2003
Retraite et société
Le point sur...
Hommage à Michel Frossard
Robert Hugonot
Nous avions eu à plusieurs reprises le privilège de collaborer avec
Michel Frossard. Nous avons pu apprécier sa rigueur professionnelle
et sa compétence, ainsi que son sens de l’humain et de l’ouverture.
Possédant parfaitement la théorie économique, il a su rester proche
du terrain et de ses acteurs, qu’ils soient professionnels, bénévoles et
aidants familiaux.
La direction des recherches
sur le vieillissement de la Cnav
Michel Frossard nous a quittés le 4 septembre 2002. Il avait
53 ans. Une maladie, lente et inexorable l’a terrassé. Son visage
en portait les stigmates depuis deux ans, mais cela n’altérait pas
son ardeur à vivre ni son travail.
Michel était économiste. Élève du professeur De Bernis – un des
maîtres dans cette discipline –, il avait gravi ses échelons au sein
de l’université Pierre Mendès France, l’université des sciences
sociales de Grenoble. Le présent et l’avenir de cette France
vieillissante l’avaient conduit à choisir comme thème de sa thèse
de doctorat « l’économie du vieillissement ». Un sujet nouveau,
encore peu exploré et pourtant d’avenir. Pour l’étudier, il s’était
rapproché du CPDG, le Centre pluridisciplinaire de gérontologie
de l’université des sciences sociales, dont Michel Philibert était
avec moi le codirecteur-fondateur. Michel Frossard nous avait
alors fait le grand honneur de nous faire participer tous les deux
au jury de cette thèse.
Pendant de nombreuses années, il s’est partagé entre Rennes et
Grenoble. À l’École nationale de la santé publique, il était alors
chargé du cours d’économie de la santé. Les instances
ministérielles concernées l’appelaient souvent en consultation et
la Fondation de France lui avait aussi demandé de faire partie de
son réseau de « consultants en gérontologie ». Michel Philibert
disparut en 1991. Au moment de son départ en retraite, en
1989, le président de l’université avait demandé à Michel
Frossard de prendre la direction du CPDG.
Lorsque le professeur Alain Franco prit ma suite à la direction de
la gériatrie au CHU, il renforça ce lien en créant avec Michel
Frossard le LI2G, le laboratoire interuniversitaire reliant ces deux
universités grenobloises.
En 1998, l’alternance Paris-province, médecine et autres
disciplines, le conduisit à être élu président de la Société
française de gérontologie. Sa carrière n’allait pas s’arrêter là.
Élu vice-président de son université, chargé de la formation
permanente, il en aurait été élu président si la maladie n’avait
pas contrarié ce projet. Nous garderons le souvenir d’un ami,
modeste et chaleureux autant que dynamique et enthousiaste.
Savoyard, montagnard, proche de ses amis, de ses disciples, de
ses collègues, sa disparition est très dure pour chacun de nous.