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Retraite et société

2003/2 (no 39)



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La politique sociale en faveur du maintien à domicile des personnes âgées s’est développée depuis les années soixante (rapport Laroque, 1962). À partir des années quatre-vingt, elle a poursuivi simultanément deux objectifs : permettre aux personnes âgées, même en perte d’autonomie, de demeurer chez elles et soutenir l’insertion de personnes peu ou pas du tout qualifiées sur le marché du travail, l’aide à domicile leur permettant d’accéder à un emploi. C’est seulement dans un deuxième temps que la question de la qualification et de la formation professionnelle aux métiers du secteur de l’aide à domicile s’est posée.

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Dans le contexte maintenant bien connu du vieillissement de la population, la part des personnes âgées, et notamment de celles qui sont en perte d’autonomie, s’est accrue et continuera de s’accroître au sein de la population. En 2000, on comptait 12,1 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, ce qui représentait un cinquième de la population. D’après les projections réalisées à partir des résultats de l’enquête Handicap-Incapacité-Dépendance (HID), le nombre de personnes âgées dépendantes de 60 ans et plus devrait avoir augmenté de 35 % (scénario optimiste) à 80 % (scénario pessimiste) à l’horizon 2040 (Bontout, Colin, Kerjosse, 2002). Si la politique sociale en faveur des personnes âgées continue de s’orienter vers leur maintien à domicile, la demande en matière d’aide à domicile va devenir de plus en plus importante.

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Actuellement, cette aide est majoritairement dispensée par des aidants informels, c’est-à-dire des membres de l’entourage proche des personnes âgées, souvent leurs enfants ou leur conjoint.

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D’après les résultats de l’enquête HID, les aidants informels représentent en effet plus de 60 % de l’ensemble des aidants. Sur les 3,2 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus aidées à leur domicile en raison d’un handicap ou d’un problème de santé, près de la moitié ne sont aidées que par un membre de leur entourage, et 29 % cumulent une aide informelle et une aide professionnelle ; seules 21 % d’entre elles ne bénéficient que de l’aide d’un professionnel du secteur de l’aide à domicile (Dutheil, 2001).

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Mais les projections réalisées à partir des données d’HID prévoient que le nombre d’aidants informels devrait progresser moins vite que celui des personnes âgées dépendantes au cours des quarante prochaines années (Bontout, Colin, Kerjosse, 2002).

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En effet, les nombreuses générations du baby-boom vont devenir des « personnes âgées », alors que les générations qui leur ont succédé – leurs enfants et futurs aidants potentiels – sont pour leur part nettement moins nombreuses. Le ratio aidants informels potentiels/aidés devrait donc diminuer. Par ailleurs, les femmes sont de plus en plus actives : elles doivent déjà concilier leur vie professionnelle et leur rôle de mère. Il est donc probable que si elles doivent aussi s’occuper de leurs parents âgés, elles se tourneront plutôt vers des services professionnels d’aide, ce qu’elles font d’ailleurs déjà, pour un certain nombre d’entre elles, pour assurer la garde et les soins de leurs enfants, ou pour les tâches ménagères. Pour répondre à la demande à venir, c’est donc l’offre professionnelle qui va devoir se développer.

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Mais dans un avenir très proche, l’enjeu est double : développer l’offre quantitativement, mais aussi l’améliorer qualitativement.

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Prendre soin d’une personne âgée dépendante, au sens large et pas seulement médical du terme (l’aider à se nourrir, à se laver, à faire ses courses, etc.), nécessite probablement des compétences.

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Or, la question de la qualité des intervenants, en termes de qualification, se pose aujourd’hui avec de plus en plus d’acuité.

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Le taux de qualification du secteur de l’aide à domicile est en effet très faible : d’après les données de l’enquête Sapad [1]  L’enquête Sapad (services d’aide aux personnes à domicile),... [1] (services d’aide aux personnes à domicile), seuls 18 % des intervenants qui travaillent au sein d’un service d’aide à domicile sont titulaires d’un diplôme. La qualification et la formation des intervenants à domicile (les gestes et les postures à adopter, la gestion des contextes psychologiques et sociaux des personnes âgées) sont indispensables du point de vue de la prise en charge des personnes âgées comme de celui de la reconnaissance du métier d’aidant à domicile ; mais la professionnalisation du secteur de l’aide à domicile n’en sera pas moins très coûteuse, dans la mesure où les compétences acquises devront être rémunérées. La question se pose alors de savoir qui doit supporter ce coût.

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C’est sur la base des données des deux volets de l’enquête Sapad que nous mènerons notre réflexion sur l’enjeu de la professionnalisation du secteur de l’aide à domicile en faveur des personnes âgées. Le premier volet constitue une source précieuse d’informations sur les personnels intervenants des services d’aide à domicile et sur leurs conditions de travail, et le second volet permet de connaître la nature, le volume, et l’appréciation des aides dispensées aux bénéficiaires âgés de ces services. L’enquête apporte donc un double éclairage, qui permet d’appréhender le métier d’intervenant à domicile du point de vue du professionnel aussi bien que de celui de l’usager, celui de l’offre et celui de la demande. À l’aide des données disponibles, nous tenterons de définir le champ des interventions de l’aidant à domicile d’une personne âgée, de comprendre en quoi consiste son métier, de son point de vue, mais aussi de celui du bénéficiaire de l’aide, et ce que cela implique en termes de qualification de l’intervenant.

■ Le secteur de l’aide à domicile

■ Définition de l’aide à domicile

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L’aide à domicile, notamment celle qui concerne les personnes âgées, consiste en un accompagnement des personnes pour la réalisation de certains actes quotidiens, voire essentiels (aide à la personne), et/ou à la réalisation d’un certain nombre de tâches domestiques à la place de la personne aidée : le ménage et les courses notamment. D’après les résultats de l’enquête HID, un peu plus du quart des personnes âgées de 60 ans et plus (soit 3,2 millions de personnes) reçoivent une aide à leur domicile en raison d’un handicap ou d’un problème de santé (Dutheil, 2001).

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Cette aide peut être dispensée par trois types d’aidants :

  • les aidants informels, qui font partie de l’entourage des personnes concernées et fournissent une aide gratuite. Ce sont des membres de la famille dans la plupart des cas (90 %) :

    principalement les enfants et les conjoints, et majoritairement des femmes (66 %) (Dutheil, 2001);

  • les aidants familiaux, qui sont des proches de la personne âgée et qui sont rémunérés pour lui dispenser une aide, par des allocations telles que l’Allocation personnalisée d’autonomie (Apa [2]  L’Allocation personnalisée d’autonomie (Apa) a remplacé... [2]  ), ou encore l’Allocation compensatrice tierce personne (ACTP) ;

  • les aidants professionnels, qui sont rémunérés pour dispenser cette aide dans le cadre de leur métier.

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Ces derniers peuvent intervenir dans différents contextes : dans le cadre du gré à gré, ou dans le cadre d’un service d’aide, qui peut être agréé ou non.

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Il existe deux niveaux d’agrément permettant aux organismes de devenir des services agréés « services d’aide aux personnes »: l’agrément simple et l’agrément qualité. Le premier concerne les services qui n’interviennent pas auprès des publics dits « fragiles », à savoir les personnes handicapées, les familles ayant à charge des enfants de moins de 3 ans et les personnes âgées. Le second habilite les services à porter assistance à ces publics pour lesquels l’aide apportée n’est pas considérée comme une simple aide de confort mais comme une nécessité.

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Par ailleurs, les services d’aide peuvent exercer leur activité dans plusieurs cadres juridiques :

  • les services prestataires fournissent une prestation d’aide à l’utilisateur ; ils ont leur propre personnel qu’ils rémunèrent.

    L’aide dispensée par ce type de services est souvent prise en charge financièrement, pour tout ou partie, par diverses entités telles que les conseils généraux, les organismes de sécurité sociale, les caisses de retraite, les mutuelles, etc. ;

  • les services mandataires servent d’intermédiaires entre les professionnels et les utilisateurs, mais ce sont ces derniers qui en deviennent les employeurs. Les services prennent souvent en charge les démarches administratives liées à l’embauche.

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Certains services sont à la fois prestataires et mandataires.

■ Le champ de l’enquête Sapad

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L’enquête Sapad-Structures a été réalisée en 1999 auprès des services d’aide aux personnes à domicile. Les 7000 services interrogés dans le cadre de cette enquête correspondent à l’ensemble des services prestataires et à tous ceux des services mandataires qui possèdent un agrément qualité. Ces derniers ont été interrogés sur leur activité en 1998 et sur leur personnel (présent au cours du mois de septembre 1999), dans le but de recueillir un certain nombre d’informations sur le secteur de l’aide à domicile. Les résultats de l’enquête indiquent que 80% des usagers sont des personnes âgées (Dutheil, 2000). Les chiffres issus de l’enquête Sapad-Structures nous semblent donc propres à étayer une réflexion sur l’enjeu de la professionnalisation du secteur de l’aide à domicile en faveur des personnes âgées.

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Dans un second temps, en mai 2000, l’enquête Sapad-Bénéficiaires Personnes âgées, réalisée auprès d’un échantillon de bénéficiaires âgés des services, a permis de fournir une information détaillée sur l’aide qui est dispensée, sur sa nature, son volume, sa répartition dans le temps. Elle aborde aussi le thème des relations entre les personnes âgées aidées et les intervenants à domicile, les motifs et les circuits de recours aux services d’aide, toutes ces données pouvant être mises en rapport avec les caractéristiques des bénéficiaires en termes de dépendance, d’âge, de situation familiale, etc.

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D’après les chiffres de l’enquête Sapad, en septembre 1999, 220 000 personnes environ travaillaient au sein des 7 000 services d’aide, parmi lesquelles près de 93% exerçaient le métier d’aide à domicile et étaient susceptibles d’intervenir auprès de personnes âgées. Le personnel administratif représentait à peine 5 %. Les autres (moins de 3 %) exerçaient les fonctions de travailleuses familiales. L’aide qu’elles ont dispensée s’adressait aux familles ayant de jeunes enfants; elles sont donc exclues de notre champ d’étude. Parmi les personnes recensées dans l’enquête qui sont intervenues en tant qu’aide à domicile, la quasi-totalité sont des femmes (99 %). On parlera donc d’intervenantes à domicile.

■ L’aide à domicile : un métier, plusieurs appellations, plusieurs statuts

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Parmi les intervenantes à domicile, six sur dix sont désignées par le terme d’aides à domicile, qui regroupe les auxiliaires de vie, dont l’aide s’adresse directement à une personne (aide à l’accomplissement des actes de la vie quotidienne), et les aides ménagères, dont l’aide consiste en des tâches domestiques.

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Quatre sur dix sont employées de maison, dites « assistantes de vie » ou « femmes de ménage » [3]  Le personnel décrit a été classé par fonction. Les... [3] .

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Ces différentes appellations font moins référence aux tâches effectuées par les intervenantes dans le cadre de leurs fonctions qu’aux conventions dont elles dépendent car, dans la pratique, quand elles interviennent auprès de personnes âgées, toutes les intervenantes peuvent être amenées, à un moment ou à un autre, à effectuer le même type d’activités : les tâches ménagères et/ou l’assistance aux personnes pour les gestes de la vie quotidienne.

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Les aidantes à domicile peuvent exercer leur métier dans différents cadres d’emplois : les « aides à domicile » peuvent ainsi bénéficier du statut de la fonction publique ou être rattachées à diverses conventions, telles que la convention collective nationale de 1983 (aide et maintien à domicile), la convention collective nationale de l’UNADMR (Union nationale des aides à domicile en milieu rural), etc. Les « employées de maison », elles, sont rattachées à la convention collective des employés de maison, dont les employeurs sont des particuliers. Ces divers cadres d’emplois sont définis, entre autres, par le cadre juridique dans lequel les intervenantes exercent leur activité, les aides à domicile travaillant dans le cadre prestataire, et les employées de maison dans le cadre mandataire. Ils définissent des droits et des devoirs pour l’employeur et l’employé et des modes et des niveaux de rémunération différents puisque les intervenantes sont rémunérées à l’acte dans le cadre prestataire, et à l’heure dans le cadre mandataire, même si le travail effectué est sensiblement identique. Les intervenantes peuvent cumuler une activité mandataire et une activité prestataire, c’est-à-dire être employées à la fois par un service prestataire et par un particulier.

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Dans le texte, les termes d’intervenantes, d’aides ou d’aidantes à domicile seront utilisés indistinctement pour désigner l’ensemble des professionnelles du secteur, quels que soient le cadre juridique dans lequel elles travaillent, ou la convention dont elles dépendent.

■ Le métier d’intervenante à domicile

■ La nature des tâches

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D’après les résultats de l’enquête Sapad-Bénéficiaires, la quasi-totalité des personnes âgées chez lesquelles interviennent les aidantes à domicile des services reçoivent une aide aux tâches ménagères (98 % d’entre elles). Pour les deux tiers d’entre elles, l’aide ne consiste qu’en ces tâches ; pour le troisième tiers, elle est couplée à une aide à la personne. Un indicateur de Colvez [4]  L’indicateur de Colvez est le résultat des travaux... [4] , qui mesure la dépendance physique, a été reconstitué à partir des questions de l’enquête Sapad-Bénéficiaires (Bressé, Dutheil, 2003). Ainsi 2 % des personnes âgées ayant recours à un service d’aide sont classées en équivalent Colvez 1, ce qui signifie qu’elles ont besoin d’aide pour se lever et se coucher ; 8 % sont classées en équivalent Colvez 2 : elles ont besoin d’aide pour se laver et s’habiller; et près d’un quart ont un équivalent Colvez 3 : elles ne peuvent pas se déplacer à l’extérieur de leur domicile sans l’aide d’un tiers. Une partie des interventions concerne donc des personnes âgées en perte d’autonomie physique : pour effectuer ces interventions, un certain niveau de qualification des intervenantes semble indispensable.

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Mais l’aidante à domicile peut aussi dispenser une aide à la personne chez des bénéficiaires âgés physiquement autonomes, mais présentant des troubles d’ordre psychique ; 66 % des utilisateurs de service ne présentent pas de dépendance physique, au sens de la grille de Colvez, ce qui signifie qu’ils sont capables de se lever et de se déplacer seuls à l’intérieur de leur logement, de s’habiller et de faire leur toilette seuls, et qu’ils sont capables de se déplacer à l’extérieur de leur logement. Pourtant, parmi eux, 20 % reçoivent une aide à la personne. Ce décalage s’explique probablement en grande partie par le fait que l’indicateur de Colvez, reconstitué à partir des questions de l’enquête, ne prend pas en compte la dépendance psychique des personnes.

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L’intervention d’une aide ménagère ou d’une auxiliaire de vie auprès d’une personne psychiquement dépendante requiert, elle aussi, certaines compétences qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement les mêmes que celles requises pour s’occuper de personnes âgées en perte d’autonomie physique uniquement. La nécessité pour les aidantes d’acquérir ce type de compétences est particulièrement importante car le phénomène de la dépendance psychique est en forte progression : d’après les données de l’étude Paquid, dirigée par le professeur Jean-François Dartigues de l’unité Inserm 330, les chiffres issus de l’étude révèlent une forte progression des maladies mentales liées au grand âge sur dix ans (30 %). Aujourd’hui, en France, 17,8 % des personnes de plus de 75 ans sont atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, soit près de 770 000 personnes; or, 60 % d’entre elles vivent à leur domicile.

■ L’aide requise du point de vue des bénéficiaires et de leur entourage

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En revanche, la question de savoir si l’aide aux tâches ménagères requiert des qualifications particulières peut faire débat. Faut-il des compétences spécifiques ou avoir bénéficié d’une formation pour faire le ménage chez un particulier âgé ? Le fait que le bénéficiaire de l’aide ménagère soit âgé rend-il ce type d’intervention plus difficile ?

Les personnes âgées : un public « fragile »

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Les personnes âgées constituent un public dit « fragile » : outre le fait qu’elles peuvent être en perte d’autonomie physique ou psychique, ou les deux, l’âge, l’isolement ou encore le contexte émotionnel de la personne aidée peuvent être des facteurs de fragilité.

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L’âge moyen des usagers est de 82 ans; la moitié d’entre eux a au moins 83 ans, et un quart d’entre eux est âgé d’au moins 88 ans.

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Parmi ceux qui sont âgés de 83 ans et plus, donc la moitié des bénéficiaires, 56 % ne bénéficient d’une aide que pour les tâches ménagères : bien qu’ils ne présentent donc a priori ni dépendance physique ni dépendance psychique, leur âge très avancé est en lui-même une source de fragilité physique.

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Même quand les personnes âgées aidées ne présentent pas particulièrement d’incapacité à réaliser certains actes, elles se sentent fatiguées ou fragiles du point de vue de leur état de santé; cette fragilité, qu’elle ait été mise en avant par le médecin ou qu’elle soit simplement ressentie comme telle, peut être la source d’appréhensions de la part des personnes âgées, mais aussi de leur entourage ; elle est souvent à l’origine du recours au service d’aide. 85 % des bénéficiaires déclarent avoir eu recours à un service d’aide « pour se décharger de certaines tâches qu’ils avaient du mal à réaliser en raison de leur état de santé »; mais c’est aussi la raison invoquée par huit sur dix des usagers qui ne présentent aucune dépendance physique au sens de la grille de Colvez.

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Enfin, une très large majorité des usagers (84 %) déclarent qu’« un événement particulier est à l’origine du recours au service d’aide »; un peu plus de la moitié parlent d’une aggravation de l’état de santé d’un des membres du ménage, c’est-à-dire eux-mêmes ou leur conjoint dans la plupart des cas; 43 % mentionnent une sortie d’hospitalisation ; pour un peu moins de 15 % d’entre eux, c’est le décès du conjoint. De manière générale, cet événement est un facteur de fragilisation de la personne âgée, qu’elle soit physique ou émotionnelle.

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L’ensemble de ces facteurs fragilisants incite les personnes âgées à demander de l’aide, mais plus encore leur entourage proche, et notamment leur famille que cette fragilité inquiète. Ainsi, 60 % des usagers ne sont pas eux-mêmes à l’origine du recours à un service d’aide, et pour la moitié d’entre eux, c’est leur entourage familial qui est à l’origine de la décision ; celui-ci a d’ailleurs, dans la quasi-totalité des cas, effectué l’ensemble des démarches administratives auprès du service à la place de la personne âgée (Bressé, 2003).

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Pour la plupart des bénéficiaires, et pour leur entourage donc, le recours à un service d’aide à domicile, même pour une aide purement ménagère, semble traduire d’autres attentes, d’autres exigences, que la simple intervention d’une femme de ménage.

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En quelque sorte, l’entourage confie la personne âgée à l’intervenante ; il attend d’elle qu’elle intervienne, non pas seulement chez son parent âgé, mais auprès de celui-ci. Par ailleurs, contrairement à une femme de ménage qui intervient couramment au domicile des gens chez qui elle travaille en leur absence, l’aidante se présente au domicile de la personne qui doit bénéficier de l’aide, en présence de celle-ci : une relation va donc se nouer entre l’aidant et l’aidé.

La relation aidant/aidé

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Les trois quarts des bénéficiaires âgés qualifient d’« amicale » la relation qu’ils entretiennent avec l’intervenante à domicile : ceux qui la considèrent « comme plus amicale que professionnelle » sont d’ailleurs plus nombreux que ceux qui la qualifient d’« aussi amicale que professionnelle »(41 % contre 33 %). Ils semblent donc attachés affectivement à cette relation. C’est d’ailleurs d’autant plus vrai quand ils sont seuls et très âgés (plus de 83 ans) : ils sont alors plus de la moitié (53 %) à considérer la relation comme « plus amicale que professionnelle ». Pour certains, la visite en elle-même compte probablement autant, si ce n’est plus, que les tâches effectuées : le passage de l’aidante à domicile est en effet aussi une occasion de discuter et d’être écouté. Il faut souligner que pour les questions de l’enquête concernant les rapports et les discussions avec l’intervenante à domicile, le taux de réponse est proche de 100%, signe de l’intérêt particulier que les répondants leur ont porté.

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D’après les résultats de l’enquête Sapad-Bénéficiaires, la discussion porte sur les tâches à effectuer dans un peu plus de la moitié des cas, mais aussi sur l’état de santé de la personne âgée dans 75 % des cas, sur ses activités depuis la dernière visite de l’aide à domicile (45 % des cas), sur sa famille (65 %), sur les nouvelles du quartier (64 %), l’actualité (près de 70 % des cas); les souvenirs de la personne âgée sont aussi souvent évoqués (64 %). Enfin, la famille et les activités de l’aide à domicile elle-même font aussi fréquemment l’objet de la discussion (70 % et 51 %). Le fait que le quotidien et la vie personnelle de la personne âgée comme de l’aide à domicile fassent l’objet de leurs conversations semblent témoigner du fait que la relation recherchée, puis installée, vient aussi combler un besoin affectif de la personne aidée.

La nécessité d’une formation spécifique pour les aidants professionnels des personnes âgées

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Une formation aux aspects plus psychologiques du métier semble indissociable des compétences techniques nécessaires pour effectuer la profession d’intervenante à domicile compte tenu de la vulnérabilité physique et émotionnelle des personnes âgées qui bénéficient de ces interventions. Par ailleurs, la formation aux aspects techniques du métier (les postures et les gestes spécifiques à adopter pour soulever, baigner, changer une personne âgée par exemple…) est indispensable, parce qu’en existant, elle sanctionne une compétence, permettant à celle-ci d’être reconnue comme telle, à travers une meilleure rémunération notamment.

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Le secteur de l’aide à domicile pour les personnes âgées va devoir se confronter dans un avenir tout proche à une double évolution de la demande. D’une part, celle-ci devient plus exigeante et plus complexe, et d’autre part, en raison du vieillissement de la population, de la diminution progressive du ratio aidants informels potentiels/aidés, et de l’augmentation de la proportion de femmes sur le marché du travail, dont découlera une probable délégation des tâches d’aide auprès de leurs parents âgés à des services extérieurs, la demande d’aide professionnelle va aussi fortement se développer en nombre.

■ Les intervenantes à domicile

■ L’â g e d e s i n t e r v e n a n t e s

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Mais si la population des personnes âgées, et notamment de celles qui sont en perte d’autonomie, augmente, et son poids devrait continuer de croître au cours des prochaines années, la population des aides à domicile professionnelles commence à présenter, elle aussi, une certaine tendance au vieillissement.

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Dans un premier temps, on observe que la population des intervenantes à domicile est plus âgée que l’ensemble des femmes qui travaillent. Si on compare la répartition par âge des intervenantes des services d’aide à domicile à celle de la population féminine occupée salariée la même année (Insee, 1999), on observe en effet un certain décalage. Les moins de 25 ans ont sensiblement le même poids dans les deux populations : un peu plus de 6 %. Cela dit, cette faible représentation des très jeunes s’explique mieux en population générale que pour les intervenantes à domicile qui sont peu qualifiées et dont l’entrée sur le marché du travail n’est pas retardée par leurs études. Les 25-39 ans représentent 43,5 % de la population féminine occupée salariée, mais ne comptent que pour 31,5 % de la population des intervenantes. Les 40-49 ans sont en revanche un peu plus représentées parmi ces dernières que dans l’ensemble de la population féminine occupée salariée (35,2 % contre 29,7 %), de même que les 50 ans et plus qui représentent 27 % des intervenantes, contre à peine 20 % des femmes occupées salariées. Cette surreprésentation des femmes plus âgées parmi les intervenantes à domicile est d’autant plus importante à souligner compte tenu de la pénibilité physique du métier qu’elles exercent : elles changent de lieu de travail plusieurs fois par jour, ont des temps de trajet importants, des heures supplémentaires souvent non rémunérées [5]  Le rapport de l’Agence nationale pour l’amélioration... [5] ; par ailleurs, les tâches qu’elles sont amenées à effectuer dans le cadre de leur travail réclament un effort physique parfois important (faire le ménage de façon générale mais surtout soulever, changer la personne âgée, etc.).

Tableau 1  - Répartitions comparées, par groupes d’âges, des intervenantes des services d’aide à domicile et de la population féminine occupée salariée, en 1999 <image id="im1" typeimage="tableau" typemime="image:png" xlink:href="RS_idPAS_D_ISBN_pu2003-02s_pa01-da13_art06_img001.png" xlink:actuate="onRequest" xlink:title="Tableau 1 "/>
enquête Sapad-Structures, Drees, 1999 et enquête Emploi, Insee, 1999.
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En outre, il semblerait que la population des intervenantes à domicile soit aussi vieillissante au sens où les générations jeunes apparaissent de moins en moins nombreuses dans la structure par âges de la population, alors que les générations plus âgées ont, elles, un poids de plus en plus important.

Graphique 1  - Répartitions comparées, par groupes d’âges des femmes actives occupées salariées travaillant dans le secteur des services aux particuliers, en 1994, 1999 et 2001 <image id="im2" typeimage="figure" typemime="image:png" xlink:href="RS_idPAS_D_ISBN_pu2003-02s_pa01-da13_art06_img002.png" xlink:actuate="onRequest" xlink:title="Graphique 1 "/>
Insee, enquête Emploi.
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Les données de l’enquête Sapad-Personnel portent uniquement sur l’année 1999. Néanmoins, pour essayer d’observer l’évolution de la répartition par âges de la population des intervenantes, les données annuelles des enquêtes Emploi de l’Insee peuvent être mises à contribution. Il existe en effet une catégorie d’activité économique dans la nomenclature de l’Insee qui, bien que plus large que notre champ, permet d’appréhender cette évolution : celle des personnes travaillant dans le secteur des « services aux particuliers ». En sélectionnant parmi elles les femmes actives, occupées et salariées, on obtient une catégorie de professionnels dont les métiers et les profils se rapprochent beaucoup de ceux de la population des intervenantes à domicile des Sapad. Ces données sont disponibles par groupes d’âges depuis 1994. Le graphique 1 représente la répartition par groupes d’âges des femmes actives occupées salariées travaillant dans le secteur des services aux particuliers en 1994, année la plus ancienne pour laquelle les données existent, en 1999, année de l’enquête, et en 2001, dernière année pour laquelle les données sont disponibles, et qu’il nous a semblé judicieux de présenter dans la mesure où elles permettent de confirmer le diagnostic d’une tendance au vieillissement de la population étudiée. En effet, les parts respectives des 15-24 ans et des 25-39 ans ont eu tendance à diminuer entre 1994 et 1999, alors que celles des 40-49 ans et des 50 ans et plus ont, elles, eu tendance à augmenter entre les deux périodes. La courbe de 2001 confirme ces deux tendances.

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Cette tendance au vieillissement de la population des aidantes à domicile est peut-être le signe d’un certain manque d’attractivité du métier et d’un effet de sélection : les plus jeunes ne tiennent pas longtemps et quittent le secteur pour trouver de meilleures conditions de travail ; à l’inverse les plus âgées, qui d’une part ont acquis une certaine expérience, et d’autre part ont moins de chances de pouvoir se repositionner avantageusement sur le marché du travail, gardent leur emploi d’aide à domicile et deviennent proportionnellement plus nombreuses. Le renouvellement de la population des professionnelles du secteur par les plus jeunes ne semble donc pas assuré. Le rapport de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), dont les conclusions résultent d’une enquête qualitative auprès de nombreux acteurs du secteur de l’aide à domicile, met aussi en avant cet effet de sélection et le turn-over important au sein des services, particulièrement chez les plus jeunes.

■ Temps de travail des intervenantes

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Pour mieux comprendre le manque d’attractivité du métier d’aide à domicile, les données issues de l’enquête Sapad-Structures sur le temps de travail des intervenantes sont utiles car elles illustrent bien la précarité du métier. Au sein des services enquêtés, les aidantes à domicile ont effectué en moyenne soixante-dix heures d’aide chacune au cours du mois de septembre 1999 [6]  Les questions sur le volume horaire de travail des... [6] .

Graphique 2  - Répartition des intervenantes à domicile selon le temps de travail mensuel <image id="im3" typeimage="figure" typemime="image:png" xlink:href="RS_idPAS_D_ISBN_pu2003-02s_pa01-da13_art06_img003.png" xlink:actuate="onRequest" xlink:title="Graphique 2 "/>
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Mais ce volume de travail moyen rend mal compte de la dispersion des situations : en fait, pour la moitié des intervenantes, le volume de travail mensuel n’a pas excédé soixante-deux heures, et pour les trois quarts d’entre elles, il n’a pas dépassé cent cinq heures (nombre d’heures mensuelles équivalent à peine aux deux tiers d’un emploi à temps complet).

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Pour le quart, le temps de travail du mois de septembre n’a pas excédé vingt-sept heures, et 10 % n’ont pas travaillé plus d’une dizaine d’heures. Une très faible proportion d’entre elles (2,3 %) n’ont pas travaillé du tout durant cette période. Ce sont celles qui ont exercé une biactivité, c’est-à-dire celles qui ont travaillé à la fois dans le cadre prestataire et dans le cadre mandataire au sein d’un même service qui ont effectué le nombre d’heures de travail médian le plus important : en effet, la moitié d’entre elles ont effectué un minimum de 88 heures de travail. À l’inverse, ce sont celles qui n’ont effectué des heures d’intervention que dans le cadre mandataire qui ont le moins travaillé : en septembre 1999, le nombre d’heures mensuelles médian était de 45 heures pour ces dernières.

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Pour une part importante des intervenantes, le nombre d’heures de travail mensuel est donc extrêmement faible, même s’il ne correspond qu’à celui réalisé au sein d’un seul service d’aide.

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Il est en effet probable qu’une part d’entre elles travaillent parallèlement pour un autre organisme, ou dans le cadre du gré à gré, chez un (ou des) particulier(s) qui ne seraient pas passés par l’intermédiaire d’un service d’aide. Au sein des services enquêtés, seules 5 % des aides à domicile travaillent plus de 165 heures par mois, et exercent donc leur métier à temps complet au sein d’une seule et même structure. Pour une très large majorité, en revanche, le travail dans le service correspond à un emploi à temps partiel, dont on suppose (même si les données d’enquête ne nous permettent pas de le vérifier) qu’il ne s’agit pas, la plupart du temps, d’un temps partiel choisi. Le rapport de l’Anact sur les conditions de travail des aidantes à domicile confirme d’ailleurs cette hypothèse. Pour celles qui souhaitent effectuer un nombre d’heures équivalent à un temps plein, les intervenantes à domicile n’ont pas réellement d’autre choix que de multiplier les emplois, les employeurs et donc les temps de trajet qui ne sont pas rémunérés.

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D’après les données issues de l’enquête Sapad, les usagers des services reçoivent chacun, en moyenne, un peu plus de cinq heures d’aide hebdomadaires. Mais cette moyenne est fortement tirée vers le haut par le petit nombre d’usagers qui nécessitent un très important nombre d’heures, notamment ceux qui nécessitent une présence continue, 24h/24h. En fait, seuls 5 % d’entre eux bénéficient d’un volume d’aide supérieur ou égal à quinze heures par semaine ; et pour 1 %, il est supérieur ou égal à vingt heures.

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Pour la moitié d’entre eux, en revanche, le volume d’aide reçu n’excède pas trois heures et demi par semaine, et pour un quart le temps d’intervention est inférieur ou égal à deux heures. Dans ces conditions, une aidante à domicile doit intervenir chez de nombreux usagers pour effectuer un nombre d’heures équivalent à un emploi à temps complet. Selon une étude qualitative financée par l’Institut de retraite complémentaire des employés de maison (Ircem), réalisée auprès de soixante salariés du secteur de l’aide à domicile, les intervenantes des services d’aide aux personnes à domicile partageraient leur temps d’intervention entre 8 à 10 utilisateurs en moyenne.

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Par ailleurs, si la moitié des usagers ne reçoivent pas plus de deux visites chaque semaine, un quart d’entre eux bénéficient d’au moins trois passages hebdomadaires de l’aide à domicile, et pour 10 %, le nombre de visites est supérieur ou égal à six. Pour 5 % des bénéficiaires, un minimum de dix interventions différentes dans la semaine est nécessaire. Enfin, 15 % des utilisateurs de services d’aide bénéficient d’une aide durant le week-end. Le travail de l’intervenante à domicile peut consister dans certaines situations à passer un temps relativement court chez l’usager pour chaque intervention, mais à devoir se déplacer de nombreuses fois. Plusieurs employeurs, plusieurs lieux de travail, des temps de trajet importants et non rémunérés, et l’extension de leur période de disponibilité (la nuit, le week-end, etc.) sont donc nécessaires pour leur permettre, quand elles le souhaitent, d’exercer leur métier à temps complet.

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Ces conditions de travail ne sont pas idéales, et par ailleurs le niveau de rémunération est assez faible : en effet, à l’heure actuelle, les aides à domicile sont rémunérées sur la base du Smic durant les seize premières années de leur carrière. Cependant, la plupart des mesures visant à développer le secteur de l’aide à domicile ont été prises dans le cadre d’une politique de l’emploi dont l’objectif était l’insertion sur le marché du travail de personnes peu ou non qualifiées, pour un coût relativement faible.

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Aujourd’hui, l’ensemble des acteurs du secteur de l’aide à domicile s’accordent à dire qu’il faut augmenter les salaires des intervenantes ; reste que la plupart d’entre elles n’ont pas de qualification justifiant une meilleure rémunération, ou tout au moins aucun justificatif ou diplôme sanctionnant les compétences qu’elles ont pourtant, pour celles d’entre elles qui exercent le métier depuis plusieurs années, acquises ou développées en exerçant leur profession. L’augmentation des salaires, qui jouerait sans aucun doute un rôle sur le degré « d’attractivité » du métier, ne peut être que le résultat d’un processus de professionnalisation, la sanction par un diplôme de compétences acquises.

■ Le niveau de qualification des intervenantes

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Parmi les intervenantes à domicile, à peine une sur dix (9 %) est titulaire du Certificat d’aptitude aux fonctions d’aide à domicile (Cafad) ; environ 5 % possèdent un autre diplôme du secteur sanitaire et social, et 4 % sont titulaires d’un autre diplôme sans lien avec le secteur de l’aide à domicile. 23 % d’entre elles ne sont titulaires d’aucun diplôme mais ont reçu une formation dont elles peuvent fournir une attestation. Enfin la moitié d’entre elles (49 %) n’ont obtenu aucun diplôme et n’ont bénéficié d’aucune formation professionnelle. Pour les 10 % restants, les questions concernant le niveau de qualification n’ont pas été renseignées [7]  Les données décrivant le personnel des services d’aide... [7] .

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Le secteur de l’aide à domicile est caractérisé par le très faible taux de qualification de son personnel intervenant : sur l’ensemble des intervenantes à domicile, seules 18% ont un diplôme. Le niveau, mais aussi le type de qualification, varient en fonction de l’âge des intervenantes. C’est par exemple parmi les plus jeunes, celles qui sont âgées de moins de 30 ans, qu’on trouve la plus faible proportion (4 %) de personnes titulaires du Cafad. Cette proportion a en fait tendance à augmenter avec l’âge (cf. graphique 1, p. 134) : dans le groupe des 45 ans et plus, 11 % sont titulaires de ce diplôme.

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Mais les conditions mêmes d’accès à la formation diplômante permettant d’acquérir le Cafad peuvent expliquer, au moins en partie, cette situation : en effet, il faut déjà exercer le métier d’aide à domicile pour pouvoir suivre la formation menant au diplôme ; les intervenantes ont donc d’autant moins de chances d’en être titulaires qu’elles sont jeunes. D’ailleurs, presque les trois quarts de celles qui ont obtenu ce diplôme sont âgées d’au moins 40 ans. En outre, la plupart du temps, il est difficile d’obtenir de l’employeur, surtout quand il s’agit d’un particulier, qu’il rémunère à la fois l’intervenante qui suit la formation et celle qui la remplace dans ses fonctions.

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Les plus jeunes se distinguent cependant par le taux le plus fort de qualification : c’est parmi les moins de 30 ans qu’on trouve la plus forte proportion d’intervenantes titulaires d’un autre diplôme lié au secteur sanitaire et social; avec près de 16 %, elle est presque trois fois plus élevée que celle observée chez les 30-34 ans, pourtant à peine plus âgées, et huit fois plus importante que cette même proportion chez les intervenantes âgées de 50 ans et plus.

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La proportion de titulaires d’un autre diplôme sans lien avec le secteur social est aussi légèrement plus importante chez les plus jeunes (6 % contre 4 % environ dans les autres groupes d’âges).

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C’est aussi parmi les plus jeunes qu’on trouve la plus faible proportion d’intervenantes sans aucune qualification (ni formation, ni diplôme), 44 %, alors qu’elle est proche de la moitié dans les autres groupes d’âges.

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Le fait que ces dernières appartiennent à une génération qui a bénéficié d’un accès et d’un éventail de formations plus large qu’auparavant peut, peut-être, expliquer cette surreprésentation des diplômées parmi les plus jeunes par rapport aux autres groupes d’âges. Cependant, l’interprétation de ces chiffres nécessite une certaine prudence : on peut aussi, par exemple, supposer que les plus diplômées commencent leur vie professionnelle dans le secteur de l’aide à domicile, pour le quitter ensuite pour un métier plus attractif, mieux rémunéré ou plus adapté à leurs contraintes, etc. Resteraient alors les moins diplômées qui, elles, poursuivraient leur carrière dans le secteur de l’aide à domicile, faute de pouvoir faire autre chose.

Graphique 3  - Niveau et type de qualification des intervenantes à domicile par groupe d’âges <image id="im4" typeimage="figure" typemime="image:png" xlink:href="RS_idPAS_D_ISBN_pu2003-02s_pa01-da13_art06_img004.png" xlink:actuate="onRequest" xlink:title="Graphique 3 "/>
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Le constat le plus marquant au regard des résultats de l’enquête demeure quoi qu’il en soit la très forte proportion de professionnelles n’ayant bénéficié d’aucune formation et ne possédant aucun diplôme, dans tous les groupes d’âges, même dans le plus jeune.

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Le décret du 26 mars 2002 a créé un nouveau diplôme, le diplôme d’État d’auxiliaire de vie sociale (DEAVS), dont les conditions d’accès sont simplifiées : il n’est plus nécessaire d’exercer le métier d’aide à domicile pour pouvoir bénéficier de la formation menant au diplôme. Par ailleurs, celui-ci doit s’inscrire, à terme, dans une filière d’études spécialisées à plusieurs niveaux. Enfin, un système d’équivalence devrait permettre d’établir des passerelles entre les différents métiers du secteur médicosocial, et entre les filières qui mènent à ces métiers. Il n’est pas encore possible d’évaluer les améliorations que la première formation correspondant à l’année 2002-2003 est censée apporter.

■ Conclusion

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Pour répondre à la demande présente et à venir, quantitativement et qualitativement, le secteur de l’aide à domicile doit se développer et offrir la garantie d’un service de qualité, fourni par des intervenantes compétentes et formées au métier qu’elles exercent. La société doit prendre en charge ses anciens, qui seront de plus en plus nombreux, et individuellement chacun souhaite que son parent âgé bénéficie d’une assistance de qualité.

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Mais elle implique, dans un second temps, la rémunération des compétences acquises. Elle a donc un coût, et ce coût sera d’autant plus important qu’il aura des répercussions sur celui de l’allocation personnalisée d’autonomie (prise en charge par les départements), qui finance, entre autres, des heures d’aide à domicile. Aujourd’hui, l’ensemble des acteurs du secteur de l’aide à domicile, des bénéficiaires et des acteurs politiques sont convaincus de la nécessité et de l’urgence à entamer ce processus de professionnalisation de l’aide à domicile. L’accord signé en mars 2002 par la totalité des fédérations d’employeurs et des syndicats de salariés, qui prévoit la professionnalisation du secteur et préconise notamment une augmentation des salaires des intervenants, en témoigne. De même que l’agrément de cet accord par le gouvernement en janvier 2003.

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La question à laquelle il fallait apporter une réponse était celle de savoir qui devait supporter ce coût : toute la difficulté étant de trouver l’équilibre le plus juste et le plus efficace possible entre les usagers des services, et plus généralement tous les particuliers qui font appel à une intervenante à domicile, la collectivité et les professionnelles du secteur. Le financement du plan de professionnalisation sera principalement pris en charge par les départements et par le gouvernement ; il s’accompagne cependant d’une recommandation : les salaires des intervenantes seront gelés durant les trois premières années de ce plan.


■ Bibliographie

  • BONTOUT O., COLIN C., KERJOSSE R., 2002,« Personnes âgées dépendantes et aidants potentiels : une projection à l’horizon 2040 », Études et résultats, n°160, Drees.
  • BRESSÉ S., 2003 (à paraître),« Les circuits de recours aux structures d’aide à domicile des personnes âgées », Solidarité santé, Drees.
  • BRESSÉ S., DUTHEIL N., 2003 (à paraître),« Les bénéficiaires des services d’aide à domicile : des publics différents », Solidarité santé, Drees.
  • DUTHEIL N., 2001,« Les aides et les aidants des personnes âgées », Études et résultats, n° 142, Drees.
  • DUTHEIL N., 2000, « Les services d’aide à domicile en 1998 et 1999 », Études et résultats, n° 91, Drees.
  • ENQUÊTES EMPLOI de 1994 à 1999, Insee Résultats, Insee. AGENCE NATIONALE POUR L’AMÉLIORATION DES CONDITIONS DE TRAVAIL, novembre 2002,Rapport pour la Direction générale des affaires sociales, « Freins à l’embauche et amélioration des conditions de travail dans le secteur de l’aide à domicile ».

Notes

[1]

L’enquête Sapad (services d’aide aux personnes à domicile), réalisée par la Drees, s’est déroulée en deux temps : une première enquête exhaustive a eu lieu auprès des services d’aides aux personnes à domicile, concernant leur activité et leur personnel en 1999 (Sapad-Structures), puis une seconde s’est consacrée en 2000 à un échantillon de bénéficiaires de ces services (Sapad-Bénéficiaires), et notamment, dans le cas qui nous concerne, aux bénéficiaires âgés.

[2]

L’Allocation personnalisée d’autonomie (Apa) a remplacé depuis le 1er janvier 2002 la Prestation spécifique dépendance (PSD). Elle est destinée aux personnes âgées dépendantes. Cette allocation fournit à la personne, sur la base d’un plan d’aide personnalisé défini en fonction de ses besoins, de son contexte familial, des aides dont elle bénéficie déjà, une somme d’argent, ou l’équivalent de cette somme en nombre d’heures d’aide, en aménagements de son logement ou en équipements, pour lui permettre de continuer à vivre chez elle. Le montant alloué dépend du niveau de dépendance de la personne mais aussi de son niveau de ressources. La problématique de la professionnalisation du secteur de l’aide à domicile et donc de l’augmentation, à terme, des salaires concerne directement le budget de l’Apa puisque celle-ci finance, entre autres, des heures d’aide à domicile.

[3]

Le personnel décrit a été classé par fonction. Les intervenantes pouvaient être classées parmi les « aides à domicile », parmi les « employées de maison », etc. Pour déterminer la fonction de chacune d’entre elles, la méthodologie de l’enquête voulait que la fonction retenue soit celle dans le cadre de laquelle l’intervenante avait effectué le plus important nombre d’heures durant le mois de septembre 1999. Par exemple, si une intervenante a effectué au cours du mois de septembre 1999 plus d’heures en tant qu’aide à domicile, elle est classée parmi les aides à domicile.

[4]

L’indicateur de Colvez est le résultat des travaux du docteur Alain Colvez (Inserm). Spécifiquement adapté aux personnes âgées, il exprime une mesure de la dépendance physique des individus. Cet indicateur comporte quatre positions : personnes confinées au lit ou au fauteuil, autres personnes ayant besoin d’aide pour la toilette et l’habillage, autres personnes ayant besoin d’aide pour sortir de leur domicile, autres personnes (pouvant effectuer sans aide les actes précédemment cités). Il permet, à travers des questionnaires d’enquêtes, de mesurer la dépendance physique des personnes âgées, de connaître la répartition des personnes entre les différents niveaux de dépendance physique, et de suivre, dans le cas de données de panel, l’évolution de ce niveau de dépendance. Ce type d’indicateur est principalement utilisé dans les enquêtes avec pour objectif de permettre aux pouvoirs publics de mieux définir leurs politiques afin qu’elles répondent le plus possible aux besoins des personnes dépendantes. Cette répartition par niveaux de dépendance peut dans un second temps faire l’objet de projections pour l’avenir. L’indicateur de Colvez a été utilisé pour la première fois dans le cadre de l’enquête menée en Basse-Normandie en 1979 par l’Observatoire régional de la santé.

[5]

Le rapport de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) de novembre 2002, réalisé à la demande de la Direction générale de l’action sociale, explique bien comment les aidantes passent leur temps à courir d’un domicile à l’autre, et se retrouvent à faire des heures supplémentaires : par exemple si la personne âgée se souille juste avant leur départ, elles la changent pour lui éviter de devoir attendre le prochain passage d’un professionnel ou d’un membre de la famille. Plus simplement, les personnes âgées étant souvent des personnes très seules pour lesquelles la visite de l’aide à domicile constitue un moment de convivialité, elles ont du mal à laisser partir les aides à domicile et les retiennent à l’heure de leur départ, ne serait-ce qu’un quart d’heure.

[6]

Les questions sur le volume horaire de travail des professionnels travaillant pour les services d’aide aux personnes à domicile ont été renseignées pour le seul mois de septembre 1999. On fait l’hypothèse que ce mois est représentatif de l’ensemble des mois de l’année.

[7]

Les données décrivant le personnel des services d’aide ont été fournies par le personnel administratif de ces derniers. Nous avons choisi de conserver ces 10 % dans le total servant à calculer la répartition des intervenantes par type et niveau de qualification; les supprimer reviendrait en effet à gonfler artificiellement le pourcentage de professionnelles titulaires du Cafad. Il est impossible de considérer que les personnes pour lesquelles la question du diplôme n’a pas été renseignée sont nécessairement des personnes sans aucune qualification ; c’est sans doute plutôt que le personnel administratif ne connaissait pas cette information. Toutefois, selon notre hypothèse, il y a de fortes chances pour que les intervenantes titulaires du Cafad l’aient mentionné au moment de leur entrée dans le service ; les 10 % dont on ne connaît pas le niveau de qualification ne sont donc probablement pas titulaires de ce dernier.

Résumé

Français

Le nombre de personnes âgées dépendantes augmente et va continuer d’augmenter de façon importante dans les prochaines années. L’aide à domicile est un des éléments du dispositif de maintien à domicile des personnes âgées qui souhaitent vieillir chez elles, et qui constituent la majorité d’entre elles : ainsi elles peuvent bénéficier d’une aide aux tâches ménagères, et d’aides à la personne lorsque leur état de santé le requiert. Cependant, pour répondre à la demande, l’offre va devoir se développer quantitativement, mais aussi qualitativement. En effet, l’aide aux personnes âgées dépendantes nécessite des compétences et l’entourage de ces dernières devient aussi plus exigeant sur la qualité du service fourni. Les données issues de l’exploitation des enquêtes Sapad-Structures et Sapad-Bénéficiaires, réalisée auprès des services d’aides aux personnes à domicile et de leurs personnels pour la première, et auprès de leurs bénéficiaires âgés pour la seconde, permettent de confronter les attentes des bénéficiaires aux caractéristiques des personnels : les intervenants à domicile sont très peu qualifiés, voire pas du tout ; les personnes aidées sont de plus en plus âgées et fragiles, souvent dépendantes psychologiquement, physiquement et/ou psychiquement. Dans les années quatre-vingt, les mesures visant à promouvoir le secteur de l’aide à domicile (qui s’adresse très majoritairement aux personnes âgées, mais aussi à d’autres catégories de particuliers) visaient en fait autant à permettre le maintien à domicile des personnes vieillissantes qu’à créer des emplois accessibles à des personnes non qualifiées. Aujourd’hui, le vieillissement de la population, c’est-à-dire le fait que les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses, mais aussi le fait qu’elles sont de plus en plus vieilles, et donc de moins en moins autonomes, rend la professionnalisation du secteur de l’aide à domicile nécessaire pour assurer la prise en charge des personnes âgées, même si elle a un coût, puisqu’elle implique de rémunérer les qualifications acquises.

English

A Necessary Professionnalization of Home Care for the Elderly The number of dependent old people is rising and will continue to increase rapidly over the coming years. By offering help with domestic tasks and with personal hygiene if necessary, home care is a vital service for enabling old people who so wish – the majority of the elderly population – to continue living in their own homes. However, to address the increase in demand, the services on offer will need to be developed, both in quantitative and qualitative terms. Indeed, care for the dependent elderly calls for special skills and ever higher levels of service quality are expected by their families. Results of surveys of home care services and their personnel by Sapad-Structures and of elderly beneficiaries by Sapad-Bénéficiaires offered a means to compare beneficiaries’ expectations with the characteristics of home care personnel: home carers have very few qualifications, or none at all, while the elderly beneficiaries are increasingly old and fragile, and often psychologically, physically and/or mentally dependent. In the 1980s, measures to promote the home care sector (primarily targeting the elderly, but also other population categories) in fact had a dual objective: to enable elderly people to live at home while at the same time creating jobs for unqualified people. Today, the ageing of our population, i.e., the growing number of old people, but also their increasing age and hence their growing level of dependence, calls for a professionalization of the home care sector, even if the cost of paying for qualified personnel is high.

Plan de l'article

  1. ■ Le secteur de l’aide à domicile
    1. ■ Définition de l’aide à domicile
    2. ■ Le champ de l’enquête Sapad
    3. ■ L’aide à domicile : un métier, plusieurs appellations, plusieurs statuts
  2. ■ Le métier d’intervenante à domicile
    1. ■ La nature des tâches
    2. ■ L’aide requise du point de vue des bénéficiaires et de leur entourage
      1. Les personnes âgées : un public « fragile »
      2. La relation aidant/aidé
      3. La nécessité d’une formation spécifique pour les aidants professionnels des personnes âgées
  3. ■ Les intervenantes à domicile
    1. ■ L’â g e d e s i n t e r v e n a n t e s
    2. ■ Temps de travail des intervenantes
    3. ■ Le niveau de qualification des intervenantes
  4. ■ Conclusion

Pour citer cet article

Bressé Sophie, « L'enjeu de la professionnalisation du secteur de l'aide à domicile en faveur des personnes âgées », Retraite et société 2/ 2003 (no 39), p. 119-143
URL : www.cairn.info/revue-retraite-et-societe-2003-2-page-119.htm.


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