2003
Retraite et société
Impact des différents aléas de carrière sur les retraites : inactivité, chômage, travail à temps partiel et préretraite
Christel Colin
DREES
Corinne Mette
DREES
Le contexte économique actuel, marqué par des mutations importantes
sur le marché du travail, conduit à s’interroger sur l’évolution des retraites
futures. C’est pourquoi, nous étudions ici l’impact d’aléas de carrière tels
qu’une période de chômage, de préretraite, de travail à temps partiel ou
encore d’inactivité sur les pensions de retraite de salariés du secteur privé.
De manière générale, les taux de remplacement du dernier salaire par la
première retraite sont toujours plus faibles lorsque la carrière a été affectée
par l’un de ces quatre aléas comparativement à une carrière complète.
Toutefois, l’incidence de ces derniers est variable et dépend de plusieurs
éléments.
Lorsque ni le régime général ni les régimes complémentaires ne valident
ces aléas, l’impact de ces derniers est lié à leur place dans la carrière
professionnelle, à leur durée et à la génération. C’est alors principalement
le régime de base qui contribue à la baisse du taux de remplacement, du
fait que les meilleures années à prendre en compte dans le calcul du salaire
de base se trouvent affectées. Par ailleurs, du fait d’un plus grand nombre
d’années à prendre en compte dans le salaire de base, l’effet est d’autant
plus marqué pour les générations pleinement concernées par la réforme
de 1993.
Lorsque seul le régime général compense l’aléa de carrière (validation des
trimestres correspondants), que sa place affecte ou non les meilleures
années, ce sont surtout les retraites complémentaires qui font baisser le
taux de remplacement. Dans ce cas, la retraite complémentaire est
amputée du nombre de points qui auraient été obtenus si l’activité n’avait
pas été affectée.
Enfin, lorsque ces aléas sont compensés par chacun des régimes, leur
impact dépend surtout de leur place dans la carrière, mais aussi de leur
mode de prise en compte par les régimes complémentaires.
L’impact des aléas de carrière est par ailleurs lié aux hypothèses retenues
sur les carrières : en particulier, plus les salaires progressent fortement au
cours de la carrière, plus les taux de remplacement chutent.
The current economic climate, marked by a rapidly changing employment
market, raises questions about how retirement pensions are likely to evolve
in years to come. In this article, we examine the impact of career setbacks,
such as periods of unemployment, early retirement, part-time working or
inactivity, on the retirement pensions of private sector salaried employees.
As a general rule, compared with a career in full employment, the
replacement rate of the last monthly wage by the first pension payment is
always lower when a person’s career has been affected by one of these
four setbacks. However, the impact of these setbacks is variable and
depends on several factors.
When these setbacks are covered by neither state or supplementary
pension schemes, their impact depends on their position in the working
career, their duration and the generation concerned. In this case, it is the
basic state scheme which reduces the replacement rate most significantly,
since the best years taken into account for calculating the mean annual
salary are affected. Moreover, as a larger number of years is used to
calculate the mean annual salary, this effect is more pronounced for
generations fully concerned by the reform of 1993.
When a career setback is covered by the state scheme alone (validation of
corresponding contribution periods), whether or not it occurred during
the best years, it is the supplementary pension schemes which bring down
the replacement rate. In this case, the supplementary pension is reduced
by the number of points that would have been obtained had the person’s
activity not been affected.
Lastly, when these setbacks are covered by both schemes, their impact
depends above all on their position in the person’s career, but also on the
way they are taken into account by supplementary schemes.
The impact of career setbacks is also linked to career patterns: in particular,
the faster a salary increases over a career, the sharper the drop in the
replacement rate.
Les dernières décennies ont été marquées par des mutations
importantes sur le marché du travail et des évolutions structurelles
ont affecté les carrières individuelles. De manière tendancielle,
on assiste à une baisse de la proportion de non-salariés et en
particulier d’exploitants agricoles dans l’emploi total. Entre 1970
et 1996 la proportion de non-salariés est passée de 21 % à 11 %
et celle des non-salariés agricoles de 10% à 3% (Bordes,
Gonzalez-Demichel, 1998). Le taux de chômage est passé de
1,6 % en 1970 à 6,2 % en 1980 et 11,7 % en 1995. De plus en
plus d’individus ont ainsi fait l’expérience du chômage durant
leur vie active, avec des anciennetés au chômage également
croissantes : l’ancienneté moyenne est passée de 8,7 mois en
1970 à 15,1 mois en 1995. Le travail à temps partiel s’est
également fortement développé depuis les années quatre-vingt :
5,8 % des actifs travaillaient à temps partiel en 1971, ils étaient
près de 16 % en 1995. Parallèlement, alors que les taux d’activité
des femmes n’ont cessé d’augmenter à tous les âges entre 25 et
55 ans, les taux d’activité des jeunes ont diminué, traduisant
l’allongement de la scolarité et l’entrée de plus en plus tardive sur
le marché du travail.
Cet article a pour objet de mettre en évidence l’impact des aléas
de carrière sur les pensions de retraite, pour différents parcours
professionnels dans le secteur privé. Chacun des parcours est
étudié pour les générations 1940,1950,1960,1970 et 1980.
L’impact des aléas de carrière considérés – chômage, inactivité et
travail à temps partiel – est en général mesuré par l’évolution du
taux de remplacement brut du dernier salaire par la première
retraite. Le taux de remplacement est un indicateur partiel, qui
répond à une logique de niveau de vie puisqu’il permet de juger
la perte de pouvoir d’achat des retraités au moment du passage à
la retraite (en un sens étroit puisque ne sont pas pris en compte
les revenus autres que salaires et retraites).
Dans un premier temps, seront présentées les carrières-types
considérées ainsi que les hypothèses retenues. Ensuite, seront
rappelés les taux de remplacement pour les parcours qui ne sont
pas affectés par des aléas, afin de permettre d’analyser l’impact
des trois types d’aléas sur la première pension de retraite.
â– Les carrières et les hypothèses
Les parcours professionnels envisagés dans cette étude balaient
un éventail de situations possibles. Le premier, le parcours de
référence, est celui d’un individu qui commence à travailler à
20 ans et liquide sa retraite à 60 ans, après une carrière complète
« sans aléa ». Les autres parcours permettent successivement
d’évaluer l’impact, sur la première pension de retraite perçue par
des individus ayant commencé à travailler à 20 ans, d’une période
de travail à temps partiel, d’une période d’inactivité liée à
l’éducation de deux enfants ou d’une période de chômage
indemnisé. Le temps partiel envisagé ici est un travail à mi-temps,
entre 30 et 44 ans.
Deux parcours tiennent compte de l’inactivité. Dans ces deux
parcours, on considère le cas d’une femme ayant cessé de
travailler pendant cinq ans, entre 35 et 39 ans, pour s’occuper de
ses deux enfants. Cependant, alors que dans le premier parcours,
on suppose que l’inactivité ne donne lieu à aucun revenu de
remplacement, dans le second on suppose qu’elle ouvre des
droits à l’assurance vieillesse des parents au foyer
[1]. Enfin, l’impact
du chômage indemnisé sur la retraite est analysé pour deux
calendriers. Dans le premier cas, cinq années de chômage
indemnisé interviennent en cours de carrière : deux ans à cheval
entre la neuvième année d’activité professionnelle et la onzième,
deux ans à cheval entre la dix-neuvième et la vingt et unième
année et une à cheval entre la vingt-neuvième et la trentième
année. Dans le second cas, il s’agit d’une période de cinq années
de préretraite (donc, en fin de carrière, à partir de 55 ans).
Pour chacun de ces parcours, l’analyse porte sur trois types de
carrière. Une carrière qualifiée de « plate » correspond au cas d’un
non-cadre dont le salaire est toujours égal à 1,2 fois le Smic, une
carrière croissante de non-cadre démarre à 0,5 fois le plafond de
la sécurité sociale et termine à 1 plafond après 40 ans d’activité
et une carrière croissante de cadre, avec cotisation à l’Agirc,
démarre à 1 plafond et se termine à 2 plafonds après 40 ans. Nous
avons supposé que seul le parcours avec inactivité conduit à un
arrêt temporaire de la progression des salaires. Dans les autres cas
(comme le chômage), après l’interruption d’activité le salaire
retrouve le même niveau que s’il n’y avait pas eu d’interruption
( cf. graphique 1).
Graphique 1
Profil de salaire pour un parcours de la génération 1960
avec cinq années de chômage en cours de carrière
Calculs Oscarie, Drees.
Les résultats sont obtenus à l’aide du modèle de cas-types Oscarie
de la Drees (Raynaud, 2002). Cet outil permet, une fois entré
l’ensemble des caractéristiques de la carrière (chronique des
salaires, périodes de chômage, d’inactivité, de travail à temps
partiel) et de l’individu (sexe, génération, année d’entrée dans la
vie active, nombre d’enfants), de calculer la pension de retraite
versée par les différents régimes. La législation et les barèmes
considérés sont ceux qui ont prévalu réellement pour les années
passées. Pour les années futures, à partir de 2002, le salaire
moyen, le plafond de la sécurité sociale et le Smic sont supposés
croître au taux de 1,6 % en réel et les prix au taux de 2 %, alors
que le cadre réglementaire est maintenu constant. On a retenu
celui en vigueur en juillet 2001, tout comme le premier rapport
du Conseil d’orientation des retraites (2001) : pour le régime
général, une revalorisation des salaires portés au compte sur les
salaires avant 1987 et sur les prix après 1987 et une montée en
charge de la réforme de 1993 (158 trimestres de cotisation
nécessaires pour l’obtention du taux plein avant 65 ans et le
salaire de base calculé sur les dix-sept meilleures années pour la
génération 1940,160 trimestres de cotisation pour les générations
postérieures à 1943 et le salaire de base calculé sur les vingt-cinq
meilleures années pour les générations postérieures à 1948).
Pour les régimes complémentaires, on tient compte des mesures
prises suite à l’accord du 10 février 2001 entre les partenaires
sociaux (indexation du rendement des points sur les prix).
Toutefois, les hypothèses d’indexation sur les prix sont
maintenues ici jusqu’en 2040, alors que cet accord a été
initialement signé pour une durée limitée jusqu’en 2002, puis
reconduit jusqu’en 2003, ce qui incite à une certaine prudence
dans l’interprétation des résultats.
L’indicateur privilégié ici pour étudier l’impact des aléas de
carrière sur la retraite est la variation du taux de remplacement.
Le taux de remplacement est un indicateur partiel, qui répond à
une logique de niveau de vie, puisqu’il permet de juger la perte
de pouvoir d’achat des retraités au moment du passage à la
retraite (en un sens étroit puisque ne sont pas pris en compte les
revenus autres que salaires et retraites). Cependant, sa principale
limite est qu’il ne permet pas de juger de l’effort contributif des
individus, ni de l’équité entre individus, puisqu’il n’inclut ni les
cotisations versées par les salariés pendant leur carrière
professionnelle, ni leur espérance de vie. Le taux de
remplacement peut également se révéler insuffisant pour
l’analyse, par exemple dans le cas où l’individu transite par une
période de non-emploi juste avant la retraite.
â– Les taux de remplacement après
une carrière complète décroissent en
fonction du dernier salaire
Les calculs sur carrières complètes à partir d’Oscarie conduisent
au même constat que d’autres travaux, tels que le rapport Charpin
(1999). D’une part, du fait du plafonnement de la retraite du
régime général, le taux de remplacement est une fonction
décroissante du niveau de rémunération perçu durant la vie
active. D’autre part, ce taux décroît également en fonction de
la génération d’appartenance ( cf. graphique 2). La décomposition
du taux de remplacement régime par régime permet de
comprendre ces évolutions et particulièrement l’impact de la
réforme de 1993.
Graphique 2
Taux de remplacement brut du dernier salaire par la pension de retraite
totale du parcours de référence
Calculs Oscarie, Drees.
â– â– Taux de remplacement du régime général
Les trois composantes de la réforme de 1993
[2] conduisent à une
baisse du taux de remplacement au régime général pour chacune
des trois carrières, puis à une stabilisation à partir de la génération
1948, génération qui correspond à la fin de la montée en charge
de cette réforme. Pour la carrière plate, le taux de remplacement
Cnav est ainsi de 46 % pour la génération 1940 et se stabilise
à partir de la génération 1950 à 42 %. De la même façon, ce
taux passe de 40 % à 36 % et de 22 % à 21 % respectivement
pour la carrière croissante de non-cadre et celle de cadre
(
cf. graphique 3).
Graphique 3
Taux de remplacement du dernier salaire par la première pension de
retraite, par régime
Calculs Oscarie, Drees.
En outre, plus le salaire est élevé, plus le taux de remplacement
du régime général diminue. En effet, la retraite versée par la Cnav
est plafonnée : plus le dernier salaire est élevé, moins il est
compensé par la pension versée par le régime général. Les
régimes complémentaires permettent de compenser en partie
cette dégressivité induite par le régime général pour les plus hauts
salaires (Assous, Coëffic, 1999).
â– â– Taux de remplacement
des régimes complémentaires
Les taux de remplacement des régimes complémentaires évoluent
différemment du taux de remplacement du régime général.
Ils tendent à diminuer faiblement, comme ceux du régime
général, mais leur chute ne se stabilise pas au fil des cohortes
( cf. graphique 3, p. 29). Cela s’explique par les différentes
évolutions réglementaires intervenues pour l’Arrco et l’Agirc, en
particulier l’accord de février 2001 entre les partenaires sociaux
qui vise à faire évoluer chaque année les rendements des régimes
complémentaires en fonction de l’évolution des prix.
Cette baisse régulière du taux de remplacement pour les régimes
complémentaires avec les générations est nettement moindre que
celle obtenue lorsqu’on maintient, pour les années futures, les
règles de l’accord de 1994 pour l’Arrco et l’Agirc, qui visaient à
indexer la valeur d’achat du point sur les salaires et la valeur de
liquidation sur les prix. Ces hypothèses, retenues par exemple
dans le rapport Charpin (1999), conduisaient à une division par
deux du taux de remplacement assuré par les régimes
complémentaires entre 1996 et 2040.
Globalement, sous les hypothèses retenues dans la présente
étude, entre la génération 1940 et la génération 1980 la baisse
du taux de remplacement brut pour chacune des carrières est
plus forte pour les régimes complémentaires (au moins égale à
19 points) que pour le régime général (elle se stabilise et ne
dépasse pas 11 points) ( cf. tableau 1).
Tableau 1
Différence entre le taux de remplacement de la génération 1980
et celui de la génération 1940 (en points)
Tableau 1
Différence entre le taux de remplacement de la génération 1980
et celui de la génération 1940 (en points)
Régimes complémentaires
Globale Régime
général Arrco Agirc
Carrière plate - 11 - 8 - 19
Carrière croissante de non-cadre - 14 - 11 - 22
Carrière croissante de cadre - 14 - 6,5 - 22 - 22
Source : Calculs Oscarie, Drees.
Calculs Oscarie, Drees.
â– Des effets différents des aléas
sur la première pension perçue
Quel que soit le type de carrière, les taux de remplacement sont
toujours plus faibles lorsque la carrière a été affectée par un des
aléas considérés (inactivité, travail à temps partiel ou chômage),
comparativement à une carrière complète. Mais l’incidence de
ces derniers est variable, et dépend à la fois de leur place dans la
carrière professionnelle, de la génération d’appartenance, de la
prise en compte de ces aléas par les régimes de retraite (validation
de droits ou non) et du profil des carrières.
â– L’incidence d’une période
de travail à temps partiel…
Même si, en raison des hypothèses de salaire retenues, quinze
années de travail à mi-temps entre 30 et 44 ans ne mènent jamais
au minimum contributif, les taux de remplacement du dernier
salaire par la pension de retraite diminuent assez nettement
comparativement à un parcours dans lequel l’individu travaille à
temps plein pendant toute sa carrière. Par exemple, un non-cadre
à carrière croissante de la génération 1950, ayant travaillé
pendant quinze années à temps partiel entre 30 et 44 ans et
cessant son activité professionnelle à 60 ans, perçoit une pension
de retraite inférieure de 14,5 % à celle qu’il aurait eue s’il avait
toujours travaillé à temps complet. Cette pension représente alors
seulement 43,9 % de son dernier salaire, alors que dans le cas
d’une carrière complète sans aléa elle représente 51,4 % de ce
dernier, soit une perte de 7,5 points ( cf. tableau 2).
Tableau 2
Écart entre les taux de remplacement correspondant au parcours de
référence et au parcours avec travail à temps partiel
Tableau 2
Écart entre les taux de remplacement correspondant au parcours de
référence et au parcours avec travail à temps partiel
1940 1950 1960 1970 1980
1,2 Smic 4,4 8,3 6,4 5,7 6,2
0,5 P - 1 P 4,1 7,5 6,8 6,3 6,5
1 P - 2 P 4,3 5,8 5,1 4,6 4,9
Source : Calculs Oscarie, Drees.
Calculs Oscarie, Drees.
â– â– …sur les retraites complémentaires s’explique
par sa durée, par le niveau du salaire perçu…
L’impact d’une période à temps partiel sur la retraite versée par les
régimes complémentaires est directement proportionnel à la durée
de la période à temps partiel et au niveau du salaire perçu, du fait
de la forte contributivité de ces régimes. Par ailleurs, il est
indépendant de l’endroit où se situe la période de mi-temps dans
une carrière professionnelle. En effet, les régimes complémentaires
calculent le nombre de points acquis au prorata des salaires
soumis à cotisation. Pendant les quinze années à mi-temps, deux
fois moins de points sont donc acquis dans ces régimes, ce qui se
répercute intégralement sur le montant de la retraite.
â– â– …sur la retraite de base s’explique par sa place
dans la carrière professionnelle
Pour la pension de base, l’impact du temps partiel dépend de la
place des années de mi-temps dans la carrière (Coëffic, Colin,
Ralle, 2001). Si les années de temps partiel n’interviennent pas
dans le calcul du salaire de base, alors elles n’affectent en rien le
montant de la retraite versée par le régime général. Si, en
revanche, le temps partiel a lieu pendant les années prises en
compte dans le calcul du salaire de base (comme c’est le cas ici),
alors il conduit à une pension plus faible. En effet, le fait
que les années à temps partiel sont exclues des « meilleures
années »
[3] conduit de « moins bonnes années » à être prises en
compte dans le calcul du salaire de base. Ainsi, par exemple, pour
un non-cadre de la génération 1950, à carrière croissante, dont la
carrière n’a pas été affectée par des périodes de temps partiel, la
retraite versée par le régime général représente 43,9 % du dernier
salaire s’il liquide à 60 ans. Àprofil identique la retraite du régime
général d’un non-cadre à carrière croissante ayant eu des périodes
de temps partiel ne représente que 31,7 % du dernier salaire s’il
liquide à 60 ans, soit une perte de 12 points.
L’importance de la place de cet aléa dans la carrière
professionnelle est d’autant plus marquée que les carrières sont
pleinement concernées par la réforme Balladur de 1993. Du fait
d’un plus grand nombre d’années à prendre en compte dans le
calcul du salaire de base, les générations pleinement concernées
par la réforme Balladur voient leur taux de remplacement chuter
de manière plus forte que la génération 1940 qui n’est que
partiellement affectée. En d’autres termes, pour les générations
postérieures à 1948, les quinze années de temps partiel affectent
les dix premières meilleures années à prendre en compte dans le
calcul du salaire de base, relativement au parcours de référence et
conduisent alors à retenir, pour celui-ci, dix années précédant la
période de temps partiel. Dans le cas de la génération 1940, seules
les deux premières meilleures années sont affectées et sont alors
remplacées par les deux meilleures années avant la période de
temps partiel. Par exemple, pour un individu à carrière croissante
de non-cadre, le taux de remplacement global est de 52 % pour la
génération 1940, et respectivement de 43,9 %, 42,9 %, 42,3 % et
41,7 % pour les générations 1950,1960,1970 et 1980.
Aussi, comme le précisait le rapport Belorgey (Commissariat
général au Plan, 2000), la réforme de 1993 conduit à alourdir
l’incidence des aléas de carrière. On peut également remarquer
que l’écart entre carrière à temps plein et carrière avec une
période à mi-temps se réduirait, si on considérait des liquidations
plus tardives (sous l’hypothèse que les salaires continuent à croître
en fin de carrière, comme c’est le cas ici). En effet, chaque
nouvelle année ajoutée en fin de carrière conduit à ne plus
prendre en compte une année de début de carrière, à
rémunération plus faible.
â– L’impact d’une période
d’inactivité
Même si l’activité féminine n’a cessé d’augmenter au cours des
dernières décennies, y compris chez les femmes avec enfants, les
taux d’activité restent d’autant plus faibles que le nombre
d’enfants augmente. Par exemple, en 1994, le taux d’activité des
femmes de 20 à 49 ans vivant en couple était de 80 % avec un
enfant, de 73 % avec deux enfants et de 32 % avec trois enfants
ou plus (Bonnet, Labbé, 1999). De plus, l’extension en juillet
1994 de l’allocation parentale d’éducation au bénéfice des mères
de deux enfants (dont un de moins de 3 ans) a conduit à une
baisse du taux d’activité des mères de deux enfants (56 % en
1999). Il est donc intéressant d’étudier l’impact sur les taux de
remplacement d’une période d’inactivité, en particulier pour les
femmes ayant des enfants, et la manière dont peuvent la
compenser les avantages familiaux en matière de retraite. Deux
parcours incluant une période de cinq années d’inactivité entre
l’âge de 35 et 39 ans d’une femme ayant eu deux enfants sont
étudiés. Dans le premier cas, on suppose que l’inactivité ne
donne lieu à aucun revenu de remplacement. Dans le second cas,
il y a affiliation à l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF)
pendant cette période.
Le droit à l’AVPF pendant la période d’inactivité liée à l’éducation
d’enfants est ouvert si la charge d’enfants a donné droit à certaines
prestations familiales telles que le complément familial,
l’allocation pour jeune enfant ou l’allocation parentale
d’éducation, prestations sous conditions de ressources
[4].
Dans les deux cas, la présence d’enfants ouvre droit à la
majoration de durée d’assurance (MDA), qui permet aux femmes,
depuis la loi du 3 janvier 1975, de majorer de deux années par
enfant élévé leur durée de cotisation (8 trimestres). Dans le cas où
il n’y a pas affiliation à l’AVPF pendant les cinq années
d’inactivité, la MDA permet d’atteindre le taux plein au régime
général à 61 ans, au lieu de 60 ans pour la carrière de référence
et de 65 ans s’il n’y avait pas la MDA.
Si la cessation d’activité a lieu à 60 ans, le taux de remplacement
d’un parcours avec inactivité non compensée est plus faible que
celui correspondant à la carrière de référence (par exemple, 44 %
contre 51 % pour une carrière croissante de non-cadre de la
génération 1950). Cet écart de 7 points résulte du cumul de trois
effets : d’une part, le taux plein n’est pas atteint à 60 ans, d’autre
part, la progression des salaires est retardée du fait des cinq
années d’inactivité (cf. graphique 4), et enfin les « meilleures
années » sélectionnées pour le calcul du salaire de base ne sont
plus les mêmes que pour la carrière de référence (sauf pour la
génération 1940).
Graphique 4
Carrière pour un parcours de 1960 avec inactivité ne donnant lieu
à aucun revenu de substitution
Calculs Oscarie, Drees.
En revanche, dès lors que le taux plein est atteint, c’est-à-dire à
61 ans, cet écart est plus faible puisqu’il est de 2,6 points pour
cette même carrière (51,6 % pour la carrière de référence et 49 %
pour celle avec inactivité non compensée). Dans ce cas, seuls
jouent le retard dans la progression des salaires et l’effet
« sélection des meilleures années ».
L’assurance vieillesse des parents au foyer influe sur deux
éléments de la pension de retraite : la durée d’assurance et le
salaire durant l’activité professionnelle. Les cinq années d’AVPF
sont validées au titre de l’assurance vieillesse, avantage qui se
cumule avec la MDA. De plus, pendant la période d’inactivité, il
y a cotisation à la Cnav sur la base d’un salaire équivalent au
Smic. Ainsi, par rapport à la carrière de référence, la durée de
cotisation ne pâtit nullement de la période d’inactivité, elle se
trouve même augmentée de 16 trimestres en raison de la présence
de deux enfants (176 trimestres contre 160 à 60 ans dans la
situation de référence).
Malgré cela, pour chacune des carrières de non-cadre envisagées,
les taux de remplacement correspondant à la carrière de référence
sont supérieurs à ceux d’une carrière avec AVPF, et ce, quel que
soit l’âge de cessation d’activité. Pour une liquidation à 60 ans, le
taux de remplacement d’une carrière plate de la génération 1950
est par exemple de 58 % pour un parcours avec AVPF et 62 %
pour le parcours de référence, et respectivement de 48 % et 51 %
pour la carrière croissante de non-cadre ( cf. graphique 5).
Graphique 5
Taux de remplacement global des carrières de référence et AVPF
(génération 1950)
Calculs Oscarie, Drees.
â– â– L’impact de la période d’inactivité sur la retraite
de base dépend de l’allure des carrières
Paradoxalement, dès lors que le taux plein est atteint, les taux de
remplacement du régime de base pour les carrières avec inactivité
non compensée au-dessus du plafond de la sécurité sociale (c’est
le cas des carrières de cadres) sont toujours légèrement supérieurs
à ceux d’une femme suivant le parcours de référence, par
exemple, 22,1 % contre 21 % pour la génération 1950, si la
cessation d’activité a lieu à 61 ans ( cf. tableau 3).
Tableau 3
Taux de remplacement Cnav pour les parcours de référence et avec
inactivité, en fonction de l’âge de liquidation et du profil de salaire
(génération 1950)
Tableau 3
Taux de remplacement Cnav pour les parcours de référence et avec
inactivité, en fonction de l’âge de liquidation et du profil de salaire
(génération 1950)
Âge de départ 65 ans64 ans63 ans62 ans61 ans60 ans
Carrière complète sans aléa 180176172168164160
Durée de cotisation
Carrière avec MDA 176172168164160156
(en trimestres)
Carrière avec AVPF 196192188184180176
Carrière complète sans aléa 42,242,342,342,442,542,6
1,2
Carrière avec MDA 42,242,242,142,041,837,5
Smic
Carrière avec AVPF 42,242,242,142,041,841,7
Taux de
Carrière complète sans aléa 36,236,336,336,436,436,4
remplacement
Carrière avec MDA 36,236,035,935,835,531,80,5P-1P
(en %)
Carrière avec AVPF 36,236,035,935,835,535,3
Carrière complète sans aléa 19,920,120,420,721,021,3
1P-2P
Carrière avec MDA 21,121,421,621,922,120,1
Source : Calculs Oscarie, Drees.
Calculs Oscarie, Drees.
En effet, d’une part la retraite de base est quasiment identique
dans les deux cas du fait du plafonnement des salaires pris en
compte (la carrière sous plafond est quasiment plate), mais d’autre
part, le dernier salaire pour le parcours avec inactivité est inférieur
de près de 7% à celui du parcours de référence en raison du
retard dans la progression des carrières induit, par hypothèse, par
la période d’inactivité.
Pour une femme dont la rémunération ne dépasse jamais le
plafond de la sécurité sociale, à savoir ici les carrières de non-cadres, les taux de remplacement au régime général sont
inférieurs de 4 à 5 points à ceux du parcours de référence, si la
liquidation a lieu à 60 ans. Ils convergent ensuite dès lors que la
liquidation est retardée. Cela provient de différents facteurs : un
effet « durée de cotisation » qui tire à la baisse la retraite de base
pour une liquidation avant le taux plein et un effet négatif de
« sélection des meilleures années » pour le calcul du salaire de
base qui conduit à retenir non plus les vingt-cinq meilleures
années, mais les vingt dernières années plus cinq années entre la
dixième et la quatorzième année de carrière, sauf pour la
génération 1940 qui n’est que partiellement affectée par la
réforme de 1993. Ce dernier effet se réduit au fur et à mesure que
l’âge de liquidation augmente, chaque année entre la dixième et
la quatorzième étant remplacée par une année de fin de carrière,
avec rémunération plus élevée.
â– â– L’impact d’une période d’inactivité sur les retraites
complémentaires dépend principalement de sa durée
Le seul avantage familial octroyé par les régimes complémentaires
du secteur privé est la majoration en pourcentage de la retraite
lorsque l’assuré a eu au moins trois enfants. Elle n’intervient pas
dans les cas considérés ici. Pendant la période d’inactivité, il n’y
a pas acquisition de points, ce qui conduit à une retraite plus
faible que pour le parcours de référence.
À titre d’illustration, pour la génération 1950, avec 160 trimestres de
cotisation, le taux de remplacement des régimes complémentaires,
dans le cas d’une inactivité non compensée, est, pour une femme
non-cadre à carrière croissante, inférieur de 1,5 point à celui d’une
femme ayant toujours travaillé, de 2,5 points pour une femme à
carrière plate et de 2,8 points pour une femme cadre.
â– â– L’avantage de l’AVPF par rapport à la seule MDA
réside dans la prise en compte des périodes
d’inactivité par le régime de base
Le report au compte de la Cnav d’un salaire équivalent au Smic
pendant la période d’inactivité ne joue positivement que pour des
carrières aux salaires inférieurs au Smic. Pour les profils envisagés
ici, les « années AVPF » n’entrent jamais dans les meilleures
années retenues pour le calcul du salaire de base. Dès lors qu’on
considère des générations pleinement concernées par la réforme
de 1993, même avec AVPF, l’inactivité conduit à retenir les
dixième à quatorzième années de carrière pour le calcul du
salaire de base, ce qui entraîne une baisse importante du salaire
de base et de la retraite de base par rapport au parcours de
référence.
Il n’en reste pas moins que l’intérêt de l’AVPF réside dans le fait
qu’elle permet d’atteindre le taux plein plus tôt que ne le permet
la seule MDA, puisqu’elle procure des trimestres de cotisation
supplémentaires. Ainsi, pour un âge de cessation d’activité de
60 ans (ce qui correspond à 156 trimestres de cotisation pour un
parcours avec inactivité non compensée et à 176 pour un
parcours avec AVPF), le taux de remplacement global pour un
parcours avec AVPF est plus élevé que celui d’un parcours avec
MDA seule. Par exemple, une femme non cadre à carrière
croissante bénéficiant de l’AVPF touche près de 48 % de son
dernier salaire contre 44,5 % pour une femme non cadre
bénéficiant seulement de la MDA ( cf. tableau 4).
Tableau 4
Taux de remplacement global selon que l’inactivité ne donne lieu à aucun
revenu de remplacement ou qu’elle donne lieu à l’AVPF (génération 1950)
Tableau 4
Taux de remplacement global selon que l’inactivité ne donne lieu à aucun
revenu de remplacement ou qu’elle donne lieu à l’AVPF (génération 1950)
Âge de départ 65 ans64 ans63 ans62 ans61 ans60 ans
Carrière avec inactivité non compensée 60,460,159,859,459,053,5
1,2 Smic
Carrière avec inactivité compensée par l’AVPF 60,460,159,859,459,057,7
Carrière avec inactivité non compensée 50,249,949,749,449,044,5
05,P-1P
Carrière avec inactivité compensée par l’AVPF 50,249,949,749,449,048,0
Source : Calculs Oscarie, Drees.
Calculs Oscarie, Drees.
En revanche, si la liquidation a lieu à 61 ans ou plus tard, c’est-à-dire dès que le taux plein est atteint, dans tous les cas, les taux de
remplacement des deux parcours sont identiques (par exemple
60 % pour les carrières plates à 1,2 fois le Smic ou 50 % pour les
carrières croissantes de non-cadre). En conclusion, dès lors que
les carrières envisagées sont au-dessus du Smic, l’avantage de
l’AVPF réside uniquement dans l’âge de liquidation au taux plein.
â– L’impact de périodes
de chômage indemnisé
Avec la montée du chômage depuis les années soixante-dix, de
nombreuses carrières des liquidants actuels et futurs sont affectées
par des périodes de chômage, indemnisé ou non. Afin d’illustrer
leur impact sur les pensions de retraite, on s’intéressera au cas de
cinq années de chômage indemnisé, soit en cours de carrière
(deux ans à cheval entre la neuvième et la onzième année
d’activité professionnelle – six mois pendant la neuvième, un an
la dixième et six mois pendant la onzième – deux ans à cheval
entre la dix-neuvième et la vingt et unième année et un an entre
la vingt-neuvième et la trentième année), soit en fin de carrière,
auquel cas les cinq années de chômage indemnisé s’apparentent
à cinq années de préretraite.
L’analyse en termes de taux de remplacement n’apparaît pas très
pertinente ici, compte tenu du décalage de cinq années entre le
dernier salaire et la première retraite pour le parcours avec
préretraite. Une analyse en termes d’écarts à la retraite perçue
dans le cas d’un parcours complet lui a alors été préférée, pour
ces deux parcours avec chômage indemnisé.
Au régime général, comme à l’Arrco et l’Agirc, les périodes de
chômage indemnisé sont sans conséquence pour la durée de
cotisation. En effet, le régime général valide gratuitement, dans le
cadre d’une année civile, « autant de trimestres que l’assuré réunit
de fois cinquante jours de chômage, sans que cette règle conduise
à valider plus de quatre trimestres par an » (2280, Lamy, Protection
sociale, 2001). Les régimes complémentaires Arrco et Agirc, quant
à eux, ont signé avec l’État, le 23 mars 2000, « une convention
financière relative à la validation pour la retraite complémentaire
des périodes de préretraite et de chômage indemnisées par l’État »
(3315, Lamy, Protection sociale, 2001).
Si une période de chômage n’a pas d’influence sur la durée de
cotisation, il n’en reste pas moins qu’elle affecte la pension de
retraite par rapport à une carrière complète ( cf. graphique 6). La
baisse induite est par ailleurs plus importante pour le parcours
avec préretraite que pour le parcours avec chômage en cours de
carrière. Par exemple, pour un non-cadre à carrière plate de la
génération 1950, ayant connu cinq années de préretraite, la
retraite globale chute de près de 6 %, alors qu’elle baisse de 3 %
lorsque le chômage est intervenu en cours de carrière.
Graphique 6
Chute de la retraite globale d’un parcours avec préretraite et d’un parcours
avec chômage en cours de carrière relativement à celle du parcours de
référence
Calculs Oscarie, Drees.
L’impact des périodes de chômage indemnisé varie en fonction
des générations, et fortement en fonction du profil de salaire.
Quelle que soit la génération d’appartenance, c’est pour les non-cadres à carrière croissante que la perte est la plus importante
(environ deux fois plus forte). À titre d’exemple, pour la
génération 1950 et si le parcours a été affecté par cinq années de
préretraite, un non-cadre à carrière croissante perd 11% sur sa
retraite, un non-cadre à carrière plate perd 5,5 % et un cadre perd
5 %. Cette perte sur la pension est également différente selon les
générations : elle tend à diminuer jusqu’à la génération 1960, puis
à augmenter et se stabiliser à partir de la génération 1970.
La décomposition de la retraite totale par régime permet de
comprendre ces effets.
â– â– L’incidence d’une période de chômage indemnisé
sur la pension de base dépend de sa place
dans la carrière professionnelle…
Logiquement, une période de chômage affecte la retraite de base
par l’intermédiaire du salaire de base, puisque « les années de
chômage ne figurent pas dans les salaires qui servent à
sélectionner les meilleures années » (2280, Lamy, Protection
sociale, 2001). Pour remplacer les années de chômage, le salaire
de base tient alors compte de moins bonnes années (plus
anciennes ici, car les carrières considérées sont plates ou
croissantes), qui conduisent à une retraite de base d’un montant
plus faible. Par exemple, pour un non-cadre à carrière plate né en
1960 et ayant connu cinq années de chômage en cours de
carrière, la pension versée par le régime général chute de 2,1 %
( cf. graphique 7).
Graphique 7
Chute de la retraite de base d’un parcours avec préretraite
et d’un parcours avec chômage en cours de carrière
relativement à celle du parcours de référence
Calculs Oscarie, Drees.
Selon le profil de salaire, la baisse de la pension de base suite
au chômage en cours de carrière varie entre 2 et 6 %. Elle est plus
marquée que si les cinq années de chômage coïncidaient
exactement avec cinq années civiles puisque, par souci de
réalisme, le calendrier retenu ici pour les périodes de chômage
affecte au total huit années susceptibles d’être sélectionnées pour
le salaire de base. Cet effet avait également été souligné par
Dupuis et El Moudden (2000).
Enfin, l’impact de la préretraite sur la pension de base est plus
important que celui du chômage en cours de carrière pour les
profils considérés. En effet, compte tenu de la croissance des
profils, elle conduit à exclure les cinq meilleures années de la
carrière pour le calcul du salaire de base.
â– â– …mais aussi des barèmes en vigueur
pour chacune des générations…
En ce qui concerne le parcours avec chômage en cours de
carrière, suite à la montée en charge de la réforme Balladur, seule
la dernière période de chômage (à cheval sur les deux années
1929 et 1930) affecte les meilleures années à prendre en compte
dans le calcul du salaire de base pour la génération 1940. Alors
que pour les générations pleinement concernées par la réforme,
toutes les périodes de chômage affectent ces meilleures années.
Ainsi, l’écart entre les pensions de base d’un parcours complet et
d’un parcours avec chômage en cours de carrière est plus faible
pour la génération 1940 que pour les autres générations étudiées
ici. À titre d’exemple, elle est de 1,3 % pour la carrière de cadre
de la génération 1940 et de 2,3 % pour la génération 1950. Pour
les générations postérieures, l’impact du chômage en cours ou en
fin de carrière sur la retraite de base varie également selon la
génération, à profil donné, du fait des coefficients de
revalorisation des salaires pris en compte dans le calcul du salaire
de base, qui sont moins avantageux que ceux des « meilleures
années » prises en compte pour le parcours de référence. Par
exemple, la baisse par rapport au parcours complet est de 3,9 %
pour la carrière plate de la génération 1950 et de 2,9 % pour la
même carrière de la génération 1960.
â– â– …et diffère selon le profil
Enfin, l’impact est plus ou moins fort selon le profil de salaire.
C’est notamment pour les carrières croissantes des non-cadres
que la chute de la pension de base est la plus importante
relativement au cas où les individus auraient eu un parcours
complet. Quel que soit le moment où sont intervenues les cinq
années de chômage, la chute de la pension de base est en effet
près de deux fois plus importante que pour les non-cadres à
carrière plate ou les cadres. Par exemple, pour la génération
1960, si le parcours a été affecté par cinq années de préretraite,
la baisse est de 13,8 % pour un non-cadre à carrière croissante et
de 6,8 % pour un non-cadre à carrière plate ou un cadre à
carrière croissante.
En effet, plus la pente de la carrière sous plafond est élevée, plus
l’impact de la sélection d’années anciennes dans la carrière pour
le calcul du salaire de base est fort. Or, si la carrière à 1,2 Smic
évolue au rythme du salaire moyen (1,6 % par hypothèse), tout
comme celle d’un cadre du fait que seuls les salaires plafonnés
sont pris en compte, celle d’un non-cadre à carrière croissante
évolue non seulement en fonction du salaire moyen mais
également en fonction de sa propre pente.
â– â– L’incidence d’une période de chômage indemnisé
sur les pensions complémentaires dépend
des modes de prise en compte par celles-ci
pour chacune des générations…
Le mode de prise en compte des périodes de chômage par les
régimes complémentaires dépend de l’année où intervient le
chômage. À l’Arrco, pour les périodes de chômage antérieures à
1997, la règle est la suivante : « Pour l’exercice civil au cours
duquel a lieu l’interruption de travail (année N), et s’il y a lieu
pour les exercices suivants, les droits attribués ne peuvent être
inférieurs à ceux qui ont été inscrits au compte du participant soit
au titre de l’exercice civil précédent la date de l’arrêt de travail
(soit l’année N-1), soit au titre de l’avant-dernier exercice civil
précédent cette même date (soit l’année N-2). L’exercice le plus
avantageux est retenu » (3315, Lamy, Protection sociale, 2001).
Cette règle revient à un maintien du nombre de points acquis
pendant la période de chômage. À l’Agirc, les droits attribués
pour les périodes de chômage antérieures à 1997 correspondent
au nombre de points moyen acquis sur les trois dernières années
avant l’arrêt de travail.
Pour les périodes de chômage postérieures à 1997, l’Arrco et
l’Agirc valident les points de manière identique : les points acquis
pendant le chômage sont calculés à partir du meilleur salaire
journalier de référence (SJR) obtenu pendant les deux dernières
années précédant le chômage.
Globalement, ces règles conduisent à des pensions
complémentaires inférieures à celles du parcours complet.
Toutefois, cette baisse relative est moindre lorsque le chômage est
intervenu en cours de carrière plutôt qu’en fin de carrière. Par
exemple, pour un cadre de la génération 1950 dont la carrière a
été affectée par cinq années de préretraite, la retraite Agirc perd
4,2 % par rapport à celle d’un parcours complet et 1,3 % si les
cinq années de chômage interviennent en cours de carrière ( cf.
graphique 8).
Graphique 8
Chute des pensions complémentaires d’un parcours avec préretraite
et d’un parcours avec chômage en cours de carrière,
relativement à celles du parcours de référence
Calculs Oscarie, Drees.
La règle de maintien des points acquis qui prévalait à l’Arrco
avant 1997, ainsi que la règle du report du nombre de points
moyen acquis durant les trois années précédant l’arrêt d’activité
qui prévalait à l’Agirc avant 1997 étaient globalement plus
avantageuses que celle de maintien de l’assiette des cotisations
(après 1997). Ainsi, l’impact du chômage est d’autant plus limité
que les années de chômage sont antérieures à 1997, ce qui le fait
varier en fonction des générations. Par exemple, pour le parcours
avec préretraite, seule la génération 1940 comprend des années
de chômage antérieures au 1
er janvier 1997, ce qui explique un
impact moindre de la préretraite pour cette génération que pour
les suivantes. Pour le parcours avec chômage en cours de carrière,
l’impact du chômage est de même plus limité pour les générations
1940 et 1950, pour lesquelles les périodes de chômage sont
toutes, ou presque, antérieures à 1997, que pour les générations
suivantes
[5].
â– â– …et diffère également selon le profil
La baisse des pensions pour les parcours affectés par cinq années
de chômage, que ce soit en cours ou en fin de carrière, dépend
aussi de manière importante des profils de carrière. Ainsi, la chute
relative la plus importante concerne la retraite versée par l’Agirc
aux cadres (3,5 à 4,8 % selon les générations pour le parcours
avec préretraite). Celle de la retraite Arrco versée aux non-cadres
à carrière croissante est moindre (1,7 à 2,8 % pour le parcours
avec préretraite) et celle des retraites versées par l’Arrco aux non-cadres à carrière plate et aux cadres est plus faible (0,4 à 1,6 %
pour le parcours avec préretraite).
Globalement, le nombre de points acquis pendant une période de
chômage est moindre que pendant une période d’emploi, avec
une perte d’autant plus forte que le profil des salaires est croissant.
La pente est la plus forte pour les non-cadres à carrière croissante
(pour la partie Arrco) et pour les cadres, pour la partie Agirc.
En revanche, le cadre cotise à l’Arrco sur la partie du salaire
inférieure au plafond, la partie Arrco du salaire est donc peu
croissante, tout comme dans le cas des carrières plates.
Finalement, l’impact du chômage sur la retraite complémentaire
dépend beaucoup des années pendant lesquelles il intervient, de
la législation alors en vigueur et de la valeur des paramètres des
régimes à ce moment.
Toutefois, même si une période de chômage contribue à faire
baisser le niveau des retraites complémentaires, cette baisse, en
termes relatifs, est trois à quatre fois moindre que celle de la
retraite de base. Par ailleurs, du fait que la période de préretraite
affecte les cinq dernières années qui sont les meilleures dans tous
les profils considérés ici, son impact est nettement plus important
que celui du chômage en cours de carrière. L’ampleur de l’effet
« meilleures années » est toutefois largement dépendant de la
pente de la carrière considérée; pour une carrière avec un salaire
plus plat en fin de carrière, l’impact de la préretraite sur la retraite
de base est nettement amoindri ( cf. encadré, p. 48).
Finalement, dès lors qu’une carrière est affectée par un aléa et ce,
quel que soit le type de carrière, les taux de remplacement
chutent relativement à ceux d’une carrière complète. L’incidence
des quatre aléas envisagés varie, toutefois, en fonction de leur
place dans la carrière professionnelle, de leurs modes de prise en
charge par les différents régimes, du cadre réglementaire, des
paramètres en vigueur et du profil des carrières. La diversité des
effets mis en évidence montre la nécessité d’une prise en compte
plus large et plus globale des accidents de carrière, d’autant plus
que la fréquence des parcours comportant un des aléas étudiés
risque de s’accroître parmi les futurs liquidants. En effet, les
années 1970 et 1980 sont marquées par l’accroissement du
chômage et les années 1990, par l’émergence de formes
particulières d’emplois dont le temps partiel constitue un
exemple.
Enfin, l’attribution, à partir du milieu des années 1980, de
l’allocation parentale d’éducation aux familles d’au moins trois
enfants, puis son extension aux familles de deux enfants en 1994
a fortement contribué à la cessation d’activité d’un des parents
souhaitant s’occuper de ses enfants, et amplifié l’impact potentiel
de l’inactivité sur les retraites.
Isoler l’effet « meilleures années »
grâce à une carrière suivant l’évolution du salaire moyen
On considère ici, pour nuancer l’impact de cinq années de préretraite, un autre profil
de salaire, suivant lequel la rémunération passe de 0,7 fois le salaire moyen à 1 salaire
moyen entre 20 et 30 ans, et se maintient ensuite au salaire moyen
[6] (en projection ce
dernier augmente de 1,6 % en réel). Ce profil permet d’atténuer l’effet « meilleures
années » qui résulte des profils croissants considérés jusqu’à présent. Il est envisagé
uniquement pour le statut de non-cadre
[7].
Considérer ce profil plus plat conduit à limiter la baisse de la retraite totale due à cinq
années de préretraite. Ainsi, alors que pour la carrière croissante de non-cadre, cette
baisse relative était de près de 12 % sur l’ensemble des générations, elle est de près
de 6 % pour le profil suivant le salaire moyen.
Graphique 9
Chute des pensions complémentaires d’un parcours avec préretraite
et d’un parcours avec chômage en cours de carrière,
relativement à celles du parcours de référence
Calculs Oscarie, Drees.
L’effet « pente de la carrière » a été largement neutralisé ; demeure l’incidence, sur la
retraite de base, du mode de revalorisation des salaires portés au compte. Ceux-ci
étant revalorisés sur les prix, les salaires plafonnés revalorisés sont croissants ce qui
explique l’impact relativement fort du décalage des « meilleures années » de cinq ans
en arrière, même pour une carrière « plate ».
Graphique 10
Salaires revalorisés pour chacune des générations
Calculs Oscarie, Drees.
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[1]
L’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) est un dispositif qui permet de
valider la période d’inactivité dans le régime de base sous conditions de ressources
et d’un certain nombre d’enfants.
[2]
Allongement de la durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein,
augmentation du nombre d’années prises en compte pour le salaire de base et
indexation des retraites liquidées et des salaires portés au compte sur les prix.
[3]
Pour la sélection des meilleures années, les salaires courants des différentes
années de carrière sont revalorisés (selon des coefficients qui évoluent comme le
salaire moyen avant 1987, comme les prix après 1987), puis ils sont ordonnés de
manière décroissante. Enfin, les dix-sept ou vingt-cinq années aux salaires les plus
élevés sont sélectionnées.
[4]
Les conditions de ressources et de nombre d’enfants liées à la perception de ces
prestations familiales rendent impossible l’affiliation à l’AVPF d’une femme ayant eu
deux enfants, cadre et dont la carrière débute à un plafond et se termine à deux
plafonds. C’est pourquoi, le parcours AVPF n’est envisagé ici que sur les deux
carrières de non-cadres.
[5]
On observe même que les pensions Arrco des cadres des générations 1940 et
1950 sont très légèrement supérieures à celles perçues dans le cas d’un parcours
complet, respectivement de 0,2 et 0,1 %. Pour ces deux générations, les années de
chômage ont pour la plupart lieu avant le 1
er janvier 1997, et les points attribués sont
donc déterminés en fonction des points acquis la dernière ou l’avant-dernière année
d’activité. Or, il arrive que le prix d’achat du point (salaire de référence) augmente
plus vite que le salaire de l’individu pour les carrières considérées, et donc le salaire
pendant une année de travail permet d’acquérir moins de points que la dernière ou
l’avant-dernière année. C’est le cas par exemple de la vingtième année de la
génération 1940, pendant laquelle un cadre bénéficie de 31 points à l’Arrco, s’il a
suivi un parcours complet et de 32, s’il était au chômage cette année-là.
[6]
Il s’agit du salaire moyen de la génération observé dans les déclarations annuelles
de données sociales exploitées par l’Insee. Les résultats de 2000 n’étant pas
encore disponibles, la génération 1980 n’a pu être étudiée dans cette partie.
[7]
Le salaire moyen étant très proche du plafond, introduire le statut de cadre et les
retraites versées par l’Agirc n’a pas d’influence sur les résultats.