Retraite et société
La Doc. française

I.S.B.N.sans
272 pages

p. 4 à 7
doi: en cours

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no 45 2005/2

2005 Retraite et société

Avant-propos

Guy Desplanques Insee
Le constat est devenu une antienne : à l’instar de tous les pays développés, la France vieillit. Et ce, malgré une fécondité relativement élevée depuis quelques années. Cela s’explique par l’augmentation continue de l’espérance de vie. En 2004, elle a dépassé pour la première fois 80 ans à la naissance, les deux sexes confondus. À soixante ans, une femme peut espérer vivre 26,5 ans, soit 7,7 ans de plus qu’en 1954, un homme 21,5 ans soit 6 ans de plus qu’en 1954. Si les femmes vivent donc plus longtemps que les hommes, l’allongement de la durée de vie les concerne également : 83,8 ans pour les premières, 76,7 ans pour les seconds. Cette progression est une tendance « lourde » depuis deux siècles et demi, interrompue par les guerres napoléoniennes et les conflits de 1870,1914-1918 et 1939-1945. Aujourd’hui, alors que la mortalité infantile atteint des niveaux très bas (3,9 pour mille en 2004), l’espérance de vie progresse en raison de l’abaissement de la mortalité adulte.
Si l’on a ainsi insisté en introduction de ce volume sur l’allongement de la durée de vie, c’est qu’il pose pour l’avenir un problème majeur pour la protection sociale, celui de la prise en charge de la dépendance. Reste que derrière l’anonymat des statistiques, se cachent des réalités humaines fort différentes et l’on observe que le recul de la mortalité a accru la diversité des modes de vie des personnes âgées. En effet, il n’y a pas grand chose de commun entre le cadre de 64 ans, vivant en ville, exerçant son emploi, dont les enfants terminent leurs études et dont la mère vit encore chez elle, et la femme de 88 ans, résidant à la campagne, dans l’attente de nouvelles de ses enfants éloignés.
C’est cette diversité de situations, dans laquelle l’âge joue un rôle essentiel, que veut d’abord illustrer ce numéro consacré à la démographie des personnes âgées. Le premier article rappelle les grands traits de l’évolution passée de l’effectif de ces dernières en France depuis une cinquantaine d’années et, en se fondant sur les projections démographiques de l’Insee, son évolution prévisible d’ici à 2050 : augmentation du nombre et de la proportion des plus âgés, maintien d’une forte féminisation de cette population. Il montre que l’essentiel des changements est à venir, en particulier avec l’entrée progressive dans l’âge de la vieillesse des générations du baby-boom. Si la France se situe dans la moyenne des pays européens quant au pourcentage de population âgée, elle fait partie des pays où les taux d’activité des personnes de plus de 60 ans sont les plus faibles : d’autres pays, naguère confrontés à la même situation, ont amorcé un virage et l’activité professionnelle des personnes âgées y est désormais en hausse.
L’article suivant décrit la localisation de la population âgée sur le territoire métropolitain. Les personnes âgées forment une part plus importante de la population, à la fois dans les régions situées au sud du pays et dans les petites villes ou dans les zones rurales. En revanche, on les trouve peu représentées dans les banlieues des grandes villes. Tout concourt à une forte présence de personnes âgées dans les régions du sud : la fécondité y est plus faible, il y a donc moins de jeunes et l’on y vit plus longtemps; enfin, ces régions sont attractives pour les personnes âgées. De plus, tandis que les personnes âgées des villes-centres, dans les grandes agglomérations, sont souvent des personnes seules, celles qui vivent à la campagne ou dans les petites villes vivent plus souvent en couple, ce qui leur confère une plus grande autonomie.
Comme le montrent Catherine Bonvalet et Éva Lelièvre à partir d’une enquête menée en 2000 sur l’entourage, les relations familiales débordent largement la situation familiale telle qu’elle ressort du mode d’habitat et du type de ménage dans lequel on vit. Les personnes âgées (ici les personnes de 50 à 70 ans) ont en moyenne un entourage de sept à huit personnes, pour une grande part constitué de membres de la famille. Deux sexagénaires sur trois ont des contacts chaque semaine avec un enfant. C’est dire l’intensité des relations familiales après le départ des enfants.
La situation familiale des personnes âgées singularise fortement les hommes et les femmes. Dans leur contribution, Christiane Delbès et Joëlle Gaymu indiquent que ces dernières vivent beaucoup plus souvent seules et les hommes vivent davantage en couple. La cause en est d’abord la durée de vie plus longue des femmes, renforcée par l’écart d’âge dans les couples. Plus âgés, les hommes sont plus exposés que leurs conjointes. La montée du divorce, qui se fait désormais sentir parmi les sexagénaires, et qui touchera progressivement toutes les tranches d’âges élevés, peut remettre partiellement en cause cet écart, conjuguant ses effets à ceux de la réduction des écarts de mortalité entre hommes et femmes. En outre, même si la baisse de la mortalité retarde le moment où l’on se retrouve seul, le nombre de personnes âgées vivant isolées continue à s’accroître, surtout au-delà de 85 ans, conséquence d’une désaffection pour l’institutionnalisation et d’une amélioration des conditions de vie des « anciens ».
Si la hausse présente de l’effectif de la population âgée doit beaucoup à l’arrivée dans cette tranche d’âges des générations abondantes du baby-boom, et donc indirectement à la chute de la fécondité entre cette période et les décennies qui ont suivi, la hausse future s’expliquera davantage par l’allongement de l’espérance de vie. Dans son article, France Meslé montre que les succès remportés dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires – et aussi contre la grippe – ont fortement contribué à la baisse de la mortalité. L’auteur indique également dans quels domaines on peut escompter des progrès dans l’avenir, mais aussi les pathologies (telles que les démences séniles) éventuellement appelées à devenir fréquentes, soit qu’elles touchent davantage les personnes âgées, soit par lenteur des progrès thérapeutiques. Enfin, l’évolution des différentes causes de décès éclaire celle des écarts de mortalité entre hommes et femmes.
À partir d’une enquête sur les immigrés âgés de 45 à 70 ans vivant en ménage ordinaire, Claudine Attias-Donfut, Rémi Gallou et Philippe Tessier ont analysé leurs parcours. Les auteurs signalent que le contexte qui prévalait avant leur arrivée en France les a fortement marqués et continue de les marquer. Les immigrés âgés sont parfois arrivés assez tardivement, pour rejoindre des enfants qui s’étaient installés antérieurement. Reste que le vieillissement des immigrés résulte principalement de l’installation définitive en France de la grande majorité d’entre eux, installation favorisée par le regroupement familial, englobant la famille élargie.
Outre que chacune de ces contributions présente un intérêt intrinsèque, ce numéro de Retraite et Société appelle plus ou moins directement, en filigrane, l’attention du lecteur sur la « révolution des âges ». Elle soulève une série de problèmes, dont le dénominateur commun est de mettre en jeu les rapports intergénérationnels qui concernent aujourd’hui un éventail de classes d’âges de plus en plus large [1] : entre autres, les modalités, publiques et privées, de la prise en charge des personnes âgées d’une part, la concurrence croissante entre jeunes et vieux sur le marché du travail et, corrélativement, la capacité de la société et de l’économie françaises à accroître l’employabilité des « seniors » [2].
 
NOTES
 
[1]Cf. Retraite et Société, no 38, « L’Europe du grand âge, entre familles et institutions », La Documentation française, Paris, janvier 2003.
[2]Cf. Retraite et Société, no 36 et 37, « Gestion des âges et fin d’activité », La Documentation française, Paris, juin et octobre 2002.
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[1]
Cf. Retraite et Société, no 38, « L’Europe du grand âge, en...
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[2]
Cf. Retraite et Société, no 36 et 37, « Gestion des âges et...
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