Images de la vieillesse dans la littérature enfantine et auprès de jeunes enfants
Geneviève Arfeux-vaucher
Étudier les représentations de la vieillesse et de la mort dans la littérature
pour enfants, c’est s’interroger à la fois sur les a priori des adultes (auteurs
des livres) et sur la construction des mentalités des enfants (lecteurs).
À la fin du XIXème siècle, les personnes âgées représentées dans les livres
étaient intégrées dans la société et y exerçaient encore un rôle productif.
Leurs rapports avec les enfants étaient empreints de distance
respectueuse. Les années cinquante, qui voient l’apparition des premiers
retraités, marquent une rupture avec ces conceptions. Les personnes âgées
sont peu à peu exclues du monde productif des adultes alors que leurs
liens avec leurs petits-enfants se teintent progressivement d’affection
etdecomplicité. À partir des années soixante-dix, les enfants-héros
commencent à pouvoir poser ouvertement des questions sur le sens du
vieillissement et de la mort, aidés souvent en cela par les personnes âgées
elles-mêmes.
Malgré ces évolutions, l’analyse des ouvrages récents pour enfants révèle
un décalage persistant entre les représentations des personnes âgées et la
réalité. Certes les personnes âgées représentées sont en meilleure santé,
elles commencent (avec trente ans de retard sur la réalité) à avoir des loisirs
pour elles-mêmes et non plus uniquement avec leurs enfants/petits-enfants. Depuis peu, les ouvrages pour enfants exploitent les thèmes de la
nécessaire levée des secrets familiaux ou encore de la vie amoureuse des
personnes âgées.
Les personnages masculins restent cependant sur-représentés et la
quatrième génération, pourtant bien présente dans la vie, est exclue ou se
confond avec celle des grands-parents.
Ces déformations qui subsistent dans la littérature enfantine reflètent et
perpétuent le décalage de notre société entre la réalité et les mentalités.
A study of the representations of old age and death in children’s literature
provides an opportunity to examine both the assumptions of adults (the
authors of the books) and the mentalities of children (the readers).
At the end of the 19th century, old people represented in books were well
integrated in society and still played a productive role. Their relations with
children were based on a respectful distance. In the 1950’s, when the old
age pension was first introduced, the conception of old age changed
significantly. Old people were progressively excluded from the productive
world of adults while their relations with their grandchildren became more
affectionate and intimate. From the 1970’s, child protagonists became
free to ask direct questions about the meaning of aging and death, often
helped by the old people themselves.
Despite these changes, an analysis of recent children’s books reveals a
persistent gap between how old people are represented in literature and
their status in reality. Admittedly, the old people represented are in better
health and are beginning (thirty years after their counterparts in the real
world) to indulge in leisure activities for themselves and not just with their
grandchildren. In recent years, children’s books have exploited themes
such as the necessary lifting of family secrets or the love life of old people.
However, male characters are still over-represented and the fourth
generation, though still present in real life, is excluded or confused with
that of the grandparents. These deformations, a continuing feature of
children’s literature, reflect and perpetuate the gap in our society between
the reality of old age and the way it is perceived.
• ■ Évolutions des représentations
de 1880 aux années 1990
• ■ Images et rôles actuels
• ■ Les images des enfants
sur la vieillesse
• ■ Bibliographie