2003
Retraite et société
Modéliser l’avenir des retraites dans un cadre macroéconomique bouclé : quelques mécanismes de base
Didier Blanchet
INSEE
Cet article examine la prise en compte de quelques mécanismes
macroéconomiques simples à long terme afin de voir si elle est susceptible
d’altérer sensiblement les projections d’équilibre des retraites,
généralement menées dans un cadre purement comptable. Les
mécanismes pris en compte sont : l’impact du vieillissement interne de la
population active sur les salaires, l’impact du ralentissement
démographique sur le ratio capital/travail, les salaires et le rendement du
capital, l’impact sur les mêmes grandeurs d’une hausse du taux d’épargne
qui résulterait d’un développement de la retraite par capitalisation et
l’effet sur le marché du travail des hausses de cotisations et/ou de l’âge de
la retraite. Ces effets sont évalués dans le cadre d’une maquette très
simple combinant projections démographiques, modèle de croissance
néoclassique de Solow et hypothèse de déséquilibre du marché du travail.
L’«endogénéisation» des variables économiques ne modifie que faiblement
les conclusions habituelles quant au besoin de financement des systèmes
par répartition. En revanche, elle affecte plus sensiblement l’évaluation de
la performance potentielle de la capitalisation. Enfin, un point
d’incertitude important concerne la réaction du chômage aux différents
scénarios de cotisation ou d’âge de la retraite.
This paper examines whether the introduction of some simple long term
macroeconomic mechanisms can substantially affect long term projections
of pension systems, which are generaly realized in a simple partial
equilibrium framework. Mechanisms which are taken into account
include : the impact of labour force ageing on wages, the impact of the
demographic slowdown on the capital/labour ratio, on wages and on
capital income, the impact on the same variables of an increase in savings
which would result from the development of funding and the labour
market effects of increased contributions and/or a raise of the retirement
age. These effects are evaluated in the context of a very simple framework
combining demographic projections, a Solow neo-classical growth model
and an assumption of disequilibrium on the labour market.
It appears that endogenizing economic variables does not significantly
alter usual conclusions concerning future difficulties for PAYG pension
schemes. It has a greater impact for the evaluation of the potential
performance of funding. Last, an important point of uncertainty is the
reaction of unemployment to different scenarios for contributions or age
at retirement.
L’un est d’être centré sur les problèmes d’équilibre financier
global et de ne pas être suffisamment attentif à l’incidence
concrète des réformes pour les niveaux et trajectoires de revenu
des intéressés, mesurés individuellement. À ce reproche, une
réponse est apportée soit par la simulation de cas-types, soit par
le développement de modèles de microsimulation dynamiques
présentés ailleurs dans ce dossier (S. Pennec, A.-G. Privat, 2003)
ou les travaux de l’équipe Destinie (Bardaji, Sédillot, Walraët,
2002).
L’autre reproche est de ne s’en tenir qu’à une vision comptable de
ce problème des retraites, en équilibre partiel, en ne prenant en
compte ni l’incidence des changements démographiques sur
l’équilibre économique, ni les effets des choix retenus en matière
de retraite sur ce même environnement économique, tels que
l’incidence sur les marchés des capitaux ou sur le marché du
travail de politiques d’encouragement à l’épargne ou de recul de
l’âge de la retraite. Ce second reproche peut d’ailleurs être aussi
bien formulé par ceux qui pensent que les projections d’équilibre
partiel surestiment l’ampleur du problème des retraites (par
exemple parce qu’elles ignoreraient la réduction du chômage qui
pourrait résulter du retournement démographique de 2006) que
par ceux qui considèrent qu’elles les sous-estiment (parce qu’elles
ignorent les effets négatifs du vieillissement et de l’alourdissement
des charges sur la croissance).
Pour répondre à cette seconde critique, on dispose de trois voies
principales :
- les modèles macroéconométriques appliqués usuels : cette
démarche mériterait d’être développée mais, à ce jour, elle a été
peu ou pas explorée parce qu’on considère généralement que
ces modèles, de facture keynésienne, rendent mal compte des
mécanismes à l’œuvre sur le long terme qui est l’horizon
auquel se posent les problèmes de retraite ;
- l’analyse théorique : la problématique des retraites a conduit à
un foisonnement considérable de travaux appartenant au
courant des modèles dits « à générations imbriquées », modèles
permettant d’étudier l’interaction entre croissance, accumulation
du capital et transferts intergénérationnels. Ces modèles ont
contribué à clarifier beaucoup d’aspects du débat sur la retraite,
notamment le rapport entre performances de la retraite par
capitalisation et par répartition et leur capacité de résistance
aux chocs démographiques ou économiques
[1]. Mais ils le font
en général dans un cadre « à deux périodes », où le cycle de vie
est stylisé par l’enchaînement d’une période d’activité et d’une
période de retraite : ce cadre très simplifié exclut de les
mobiliser pour des exercices de projection appliquée ;
- les modèles appliqués de projection économique à long terme :
ils s’appuient sur l’acquis théorique des modèles de croissance
à générations imbriquées, mais essayent de traduire plus
fidèlement le détail des perspectives démographiques, aussi
correctement calés que possible sur les paramètres du
fonctionnement courant de l’économie.
De nombreux travaux de ce type émergent depuis quelques
années, notamment le modèle Ingenue (Équipe Ingenue, 2002),
qui adopte directement une perspective mondiale en partant du
principe que l’incidence du vieillissement ne s’apprécie
correctement qu’en prenant en compte l’interdépendance entre
des économies dans lesquelles ce vieillissement ne progresse pas
partout au même rythme. D’autres modélisations se centrent
davantage sur le cas français (Hénin et al., 2001 ; Le Cacheux,
Touzé, 2002).
Par rapport à ces travaux, le présent exercice n’a qu’une ambition
très limitée
[2]. Elle est de recadrer quelques-uns des ordres de
grandeur en jeu à l’aide d’une maquette très simplifiée des
interactions possibles entre démographie, croissance et marché
du travail
[3]. La conclusion sera que ces mécanismes ne sont pas
suffisamment forts pour remettre en cause les ordres de grandeur
établis par l’approche comptable. Celle-ci s’en trouve donc
confortée. L’exercice plaide néanmoins pour une plus grande
attention à certains de ces mécanismes macroéconomiques : les
plus importants concernent la réponse du marché du travail aux
choix retenus pour gérer les retraites. Il s’agit clairement d’un
domaine sur lequel les incertitudes dominent.
L’article sera organisé comme suit. Tout d’abord, pour évaluer ce
qui change lorsqu’on intègre des interactions entre démographie
et scénarios macroéconomiques, il faut partir d’une projection où
celles-ci sont ignorées. On partira donc d’un scénario d’évolution
comptable de la charge des retraites, approximativement calé sur
les perspectives démographiques françaises. Il donnera l’occasion
de deux rappels. Le premier est qu’un facteur majeur de
compensation du vieillissement démographique réside dans les
progrès généraux de productivité, que les projections en équilibre
partiel savent parfaitement prendre en compte. Le second, qui
tempère le premier, c’est que cette croissance de la productivité
n’évite celle des taux de cotisation pour la retraite que si les
retraités sont partiellement exclus du partage de ses bénéfices.
Dans le cas contraire, elle est neutre et son intérêt se limite à
rendre la croissance du prélèvement retraite moins difficilement
acceptable, mais sans en modifier l’ampleur.
On intégrera ensuite la façon la plus simple de postuler un effet
bénéfique du ralentissement ou de l’inversion de la croissance du
nombre d’actifs. Elle est empruntée au modèle de croissance le
plus usuel, le modèle de Solow, et joue sur la hausse du rapport
capital/travail qui est induite par la moindre croissance du facteur
travail, ce qui favorise l’évolution des salaires. Du point de vue
des ressources des systèmes de répartition, on verra cependant
que les bénéfices à en attendre restent très modérés, d’un ordre de
grandeur comparable à l’incertitude qui existe sur la croissance
exogène de la productivité générale. Et, comme pour ceux tirés
des progrès techniques généraux, ces bénéfices sont neutres vis-à-vis de la croissance des taux de cotisation retraite, si l’on
continue à viser le maintien de la parité de niveau de vie entre
actifs et retraités.
Ce cadre analytique, en revanche, conduit à prévoir des effets
significatifs des changements démographiques sur le rendement
du capital. On y trouvera donc une illustration, parmi d’autres, de
ce que les fluctuations démographiques peuvent affecter de
manière très parallèle les rendements de la capitalisation et de la
répartition, même si cela ne suffit pas à conclure à l’équivalence
parfaite des deux systèmes.
Dans un dernier temps, on reviendra au seul système de
répartition en examinant des scénarios d’« endogénéisation » du
chômage. Si le retournement démographique se traduit par une
baisse du chômage, il y a bien possibilité d’un allègement du
prélèvement par actif. Mais la théorie – comme l’évidence
empirique – s’avèrent très indécises quant à la façon dont ce
chômage pourrait réagir au retournement démographique du
siècle prochain, ce qui invite à une grande prudence.
■ Une projection de référence
à environnement économique exogène
Les projections présentées dans cet article s’appuient sur les
projections démographiques de l’Insee, telles qu’elles avaient été
établies au milieu des années quatre-vingt-dix, sous l’hypothèse
d’une fécondité égale à 1,8, la plus conforme aux tendances
courantes. La prise en compte des projections plus récentes
(Brutel, 2002) ne serait pas de nature à modifier le constat. On
n’utilisera pas de projections fines de la population active ; on se
contentera de supposer la fixité du taux moyen d’activité entre 20
et 60 ans pour les deux sexes. Enfin, on a ajouté un chômage
exogène, initialement égal à 12 % de la population active,
décroissant vers un niveau d’équilibre de 9 % en une dizaine
d’années. Cela représente en début de projection une baisse
moins rapide que celle qui a été observée depuis, mais conduit à
un ordre de grandeur à long terme qui n’est pas incompatible
avec le niveau auquel on s’est provisoirement stabilisé depuis
2001. On aurait pu envisager des scénarios plus favorables, tels
que ceux considérés par le rapport du Conseil d’orientation des
retraites (Cor, 2002). Mais, ici encore, ce type de variante ne
remettrait pas radicalement en cause les enseignements
pédagogiques qu’il s’agit de tirer du présent exercice, et pourrait
même les obscurcir : l’objectif est de se concentrer au maximum
sur les effets purs du retournement démographique ou du
déplacement de l’âge de la retraite sur le chômage, toutes autres
choses égales par ailleurs.
Tableau 1
Hypothèses résumées des différents scénarios
Tableau 1
Hypothèses résumées des différents scénarios
Scénario5 Modèleavec rigiditésalarialeet reportexantedes cotisationsretraite surlecoût dutravail
Coefficient decapital Tauxd’épargneSansobjet25% Dépréciation ducapital Productivité –effetpériode–effetgénération–effetâge Chômaged’équilibreDécroissantde12%à9%surlesdixpremièresannées,stableà9%ensuite AjustementdessalairesImmédiatImmédiatImmédiatProgressifProgressifIndexationdesretraitesIndexationsurl’évolutiondessalairesnetsIncidenceexantedeshaussesdecotisationTotalementetdirectementprisesenchargeparlessalariésReportéessurlecoûtdutravail
25%25%
Scénario4 Modèleavec rigiditésalariale, maissansreport descotisations retraitesurlecoût dutravail Productivitéapparentecroissantde1à2entre20et60ans(entransversal)
Croissancede0,85%paran Croissancede0,85%pargénération
Scénario1 Projectionà environnement économique exogèneScénario2 Modèlede croissance néoclassiqueà épargneconstanteScénario3 Modèlede croissance néoclassiqueavec augmentation transitoirede l’épargne 00,3 Croissantde25 à30%durantles dixpremières années,stableà 30%ensuite Sansobjet5%paran
%
S’agissant des données économiques, l’évolution des prix n’est
pas modélisée. Plus exactement, cela revient à des simulations
avec indexation parfaite de toutes les grandeurs nominales sur les
prix et dont les résultats sont fournis en valeur réelle.
La productivité du travail et le salaire sont déterminés par trois
facteurs :
- un effet de période ;
- un effet de génération ;
- un effet d’expérience.
Les deux premiers effets s’additionnent, en régime permanent,
pour déterminer la croissance globale du salaire moyen, qu’on a
fixée à 1,7 %. Les deux derniers se combinent également pour
définir, à l’instant t, la répartition des salaires par âge : le salaire
croît avec l’âge compte tenu de l’effet d’expérience, mais décroît
avec l’âge à un instant donné, si les générations plus récentes
bénéficient de salaires plus élevés associés à de meilleures
qualifications. On a supposé que, au total, il en résultait un écart
instantané de 1 à 2 entre salaire moyen des jeunes actifs et des
vieux actifs (avec un profil parabolique). En projection, cet effet
d’âge peut interagir avec l’évolution de la structure par âge de la
population active pour modifier le niveau ou le taux de croissance
du salaire moyen
[4].
Seules les cotisations retraite sont prises en compte pour la
transformation du salaire brut en salaire net. L’évolution des
retraites a été modélisée de façon très simple. On suppose qu’on
vise, à long terme, à maintenir le ratio actuel entre salaire net et
retraite moyenne. Il s’agit donc d’un scénario normatif : le but est
de voir les problèmes que soulèverait la réalisation de cet objectif
normatif. On rappelle par ailleurs que cette première projection
vise uniquement à servir d’hypothèse de référence afin de
comparer les projections incorporant des interactions
démographiques et économiques. C’est pourquoi on se limitera à
en donner un commentaire rapide.
Scénario 1
Intéressons-nous d’abord aux ressources des systèmes de retraite.
Leur croissance est celle de la masse des salaires (masse
cotisable). Elle résulte de cinq facteurs :
- la croissance de la population active ;
- la réduction du chômage ;
- les progrès de productivité liés à la période ;
- les progrès de productivité liés au renouvellement des
générations ;
- l’interaction entre structure par âge de la population active et
structure par âge des salaires.
La première courbe du graphique 1 donne la résultante des effets
(c), (d) et (e). La somme des effets (c) et (d) est fixe, par
construction, et fournit 1,7 point de croissance annuelle. L’effet (e)
explique les variations autour de cette tendance plate : la
croissance du salaire brut moyen est très légèrement plus élevée
que 1,7 % avant 2005 (de deux à trois dixièmes de point), elle y
est quasiment égale après. L’effet de structure par âge, s’il existe,
n’est donc pas considérable. Une justification en est fournie par
l’évolution de l’âge moyen des actifs, donnée par le graphique 2
( cf. p. 140). Un profil de salaire croissant avec l’âge implique que
le salaire moyen reproduit, en les amortissant, les variations de
l’âge moyen de la population active totale. Or, celui-ci ne
s’accroît que d’environ 1,2 an entre 1998 et 2006, soit en tout 2,5
%, puis il se stabilise. Ce mouvement rend bien compte de la
séquence de croissance du salaire moyen donnée par le
graphique 1. La première phase correspond à une phase de
vieillissement interne de la population active due au
vieillissement, dans l’activité, des générations du baby-boom. La
deuxième phase est une phase où il y a équilibre entre la
poursuite de ce vieillissement interne et le fait que ces générations
du baby-boom quittent progressivement l’activité.
On ne retrouve donc pas, au niveau macroéconomique, les forts
effets de structure par âge qui pourraient éventuellement
apparaître, au niveau microéconomique, sur des entreprises ou
secteurs à pyramides des âges ou structures salariales plus
contrastées. L’essentiel des fluctuations du taux de croissance de
la masse cotisable, dans ces conditions, est à relier aux variations
de la croissance de l’emploi. Croissance des actifs potentiels et
baisse du chômage se conjuguent pour porter la croissance totale
vers 3 % par an jusqu’en 2005. Ensuite, le chômage est supposé
se stabiliser. La légère décroissance de la population d’âge actif
conduit alors à une croissance de la masse salariale légèrement
inférieure à 1,7 % par an, soit 1,4-1,5 % en moyenne.
Intéressons-nous ensuite aux niveaux de vie des actifs et des
retraités. Le graphique 3 ( cf. p. 140) montre que le scénario
proposé évite toute décroissance des niveaux de vie absolus des
actifs comme des retraités. Ce résultat est bien connu : il suffit
d’une croissance très modérée pour compenser les effets du
vieillissement démographique. Le problème des retraites n’est
donc pas là. Il se pose en termes relatifs : c’est un problème
d’arbitrage entre taux de prélèvement sur les actifs et niveau de
vie relatif des retraités.
Cela est illustré par le graphique 4 ( cf. p. 141). Dans le scénario
de maintien des parités de niveau de vie qui a été retenu, on est
obligé de prélever sur les actifs d’une façon qui est directement
déterminée par le ratio emploi-population retraitée. Le taux de
cotisation d’équilibre se trouve donc multiplié par 1,6 en
quarante ans. Une croissance plus faible de ce prélèvement ne
serait obtenue qu’en faisant décrocher le niveau de vie relatif des
retraités, soit par une baisse du taux de remplacement, soit
par une sous-indexation prononcée des retraites après leur
liquidation. Dans le cas extrême où tout l’effort d’ajustement
porterait sur les retraites, on sait que ce niveau de vie relatif des
retraités évoluerait comme l’inverse du ratio retraite/emploi, soit à
peu près une division par deux en quarante ans.
Graphique 1
Évolution de la masse cotisable
Graphique 2
Évolution de l’âge moyen de la tranche d’âge 20-60 ans
Graphique 3
Indicateurs de niveau de vie absolu
Graphique 4
Évolution du taux de cotisation (base 100 en 1998)
■ Effets potentiels du retournement
démographique sur le ratio capital/travail
et sur la rémunération des facteurs
de production
Scénario 2
La première projection a ignoré l’impact que le retournement
démographique de la première décennie 2000 pourrait avoir sur
le rythme de croissance du produit par tête. Comment
réintroduire un tel effet ? Une façon de le faire peut être
empruntée au plus courant des modèles de croissance
économique, le modèle de Solow. Ce modèle permet de mesurer
l’impact joint de l’évolution démographique, de l’accumulation
du capital et du progrès technique sur le produit total, le produit
par tête, et sa répartition entre les deux facteurs de production que
sont le capital et le travail. La mécanique est la suivante : à un
instant donné, les quantités de capital et de travail, jointes au
niveau de la productivité, déterminent le produit total. Ce produit
se répartit en parts allant au travail et au capital selon des règles
de rémunération qu’on suppose concurrentielles (rémunération
des facteurs à leur coût marginal). L’épargne est une fraction
donnée du produit total : elle détermine le stock de capital de la
période suivante. Connaissant, à cette période suivante, la
nouvelle quantité de travail définie par l’évolution démographique
et le taux de chômage, et le nouveau niveau de la productivité
générale des facteurs, déterminé par un taux de progrès technique
exogène, on peut itérer la démarche. On en déduit de proche en
proche l’ensemble de la trajectoire de l’économie.
Dans les simulations examinées ici, le taux d’épargne sera
supposé fixe dans un premier temps (égal à 25 %). L’accumulation
dépend aussi du taux de dépréciation de ce capital (égal à 5 %
par an). La fonction de production qui sera utilisée sera de type
Cobb-Douglas avec un coefficient de capital de 0,3. Le progrès
technique est pris en compte sous la forme « augmentant le
travail ». Sa trajectoire sera la même que dans le scénario 1. Le
taux de chômage conservera, lui aussi, la même courbe que dans
le scénario précédent. Ceci revient à supposer que les salaires
s’adaptent instantanément pour que l’écart entre offre et demande
de travail se fixe à ce taux de chômage exogène. Les autres détails
techniques du modèle sont fournis en annexe.
Ce modèle permet de chiffrer les effets possibles du retournement
démographique sur les salaires, et donc le financement de la
répartition, mais aussi sur le rendement du capital, ce qui donne
une indication sur les performances possibles de la capitalisation.
■■ Impact sur la rémunération du travail
et l’équilibre des retraites par répartition
Scénario 3
La différence entre ce scénario et le précédent résulte des écarts
de dynamique transitoire entre capital et quantité de travail. La
séquence est la suivante :
- dans un premier temps, le retournement de tendance de la
population active conduit à une augmentation du rapport
capital/travail. Le ralentissement de la croissance totale est donc
moins important que si le capital était resté inchangé ;
- dans un deuxième temps, le ratio capital/travail se restabilise. Le
modèle retrouve alors exactement le même rythme de
croissance à long terme du produit et du salaire brut moyen que
le scénario à ratio capital/travail constant.
Les conséquences de cet enchaînement sur les salaires sont
illustrées par le graphique 5 ( cf. p. 144). Il y a un surplus
transitoire de croissance du salaire brut par tête, qui est significatif
mais modéré, d’environ 0,4 point à son maximum (première
courbe). Cela permet, à long terme, un gain cumulé sur le salaire
brut d’environ 8 à 9 % (deuxième courbe). En annexe, un calcul
rend compte de cet ordre de grandeur. Cet effet, quoique
significatif, est peu discernable de la croissance globale liée au
progrès technique. Au demeurant, il présente la même limite que
les bénéfices du progrès technique général : si les retraites sont
indexées sur le salaire moyen, ce gain est sans effet sur le taux de
cotisation d’équilibre, ce que montre, pour mémoire, la dernière
courbe du graphique (confondue avec l’axe horizontal).
■■ Retournement démographique
et rémunération du capital
En revanche, cette même projection conduit à faire apparaître des
effets non négligeables du rythme de croissance démographique
sur la productivité marginale du capital, qui est l’un des facteurs
déterminant le rendement de la retraite par capitalisation
[5]. Les
courbes haute et basse du graphique 6 (
cf. p. 144) donnent cette
productivité marginale (nette de la dépréciation) et la croissance
de la masse salariale, qui fournissent respectivement des
indicateurs instantanés de rendement de la retraite par
capitalisation et par répartition. On constate que les deux
rendements sont affectés à peu près dans la même mesure par le
retournement démographique. Cela étant, dans les hypothèses
retenues ici, la productivité marginale du capital reste en
permanence supérieure au taux de croissance. Ce résultat tient à
l’hypothèse faite sur le taux d’épargne : on rappelle que ce n’est
que pour une valeur très particulière de ce taux d’épargne (égale
au coefficient de capital de la fonction de production) qu’on
aurait identité du rendement du capital et de la croissance.
Graphique 5
Impact des modifications du ratio capital/travail
Graphique 6
Croissance économique et productivité marginale du capital
Évidemment, outre qu’il ne s’agit que d’un modèle particulier de
détermination du rendement du capital (le capital n’est que du
capital physique, on se place en économie fermée, les facteurs de
risque ne sont pas pris en compte), cet avantage ne suffit pas à
conclure à la supériorité de la capitalisation, pour deux raisons :
- si la capitalisation se développe et si cela se traduit par une
hausse de l’épargne et de l’intensité capitalistique, il en
résultera une baisse de son propre rendement. Le scénario 3
illustre ce phénomène. Les deux courbes intermédiaires du
graphique 6 montrent qu’une hausse de cinq points du taux
d’épargne conduirait à une réduction presque complète à long
terme de l’écart entre productivité marginale du capital et
croissance de la masse salariale, croissance dont on note au
passage l’accélération transitoire, durant la phase
d’augmentation du capital par tête ;
- le passage à une dose plus forte de capitalisation implique un
effort d’épargne initial : le gain à long terme, au profit des
générations futures, a donc un coût à court terme. Une bonne
partie du débat répartition/capitalisation porte sur l’opportunité
d’accepter ce coût de court terme. La référence à l’équité
intergénérationnelle ne suffit pas forcément à le justifier, surtout
dans un contexte de croissance.
■ Modèle de croissance
avec rigidité salariale
Scénarios 4 et 5
Le modèle précédent a pris en compte la présence de chômage,
mais il l’a traité comme une donnée exogène. Selon quelles pistes
introduire un effet du retournement démographique sur ce
chômage ?
Une réflexion liminaire s’impose : l’évidence empirique ne
suggère aucun résultat général quant à l’effet des variables
démographiques sur l’emploi. En France, ce n’est que depuis le
milieu des années soixante-dix que la croissance de la population
active s’est accompagnée d’un chômage croissant. Il n’en a pas
été de même auparavant. La comparaison internationale va dans
le même sens. Il n’existe pas de relation nette entre chômage et
croissance démographique examinés en coupe entre les différents
pays développés. Évidemment, cette absence de relation
empirique n’est pas suffisante pour conclure à la neutralité des
variables démographiques vis-à-vis du chômage, mais elle vient
au moins renverser la charge de la preuve. Elle interdit d’affirmer
avec certitude que le ralentissement ou l’inversion de la
croissance de cette population active va venir favoriser le repli de
ce chômage.
Dans ce contexte, plutôt qu’une prévision de chômage, le but des
scénarios qui vont suivre est d’éclairer les raisons de cette
ambiguïté du lien population/emploi. Pour ce faire, il serait
souhaitable d’envisager successivement toutes les composantes
du chômage. On pourrait, par exemple, s’interroger sur le lien
entre évolution démographique et chômage structurel, lié à
l’inadéquation entre les structures de l’offre et de la demande de
travail ( mismatch ). Une thèse courante souligne que ce type de
chômage est plus difficile à résoudre dans une population
stationnaire ou décroissante que dans une population croissante,
les réallocations de main-d’œuvre étant plus faciles lorsqu’elles se
font par orientation des nouveaux entrants vers les secteurs
déficitaires, que lorsqu’elles doivent se faire par reconversion de
travailleurs déjà en place. On peut aussi s’interroger sur le lien
entre démographie et chômage conjoncturel : ce lien est difficile
à déterminer a priori. Il dépend notamment de la place jouée par
les variables démographiques dans les variables d’anticipation de
la demande.
On ne va pas pouvoir approfondir ici ces aspects
[6]. On va plutôt
se restreindre à l’interaction entre équilibre du marché du travail
et formation des salaires. Une telle interaction est assez facile à
introduire dans le cadre du modèle précédent, et il s’agit d’un des
mécanismes à travers lesquels le retournement démographique du
siècle prochain pourrait effectivement générer une
baisse du
chômage. Le mécanisme est le suivant : si le ralentissement puis
l’inversion de la croissance de la population active entraînent une
hausse du salaire (comme vu avec la projection précédente), et
s’il y a une certaine inertie du salaire demandé, il peut en résulter
un écart entre salaire demandé et salaire d’équilibre qui est
favorable à la réduction du chômage. Cela suppose toutefois une
prise en charge totale des hausses de cotisations retraite par les
salariés : il faut donc que les aspirations de ces salariés
s’expriment en termes de salaire brut, c’est-à-dire qu’ils acceptent
de considérer l’ensemble de leurs cotisations comme une forme
de salaire différé. Si les actifs ont au contraire des objectifs de
salaire net, le scénario peut être inverse et se traduire par une
hausse du chômage. La hausse des cotisations retraite fait en effet
croître les aspirations exprimées en salaire brut. Si cette
croissance excède celle du salaire d’équilibre et si les entreprises
y réagissent en réduisant leur demande de travail, alors il y a
augmentation plutôt que diminution du chômage.
Pour modéliser ces mécanismes, le modèle de la section
précédente a été modifié en supposant que le salaire brut effectif,
à chaque instant, est une moyenne pondérée entre :
- le salaire brut qui assurerait le niveau de chômage d’équilibre
tel que spécifié dans les scénarios précédents ;
- le salaire brut demandé qui est le salaire brut de l’année
précédente, augmenté de la croissance de la productivité du
travail, et pouvant être ou non augmenté de la croissance des
cotisations retraites (de l’année t-1), selon que l’on suppose que
les aspirations salariales concernent le salaire brut (scénario 4)
- ou le salaire net (scénario 5).
Ce modèle de formation du salaire s’apparente à une boucle
prix/salaires traditionnelle, mais avec une force de rappel plus
marquée vers le chômage et le salaire d’équilibre, destinée à
éviter l’apparition de cycles du chômage dont la projection à long
terme aurait peu de signification. C’est parce que l’exercice n’est
qu’illustratif qu’on s’est limité à cette spécification sans explorer
de piste alternative
[7]. On a également croisé ces scénarios avec un
scénario de décalage de l’âge de la retraite d’un trimestre par an
entre 2000 et 2010, soit 2,5 ans en tout à long terme, soit les
scénarios 4d et 5d.
Le graphique 7 ( cf. p. 148) donne le résultat des scénarios 4 et 4d.
Avec ce mode de formation des salaires, on constate bien une
évolution du chômage plus favorable que dans le scénario de
chômage exogène, que la remontée de l’âge de la retraite vient
simplement retarder.
Le graphique 8 ( cf. p. 148) dnne le résultat des scénarios 5 et 5d.
Les évolutions initiales sont comparables : il y a décrue du
chômage par rapport à son niveau d’équilibre. Mais cette décrue
laisse ensuite place à une reprise, du fait de la réduction de la
demande de travail par les entreprises induite par la tentative de
report, vers ces entreprises, des hausses de cotisation retraite.
Dans ce contexte, la remontée de l’âge de la retraite a pour effet
paradoxal de limiter temporairement la hausse du chômage
autour de 2010 en réduisant l’ampleur de ce transfert de charge
des retraites.
Graphique 7
Évolution du chômage, premier mode de formation des salaires
Graphique 8
Évolution du chômage, deuxième mode de formation des salaires
Graphique 9
Variation du taux de cotisation d’équilibre par rapport au scénario 1, selon
hypothèses sur le mode de formation des salaires et l’âge de la retraite
Le graphique 9, pour finir, donne l’impact de ces scénarios de
chômage et d’âge de la retraite sur le taux de cotisation
d’équilibre du système de retraite, en variation par rapport à la
trajectoire obtenue, pour ce même taux, dans le scénario 2. Quel
que soit le mode de formation des salaires que l’on privilégie, les
variations du taux de cotisation d’équilibre sont minimes en
l’absence de remontée de l’âge de la retraite, de plus ou moins un
à deux dixièmes de point. Elles sont plus sensibles pour les
scénarios 4d et 5d mais reflètent essentiellement, dans ce cas,
l’effet comptable du retard de l’âge de la retraite que prennent
parfaitement en compte les projections en équilibre partiel.
Cet article s’est limité à une liste restreinte d’effets
macroéconomiques du changement de contexte démographique
du début de ce siècle. Il a raisonné en économie fermée, avec
comportements d’épargne et progrès technique exogènes. Deux
conclusions ressortent.
Tout d’abord, la prise en compte des effets macroéconomiques
qui ont été introduits ne suffit pas à modifier radicalement les
résultats de perspectives établies en équilibre partiel. Ce résultat
obtenu avec une modélisation particulière ne vaut pas
démonstration, mais il est assez représentatif de ce que montre la
littérature existante. Intégrer d’autres mécanismes d’équilibrage
ou de bouclage macroéconomique est toujours possible, mais il
n’y a pas de raison de supposer qu’ils joueront plus fortement
dans le sens de la correction des déséquilibres démographiques.
L’ouverture économique, citée en introduction, joue plutôt dans
le sens d’une plus grande contrainte sur les salaires et la
rémunération du capital, et nous rapproche donc davantage de
modèles où ces facteurs sont exogènes, plutôt que l’inverse.
Quant aux mécanismes de progrès technique endogène, il semble
peu probable qu’ils puissent faire jouer au vieillissement de la
population et au ralentissement de la croissance démographique
un rôle dynamisant. Pour le problème des comportements
d’épargne, le scénario 3 a montré qu’ils peuvent effectivement
jouer un rôle significatif, mais qui affecte davantage le rendement
de la capitalisation que l’évolution des systèmes de répartition.
Discuter de ces comportements est donc surtout décisif pour
l’analyse des coûts et avantages du recours à la capitalisation, un
aspect du débat sur la retraite qui est maintenant devenu
secondaire.
L’interaction entre évolution démographique, gestion du système
de retraite et équilibre du marché du travail, en revanche, appelle
certainement approfondissement. Non pas parce que les
variations du chômage seraient capables, à elles seules, de
contribuer massivement à la résolution du déséquilibre
démographique, mais parce que c’est de ces évolutions de
chômage que dépend la faisabilité de politiques de remontée de
taux d’activité aux âges élevés.
Cette annexe rappelle les relations générales à long terme entre
variables démographiques et agrégats économiques qui sont
prévues par le modèle de croissance de Solow, puis elle fournit le
détail du modèle utilisé dans le texte.
■■ Effets des variables démographiques
dans le modèle de croissance néoclassique
On suppose une fonction de production dépendant du capital K,
de l’emploi L, d’une technologie augmentant le travail G. Cette
fonction est ici supposée du type Cobb-Douglas. On peut donc
écrire :
Y=Kα (GL)1-α
On se donne par ailleurs les équations d’évolution suivantes pour
les trois facteurs K, L et G :
dK/dt=σ Y-δ K (épargne en proportion fixe du revenu moins
dépréciation en proportion fixe du capital)
dL/dt=nL
dG/dt=β G
Un tel système converge, à long terme, vers les trajectoires
d’équilibre en k=K/L et y=Y/L suivantes :
k(t) = [σ /(δ +n+β )]1/(1-α) eβt (1)
y(t) = [σ /(δ +n+β )]α/(1-α) eβt
On en déduit les rémunérations d’équilibre des facteurs :
w(t)=(1- α )y(t) (2)
ρ (t)= α y(t)/k(t)= α (δ +n+β )/σ (3)
d’où
ρnet (t)= ρ (t)-δ = α (n+β )/σ +δ (α/σ -1)
On en tire les résultats suivants concernant l’effet d’une
modification du taux de croissance démographique n :
- les taux de croissance à long terme du produit par tête ou du
salaire, tous deux égaux à β, sont indépendants de n ;
- les variations de n impliquent, en revanche, des changements
de niveau de y ou w, donc des accélérations ou décélérations
transitoires de la croissance. L’ordre de grandeur de cet effet sur
les niveaux peut-être évalué en calculant la sensibilité de log
y(n, t) aux variations de n. On a :
- d(log y)/dn = -α /[(1-α )(δ +n+β )]
Autour de n=0, avec α =1/3, β =0,02 et δ =0,05, cela donne à peu
près dy/y=-7dn, ce qui signifie par exemple qu’un point de baisse
de la croissance démographique, à long terme, se traduit par une
augmentation de 7 % du produit par tête. Cela correspond à peu
près au résultat donné sur le graphique 5 ( cf. p. 144). Cela n’est
pas négligeable mais, étalé sur les quelques décennies que prend
la transition, ceci ne représente qu’un gain très modéré en taux de
croissance.
La relation, en revanche, est plus marquée entre croissance
démographique et rendement net du capital. Une variation de
1 point de n se traduit par une variation de α /σ points de ρ. Mais
il n’y a pas d’identité nécessaire entre rendement net du capital et
croissance démographique ou croissance économique globale.
Cette identité ne s’obtient que dans le cas particulier où σ =α.
Si σ <α, le rendement du capital sera supérieur au taux de
croissance, et cela restera vrai quelle que soit la valeur de n.
■■ Spécifications des modèles retenus dans la note
Modèle avec rémunérations concurrentielles des facteurs
L’évolution de l’emploi L, au lieu de se faire à rythme constant, est
calculée sur la base des projections démographiques, de
l’évolution des taux d’activité, et d’une hypothèse exogène sur le
taux de chômage (assimilable à un chômage d’équilibre). On
décompose par ailleurs l’évolution de la productivité en trois
facteurs :
- un facteur dépendant du temps (croissance au taux β ) ;
- un facteur dépendant de la génération (croissant, d’une
génération sur l’autre, au rythme γ) ;
- un effet d’âge propre π (a).
Si p(a, t) est la population d’âge a à la date t, t act (t) et u eq (t) le taux
d’activité et le taux de chômage d’équilibre à cette même date,
l’emploi efficace GL se réécrit donc :
Σ a=20,60 p(a, t) t act (t) (1-u eq (t)) eβt eγ(t-a) π (a)
Dans les conditions initiales, on suppose que le capital
correspond au niveau d’équilibre pour le taux d’épargne initial et
le taux de croissance initial de cet emploi efficace, c’est-à-dire au
capital donné par l’équation (1). Cette hypothèse est faite pour
permettre d’isoler l’effet pur du changement de rythme
démographique de 2005 sur la croissance, sans interférence avec
des mécanismes d’ajustement du capital qui résulteraient d’une
situation de déséquilibre initial.
Les rémunérations des facteurs sont données, à chaque date, par
les équations 1 et 2. Les niveaux des retraites sont calculés en
supposant que le ratio retraite moyenne/salaire net moyen reste
inchangé tout au long de la projection. Chaque année, le taux de
cotisation τ(t) au système de retraite est calculé comme ratio de la
masse des retraites à la masse des salaires bruts. Les salaires nets
en sont directement dérivés. Les autres cotisations et charges
sociales n’ont pas été modélisées.
Cette version du modèle est celle qui est utilisée pour les sections
1 et 2 du texte. Dans la section 1, on fixe simplement le
coefficient α à 0, ce qui neutralise le rôle du capital. Dans la
section 2, ce coefficient est fixé à 0,3. Dans tous les cas, pour
permettre leur comparabilité, tous les résultats en valeur sont
divisés par le niveau de salaire brut moyen en 1998, qui sert donc
d’unité de compte.
Modèle avec flexibilité partielle du salaire
L’hypothèse de rigidité des salaires a été introduite de la manière
suivante. On note, à la date t, w eq (t) le salaire qui conduirait au
niveau de chômage d’équilibre courant u eq (t). Soit π moy (t)
l’efficacité moyenne du travail à la date t, compte tenu des effets
de période, de génération, et d’âge définis plus haut. On note
w dem (t) le salaire brut demandé à la date t, qu’on définit par :
w dem (t) = w bru (t-1) [π moy (t)/ π moy (t-1)] [(1-τ(t-2))/(1-τ(t-1))]µ
Il y a donc indexation du salaire désiré sur la productivité. Le
paramètre µ mesure le degré auquel les salariés tentent de
compenser les hausses de cotisations retraites (avec un retard d’un
an) par des hausses de salaire brut. Si µ=1 (scénario 5), ils tentent
un report intégral de cette charge, si µ=0 (scénario 4), ils assument
cette charge totalement. Dans tous les cas, on suppose que le
salaire brut négocié à la date t est une moyenne pondérée entre
ce salaire brut demandé et le salaire d’équilibre, soit :
w bru(t) = (1-λ ) w dem (t) + λ w eq (t)
On a pris, dans les applications, λ =0,5. Une fois fixé w bru (t),
l’emploi s’en déduit par inversion de l’équation de productivité
marginale du travail. Les autres variables sont déterminées comme
précédemment.
·
ARTUS P., LEGROS F.,1999, Le choix du système de retraite, Économica.
·
BARDAJI J., SÉDILLOT B., WALRAËT E., 2002, « Évaluation de trois réformes
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·
PENNEC S., PRIVAT A.-G., 2003, « Retraites des salariés du secteur privé
en France : un modèle de microsimulation », Retraite et Société, ce
numéro, pp. 74-103.
[1]
Cette littérature est trop abondante pour tenter d’en lister les références. Un grand
nombre d’apports de ces modèles sont explorés chez Artus et Legros (1999).
[2]
Ce texte est une version révisée d’une note préparée en 1998 pour les travaux de
la commission de concertation sur les retraites du Commissariat général du Plan.
Les évolutions enregistrées depuis cette date ne remettent pas en cause l’ordre de
grandeur des résultats des simulations proposées. Cet article n’engage ni l’Insee,
ni le Commissariat général du Plan.
[3]
Cf. Hamayon et Rouquès (1998) pour un outil d’esprit similaire.
[4]
On fait ici l’hypothèse que ces écarts de salaires par âge traduisent des écarts de
productivité effectifs. On pourrait aussi envisager l’hypothèse d’un écart salaire-productivité croissant avec l’âge (modèle de paiement différé), avec des
implications intéressantes mais difficiles à intégrer dans les modélisations
proposées ici.
[5]
Plus exactement, elle détermine le rendement de la part de l’épargne retraite qui
est investie en actions. L’interaction entre démographie et rendement des
placements obligataires relèverait d’une modélisation différente.
[6]
Une analyse plus détaillée est proposée dans Blanchet, 2001.
[7]
L’avantage de cette spécification est de forcer le retour à long terme du niveau de
chômage vers son niveau d’équilibre exogène. D’autres modèles explicitant plus en
détail le mécanisme de négociation salariale (modèles dits WS/PS) peuvent
conduire à des dérives endogènes de ce taux de chômage, mais la pertinence
empirique de ces modèles reste sujette à débat.