Retraite et société
La Doc. française

I.S.B.N.sans
256 pages

p. 71 à 101
doi: en cours

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no 40 2003/3

2003 Retraite et société

Retraites des salariés du secteur privé en France : un modèle de microsimulation

Sophie Pennec INED ANNE-GISÈLE PRIVAT CNAV
La microsimulation, en tant qu’outil de prospective de long terme, joue un rôle important dans la réflexion sur les évolutions futures en matière de politique sociale, et plus particulièrement en matière de réforme des retraites. Les modèles de microsimulation procurent une analyse plus détaillée des droits à la retraite que les études traditionnelles en termes d’agrégats ou de paramètres moyens, puisqu’ils permettent de mesurer les effets d’une réforme des régimes de retraite à la fois au niveau individuel et au niveau du système global de retraite par agrégation des situations individuelles. Leurs résultats s’interprètent autant en termes d’agrégats ou de paramètres moyens que de dispersion. Cet article présente la première version du modèle de microsimulation de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav). Ce modèle projette les retraites personnelles de base des salariés du secteur privé à l’horizon 2030. L’article se compose de quatre parties. Après avoir brièvement décrit les principes de la méthode de la microsimulation, en rappelant ses principaux avantages, l’article présente, dans une deuxième partie, la principale source de données sur laquelle repose le modèle. En effet, ce modèle s’appuie sur le fichier des assurés (cotisants et retraités) au régime général d’assurance vieillesse de la sécurité sociale qui est une source d’information très riche sur les carrières des assurés de la Cnav. Ensuite, les principaux éléments du modèle et son fonctionnement sont décrits dans la troisième partie. Dans la dernière partie, sont présentés des premiers résultats. As a long-range projection tool, microsimulation plays an important role in analysing future developments in social policy, pension reform in particular. Microsimulation models provide a more detailed analysis of pension rights than traditional studies in terms of aggregates or mean parameters, as they are capable of measuring the effects of pension reform at an individual level and at the level of the pension system as a whole by aggregating individual situations. Their results can be interpreted in terms of aggregates or means parameters as well as in terms of dispersion. This article presents the first version of the microsimulation model developed by the Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav). This model gives projections for the basic personal pensions of salaried workers in the private sector up to 2030, on the basis of data concerning contributors and pensioners of the French state pension scheme. The article is in four parts. After briefly describing the microsimulation method and listing its main advantages in the first part, the article presents, in the second part, the main data source upon which the model is based. Indeed, this model uses a particularly rich source of information on the careers of contributors to the French state pension scheme. The key components of the model and its mode of operation are described in the third part, and the fourth part gives the initial results obtained.
Du fait de l’arrivée à la retraite des générations nombreuses du baby-boom à l’horizon 2005-2006 et du vieillissement démographique, la France, comme la plupart des pays développés, fait face au problème du maintien de l’équilibre financier de son système de retraite par répartition. Selon le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (Cor, 2002), le ratio du nombre de retraités sur le nombre d’actifs potentiels passerait de 44 % en 2000 à 83 % en 2040.
La microsimulation est un outil précieux dans ce contexte pour répondre aux besoins croissants d’évaluation des effets de diverses réformes des régimes de retraite, en vue d’en identifier les avantages, ou de mieux évaluer leurs coûts ou leurs conséquences économiques. En effet, les mesures envisagées n’affecteront pas toutes les personnes de la même manière, car leurs effets différeront en fonction de la diversité des carrières individuelles (durées de carrière; profils de salaires). L’avantage des modèles de microsimulation est qu’ils offrent la possibilité de prévoir, outre les effets de phénomènes structurels marquants (augmentation de l’espérance de vie, croissance de l’activité féminine, réduction de la période de vie active, etc.), les effets de réformes des régimes de retraite tant au niveau des individus que de l’ensemble du système de retraite.
La Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) en sa qualité de principal organisme gestionnaire de la retraite de base des salariés du secteur privé (plus de 65 % de la population active) a choisi de se doter de ce type d’outils en complément des projections macroéconomiques qu’elle réalise actuellement. Cet article est consacré à la description de la première version du modèle de microsimulation de la Cnav destiné à projeter les retraites servies chaque année jusqu’en 2030.
Tout d’abord, nous exposons brièvement la méthode utilisée en rappelant sesprincipaux avantages par rapport aux autres types de modélisation. Nous soulignons ainsi le rôle important que la microsimulation, en tant qu’outil de prospective de long terme, peut jouer dans la réflexion sur les évolutions futures en matière de retraite. La deuxième partie présente la base de données qui alimente le modèle car il s’agit d’une source administrative d’information très riche sur les carrières des assurés de la Cnav depuis la fin des années quarante. La troisième partie décrit plus précisément les principaux éléments du modèle. Enfin, la dernière partie présente des premiers résultats.
 
â–  La méthode de la microsimulation
 
 
Les débuts de l’analyse par microsimulation pour l’étude des politiques sociales remontent aux années cinquante. Toutefois, son usage ne s’est véritablement répandu que plus tardivement, avec le développement des techniques informatiques et statistiques, et plus particulièrement avec la disponibilité de plus en plus fréquente de données individuelles.
La première application de cette technique a concerné la modélisation du système socioéconomique américain (Orcutt, 1957 ; Orcutt et al., 1976 ; Wertheimer et al., 1986). Depuis, de nombreuses autres applications ont été réalisées pour la modélisation de systèmes socioéconomiques (Harding, 1990;
Nelissen, 1994; Fredriksen, 1998, etc.), des études plus ciblées comme les réseaux de parenté (Hammel et al., 1993), les politiques de transferts sociaux (Cnaf, 1997), et la réforme des retraites (Pennec, 1993 ; Blanchet, Chanut, 1998 ; Bonnet, Mahieu, 1998).
La mise en œuvre de la microsimulation suppose tout d’abord la constitution d’un fichier de données individuelles représentatif de la population. Ensuite, dans la modélisation, les changements des caractéristiques individuelles sont introduits en faisant des hypothèses d’évolution. Les différentes probabilités des événements doivent prendre en compte les caractéristiques les plus influentes, ainsi que des relations entre variables pour modéliser les comportements. Les hypothèses d’évolution peuvent être formulées de différentes manières : tableaux matriciels, équations de régression, probabilités de transition, règles institutionnelles, etc.
Généralement, les paramètres requis sont estimés à partir des données initiales ou sont obtenus à partir de sources extérieures.
Ainsi, la microsimulation crée de manière dynamique une base de données qui reflète l’évolution démographique et économique de la structure de la population.
La simulation des évolutions individuelles au cours du temps peutse faire de manière déterministe pour certains événements déterministes par nature (comme par exemple, l’incrémentation d’une année de l’âge ou le calcul de la retraite). Mais pour d’autres événements, comme les événements démographiques, elle se fait de manière stochastique, et repose sur l’utilisation de probabilités; car deux personnes ayant des situations identiques peuvent très bien ne pas avoir le même destin (décéder ou non dans l’année, avoir un enfant ou non, se marier ou non, etc.).
Enfin, certains événements – comme l’âge de départ à la retraite – s’obtiennent en mêlant une part de déterminisme (le départ à la retraite a lieu lorsque la durée nécessaire pour avoir une retraite au taux dit « plein » de 50 % est atteinte) et une part de stochastique (chacun n’attend pas d’avoir le taux plein pour partir à la retraite).
La microsimulation autorise plusieurs niveaux d’analyse de la détermination d’un changement de politique sociale en donnant des résultats tant au niveau global qu’individuel, c’est-à-dire en illustrant tant en moyenne qu’en dispersion la différenciation des individus touchés ou non par une mesure (gagnants ou perdants).
De plus, elle permet des analyses dynamiques et, par sa souplesse, elle offre l’opportunité d’intégrer de nouveaux paramètres et de nouveaux événements de façon relativement simple.
Le modèle de microsimulation pour la projection des retraites du régime général est construit selon ce principe. Il est constitué selon deux grandes étapes. La première concerne la constitution de la base initiale de la simulation; la seconde est centrée sur la projection proprement dite, qui consiste à compléter année par année les biographies des individus compris dans cette base.
 
â–  La base de données administratives
 
 
L’une des spécificités du modèle de la Cnav est de s’appuyer sur l’utilisation de données administratives. Celles-ci présentent trois avantages principaux par rapport aux données d’enquête qui sont le plus souvent utilisées dans les études sur l’évolution des retraites. Premièrement, elles ne sont pas sujettes aux erreurs de mémoire des personnes interrogées et permettent d’identifier clairement les années validées pour la retraite. Deuxièment, la taille de l’échantillon que l’on peut en extraire est beaucoup plus importante que celle des données d’enquête, ce qui permet de limiter l’aléa inhérent à la microsimulation. Enfin, ces données comprennent l’historique des salaires individuels qu’il n’est donc pas nécessaire de reconstituer.
Le champ couvert par le régime général est très large car, depuis 1975, il suffit d’un seul trimestre d’assurance pour ouvrir un droit à retraite au régime général. Afin de constituer la base de données initiale la plus représentative de l’ensemble de la population des pensionnés au régime général d’assurance vieillesse de la sécurité sociale, à l’horizon 2030, nous avons regroupé deux fichiers :
celui des cotisants et celui des retraités du régime général au 31 décembre 2001. Le modèle doit permettre de projeter, année par année, la situation de l’ensemble des prestataires du régime général et plus précisément des caractéristiques qui conditionnent leurs droits à pension.
â– â–  Les échantillons de cotisants et de retraités
Le fichier des cotisants est un échantillon au 1/20 des fichiers de gestion de la Cnav appelés « référentiels nationaux » [1] de 2002, composé de 2 075046 comptes. Il s’agit d’une source de données longitudinales sur les salaires perçus par les salariés du secteur privé des générations 1935 à 1985 pendant la période 1947-2001. Il contient les nombreux éléments nécessaires à la détermination du montant des retraites de base versées par le régime général en fonction de la carrière professionnelle des affiliés à l’assurance vieillesse (durée d’activité, salaires, etc.).
Plus précisément, les salaires sont les salaires bruts limités au plafond de la sécurité sociale utilisés pour déterminer les années validées par salaire [2], et outre ces années de validation liées au travail [3], il existe des périodes assimilées, qui sont des périodes d’interruption de travail assimilées à des périodes d’assurance (arrêt maladie, congé maternité, arrêt pour cause d’accident du travail, invalidité, chômage, service militaire). Ces dernières donnent une information supplémentaire importante sur le déroulement de la carrière des individus, notamment pour les périodes d’invalidité, de chômage indemnisé et de cotisation à l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) [4].
Les données individuelles sont alimentées par plusieurs sources :
les déclarations annuelles de données sociales (DADS) fournies par les employeurs pour les périodes de travail (salaires); les informations sur les périodes assimilées transmises par les caisses primaires d’assurance maladie (invalidité, maladie, accidents du travail) et par les Assedic (chômage) ; les informations des caisses d’allocations familiales car certaines prestations familiales (AVPF)
font l’objet de versement de cotisations sur la base d’un salaire forfaitaire (Smic) ; et certaines informations transmises par les régimes de retraite qui ont passé un accord avec la Cnav, concernant les assurés qui appartiennent ou ont appartenu au régime général et à ces régimes, tels que le régime des salariés agricoles, de la SNCF, d’EDF-GDF, des collectivités locales (CNRACL), des artisans (Cancava), des exploitants agricoles (MSA) et des commerçants (Organic).
Le fichier des retraités est un échantillon au 1/90 qui contient toutes les générations à la retraite au 31 décembre 2001, soit 117 105 individus au total. Les principaux éléments de ce fichier sont : le montant des retraites perçues, le nombre des trimestres validés, le salaire de base – base de calcul de la retraite–, les avantages complémentaires (majoration de 10 %, allocation supplémentaire, etc.).
â– â–  La base de la simulation
Une phase de préparation du fichier initial de la simulation est nécessaire. Un certain nombre de redressements et de choix ont été effectués.
Pour les cotisants, il a fallu opérer un redressement sur les décès non déclarés à l’état civil (en particulier pour les décès à l’étranger) et sur la proportion d’assurés qui ne percevront pas de droit à la retraite (durées de cotisation trop courtes). Le recours à des sources de données extérieures s’est également avéré indispensable, notamment pour imputer la situation familiale (état matrimonial, nombre d’enfants, etc.), car cette information n’est pas retracée dans les bases de cotisants de la Cnav. Les durées d’activité totale ont également fait l’objet d’un redressement avant le début de la projection en s’appuyant sur les données de l’enquête Patrimoine 1998 de l’Insee. En effet, les régimes de retraite de base obligatoires ne transmettent pas tous, au fur et à mesure [5], les informations sur les périodes d’activité que des personnes, également affiliées au régime général, ont effectué dans leur propre régime; il en résulte donc une sous-estimation des périodes d’assurance qu’il est nécessaire de corriger.
Pour les retraités, nous avons retenu uniquement ceux qui perçoivent des droits propres [6].
Ainsi, la création du fichier initial a été réalisée en appariant les fichiers administratifs des cotisants et des retraités de la Cnav auxquels ont été imputées un certain nombre de variables qui n’étaient pas disponibles ou mal renseignées (variables démographiques et surtout durée d’activité dans les autres régimes). Le fichier constitué est représentatif de la situation au 31 décembre 1994 pour les cotisants et au 31 décembre 2001 pour les retraités. Cela afin de disposer d’une période de simulation rétrospective destinée à caler le modèle par comparaison avec les statistiques observées sur la période 1995-2002 pour les nouveaux retraités et sur la période 2001-2002 pour le stock de retraités.
Au total, la base initiale contient 1 319 316 cotisants des générations 1935 à 1970 et 101282 retraités des générations 1899 à 1934.
 
â–  Le modèle
 
 
Le modèle choisi est un modèle dynamique et transversal.
Dynamique, car pour simuler de manière précise les évolutions futures des populations de cotisants et de retraités, il faut être à même d’introduire des hypothèses d’évolution tant démographiques qu’économiques assez fines, ce qui ne peut être fait avec la souplesse souhaitée avec un modèle statique.
Transversal, car l’objectif est de simuler année par année les coûts du montant global des prestations.
La première version du modèle présentée ici est consacrée à la simulation des droits personnels (ou droits propres) à l’horizon 2030. Outre la simulation des effectifs annuels des départs en retraite et des montants moyens de retraite versés ainsi que des masses financières à la charge du régime général, le modèle doit permettre d’évaluer l’impact d’une révision possible des modes de calcul des retraites tant au niveau des dépenses en prestations de la branche vieillesse qu’au niveau individuel, via l’évolution des distributions des âges de liquidation, des montants de pension, etc. Enfin, il doit permettre également de tester l’effet de nombreuses variantes d’hypothèses macroéconomiques.
Dans sa structure actuelle, le modèle se compose de trois modules : démographie, activité et retraite ( cf. graphique1). Le module démographique se limite pour l’instant à la mortalité, les autres variables (fécondité, nuptialité) imputées dans la base de la simulation. Le module économique (activité) simule les entrées-sorties d’activité en fonction de la situation en début d’année et les salaires. La modélisation des salaires fait l’objet d’une attention particulière car elle est au cœur de tout modèle de microsimulation des retraites. Le troisième module (retraite) est, lui, consacré plus spécifiquement à la détermination des retraites.
Graphique 1
Structure du modèle
IMGIMGStructure du modèleIMGIMF
â– â–  Module démographique
Plusieurs événements démographiques sont nécessaires à la détermination des pensions de droit personnel. Le modèle tient compte des deux principaux avantages familiaux en matière de retraites : la majoration de la pension de 10 % pour avoir élevé trois enfants ou plus et la majoration de durée d’assurance de deux ans par enfant pour les femmes. Ainsi, la fécondité a une influence double : d’une part, sur le nombre d’années de cotisations pour les femmes et, d’autre part, sur le niveau de la retraite pour les parents de trois enfants et plus. La nuptialité est intégrée en parallèle pour pouvoir simuler la fécondité des hommes à partir de celle de leur conjointe, car nous ne disposons pas encore des données de fécondité des hommes.
Dans ce modèle, le statut matrimonial et la fécondité, destinés à représenter la situation familiale de l’assuré au moment de son départ en retraite sont déterminés a priori. Cette première méthode de simulation a l’avantage de fournir rapidement une estimation des éléments nécessaires au calcul des avantages familiaux; elle sera ensuite remplacée par une méthode de simulation en deux temps, qui conviendra plus à la logique d’ensemble du modèle, avec une imputation au point de départ de la simulation suivie d’une simulation dynamique.
La mortalité
La mortalité est simulée à partir des quotients perspectifs de mortalité (probabilités de décéder) par âge et sexe établis par l’Insee dans ses dernières projections de population pour la France sur la base des données du recensement de 1999 (Brutel, 2001). L’utilisation de la mortalité générale est justifiée par le fait que les études comparatives montrent que la mortalité des retraités actuels du régime général – les seuls pour lesquels on dispose de l’information suffisante pour faire ce type de comparaison – est identique à celle de la population totale française [7]. L’hypothèse retenue pour projeter la mortalité est l’hypothèse de « mortalité centrale » qui consiste à maintenir pour chaque âge, jusqu’en 2050, le rythme de baisse constaté au cours des trente dernières années. Selon cette hypothèse, l’espérance de vie à la naissance s’établit à 87,8 ans pour les femmes et à 80,5 ans pour les hommes en 2030. Si la baisse de la mortalité se poursuit, l’espérance de vie à la naissance va augmenter de 74,7 ans en 2000, à 80,5 ans à l’horizon 2030 pour les hommes (de 82,2 à 87,8 ans pour les femmes). Les données de mortalité pour la période 1995-1998 sont établies à partir des données de démographie générale de l’Insee.

Tableau 1
Espérance de vie à la naissance et à 60 ans selon les hypothèses de mortalité retenues
IMGIMGTableau 1 
Espérance de vie à la nai...IMGIMF
Tableau 1 Espérance de vie à la naissance et à 60 ans selon les hypothèses de mortalité retenues 2000 2010 2020 2030 Espérance de vie à la naissance Hommes 74,7 76,8 78,7 80,5 Femmes 82,2 84,4 86,2 87,8 Espérance de vie à 60 ans Hommes 19,7 21,2 22,7 24,1 Femmes 25,1 26,6 28,0 29,3 Source : Brutel, 2001, hypothèse centrale.
Brutel, 2001, hypothèse centrale.

La nuptialité
L’intérêt d’introduire la nuptialité dans cette première version réside dans le fait qu’elle offre un moyen de déterminer la fécondité des hommes puisque la descendance finale des hommes est définie à partir de celle de leur conjointe. Le statut matrimonial est un indicateur de la mise en couple (marié/non-marié) créé par un processus de tirage aléatoire à partir du taux de célibat définitif (ou proportion de célibataires à 50 ans) au sein de chaque génération.
Les taux de célibat définitif selon les générations sont tirés de la répartition par statut matrimonial de la population totale estimée à partir du recensement. Les évolutions de long terme du célibat définitif montrent que la proportion d’hommes célibataires à 50 ans est restée stable (Toulemon, 1996). Parmi les générations qui arrivent actuellement à la retraite, la proportion est environ de 10 % chez les hommes.
Pour les personnes dont on détermine qu’elles sont mariées ou qu’elles se marieront au cours de leur vie, l’année de naissance du conjoint est déterminée à partir d’une distribution normale dont les paramètres permettent de reproduire les écarts d’âge entre conjoints observés dans l’enquête sur l’Histoire familiale de 1999, avec un écart de trois années en moyenne. Pour les générations récentes, l’application des mêmes taux de célibat que ceux de la génération 1965, nous permet de simuler l’ensemble de la fécondité, y compris hors mariage.
La fécondité
La fécondité détermine la majoration de 10% de la pension de retraite, et, pour les femmes, elle intervient aussi sur la durée de cotisation et l’activité. La méthode consiste à affecter un nombre d’enfants en fonction de la génération de la femme, puis à déterminer l’année de naissance de ses enfants. Déterminer l’année de naissance des enfants est utile, car l’une des variables explicatives des transitions d’activité pour les femmes est le nombre d’enfants de moins de 3 ans. Les données sont issues de l’enquête sur l’Histoire familiale de 1999 ( cf. tableau 2).

Tableau 2
Répartition des femmes selon leur descendance finale
IMGIMGTableau 2 
Répartition des femmes se...IMGIMF
Tableau 2 Répartition des femmes selon leur descendance finale Nombre d’enfants Génération 0 1 2 3 4 et + 1935 11,5 % 16,6 % 28,8 % 19,7 % 23,4 % 1955 12,3 % 19,9 % 37,3 % 18,8 % 11,7 % 1965 16,2 % 21,8 % 33,5 % 18,2 % 10,3 % Source : enquête sur l’Histoire familiale de 1999 ; Toulemon et Mazuy, 2001.
enquête sur l’Histoire familiale de 1999 ; Toulemon et Mazuy, 2001.

La simulation se fait en deux étapes : la première consiste à déterminer si la femme va avoir des enfants au cours de sa vie et si oui, combien. Cette détermination est fonction de la génération de la femme. Ensuite, pour celles qui vont avoir des enfants, nous déterminons le calendrier d’arrivée des différentes naissances en fonction du nombre total d’enfants, de l’âge de la femme à la naissance précédente et de l’intervalle intergénésique (durée depuis la naissance précédente). La fécondité des hommes est supposée égale à celle de leur conjointe.
â– â–  Module économique (activité)
La partie économique concerne l’activité et les salaires.
L’activité est simulée comme les phénomènes démographiques : de manière stochastique, en utilisant les probabilités d’occurrence des événements. Par contre, la détermination du salaire se fait à partir d’une équation économétrique qui fait l’objet d’une présentation plus détaillée car elle est au cœur de notre modèle de microsimulation des retraites.
L’activité
La détermination de l’activité nécessite plusieurs étapes. Il faut tout d’abord définir les taux d’activité propres au régime général en déterminant les parts respectives de l’activité dans ce régime et dans les autres régimes. L’estimation réalisée à partir des enquêtes sur l’Emploi de l’Insee des années 1997-1998, nous permet de retrouver la part des individus actifs dans les autres régimes de base ne transmettant pas d’informations à la Cnav. Nous distinguons ainsi quatre situations sur le marché du travail : actif occupé au régime général, actif dans un autre régime, chômeur et inactif. Pour les entrées-sorties d’activité, le travail consiste alors à estimer des probabilités de transition d’activité entre ces différentes situations selon l’âge et le sexe. Dans le cas desfemmes, le nombre d’enfants de moins de 3 ans est une variable supplémentaire intervenant au niveau des transitions d’activité. Ensuite, une fois l’activité simulée, nous déterminons le salaire des actifs au régime général et procédons à l’incrémentation des différents compteurs de durée d’activité y compris les périodes assimilées (chômage indemnisé; années supplémentaires en cas de naissance pour les mères).
La modélisation et l’estimation économétrique des salaires
La progression des salaires est intégrée dans le modèle au moyen d’une équation estimée à partir des données de l’échantillon descotisants. Contrairement à la plupart des études sur le lien entre expérience professionnelle et salaire, qui sont contraintes de fonder leurs estimations sur des données en coupe transversale (Jarousse, Mingat, 1986), nous disposons de données longitudinales sur les salaires individuels. Cela permet d’avoir de véritables profils de carrière où les différences de salaire selon l’expérience sont calculées à partir des mêmes individus observés à des âges différents. Toutefois, nos données nous imposent une restriction d’une autre nature car elles sont limitées au plafond de la sécurité sociale.
L’évolution des profils de salaire par génération au cours des cinquante dernières années (1947-2000) est analysée à partir d’un sous-échantillon de 110 378 personnes âgées de 16 à 59 ans, soit 1910442 observations. Le profil du salaire annuel brut médian (limité au plafond de la sécurité sociale) selon l’âge est concave, quelle que soit la génération considérée ( cf. graphiques 2 et 3).
Autrement dit, le salaire croît beaucoup plus rapidement en début de carrière qu’en fin. De plus, la concavité des courbes se renforce au fil des générations et les écarts de salaire entre hommes et femmes se réduisent. Cependant, les salaires des femmes restent toujours inférieurs à ceux des hommes, à génération et âge égaux (Debrand, Privat, 2002b).
Compte tenu de l’allure très différente de ces courbes de salaire, les fonctions de gains sur données individuelles introduites dans le modèle de microsimulation sont différenciées selon le sexe. Le salaire moyen réel est représenté, à un terme résiduel près, sous forme d’une fonction quadratique de l’âge, d’effets de génération et d’un effet fixe résumant l’écart entre la trajectoire individuelle et celle prédite par les profils estimés. L’âge est utilisé ici comme approximation de la notion d’expérience sur le marché du travail.
La spécificité des salaires limités au plafond de la sécurité sociale intervient dans la formulation de cette équation via l’estimation d’un ratio qui mesure l’impact de la troncature au plafond.
L’équation de salaire retenue dans le modèle s’écrit de la manière suivante :
In(wi, t ) = a + b*agei, t + c*age2i, t + d*Gg + f*mills + ei + ui, t pour i = 1, ...., n et t = 1947, .., 2000
La variable w représente le salaire de l’individu i à un âge donné (age) et à une date donnée (t). Les coefficients b et c s’interprètent comme les effets spécifiques de l’âge sur le salaire. G est une variable indicatrice de la génération, d est l’effet propre de chaque génération. Mills est une variable indicatrice qui vaut 1 lorsque le salaire est au plafond. f mesure l’effet de la troncature au plafond. Enfin, e et u sont les termes d’erreur de l’équation qui mesurent respectivement l’effet individuel fixe et l’effet aléatoire (qui ne dépend ni de l’individu ni du temps) ; ils mesurent la part du salaire non expliquée par les variables précédentes.
Graphique 2
Salaires médians annuels bruts plafonnés, par génération - Hommes
IMGIMGSalaires médians annuels bruts plafonnés, par géné...IMGIMF
Graphique 3
Salaires médians annuels bruts plafonnés, par génération - Femmes
IMGIMGSalaires médians annuels bruts plafonnés, par géné...IMGIMF
Les résultats de l’estimation des équations décrivant l’évolution du salaire des hommes et des femmes sont les suivants (en francs 2000) :
  • pour les hommes :
  • In(wi, t ) = 8,727 + 0,094*agei, t – 0,0009*age2i, t + d1 *Gg + 0,502*Mills (1815,4) (345,2) (-245,2) (443,3)
  • pour les femmes :
  • In(wi, t ) = 8,829 + 0,080*agei, t – 0,0007*age2i, t + d2 *Gg + 0,472*Mills (1333,3) (219,8) (-146,0) (377,4)
  • (.) t de Student
d1 désigne le vecteur des coefficients associés aux variables indicatrices de génération des hommes et d2 est le vecteur pour les femmes.
Les résultats établis confirment l’impression graphique des différences de concavité entre les sexes.
Les salaires déterminés à partir de ces équations servent ensuite au calcul des droits à la retraite selon les barèmes en vigueur, ou prévisionnels.
Dans une prochaine version du modèle, les salaires seront modélisés en mesurant à la fois l’influence des caractéristiques individuelles des salariés et l’influence des évolutions macroéconomiques sur les salaires au cours de ces cinquante dernières années. Dans l’intégration des caractéristiques individuelles, l’idée est d’ajouter dans la régression des variables indicatrices de sexe, de perception d’indemnité de chômage ou d’invalidité et de perception de cotisations à l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), et pour les variables macroéconomiques, de mesurer les effets de variables telles que le chômage, la productivité ou le salaire minimum (Debrand, Privat, 2002a).
â– â–  Module retraite
Le dernier module intègre toutes les règles de détermination du montant de la pension de retraite des nouveaux retraités ainsi que la revalorisation annuelle du montant des retraites, revalorisation basée sur l’évolution des prix. Les départs en retraite sont distingués en retenant la classification selon les quatre principaux types de pension attribués par le régime général : pension normale à taux plein et à taux réduit, pension d’ex-invalide, pension pour inaptitude et pension au minimum. Notons que le modèle prévoit également pour les pensions d’un faible montant, la possibilité d’un versement forfaitaire unique. En effet, depuis 1974, lorsque le montant annuel de la retraite calculée, y compris les majorations, est inférieur à un montant minimum (819,55 F, soit 124,94 euros, au 1er janvier 2000), un versement forfaitaire égal à quinze fois le montant annuel de la pension est substitué au versement de la retraite.
Quelques précisions sur les catégories particulières de droit personnel
La pension d’ex-invalide est accordée à 60 ans à un assuré qui perçoit une pension d’invalidité avant cet âge en raison d’un handicap réduisant ses capacités de travail ou de gain d’au moins deux tiers. Dans ce cas, l’assuré obtient le taux plein même s’il ne justifie pas de la durée d’assurance requise.
La pension pour inaptitude est attribuée entre 60 et 65 ans lorsque la capacité de travail ou de gain est réduite d’au moins 50 %. L’assuré obtient le taux plein quelle que soit sa durée d’assurance.
Le minimum contributif est destiné à porter la pension calculée à un montant minimum si elle est trop faible. Il peut être versé à toute personne d’au moins 60 ans, titulaire d’une retraite liquidée à taux plein, quelles que soient ses ressources. Il a pour but de valoriser les carrières longues à salaires modestes. Son montant (3 301,09 F, soit 503,25 euros par mois, en 2000) n’est servi intégralement que si les titulaires de la pension de vieillesse attribuée au taux plein justifient d’une durée d’assurance au régime général de 150 trimestres ; en deçà, il est proratisé en 150ème.
Le départ en retraite au titre de l’invalidité, de l’inaptitude et avec une pension normale à taux réduit s’effectue pour toutes les générations dans les mêmes conditions de départ que celles de la génération 1935 ( cf. tableau 3, p. 90).
Deux éléments conduisent au choix de cette hypothèse : la constance de la répartition des départs par catégorie de droit au cours de ces dernières années ; le fait que le durcissement des conditions d’obtention du départ au taux plein puisse inciter un certain nombre de personnes à se tourner vers un départ en retraite au titre de l’inaptitude ou de l’invalidité.

Tableau 3
Répartition des départs à la retraite selon l’âge et le type de pension pour les hommes de la génération 1935
IMGIMGTableau 3 
Répartition des départs à...IMGIMF
Tableau 3 Répartition des départs à la retraite selon l’âge et le type de pension pour les hommes de la génération 1935 Pension Pension Pension Pension Pension Âge normale normale au titre de pour au Total à taux plein à taux réduit l’invalidité inaptitude minimum 60 ans 47,0 % 6,2 % 7,5 % 7,0 % 7,3 % 75,0 % 61 ans 2,6 % 1,0 % 0,0 % 0,7 % 0,6 % 4,9 % 62 ans 1,7 % 0,5 % 0,0 % 0,5 % 0,4 % 3,1 % 63 ans 1,2 % 0,3 % 0,0 % 0,4 % 0,4 % 2,3 % 64 ans 1,0 % 0,4 % 0,0 % 0,3 % 0,5 % 2,2 % 65 ans 6,0 % 0,0 % 0,0 % 0,0 % 6,5 % 12,5 % Total 59,5 % 8,4 % 7,5 % 8,9 % 15,7 % 100,0 % Champ : Retraités de droit personnel. Note : Les départs à 65 ans regroupent tous les départs à 65 ans et plus. Source : Attributions des années 1995 à 2001, Cnav.
Attributions des années 1995 à 2001, Cnav.

Pour les autres types de droits (pensions normales au taux plein et pensions au minimum), le départ en retraite se fait selon la règle du départ au taux plein.
Enfin, le calcul des éventuelles majorations de 10 % pour trois enfants ou plus se fait de manière séparée, car celles-ci sont prises en charge par le Fonds de solidarité vieillesse (FSV) et progressivement transférées à la charge de la Caisse nationale des allocations familiales [8].
Le modèle va donc nous permettre entre autres de connaître la part des pensions au minimum sur les années de projection.
Certes, la catégorie des pensions « au minimum » représentée dans le modèle ne comprend que les retraites normales portées au minimum contributif et pas celles portées au minimum non contributif (allocation supplémentaire non simulée ici). Mais, l’analyse des flux des retraites sur les dernières années montre une diminution du nombre de bénéficiaires du minimum non contributif au profit des bénéficiaires du minimum contributif, en raison de l’amélioration des carrières, et en particulier des carrières féminines (Tourne, 2000).
 
â–  Premiers résultats du modèle
 
 
Avant d’exposer les premiers résultats du modèle, rappelons les modalités de la détermination de la pension de retraite dans le cadre de la législation actuelle [9] mise en place par la réforme de 1993.
â– â–  Le calcul de la retraite de base du régime général
La retraite de base du régime général de la sécurité sociale dont dépendent les salariés du secteur privé (de l’industrie, du commerce et des entreprises de services) est déterminée par la formule suivante :
La pension dépend de trois éléments :
  • le salaire annuel moyen de base brut perçu durant les dix meilleures années d’activité progressivement portées aux vingt-cinq meilleures années ;
  • le taux applicable à ce salaire ;
  • la durée d’assurance au régime général exprimée en trimestres, limitée à 150.
Le montant calculé est ensuite ajusté, si nécessaire, en fonction d’un maximum (plafond) et d’un minimum (minimum contributif).
Reprenons successivement chacun de ces éléments dans le détail.
Le salaire annuel moyen de base est calculé à partir des salaires sur lesquels l’intéressé a cotisé à l’assurance vieillesse, à savoir, les salaires bruts dans la limite du plafond de la sécurité sociale en vigueur l’année considérée. Les salaires sont revalorisés selon des coefficients réglementaires proches de l’évolution des prix.
Ensuite, les meilleures années de salaires parmi ces salaires actualisés sont choisies pour constituer le salaire de base qui servira au calcul de la retraite, puis le salaire de base est calculé sur la période de référence.
Le système de retraite distingue deux durées d’assurance : d’une part, la durée au régime général qui intervient dans le calcul final du montant de la pension servie, et d’autre part, la durée totale d’assurance (tous régimes confondus) qui sert à déterminer le taux de la pension.
Depuis le 1er janvier 1994, la durée retenue pour le calcul du salaire de base augmente progressivement d’une année par génération, pour passer des dix aux vingt-cinq meilleures années ( cf. tableau 4). À partir du 1er janvier 2008, le salaire de base sera calculé sur les vingt-cinq meilleures années de salaires revalorisés quelle que soit l’année de naissance.
La durée d’assurance au régime général intervenant dans le calcul final du montant de la pension servie par ce régime comprend les trimestres validés par cotisation à l’assurance vieillesse obligatoire ou volontaire, les reports de salaires forfaitaires de type AVPF ainsi que les périodes assimilées à des trimestres d’assurance. La durée d’assurance peut être majorée par les trimestres supplémentaires pour enfants des femmes assurées (majoration égale à deux ans par enfant à charge pendant au moins neuf de leurs seize premières années pour les mères de famille), les trimestres supplémentaires pour congé parental, les trimestres supplémentaires pour les assurés de plus de 65 ans ayant moins de 150 trimestres de cotisation au régime général (2,5 % par trimestre écoulé entre leur 65e anniversaire et le point de départ de leur pension avec un maximum de 150 trimestres).
Le taux de la pension (ou de liquidation) est déterminé en fonction de l’âge et de la durée d’assurance (tous régimes confondus) de l’intéressé : il peut varier entre 25 % et 50 % (taux maximum ou « taux plein »). Certaines périodes, bien que n’ayant pas donné lieu à cotisation, sont reconnues équivalentes et entrent dans l’appréciation de la durée d’assurance tous régimes. De 1993 à 2003, la durée d’assurance exigée pour l’ouverture dutaux plein est passée de 150 à 160 trimestres à raison d’untrimestre supplémentaire par génération et quarante années de cotisation sont désormais nécessaires pour obtenir le taux plein.
Le taux est déterminé en distinguant deux cas en fonction de l’âge. Entre 60 et 65 ans, les assurés qui justifient d’une durée d’assurance (tous régimes confondus) suffisante ont droit à une pension de vieillesse calculée au taux plein de 50 % et les assurés qui ne réunissent pas la durée requise obtiennent un taux minoré compris entre 25 et 50 %. À partir de 65 ans, le taux plein de 50 % est attribué systématiquement (même si la personne ne totalise pas le nombre de trimestres exigés).

Tableau 4
Nombre d’années retenues pour le calcul du salaire de base et durée d’assurance requise
IMGIMGTableau 4 
Nombre d’années retenues ...IMGIMF
Tableau 4 Nombre d’années retenues pour le calcul du salaire de base et durée d’assurance requise Nombre d’années Durée d’assurance Année des 60 ans Génération retenues requise (en trimestres) Avant 1994 Avant 1934 10 150 1994 1934 11 151 1995 1935 12 152 1996 1936 13 153 1997 1937 14 154 1998 1938 15 155 1999 1939 16 156 2000 1940 17 157 2001 1941 18 158 2002 1942 19 159 2003 1943 20 160 2004 1944 21 160 2005 1945 22 160 2006 1946 23 160 2007 1947 24 160 À partir de 2008 À partir de 1948 25 160

Toutefois, certaines catégories particulières d’assurés, tels que les inaptes ou les invalides, peuvent bénéficier du taux plein dès l’âge de 60 ans, quel que soit le nombre de trimestres dont ils peuvent justifier.
Pour tous les autres, dont le départ en retraite est effectué avec une durée inférieure à160trimestres, la pension est attribuée à taux réduit. Dans ce cas, le taux plein est affecté d’un coefficient de minoration déterminé soit en fonction du nombre de trimestres manquants par rapport à la durée requise (tous régimes et périodes reconnues équivalentes), soit du nombre de trimestres correspondant à la durée séparant l’âge auquel la retraite prend effet du 65e anniversaire. Le plus petit de ces deux nombres est retenu dans l’intérêt de l’assuré. Le taux de minoration est de 2,5 % par trimestre manquant : le taux de 50 % est donc diminué de 1,25 par trimestre manquant.
Le montant global calculé (avantages complémentaires non compris) est ensuite comparé au minimum contributif et au maximum des retraites [10]. Ce montant est éventuellement majoré de 10 % pour les personnes qui ont élevé trois enfants ou plus.
Le montant de la pension est ensuite revalorisé chaque année selon les barèmes en vigueur.
â– â–  La retraite des hommes
Comme nous l’avons mentionné précédemment, la microsimulation présente l’avantage de s’intéresser à la fois aux situations individuelles et aux agrégats (par sommation des situations individuelles); c’est ce double niveau de résultats que nous allons illustrer. Tout d’abord, nous concentrons notre attention sur les données globales (macroéconomiques) avec les départs en retraite et les effectifs totaux de retraités de 2001 à 2030. Ensuite, nous montrons que l’utilisation d’un tel modèle nous permet aussi d’obtenir des distributions de montants de pensions de retraite par exemple. Lorsque cela est possible, nous comparons ces premiers résultats avec les sources disponibles (statistiques exhaustives de la Cnav pour la période 1995-2002 ; modèle macroéconomique de la Cnav pour les données agrégées de la période de projection).
Les hypothèses macroéconomiques retenues pour la simulation sont proches de celles du rapport du Conseil d’orientation des retraites (Cor, 2002). Ici, nous prenons une évolution du salaire annuel moyen de 1,1 % en 2001 et 2002,1,3 % en 2003 et 1,6 % au-delà. Le taux de chômage évolue de 8,8 % à 5 % entre 2001 et 2030. L’indexation des pensions se fait sur les prix. La revalorisation des salaires servant de base au calcul de la pension et des montants de référence (AVTS, minimum contributif, versement forfaitaire unique) se fait aux mêmes dates et selon le même taux que les pensions.
Le graphique 4 donne le nombre de retraités masculins de droit personnel ainsi que la pension moyenne obtenus à partir du modèle de microsimulation. Il montre l’augmentation attendue de l’effectif des retraités avec l’arrivée à la retraite des générations du baby-boom. Ainsi, de 4,411 millions en 2001, la population des retraités du régime général devrait passer à 7,804 millions en 2030, soit subir une augmentation d’environ 80 %.
Ces résultats sont conformes aux chiffres observés par la Cnav ( cf. tableau5). L’écart entre les effectifs projetés et les effectifs observés en 2001 et 2002, est inférieur à 1 %. En 2001, le modèle donne 4,411 millions de retraités contre 4,416 millions de retraités observés.
Graphique 4
Retraites de droit personnel au régime général - Hommes
IMGIMGRetraites de droit personnel au régime général - H...IMGIMF
Modèle de microsimulation, Cnav.
Ces évolutions sont également semblables aux projections réalisées par la Cnav à l’aide de son modèle macroéconomique ( cf. tableau 5, p. 96), puisque l’écart entre les deux évaluations est de l’ordre de 1,5 % en moyenne sur la période. Le montant moyen annuel de la pension y compris la majoration de 10 % pour enfants à charge, passe de 2001 à 2002, de 6 702 à 6 802 euros [11] selon le modèle de microsimulation ( cf. graphique4). La comparaison avec les projections du modèle macroéconomique montre que ces résultats sont comparables, voire légèrement supérieurs. De plus, nous constatons que les taux de croissance moyens annuels des dépenses de retraite du modèle de microsimulation et du modèle macroéconomique sont très proches sur l’ensemble de la période de projection.
Outre des résultats macroéconomiques, le modèle de microsimulation permet d’obtenir des évolutions individuelles.

Tableau 5
Évolution des effectifs de retraités masculins de droit personnel de 2001 à 2030 : comparaison du modèle de microsimulation avec d’autres sources
IMGIMGTableau 5 
Évolution des effectifs d...IMGIMF
Tableau 5 Évolution des effectifs de retraités masculins de droit personnel de 2001 à 2030 : comparaison du modèle de microsimulation avec d’autres sources Modèle de Statistiques Modèle Années microsimulation exhaustives macroéconomique Écart (%) Écart (%) 2001 4,411 4,416 (-0,1) 2002 4,480 4,489 (-0,2) 4,551 (-1,6) 2010 5,425 5,543 (-2,2) 2020 6,755 6,801 (-0,7) 2030 7,804 7,939 (-1,7) Source : Cnav et modèle de microsimulation, Cnav.
Cnav et modèle de microsimulation, Cnav.

Le tableau 6 montre l’évolution des montants de pension au moment du départ en retraite selon les générations, les jeunes générations qui arrivent à l’âge de la retraite ayant des niveaux de salaire en moyenne plus élevés que leurs aînés (Baudelot, 1985).
Tous les quartiles de pension des générations 1945-1949 sont plus élevés que ceux des générations de dix ans leurs aînées. Nous observons aussi une légère diminution de la dispersion des retraites, mesurée par l’intervalle inter-quartile. La hausse des salaires a donc été assez bien partagée par tous les niveaux de salaire. Un tel résultat est intéressant dans la perspective d’une modification des conditions d’attribution des retraites.

Tableau 6
Quartiles de montants annuels de la pension personnelle à la date du départ en retraite - Hommes, en euros 2000 Intervalle
IMGIMGTableau 6 
Quartiles de montants ann...IMGIMF
Tableau 6 Quartiles de montants annuels de la pension personnelle à la date du départ en retraite - Hommes, en euros 2000 Intervalle Générations 1er quartile 2e quartile 3e quartile 4e quartile inter-quartile 1935-1939 2 207 6 998 10 245 12 803 1,1 1945-1949 3 140 7 489 10 563 13 547 1,0 Source : Cnav et modèle de microsimulation, Cnav.
Cnav et modèle de microsimulation, Cnav.

Connaître la distribution des âges de liquidation de la retraite est un élément important dans la mesure où elle permet de mieux évaluer que l’étude de l’âge moyen uniquement, l’effet de l’allongement de la condition de durée d’assurance pour obtenir le taux plein sur la date du départ en retraite.
Les hommes des générations 1935-1939 sont plus nombreux à avoir pris leur retraite à 60 ans que ceux des générations 1945-1949 ( cf. graphique 5). Si 68 % de la génération 1935-1939 est partie en retraite à 60 ans, cette proportion n’est plus que de 56% pour les générations nées dix années plus tard.
L’évolution inverse se retrouve à 65 ans avec un pourcentage de 11 points supérieur pour les générations 1945-1949 par rapport aux générations 1935-1939. Les phénomènes de l’allongement de la durée nécessaire pour obtenir le taux plein et le raccourcissement des carrières expliquent sans doute l’augmentation de la part des départs à 65 ans, qui se traduit par une augmentation de l’âge moyen de départ à la retraite.
Graphique 5
Âges de liquidation pour les hommes des générations 1935 à 1939 et 1945 à 1949
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Modèle de microsimulation, Cnav.
Les départs calculés par le modèle de microsimulation sont plus nombreux que ceux observés dans les statistiques de la Cnav :
d’une part, car le modèle exclut la possibilité d’un départ après 65 ans; d’autre part, car le modèle repose sur une règle de départ au taux plein. L’obtention systématique du taux plein à 65 ans implique que les personnes qui partent en retraite à cet âge constituent un ensemble de retraités plus hétérogène (carrières courtes, carrières longues) que celles qui prennent leur retraite avant cet âge.
Ces résultats préliminaires montrent la richesse des exploitations réalisables à l’aide du modèle de microsimulation. Il sera possible, entre autres, de décrire plus précisément les différentes sous-populations au sein des cotisants et des retraités du régime général d’assurance vieillesse, et d’estimer les effets des différentes mesures envisagées sur chacune d’entre elles.
 
â–  Conclusion
 
 
Le modèle de microsimulation des retraites du régime général est conçu pour être un complément important des projections réalisées actuellement au niveau macroéconomique par la Cnav.
Il s’agit d’un outil opérationnel d’évaluation de l’impact de réformes tant au niveau général qu’individuel. Grâce à ce modèle, il est possible de simuler les effets de différentes réformes envisagées sur le calcul de la retraite (poursuite de l’allongement de la durée d’assurance pour obtenir le taux plein, passage à la proratisation en 1/160, etc.) mais aussi les conséquences de réformes sur les modalités d’attribution des avantages familiaux.
Les simulations calées sur les statistiques de la Cnav sont construites de manière à pouvoir être interprétées aussi bien en termes de masse qu’en termes de distribution.
Ce modèle s’applique strictement aux cotisants et retraités du régime général, il est original dans le sens où il intègre les changements individuels de régime (régime général/autres régimes), et où sa logique de construction repose sur le principe d’être le plus représentatif possible des règles institutionnelles propres au régime général ainsi que de la diversité des droits versés par ce régime.
L’une des prochaines étapes de notre travail, sera consacrée à l’intégration simultanée des dimensions microéconomiques et macroéconomiques dans la détermination des salaires du modèle (Debrand, Privat, 2002a). Cette nouvelle équation offrira alors l’opportunité d’un bouclage macroéconomique qui fait souvent défaut dans beaucoup de modèles.
La combinaison des éléments micro et macroéconomiques dans l’équation de salaire nous permettra ainsi de connaître le salaire moyen d’un individu pour une génération donnée, d’observer l’élasticité du niveau des salaires par rapport aux variables macroéconomiques, et donc, de mieux prendre en compte les différents scénarios macroéconomiques prévus dans les projections sur les retraites.
Par la suite, grâce à la flexibilité du modèle, il sera aisé de simuler l’impact de variantes sur les différents paramètres et d’introduire de nouveaux éléments dans la spécification du modèle et dans ses sorties.
Nous souhaitons remercier tout particulièrement Didier Blanchet pour son aide précieuse tout au long de la construction de ce modèle, ainsi que Thierry Debrand, pour ses nombreux commentaires et suggestions.
 
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NOTES
 
[1]Les « référentiels nationaux », créés en janvier 1999, regroupent trois systèmes de base nationaux :le SNGI ou système national de gestion de l’identification (numéro de sécurité sociale et état civil complet des personnes), le SNGC ou système national de gestion des carrières et le SNGD ou système national de gestion des dossiers (état du traitement des dossiers pour chaque assuré quel que soit leur type :rachat, régularisation, annulation, reversement, liquidation de droit propre, de réversion ou d’un avantage complémentaire).
[2]Le plafond de la sécurité sociale sert de référence au calcul de l’assiette de cotisation pour le calcul de la pension de retraite ; il est revalorisé chaque année. Son montant est de 176 400 F (soit environ 26 892 euros) en 2000.
[3]La règle de validation au régime général impose d’avoir travaillé au moins 200 heures au Smic pour valider un trimestre de cotisation, dans la limite de quatre trimestres par an. Cette règle est implicitement fondée sur un emploi à mi-temps (253 heures de Smic). En 2000, le montant annuel du salaire minimum pour valider quatre trimestres est de 32 576 F (soit environ 4 966 euros).
[4]L’Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) est l’un des principaux avantages familiaux présents dans le système de retraite français. Ce dispositif permet aux bénéficiaires de certaines prestations familiales (telles que l’allocation pour jeune enfant, l’allocation parentale d’éducation, le complément familial, etc.) de bénéficier gratuitement de cotisations à l’assurance vieillesse afin de compenser leur réduction d’activité, aussi bien au niveau de la durée d’assurance que du salaire (pour plus de détails, voir Bonnet, Chambaz, 2000).
[5]Certains le font uniquement au moment de la liquidation de la retraite par l’assuré.
[6]Les droits propres sont les droits acquis au titre de l’activité au régime général par opposition aux droits dérivés acquis en tant que conjoint.
[7]Voir rubrique « Faits et chiffres » de ce numéro, ( cf. Mélanie Glénat, 2003, « Table de mortalité du régime général 1998-1999 », pp.192-203).
[8]Le Fonds de solidarité vieillesse (FSV) créé en 1993, est destiné à contribuer à la résorption des difficultés financières des régimes de retraite. Son rôle principal et permanent est d’assurer le financement d’avantages vieillesse à caractère non contributif relevant de la solidarité nationale.
[9]Au moment de la rédaction de cet article en mars 2003.
[10]Le maximum est égal à 50 % du salaire plafond soumis à cotisation en vigueur à la date d’effet de la retraite.
[11]Montants exprimés en euros 2000.
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L’Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) est l’un...
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Certains le font uniquement au moment de la liquidation de ...
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Le Fonds de solidarité vieillesse (FSV) créé en 1993, est d...
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Au moment de la rédaction de cet article en mars 2003. Suite de la note...
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Le maximum est égal à 50 % du salaire plafond soumis à coti...
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Structure du modèle
Salaires médians annuels bruts plafonnés, par génération - Hommes
Salaires médians annuels bruts plafonnés, par génération - Femmes
Retraites de droit personnel au régime général - Hommes
Âges de liquidation pour les hommes des générations 1935 à 1939 et 1945 à 1949