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2006/3 (no 137)



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Implanté dans la Silicon Valley, le San Jose Mercury News fut assez logiquement le premier journal à diffuser ses informations sur l’internet, dès 1993 [1]  Les informations du Chicago Tribune ont été mises en... [1] . Les plus précoces des journaux français ont attendu eux le milieu des années 1990 et le développement du web pour leurs premières expériences de presse en ligne. Depuis plus d’une décennie donc, des informations de type journalistique se déploient sur l’internet, au gré de multiples développements (sites d’information locale ; webzines « alternatifs » ; rubriques d’actualités des portails; etc.) étudiés jusqu’ici de façon relativement cloisonnée. L’un des objectifs de la présente recherche consiste précisément à dépasser cette parcellisation des terrains d’observation, pour dessiner un tableau plus global de ces évolutions. Plus fondamentalement, une telle macro-analyse cherchera à identifier le processus de publication de l’information journalistique sur l’internet pour, le cas échéant, en identifier les traits originaux. Il ne s’agit donc pas seulement de voir si l’internet a constitué un support supplémentaire pour l’information journalistique existante sur les médias « traditionnels » : presse écrite, radio et télévision. L’investigation porte également sur le repérage d’une création d’information journalistique spécifique à l’internet, et sur l’émergence de modes de diffusion afférents.

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Pour conduire cette analyse, nous nous sommes appuyés sur les acquis des sciences sociales (principalement la sociologie et l’économie) concernant deux objets : le journalisme, et les technologies d’information et de communication. De ces deux ensembles conceptuels a découlé une méthodologie d’observation (partie 1) visant à élaborer une typologie exhaustive de la publication d’informations journalistiques sur l’internet (partie 2), avant d’en analyser l’organisation générale (partie 3).

REPÉRER L’INFORMATION JOURNALISTIQUE SUR L’INTERNET

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Où se loge l’information journalistique sur l’internet ? Une réponse spontanée à cette question pourrait résider dans l’évocation du site web du Monde. Intuitivement, les référents se situeraient alors du côté de contenus déjà « estampillés journalisme » et diffusés sur un mode – l’édition sur le web – assez proche de celui du média d’origine. Ce faisant, on écarterait du même coup tous les contenus qui ne relèvent pas de la définition « canonique » du journalisme (dans notre exemple, le renvoi à un quotidien national est révélateur), et l’on resterait aveugle à plusieurs formes de communication via l’internet (comme l’échange interpersonnel) distinctes de la diffusion mass-médiatique.

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Afin d’éviter ce double écueil et d’appréhender de façon plus satisfaisante le développement de l’information journalistique sur l’internet, les postures méthodologiques suivantes ont été adoptées :

  • tout d’abord, le spectre d’analyse a visé la couverture de toutes les catégories d’information journalistique, des plus nobles aux moins légitimes. Cette vigilance s’est en outre étendue aux formes inédites, qui seraient spécifiques à l’internet, en se détachant d’une définition essentialiste et normative du journalisme. Le détour historique rend possible un tel décentrement méthodologique ;

  • cette approche extensive de l’information journalistique s’est doublée d’une prise en compte exhaustive de ses modalités de diffusion. En effet, l’architecture verticale des filières des médias de masse, et plus généralement des industries culturelles et informationnelles, peut connaître des réaménagements sur l’internet. A cet égard, l’adoption des particularités sociotechniques de l’internet par de nouveaux entrants a été considérée au même titre que les modèles traditionnels de diffusion de l’information journalistique.

La définition nécessairement mouvante de l’information journalistique

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La première difficulté quant au repérage de l’information journalistique sur l’internet réside donc dans le caractère protéiforme de cet objet qu’est le journalisme. Quoi de commun en effet entre un magazine de bricolage et le JT de 20h de TF1 ? Entre la critique de tableaux dans une revue dédiée aux beaux-arts et l’interview radiophonique d’un footballeur professionnel sur son banc de touche ? etc. A l’énoncé de ces questions, on saisit tout de suite l’hétérogénéité de cet ensemble appelé journalisme. Pourtant, ce dernier est le plus souvent désigné de façon unifiée dans le discours ordinaire (le journalisme), et ses frontières sont souvent défendues avec vigueur par les membres de son corps professionnel (les journalistes). Dans ces conditions, donner une définition stricte et figée de ce qu’est l’information journalistique devient en grande partie illusoire, et risquerait surtout d’opposer une exégèse académique et/ou une normativité corporative à une effectivité sociale, tant le journalisme est l’objet d’une construction contextuelle et toujours renouvelée, d’une invention permanente [2]  RINGOOT et UTARD, 2005. [2] . Remonter le fil de son histoire permet d’intégrer son caractère évolutif et varié ainsi que de repérer, vis-à-vis des objectifs de la présente recherche, les bases de ses possibles mutations.

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D’abord relais des pouvoirs en place avec les gazettes, l’information journalistique n’a longtemps connu de véritable liberté d’expression que dans les espaces restreints de la critique littéraire et durant les périodes insurrectionnelles. C’est seulement progressivement que le journalisme s’est constitué comme un espace social autonome, après être né de la littérature et de la politique. Ceci en revendiquant des attributs comme l’actualité (temporalité différant de celle des écrivains) ou l’objectivité (neutralité du jugement opposée aux visions partisanes), incorporées dans des pratiques spécifiques comme le reportage et plus tard des statuts professionnels comme la clause de conscience [3]  RUELLAN, 1993. [3] . Cette conception moderne du journalisme coïncide avec l’avènement, porté par un double mouvement d’industrialisation (rotatives, chemins de fer) et de démocratisation (généralisation de l’enseignement) [4]  LEMIEUX, 2000, notamment p. 38-54. [4] de la presse écrite comme média de masse au XIXe. Elle dominera encore une grande partie du XXe en prenant appui sur l’audiovisuel (radio puis télévision). Mais au fil du temps, la conversion en des audiences fragmentées témoigne de basculements dans la configuration contemporaine du journalisme : à l’approche du XXIe siècle, ce sont par exemple plutôt les magazines spécialisés et les chaînes thématiques qui gagnent en importance et amènent plus largement à raisonner en termes d’« espaces publics mosaïques » [5]  FRANCOIS et NEVEU, 1999. [5] . Les rapprochements rendus possibles par le numérique semblent s’inscrire dans une telle direction, allant jusqu’à explorer la voie atomisée de la personnalisation de l’information. L’expérience télématique en France montre ainsi que la reproduction du modèle antérieur n’est pas satisfaisante sur Minitel : encore moins que l’information-commentaire, ou encore l’information-fait qui la suit chronologiquement, ce sont davantage l’information-service et l’information-connaissance indexées dans des bases de données accessibles à distance qui apparaissent comme les plus adaptées aux réseaux informatisés [6]  Voir notamment LEPIGEON et WOLTON, 1983. Et pour une... [6] .

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Autrement dit, lorsque l’internet se présente dans les années 1990 comme un nouveau terrain pour l’information journalistique, cette dernière est déjà engagée dans des évolutions qui ont largement remodelé ses logiques antérieures de mass media et expliquent son éclatement. C’est en conséquence à partir d’un spectre large du journalisme – depuis sa relation originelle au politique jusqu’aux renouvellements expérimentés dans l’information sur mesure, en passant par l’héritage du principe de l’information objective –, que ses différentes ramifications devront être saisies. Cette conception extensive du journalisme est nécessaire pour tenir compte de sa dynamique de diversité, mais elle n’est pas suffisante pour repérer l’ensemble de ses occurrences sur l’internet. Elle doit en effet se compléter d’une prise en compte des possibilités originales de diffusion liées aux particularités sociotechniques de l’internet.

L’internet comme nouveau mode de diffusion

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Durant les deux derniers siècles, l’information journalistique aura été majoritairement diffusée via les médias de masse que forment successivement la presse écrite, la radio, et la télévision. Se sont alors mises en place des configurations socio-économiques relativement stables, analysées sous les traits de modèles des industries culturelles et informationnelles dans les années 1970-80 [7]  FLICHY, 1980 ; MIEGE, PAJON et SALAUN, 1986. [7] . Présente dans les médias audiovisuels, l’information journalistique s’inscrit alors dans le modèle de flot, et dans une configuration intermédiaire avec le modèle éditorial lorsque diffusée via la presse écrite. Par la suite, les rapprochements opérés dans le dernier quart du XXe siècle avec les secteurs de l’informatique et des télécommunications, ont amené les modèles précédents à se décliner en logiques de club (ex : câblo-distribution), de compteur (ex : télématique), ou encore de courtage (ex : base de données) [8]  MIEGE, 2000 ; MOEGLIN, 2005. [8] .

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L’internet, désormais au centre de la convergence entre l’informatique, les télécommunications, et les industries culturelles et informationnelles, se place comme une étape supplémentaire dans cette évolution. En outre, ses propres particularités sociotechniques peuvent donner lieu à de nouvelles modalités pour la diffusion des contenus informationnels et culturels. Au sein d’un programme collectif de recherche que nous avons coanimé [9]  CHARTRON et REBILLARD, 2004. [9] , quatre modalités idéal-typiques de diffusion sur le web ont pu être détachées, suite à l’observation comparée des expériences internet en matière d’information journalistique, mais aussi d’information scientifique, de fiction, de musique, et d’audiovisuel. Aux côtés de la quasi-reproduction des modèles « classiques » des industries culturelles et informationnelles, apparaissent ainsi trois modalités originales de diffusion sur l’internet :

  • la publication autoritative : diffusion de ses propres créations par un auteur (individuel ou collectif), sans médiation extérieure [10]  BROUDOUX, 2003. [10] , dans une visée souvent imprégnée de l’idéologie libertaire associée aux origines de l’internet (ex : blog) ;

  • la publication distribuée : mise en circulation décentralisée de biens informationnels, dont l’évaluation s’effectue via l’échange au sein de « communautés médiatées » [11]  GENSOLLEN, 2003. [11] (ex : peer-to-peer) ;

  • le niveau méta-éditorial : accès à une offre condensée de contenus ou de liens, intermédiation stratégique dans le processus de réaménagement de la distribution sur l’internet [12]  BROUSSEAU, 2002. [12] (ex : portail).

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Ces quatre modalités ont en commun d’être apparues jusqu’ici comme les configurations les plus récurrentes en matière de diffusion internet de contenus informationnels et culturels. Elles ont servi, pour la présente recherche, de guide d’observation pour le cas particulier de l’information journalistique.

Elaboration d’une typologie

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Notre repérage de l’information journalistique sur l’internet s’est donc appuyé sur les acquis scientifiques rappelés précédemment.

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Dans un premier temps, les quatre modalités idéal-typiques de diffusion sur l’internet (« modèles classiques » des ICI ; publication autoritative ; publication distribuée ; niveau méta-éditorial) ont tour à tour été prises en compte comme autant de pistes d’exploration. Ceci afin de ne pas passer à côté de procédés de diffusion d’information journalistique qui ne rentreraient pas dans les canons du modèle mass-médiatique traditionnel [13]  Pour embrasser toutes les dimensions du journalisme... [13] .

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Au sein de chacune de ces modalités de diffusion, nous avons dans un second temps essayé de dénicher des contenus en lien avec l’évolution socio-historique de l’information journalistique (de l’information d’opinion à l’information spécialisée, en passant par l’information généraliste). L’objectif étant ici de ne pas se limiter aux contenus les plus ancrés dans l’héritage du journalisme « moderne », mais de cerner également ses expressions les plus récentes comme ses éventuelles résurgences.

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Appliquer cette double grille, issue d’un cadrage théorique reposant sur des connaissances parfois anciennement établies, pouvait s’avérer en partie obsolète face à un objet émergeant sur un terrain encore peu balisé scientifiquement. En conséquence, nous avons renforcé l’objectivation de l’information journalistique sur l’internet en intégrant à la fois la définition savante et la désignation sociale. Dans cette perspective, nous avons pris en considération, afin de ne pas rester sourd aux « labellisations indigènes » du journalisme sur l’internet, les appellations données par les différents acteurs de l’internet (utilisateurs, entrepreneurs, commentateurs, etc.) : presse en ligne, webzines, blogs, portails, agrégateurs. Ces appellations internes au champ constituent autant d’indicateurs complémentaires à notre observation plus externe, fondée elle au départ sur le type de contenu mobilisé et la modalité de diffusion empruntée.

Tableau 1.  - Typologie détaillée de l’information journalistique sur l’internet (Observation fin 2004-début 2005) [14]  A certains types de publication repérés ne correspond... [14] Tableau 1.
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C’est donc au final le souci d’une appréhension véritablement globale de l’information journalistique sur l’internet qui nous a guidé dans notre recensement. Le tableau 1 synthétise les résultats de ce croisement, en proposant une typologie à plusieurs versants.

LES DIFFÉRENTS TYPES DE PUBLICATION D’INFORMATION JOURNALISTIQUE SUR L’INTERNET

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Nous proposons dans cette seconde partie de revenir plus en détail sur chacun des items distingués dans la précédente typologie. Pour présenter chacun de ces types de publication journalistique, nous userons de deux registres : à la fois une synthèse de travaux académiques et une illustration de la situation récente, sous la forme d’encadrés.

Versions internet de médias existants/presse en ligne

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La présence la plus évidente de l’information journalistique sur l’internet réside dans le prolongement sur support web de journaux et magazines, de stations de radio, ou de chaînes de télévision, selon un mouvement amorcé depuis les années 1994-1995 en France [15]  Plusieurs rétrospectives sont présentées dans GUERIN,... [15] . Au départ, ce sont de façon très majoritaire les médias écrits (journaux et magazines) qui ont occupé le terrain. Les médias audiovisuels (radio et télévision) ont longtemps pâti des carences initiales de l’internet relatives à la diffusion de sons et d’images animées. L’expansion du haut débit depuis quelques années autorise désormais un certain rattrapage de ce retard, même si tout n’est pas résolu du point de vue technique. C’est ce décalage dans le temps, entre médias écrits et audiovisuels, qui peut expliquer la prédominance de l’appellation presse en ligne pour désigner, de façon incomplète, ce phénomène.

Le désarroi des entreprises de presse face à la « nouveauté internet »

L’Association mondiale des journaux (WAN) [16]  World Association of Newspapers : association des éditeurs... [16] a organisé en 2004 à Prague un congrès intitulé « Beyond the Printed World», précisément consacré aux expériences des entreprises de presse en matière d’édition numérique. Le compte-rendu de ce congrès [17]  hhttp :// www. wan-press. org [17] relate plusieurs initiatives présentées comme originales :

  • le journal suédois Aftonbladet prolonge sur le web ses rubriques « forme et santé », à travers des programmes interactifs de régimes individualisés (120 000 abonnés) ;

  • le quotidien tchèque DNES propose un service de jeux en ligne, dont les revenus sont aujourd’hui encore évoqués comme étant « modestes » ;

  • le groupe presse britannique Northcliffe ajoute, aux sites de ses publications écrites, des plateformes électroniques d’enchères en ligne.

Ces exemples témoignent d’un certain manque d’inventivité de la part des médias « traditionnels » pour valoriser leurs sites de presse en ligne [18]  On soulignera toutefois que les expériences présentées... [18] . Ainsi, à l’exception du New York Times Digital, toujours mis en exergue avec son audience de 14 millions de visiteurs uniques et qui a par exemple rapidement franchi le pas des fils RSS, les entreprises de presse peinent dans l’ensemble à passer de mesures gadgets (ajoutées aux modèles anciens) à des stratégies véritablement adaptées à l’internet.

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Par rapport à l’ensemble des potentialités qui s’offraient à eux [19]  Pour un rappel, voir DEUZE, 2003. [19] , les éditeurs de presse écrite et les diffuseurs de radio-télévision se sont au départ contentés de reproduire sur le web des applications proches de leur modèle d’origine. Parmi ces dernières, une seule a vraiment connu un emploi généralisé : l’utilisation du serveur comme base de stockage indexée des archives [20]  REBILLARD, 2000. [20] . Même le recours à l’hypertextualité, pourtant très usité, s’est le plus souvent réduit à des liens autoréférentiels et peu renouvelés, contrairement aux discours emphatiques annonçant l’avènement d’une extra-territorialisation de la publication [21]  TOUBOUL, 2001. [21] . Quant aux possibilités de multimodalité et d’interactivité [22]  Multimodalité et interactivité sont entendues ici respectivement... [22] , elles se sont retrouvées en priorité et de façon assez logique sur les sites de médias audiovisuels : forums prenant la relève des émissions radio de « libre antenne » ; extraits vidéo sur les sites de chaînes de télévision [23]  JANKOWSKI et VAN SELM, 2000. [23] . Récemment, les entreprises de presse écrite semblent également intégrer cette dimension multimodale à leurs sites, laissant poindre l’idée d’une appropriation plus transversale des opportunités de l’internet [24]  Emblématique de ces changements, la mouture de 2005... [24] .

Versions internet d’agences de presse/agences de presse en ligne

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Constituant l’une des principales sources d’information des médias, les agences de presse se situent en amont dans la chaîne de production et de diffusion de l’information journalistique. Les positions au sein de cette filière sont potentiellement déstabilisées avec l’internet : la réduction des coûts logistiques de diffusion auprès du « grand public », réduction rendue possible par le numérique, peut entraîner un processus de désintermédiation. Les médias (entreprises de presse, médias audiovisuels), peuvent ainsi se voir « doublés » par les agences de presse dans l’accès à l’utilisateur final. D’autant plus que les agences de presse ont, depuis longtemps déjà, à la fois expérimenté les différentes générations de réseaux informatisés et développé des services véritablement multimédias ne se limitant pas à l’écrit (divisions Photo ou Audiovisuel des grandes agences) [25]  Pour un rappel, voir notamment PIGEAT, 2001. [25] .

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Cette acculturation technologique des agences pouvait grandement faciliter leur déploiement sur l’internet. Hors elles n’ont pas pour l’instant noué de relations consistantes avec la clientèle « grand public » via le web. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer :

  • d’abord parce que, comme de nombreuses études dédiées au e-commerce l’ont démontré [26]  Voir notamment LICOPPE, 2000 pour une synthèse. [26] , la tentation du B to C pour les entreprises jusqu’ici spécialisées dans le B to B est freinée voire empêchée par l’absence de compétence dans la relation commerciale avec le client final, ou encore par les réactions de rétorsion des entreprises autrefois partenaires sur le marché du B to B (et devenant rivales sur le marché du B to C) ;

  • ensuite, des facteurs plus spécifiques à la consommation d’information journalistique peuvent intervenir. Les agences de presse ne possèdent pas le savoir-faire proprement éditorial des médias de masse, et manquent d’une « ligne » de journal, d’un « ton » de station de radio, ou d’une « image » de chaîne de télévision, dans laquelle peuvent respectivement se retrouver lecteurs, auditeurs, ou téléspectateurs ;

  • enfin, le contexte local de la réglementation ou l’histoire particulière de l’agence peuvent limiter ou à l’inverse favoriser la stratégie de conquête de la clientèle des « particuliers » sur l’internet, comme le montre l’encadré ci-dessous.

La diversification des clientèles chez Reuters

L’AFP propose à ses clients traditionnels (médias) diverses formules d’abonnements sur son site web en distinguant différents fils de dépêches (par pays ou zone géographique : European Edition / American Edition / Asian Edition / South Asian Edition; par thème : Top Stories / International News / Business / Sports / Health and Science / High Tech / People / Offbeat / Dynamic Graphics).

Reuters va au-delà en diversifiant ses clientèles. Outre ses clientèles professionnelles habituelles oeuvrant dans le secteur des médias et de la finance (Reuters est depuis fort longtemps présente sur le marché des données économiques et boursières d’actualité), la clientèle des particuliers est elle-même visée de façon explicite : « Particuliers à la recherche d’informations et investisseurs individuels dans le monde entier ».

[http ://about.reuters.com/productinfo/FR/]

Publications exclusivement internet/webzines

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Aux côtés des acteurs de l’information journalistique déjà en place, sont apparus des pure players nés de l’internet. L’appellation webzine renvoie donc avant tout à une existence exclusivement web, sans dépendance imprimée ou audiovisuelle. Au niveau de leurs contenus, les webzines forment toutefois un ensemble hétérogène, dans lequel on peut distinguer deux traditions assez opposées [27]  REBILLARD, 2002a. [27]  :

  • celle des médias « alternatifs », pour qui le néologisme webzine résulte de la contraction entre les termes web et fanzine;

  • celle des revues spécialisées, pour qui webzine résulte cette fois de la contraction entre web et magazine.

Uzine ou la mise à l’épreuve des idéaux libertaires de l’internet

Le site Uzine a regroupé, fin des années 1990 – début des années 2000, un ensemble de textes appelant à promouvoir la liberté d’expression sur l’internet et à la préserver de la tutelle des grands groupes industriels de la communication. Un Manifeste du web indépendant fut même rédigé à cette occasion, et diffusé par tous les webzines se reconnaissant dans de telles idées.

L’activité d’Uzine s’est depuis considérablement réduite : rares sont les contributions publiées en 2004, au regard de leur nombre deux ans plus tôt. A première vue, cette perte de vitalité peut donner l’impression que les principes de libre circulation des idées et d’échange réciproque prônés dans la charte « Uzinons » n’ont pas résisté au temps : « Uzine est un espace d’expression, d’information, d’échange et de pédagogie autour des enjeux de l’internet. […] Chacun est donc invité à participer activement à la vie du site pour construire cet espace web, au-delà de la simple consommation passive de l’information ». [[http :// www. uzine. net]Les volontaires pour « participer activement » aux activités d’Uzine ont donc pu se faire moins nombreux, parce que l’idéologie de résistance à la « consommation passive » a perdu de sa force de conviction et de mobilisation des énergies [28]  Les membres de la « mouvance » Uzine ont entretemps... [28] .

Mais plus fondamentalement, le déclin progressif d’Uzine provient plutôt de la difficulté pour une publication à concilier le nécessaire travail de sélection éditoriale avec le principe d’une égalité absolue des contributeurs dans la décision collective. A cet égard, la position d’Uzine était-elle sans doute intenable, comme l’illustrent les contradictions contenues dans cet autre extrait de la charte « Uzinons » : « Il n’y a pas de hiérarchie en soi entre les différents avis émis, celui de l’auteur, d’un rédacteur ou d’un administrateur, mais la responsabilité pratique de la publication, est assumée par les administrateurs, dans les cas où il faut bien trancher en définitive. »

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Pionniers en la matière, les web-fanzines ont adopté une orientation consistant à se déprendre du journalisme existant et dominant, avec l’ambition et parfois la certitude de participer à l’invention d’un « nouveau média ». Se posant en héritiers de « l’internet des origines », les auteurs de ces webzines ont également souvent prôné les valeurs de gratuité de l’accès aux contenus et de liberté d’expression [29]  Leurs dénominations elles-mêmes illustrent cette visée :... [29] . Leur inscription dans la tradition du fanzinat se matérialise également dans la création de contenus par des amateurs et leur diffusion via des circuits relativement confidentiels. Mais ce modèle non-marchand a rencontré assez rapidement ses limites : essoufflement de l’idéologie mobilisatrice, désenchantement des bénévoles (voire recrutement par des structures marchandes) [30]  Ces facteurs ont été mis en évidence pour les webradios :... [30] .

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Par-delà ces web-fanzines, la dénomination de webzine s’applique parallèlement à des sites qui, par leur alignement plus ou moins contraint sur le modèle des médias traditionnels, s’apparentent plutôt à des webmagazines. Par rapport aux web-fanzines, les web-magazines s’appuient sur la mobilisation plus pérenne d’équipes et de moyens pour traiter de façon continue des actualités spécialisées, mais selon des formules extrêmement diverses. Si l’on prend le cas des web-magazines consacrés au sujet même de l’internet, on pourra ainsi trouver une entreprise dont le journalisme constitue l’activité exclusive (Salon.com), côtoyant pêle-mêle la cellule rédactionnelle d’un grand groupe du secteur de l’informatique (Slate/Microsoft), la vitrine informationnelle d’un cabinet d’étude et de conseil (Le Journal du Net/Benchmark Group), ou encore le service de veille d’une institution de recherche (Internet Actu/CNRS).

Publications – individuelles – exclusivement internet/blogs

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De naissance plus récente que les webzines, les blogs n’en épousent pas moins la même ambition – transformer l’internet en un « nouveau média » – en poussant l’idéologie de la libre expression et sa concrétisation dans l’autopublication à leur paroxysme. Plus même besoin d’être constitué en collectif, un individu peut à lui seul proposer sur l’internet sa propre vision du monde, telle semble être la prophétie auto-réalisatrice des auteurs de blogs.

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L’émergence du blog est trop récente pour savoir si les discours d’emphase qui l’accompagnent trouveront une traduction réelle sur le moyen ou le long terme. Sans évidemment pouvoir prédire l’avenir du blog, on peut toutefois tirer des enseignements du passé, en revenant sur une forme éditoriale qui l’a précédé et qui lui ressemble fortement : le site personnel. Lors de son apparition il y a près d’une décennie maintenant, le site perso était entouré des mêmes rêves de la démocratisation atomisée de la production de contenus grâce au web, rêves qui se sont peu à peu évanouis. Si l’expérience avortée des sites persos doit donc inciter à la prudence, il ne s’agit pas pour autant d’en déduire que le blog connaîtra le même sort [31]  D’ores et déjà, plusieurs études quantitatives ont... [31] , car le contexte a changé et parce que ces deux formes éditoriales présentent tout de même des différences. En particulier, certaines des ressources du blog répondent à des carences mises en lumière dans l’expérience des sites persos, mais sans forcément toutes les combler.

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Par rapport au site personnel, le blog se distingue notamment par une plus grande facilité dans la mise en ligne (plus besoin de rentrer des lignes de code html), un arsenal de possibilités d’interaction (invitation aux commentaires, liens trackback…), et un rapport à l’actualité presque intrinsèque (publication des textes successifs selon un ordre ante-chronologique) [32]  Cette dernière particularité explique sans doute que... [32] . Une recherche empirique portant sur les sites amateurs dédiés à la musique [33]  BEAUDOUIN et LICOPPE, 2002. [33] avait mis en évidence les facteurs de pérennité pour les rares sites persos à ne pas être rapidement abandonnés : installation d’une thématique forte, identifiable et peu à peu dissociée de la personnalité de l’auteur-éditeur ; fidélisation d’internautes via la mise à jour régulière des rubriques d’actualités et l’animation éditoriale de la communauté ainsi créée (modération du forum, envoi d’une newsletter…) [34]  Une récente recherche montre de manière similaire que... [34] .

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Ces problèmes rencontrés par les sites persos peuvent trouver une réponse avec les blogs et leurs outils « dynamiques » de publication actualisée et de gestion de l’interactivité. Mais il s’agira avant tout d’une réponse technique. Le temps humain nécessaire à la production de l’information demeure, tout comme les efforts à déployer pour attirer des visiteurs sur le blog. D’autres procédés techniques, comme les fils RSS, permettent d’adjoindre à la facilitation technique de publication une forme de mutualisation (syndication), et donc d’alléger la masse de travail à fournir par chaque contributeur. Mais là aussi, des obstacles sociaux se dressent, cette fois du côté de la réception. Avec la possibilité offerte à chaque internaute de constituer son propre menu de contenus via les fils RSS, resurgit le « serpent de mer » de l’information personnalisée, popularisée en son temps par la formule de Daily-Me. Or l’information résultant d’une programmation individualisée ôte la dimension de lien social caractérisant l’information journalistique partagée, et n’est finalement plus applicable qu’à l’information-service ou à l’information-connaissance. L’apparition et la multiplication de blogs d’experts sont les illustrations d’un développement en ce sens, et tendent du même coup à montrer les limites pratiques de l’idée initiale d’un journalisme de masse décentralisé. Mais cette idée n’a pas encore été évacuée de l’esprit de tous les auteurs de blogs : certains affichent ouvertement leur volonté de faire partager leurs jugements personnels sur l’actualité ; d’autres sont carrément des journalistes professionnels trouvant dans l’internet une lucarne pour des propos non publiés dans le média d’origine.

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Dans ce dernier cas, la propension des entreprises de médias traditionnels à proposer elles-mêmes des espaces de blogs à leurs employés [35]  Cette relation de dépendance est explicite dès l’URL... [35] nous incite d’une part à interroger la distinction entre presse en ligne et blog (ce dernier ne devenant qu’un avatar de la première); et d’autre part à deviner sous des dehors séduisants une forme marketée de reprise en main de la thématique de la liberté d’expression.

La raison marketing des Skyblogs

Début 2005, on dénombrait sur le site de la station de radio Skyrock plus de 1,5 million de Skyblogs. Leurs contenus sont assez homogènes : ils évoquent le plus souvent les pratiques culturelles et de sociabilité des adolescents qui en sont les auteurs. En ce sens, ils constituent un prolongement des émissions radiophoniques dites de « libre antenne », et de façon plus générale de la stratégie éditoriale et marketing de l’entreprise Skyrock. Le web en amplifie les possibilités de valorisation économique [36]  Cette stratégie de valorisation marketing de la « communauté »... [36]  :

  • tout comme pour la station de radio, on élimine une partie des coûts de production des contenus en faisant intervenir les consommateurs dans ce travail de création (les Skyblogs sont produits par des internautes pour d’autres internautes, mais exploités économiquement par Skyrock). Et on génère des revenus par la vente d’espaces publicitaires auprès d’annonceurs intéressés par la « cible adolescente » ;

  • en outre, on profite des potentialités de l’internet pour passer au stade du marketing direct (vente de bases de données clients à des tiers) comme l’illustre la seule condition posée aux internautes pour l’ouverture d’un Skyblog : remplir un formulaire renseignant les caractéristiques sociodémographiques de l’auteur et proposant, entre autres, « d’être contacté par courrier, e-mail, ou Mobile, afin de faire part des réducs, des concours ou des méga-offres qui sont proposés par les partenaires commerciaux de Skyrock.com ».

[formulaire d’inscription – http :// www. skyrock. com]

Composantes informationnelles de plateformes multiservices/portails

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Si les blogs sont fondés sur un mode de production individuel et artisanal, les portails représentent le pendant inverse d’un internet engagé dans des stratégies industrielles de fédération de larges audiences. Mais là aussi, le succès de l’expression portail auprès des acteurs professionnels du secteur de l’internet n’a d’égal que sa très grande polysémie. On peut retenir des différentes acceptions de la notion de portail l’allusion à un lieu concentrant de multiples flux de données et d’internautes. En cela, les sites portails occupent une place essentielle au sein d’une structure réticulaire telle que l’internet, dans laquelle les sources d’information sont disséminées. Les portails se distinguent ainsi des autres sites par leur plus large audience, et peuvent valoriser cet avantage de façon multiple : vente d’espaces publicitaires ; cession de fichiers clients ; ou encore intermédiation commerciale. L’accroissement de l’audience, enjeu essentiel pour les sites portails, a poussé ces derniers à diversifier les services susceptibles de capter les internautes : mise à disposition de boîte aux lettres électroniques ; hébergement de pages web ; fourniture d’outils de recherche ; et enfin, livraison d’informations journalistiques, activité qui nous intéresse plus particulièrement ici.

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Dans un premier temps, certains de ces portails ont produit des informations de type journalistique en interne, au sein de départements assez comparables aux rédactions des médias traditionnels. C’était le cas notamment des sites portails lancés par des groupes oeuvrant dans le secteur des industries culturelles et informationnelles en France : Club-Internet (Lagardère) ou Infonie (Infogrames). Après les mouvements de concentration des années 2000-2001 menés par les opérateurs de télécommunication, se plaçant au cœur de la filière internet par l’intermédiaire de leurs FAI respectifs [37]  DANG N’GUYEN et PENARD, 2004. [37] , un recentrage sur les métiers de base s’est effectué. Dès lors, la production de l’information journalistique pour les portails (ceux des FAI - opérateurs de télécommunications) a été sous-traitée à des fournisseurs de contenus spécialisés dans cette activité. Dans une précédente recherche, nous avions ainsi pu observer comment le premier FAI français (Wanadoo, filiale de France Telecom) avait sollicité plusieurs médias locaux pour alimenter les rubriques de son portail dédiées aux grandes agglomérations françaises [38]  REBILLARD, 2002b. [38] . Mais aujourd’hui, ce sont des acteurs situés encore plus en amont dans la filière qui fournissent l’essentiel de l’information journalistique aux portails : il s’agit des agences de presse [39]  En ce domaine de la fourniture de dépêches numériques... [39] . Les dépêches d’AP, Reuters, ou de l’AFP, mises au format XML, peuvent être insérées à loisir dans les différentes interfaces des grands sites portails. Ceux-ci, en fonction de leurs histoires techno-industrielles respectives, investissent des moyens humains et financiers assez variables dans le travail sur ces dépêches, certains se contentant d’automatiser leur insertion dans des « cartons préformatés » alors que d’autres se sentent encore détenteurs d’une certaine autonomie éditoriale [40]  SMYRNAIOS, 2004. [40] . Les portails effectuent ainsi pour l’essentiel un travail de relais des dépêches d’agences auprès de larges audiences, selon un processus assez comparable à celui observé pour les quotidiens gratuits. L’essor et la possible généralisation de ce type de configuration font du retraitement de l’information « brute » une tendance forte sur laquelle nous reviendrons par la suite.

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Jean ELIAS, Internet pour les journalistes, 2004 [[http:// mapage. noos. fr/ jelias/ sources_d_informations/ actualite. html]

Regroupements automatisés d’informations d’actualité/agrégateurs

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Comme nous venons de le voir, l’intervention éditoriale est plus ou moins accentuée dans les portails, et se résume le plus souvent à agencer les contenus journalistiques achetés à des tiers. Les portails se démarquent en cela des agrégateurs qui automatisent non seulement la présentation des contenus à l’écran, mais aussi et surtout la sélection et la recherche des informations.

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Des logiciels de fouille de données (« robots ») sont activés pour parcourir les sites d’information journalistique répertoriés par le moteur de recherche. L’extraction des contenus dépend alors de critères algorithmiques : date de mise à jour ; « popularité » (jugée à l’aune du nombre de liens pointés) du site ; emplacement de l’information dans la maquette du site source (Une, rubriques spécialisées, etc.). Le service Google News s’inscrit pleinement dans cette démarche : dans des dossiers faisant office de rubriques sont compilés des liens pointant vers plusieurs sources journalistiques traitant d’un même sujet. Google News renvoie majoritairement vers des sites de médias « traditionnels » [41]  Les 500 sources francophones de Google Actualités sont... [41] avec qui il n’a tissé aucun lien contractuel : la contrepartie à cet appui sur l’information journalistique produite par des tiers réside, de manière tacite, dans l’apport que génère le transfert d’audience depuis Google vers le site d’informations journalistiques ainsi relié [42]  Reste à savoir si cette entente tacite va se maintenir... [42] . Une architecture très voisine soutient le site Rezo.net, à la différence notable que ce dernier revendique une visée non-marchande et une orientation éditoriale qui le rapproche de la « presse d’opinion ». Ce site dresse lui aussi une liste de liens vers d’autres sources d’informations journalistiques, mais il s’agit presque exclusivement de sites de presse en ligne situés politiquement à gauche (ex : Libération, Le Monde Diplomatique) et de webzines à caractère militant. Sur ce dernier point, rappelons que la compilation de webzines isolés permet de combler l’une des carences principales de l’information produite bénévolement : sa périodicité trop irrégulière. Rezo.net peut fournir chaque jour des nouvelles fraîches, en accumulant chronologiquement une production éparse.

Rezo.net et Google News, un même fonctionnement pour deux visées opposées

Rezo.net et Google News procèdent de façon semblable d’un point de vue technique : ils pointent tous deux des liens hypertextuels, de façon automatisée, vers des informations consultables sur d’autres sites. Mais selon des finalités inverses, clairement exprimées dans leurs définitions en miroir.

Lorsque Rezo.net présente son activité, le modèle des grands sites portails ou agrégateurs fait figure de repoussoir : « Un ‘business plan’ en or, coco. Pas de journalistes, rien que de l’info industrielle, des milliers d’articles livrés en vrac, des robots qui remettent en forme des kilomètres de dépêches et qui ajoutent des bandeaux. ». Rezo.net veut opposer à ce modèle « industriel » une alternative « non-commerciale » : « simplement pour pouvoir suivre l’actualité des sites qu’on aimait bien ». [[http :// www. rezo. net]

Il s’agit là d’une optique en tout point différente de celle de Google, qui affirme développer « Une nouvelle idée de l’information » avec son service Google News : « La sélection des sources d’information, caractérisées par des points de vue et des lignes éditoriales différents, est réalisée sans parti pris politique ni idéologique. [43]  Il est intéressant de noter ici l’apolitisme revendiqué... [43] […] Ce système vous permet de découvrir comment différentes agences d’information présentent le même événement. »

[http ://news.google.fr/intl/fr_fr/about_google_news.html]

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D’autres acteurs de l’internet effectuent un travail de compilation d’informations journalistiques. Mais à la différence des exemples précédents (logique de l’offre – push media), ils n’effectuent cette agrégation qu’à partir d’une requête portant sur un sujet ou un mot-clé précis (logique de la demande – pull media). La société Net 2 One propose ainsi un service de veille informationnelle, scrutant des sites de presse en ligne, mais aussi des serveurs de communiqués de presse [44]  Il semble d’ailleurs que, pour d’autres agrégateurs... [44] . Sans véritable stratégie commerciale au départ et s’adressant à une cible relativement indistincte comme nombre d’autres start-ups nées dans l’euphorie de la net-economy, Net 2 One s’est aujourd’hui recentrée vers la clientèle des entreprises. Elle s’est pour cela adossée à l’un des principaux acteurs sur le marché de la veille journalistique, Presse Plus (concurrent de Presse Index ou de L’Argus de la presse), élargissant ainsi le spectre d’activités des prestataires de panoramas de presse, tout en respectant les droits d’auteur par le biais d’accords avec le CFC (Centre français d’exploitation du droit de copie) [45]  Pour davantage de précisions, cf. GESTE, 2003. [45] .

Services documentaires d’archives journalistiques/bases d’archives

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L’information journalistique est également accessible sur l’internet via des services dont la logique est avant tout celle de la base de données documentaire. L’information journalistique ainsi archivée devient alors principalement une information-connaissance, utile par exemple dans le monde professionnel pour ce qui concerne l’activité de veille économique. Les grands éditeurs comme Lexis Nexis, L’Européenne de données, ou encore Cedrom-SNI, ont aujourd’hui mis en place des interfaces web d’interrogation de leurs bases de données respectives. Possèdant une lourde expertise dans la gestion de l’informatique documentaire en réseau, ces sociétés ont tissé des liens très anciens avec les entreprises de presse « traditionnelles » [46]  D’ailleurs, une entreprise comme Cedrom-SNI est elle-même... [46] . Elles reproduisent sur internet un modèle de remontée des recettes déjà bien établi, incluant notamment des reversements aux ayant-droits, et qui trouve sa pérennité dans la solvabilité de leur principale clientèle : les entreprises.

Les spécialités des trois principales BDD journalistiques

Depuis quelques années, le marché des bases d’articles de presse semble se structurer. Les trois principaux éditeurs cherchent à se positionner sur l’un des segments suivants, du local à l’international.

  • La presse locale (et dans une moindre mesure nationale) pour L’Européenne de données :

    le service France Actu Régions donne accès à 33 titres de la presse quotidienne régionale, et pour chacun d’entre eux à toutes les éditions locales (410 éditions locales au total). Le service Pressedd propose par ailleurs les archives de l’AFP depuis 1980, date de création de L’Européenne de données qui a justement eu l’AFP comme premier client « grand compte » ;

  • La presse nationale et francophone pour Cedrom-SNI :

    société québecoise de prestation de services informatiques auprès des entreprises de presse en Amérique du Nord et en Europe, Cedrom-SNI en a profité pour constituer un catalogue de sources francophones variées. Les principaux quotidiens nationaux français, mais aussi belges, suisses, et québecois sont accessibles via le service Europresse ;

  • Une couverture internationale de la presse pour Lexis-Nexis :

    le géant mondial a noué des contrats avec plus de 11 000 titres et notamment les publications « de référence » des pays industrialisés : The Economist, Frankfurter Algemeine Zeitung, Herald Tribune, New York Times, El Pais, La Stampa

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Ces bases proposent essentiellement des archives, un point qui les distingue des agrégateurs présentés dans la partie précédente. Sous la pression concurrentielle de ces derniers, elles ont néanmoins commencé à proposer également de l’actualité immédiate, en intégrant dans leurs bases les informations du jour divulguées sur l’internet, y compris par certains webzines. Ici aussi, on voit un autre lieu où la frontière « légitime » du journalisme est interrogée, car la reprise de publications exclusivement internet équivaut à leur légitimation par les BDD. Et aussi parce que ces BDD agrègent des contenus au sens large : par exemple des articles de sites d’information journalistique comme des communiqués de presse d’entreprises ou d’institutions, le tout formant un vaste ensemble des informations d’actualité [47]  Pressedd se vante ainsi de proposer « 30 000 nouveaux... [47] .

LA CIRCULATION DE L’INFORMATION JOURNALISTIQUE SUR L’INTERNET

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La présentation typologique qui a précédé était nécessaire pour rendre compte de la diversité des espaces dans lesquels se loge l’information journalistique sur l’internet. Mais prise dans sa globalité, la diffusion de l’information journalistique ne se réduit pas à la juxtaposition de ces différents espaces : elle repose plus fondamentalement sur les flux de contenus qui relient ces espaces entre eux.

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Nous avons eu l’occasion de signaler l’existence de ces relations dans la partie précédente, mais seulement de façon ponctuelle. Ce maillage relationnel constituant une dimension primordiale de la diffusion d’informations journalistiques sur l’internet, nous consacrerons l’intégralité de la présente partie à son analyse, et tenterons d’en cerner les enjeux principaux.

La circulation au détriment de la création

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Les différents espaces de publication d’informations journalistiques sur l’internet sont loin d’être cloisonnés. Interconnectés, ils forment un enchevêtrement de relations où les informations circulent d’un espace à l’autre, selon deux modalités :

  • l’établissement de liens hypertextuels, assimilant la diffusion à un processus de navigation ;

  • la fourniture de contenus, résultant le plus souvent de transactions contractualisées.

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Ces relations sont développées au sein de chacun des espaces de publication d’informations journalistiques sur l’internet, selon des configurations diverses.

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Ainsi, les agrégateurs emploieront de façon exclusive l’établissement de liens hypertextuels, en « re-dirigeant » leurs visiteurs vers les sites de presse et d’agences de presse en ligne d’une part, ainsi que vers les webzines et les blogs d’autre part.

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De leur côté, les portails et les bases d’archives sont pour l’essentiel alimentés en informations par l’achat de contenus auprès des acteurs médiatiques traditionnels. Les portails se fournissent prioritairement auprès des agences de presse en ligne. Les bases d’archives engrangent la production des médias écrits et audiovisuels, mais répertorient aussi désormais les contenus internet : presse et agences de presse en ligne, webzines dans une moindre mesure.

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Donnant une visibilité à l’abonnement aux fils de dépêches contracté habituellement par les médias écrits et audiovisuels, les sites de presse en ligne remplissent leurs rubriques d’actualités en achetant des « brèves numériques » aux agences de presse en ligne.

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Dans une démarche assez opposée et qui matérialise en quelque sorte leur idéologie initiale d’échanges réciproques et non-marchands, les webzines et surtout les blogs privilégient les dispositifs de mise en relation de productions informationnelles variées. Leur célérité dans l’intégration et la mise en œuvre de systèmes de syndication comme RSS et le développement de la blogosphère en sont les principales illustrations.

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Au final, même si elles sont de natures diverses, les relations sont donc très nombreuses entre les différents espaces de publication. Ces derniers participent tous à un mouvement de circulation des informations, et cette généralisation constitue l’une des originalités de la diffusion d’informations journalistiques sur l’internet [48]  On insistera plus loin sur le fait que ce n’est pas... [48] .

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Une fois établi ce constat d’une circulation généralisée, on peut pousser l’analyse en s’intéressant à ce qui est mis en circulation. S’agit-il d’informations tirées des médias écrits et audiovisuels, qui trouvent ainsi avec l’internet de nouveaux canaux de diffusion ? Ou bien s’agit-il de contenus créés ex nihilo, prenant appui sur les potentialités de renouvellement que l’internet offre au journalisme ?

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Cela signifierait dans un cas que celles-ci ont été « récupérées » pour mieux asseoir la domination d’acteurs médiatiques traditionnels étendant leur hégémonie à l’internet ; dans l’autre cas, cela montrerait que des alternatives peuvent naître avec le web.

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Ces questions soulevant des enjeux importants, nous avons tenté d’y répondre en examinant, pour chaque type de publication, quelle était la part des créations parmi l’ensemble des informations mises en circulation.

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Aucune des informations accessibles depuis les portails, agrégateurs, et bases d’archives, n’est le fruit d’une création au sein de ces espaces. Situés au niveau méta-éditorial, leur finalité est avant tout de rassembler des contenus éparpillés sur l’internet, contenus élaborés par des tiers. Depuis que les portails se sont séparés de leurs services rédactionnels propres, pour dans le meilleur des cas se recentrer sur l’editing, la production d’informations journalistiques originales au sein des espaces de type méta-éditorial (types 3, 4, et 5) est donc nulle.

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Avec l’internet, les agences de presse et médias déjà existants ont trouvé des canaux supplémentaires pour la diffusion de leurs contenus, sans forcément y installer de nouveaux lieux de création spécifiques. Ainsi, les agences de presse en ligne proposent sur leurs propres sites web la version numérique et « grand public » de leurs fils de dépêches classiques. Les déclinaisons internet des médias écrits et audiovisuels puisent quant à elles la grande majorité de leurs contenus dans l’édition papier d’origine, comme dans les émissions de radio ou de télévision correspondantes [49]  A tel point qu’on se demande presque si la dimension... [49] . Aux côtés de ces reproductions simplement adaptées aux formats de l’internet, figurent quelques contenus créés spécifiquement pour l’édition web. Mais leur part est assez marginale au regard de la totalité des informations publiées sur les sites de presse en ligne, et elles sont de façon presque ironique souvent reléguées dans les rubriques « Nouvelles technologies » ou « Multimédia – internet » [50]  Cette caractéristique peut être vue comme une survivance... [50] .

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En définitive, la création de contenus spécifiques s’avère être l’apanage des webzines et des blogs. Ces nouveaux espaces de publication sont les foyers où l’énergie pour engendrer des contenus exclusifs à l’internet a été la plus forte.

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Les webzines et les blogs se singularisent par leur existence unique sur le support web, et il est donc assez naturel et presque tautologique de remarquer qu’on y trouve des contenus jusqu’ici inédits. Il est en revanche plus étonnant de constater que ces espaces sont presque les seuls en la matière. Car si on fait le bilan, des sept types de publication d’information journalistique repérés pour l’internet, quatre ne sont pas sources de création de contenus (portails, agrégateurs, bases d’archives, agences de presse en ligne), l’un ne compte des contenus inédits qu’à sa marge (presse en ligne), et deux seulement (webzines et blogs) y contribuent activement.

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Les potentialités qu’offre l’internet pour la publication d’informations journalistiques ont donc, en majorité, été utilisées pour retraiter des informations. C’est-à-dire pour faire circuler sous une forme aménagée des contenus créés auparavant. Il faut bien comprendre ici que ce retraitement n’est pas équivalent à ce que l’on entend couramment par l’expression traitement journalistique de l’information. Cette dernière renvoie à l’idée selon laquelle la médiatisation consiste en une construction sociale de la réalité et que, en conséquence, les représentations journalistiques d’une même occurrence du réel peuvent être plurielles [51]  Pour une synthèse, voir NEVEU, 2001. [51] . Ce que nous qualifions de retraitement à propos de l’internet n’est pas un autre traitement journalistique d’une information (ce n’est par exemple pas la représentation d’une occurrence du réel sur un site web, qui viendrait s’ajouter à une représentation différente de la même occurrence dans un journal papier) mais une opération de recyclage d’une information déjà traitée (pour reprendre l’exemple précédent, la représentation d’une occurrence du réel dans un site web serait alors le plus souvent l’adaptation à l’internet de l’information initialement publiée sur support papier).

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Avec l’internet, l’information journalistique voit ses possibilités de circulation se multiplier, beaucoup plus fortement qu’elle ne voit ses lieux de création se renouveler. En accommodant des informations pour la plupart déjà traitées par ailleurs, les agrégateurs, portails, bases d’archives, agences et sites de presse en ligne n’offrent pas de nouveaux regards sur le réel.

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L’alternative en matière de traitement de l’information se retrouve donc du côté des webzines et des blogs, mais elle est en réalité assez faible :

  • tout d’abord, ces espaces de la publication autoritative, malgré leur nombre important, pèsent peu en termes d’audience (même cumulée) vis-à-vis des entités internet des grands groupes industriels de communication. On pourrait en premier lieu appuyer cette affirmation en avançant les statistiques de fréquentation qui placent régulièrement Yahoo ! Actualités ou lemonde.fr en tête de classement, mais ce serait faire abstraction des biais induits par les méthodes d’enquête à l’origine de ces données chiffrées [52]  Les enquêtes d’audience étant pour la plupart commanditées... [52] . Même sans cela, et plus fondamentalement, on peut concevoir assez aisément que les logiques « communautaires » dans lesquelles s’effectue le travail de création des webzines et des blogs restreignent le champ de leur diffusion, en comparaison des stratégies de fédération d’audiences mises en œuvre par les portails et les sites de presse en ligne à visée généraliste [53]  Une enquête considérant cette fois l’internet dans... [53]  ;

  • ensuite et surtout, malgré leur volonté de contourner le système médiatique dominant, les webzines et les blogs participent de fait, à leur manière, à ce processus général de retraitement. Il faut bien voir que nombre de contenus créés sur l’internet, et donc principalement par des auteurs de blogs ou de webzines, sont eux aussi échangés et donc retraités [54]  Le webzine Samizdat, recueil d’articles collectés sur... [54] . En effet, les webzines comme les blogs, s’ils se singularisent par des informations exclusives à l’internet, se distinguent également par un emploi surabondant des dispositifs visant à faire circuler ces contenus (trackback, RSS, etc.). L’impression de foisonnement qui en ressort ne doit donc pas conduire à oublier qu’elle résulte avant tout d’un volume important d’échanges plutôt que d’un volume important de contenus créés [55]  Ainsi, le site mondial de IndyMedia parvient à afficher... [55] .

Le retraitement comme tendance du journalisme

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La diffusion de contenus produits par des tiers n’est pas une nouveauté pour l’activité journalistique. Dès ses origines, le journal papier a été un espace de compilation de nouvelles éditées dans d’autres publications. Et aujourd’hui, la revue de presse forme même un genre usité dans l’ensemble des médias, écrits comme audiovisuels. Au-delà de la reprise explicite d’autres productions médiatiques illustrée par les exemples précédents, il faut bien garder à l’esprit que l’interdiscursivité traverse toutes les pages du journal imprimé et tous les sujets des journaux radiophoniques ou télévisés, via les multiples formes de discours rapportés [56]  Pour certains spécialistes de la socio-histoire du... [56] .

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Ces rappels nous semblent nécessaires pour bien insister sur le fait que le retraitement des informations n’est pas né avec l’internet. Ce qui est nouveau en revanche, c’est la dimension prise par ce processus de retraitement sur l’internet. D’une part, il occupe la grande majorité des espaces de publication sur le web, au point d’étouffer la création de contenus originaux, comme nous avons pu le voir. D’autre part, ce processus de retraitement passe d’un stade artisanal à une échelle industrielle.

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Cette intensification du retraitement se caractérise notamment par une automatisation de la circulation des informations. Ce passage à un retraitement automatisé s’appuie sur les développements techniques apparus avec l’internet ces dernières années. Par exemple, le format XML associé aux spécifications DTD permet de dissocier un contenu de sa structure. Ceci donne une grande malléabilité aux dépêches d’agences et aux articles qui, ainsi numérisés, peuvent être décomposés/recomposés pour s’adapter de façon automatique aux différents formats méta-éditoriaux où ils sont repris : par exemple uniquement le titre de la dépêche ou de l’article dans les liens affichés par un agrégateur; le titre et le châpo (lignes introductives) sur un portail ; l’intégralité du texte dans une base d’archives. Les échanges au sein de la nébuleuse webzinesblogs reposent eux plutôt sur des systèmes de management de contenus (CMS) qui permettent de décentraliser la création des contenus, et des systèmes de syndication (RSS) qui facilitent la mutualisation des informations ainsi produites.

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Ces développements techniques ont contribué à l’accélération de la circulation des informations. On aurait cependant bien tort d’imputer à ces seuls facteurs techniques l’évolution vers la situation observée aujourd’hui sur l’internet. Car ces dispositifs techniques n’ont été activés, voire élaborés, qu’à la faveur d’une évolution du journalisme, entendu au sens d’ensemble de pratiques sociales.

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Parmi les différentes tendances qui marquent le journalisme depuis ces dernières décennies, l’une d’elles nous semble particulièrement entrer en résonance avec ce processus de retraitement, et se mêler aux opportunités numériques pour en accentuer l’intensité sur l’internet. Il s’agit de la rationalisation des activités de collecte et de rédaction des informations, autrement dit des tâches relevant de la création des contenus journalistiques. La concentration croissante dans le secteur des médias ces dernières années s’est traduite par une réorganisation de la production. Au sein des groupes de communication, la recherche de gains de productivité a souvent été synonyme de réduction ou d’ajustement des dépenses de création affectées à chaque média détenu, via une fusion des différents services rédactionnels visant à supprimer les « doublons » de main d’œuvre et d’infrastructure. Avec l’internet, ces rapprochements ont franchi un palier supplémentaire, car le numérique offre l’opportunité de mise en place d’une plate-forme de production numérique qui soit commune à tous les supports de diffusion (web, mais aussi papier, radio, télévision, ou d’autres encore).

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Dans le cas des Echos, la diversification depuis le quotidien imprimé vers d’autres supports (télématique, télévision thématique, web) respecte les modèles de remontée de recettes correspondants (système kiosque, pay-per-view, publicité) en diversifiant l’origine des ressources pour se prémunir contre les aléas de la conjoncture. L’avantage supplémentaire conféré par la mise au format XML au sein de la structure Les Echos Publishing étant de pouvoir rentabiliser une même information sous des formats variés, différant seulement dans leurs modes de structuration et d’acheminement.

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Les économies d’envergure ainsi réalisées se doublent donc d’une possibilité de rentabilisations croisées, à travers notamment l’offre faite aux annonceurs de publicités couplées sur plusieurs supports. Ainsi, on s’aperçoit que la convergence générale censée réunir les trois secteurs industriels de la communication (industries culturelles et informationnelles, informatique, télécommunications) a débouché sur des stratégies, plus modestes mais plus opérationnelles, de convergence intra-sectorielle. Celles-ci ont dans le cas du journalisme pris trois directions : réunion des rédactions au sein d’une plate-forme commune (newsroom convergence) ; fusions des services publicitaires au sein d’une régie intégrée (cross-media partnerships) ; numérisation de la chaîne de production et de distribution (digital news networks) [57]  SCOTT, 2005, p. 101-109. [57] .

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Cette organisation en entreprise multimédias était déjà à l’œuvre, mais sous une forme moins aboutie. Elle trouve sa pleine application désormais, avec la numérisation de canaux variés de diffusion. A cet égard, il est révélateur que le média français leader en termes d’audience, TF1, a aujourd’hui complètement adopté cette stratégie pour son site web. Celui-ci est alimenté en actualités numériques par la filiale LCI (chaîne d’information en continu du groupe TF1) pour les informations généralistes, et par une autre filiale (Eurosport, chaîne thématique) pour ses informations sportives.

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C’est donc bien parce que la tendance à une rationalisation des activités de création était en germe dans le journalisme, que l’internet s’est avéré être un terrain particulièrement favorable à son développement. Voire à son exacerbation sous la forme de l’automatisation de la circulation de contenus, dupliqués à partir de sources extérieures.

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Comme nous avons déjà eu l’occasion de le souligner, cette systématisation du retraitement sur l’internet se traduit par une omniprésence de certains contenus, et principalement ceux produits par les acteurs médiatiques traditionnels. Ainsi, les portails, agrégateurs, et bases d’archives vont principalement renvoyer aux dépêches et articles élaborés par les agences de presse et médias « établis », qui en outre disposent eux-mêmes de déclinaisons internet. Ceci a pour conséquence une certaine uniformisation dans le choix des sujets et leur traitement, phénomène qui lui non plus n’est pas né avec le développement de l’internet mais sort renforcé par celui-ci. Dénoncée par la formule largement vulgarisée de « circulation circulaire de l’information » [58]  On trouvera dans BOURDIEU, 1996 deux présentations... [58] , la redondance informationnelle due à la concurrence interne au champ journalistique semble atteindre un stade ultime avec l’internet [59]  La « circulation circulaire de l’information », observée... [59] . La « circulation circulaire de l’information » désigne avant tout le fait que les journalistes s’inspirent des productions de leurs pairs pour fixer leurs propres « choix » éditoriaux. Par exemple, l’observation des conducteurs des JT montre un mimétisme frappant d’une chaîne de télévision à une autre, et l’emprunt de plusieurs sujets aux enquêtes publiées dans la presse écrite lors des jours ou heures qui précèdent. Mais dans la plupart des cas, il ne s’agit pas de reprise in extenso de textes produits par d’autres, ces derniers constituant simplement des sources d’inspiration ou de commentaires. La situation est toute autre avec l’internet : c’est bel et bien le texte intégral de dépêches d’agences ou d’articles de presse, voire de blogs ou de webzines, qui est reproduit, sous des formats adaptés aux multiples espaces de diffusion qui en assurent la circulation. La « circulation circulaire de l’information » pointait un amoindrissement de la diversité des représentations journalistiques du réel. Celles-ci ne sont guère plus variées avec l’internet, et sont noyées sous le déferlement ubiquitaire de contenus reproduits automatiquement.

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A cet égard, il est tout à fait symptomatique de voir que cette fonction de relais pour les contenus déjà omniprésents est aujourd’hui mise en exergue dans l’argumentaire promotionnel du principal agrégateur, Google News :

« Les titres de la page d’accueil de Google Actualités sont sélectionnés automatiquement par des algorithmes informatiques en fonction de plusieurs facteurs, notamment de la fréquence selon laquelle ils apparaissent sur d’autres sites du web. Cette méthode de sélection s’inscrit tout à fait dans la tradition de recherche du web de Google, qui repose essentiellement sur le jugement collectif des éditeurs web pour déterminer les sites proposant les informations les plus intéressantes et les plus pertinentes. Google Actualités s’appuie de la même façon sur le jugement des rédacteurs des agences d’information pour déterminer les nouvelles qui méritent le plus d’être incluses et mises en évidence sur la page Google Actualités. »

[http ://news.google.fr/intl/fr_fr/about_google_news.html]

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La redondance de l’information est ainsi présentée comme une sorte de garantie, la comparaison des différentes « versions » journalistiques devant permettre in fine à l’internaute de découvrir une information « épurée ». Cette mise à distance de la prise de position, cette insistance sur la neutralité de la présentation d’informations, n’est toutefois pas toujours aussi clairement revendiquée. Mais elle transparaît de façon implicite, et dans les faits, à travers la primauté accordée aux dépêches d’agence, notamment par les portails. Habituellement, les agences de presse produisent des dépêches avec cette recherche volontaire de neutralité car le contenu des dépêches est appelé à être transformé par les médias qui s’en saisissent et s’en servent comme base pour élaborer leurs articles. Ce qui est surprenant avec l’internet, c’est que le contenu des dépêches est conservé dans son intégralité et que l’appropriation éditoriale se limite le plus souvent à une intégration graphique au format du site web.

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Cette pratique de rediffusion de dépêches d’agences auprès de vastes publics est observable dans une branche du journalisme autre que l’internet : celle de la presse écrite. Les similitudes sont en effet nombreuses entre la configuration médiatique des portails et celle des journaux gratuits. A propos de ces derniers, une enquête en réception montre même que cette neutralité de l’information proposée par la presse quotidienne gratuite rencontre une certaine demande de la part des lecteurs, qui pour certains reprochent aux journaux traditionnels leurs parti pris idéologiques [60]  AUGEY, LIPANI-VAISSADE, RUELLAN et UTARD, 2005. [60] . Avec les portails et les gratuits, une certaine « neutralité circulaire de l’information » touche ainsi deux des nouveautés médiatiques qui se sont le plus rapidement développées, en rencontrant le succès en termes d’audience. Si on pousse l’analyse un peu plus loin, on peut trouver des parentés entre les portails et les gratuits jusque dans l’organisation de la production. Les entreprises de presse quotidienne gratuite s’inscrivent tout à fait dans le mouvement de rationalisation des activités de création : plutôt orientées vers l’editing (assemblage des contenus, harmonisation de leur mise en forme…), elles allouent des moyens faibles à la collecte et à la rédaction des informations [61]  Afin de ne pas dresser un tableau trop grossier, on... [61] ou les répartissent via des économies d’envergure sur l’ensemble des entités de leur groupe (échanges de contenus entre rédactions locales, à l’échelle internationale, pour le leader mondial Metro; appui sur les ressources logistiques et humaines de la maison-mère pour les émanations gratuites des entreprises de PQR [62]  Bordeaux 7 (Sud Ouest) ; Lyon Plus (Le Progrès) ; Montpellier... [62]  ).

68

Au final une même configuration se retrouve avec, pour les rubriques d’actualités des portails comme pour les journaux gratuits, un retraitement de dépêches d’agences réduisant les coûts de création et permettant de trouver un large public, peu habitué à payer pour consulter des contenus journalistiques et favorable à une information la plus factuelle possible. Il ne s’agit toutefois pas ici de dire que cette configuration est généralisable, ni qu’elle préfigure une évolution globale du journalisme.

69

En premier lieu, il faudra voir sur le long terme si une telle configuration, aussi récente, perdurera. N’oublions pas à ce propos que des expériences de rédaction numérique unifiée au sein d’un groupe ont inversement échoué (Canal Numedia; Europe Infos), car les obstacles sociaux à cette potentialité technique sont nombreux (opposition des personnels, difficultés de mise en synergie des entités d’un groupe aux « cultures métier » opposées…).

70

En second lieu, il faut bien garder à l’esprit que la « neutralité circulaire de l’information » entrevue ici ne constitue qu’un aspect parmi d’autres de l’évolution du journalisme. Si on considère la branche de la presse écrite dans son ensemble, la tendance généraliste et consensuelle des quotidiens gratuits se complète par exemple d’une tendance à la spécialisation de niche dans la presse magazine. Et symétriquement, dans la branche de l’internet, le processus de retraitement d’informations mainstream ne doit pas faire oublier le développement parallèle de webzines spécialisés et de blogs d’experts.

71

Nous ne prétendons donc en aucun cas affirmer que le processus de retraitement balaiera sur son passage l’ensemble des configurations journalistiques existantes, loin de là. Notre propos se limite simplement à signaler que le processus actuellement dominant sur l’internet (le retraitement) puise ses racines dans des évolutions plus structurelles du journalisme (la rationalisation des activités de création) et forme une configuration également observable sur d’autres supports médiatiques (la presse écrite).

CONCLUSION

72

L’information journalistique est diffusée en de multiples lieux sur l’internet, mais qui ne sont pas tous des lieux de création de contenus, loin s’en faut. Au final, il apparaît que la publication d’informations exclusives à l’internet est marginale au regard de la reproduction, sur le web, d’informations élaborées initialement pour d’autres supports. Dans ce contexte, l’intérêt principal de l’internet pourrait même résider dans la simple possibilité d’accéder, à partir d’un même dispositif de communication, à plusieurs niveaux de diffusion d’informations journalistiques (le plus souvent recyclées).

73

La conclusion de cette recherche peut donc paraître décevante par rapport à l’idée d’un bouleversement de l’ordre médiatique établi dans le sens d’une publication autonomisée et non marchande, idée régulièrement émise depuis 10 ans et revigorée récemment avec le développement des blogs. Or, pour l’heure, l’emploi de l’internet à des fins journalistiques consacre une montée en puissance du processus de retraitement plutôt que des activités de création. Parmi les nouveaux entrants, les bénéficiaires en sont donc les portails et les agrégateurs qui poussent à un stade ultime l’exploitation de la diffusion d’informations journalistiques (prolongeant en cela l’action des acteurs médiatiques traditionnels), plutôt que les promoteurs d’une production autonome de contenus originaux via les webzines ou les blogs. Ce présent constat ne préjuge toutefois en rien de ce que pourront être les configurations futures. On peut même penser assez raisonnablement que cette coexistence sur l’internet débouchera sur des pratiques métissées et hybrides, les acteurs médiatiques traditionnels s’acculturant progressivement aux potentialités de l’internet explorées aujourd’hui par les webzines et les blogs [63]  Centrée sur un blog dépendant du quotidien britannique... [63] , et les méta-éditeurs (portails et agrégateurs) ayant tout intérêt à intégrer les « poches » de création de l’autopublication.

74

Mais le fait est qu’au moment de notre observation (fin 2004 – début 2005), le processus de retraitement est généralisé et prend même les traits d’une hégémonie au sens gramscien du terme. En employant eux aussi des procédés de retraitement, voire en les promouvant (conception de CMS, implantation de fils RSS), webzines et blogs légitiment ou en tout cas popularisent un système qui corollairement profite aux acteurs médiatiques traditionnels et aux méta-éditeurs (via la circulation des dépêches d’agences et des articles de presse). On peut même étendre ce raisonnement au terrain symbolique : en présentant leurs productions comme des alternatives aux médias commerciaux, les défenseurs de l’autopublication non marchande posent les médias dominants en référents de leur cadre d’action et de pensée [64]  Une illustration de cette hégémonie peut être trouvée... [64] .

75

Les chercheurs n’échappent sans doute pas non plus, dans leurs analyses, à cette hégémonie des médias commerciaux. Le champ académique a par exemple depuis longtemps érigé la presse commerciale comme objet scientifique bien plus légitime (et bien plus balisé) que les fanzines [65]  L’expression de presse alternative est elle-même une... [65] . Et par conséquent, il n’est pas exclu que la perception académique entraîne un tropisme du côté de la presse ou des agences de presse en ligne, et provoque inversement une certaine cécité à l’égard de la vitalité des webzines et des blogs. Nous ne prétendons pas ici être sûr d’échapper à ce travers – cela témoignerait à la fois d’une grande présomption et d’un manque de lucidité – mais pensons avoir établi dès le départ une méthodologie d’objectivation du journalisme sur l’internet (partie 1) qui pose un certain nombre de garde-fous en la matière.

76

Pour prolonger la réflexion, et ceci ne concerne pas seulement la présente recherche mais l’ensemble des observations empiriques portant sur l’internet, il faut avoir à l’esprit que la composante informatique de l’internet peut constituer un artefact préjudiciable à la comparaison scientifique avec les situations observées sur d’autres supports de communication. En effet, l’internet offre en quelque sorte « sur un plateau » une archive presque exhaustive des différentes productions informationnelles qui y transitent ou y ont transité. Cela veut dire, pour le cas de la présente observation, qu’un chercheur peut avoir à sa disposition les sites marchands aussi bien que les sites non-marchands (actifs comme abandonnés d’ailleurs). Pour un travail portant sur la presse papier, la démarche de recueil du matériau empirique est bien plus contraignante et de ce fait limitative : il faudrait à la fois consulter les archives de la presse commerciale et effectuer un véritable travail de fourmi pour approcher la réalité du fanzinat. Cet écart « méthodo-logistique » a une double implication :

  • tout d’abord, cela conduit à mettre sur un même plan, parce que l’internet offre une même facilité d’accès à la presse en ligne qu’aux blogs, des productions informationnelles dont la visibilité sociale est sans commune mesure. Ainsi, on peut avoir l’impression immédiate d’une large supériorité numérique des blogs (plusieurs millions) sur les sites de presse en ligne (quelques milliers à travers le monde). Or, comme nous l’avons expliqué plus haut dans ce texte, si l’on considère l’audience respective de chacun de ces espaces de diffusion et surtout leur reprise par les méta-éditeurs leaders de l’internet, le rapport de forces s’inverse et rejoint celui existant entre la presse commerciale et les fanzines ;

  • symétriquement – et c’est sans doute la conséquence la plus importante car elle touche à la connaissance globale des médias – cette possibilité offerte par l’internet de pouvoir observer les différents types de publication dans leur exhaustivité, pousse à réinterroger quelques certitudes du savoir élaborés jusqu’ici. Le chercheur qui se penche sur le phénomène des webzines ou des blogs et y trouve des parentés avec la presse alternative, se trouvera dépourvu de repères pour apprécier la situation présente sur l’internet au regard de la situation passée sur papier. Parce que ces productions informationnelles « souterraines » n’ont le plus souvent pas été mises en lumière par la recherche académique. Celle-ci se voit alors proposer un défi majeur pour donner une intelligibilité d’ensemble à la connaissance des médias : en dresser des descriptions qui n’en ignoreraient cette fois plus les marges. Le risque est sinon de céder à la tentation de la fausse nouveauté déduite du progrès technique, au lieu de fournir une analyse mesurée des évolutions sociales de moyen et long terme.


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Notes

[1]

Les informations du Chicago Tribune ont été mises en ligne un an plus tôt, en 1992, mais étaient réservées aux abonnés des « services propriétaires » d’AOL. Disponible lui en « Internet full access », le San Jose Mercury News est bien le pionnier de l’information journalistique sur l’internet.

[2]

RINGOOT et UTARD, 2005.

[3]

RUELLAN, 1993.

[4]

LEMIEUX, 2000, notamment p. 38-54.

[5]

FRANCOIS et NEVEU, 1999.

[6]

Voir notamment LEPIGEON et WOLTON, 1983. Et pour une synthèse plus récente, CHAPIGNAC, 1995.

[7]

FLICHY, 1980 ; MIEGE, PAJON et SALAUN, 1986.

[8]

MIEGE, 2000 ; MOEGLIN, 2005.

[9]

CHARTRON et REBILLARD, 2004.

[10]

BROUDOUX, 2003.

[11]

GENSOLLEN, 2003.

[12]

BROUSSEAU, 2002.

[13]

Pour embrasser toutes les dimensions du journalisme sur l’internet, il est ainsi préconisé de s’intéresser non seulement aux formes classiques de l’« editorial content » mais aussi à celles plus spécifiques de la « public connectivity » (DEUZE, 2003).

[14]

A certains types de publication repérés ne correspond pas forcément une « appellation » véritablement usitée sur l’internet (ceci rappelle au passage que catégorisations scientifique et ordinaire ne se superposent évidemment pas toutes). Pour les types 1bis et 5, nous avons ainsi signalé cette moindre fréquence des appellations agences de presse en ligne et bases d’archives, en mettant celles-ci entre parenthèses.

[15]

Plusieurs rétrospectives sont présentées dans GUERIN, 1996 ; LAUBIER, 2000 ; AGNOLA et LE CHAMPION, 2003.

[16]

World Association of Newspapers : association des éditeurs de presse écrite qui représente 18 000 journaux à travers 102 pays.

[17]

hhttp :// www. wan-press. org

[18]

On soulignera toutefois que les expériences présentées lors de ce congrès ne sont sans doute pas forcément représentatives de l’ensemble des stratégies des entreprises de presse. On peut même penser que le secret industriel incite les entreprises les plus avancées en la matière à ne pas tout divulguer de leurs atouts. Mais il n’en reste pas moins que ce congrès affiche explicitement l’ambition de présenter des expériences avant-gardistes.

[19]

Pour un rappel, voir DEUZE, 2003.

[20]

REBILLARD, 2000.

[21]

TOUBOUL, 2001.

[22]

Multimodalité et interactivité sont entendues ici respectivement comme la déclinaison d’un texte sous différents modes de présentation (écrit, image, son) et comme la sophistication des procédés d’échanges interpersonnels ou homme-machine.

[23]

JANKOWSKI et VAN SELM, 2000.

[24]

Emblématique de ces changements, la mouture de 2005 du site du Monde laisse par exemple une place bien plus grande à l’image, fixe comme animée.

[25]

Pour un rappel, voir notamment PIGEAT, 2001.

[26]

Voir notamment LICOPPE, 2000 pour une synthèse.

[27]

REBILLARD, 2002a.

[28]

Les membres de la « mouvance » Uzine ont entretemps déplacé leurs activités, vers la conception d’outils « collaboratifs » d’édition web (SPIP), et la participation à un agrégateur de contenus (Rezo.net). Comme nous le verrons par la suite, il s’agit là de formules sans doute plus adaptées à l’internet car profitant à plein de la dissémination des sources sur le réseau pour mieux assurer une alimentation continue de la publication en actualités. Et on peut considérer que l’expérience Uzine a sans doute constitué une étape dans cette évolution par tâtonnements.

[29]

Leurs dénominations elles-mêmes illustrent cette visée : IndyMedia (Independant Media Center), Samizdat, L’asile utopique, L’investigateur, etc.

[30]

Ces facteurs ont été mis en évidence pour les webradios : BEUSCART, 2004.

[31]

D’ores et déjà, plusieurs études quantitatives ont néanmoins souligné le taux élevé d’abandon des blogs (parfois presque sitôt passée leur création…).

[32]

Cette dernière particularité explique sans doute que l’on cherche, pour le blog davantage que pour le site personnel, des parentés avec le journalisme.

[33]

BEAUDOUIN et LICOPPE, 2002.

[34]

Une récente recherche montre de manière similaire que la durée de vie d’un blog est très dépendante de son intégration à la blogosphère, via l’enchevêtrement de liens entre les différents sites dont les auteurs se lisent et se citent mutuellement, JEANNE-PERRIER, LE CAM et PELISSIER, 2005.

[35]

Cette relation de dépendance est explicite dès l’URL [http ://blogs.liberation.fr] pour le quotidien Libération.

[36]

Cette stratégie de valorisation marketing de la « communauté » Skyrock est en passe d’être étendue à la téléphonie mobile. Fin 2004, Skyrock envisageait en effet de diversifier ses activités dans cette branche, non pas en tant qu’opérateur de réseaux de télécommunications, mais en tant qu’intermédiaire commercial pour la vente d’abonnements téléphoniques.

[37]

DANG N’GUYEN et PENARD, 2004.

[38]

REBILLARD, 2002b.

[39]

En ce domaine de la fourniture de dépêches numériques aussi, les tentatives des pure players (Quelm, Digipresse, pour reprendre quelques noms qui ont rejoint le cimetière hélas bien rempli des « start-downs ») ont le plus souvent échoué. Malgré quelques succès de départ sur un marché encore relativement vierge (Digipresse a notamment réalisé la « vidéo du jour » pour le compte de Yahoo), il était en réalité difficile pour ces nouveaux entrants de résister sur le long terme à l’expertise professionnelle et à la puissance économique des agences de presse déjà en place, par ailleurs rompues aux diversifications multimédiatiques (audiovisuel puis télématique).

[40]

SMYRNAIOS, 2004.

[41]

Les 500 sources francophones de Google Actualités sont principalement des sites de presse en ligne, mais figurent également des webzines et des blogs.

[42]

Reste à savoir si cette entente tacite va se maintenir sur le long terme. Récemment, l’AFP a dénoncé cette pratique, enjoignant Google de retirer les liens établis vers son site web.

[43]

Il est intéressant de noter ici l’apolitisme revendiqué par Google. Dans ce discours, il est fait appel à la médiation technique pour confronter « froidement » des sources d’information variées. Par ce biais, Google met en avant le fait de ne pas avoir de ligne éditoriale propre. Mais en définitive, cette explicitation d’une absence de prise de position en est bien évidemment une : le parti-pris de la neutralité, sur lequel nous reviendrons plus en détail.

[44]

Il semble d’ailleurs que, pour d’autres agrégateurs aussi (Alltheweb ; World News ; Allzenews ; NewsNow), la césure entre information journalistique et communication d’entreprise est peu évidente dans les faits.

[45]

Pour davantage de précisions, cf. GESTE, 2003.

[46]

D’ailleurs, une entreprise comme Cedrom-SNI est elle-même parfois prestataire auprès des entreprises de presse pour leur informatisation.

[47]

Pressedd se vante ainsi de proposer « 30 000 nouveaux articles, communiqués, dépêches, et annonces chaque jour » [plaquette de présentation Pressedd - hhttp :// www. pressedd. fr].

[48]

On insistera plus loin sur le fait que ce n’est pas la circulation de l’information qui constitue une originalité, mais la généralisation de cette circulation.

[49]

A tel point qu’on se demande presque si la dimension d’archivage, très développée dans les déclinaisons Internet de médias existants et présentée comme une valeur ajoutée, ne constitue en définitive pas un symptôme de ce manque de création sur l’internet.

[50]

Cette caractéristique peut être vue comme une survivance de la pourtant courte histoire du journalisme sur l’internet : dans les entreprises de presse écrite, la première mouture de site web a souvent été initiée par des personnels des services informatiques ou des journalistes férus de technologie, qui ont apposé leur touche personnelle en incluant dès le départ des rubriques touchant à leur centre d’intérêt premier.

[51]

Pour une synthèse, voir NEVEU, 2001.

[52]

Les enquêtes d’audience étant pour la plupart commanditées par des entreprises commerciales, elles passent le plus souvent sous silence les « performances » des sites non-marchands de l’internet. Les classements présentés comme les palmarès de sites les plus populaires sont en réalité les palmarès de la seule partie marchande de l’internet.

[53]

Une enquête considérant cette fois l’internet dans sa globalité (GENSOLLEN, 1999) montrait dès 1998 que si l’offre pléthorique de pages non-marchandes était supérieure en volume à celle des pages marchandes, le rapport de forces s’inversait au niveau de la fréquentation au profit des sites marchands pour qui la notoriété initiale et les dépenses de promotion (publicité, référencement) constituent des atouts décisifs.

[54]

Le webzine Samizdat, recueil d’articles collectés sur d’autres sites web, affirme ainsi que sa vocation est de « proposer des aménagements de communication ». [http ://infos.samizdat.net/article 237.html]

[55]

Ainsi, le site mondial de IndyMedia parvient à afficher régulièrement des articles consistants, en rassemblant la production de ses différentes antennes « locales ». Mais au niveau local justement, on peut observer qu’un site comme IndyMedia Paris propose peu de contenus originaux proposés par des amateurs, au regard des nombreux textes militants d’organisations syndicales ou politiques (annonces de manifestations, appels à la grêve, programmes de concerts de soutien, etc.) qui occupent l’essentiel des actualités de la page d’accueil.

[56]

Pour certains spécialistes de la socio-histoire du journalisme, l’interdiscursivité est même placée au rang de constante du journalisme, par-delà ses changements paradigmatiques sur le temps long (BRIN, CHARRON et DE BONVILLE, 2004).

[57]

SCOTT, 2005, p. 101-109.

[58]

On trouvera dans BOURDIEU, 1996 deux présentations de cette notion : un texte explicitement militant et vulgarisateur, mais aussi la réédition de l’article scientifique (publié initialement dans Actes de la recherche en sciences sociales) qui en est à l’origine.

[59]

La « circulation circulaire de l’information », observée dans les médias écrits et audiovisuels, était analysée comme une conséquence du manque de moyens accordé à l’investigation journalistique. Un enchaînement du même type se produit pour l’internet, mais à un niveau d’intensité supérieur : la systématisation du retraitement est liée à une rationalisation encore plus poussée des dépenses de création.

[60]

AUGEY, LIPANI-VAISSADE, RUELLAN et UTARD, 2005.

[61]

Afin de ne pas dresser un tableau trop grossier, on notera que parmi les trois quotidiens gratuits actuellement diffusés en France, 20 Minutes se distingue par un investissement plus consistant dans les activités de création.

[62]

Bordeaux 7 (Sud Ouest) ; Lyon Plus (Le Progrès) ; Montpellier Plus (Midi Libre)...

[63]

Centrée sur un blog dépendant du quotidien britannique The Guardian, une recherche récente (MATHESON, 2004) évoque ainsi les possibilités de pollennisation des pratiques innovantes (notamment l’intégration de renvois hypertextuels plus développés) mais aussi de « récupération » par les acteurs en place.

[64]

Une illustration de cette hégémonie peut être trouvée dans la page de présentation d’IndyMedia qui, après avoir dénoncé le traitement de l’actualité par les médias commerciaux (« corporate media distorsions »), présente quelques lignes plus loin son référencement (équivalent à une reconnaissance) par ces mêmes médias (« [IndyMedia] was featured on America Online, Yahoo, CNN, BBC Online, and numerous other sites ») comme fait d’armes de sa courte hhistoire. [http :// www. indymedia. org/ en/ static/ about. shtml]

[65]

L’expression de presse alternative est elle-même une autre marque de l’hégémonie des médias marchands.

Résumé

Français

Visant à dresser un panorama général de la publication d’informations journalistiques sur l’internet, l’observation ne se limite pas aux reproductions sur le web des médias existants (presse en ligne) mais va des blogs aux bases d’archives, en passant par les rubriques d’actualités des sites portails. L’analyse met en évidence la densité des relations entre ces différents lieux de diffusion, formant un vaste réseau de circulation et de retraitement d’informations. Au final, le développement de l’internet semble moins avoir contribué à la création de contenus originaux qu’au recyclage à plusieurs niveaux d’une même matière première informationnelle.

English

FROM THE PROCESSING OF INFORMATION TO ITS REPROCESSING The publication of journalistic content on the Internet In this overview of the publication of journalistic information on the Internet, the author’s analysis ranges from blogs to archives, through the news columns of portals, rather than being limited to reproductions on the Web of existing media (on-line press). It highlights the density of relations between these different loci of dissemination, which form a vast network of circulation and reprocessing of data. The development of Internet seems to have contributed less to the creation of original content than to the recycling of several levels of the same informational raw material.

Plan de l'article

  1. REPÉRER L’INFORMATION JOURNALISTIQUE SUR L’INTERNET
    1. La définition nécessairement mouvante de l’information journalistique
    2. L’internet comme nouveau mode de diffusion
    3. Elaboration d’une typologie
  2. LES DIFFÉRENTS TYPES DE PUBLICATION D’INFORMATION JOURNALISTIQUE SUR L’INTERNET
    1. Versions internet de médias existants/presse en ligne
    2. Versions internet d’agences de presse/agences de presse en ligne
    3. Publications exclusivement internet/webzines
    4. Publications – individuelles – exclusivement internet/blogs
    5. Composantes informationnelles de plateformes multiservices/portails
    6. Regroupements automatisés d’informations d’actualité/agrégateurs
    7. Services documentaires d’archives journalistiques/bases d’archives
  3. LA CIRCULATION DE L’INFORMATION JOURNALISTIQUE SUR L’INTERNET
    1. La circulation au détriment de la création
      1. Le retraitement comme tendance du journalisme
  4. CONCLUSION

Pour citer cet article

Rebillard Franck, « Du traitement de l'information à son retraitement », Réseaux 3/ 2006 (no 137), p. 29-68
URL : www.cairn.info/revue-reseaux-2006-3-page-29.htm.
DOI : 10.3917/res.137.0029


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