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AuteursArnauld D’yvoire du même auteur
Observatoire des retraites■ La réforme des retraites dans les Peco : réalités, modèles et perspectives
Après avoir longtemps laissé en l’état leurs systèmes de retraite, les pays d’Europe centrale et orientale (Peco) ont entrepris de les réformer en profondeur depuis un peu plus de dix ans.
2 Cette volonté politique répondait à une triple nécessité : épurer le passif légué par les régimes communistes, relever le défi du vieillissement démographique, faciliter le processus d’intégration à l’Union européenne. Les réformes, engagées dans des conditions économiques difficiles et aggravées par les conséquences de la « transition » vers une économie de marché, se caractérisent par l’adoption de solutions qui obéissent aux mêmes orientations générales mais dont les contours précis diffèrent d’un pays à l’autre.
3 Après la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique a imposé son modèle de protection sociale aux pays de l’Est qui, depuis le début du XXe siècle, avaient institué des systèmes d’assurance de type bismarckien. Des régimes centralisés et étatisés leur succédèrent ; le principe d’assurance fut abandonné et, avec lui, la logique contributive. Seules les entreprises acquittaient des cotisations, l’État se réservant l’exclusive responsabilité de distribuer les prestations de vieillesse et d’en déterminer les modalités d’attribution et le montant. Leurs conditions d’octroi s’avéraient relativement libérales, tant pour la retraite que pour l’invalidité. Alors que les taux de remplacement variaient en fonction de la pénibilité supposée du travail, des pensions exorbitantes du droit commun étaient versées aux fonctionnaires les plus dévoués aux pouvoirs en place. Tous les pays autorisaient un âge précoce de départ en retraite : il se situait en général à 60 ans pour les hommes et à 55 ans pour les femmes. Quant aux durées de travail exigées, elles étaient particulièrement faibles : de 20 à 25 ans selon le sexe en Bulgarie, en Pologne et en Tchécoslovaquie. Enfin, bien que les périodes de référence servant au calcul du montant de la pension fussent différentes selon les pays, elles étaient partout constituées des meilleures années de salaire perçu au cours d’une période récente. Somme toute, les systèmes des retraites dans les Peco pouvaient apparaître très favorables par rapport à ceux de l’Europe de l’Ouest. Encore faut-il relativiser. En effet, le niveau global de l’effort social exprimé en points de PIB atteignait à peine, à la fin des années soixante, celui des nations les moins développées de l’OCDE.
4 Au début de la décennie suivante, les pays de l’Est amorcent un cycle de récession économique. Il va à la fois contribuer à dégrader les régimes de retraite et à mettre en évidence leur sclérose. Dans la mesure où les mécanismes d’indexation sur les prix n’existaient pas, les prestations de long terme se montraient particulièrement sensibles à l’inflation. Or, la crise économique qui débute dans les années soixante-dix se caractérise, entre autres, par une augmentation très importante des prix. D’où une paupérisation des titulaires de pension de vieillesse et d’invalidité.
5 Ainsi, en Hongrie, le pouvoir d’achat des retraités a diminué d’environ un tiers entre 1977 et 1984[1] [1] Sauf indication contraire, les statistiques économiques...
suite. Partout, un nombre croissant de personnes sont tombées en dessous du seuil de pauvreté. Concomitamment, le versement des pensions a mobilisé une proportion toujours plus élevée des ressources disponibles. Et ce, pour trois raisons. D’abord, la couverture sociale de la vieillesse a été élargie à des catégories sociales qui en étaient auparavant exclues, tels les agriculteurs et les professions libérales. Ensuite, le vieillissement de la population a engendré une augmentation considérable du nombre de bénéficiaires et une dégradation du rapport cotisations/prestations. Enfin, les conditions d’attribution très généreuses des pensions ont conduit à une baisse continue de l’âge effectif des départs en retraite. Ainsi, en 1989,29 % des Roumains étaient retraités alors que les plus de 60 ans représentaient à peine 16 % de la population. C’est seulement à partir de 1980 – réaction tardive aux conséquences de la crise économique sur le marché du travail – que les possibilités de cumuler retraite et emploi ont été restreintes. Si la crise économique persistante a provoqué de graves difficultés structurelles et financières pour les systèmes de retraite, elle a aussi contribué à jeter une lumière crue sur l’archaïsme de leur gestion. Les institutions de protection sociale des Peco ne disposaient pas d’organes planificateurs efficaces ; la gestion des prestations n’était pas informatisée, ce qui provoquait des retards répétés dans leur paiement. Quant à l’absence de comptes individuels, elle rendait encore plus aléatoire le traitement manuel des dossiers.
6 Même si les populations des Peco demeurent encore jeunes quand on les compare à la norme européenne, elles connaissent aujourd’hui un vieillissement qui est appelé à s’accentuer dans l’avenir et qui donne une justification supplémentaire aux réformes amorcées au début des années quatre-vingt-dix. En 1960, les pourcentages de la population de plus de soixante ans étaient compris entre 9,4 % en Pologne et 15,1 % en Estonie.
7 En 2000, c’est la Slovaquie et la Pologne qui comptaient le moins de personnes de cet âge (respectivement 15,4 % et 16,6 % contre 10,5 % et 9,4 % en 1960) et la Bulgarie qui en comptait le plus (21,7 % contre 11,4 % en 1960). Dans les autres pays, on relevait des chiffres de l’ordre de 18 % à 20 %. Dans le même temps, l’importance des générations de moins de quinze ans s’est restreinte. En 1960, elles représentaient entre 22% de la population en Lettonie et 33,4% en Pologne. En 2000, ces chiffres se situaient entre 15,8 % en Bulgarie et en Slovénie et 19,6 % en Slovaquie. Les pays baltes sont les moins touchés par la diminution du nombre de personnes de moins 15 ans. Même si, dans les quarante dernières années, il a baissé de 18 % en Estonie, de 21 % en Lettonie et de 27 % en Lituanie, la chute a été encore plus sévère dans les autres Peco : 33 % en Hongrie, 35 % en Roumanie, 37 % en République tchèque, 39 % en Bulgarie, 41 % en Slovaquie, 42 % en Slovénie et en Pologne.
8 En dépit d’une politique favorable à l’accueil de l’enfant et de prestations familiales d’un bon niveau, en dépit également, dans certains pays comme la Pologne et la Slovénie, de l’influence de l’éthique catholique, les indices synthétiques de fécondité ont connu une dégradation sensible entre 1960 et 2000. Ils sont passés de 2,18 à 1,14 enfant par femme en Bulgarie, de 2,65 à 1,46 en Pologne, de 2,21 à 1,18 en République tchèque, de 2,32 à 1,24 en Slovénie. Même si les prévisions font apparaître une remontée de la fécondité à partir de 2010-2015, le vieillissement se poursuivra pendant les cinq prochaines décennies.
9 Parallèlement, au cours des quarante dernières années, les taux de mortalité infantile ont connu une régression spectaculaire. Mais ils restent encore (sauf en République tchèque et en Slovénie : 6‰) à un niveau très élevé par rapport à ceux rencontrés en Europe de l’Ouest et du Nord : 9 ‰ en Slovaquie, 10‰ en Hongrie et en Pologne, 11 ‰ en Lituanie et en Estonie et jusqu’à 15 ‰ en Bulgarie, 16 ‰ en Lettonie et 22 ‰ en Roumanie[2] [2] En 2002, les taux de mortalité infantile s’établissaient...
suite. Dans l’avenir – entre 2030 et 2050 suivant les pays –, les améliorations apportées tant aux conditions d’alimentation et d’hygiène qu’à la distribution de soins pourraient permettre aux Peco – la Roumanie mise à part – d’afficher des taux de mortalité infantile comparables à ceux enregistrés aujourd’hui en Europe de l’Ouest.
10 Ces évolutions se sont accompagnées d’une élévation de l’espérance de vie à la naissance qui a surtout concerné les femmes. Encore convient-il de nuancer et de distinguer entre les pays. C’est en Slovénie que les gains ont été les plus forts (5 ans pour les hommes et 6,6 ans pour les femmes entre 1960 et 2000).
11 Le rythme fut moins soutenu ailleurs. Surtout, dans les pays baltes, en Hongrie et en Bulgarie, l’espérance de vie des hommes a diminué entre 1980 et aujourd’hui. Les statistiques font ressortir qu’en 2000, l’espérance de vie féminine se situait entre 78,6 ans en Slovénie et 73 ans en Roumanie; celle des hommes était comprise entre 71,1 ans en Slovénie et 63,7 ans en Lettonie. Dans les années à venir, on observera partout une augmentation de l’espérance de vie et, sauf exception, une accélération de son rythme. En 2040, la Slovénie devrait toujours se tenir à la première place (78,2 ans pour les hommes et 84,6 ans pour les femmes) et l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie occuper les trois dernières (respectivement 73,9 ; 73,8 et 75,6 ans pour les hommes et 81; 80,8 et 81 ans pour les femmes).
12 La période de transition qui a commencé avec l’effondrement du bloc soviétique a eu pour conséquence quasi immédiate d’aggraver profondément la crise économique apparue dans les années soixante-dix. Les résultats cumulés de la croissance entre 1990 et 1992 révèlent une chute du PIB de 17,5 % en Hongrie, 19 % en Pologne, 34 % en République tchèque et en Roumanie; 48 % en Bulgarie et 53 % en Lituanie. Plusieurs facteurs ont contribué à cette situation : l’effondrement du Comecon – le marché commun des pays de l’Est – qui constituait le débouché principal, sinon exclusif, des productions d’Europe de l’Est ; la vétusté et la faible compétitivité des appareils productifs ainsi que leur inadaptation à la demande ; l’ouverture à l’économie de marché et les privatisations qui ont conduit à de très nombreuses faillites d’entreprises et à des coupes claires dans les effectifs.
13 D’où des taux de chômage importants pouvant atteindre 20 % de la population active, voire les dépasser pour les moins de 25 ans; d’où également le recours à des formules de retraite anticipée, ces deux phénomènes pesant mécaniquement sur le ratio de dépendance bénéficiaires/cotisants. De surcroît, la libération des prix a été à l’origine d’une inflation d’une ampleur inégalée (entre 1990 et 1992, elle fut de 92 % en République tchèque, 114 % en Hongrie, 437 % en Roumanie, 690 % en Bulgarie et 1555 % en Pologne). Celle-ci a considérablement réduit le pouvoir d’achat des pensions de vieillesse et d’invalidité malgré des mesures – insuffisantes – de revalorisation. Les personnes âgées formaient le plus gros contingent des populations vivant au-dessous du seuil de pauvreté.
14 Un tel contexte rendait difficile une réforme des systèmes de retraite, pourtant urgente et nécessaire. D’autant que la plupart des Peco aspiraient à intégrer l’Union européenne, ce qui sera effectivement le cas en 2004 pour les pays baltes, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie, l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie étant prévue en 2007.
15 Le processus d’élargissement a été initié lors du Conseil européen de Copenhague en décembre 1992 qui a admis la vocation des Peco à intégrer l’Union européenne sous réserve, entre autres, qu’ils se dotent d’institutions démocratiques stables et que leurs économies de marché soient fiables. À l’époque également, l’Europe préconisait à ses États membres la consolidation de systèmes de protection sociale financièrement viables dans le temps, fondés sur la solidarité et réservant à leurs bénéficiaires des prestations d’un bon niveau. La perspective de l’adhésion des Peco a permis de dessiner plus finement les contours de cette orientation déjà ancienne et confirmée par le sommet de Lisbonne. Ce dernier s’est concrétisé par la création d’un Comité de protection sociale, à l’été 2000, et d’une procédure de suivi au niveau européen connue sous le nom de « méthode ouverte de coordination » (Moc)[3] [3] Sur la Moc, cf. Retraite et Société, n° 39, juin...
suite. La même année, la Commission, soulignant l’importance des retraites publiques à l’intérieur des systèmes de sécurité sociale, a demandé aux États membres de renforcer l’équité et la solidarité entre générations. Elle les a également invités à répondre, dans le cadre de la Moc, à un questionnaire établi en commun et relatif aux réformes engagées ou envisagées.
16 Sur la base de ce questionnaire, les pays de l’Union ont établi leurs « rapports de stratégie nationale » qui ont été transmis à la Commission en septembre 2002. Celle-ci a établi un projet de rapport conjoint « sur des retraites viables et adéquates », adopté par le Conseil européen de mars 2003 et naturellement opposable aux Peco.
17 Dès décembre 2000, le Conseil européen de Nice avait adopté un agenda social pour la période 2000-2006 qui traçait également les lignes directrices d’une stratégie sociale dans le cadre de l’élargissement. Il y était notamment affirmé que l’Union « doit résolument appuyer les efforts engagés par les pays candidats pour adapter et transformer leurs systèmes sociaux et favoriser la mise en place d’un processus de convergence dans le progrès.
18 Non seulement ils font face aux défis majeurs de l’adaptation de leurs systèmes, mais ils sont également confrontés à la plupart des problèmes auxquels s’attaquent les États membres actuels de l’Union européenne. Il est donc nécessaire de prendre en compte la perspective de l’élargissement dans l’ensemble des domaines de la politique sociale » (Conseil de l’Union européenne, 2002a, paragraphe 23). Au moment où cette déclaration est publiée, les Peco commencent à sortir du marasme économique dans lequel ils étaient plongés : la reprise de la croissance et une baisse significative du chômage se sont fait sentir à partir de 1993-1995 et confèrent une certaine crédibilité aux réformes en gestation ou déjà entamées. Dans le cadre de cette transformation des systèmes de protection sociale, l’Union invite fortement les pays concernés par l’éventualité d’une adhésion à s’inspirer des valeurs sociales communautaires : garantir à tous les citoyens européens un niveau social approprié.
19 En outre, le recalibrage des États providence, rendu indispensable par la mondialisation de l’économie, ajoute une dimension supplémentaire aux mutations déjà radicales que connaissent les Peco. Les États membres de l’Union sont eux-mêmes engagés dans la réforme de leurs systèmes de protection sociale, l’idée centrale étant de renforcer la partie « active » de l’État providence pour continuer à garantir aux individus la protection sociale qu’ils ont acquise. La stratégie de coopération entre États membres, l’encouragement à la réflexion collective qui constituent les conditions de cette garantie ont normalement vocation à déboucher sur un dialogue avec les pays candidats.
20 Les premières réformes ont concerné les systèmes publics de retraite. L’assurance vieillesse a été séparée du budget des États, une contribution salariale a été introduite pour rétablir la logique commutative disparue dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. De plus, l’âge de la retraite (qui, rappelons-le était généralement fixé à 55 ans pour les femmes et à 60 ans pour les hommes) a été repoussé et les durées d’assurance augmentées.
21 Enfin, diverses dispositions ont visé à décourager les préretraites et (ou) à prolonger l’activité professionnelle au-delà de l’âge légal de la retraite. Parallèlement, dès 1994, en Hongrie et en République tchèque, des fonds de pensions à abondement libre ont fait leur apparition, en marge du système de répartition.
22 Ces mesures d’assainissement et de clarification étaient nécessaires mais pas suffisantes. Pour assurer durablement l’équilibre financier des régimes, il était difficile de reculer de manière plus significative l’âge légal de la cessation d’activité dans des pays où l’espérance de vie n’est pas très élevée. Il était également impossible de décréter une diminution tendancielle du niveau – déjà faible – des pensions. Cela aurait d’ailleurs été contraire aux préconisations de l’Union européenne. La plupart des Peco ont alors opté pour une architecture associant la répartition et la capitalisation, suivant en cela le système des trois « piliers » recommandé par la Banque mondiale.
23 Le premier pilier – public – financé par des cotisations patronales et ouvrières, fondé sur le principe de la répartition, et influencé par une logique d’assistance, assure le service d’une prestation de base. Le second pilier – obligatoire, comme le précédent – repose sur la capitalisation à travers la création de fonds de pensions privés qui peuvent prendre la forme de régimes professionnels ou sectoriels ou bien encore de plans individuels de retraite. Ce pilier est financé par un pourcentage du salaire brut du cotisant : 9 % en Pologne, 6 % en Hongrie. Un troisième pilier à contribution volontaire est destiné à augmenter le niveau de retraite des personnes qui peuvent y consacrer une épargne supplémentaire.
24 En définitive, cet édifice a vocation à combiner deux objectifs : d’une part, couvrir le risque vieillesse par la redistribution; la croissance économique en assurant un lien entre les dispositifs de capitalisation, l’accroissement de l’épargne collective et le développement des richesses nationales.
25 Ce modèle diffère notablement de ceux qui prévalent dans les pays qui forment aujourd’hui l’Union européenne. Ceux-ci connaissent deux modèles, celui dit « bismarckien » car inspiré par le système mis en place par Bismarck en Allemagne à la fin du XIXe siècle, et celui dit « beveridgien », car inspiré du rapport de 1942 de Lord Beveridge. Le modèle « bismarckien » fut celui des Peco avant la soviétisation. Il repose sur des régimes de base en répartition assurant une retraite suffisante pour la plus grande partie de la population. Le modèle « beveridgien » se rapproche davantage de celui que prône la Banque mondiale en ce sens que le régime de base, uniforme pour toute la population, n’assure qu’une retraite forfaitaire et minimum. D’importants régimes complémentaires en capitalisation se sont donc développés dans les pays « beveridgiens », le plus souvent dans un cadre professionnel. Mais, à l’exception de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, tous les États de l’Europe des Quinze ont développé des systèmes de retraite ambitieux et adhèrent à un « modèle social européen » qui postule un haut niveau de retraite. L’arrivée des nouveaux États membres va modifier cet équilibre. La Banque mondiale qui, dans l’ensemble, estime insuffisantes les réformes initiées par les quinze États membres, espère que l’intégration à l’Europe des nouveaux États dynamisera les « anciens » en les rendant plus conscients des alternatives possibles[4] [4] Pension Reform in Europe : Process and Progress, Banque...
suite. Elle oppose leurs réformes « paramétriques » qui réduisent le régime de base en répartition sans le remettre en cause, aux réformes « paradigmatiques » qui produisent un basculement des systèmes par répartition vers des systèmes par capitalisation obligatoire.
26 Dès lors, une question se pose : sous quelle forme et dans quelles conditions les candidats à l’intégration tiendront-ils leur engagement à transposer l’acquis communautaire à l’intérieur de leurs frontières ? Au-delà de cette interrogation, et toujours dans la perspective de l’élargissement, est soulevé le problème de la capacité de « résistance » des régimes par répartition des pays d’Europe de l’Ouest et du Nord à « l’offensive » du modèle libéral[5] [5] Cf. à ce sujet, l’entretien avec Henri Lourdelle, conseiller...
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27 L’avancée sur la voie des réformes est variable selon les Peco et leur adhésion plus ou moins forte à l’une ou à l’autre des deux options qui leur sont proposées explique une architecture composite. Aujourd’hui, la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie et la Pologne ont mis en place les trois piliers. La Hongrie a été la première à finaliser cette construction institutionnelle en 1998, suivie par la Lettonie et la Pologne. Dans ces deux derniers pays, le pilier public est devenu un régime de cotisations notionnellement définies, à l’instar du modèle suédois. Les contributions sont fictivement capitalisées à un taux virtuel indexé sur les prix. Les prestations sont calculées selon le volume de cotisations accumulées, augmenté du rendement des investissements sur la durée. Le montant ainsi évalué est ensuite « corrigé » en fonction de l’espérance de vie au moment du départ à la retraite.
28 Ces nouveaux systèmes ont été mis en place progressivement car, dans leur phase initiale, ils représentent un surcoût pour les économies nationales puisqu’il leur faut préfinancer le régime par capitalisation tandis que les États continuent à honorer le service des prestations acquises dans le cadre de la répartition. Bien que d’abord accueillies avec réticence par les intéressés, les réformes, soutenues par la reprise de la croissance économique, ont, semble-t-il, finalement, été bien acceptées par les populations.
29 En termes d’actifs, le second pilier représentait en 2002,2,5 % du PIB en Pologne et 1,4 % en Hongrie. D’après la Banque mondiale, ils devraient atteindre 30 % du PIB en 2020 dans l’ensemble des Peco.
30 Ce second pilier n’existe pas encore en Lituanie, en Roumanie et en Slovaquie où des projets de loi sont toutefois à l’étude ou sur le point d’être adoptés. Mais il n’est pas à l’ordre du jour en Slovénie et en République tchèque qui restent attachées au modèle bismarckien. Cela illustre bien que les Peco ne se conforment pas à un modèle unique[6] [6] Cette diversité est particulièrement bien mise en valeur...
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31 Le présent numéro de Retraite et Société n’a pas pour ambition d’analyser de manière exhaustive les voies empruntées par chaque pays pour réformer son système de retraite. Il a semblé préférable de présenter d’abord une vue d’ensemble et transversale des principales problématiques, d’apporter ensuite un éclairage, à partir d’analyses de cas, sur des thèmes moins souvent abordés : la dynamique du revenu des pensionnés, l’attitude des hommes et des femmes face à la retraite, enfin de décrire la situation particulière d’un pays, en l’occurrence la Roumanie.
32 La première contribution de Winfried Schmähl et Sabine Horstmann, « Protection sociale des personnes âgées en Europe centrale et orientale : généralités et contexte économique et démographique », commence par identifier les caractéristiques des régimes de retraite avant la transition. Puis elle propose un cadre systémique qui permet d’appréhender les différents paramètres (politiques et administratifs, économiques et démographiques) susceptibles de déterminer les principales options offertes aux acteurs d’une réforme de la protection sociale des personnes âgées. Pour terminer, et puisque les systèmes publics restent au cœur des systèmes de retraite, les auteurs soulignent l’importance des ratios de dépendance et analysent les facteurs qui peuvent les faire évoluer.
33 Leur second article, « Réformes de la protection sociale des personnes âgées en Europe centrale et orientale : évolutions récentes », s’intéresse au contenu des réformes engagées qui, sous la pression des contraintes économiques, ont d’abord concerné le premier pilier : abolition des privilèges, séparation des budgets de l’État et de la protection sociale, relèvement de l’âge de la retraite, resserrement du lien entre contribution et prestations, introduction en Lettonie et en Pologne de comptes notionnels à cotisations définies. Les auteurs expliquent, ensuite, les raisons qui ont conduit la plupart des Peco à faire une place à la capitalisation et dressent un premier bilan des réformes adoptées.
34 Ils concluent par une réflexion sur l’influence de l’élargissement de l’Union européenne et sur les modalités de mise en œuvre de ces réformes.
35 Dans « Hommes et femmes : attitudes face à la retraite dans les États providence en transition », Jay Ginn constate en premier lieu que le taux d’emploi des personnes de plus de cinquante ans est plus faible dans les Peco que dans le reste de l’Europe, et que les femmes y cessent plus tôt leur activité professionnelle que les hommes. Cependant, pour aucun des deux sexes, la retraite ne résulte d’un choix. Cette contribution rappelle alors qu’un des objectifs des réformes est d’augmenter le taux d’activité dans la tranche d’âge 50-64 ans. Mais en fait, l’insuffisance d’emplois adaptés à cette population comme les conditions restrictives d’accès à la retraite récemment introduites menacent d’accroître les difficultés des personnes « les moins dotées en capital humain » et de réduire l’indépendance de la femme par rapport à la famille.
36 Les hommes, précise l’auteur, expriment volontiers une conception utilitaire du travail et, même s’ils disent l’exercer dans des conditions difficiles, souhaiteraient y consacrer plus de temps.
37 Parallèlement, comme les femmes (auxquelles incombe la plus grosse part des tâches domestiques), ils aimeraient toutefois être plus disponibles pour leur famille.
38 Traitant de « La dynamique du revenu des pensionnés en Slovénie » entre 1983 et 1999, Natasa Kump et Tine Stanovnik montrent que le niveau relatif des pensions a constamment augmenté en raison de leur indexation sur la croissance du salaire net moyen. Malgré tout, les retraités – particulièrement les femmes seules – et, plus généralement, la population de plus de 60 ans, connaissaient un risque de pauvreté supérieur à celui auquel était confronté l’ensemble de la population. En outre, dès le début de la transition, la croissance du chômage et le recours aux formules de retraites anticipées ont lourdement pesé sur l’équilibre des comptes sociaux ; la part de PIB consacrée au paiement des pensions a ainsi fini par devenir, à la fin de la période considérée, l’une des plus élevées d’Europe. Bien qu’étalées dans le temps, les modifications profondes introduites par la réforme de 1999 provoqueront une baisse du pouvoir d’achat des retraites et risquent d’aggraver la menace de précarité pesant sur les pensionnés. Les auteurs notent cependant que les écarts de revenus parmi les retraités continueront à s’atténuer.
39 Les réformes se poursuivent donc suivant des dynamiques et à des rythmes divers qui dépendent étroitement des croissances économiques, de l’efficacité de la lutte contre le chômage et de la capacité d’épargne des populations actives. Quoi qu’il en soit, il s’agit de programmes de long terme. D’une part, en effet, leur réussite est également soumise à l’acceptation par l’ensemble des opinions publiques d’un bouleversement dans la manière de « penser la retraite ». D’autre part, techniquement, il faudra du temps pour assurer une gestion administrative efficace des comptes retraite individuels et pour établir solidement les règles de fonctionnement des fonds de pensions. Cependant, d’ores et déjà, deux questions se posent. Premièrement, l’observation des taux de remplacement offerts par l’assurance vieillesse montre que les écarts de niveau de couverture se creusent au sein des pays en transition. Quels seront donc les effets de l’accentuation des clivages sociaux et de la précarisation accrue d’une fraction non négligeable des populations ? Deuxièmement, si la réforme mixte des systèmes permet de « diversifier » les inconvénients de la répartition et de la capitalisation, n’induit-elle pas des effets lourds de conséquences, notamment une diminution de l’importance relative des piliers publics qui est de nature à affecter leur viabilité à moyen terme et à accroître les inégalités sociales ?
Notes
[ 1] Sauf indication contraire, les statistiques économiques sont tirées d’Eurostat et les statistiques démographiques de World Population Prospects (ONU, révision 2000).
[ 2] En 2002, les taux de mortalité infantile s’établissaient en moyenne à 4 ‰ en Europe occidentale et à 5 ‰ en Europe septentrionale, les pays baltes étant compris dans cette dernière statistique. Source : Insee, Population et Sociétés, juillet-août 2003.
[ 3] Sur la Moc, cf. Retraite et Société, n° 39, juin 2003, p.200-211.
[ 4] Pension Reform in Europe : Process and Progress, Banque mondiale, 2003.
[ 5] Cf. à ce sujet, l’entretien avec Henri Lourdelle, conseiller social à la Confédération européenne des syndicats (p.148).
[ 6] Cette diversité est particulièrement bien mise en valeur dans l’ouvrage dirigé par Elaine Fultz, La réforme des pensions en Europe centrale et orientale, Bureau international du travail, 2002.
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Arnauld d’Yvoire et al. « Avant-propos », Retraite et société 1/2004 (no 41), p. 4-15.
URL : www.cairn.info/revue-retraite-et-societe-2004-1-page-4.htm.





