2003
Retraite et société
Le point sur...
L’évolution des modes de financement des retraites et des revenus des personnes âgées
Conférence internationale organisée à Paris les 17 et 18 octobre 2002 par l’Ires
Pierre Concialdi
Ires
Antoine Math
Ires
Depuis une dizaine d’années, les pays de l’Union européenne
sont engagés dans des processus de réformes de leurs régimes
de retraite. L’objectif principal de ces réformes est de maîtriser
l’évolution des dépenses publiques en matière de retraite c’est-à-dire, concrètement, de ralentir la progression des dépenses que
devrait inéluctablement entraîner le vieillissement de la
population. L’équation désormais bien connue est en effet très
simple : si le nombre de personnes en âge de partir à la retraite
augmente, il faudrait que les dépenses publiques de retraite
augmentent au même rythme pour préserver le niveau des
pensions.
Les nombreux rapports officiels qui ont été réalisés dans tous les
pays de même que les analyses des organisations internationales
comme l’OCDE, la Banque mondiale ou le FMI, ont souligné le
caractère supposé « insoutenable » d’une telle évolution. La thèse
dominante est qu’il ne serait pas possible d’augmenter le niveau
de ces dépenses. D’où un mouvement de rétractation plus ou
moins prononcé des systèmes publics de retraite dans tous les
pays. Dans le même temps, tendent à se développer d’autres
modes de financement qui font appel, sous des formes diverses,
à la capitalisation.
Que peut-on attendre de ces changements ? Quels problèmes
posent-ils ? Quelles en seront les conséquences sur les revenus
des personnes âgées ? Dans quelle mesure ces transformations
sont-elles susceptibles, ou non, de remettre en cause la raison
d’être des systèmes publics de retraite qui est de procurer un
niveau adéquat de revenu aux personnes âgées ? C’est pour
débattre ces questions que l’Ires et l’ENRSP (Institut de
recherches économiques et sociales et European Network for
Research on Supplementary Pensions) ont organisé les 17 et
18 octobre dernier une conférence internationale à Paris
[1].
En mettant au centre des débats ces questions, il ne s’agissait pas
de légitimer le bien-fondé de ces réformes dont le caractère
idéologique a maintes fois été souligné, mais de dresser un état
des lieux des problèmes très concrets qu’elles soulèvent et qui
restent, dans une large mesure, mal connus.
Cette conférence a réuni près d’une vingtaine de chercheurs et
d’experts européens, mais aussi japonais et américains.
Les discussions ont été organisées autour de trois sessions :
- les réformes des régimes de retraite : débats et enjeux ;
- retraites et ressources des personnes âgées ;
- transformation des formes de solidarité.
Dans tous les pays passés en revue au cours de la première
session (Italie, Japon, Hongrie, Pologne, Royaume-Uni,
Allemagne), les problèmes et débats actuels portent sur les
conséquences de l’introduction de dispositifs en capitalisation.
En Italie, le projet du gouvernement d’instituer une obligation de
cotisation pour les dispositifs aujourd’hui facultatifs en
capitalisation conduirait à instituer une obligation de prise de
risque qui n’a aucun fondement; d’où la recherche de
compromis intermédiaires. Au Japon, dans un contexte de chute
considérable des cours boursiers, la préoccupation majeure est
celle de la garantie des retraites professionnelles et de
l’instauration de règles comptables et financières permettant
d’instaurer un minimum de transparence. Au Royaume-Uni, le
débat porte sur l’objectif affiché par le gouvernement de faire
financer majoritairement (à 60 %) les retraites par le recours à
des dispositifs privés et facultatifs, avec le risque d’entraîner une
forte augmentation de la pauvreté parmi les personnes âgées.
Les réformes entreprises en Hongrie et en Pologne à la fin des
années quatre-vingt-dix se sont traduites par une restructuration
complète, d’une ampleur cependant différente, des régimes de
retraite. Toutefois, les problèmes rencontrés frappent par leur
similitude, que ce soit en ce qui concerne la médiocre
performance des fonds de pension ou le coût élevé de la
transition engendrée par le passage d’un système en répartition
à un système en capitalisation. Enfin, en Allemagne,
l’introduction de dispositifs capitalisés a toutes chances
d’accroître les inégalités parmi les retraités.
La seconde session a d’abord permis de prendre une mesure des
conséquences considérables des réformes d’ores et déjà
entreprises dans de nombreux pays où le niveau des pensions
devrait fortement baisser. Elle a aussi mis en lumière certains
aspects méconnus des réformes qui, à travers les avantages
fiscaux accordés aux dispositifs en capitalisation, mettent en
place des mécanismes anti-redistributifs de grande ampleur.
D’autres contributions ont aussi souligné les conséquences du
développement du travail atypique sur le niveau des droits à
retraite et se sont interrogées sur les conséquences
problématiques des réformes en cours en ce qui concerne
l’égalité entre hommes et femmes.
La dernière session, consacrée à des aspects plus généraux des
réformes, a été l’occasion de revenir sur le caractère instable et
risqué, pour les salariés, d’un basculement des assurances
sociales en répartition vers des dispositifs en capitalisation et sur
l’aggravation des inégalités qui en résulterait, que ce soit entre
générations ou au sein d’une même génération. Elle a aussi mis
en évidence la diversité des solutions choisies par les différents
pays pour garantir les retraites. Elle a également souligné que
l’argument de l’équité, souvent mis en avant pour légitimer les
réformes en cours, reposait souvent sur des bases étroites et
discutables. Une vision plus large et plus approfondie de
l’équité permettrait d’envisager un renforcement des solidarités
mises en œuvre par les régimes publics.
Les nombreux débats qui ont accompagné la présentation
de ces diverses contributions ont montré que, s’il n’existait pas
de « voie royale » pour réformer les régimes de retraite, il était
indispensable d’en mesurer autant que possible toutes les
conséquences. Faute de quoi, les réformes en cours ou projetées
risqueraient de susciter plus de problèmes qu’elles ne sont
censées en résoudre.
[1]
Les communications présentées lors de cette conférence peuvent être obtenues
sur simple demande à l’adresse s
suivante :conf. enrsp@ ires-fr. org. La plupart de ces
communications ont été présentées dans une version provisoire. Leur publication
sous une forme définitive est actuellement en cours en anglais et en français.