conditions,
une rémunération peut amplement se justifier. Toutefois, Miller
[13] et al.
montrent que les incitations monétaires doivent porter avant tout sur la
qualité et la sincérité des évaluations. Il s’agit en particulier d’éviter les
manipulations des évaluations, dans un sens comme dans l’autre (certains
pouvant chercher à favoriser leur propre intérêt ou à nuire aux intérêts
d’autres personnes). Un moyen de limiter ces risques est de filtrer les
évaluations et les évaluateurs, par exemple en les obligeant à dévoiler leur
identité. Mais si l’évaluation à visage découvert peut être souhaitée par les
contributeurs dans certains cas (pour se faire connaître et reconnaître sur des
demandes d’expertise), dans d’autres cas elle peut être non désirable.
Certains contributeurs pourraient en effet refuser d’intervenir sans une
garantie d’anonymat (évaluation de la qualité d’un produit, d’une œuvre).
Pour conclure cette section, nous allons exposer le modèle d’Autobytel qui a
su bien exploiter le système de recommandation, en l’appliquant à l’achat de
voitures.
Le modèle marchand de recommandation d’Autobytel
Le service proposé par Autobytel est de recommander aux internautes
désireux d’acheter une automobile, le bon concessionnaire. En fonction des
informations fournies par l’internaute (sa localisation géographique, ses
souhaits sur le type de véhicule…), Autobytel va le mettre en relation avec
un concessionnaire affilié qui se chargera de lui faire une offre commerciale.
Le modèle marchand d’Autobytel s’inspire donc largement des systèmes de
recommandation qui ont fait leur preuve dans l’environnement
communautaire.
Autobytel a compris que sa viabilité passait par une forte fréquentation de
son site par les internautes. En effet les concessionnaires n’accepteront de
payer un droit annuel d’affiliation, ainsi qu’une commission sur chaque
transaction apportée par Autobytel, que si la fréquentation du site est
importante. C’est pourquoi le service de recommandation est gratuit pour les
candidats à l’achat. Cependant, même gratuit, le service ne sera intéressant
que si les internautes sont assurés de pouvoir bénéficier de prix attractifs via
Autobytel. Une des clés de la réussite d’Autobytel repose donc sur une
sélection des concessionnaires les plus performants et sur la signature d’un
contrat par lequel ceux-ci s’engagent à proposer aux acheteurs Autobytel les
prix les plus bas possibles. Comment rendre ce contrat crédible ? C’est là
qu’interviennent les internautes acheteurs. Ces derniers sont encouragés par
Autobytel à évaluer la qualité de service du concessionnaire qu’on leur a
recommandé. Par ce biais, Autobytel peut décider de rompre son contrat
avec un concessionnaire qui ne proposerait pas des prix suffisamment bas.
Les vendeurs sont donc incités à respecter leurs engagements de peur de
perdre l’affiliation Autobytel et de voir un concurrent local prendre leur
place. Il est donc intéressant de noter comment à travers la gratuité des
services et les relations qu’il entretient avec les utilisateurs de son site,
Autobytel a su créer un sentiment d’appartenance communautaire qui
encourage les utilisateurs à évaluer les concessionnaires affiliés, ces
évaluations étant indispensables pour assurer l’efficacité du système
[14].
Nous allons dans la section suivante analyser le rôle des systèmes de
réputation dans les modèles d’affaires sur l’internet.
GRATUITÉ ET SYSTÈMES DE RÉPUTATION
Transaction à distance et opportunisme
L’absence de contact physique entre internautes et le relatif anonymat permis
par l’internet peuvent encourager les comportements opportunistes dans le
cadre d’échanges marchands et constituer un frein au développement du
commerce électronique.
Pour bien comprendre la nature de cet opportunisme, nous allons considérer
deux internautes souhaitant procéder à un échange marchand. Supposons que
le vendeur A ait une valeur de réservation égale à V sur le bien qu’il met en
vente et que l’acheteur B ait une disposition à payer égale à V pour ce bien.
Si les deux parties conviennent d’un prix P (avec V ≥ P ≥ V ), alors l’utilité
espérée en cas de transaction sera respectivement de ( ) VP − pour le
vendeur et (V − P) pour l’acheteur.
Si les deux parties n’ont pas la possibilité de se rencontrer physiquement
(parce qu’ils habitent dans des régions ou des pays différents), le dénouement
de la transaction se fera à distance de manière séquentielle. Les deux parties
devront convenir soit que le paiement se fera après réception du bien, soit que
l’envoi du bien se fera après réception du paiement par le vendeur. Nous allons
considérer le deuxième cas qui est le plus courant sur l’internet. La figure 2
représente l’arbre de décision. Dans un premier temps, l’acheteur décide soit
d’envoyer le paiement au vendeur (par la poste ou virement bancaire), soit de
ne rien envoyer. Dans le cas où le vendeur reçoit le paiement, ce dernier doit
alors décider d’envoyer en retour le bien ou de ne rien envoyer. En l’absence
de paiement, le vendeur ne se pose pas la question d’envoyer le bien et aucun
échange n’a finalement lieu. Chacune de ces décisions donne lieu à une utilité
pour le vendeur et pour l’acheteur (à chaque extrémité de l’arbre de décision,
sont affichés les gains du vendeur – le premier terme dans la parenthèse – et
les gains de l’acheteur – le second terme).
Quelle est l’issue probable de ce jeu stratégique ? Si l’acheteur envoie son
paiement, le vendeur a toujours intérêt à être opportuniste en n’envoyant pas
le bien (il gagne P au lieu de ( )
VP − ). Par anticipation, l’acheteur va donc
renoncer à payer le vendeur (pour éviter de perdre P). Le manque de
confiance dans le vendeur va ainsi empêcher toute transaction
[15].
Comment restaurer la confiance sur l’internet et favoriser le développement
des échanges dans un environnement caractérisé par l’absence de contact
physique entre les parties ?
Figure 2.
Transactions sur l’internet avec paiement avant réception du bien
Restaurer la confiance sur l’internet
La confiance peut être rétablie de différentes manières. Tout d’abord, les
parties peuvent faire appel à un intermédiaire pour sécuriser la transaction.
Ce dernier collecte le bien du côté du vendeur et l’argent du côté de
l’acheteur. Une fois qu’il a reçu l’argent et le bien, il procède au dénouement
de la transaction. Toutefois, cette solution présente un certain nombre
d’inconvénients. D’une part, cette solution est coûteuse pour les deux
parties. L’intermédiaire va en effet réclamer des honoraires ou une
commission, qui vont réduire d’autant le surplus que les deux parties peuvent
retirer de la transaction. D’autre part, l’intermédiaire peut aussi adopter des
comportements opportunistes. Comment être sûr qu’il ne disparaîtra pas avec
l’argent et la marchandise ? Quelle garantie auront les deux parties en cas de
défaillance de ce dernier ? Pour toutes ces raisons, le recours à ce type
d’intermédiaire n’est pas toujours possible, ni souhaitable pour les deux
parties.
Une autre solution pour les deux parties peut consister à construire elles-mêmes la confiance nécessaire au bon déroulement des échanges. Cette
confiance peut venir tout simplement de la perspective de transactions
répétées. Dans une relation de long terme, il est possible de générer de la
coopération fondée sur la menace de représailles futures en cas de
comportement opportuniste. Toutefois, ce type de menace ne fonctionne bien
que si les deux parties accordent une valeur élevée aux gains futurs qu’elles
peuvent retirer de leur relation. Précisément, il faut que le gain net en cas
d’opportunisme soit bien inférieur aux pertes futures qui s’ensuivront (voir
figure 3). Si cette condition est respectée, les échanges s’inscriront dans un
« contrat relationnel » fondé sur la confiance (Baker, Gibbons et Murphy,
2001). Malheureusement, sur l’internet ce « contrat relationnel » se heurte à
l’anonymat dans lequel se trouvent très souvent les acteurs et aux facilités de
changer d’identité. Dans ces conditions, les partenaires vont accorder un
poids très faible aux gains futurs qu’ils peuvent attendre d’une relation
répétée avec le même partenaire. Ces derniers seront toujours tentés
d’adopter un comportement opportuniste, s’ils savent qu’ils peuvent
facilement échapper aux représailles de leur partenaire en réapparaissant
sous une autre identité.
Figure 3.
Les gains et les pertes liés à la déloyauté
De plus, la coopération bilatérale rencontre une autre limite du fait que les
acheteurs comme les vendeurs préfèrent souvent contracter avec plusieurs
partenaires. C’est d’ailleurs un des atouts de l’internet que de démultiplier le
nombre de partenaires possibles. Dans ces conditions, comment sanctionner
un acteur ayant eu un comportement opportuniste lorsqu’on n’est pas sur de
le rencontrer de nouveau et comment éviter que celui-ci renouvelle son
comportement opportuniste avec d’autres partenaires ? Une coopération
multilatérale semble donc a priori plus difficile à mettre en place qu’une
coopération bilatérale et nécessite très souvent de recourir à des
intermédiaires ou des institutions qui vont s’attacher à dissuader les
comportements opportunistes. Un exemple historique d’institutions ayant
facilité la coopération multilatérale est donné par Greif, Milgrom et
Weingast
[16]. Il s’agit des guildes marchandes qui ont vu le jour au Moyen
Age en Europe et qui ont permis de développer les échanges commerciaux à
cette époque. Précisément, le rôle de ces guildes a été de sécuriser le
commerce, en dissuadant les autorités locales d’adopter des comportements
opportunistes envers les marchands qui se rendaient dans leur ville. En effet,
à cette époque, un des problèmes majeurs était la sécurité des marchands et
de leurs marchandises. Il n’était pas rare qu’une autorité locale décide de
confisquer la cargaison d’un marchand. Ce dernier avait toujours la
possibilité de menacer de ne plus commercer avec cette ville, mais cette
menace était peu dissuasive car les autorités étaient assurées que d’autres
marchands viendraient prendre la place de ce dernier. Des menaces
collectives d’embargo n’étaient pas non plus crédibles, car il y avait toujours
des marchands pour dévier de l’embargo et venir commercer avec la ville en
question. Le problème crucial était donc de réussir à faire respecter
l’embargo. Greif, Milgrom et Weingast
[17] avancent l’idée que les guildes ont
rempli efficacement ce rôle. Elles se chargeaient de mettre en place les
embargos et de les faire respecter. Tout marchand que la Guilde surprenait à
enfreindre cette règle perdait les privilèges dont la Guilde avait le monopole
(comme le droit de s’installer dans une ville). Cette sanction était
suffisamment sévère pour dissuader le marchand de violer l’embargo. Les
guildes ont donc permis de rendre crédible les menaces d’embargo et sont à
l’origine de l’essor du commerce qu’a connu l’Europe durant le Moyen Age.
Si l’on revient à l’internet, on peut remarquer que certains acteurs
marchands, comme eBay, ont réussi à développer l’équivalent de ce
qu’avaient fait les Guildes au Moyen Age. Précisément, eBay a bien compris
l’intérêt qu’il pouvait tirer du savoir-faire des communautés non
marchandes, dans la production de confiance indispensable à l’essor du
commerce sur l’internet. La limitation des comportements opportunistes
dans une communauté non marchande repose essentiellement sur
l’évaluation des membres de cette communauté par les pairs. Ces évaluations
permettent à chacun de se construire une réputation qui est connaissance
partagée par les autres membres. L’incitation à coopérer et le renoncement à
tout comportement opportuniste tiennent alors à la volonté de chacun
d’améliorer ou de préserver sa réputation. Ces systèmes ont fait la preuve de
leur efficacité dans le non marchand. Le monde du logiciel libre en constitue
le meilleur exemple. Ainsi, la qualité de certains logiciels libres tient
largement aux systèmes de réputation mis en œuvre au sein de la
communauté des développeurs (par exemple pour Linux). Les développeurs,
et notamment les meilleurs, seront beaucoup plus incités à contribuer à un
logiciel lorsqu’ils savent que cette contribution peut jouer positivement sur
leur réputation, via un système d’évaluation qui permet de répertorier les
contributions individuelles et de les noter
[18].
Nous allons voir précisément comment eBay s’est inspiré de ces systèmes
d’évaluation communautaires et a réussi à faire participer gratuitement ses
clients à la production des évaluations, ce qui lui a permis de produire de la
confiance à moindre coût.
Le système de réputation sur eBay
Les sites d’enchère sont particulièrement exposés au risque d’opportunisme.
Ainsi, 78 % des plaintes pour fraude sur l’internet reçues par la National
Consumers League aux Etats-Unis en 2000 étaient liées à des enchères en
ligne
[19]. Pour remédier à ce problème, eBay, le leader mondial des sites
d’enchères, a choisi de mettre à la disposition des internautes un outil
« communautaire » leur permettant d’évaluer leurs partenaires. Resnick et
Zeckhauser
[20] décrivent en détail ce système mis en place par eBay. Avant de
pouvoir participer aux enchères, il faut s’enregistrer auprès du site en
donnant son nom et ses coordonnées. Toutefois, la seule information
qu’eBay vérifie est l’adresse email. Ensuite, les participants peuvent choisir
d’apparaître sous la forme d’un pseudonyme ou d’un identifiant. Ils peuvent
aussi créer une page personnelle décrivant leurs profils. Mais la principale
information sur une personne va venir des évaluations attribuées par les
autres participants. Initialement cette évaluation pouvait venir de n’importe
quel utilisateur. Mais depuis 2000, toutes les évaluations positives comme
négatives doivent être liées à une transaction effective. A l’issue de la
transaction, chaque partie peut donc procéder à une évaluation soit positive,
soit neutre, soit négative de l’autre partie. Cette évaluation s’accompagne
éventuellement de commentaires, notamment en cas d’évaluation négative.
Chaque participant se caractérisera donc par son profil d’évaluation, à partir
duquel sera calculé un score selon la formule suivante
[21] : chaque évaluation
positive sera comptabilisée pour +1, chaque évaluation neutre par 0 et
chaque évaluation négative par-1.
Lorsqu’un participant envisage d’effectuer une transaction avec une autre
personne, il a donc une idée de la fiabilité de son partenaire. Il peut aussi
consulter les avis des partenaires précédents. Il dispose enfin d’informations
sur la réputation des évaluateurs et peut donc savoir quel crédit accorder à
chacune des évaluations. Par exemple, il n’accordera pas forcément la même
valeur à une évaluation négative si elle est émise par une personne ayant un
mauvais score ou par une personne ayant une excellente réputation.
Resnick et Zeckhauser
[22] ont examiné en détail les transactions sur eBay
entre février et juin 1999, ainsi que l’historique des évaluations en relation
avec ces transactions. A partir de ces données, ils mettent tout d’abord en
évidence que les transactions répétées entre deux même personnes sont
rares
[23] et rendent peu probable l’existence de contrats relationnels bilatéraux.
D’autre part, les vendeurs sont en moyenne beaucoup plus expérimentés que
les acheteurs et ont des scores ou réputations plus élevés (33 en moyenne
pour les vendeurs contre 8 pour les acheteurs en Juin 1999). Toujours selon
les auteurs, les acheteurs commenteraient près de 50 % de leurs transactions
et les vendeurs 60 %. La participation volontaire à ce système d’évaluation
est donc élevée. Sur les évaluations des acheteurs, seulement 0,6 % étaient
négatives et 0,3 % neutres. Concernant les évaluations des vendeurs, 1,6 %
étaient négatives et 0,3 % étaient neutres. Lorsque l’on regarde les
destinataires de ces mauvaises évaluations, les vendeurs ont une probabilité
d’autant plus élevée de recevoir une mauvaise évaluation qu’ils sont peu
expérimentés (même chose pour les acheteurs). Par ailleurs Resnick et
Zeckhauser mettent en évidence le pouvoir prédictif des évaluations passées
sur la qualité des transactions courantes. Une transaction aura une probabilité
plus élevée de présenter un problème (une évaluation positive ou négative) si
dans le passé le vendeur a fait l’objet d’une évaluation négative.
En quoi le système d’évaluation mis en place par eBay peut-il être efficace
pour soutenir une coopération multilatérale entre acheteurs et vendeurs ?
Tout d’abord, il est à noter que la règle sur eBay veut que les acheteurs
envoient d’abord leur paiement avant de recevoir le bien du vendeur. Le
principal risque d’opportunisme provient donc des vendeurs qui peuvent
décider de ne pas envoyer le bien ou d’envoyer un bien ne correspondant pas
parfaitement à la description qui en était faite sur le site.
L’incitation à être honnête doit donc reposer sur les bénéfices futurs attendus
d’une bonne réputation. Ces bénéfices peuvent être de deux natures. Une
bonne réputation peut accroître la probabilité de trouver des acheteurs pour
les biens que le vendeur proposera sur eBay dans le futur. Par ailleurs, une
bonne réputation peut aussi augmenter le prix qu’il obtiendra dans les
enchères à venir.
Si le vendeur a une préférence pour le futur suffisamment élevée et si les
effets de la réputation sur la probabilité de vendre et le prix de vente dans le
futur sont importants, alors le vendeur ne devrait théoriquement avoir aucune
incitation à adopter un comportement opportuniste. Selon Friedman et
Resnick
[24], les incitations à coopérer pourraient être renforcées en rendant
coûteuse la stratégie de changement d’identité (consistant à revenir sur eBay
sous une nouvelle identité), par exemple en mettant en place des droits
d’entrée.
Sur le plan empirique, différentes études se sont attachées à mesurer l’effet
des profils d’évaluation des acheteurs et vendeurs sur les conditions de
transaction. Tout d’abord, Houser et Wooders
[25] ont confirmé qu’une bonne
réputation sur eBay permettait pour un vendeur d’obtenir un prix un peu plus
élevé. En d’autres termes, les acheteurs étaient prêts à payer une prime
lorsque le bien était vendu par une personne ayant une bonne réputation.
Pour parvenir à ces conclusions, les auteurs ont étudié des enchères sur des
processeurs Pentium III 500 durant l’automne 1999 (au total 95 procédures
d’enchères) et ont procédé à des estimations économétriques sur les
déterminants du prix de ces processeurs
[26]. Les résultats montrent qu’une
hausse de 10 % du nombre d’évaluations positives sur un vendeur augmente
le prix obtenu par ce dernier de 0,17 %, alors qu’une hausse de 10 % du
nombre d’évaluations neutres ou négatives diminue le prix obtenu de
0,24 %. En revanche, le nombre d’évaluations positives, négatives ou neutres
sur l’acheteur n’a aucun impact sur le prix acquitté. Ainsi, seule la réputation
du vendeur est importante dans les transactions, confirmant bien l’idée que
les risques d’opportunisme proviennent essentiellement du vendeur.
Une autre étude expérimentale menée par Resnick, Zeckhauser, Swanson et
Lockwood
[27] va dans le même sens qu’Houser et Wooders. Les auteurs ont
cherché à évaluer la disposition à payer d’acheteurs de cartes postales
anciennes sur eBay. Ils ont utilisé pour cela un vendeur ayant une bonne
réputation sur eBay. Des lots similaires de cartes postales ont été ensuite mis
en vente mais sous une identité de vendeur inexpérimenté. La différence
dans les dispositions à payer des acheteurs est de près de 8 %. En revanche,
la différence de prix n’est pas significative entre un vendeur inexpérimenté
avec et sans évaluation négative.
Resnick et Zeckhauser
[28] pour leur part parviennent à un résultat plus nuancé.
Ils ne trouvent aucun effet des évaluations sur le prix de vente de lecteurs
MP3. Toutefois, ils montrent que ces évaluations jouent sur la probabilité
que la transaction se fasse. Ainsi, un vendeur sans évaluation aura une
probabilité de 72 % de vendre son bien, alors qu’un profil d’évaluation égal
à 70 se retrouve avec une probabilité de 96 %. Au final, la bonne réputation
augmente le prix espéré pour l’objet mis aux enchères.
Par ailleurs, Resnick et Zeckhauser
[29] mettent en évidence certains
phénomènes de réciprocité dans les évaluations qui pourraient expliquer le
fort taux de participation et la faible part d’évaluation négative. Ainsi,
lorsque l’évaluation de l’acheteur est positive, la probabilité est plus grande
que le vendeur réponde à son tour et évalue positivement la transaction.
Inversement pour une évaluation négative, la probabilité de répondre par une
évaluation négative ou neutre est plus grande. Les acheteurs et vendeurs
seraient donc incités à envoyer des évaluations positives, dans l’espoir que
l’autre partie renvoie à son tour une évaluation positive permettant
d’améliorer son profil. De même, certains participants pourraient préférer
renoncer à mettre une évaluation négative « justifiée » de peur d’avoir en
retour une évaluation négative « injustifiée ». Cette peur des représailles peut
évidemment avoir des effets pervers. Certains participants ayant une haute
réputation pourraient se comporter de manière opportuniste avec des
participants de faible réputation, sans risquer d’évaluations négatives (en
jouant sur les menaces de représailles
[30] ).
Conclusion
Sur l’internet, l’information, disponible la plupart du temps sous une forme
gratuite a une utilité sociale autant qu’une valeur économique. La première
réside dans la faculté qu’elle donne aux individus de valoriser leur
connaissance en disposant d’une « matière première » qui leur permet d’agir,
de se rencontrer, de se divertir, d’apprendre. Sa valeur économique tient à la
capacité qu’ont certains acteurs marchands sur l’internet d’exploiter
l’information collective produite par les internautes, pour favoriser les
échanges et assurer ainsi leur rôle d’intermédiation. Il y a donc une
complémentarité intrinsèque entre ces deux aspects.
Ainsi les nombreux échecs commerciaux sur l’internet ces dernières années
s’expliquent par la mauvaise compréhension que de nombreux acteurs
marchands ont eu de l’internet et de la valeur que pouvait leur apporter ce
réseau. Ils ont cru pouvoir gagner de l’argent en répliquant les modèles
d’affaire en vigueur sur les marchés physiques, que ce soit pour la vente de
biens ou d’informations. A l’inverse, les modèles économiquement viables
ont consisté pour l’essentiel à développer des versions marchandes de
services qui avaient fait leur preuve dans la sphère non marchande, comme
les services d’intermédiation et de conseils développés à l’origine au sein de
communautés restreintes. Le succès de ces acteurs marchands tiendrait aussi
à leur capacité de mettre le gratuit au service du payant, afin de produire des
services à moindre coût et améliorer leur qualité.
Dans ces conditions, la mise en place d’un cadre institutionnel apte à
favoriser les « synergies » entre activités marchandes et non marchandes,
échanges payants et gratuits est particulièrement importante. Alors que
l’internet est né dans un contexte favorable à des utopies libertaires et non
marchandes
[31], l’interconnexion des sites privés et le développement de la
« nouvelle économie » ont conduit à installer un cadre institutionnel visant
plutôt à faire respecter, dans le monde virtuel, les mêmes règles que celles
mises en place dans le monde réel : code du commerce, défense du copyright
(
Digital Millenium Copyright Act), etc. La conséquence en a été un
renforcement des droits de propriété, condition nécessaire aux échanges
marchands. Mais comme le souligne Brousseau
[32] : « l’internet oblige à
repenser les cadres traditionnels de régulation des activités informationnelles
et de réseaux fondés sur l’intervention des Etats. » Car quels que soient les
motifs (marchands ou non marchands) qui poussent les internautes à mettre à
disposition de l’information, il apparaît que celle-ci est un ingrédient
essentiel pour établir une « économie fondée sur le savoir » : le stock de
connaissance d’une économie dépend étroitement du flux d’informations
échangées entre les agents économiques et leur sert pour leurs décisions. Ces
connaissances accumulées individuellement ou collectivement peuvent se
substituer à certains facteurs de production ou valoriser au mieux ces
facteurs (gains de productivité) et ainsi stimuler la croissance
[33]. Comme
l’indiquent Bassannini et Scarpetta
[34] et de manière générale toute une série
de travaux effectués à l’OCDE : «
Our evidence suggests that fast growing
countries generally shared three characteristics : improvement in labour
utilization; a generalized enhancement in human capital; and rapid shifts in
the composition of physical capital towards information and communication
technology. »
On peut néanmoins distinguer deux régimes dominants d’accumulation et de
valorisation des connaissances
[35] :
-
l’économie déréglementée, où l’appropriation privée de l’avancée des
connaissances induit une volonté délibérée de valoriser de façon individuelle
le capital de connaissance : création de start-up financées par du capital-risque, dépôts de brevets, flexibilité du travail ; c’est le modèle « anglo-saxon » (Etats-Unis, Royaume-Uni, Irlande, Australie) de la « nouvelle
économie », plus ou moins imité par la suite par les pays en retard ; par
exemple le capital risque aux Etats-Unis avait mobilisé 103 milliards de
dollars en 2000, soit 40 % de l’ensemble de tous les fonds consacrés à la
recherche industrielle dans ce pays produisant, pour chaque dollar investi,
trois à quatre fois plus de brevets qu’un dollar spécifiquement dédié à la
R&D
[36] ;
-
l’économie de la connaissance, fondée sur la socialisation des
connaissances, sur la subvention publique de l’accès aux informations
numériques, sur une forme de coopération entre les individus, coordonnés
sur une base nationale ; c’est le modèle des pays scandinaves, et du Canada.
On déduit assez naturellement que les pratiques d’échanges d’information
gratuite ont plus de chances de proliférer dans une configuration
institutionnelle associée au régime de croissance « économie de la
connaissance » que dans « l’économie déréglementée ». Dans cette dernière,
il s’agit de mettre en place un système de droits de propriété le plus complet
possible, y compris sur les biens, services et capacités qui se prêtent mal à la
définition de ces droits : la connaissance et l’information en particulier
[37].
Une fois ces droits établis, les échanges sont possibles et des marchés
peuvent être créés. Ainsi, la seule production d’information gratuite serait
d’une part la mise en ligne des informations que produisent les
administrations, car leurs coûts ont déjà été supportés et elles n’ont aucun
intérêt à « protéger » ce qu’elles diffusent ; l’autre possibilité serait la mise
en ligne d’informations qui facilitent les échanges voire les rendent
possibles. D’autres formes de production d’informations peuvent exister,
mais elles sont « sans valeur ».
Dans l’économie de la connaissance, il s’agit d’optimiser (et d’internaliser
aux mieux) les effets externes entre production privée et production publique
de connaissance. La disponibilité d’information numérisée peut aider à
réaliser cet objectif. Du coup, il faut encourager (quitte à subventionner
publiquement) l’accès du plus grand nombre à l’information numérisée et sa
production sous toutes ses formes, marchande et non marchande. Dans ces
conditions, ce n’est ni le marchand ni le non marchand qui importe, mais la
somme des deux. Cette économie mixte d’un type nouveau trouve un champ
d’application fertile avec l’internet. La production gratuite d’information
n’est pas uniquement destinée à être utilisée par les sites marchands, mais
devient un bien commun.
Ces deux régimes de croissance renvoient à deux modes extrêmes de
production de l’information numérisée, l’un s’inscrivant dans la logique de
valorisation marchande, quitte à ce que certaines firmes détournent des
contributions non marchandes, l’autre dans la logique de complémentarité
entre marchand et non-marchand. Ainsi, le rôle du gratuit dans l’internet est
révélateur d’une évolution plus globale des sociétés postindustrielles, où la
place centrale de la connaissance et son caractère de bien public sont au
cœur des modèles de croissance.
·
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[1]
DANG NGUYEN, PÉNARD, 2000,2002.
[2]
Voir également BOYER, 2002, p. 177.
[3]
FORAY, 2001.
[4]
GENSOLLEN, 1999.
[5]
DANG NGUYEN ET PENARD, 2002.
[6]
On peut mentionner cette citation de Gosh « le Net est loin d’être altruiste, sans quoi il ne
marcherait pas. [...] Parce qu’il faut autant d’efforts pour diffuser une seule copie d’une
création originale que pour en diffuser un million, [...] on n’est jamais perdant en diffusant
gratuitement ce que l’on produit, [...] dès lors que l’on reçoit quelque chose en retour. [...]
Quel miracle, alors, quand on ne reçoit pas seulement une chose de valeur en échange – en
effet, il n’y a aucun acte d’échange explicite –, mais des millions de choses uniques faites par
d’autres ».
[7]
CHOLLET, 2001.
[8]
GENSOLLEN, 1999.
[9]
Les estimations des recettes d’accès ont été faites sur la base des CA du T-Online,
Wanadoo, Tiscali, AOL, Terra-Lycos, extrapolées à l’Europe d’un côté, aux Etats-Unis de
l’autre. Les recettes de e-publicité viennent de l’IAB (pour les Etats-Unis) et de e-marketer
(pour l’Europe). Les recettes de contenus payants sont issues de e-marketer.
[10]
Acronyme de People Helping One Another knowing Stuff. La devise de ce site est
Together we know it all.
[11]
RESNICK, VARIAN, 1997.
[12]
DANG NGUYEN, PÉNARD, 2001.
[13]
MILLER
et al., 2003.
[14]
Pour mettre en avant l’intérêt de son service et la viabilité de son modèle économique,
Autobytel n’hésite pas sur son site (sur sa page d’accueil) à consacrer une large place aux
résultats de l’étude mené par Zettelmeyer, Scott-Morton et Silva-Risso (« Consumer
Information and Price Discrimination », Yale-Berkeley Report). Dans une rubrique
« Research », Autobytel annonce que « Online Vehicle Shoppers Save Time, Money » et
d’expliquer que les acheteurs de voitures peuvent économiser autour de 400 $ en recourant
aux services d’Autobytel. Cette étude menée sur la période 2002 confirme les résultats d’une
étude précédente menée sur des données de 1999 (ZETTELMEYER, SCOTT-MORTON et
SILVA-RISSO, 1999).
[15]
On obtient le même résultat (absence de transaction) lorsque c’est le vendeur qui est
supposé envoyer en premier le bien. Le manque de confiance dans l’acheteur fait obstacle à
l’échange.
[16]
GREIF, MILGROM, WEINGAST, 1994.
[18]
LERNER, TIROLE, 2000.
[19]
HOUSER, WOODERS 2001.
[20]
RESNICK, ZECKHAUSER, 2002.
[21]
Toutefois, si une même personne a donné plusieurs fois une évaluation de même signe,
cette évaluation ne sera comptabilisée qu’une seule fois afin d’éviter toute manipulation du
système visant à gonfler artificiellement la réputation d’une personne ou au contraire à
détruire intentionnellement sa réputation.
[22]
RESNICK, ZECHAUSER, 2002.
[23]
Sur les 5 mois étudiés, les transactions uniques représentaient près de 90 % des cas.
[24]
FRIEDMAN, RESNICK, 2001.
[25]
HOUSER, WOODER, 2001.
[26]
Voir aussi l’étude de LUCKING, REILEY, 1999 sur la vente de pièces de monnaie sur
eBay. Pour une synthèse des différentes études sur ce sujet, se reporter à RESNICK,
ZECKHAUSER, SWANSON, LOCKWOOD, 2003.
[27]
RESNICK, ZECKHAUSER, SWANSON, LOCKWOOD, 2003.
[28]
RESNICK, ZECKHAUSER, 2002.
[30]
eBay exhorte sur son site les utilisateurs à donner des évaluations négatives quand elles
sont méritées, sans se soucier des risques de représailles.
[32]
BROUSSEAU, 2001.
[34]
BASSANNINI, SCARPETTA, 2002.
[37]
Un exemple très frappant et bien connu est celui des codes génétiques des biens
alimentaires transformés, les OGM.