Réseaux
La Découverte

Revue précédemment éditée par Lavoisier

I.S.B.N.2717058451
292 pages

p. 9 à 12
doi: 10.3917/res.156.0009

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Présentation

n° 156 2009/4

2009 Réseaux Présentation

Présentation

Christian Licoppe Moustafa Zouinar
Les progrès réalisés dans le domaine des réseaux radio-mobiles et l’informatique ubiquitaire constituent un des enjeux les plus importants dans le développement actuel des technologies d’information et de communication. Les terminaux portables n’ont cessé d’évoluer sous l’effet des progrès technologiques, pour se transformer progressivement en un objet qui ne sert plus seulement à téléphoner, mais aussi à naviguer sur Internet, regarder des contenus audiovisuels, écouter de la musique, etc. Le mobile devient ainsi le point de convergence de tout un ensemble de services multimédia promus comme accessibles n’importe où et à n’importe quel moment. Au-delà de ces évolutions technologiques qui semblent actuellement s’accélérer [1], qu’en est-il des usages mobiles multimédia ? Comment s’articulent-ils avec les autres activités des usagers ? À quelles « formes de vie » donnent-ils lieu ?
Ce numéro vise tout d’abord à éclairer à la fois la dimension sociale et juridique du déploiement de ces services et technologies dans le milieu urbain. Il montre comment les nouvelles écologies urbaines ainsi créées sont traversées par une tension structurante entre deux conceptions différentes de l’accessibilité des passants, l’une fondée sur la proximité et l’autre sur la connectivité (Licoppe et Levallois-Barth). Il cherche ensuite à analyser les usages multimédia actuels du téléphone mobile, à partir d’études ethnographiques à grain très fin et capables de rendre compte d’activités accomplies dans des situations de mobilité.
Ceci pose un problème méthodologique spécifique : comment observer et suivre le déroulement de pratiques susceptibles de se produire à des moments et dans des lieux indéterminables a priori, du fait des déplacements de l’utilisateur, entre son domicile et le travail, dans le cadre de ses loisirs ou encore dans les espaces publics ? Ces usages mettent à l’épreuve les méthodes ethnographiques traditionnelles et rendent pertinentes l’exploration de nouvelles « méthodes mobiles » (Urry et Buscher, 2008) susceptibles d’en rendre compte. Un des apports de ce numéro est de faire le point sur ces problèmes de méthode. Les différents articles présentés cherchent ainsi à saisir les pratiques multimédia mobiles à partir de différents protocoles complémentaires : filatures et verbalisation en situation (Pecqueux), enregistrements contextuels à partir de lunettes vidéo (Figeac), entretiens et tenue de journaux de bord (Lejealle), entretiens, analyse de corpus et confrontation (Bationo et Zouinar), enregistrement direct de corpus de conversations visiophoniques mobiles (Morel et Licoppe).
La plupart des recherches présentées dans ce numéro concernent ce que nous avons choisi d’appeler les services mobiles multimédia. Même si les usages de la plupart d’entre eux sont encore émergents et plus fragiles que ne le laisse entendre le « buzz » marketing et technologique, ils sont déjà assez développés pour que l’on puisse commencer à en cerner les spécificités, et c’est là le deuxième objectif de ce numéro. D’un côté ces dispositifs rendent accessibles à des passants équipés des productions culturelles. Les études d’usage présentées dans ce numéro s’intéressent aux spécificités de la réception et de la consommation « mobiles » (au double sens de s’effectuer sur des terminaux portables et en situation de mobilité) d’une production culturelle multimédia plus ou moins adaptée : musique (Pecqueux), productions télévisuelles (Figeac ; Lejealle). Mais ces dispositifs cherchent également à favoriser la production et la circulation de contenus multimédia par les utilisateurs eux-mêmes. Un article de ce numéro étudie les pratiques associées à la création et au partage de contenus vidéo au moyen du téléphone mobile (Bationo et Zouinar). Enfin ils offrent des opportunités originales d’interactions visiophoniques dans lesquelles la production et l’interprétation des images produites par les participants constituent une ressource fondamentale de la dynamique interactionnelle (Morel et Licoppe).
Mais les mobilités et les environnements urbains ne constituent pas un simple contexte dans lequel les pratiques de consommation de contenus et de communication mobile trouveraient seulement des ressources pour se déployer. Ces pratiques produisent en retour les lieux et les mobilités dans lesquels elles se déploient. Le cas des utilisateurs de télévision sur mobile décrit par Julien Figeac en constitue un exemple : ceux-ci apprennent à sentir là où le réseau est disponible et où il ne l’est pas, et à ajuster simultanément leurs pratiques de consultation et de mobilité. Ils produisent simultanément des contenus multimédia et des lieux, des pratiques culturelles et des mobilités, qui s’élaborent mutuellement dans une constante relation de réflexivité.
Les services mobiles multimédia sont configurés pour pouvoir être utilisés en milieu urbain et dans des espaces publics, en mobilité, comme on peut le voir en analysant les campagnes publicitaires qui accompagnent leur promotion. Leurs usages dans de tels contextes requièrent que les utilisateurs articulent de manière publiquement intelligible des actions relevant de systèmes d’activité différents: d’un côté tout ce qui a trait aux mobilités urbaines (marcher, attendre dans une station de métro, prendre les transports publics, etc.) et de l’autre des pratiques culturelles (écouter de la musique, regarder la télévision, filmer) et communicationnelles (se parler au téléphone mobile, avec ou sans l’image visiophonique). En ce sens la plupart des articles posent la question de la multi-activité : quelles ressources les utilisateurs exploitent-ils pour tisser leurs multiples orientations au fil de leurs mobilités équipées ? En quoi tous ces dispositifs et leurs usages participent-ils des manières habituelles ou différentes de faire plusieurs choses à la fois ? En quoi ces formes de multi-activité sont-elles plus ou moins compatibles avec les formes socialement sanctionnées d’urbanité dans les espaces publics ?
Les études présentées dans ce dossier ont été menées dans le cadre d’un projet collaboratif « Mobiles en ville » labellisé par le pôle de compétitivité Cap Digital financé par la Région Île-de-France, et mené conjointement par les chercheurs du laboratoire SENSE d’Orangelabs et du département de sciences économiques et sociales de Telecom ParisTech. Nous souhaiterions en outre remercier plus particulièrement Daniel Bessis de la Région Île-de-France et Frédérique Legrand d’Orangelabs pour leur soutien constant à ce projet.
On trouvera en varia de ce numéro deux articles de recherche. Gabriel Segré revient sur les scandales qui ont suivi le passage à la télévision française des émissions de téléréalité, de Loft Story à sa caricature Loft Raider. Il analyse les tenants et aboutissants du discours critique, ainsi que le symptôme social qu’aura constitué la désormais célèbre émission. Alexandre Oboeuf, Luc Collard, Alexandre Pruvost et Antoine Lech mettent de leur côté en relief un « code secret du football », à travers une analyse serrée de l’action de l’ensemble des participants à un match, y compris ceux qui peuvent être situés loin du ballon. Ils concluent avec une invitation à faire évoluer non seulement la compréhension du jeu, mais aussi les règles de l’entraînement.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BUSCHER, M., URRY, L. (2008), “Mobile Methods and the Empirical”, European Journal of Social theory, n° 12(1), p. 99-116.
 
NOTES
 
[1]L’iphone représente un bon exemple de cette accélération. Depuis son introduction dans le marché, le nombre d’applications développées pour le mobile connaît actuellement une croissance exponentielle.
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