Les emplois « post-carrière » aux États-Unis : un bilan des connaissances
Frédéric Lesemann
Julie BEAUSOLEIL
Les travaux de recherche américains consacrés au phénomène de l’emploi «post-carrière» mettent en évidence le nombre croissant de personnes possédant un
statut à la fois de retraité et d’actif sur le marché du travail, sachant que ce double
statut se décline en une variété de modalités. Lesfrontières entre travail et retraite
sont de plus en plus floues et elles témoignent d’une diversité croissante des
parcours professionnels individuels.
Après avoir identifié divers facteurs structurels et institutionnels qui contribuent à
expliquer cet essor de l’emploi «post-carrière», cet article synthétise les principaux
résultats des recherches autour du constat d’une forte différenciation sociale entre
trois ensembles de travailleurs: les «précaires», les «compétitifs» et les «protégés»,
eux-mêmes traversés par des dynamiques de genre et de «race» spécifiques. Pour
chacun de ces ensembles, les facteurs de ressources financières, de scolarité et de
type de carrière professionnelle, dessinent des rapports à l’emploi «post-carrière»
très distincts. Pour les premiers, largement majoritaires, il s’agit d’un retour à
l’emploi «obligé», dans des conditions encore plus défavorables que celles qu’ils
ont connues durant leur vie active. Pour les seconds, les avantages matériels et
symboliques qu’ils ont connus durant leur carrière tendent à se cumuler, ce qui les
amène à trouver dans leur emploi «post-carrière» non seulement des revenus
importants, mais aussi beaucoup de sens et de satisfaction. Pour les derniers, leurs
conditions de travail particulièrement favorables au plan de la protection sociale
dont ils ont pu bénéficier, et dont ils vont pouvoir continuer à bénéficier une fois
arrivés au terme de leur carrière, tend à les écarter de l’emploi «post-carrière»,
malgré le haut niveau de scolarité et de compétences qui est généralement un gage
de retour à l’emploi, une fois la carrière achevée.
American research into “post-career” employment reveals the growing number of
people with dual status – both retired and active – on the job market, and this dual
status takes a variety of forms. The frontiers between work and retirement are
becoming more fuzzy, and reflect the increasing diversity of individual working
careers.
After identifying various structural and institutional factors which partly account for
this boom in “post-career” employment, the article summarizes the main research
findings which highlight the strong social differentiation between three different
groups of workers: the “precarious”, the “competitive” and the “protected”, each
characterized by specific gender and “race” profiles. For each of these groups, the
factors of income, education and career history give rise to very different “postcareer” employment patterns. Workers in the first group – the vast majority – are
often “forced” to return to work, under conditions even less advantageous than
those experienced during their working life. For the second group, the material and
symbolic benefits acquired during their career are accrued, so that their “postcareer” job offers not only a high income, but also meaning and satisfaction. For
the third group, the high level of social benefits associated with their job, both
during their working life and after retirement, tends to limit the number of
individuals taking up “post-career” employment, despite a high level of education
and skills that generally favours a return to the job market at the end of a working
career.
• ■ L’emploi « post-carrière » :
un phénomène en plein essor
— ■ Quelques données démographiques
— ■ «Retraite» et emplois «post-carrière»
— ■ Les différents emplois «post-carrière»
— ■ Le cadre institutionnel et les raisons du phénomène
• ■ La diversité des itinéraires
d’emplois « post-carrière »
— ■ Les travailleurs «précaires» très largement majoritaires
— ■ Des «compétitifs» minoritaires
— ■ Les « protégés », catégorie différente
de celle des «compétitifs»
• ■ Conclusion
• ■ Bibliographie