2003
Retraite et société
Vivre à domicile après 75 ans. Une comparaison entre l’Angleterre et la France
Sylvie Renaut
CNAV
Jim Ogg
INSTITUTE OF COMMUNITY STUDIES, LONDRES ET CNAV
Cet article compare les orientations suivies par l’Angleterre et la France
enmatière d’aide aux personnes âgées en perte d’autonomie. Les données
issues de deux enquêtes représentatives de la population vivant à
domicileaprès 75 ans révèlent une grande proximité des structures
démographiques et familiales dans les deux pays. Il est frappant d’observer
par exemple que la proximité résidentielle et la fréquence des contacts
entre les parents âgés et leurs enfants sont tout à fait comparables. La
distribution et l’articulation entre aide profane et professionnelle ne
distinguent pas les deux pays. Plus du tiers des personnes qui reçoivent
une aide justifiée par leur état de santé mobilisent uniquement leur
entourage et la moitié cumulent les deux modes d’intervention.
Cependant, l’existence des organisations caritatives traditionnellement
plus développées en Angleterre induit une différence dans la composition
de l’aide profane. En France, l’aide bénévole est d’abord une aide
familiale, qu’elle soit apportée par le conjoint ou par les enfants. En
Angleterre, l’aide volontaire apportée par les enfants aux plus de 75 ans
est proportionnellement plus importante que celle apportée par les
conjoints. Ces différences illustrent l’avance de l’Angleterre dans la mise en
place de services d’aide aux aidants que sont aussi les associations
bénévoles et caritatives.
This article compares the organisation of social support to disabled or ill
older people in England and France. Data from respective surveys
representative of the urban population of over 75s living in their own
homes reveal strong similarities between the demographic profiles of the
two countries. Residential proximity and frequency of contact between
elderly parents and their children are very similar. Both countries appear to
have the same distribution of support given by family and professionals.
More than one third of over 75s who receive a form of support linked to
their ill health depend uniquely upon their families or personal social
networks and one half have both types of intervention. The independent
and voluntary sectors however, traditionally more developed in England
than in France, play a greater role in the delivery of services in England. In
France, unpaid help is first and foremost family help, either by a spouse or
children. In England, forms of voluntary support and help given by
children appear to account for a greater proportion of support given to
over 75s than support given by spouses. These differences may be due to
strategies for supporting carers which have been in place longer in
England than in France.
Malgré l’évolution du monde occidental vers une société que
l’on dit de plus en plus individualiste, les travaux menés autour du
vieillissement de la population auquel sont confrontés les pays du
Vieux Continent dégagent un certain consensus sur la
permanence du rôle de l’entourage dans l’aide aux personnes
âgées en perte d’autonomie (Attias-Donfut, 1995 ; Philipson et al.,
2000). Majeur, ce rôle est souvent associé à l’intervention des
services professionnels dont les modes d’administration reflètent
des choix politiques et des comportements culturels propres à
chaque pays. D’un côté, les Anglais ont développé leur système
de protection sociale sur le principe de l’universalité quand
lesFrançais ont construit le leur sur une base assurancielle.
Et pourtant, la part du PIB consacrée aux prestations de protection
sociale est du même ordre et se situe entre les pays de l’Europe du
nord où l’État-providence est le plus développé et ceux du sud qui
en poursuivent la construction
[1]. Si l’on s’en tient aux valeurs
communément véhiculées d’un côté et de l’autre de la Manche,
le modèle anglais, plus ancré dans la tradition protestante, offre
davantage de liberté individuelle quant aux obligations familiales
que le modèle français, toujours encadré par le Code civil
napoléonien de 1804. Étant donné ces différences systémiques et
culturelles, auxquelles s’ajoutent des options différentes sur la
gestion des effets du grand âge, nous nous proposons d’en étudier
les conséquences ou les interactions possibles sur la répartition de
l’aide fournie par la famille, le bénévolat et les professionnels
auprès des personnes âgées de 75 ans et plus résidant dans les
grandes agglomérations en Angleterre et en France
[2].
Une première partie de l’article est consacrée au rappel des
similitudes et des différences qui fondent les deux systèmes
nationaux de protection sociale et les actions engagées par les
deux pays face aux enjeux du vieillissement. On reviendra
notamment sur le concept du « welfare mix », la réforme de 1993
et le rôle du bénévolat en Angleterre ou, du côté français, sur le
rôle de l’aide sociale ou le retard d’une politique publique malgré
des années de réflexions sur la question. Dans la deuxième partie,
la comparaison des conditions de vie, d’environnement social et
familial, d’autonomie et de santé de la population vivant à
domicile après 75 ans, permet de pointer la proximité des
structures démographiques et familiales dans les deux pays qui se
traduisent également par de grandes similitudes dans la proximité
résidentielle et la fréquence des relations entre parents et enfants.
La troisième partie traite du mode de prise en charge du grand âge
au quotidien, en s’intéressant tout particulièrement à l’articulation
de l’action bénévole des aidants non professionnels avec celle des
services publics ou privés d’aide aux personnes âgées. Dans un
contexte où les deux pays étudiés connaissent un niveaude
développement de leur État-providence équivalent, notre projet
est donc d’alimenter la réflexion sur les différences d’orientation
des politiques sociales et les conséquences éventuelles pour la
personne âgée en perte d’autonomie, sa famille et son entourage.
â– Quelles politiques sociales pour
les personnes âgées en perte d’autonomie ?
Les conséquences du vieillissement ou plutôt celles de
l’augmentation de l’espérance de vie qui participe à
l’accroissement des soins de longue durée constituent un enjeu
collectif majeur pour tous les États et leur système de protection
sociale. Confrontés aux mêmes effets, les décisions de chaque
pays en termes de politique publique pour la prise en charge de
la dépendance résultent d’un arbitrage sur les choix à opérer en
matière de responsabilité, gestion et financement entre la famille,
le marché et l’État (Joël, Martin, 1998).
Au Royaume-Uni, avant 1990, la responsabilité de la prise en
charge des personnes âgées dépendantes était répartie entre les
services de santé gérés par l’État, le National Health Service
(NHS) et les services d’aide sociale gérés par les autorités locales,
les Social Services Departments (SSD). La distinction entre NHS et
SSD, qui était d’abord d’origine financière – financement de l’État
et gratuité pour les patients dans le NHS/financement des
collectivités locales et prestations soumises à conditions de
ressources pour les SSD –, va évoluer peu à peu vers une
distinction conceptuelle entre soins médicaux et soins sociaux
(Ogg, 2000). Le NHS and Community Care Act, qui prend effet à
partir de 1993, consacre le transfert de la charge financière des
personnes âgées du système de protection sociale vers les SSD en
leur offrant plus de flexibilité. En réalité, cette réforme s’inscrit
dans la politique libérale de rationnement des financements
publics que poursuit l’Angleterre. Sur le principe d’une « mixed
economy of care », elle correspond à l’introduction d’un quasi-marché, l’un des buts affichés étant de réduire les dépenses liées
à la prise en charge des personnes âgées en perte d’autonomie à
travers une gestion territoriale. Pour le gouvernement, la qualité
des services résulte de la concurrence entre les fournisseurs.
Ilengage donc chaque département ou comté (county) à rendre
les services plus accessibles en encourageant le secteur
indépendant (voluntary sector) et à développer la fourniture de
services d’aide à la personne. Le voluntary sector couvre un
ensemble très large d’activités menées par les associations et les
organisations caritatives et combine différentes formes de travail
bénévole. Son rôle s’est encore accru avec le développement
du community care. Il comprend aussi bien des petites sociétés
locales que de grandes agences professionnelles, qui, à la
différence de la France, ont le droit légal de vendre leurs services
sur le marché comme tout autre type de services.
En France, les services professionnels aux particuliers qui relèvent
de l’application des politiques sociales, sont le plus souvent
assurés par des associations qui ont passé une convention avec
l’État, ou, depuis les lois de décentralisations de 1982, avec les
collectivités territoriales. La loi du 1er juillet 1901, qui régit les
associations à but non lucratif, stipule que l’activité d’une
association ne doit pas avoir pour but de faire des bénéfices.
Cesfournisseurs de services, principalement d’aide ménagère à
domicile, voient leur activité encadrée et contingentée par l’aide
sociale et les partenaires sociaux qui assurent en partie le
financement. Le système de protection sociale prend en charge la
couverture des besoins médicaux à travers l’assurance maladie
mais ne couvre pas les besoins d’aide à la personne au-delà de
60ans. Autrement dit, en dehors de l’aide ménagère, prestation
dite extralégale, car non obligatoire, la prise en charge du grand
âge repose le plus souvent sur la solidarité familiale dont le
principe est inscrit dans le Code civil. En effet, l’obligation
alimentaire reste attachée à la plupart des prestations relevant de
l’action sanitaire et sociale. Par exemple, une personne âgée qui
ne peut subvenir seule à ses besoins, payer son hébergement ou
rémunérer une aide ménagère a la possibilité de demander
l’intervention de l’aide sociale départementale. Si la personne est
propriétaire d’un bien immobilier, le département se réserve le
droit de recouvrer sur la succession les sommes versées au titre de
l’aide sociale. Si ce n’est pas le cas, le département peut être
amené à vérifier s’il n’existe pas de débiteur alimentaire, à savoir
des enfants ou des petits-enfants qui peuvent assurer ces frais
(Choquet, Sayn, 2000).
En Angleterre comme en France, la question du financement,
– qui ? combien ? comment ? – demeure au cœur de l’enjeu du
vieillissement pour la collectivité publique et, en conséquence,
pour la personne âgée et son entourage. Ces questions se posent
tout particulièrement lorsqu’il s’agit d’entrer en institution. On
observe par exemple en Angleterre que le
« NHS and Community
Care Act », qui s’est traduit par une dissociation de plus en plus
grande entre besoins médicaux et besoins sociaux, rend plus
difficile l’accès aux soins des personnes âgées qui résident en
maison de retraite. Parallèlement, le NHS a poursuivi sa politique
d’éviction des soins de longue durée, et donc des personnes
âgées, des établissements publics qui, auparavant, assuraient la
prise en charge complète des patients. Aujourd’hui, nombre de
personnes âgées et leurs familles sont inquiètes de se voir
contraintes de vendre leur maison pour payer les frais de maison
de retraite. En France, ces craintes sont tout autant partagées par
les personnes âgées et leur famille. Même si l’Apa – l’Allocation
personnalisée d’autonomie créée en janvier 2002 –, est versée à
domicile et en institution, elle n’a pas vocation à répondre à ce
dilemme. En effet, première mesure d’aide sociale qui ne soit pas
soumise à récupération sur succession, cette prestation a été
conçue pour financer en partie les frais liés à la perte d’autonomie
en fonction du niveau des ressources de la personne âgée
[3].
Finalement, malgré des logiques différentes qui fondent les deux
dispositifs anglais et français de protection sociale, on observe
dans les deux pays une forte inclination à vouloir séparer le
médical du social, les personnes âgées des autres citoyens, tout en
estimant que les familles doivent rester le socle du dispositif
d’aide.
â– Une grande proximité sur le plan
des structures démographiques et des
relations au sein de la famille
Même si ce ne fut pas toujours le cas, la France et le Royaume-Uni sont aujourd’hui très proches sur le plan démographique
(Vallin, Caselli, 1999). Leurs populations sont tout à fait
comparables, à la fois en structure et en volume, par âge et par
sexe (cf. tableau 1). Avec environ soixante millions d’habitants
chacun, les moins de 25 ans représentent 31 % de la population
et les 75 ans et plus un peu plus de 7 %.
Tableau 1
Royaume-Uni - France : population par sexe et âge
Tableau 1
Royaume-Uni - France : population par sexe et âge
Royaume-Uni France
Total Hommes Femmes Total Hommes Femmes
Tous âges (en milliers) 59 755,7 29 459,0 30 296,7 58 520,7 28 419,4 30 101,3
0-24 ans 31,1 % 32,3 % 29,8 % 30,9 % 32,5 % 29,4 %
25-74 ans 61,5 % 62,3 % 60,9 % 61,4 % 61,8 % 61,0 %
75 ans et + 7,4 % 5,4 % 9,3 % 7,7 % 5,7 % 9,6 %
75 ans et + (en milliers) 4 399,4 1 588,3 2 811,2 4 504,9 1 611,9 2 893,0
75-79 ans 45,3 % 51,8 % 41,6 % 48,0 % 54,4 % 44,6 %
80-84 ans 28,3 % 28,3 % 28,3 % 20,0 % 20,7 % 20,1 %
85 ans et + 26,4 % 19,9 % 30,1 % 32,0 % 24,9 % 35,3 %
Sources : Insee RGP 1999 (France) - ONS (United Kingdom).
Insee RGP 1999 (France) - ONS (United Kingdom).
â– â– Principales caractéristiques
des plus de 75 ans à domicile
Sous les effets attendus de l’espérance de vie différentielle entre
les hommes et les femmes, le monde des personnes très âgées est
un monde féminin, marqué par l’isolement conjugal : environ
deux tiers de femmes, une moyenne d’âge autour de 81/82 ans,
une personne sur deux vivant seule chez elle. Sur ces trois points,
les informations fournies par les deux enquêtes
[4] sont très proches.
À cet âge, et dans les deux pays, le célibat reste supérieur au taux
de divorce ou de séparation, pour les hommes comme pour les
femmes
[5]. C’est bien sûr le veuvage qui est la situation conjugale
la plus répandue, tout particulièrement dans l’échantillon anglais,
du fait de l’âge significativement plus élevé (
cf. tableau 2, p. 180).
En suivant la composition des ménages, on retrouve de façon
mécanique une proportion de personnes vivant seulement en
couple sensiblement plus importante en France (39 %) qu’en
Angleterre (31 %). Cette différence se traduit également par des
formes de cohabitation plus répandues de l’autre côté de la
Manche. Par exemple, la cohabitation familiale de deux
générations adultes, entre des parents au moins septuagénaires et
leurs enfants adultes, est estimée à 11 % en France pour 15 % en
Angleterre.
Au-delà de la composition du ménage, la densité du réservoir de
solidarité que constitue le réseau de parenté proche joue un rôle
souvent irremplaçable lorsque l’avancée en âge s’accompagne de
problèmes de santé. En Angleterre comme en France, la famille
élargie aux frères et sœurs, compte moins de huit personnes en
moyenne, y compris le conjoint, les enfants, les petits-enfants.
L’âge venant, la survie du conjoint ou celle de la fratrie, se
répercute progressivement sur la taille du réseau. Plus la
descendance est nombreuse, plus grande est la probabilité d’avoir
aussi des petits-enfants : on compte en moyenne 4,2 petits-enfants
en France pour 3,4 Outre-Manche.
Tableau 2
Populations étudiées pour l’Angleterre (Oasis) et la France (HID)
Tableau 2
Populations étudiées pour l’Angleterre (Oasis) et la France (HID)
En pourcentage
Angleterre France
(n = 408) (n = 1645)
Tranches d’âge
75-79 ans 39,2 % 52,2 %
80-84 ans 30,2 % 21,7 %
85 ans et plus 30,6 % 26,1 %
Poucentage de femmes 68,6 % 63,0 %
Situation conjugale
Vit en couple 35,0 % 42,0 %
Célibataire 5,9 % 5,8 %
Veuf(ve) 53,7 % 48,1 %
Divorcé, séparé 3,7 % 3,8 %
Situation inconnue 1,7 % 0,3 %
Composition du ménage
Personne seule 52,0 % 49,0 %
Couple 30,6 % 39,3 %
Ego et enfants 10,8 % 8,4 %
Ego, enfants et petits-enfants 1,9 % 1,4 %
Cohabitation familiale autre 0,5 % 1,6 %
Autre type de cohabitation 3,2 % 0,3 %
Situation inconnue 1,0 % -
Taille du réseau de parenté
Conjoint 0,4 0,4
Nombre de frères et sœurs 1,1 1,2
Nombre d’enfants 1,9 2,1
Nombre de petits-enfants 3,4 4,2
Nombre total de personnes (y compris ego) 7,7 7,9
Structure du réseau de parenté
3 générations 73,0 % 75,3 %
2 générations 9,3 % 7,7 %
1 génération 17,7 % 16,9 %
Conjoint 3,9 % 4,8 %
Frères ou sœurs uniquement 7,4 % 7,0 %
Rien 6,4 % 5,1 %
Besoin d’aide quotidienne 28,9 % 25,7 %
Restriction d’activité pour :
- porter un filet à provisions 41,2 41,8
- monter un étage d’escalier 28,9 26,8
- se pencher, ramasser un objet, s’agenouiller 39,0 25,7
- marcher sur environ 100 mètres 20,1 19,0
- faire sa toilette et s’habiller 12,7 10,1
Sources : Oasis 2001- HID 1999. Les 75 ans et plus en zones urbaines.
Oasis 2001- HID 1999. Les 75 ans et plus en zones urbaines.
En termes de solidarité, la composition du réseau importe
probablement davantage que sa taille. Dans les deux pays, on
estime à 17 % les personnes sans descendance. Environ 6 % des
septuagénaires anglais et 5 % des français connaissent une
situation d’isolement familial, c’est-à-dire sans frère, ni sœur, ni
conjoint, ni enfant, ni petits-enfants
[6]. Pour moins d’une personne
sur dix, les lignées familiales sont composées de deux
générations, celle de l’enquêté et celle de ses enfants. Enfin, la
situation familiale la plus répandue, dans trois cas sur quatre,
compte au moins trois générations, les grands-parents enquêtés,
leurs enfants et leurs petits-enfants.
Sans être nécessairement le seul, l’environnement familial
constitue souvent le premier cercle de solidarité face aux
difficultés de santé et aux restrictions d’activité. Pour être analysée
dans les deux pays, cette question de l’état de santé nécessite de
disposer d’un indicateur suffisamment simple et homogène pour
comparer les deux populations. Dans l’enquête française, on
dispose à la fois d’un très grand nombre de questions sur la
mesure des déficiences et des incapacités et de plusieurs
indicateurs de dépendance couramment utilisés dans les études et
recherches mais également pour la mise en œuvre des
programmes de politique publique d’aide à l’autonomie. La
combinaison des différentes approches permet d’estimer à un
quart les personnes qui, en France et à partir de 75 ans, ne
peuvent faire seules certaines activités de la vie quotidienne et ont
un besoin explicite de l’aide d’une tierce personne pour réaliser
ces activités
[7]. Les questions de l’enquête anglaise qui permettent
de cerner l’état de santé s’intéressent à l’existence de limitations –
fortes, légères ou absentes – pour réaliser certaines activités de la
vie quotidienne
[8]. Dans ces conditions, la population anglaise
enquêtée est au moins aussi nombreuse que son homologue
française à présenter des restrictions d’activités nécessitant très
probablement qu’une aide régulière lui soit apportée. On
retrouve, dans les deux cas, les effets bien connus du
vieillissement féminin qui combine une espérance moyenne de
vie supérieure à celle des hommes avec, le plus souvent, un
moins bon état de santé. En Angleterre, un tiers des femmes
interviewées auraient besoin d’aide pour un cinquième des
hommes. Ces taux, légèrement inférieurs pour la France,
traduisent l’effet fondamental de l’âge sur l’état de santé et le
besoin d’aide, puisque les enquêtés français sont un peu plus
jeunes. Dans tous les cas, cette liaison avec l’âge est extrêmement
forte puisque la moitié des personnes qui présentent des
restrictions d’activité ont au moins 85 ans et, la moitié des
personnes qui ont atteint 85 ans présentent des restrictions
d’activité.
â– â– Proximité résidentielle et fréquence des relations
entre parents et enfants
Ce qui frappe d’emblée sur les relations que les parents âgés
entretiennent avec leurs enfants
[9] de part et d’autre de la Manche,
c’est la fréquence du voisinage entre les deux générations. Plus du
tiers des parents de 75 ans et plus, à domicile et en zone urbaine,
en France ou en Angleterre, vivent en permanence à proximité
immédiate d’un enfant. Ce type de voisinage englobe à la fois les
situations de cohabitation lorsque parents et enfants partagent le
même logement et les situations apparentées à une quasi-cohabitation lorsque les deux logements sont situés
« dans le
même corps de bâtiments » en France ou
« à moins de 10 minutes »
en Angleterre (
cf. tableau 3, p. 183)
[10]. Si on y ajoute le cas des
familles dont les deux logements sont situés au moins
« dans la
même ville ou les environs » en France ou
« accessibles en moins
de 30 minutes » en Angleterre, ce sont finalement plus de 70 %
des parents âgés qui vivent à proximité d’un enfant. Dans tous les
cas, la proximité est corrélée au nombre d’enfants, c’est-à-dire
que la distance est d’autant plus faible que la descendance est
nombreuse.
Tableau 3
Proximité résidentielle entre parents et enfants en Angleterre (Oasis)
et en France (HID)
Tableau 3
Proximité résidentielle entre parents et enfants en Angleterre (Oasis)
et en France (HID)
Angleterre France
(n = 336) (n = 1139)
Nbre Nbre
% d’enfants % d’enfants
Ensemble 2,3 Ensemble 2,5
Cohabitation 15,5 3,1 Cohabitation 2,913,3
Moins de 10 minutes 22,0 2,7 Logement proche 2,621,0
10 à 30 minutes 34,5 2,2 Même ville/environs 2,636,3
30 minutes à 1 heure 12,8 2,0 Même région 2,418,8
1 à 3 heures 10,1 1,7 Plus loin, en France 1,89,8
Plus de 3 heures 4,8 1,4 À l’étranger 1,00,8
Ne sait pas 0,3 Ne sait pas -
Note : dans tous les cas, c’est la proximité minimale qui est prise en compte.
Sources : Oasis 2001- HID 1999. Les parents âgés de 75 ans et plus en zones urbaines.
Oasis 2001- HID 1999. Les parents âgés de 75 ans et plus en zones urbaines.
La proximité géographique des familles ne nous dit rien de la
qualité des relations, sinon qu’elle facilite l’existence et la
fréquence des rencontres entre parents et enfants
[11]. Dans
l’enquête française, la question sur la fréquence des visites n’a pas
été posée aux enquêtés en situation de cohabitation ou de quasi-cohabitation. Si on estime que pour ces deux modes de résidence,
le taux de rencontres est quotidien, alors 42 % de la population
étudiée dans les deux pays, verrait un enfant au moins une fois par
jour (
cf. tableau 4, p. 184). En dehors de ces situations
spécifiques, les rencontres hebdomadaires concernent néanmoins
un tiers de la population, un taux qui reste relativement proche
dans les deux pays. À peine plus d’un parent âgé sur dix voit ses
enfants moins d’une fois par mois. Finalement, le réel isolement
des parents âgés vis-à-vis de leurs enfants concerne une minorité
de cas, tandis que dans trois familles sur quatre, parents et enfants
se voient au moins chaque semaine.
Sur ces résultats, les similarités entre l’Angleterre et la France
doivent être soulignées car on aurait pu s’attendre à voir émerger
des comportements différents entre la France, où les normes
familiales seraient plus prégnantes, et l’Angleterre, que l’on
présente volontiers plus rigoriste et moins empreinte des valeurs
familiales. En réalité, même si parents et enfants restent soumis à
des obligations les uns envers les autres par la loi française, une
dimension totalement ignorée des Anglais, rien ne distingue
foncièrement les deux pays sur cette question de la proximité
résidentielle entre générations familiales. On le sait, d’autres
travaux l’ont montré, les temps modernes, l’urbanisation, les
migrations, l’individualisme, etc. n’ont pas conduit à la
disparition du lien familial, comme certains l’avaient craint. Pour
autant, peut-on imaginer que cette proximité de comportements
puisse trouver une explication dans la conduite des politiques
publiques des États ? Compte tenu des données disponibles, il
semble difficile de proposer une interprétation de ce type d’autant
que la France et l’Angleterre n’ont pas développé leur protection
sociale sur les mêmes bases et que les évolutions des vingt
dernières années auraient plutôt contribué à renforcer les
différences dans les politiques publiques. Néanmoins, la question
mérite d’être posée et, dans cette perspective, peut-on s’attendre
à voir un désengagement plus prononcé des liens de proximité
entre parents et enfants dans les pays du nord de l’Europe
(Norvège, Danemark ou Suède) qui connaissent probablement les
formes les plus abouties de l’État-providence ? Et, inversement, les
pays de l’Europe du sud (Espagne, Portugal), qui ont connu plus
tardivement le développement de leur protection sociale,
donnent-ils à voir un investissement plus massif sur cette
dimension des relations familiales intergénérationnelles ? Il est
possible que les données Oasis sur les autres pays puissent
permettre de confirmer – ou d’infirmer – ce type d’hypothèse.
Tableau 4
Fréquence des visites entre parents et enfants en Angleterre (Oasis)
et en France (HID)
Tableau 4
Fréquence des visites entre parents et enfants en Angleterre (Oasis)
et en France (HID)
Angleterre (n = 336) France (n = 1139)
% % cumulé % % cumulé
Cohabitation/quasi-cohabitation 37,5 37,5 34,334,3
Au moins une fois par jour 5,1 42,6 42,07,7
Au moins une fois par semaine 36,3 78,9 74,532,4
Au moins une fois par mois 9,5 88,4 88,413,9
Plusieurs fois dans l’année 8,0 96,4 97,99,4
Moins souvent 3,6 100 99,6*1,7
Note : dans tous les cas, c’est la proximité minimale qui est prise en compte.
Sources : Oasis 2001- HID 1999. Les parents âgés de 75 ans et plus en zones urbaines.
* Le 0,4 % restant représente les «ne sait pas, sans réponse».
Oasis 2001- HID 1999. Les parents âgés de 75 ans et plus en zones urbaines.
Les fortes similitudes entre les deux pays sur la proximité
résidentielle et la fréquence des contacts, nous réservent quelques
surprises dans le développement de l’analyse. Les données
françaises montrent que l’enfant le plus proche du point de vue
géographique et de la fréquence des visites, est une fille dans au
moins 60 % des situations. Plus la proximité est grande ou, plus les
rencontres sont fréquentes, plus la part des filles est importante
(cf. tableau 5). Ces résultats confirment une tendance connue dans
les enquêtes françaises traitant des relations familiales, à savoir la
plus forte propension des filles à résider plus près de leurs parents
et à les voir plus souvent. Or, il se trouve que les mêmes
exploitations menées sur les données anglaises ne font pas
apparaître de comportements significativement différents entre les
filles et les garçons. Ces résultats sont d’ailleurs confirmés par
d’autres enquêtes. Par exemple, dans le British Social Attitudes
Survey (BSA, 2001) la question sur le sexe de l’enfant que le parent
voit le plus souvent, permet de souligner que, pour la population
des parents de 75 ans et plus, il s’agit d’une fille dans au moins
45% des situations et d’un fils dans au moins 42 % des cas. En
aucun cas, on retrouve aujourd’hui comme c’est le cas en France,
la prééminence des filles à vivre plus près de leurs parents et à les
voir plus souvent.
Tableau 5
Proximité et contacts entre les parents, leurs fils ou leurs filles en
Angleterre (Oasis) et en France (HID)
Tableau 5
Proximité et contacts entre les parents, leurs fils ou leurs filles en
Angleterre (Oasis) et en France (HID)
En pourcentage
Angleterre (n = 336) France (n = 1139)
Fils et Fils et
Fils Fille filles Fils Fille filles
Qui réside le plus près ?
Cohabite avec enfant 72,6 25,5 2,0 27,0 71,3 1,7
Vit à moins de 10 mn (Angleterre)
ou logement proche (France) 39,2 44,6 16,2 28,7 64,2 7,1
Vit de 10 à 30 mn (Angleterre)
ou même ville ou environs (France) 44,0 42,2 13,8 31,9 52,9 15,2
Ensemble 44,9 42,5 12,6 30,0 59,7 10,2
Qui voit-on le plus souvent ?
Au moins une fois par jour 58,2 36,7 5,1 30,1 65,6 4,3
Au moins une fois par semaine 41,8 47,3 10,9 28,8 58,1 13,1
Au moins une fois par mois 44,1 41,2 14,7 41,6 39,8 18,6
Plusieurs fois dans l’année 40,7 51,9 7,4 34,4 49,6 13,1
Moins souvent 50,0 41,7 8,3 30,6 63,4 1,3
Ensemble 47,1 43,9 9,0 32,0 58,0 10,0
Lire : en Angleterre, dans les cas de cohabitation, le parent âgé vit avec un fils dans 72,6 % des
situations, avec une fille dans 25 % des cas, avec un fils et une fille dans 2 % des cas.
Sources : Oasis 2001 – HID 1999. Les parents âgés de 75 ans et plus en zones urbaines.
Oasis 2001 – HID 1999. Les parents âgés de 75 ans et plus en zones urbaines.
Si certaines enquêtes des années cinquante et soixante en
Angleterre avaient pu montrer que parmi les couches populaires, la
résidence matrilocale était la norme, il semblerait que cette norme
soit aujourd’hui obsolète (Townsend, 1957 ; Willmott, Young,
1960). Cette différence de genre entre les deux pays se trouve
encore accentuée dans les cas de cohabitation puisque les résultats
sont même inversés : les fils cohabitent plutôt avec leurs parents
âgés en Angleterre et les filles en France. Cette observation
mériterait sans doute d’être analysée selon le mode de
cohabitation, lorsque l’on peut dissocier le « logeur » du « logé » afin
de savoir si c’est le parent âgé qui habite chez ses enfants ou bien
l’inverse, l’enfant qui n’a jamais quitté le domicile de ses parents
aujourd’hui âgés (Attias-Donfut, Renaut, 1994). Alors que la
« corésidence de toujours » concerne plus souvent un fils célibataire
qui n’a jamais quitté ses parents, en général pour des raisons
professionnelles, la « recohabitation » du parent âgé qui vient
habiter chez un enfant, suite à problèmes de solitude et de santé,
a lieu plutôt avec une fille, qui a plus de chances d’être mariée. On
retrouve cet effet dans des travaux menés en Angleterre qui
montrent que, sur une population âgée de 65 ans et plus en 1980,
7,7 % habitaient avec un fils célibataire et 4,5 % avec une fille
célibataire (Dale et al., 1987). Les auteurs soulignent que lorsque
c’est la personne âgée qui habite chez un enfant – une situation par
ailleurs beaucoup plus rare que lorsque la personne âgée est la
personne de référence dans le ménage – la probabilité de vivre
avec une fille est plus élevée que celle de vivre avec un fils.
En ce qui concerne les données anglaises et françaises collectées
en zones urbaines, elles confirment que, parmi les enfants
cohabitants, les filles sont plus souvent mariées et les fils plutôt
célibataires, sans activité professionnelle, notamment au
chômage. Elles confirment également que l’état de santé des
parents cohabitant avec une fille est plus souvent dégradé que
celui des parents cohabitant avec un fils. Autrement dit, ce sont
probablement davantage les circonstances de la vie, autres que
l’âge et le handicap des parents, qui expliqueraient en partie les
cohabitations avec les fils. En même temps, il est tout aussi sûr
que c’est le besoin d’aide du parent âgé qui demeure à l’origine
d’un certain nombre de cohabitations familiales, en particulier
avec les filles.
â– â– L’offre d’aides et services
Avant de comparer l’offre de services d’origine professionnelle ou
familiale dans les deux pays, il convient de rappeler les
conventions retenues dans les deux enquêtes lors du recueil de
l’information. Le dispositif Oasis a été bâti pour identifier la
substitution ou la complémentarité entre professionnels et
bénévoles, à la fois dans une perspective de mesure de la qualité
de vie et des effets du
« welfare state » sans qu’il soit question, a
priori, de prendre en compte l’état de santé de la personne
interviewée. En revanche, le dispositif HID pose la question des
aides et services reçus
« en raison d’un handicap ou d’un
problème de santé »
[12]. Cette restriction dans l’intitulé de la
question induit l’idée que la proportion de personnes recevant
une aide dans l’enquête française pourrait être plus faible que ce
que l’on observe dans l’enquête anglaise :
« au cours des douze
derniers mois, avez-vous reçu de l’aide pour les tâches
domestiques, comme faire le ménage, laver le linge, etc. de votre
famille, des services organisés ou d’autres personnes, comme des
amis ou des voisins ?»
[13]
D’un côté ou de l’autre de la Manche, environ la moitié des
personnes de 75 ans et plus résidant à domicile sont aidées dans
leur vie quotidienne, par des professionnels ou leur entourage
(cf. tableau 6, p. 188). Globalement, l’intervention des services
professionnels n’apparaît pas significativement beaucoup plus
développée dans l’une ou l’autre enquête. En revanche, parmi les
personnes qui sont aidées, la part des intervenants professionnels
est plutôt supérieure en France puisqu’elle concerne deux tiers
des situations pour la moitié en Angleterre. Les données montrent,
en effet, une implication des volontaires bénévoles tout à fait
discriminante particulièrement pour la population qui ne reçoit
que cette forme d’aide : 25 % en Angleterre contre 16 % en
France. En fait, ce sont surtout les aidants extérieurs à la famille
qui font la différence dans l’aide bénévole entre les deux pays.
On retrouve ici une dimension culturelle qui caractérise
bien l’Angleterre puisque les organisations caritatives et les
associations de volontaires y sont traditionnellement beaucoup
plus développées qu’en France. Certes, on ne peut éviter tout
risque de glissement entre l’aidant qui, selon la personne âgée,
intervient au titre d’un service organisé (Voluntary/charitable) et
est reconnu dans l’enquête comme un professionnel
(probablement rémunéré) de l’aide à domicile et un autre aidant,
reconnu dans l’enquête comme volontaire (Volunteer), c’est-à-dire profane, bénévole et sans rémunération.
Parmi les aidants non professionnels, il faut également souligner
la place particulière des enfants dont la mobilisation semble
globalement plus fréquente en Angleterre qu’en France. En fait,
dans la situation où il n’y a pas de conjoint, un parent âgé peut
compter sur l’aide d’un enfant dans des proportions du même
ordre dans les deux pays (autour de 40 %). En revanche, dans la
situation où le parent âgé peut éventuellement compter sur son
conjoint, en France, l’aide des enfants est significativement
beaucoup moins répandue qu’en Angleterre (à peine 10 % contre
un quart). Tout se passe comme si la situation conjugale du parent
âgé en Angleterre avait moins d’incidence que ce que l’on
observe en France. À ce niveau de l’analyse, il faut probablement
contrôler ce résultat en fonction du besoin d’aide dans la mesure
où le mode de questionnement sur les aides et services est
sensiblement différent dans les deux enquêtes.
Tableau 6
Aide bénévole et professionnelle en Angleterre (Oasis) et en France (HID)
Tableau 6
Aide bénévole et professionnelle en Angleterre (Oasis) et en France (HID)
Angleterre France
(n = 408) (n = 1645)
Quelle forme d’aide ?
Aide bénévole seule 25,5 % 16,3 %
Aide professionnelle seule 6,9 % 14,4 %
Cumul aide bénévole et professionnelle 20,1 % 18,1 %
Aucun aidant identifié 47,5 % 51,2 %
Quel type d’aide ?
Tâches ménagères 41,4 % 42,3 %
Transport et/ou courses 45,3 % 35,7 %
Soins 14,5 % 15,0 %
Quels intervenants bénévoles ?
Ensemble des aidants bénévoles 45,6 % 34,4 %
Aidant familial 39,2 % 31,7 %
Aide d’un enfant 31,1 % 20,4 %
Amis, voisins, volontaires, etc. 13,2 % 5,0 %
Parmi les aidants bénévoles* (n = 186) (n = 661)
Conjoint 10,2 % 28,5 %
Enfants (y compris belle-fille et gendre) 62,9 % 52,9 %
Autre famille, amis, voisins, volontaires, etc. 26,9 % 18,6 %
*Par convention, le premier aidant ou aidant principal est d’abord le conjoint, ensuite l’enfant et
enfin, tous les autres aidants bénévoles, qu’ils fassent ou non partie de la famille.
Sources : Oasis 2001 – HID 1999. Besoin d’aide des 75 ans et plus en zones urbaines.
Oasis 2001 – HID 1999. Besoin d’aide des 75 ans et plus en zones urbaines.
Qu’il s’agisse du besoin d’aide ou de la prise en charge, d’une
façon générale, l’aide à domicile dans le grand âge est d’abord
une affaire de femmes. Dans les deux échantillons, 75 % des
personnes de 75 ans et plus qui reçoivent une aide dans leur vie
quotidienne sont des femmes (cf. tableau 8, p. 190). Dans
l’enquête française, 75 % des aidants sont également des femmes.
Dans l’enquête anglaise, à l’exception du conjoint et des enfants,
les données ne permettent pas de distinguer les hommes des
femmes parmi tous les intervenants, bénévoles et professionnels.
Néanmoins, en ce qui concerne les aidants « naturels » (un abus de
langage pour parler des aidants familiaux), il y a une forte
probabilité de retrouver cette norme qui place le plus souvent les
femmes au cœur des solidarités familiales. La division classique
des rôles dans la sphère domestique implique toujours davantage
les femmes et, tout particulièrement, dans la production de soins
et les activités ménagères. Dans les deux pays, deux personnes sur
cinq se font aider pour les taches ménagères et 15 % bénéficient
de soins. Les hommes, qui ont une plus forte probabilité de vivre
en couple au seuil de la vieillesse, ont de façon significative plus
de chance d’être aidés par une femme, ne serait-ce que par leur
épouse (cf. tableau 7).
Tableau 7
Les hommes et les femmes bénéficient-ils des mêmes services en
Tableau 7
Les hommes et les femmes bénéficient-ils des mêmes services en
Angleterre (Oasis) et en France (HID) ?
Angleterre (n = 408) France (n = 1645)
Hommes Femmes Hommes Femmes
(n = 128) (n = 280) (n = 602) (n = 1043)
Quelle forme d’aide ?
Aide bénévole seule 20,3 % 27,9 % 13,4 % 17,8 %
Aide professionnelle seule 5,5 % 7,5 % 10,3 % 16,6 %
Cumul aide bénévole et professionnelle 13,3 % 23,2 % 10,8 % 22,2 %
Aucun aidant identifié 60,9 % 41,4 % 65,5 % 43,4 %
Quel type d’aide ?
Tâches ménagères 33,6 % 45,0 % 30,9 % 48,6 %
Transport et/ou courses 28,9 % 52,9 % 22,4 % 43,0 %
Soins 10,9 % 17,5 % 14,1 % 15,4 %
Intervenants bénévoles ?
Ensemble des aidants bénévoles 33,6 % 51,1 % 24,2 % 40,0 %
Aidant familial 29,7 % 43,6 % 23,1 % 36,5 %
Aide d’un enfant 20,3 % 36,1 % 8,4 % 27,0 %
Amis, voisins, volontaires, etc. 7,8 % 15,7 % 2,3 % 6,5 %
Parmi les aidants bénévoles* (n=43) (n=143) (n=175) (n=486)
Conjoint 25,6 % 5,6 % 67,1 % 15,5 %
Enfants (y compris belle-fille et gendre) 48,8 % 67,1 % 22,7 % 63,1 %
Autre famille, amis voisins, volontaires 25,6 % 27,3 % 10,2 % 21,4 %
*Par convention, le premier aidant ou aidant principal est d’abord le conjoint, ensuite l’enfant et
enfin, tous les autres aidants bénévoles, qu’ils fassent ou non partie de la famille.
Sources : Oasis 2001- HID 1999. Besoin d’aide des 75 ans et plus en zones urbaines.
Oasis 2001- HID 1999. Besoin d’aide des 75 ans et plus en zones urbaines.
Ainsi, plus des deux tiers des hommes aidés par leur entourage le
sont par leur épouse et/ou leur fille ou leur belle-fille tandis que
40 % des femmes dans la même situation bénéficient de l’aide de
leur époux et/ou leur fils ou leur gendre.
Même dans le grand âge, la population vivant à domicile est
majoritairement autonome. On a estimé environ au quart la
population devant faire face à des restrictions d’activités pouvant
nécessiter une aide au quotidien (cf. tableau 2, p. 180). Sur cette
base, c’est-à-dire en isolant les personnes qui peuvent avoir
besoin d’aide compte tenu de leur état de santé, on observe alors
que dans plus de 80% des situations, il y a intervention de
services professionnels et/ou de bénévoles, au moins pour les
tâches ménagères, les courses ou la fourniture de soins. La
mobilisation de l’entourage dans plus de 70 % des cas, et celle de
professionnels pour plus de la moitié, ne distingue pas les deux
pays (cf. tableau 8).
Tableau 8
L’offre de services auprès des personnes ayant besoin d’aide en Angleterre
(Oasis) et en France (HID)
Tableau 8
L’offre de services auprès des personnes ayant besoin d’aide en Angleterre
(Oasis) et en France (HID)
Angleterre France
(n = 118) (n = 509)
Caractéristiques des personnes
Femmes 77 % 74 %
85 ans et plus 52 % 48 %
Sans conjoint 80 % 64 %
Vivant seul(e) 64 % 48 %
Existence d’enfants 80 % 82 %
Cohabitation ego avec enfant(s) 15 % 15 %
Quelle forme d’aide ?
Aide bénévole seule 31,4 % 32,1 %
Aide professionnelle seule 11,9 % 12,9 %
Cumul aide bénévole et professionnelle 39,8 % 44,1 %
Aucun aidant identifié 16,9 % 10,9 %
Quel type d’aide ?
Tâches ménagères 75,4 % 80,0 %
Transport et/ou courses 72,0 % 82,7 %
Soins 37,3 % 49,8 %
Quels intervenants bénévoles ?
Ensemble des aidants bénévoles 71,2 % 76,2 %
Aidant familial 61,0 % 70,3 %
Aide d’un enfant 48,3 % 43,1 %
Amis, voisins, volontaires, etc. 25,4 % 10,8 %
Parmi les aidants bénévoles* ( n=84 ) ( n=402 )
Conjoint 9,5 % 31,2 %
Enfants (y compris belle-fille et gendre) 64,3 % 49,1 %
Autre famille, amis, voisins, volontaires, etc. 26,2 % 19,7 %
*Par convention, le premier aidant ou aidant principal est d’abord le conjoint, ensuite l’enfant et
enfin, tous les autres aidants bénévoles, qu’ils fassent ou non partie de la famille.
Sources : Oasis 2001 – HID 1999. Besoin d’aide des75 ans et plus en zones urbaines.
Oasis 2001 – HID 1999. Besoin d’aide des75 ans et plus en zones urbaines.
Il est frappant d’observer que la distribution et l’articulation entre
aide bénévole et professionnelle ne distingue absolument pas les
deux pays. Ainsi, parmi les personnes âgées qui reçoivent une
aide justifiée par leur état de santé, dans les deux pays, plus du
tiers font face à leurs besoins en mobilisant uniquement leur
entourage (38 % en Angleterre, 36 % en France) et la moitié,
respectivement 48 % et 50 %, cumulent les deux modes
d’intervention. Autrement dit, avec une minorité de personnes,
(14% dans les deux pays), qui font appel uniquement à des
professionnels, dans presque tous les cas, c’est bien le support
informel qui reste le pivot du maintien à domicile avec, ou non,
l’aide de professionnels.
Le mode de vie, la situation conjugale et la dimension
générationnelle discriminent le mode d’organisation des aides.
Les services professionnels se concentrent a priori sur les
personnes isolées, sans conjoint, ou sans enfant, ou vivant seules
dans leur logement, ce que confirment les observations dans les
deux pays. Il est probablement difficile de comparer exactement
les niveaux d’interventions dans les deux pays dans la mesure où
l’estimation du besoin d’aide, lié aux restrictions d’activité,
n’utilise pas les mêmes critères dans les deux enquêtes.
Néanmoins, il faut souligner le niveau élevé de la mobilisation de
l’entourage, familial ou non, quelle que soit la situation de la
personne âgée. Dans les deux pays, et dans presque tous les cas
de figure examinés, le taux d’aide bénévole est systématiquement
supérieur à celui des professionnels, à l’exception des personnes
sans enfant (cf. tableau 9, p. 192). En Angleterre, les taux d’aide
bénévole et professionnelle sont à peu près équivalents pour les
personnes sans enfant alors qu’en France, l’intervention des
professionnels est, dans ce cas, sensiblement supérieure au taux
d’intervention bénévole. Autrement dit, on retrouve ici l’effet de
la composition de l’aide bénévole qui différencie les deux pays.
En France, l’aide bénévole est d’abord une aide familiale, celle du
conjoint lorsqu’il existe, et principalement celle d’un enfant. On
a le sentiment que les enfants interviennent plutôt lorsque le
conjoint est défaillant. Même si d’autres membres de l’entourage
peuvent être amenés à intervenir bénévolement, cette
participation demeure relativement minoritaire. En Angleterre, la
situation conjugale semble moins importante et du coup, l’aidant
principal se retrouve plutôt du côté des enfants ou des volontaires
bénévoles.
Tableau 9
L’offre de services bénévoles et professionnels pour les personnes qui ont
besoin d’aide en Angleterre (Oasis) et en France (HID)
Tableau 9
L’offre de services bénévoles et professionnels pour les personnes qui ont
besoin d’aide en Angleterre (Oasis) et en France (HID)
Angleterre (n = 118) France (n = 509)
Profes- Profes-Bénévoles sionnels Bénévoles sionnels
Hommes 66,7 % 37,0 % 67,0 % 49,4 %
Femmes 72,5 % 56,0 % 79,4 % 59,6 %
Pas de conjoint 74,5 % 56,4 % 76,7 % 64,0 %
Conjoint 58,3 % 33,3 % 75,2 % 44,3 %
Pas d’enfant 58,3 % 62,5 % 53,2 % 76,6 %
Enfants 74,5 % 48,9 % 81,2 % 52,6 %
Personne vivant seule 72,4 % 57,9 % 70,5 % 72,6 %
En couple seul 60,6 % 35,0 % 73,5 % 43,2 %
Autre cohabitation 77,3 % 45,4 % 95,0 % 41,9 %
Lire : 66,7 % des hommes (qui ont besoin d’aide) bénéficient d’une aide bénévole et 37 % d’une
aide professionnelle ; 74,5 % des personnes sans conjoint bénéficient d’une aide bénévole, etc.
Sources : Oasis 2001- HID 1999. Besoin d’aide des 75 ans et plus en zones urbaines.
Oasis 2001- HID 1999. Besoin d’aide des 75 ans et plus en zones urbaines.
Les deux pays qui ont construit leur système de protection sociale
sur des conceptions différentes ont atteint des niveaux de
développement de leur État-providence assez comparables,
relativement aux autres pays du nord ou du sud de l’Europe. Avec
une structure de population très proche, l’Angleterre et la France
se trouvent confrontées aux mêmes enjeux démographiques et
économiques face à un accroissement des besoins médicaux et
sociaux d’une population dont l’espérance de vie aux âges élevés
a beaucoup augmenté. En revanche, les réponses dans ce
domaine, c’est-à-dire pour faire face aux besoins d’aide
engendrés par la perte d’autonomie de personnes très âgées,
prennent des orientations différentes.
D’un côté, l’Angleterre compte sur les régions pour prendre en
charge, organiser et proposer des services, avec un encadrement
qui est surtout budgétaire sans souci réel d’équité à travers le pays.
C’est-à-dire que chaque région, en fonction de son enveloppe
budgétaire, décide de la politique à suivre, des moyens à mettre
en œuvre pour déterminer quels seront les bénéficiaires d’une
aide et selon quels critères. De ce point de vue, on pourrait
craindre que les politiques de « welfare mix » développées en
direction des personnes âgées sur la base des contributions
essentielles du « voluntary sector » et du bénévolat, ne contribuent
à l’abandon du principe de l’universalité du dispositif de
protection sociale.
À l’opposé du système anglais qui est marqué par la volonté
de laisser chaque comté (county) décider de sa politique
« personnes âgées », en France la nouvelle Allocation personnalisée d’autonomie est une prestation décentralisée en termes de
gestion et de mise en œuvre, mais à vocation plus universaliste et
conditionnée par l’utilisation d’un outil national. En effet, une
grille d’évaluation nationale vise à estimer le besoin d’aide pour
tout le monde, partout en France. Non soumise aux obligations
légales habituelles (obligation alimentaire et recours sur
succession), les barèmes de ressources applicables relèvent
également d’une décision nationale et s’imposent donc de la
même façon à tous sur l’ensemble du territoire métropolitain.
Le développement parallèle de l’État-providence, que les deux
pays ont connu au cours du XXe siècle, a pu conduire au
rapprochement de l’Angleterre et de la France sur le plan
sociodémographique. Hors du champ politique, il faut souligner
les points de convergences sur la proximité résidentielle et la
fréquence des relations entre les parents âgés et leurs enfants.
Même si l’articulation entre les professionnels, la famille et le
bénévolat est un peu différente, la mobilisation de l’aide de la
famille auprès des personnes âgées est globalement équivalente
dans les deux pays. Ces résultats, un peu inattendus, mériteraient
d’être approfondis notamment en regard des divergences
observées, comme par exemple, la moindre proportion de
personnes âgées vivant en couple au seuil de la vieillesse ou au
contraire le taux plus élevé de cohabitation familiale en
Angleterre par rapport à la France.
Globalement, ces premiers résultats tendent à montrer que les
liens familiaux et les solidarités intergénérationnelles ne sont pas
nécessairement contraints par des obligations légales ou des
politiques sociales spécifiques. Autrement dit, les obligations
familiales semblent plutôt s’inscrire dans une norme sociale, sorte
d’obligation collective à l’égard de la parenté. Cette observation
rejoint l’analyse de Twigg et Grand (1998) qui, en comparant les
obligations juridiques en France et l’absence de dispositif légal en
Angleterre, estiment que la solidarité familiale envers les
personnes âgées est indépendante des mécanismes existant, ou
non.
En revanche, ce constat ne permet en aucun cas d’en déduire une
relation qui serait nécessairement linéaire et positive entre densité
des contacts et harmonie des liens. Malheureusement, à la
différence des données Oasis pour l’Angleterre, les données de
l’enquête française ne permettent aucune approche ou mesure de
la qualité de vie. Et pourtant, il est probable que les politiques
sociales dans le secteur des personnes âgées qui organisent les
aides à la dépendance constituent un enjeu essentiel pour la
qualité de vie des personnes âgées elles-mêmes, mais également
pour leur entourage, la famille, les bénévoles, tout comme pour
les professionnels.
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·
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[1]
En 1995, les prestations de protection sociale varient dans une fourchette de
18,5% du PIB au Portugal à 35 % en Suède ; elles atteignent respectivement
26,7 % et 29,1 % au Royaume-Uni et en France (Drees, 1999).
[2]
Le dispositif Oasis constitue la source des données anglaises. Les données
françaises sont issues de l’enquête Insee « Handicaps-Incapacités-Dépendance »,
dite HID, qui vise à établir une estimation du nombre de personnes handicapées ou
dépendantes, par sexe et par âge, sur l’ensemble de la population, quelle que soit
leur situation vis-à-vis des systèmes d’aide ou leur lieu de résidence, à domicile ou
en établissements médicosociaux. Pour évaluer les flux et les évolutions des
situations individuelles, quatre vagues de collecte ont été programmées : en 1998
et 2000 auprès des personnes résidant en institutions ; en 1999 et 2001 auprès des
personnes vivant à domicile. Les résultats présentés dans l’article sont issus de
l’échantillon 1999.
[3]
Face à la réactivité des personnes âgées et de leur famille pour cette prestation
dégagée des obligations familiales légales, certains responsables politiques se
sont très vite prononcés pour une révision des conditions d’accès, en proposant
notamment le retour du recours sur succession.
[4]
L’étude porte sur 408 entretiens menés auprès de la population de 75 ans et plus
vivant à domicile en zone urbaine en Angleterre en 2001 et sur 1 645 entretiens de
personnes de 75 ans et plus vivant en 1999 dans des unités urbaines d’au moins
100 000 habitants de la France métropolitaine.
[5]
Le taux de divorce ou de séparation est de 6 % pour les Anglais entre 65 et 74 ans,
13 % entre 55 et 64 ans, mais 19 % pour les personnes de 45 à 54 ans ; ces taux
sont plus élevés qu’en France où ils plafonnent autour de 4 % entre 55 et 64 ans et
au-delà et ne touchent pas plus d’une personne sur dix entre 45 et 54 ans.
[6]
Le réseau de parenté est constitué de «3 générations » si les personnes ont à la fois
des enfants et des petits-enfants, «2 générations » si les personnes ont des enfants
sans petits-enfants ; la modalité « conjoint » repère l’existence d’un conjoint avec
éventuellement des frères et sœurs mais sans enfants, ni petits-enfants ; dans la
modalité « fratrie », on recense les personnes qui n’ont que des frères et sœurs
dans leur environnement familial, c’est-à-dire ni conjoint, ni enfant, ni petits-enfants.
[7]
Pour la France, on estime qu’une personne est totalement autonome à condition
qu’elle le soit pour tous les indicateurs « Colvez », « Katz », « Aggir » et qu’elle ne
présente pas de troubles psychiques « EHPA ».
[8]
Pour l’Angleterre, l’indicateur de restriction d’activités est construit à partir du module
santé :
Health & Functional Ability :Rate your health in general compared to one year
ago. Does your health limit you in : vigorous activities, moderate activities,
lifting|carrying groceries, climbing several flights of stairs, climbing one flight of stairs,
bending, kneeling or stooping, walking more than a mile, walking half a mile, walking
100 yards, bathing and dressing; une analyse des correspondances multiple suivie
d’une classification permet d’isoler 29 % des personnes qui rencontrent de réelles
difficultés dans leur vie quotidienne : 90 % d’entre elles se déclarent fortement
limitées pour monter un étage, se pencher, les deux tiers ne peuvent marcher
100mètres sans grosses difficultés, plus du tiers sont très limitées pour faire leur
toilette ou s’habiller et de fait, 60 % ont vu une détérioration de leur état de santé
depuis un an.
[9]
À noter que, si l’enquête anglaise s’intéresse à chacun des enfants, l’enquête
française s’intéresse uniquement aux relations avec les deux enfants que le parent
âgé voit le plus souvent. En conséquence, l’analyse concerne la proximité
résidentielle avec l’enfant qui vit le plus près de son parent et la fréquence des
rencontres avec l’enfant que le parent voit le plus souvent (par construction, les
personnes sans enfant sont donc exclues).
[10]
Sachant que la densité de population est deux fois plus élevée en Angleterre par
rapport à la France, la permanence du voisinage immédiat dans l’échantillon
français s’explique probablement par le fait que les observations ne portent que sur
les zones urbaines de 100 000 habitants ou plus.
[11]
Par rapport à la problématique d’Oasis, construite et centrée autour de la qualité de
vie, il faut souligner que l’enquête HID ne permet pas d’introduire ce type de
réflexion et donc de comparer les deux sources de données sous cet angle.
[12]
En termes de prestations servies, l’enquête française HID réalisée en 1999 se situe
hors du champ de l’application de l’Apa qui a pris effet en janvier 2002.
[13]
Help & Services :« Considering the last 12 months, have you received any help with
household chores like cleaning, washing, clothes etc. from family, organised
services or from others such as friends or neighbours ? »