Pénibilité du travail, santé et droits d’accès à la retraite
Thomas Barnay
Le système de retraite est complexe puisqu’il se caractérise à la fois par une égalité
à terme des durées de retraite pour les salariés du privé et les fonctionnaires à la
suite de la loi de 2003, mais aussi par une grande diversité des règles d’accès à la
retraite. L’âge moyen de liquidation des droits à la retraite diffère en fait
sensiblement selon le niveau d’études, la catégorie sociale ou les spécificités des
régimes. Ainsi, les cadres, les artisans et les agriculteurs cessent leur activité plus
tard que les ouvriers. Par ailleurs, l’état de santé en fin de vie active est
particulièrement dégradé pour certaines catégories sociales, comme les ouvriers.
L’une des causes de ces inégalités sociales de santé relève de la pénibilité du travail
subie durant l’activité professionnelle.
Cet article s’intéresse à la légitimité de la mise en place d’une «discrimination
positive» par la santé, plus précisément par la pénibilité du travail,dans l’accès aux
droits à la retraite. Cette légitimité est examinée sous trois angles: philosophique,
juridique et économique.
Le risque santé est d’ores et déjà traité comme un mode privilégié de sortie
anticipée de l’activité à travers des dispositifs comme la Cats, mais il n’est pas
considéré pour toutes les catégories de travailleurs de la même manière. En outre,
il paraît juridiquement et économiquement fondé de donner aux travailleurs dont
le travail est reconnu pénible de véritables droits à la retraite anticipée. Selon le
principe de différence de Rawls, les conditions de travail pénibles légitiment une
différence de traitement des individus face à la retraite. Il semblerait aussi que la
productivité des travailleurs âgés soit affectée lorsque ceux-ci voient leur capacité
diminuer.
La pénibilité effective a des effets avérés sur la santé et justifie une compensation.
Il convient d’identifier les populations à risque pour mettre en place une retraite
anticipée afin de compenser l’effet de la pénibilité du travail sur la santé.
The pension system is complex because, on the one hand, the Act of 2003 imposes
equality in terms of the contribution period for both private-sector employees and
civil servants and, on the other, a plethora of different rules governs retirement
entitlements. The average age of retirement actually varies significantly according
to level of education, occupational category and pension scheme. For example,
managers, self-employed tradespeople and farmers retire later than manual
workers. Furthermore, state of health at the end of working life is particularly poor
for some occupational categories, such as manual workers. One of the causes of
this social inequality with respect to health is harsh work performed during working
life.
This article examines the legitimacy of introducing positive discrimination in terms
of retirement entitlements on the basis of health, more specifically according to
harshness of work. This legitimacy is examined from three points of view:
philosophical, legal and economic.
Health is already a condition for early retirement through mechanisms such as
“CATS”, but the scheme does not apply to all categories of workers. It also seems
legally and economically justified to give workers, whose work is recognized as
harsh, the right to retire early. According to Rawls’ Difference Principle, harsh
working conditions justify a difference in treatment of individuals with respect to
retirement. It would also appear that the productivity of older workers is affected
when their strength diminishes.
Harsh working conditions have recognized effects on health and warrant
compensation. It would be appropriate to identify the groups at risk with a view to
introducing early retirement as compensation for the effect of harsh work on
health.
• ■ Introduction
• ■ Le nouveau paradigme
sociodémographique
— ■ Les évolutions sociodémographiques
entre générations
— ■ Les disparités sociales de santé
— ■ Les conditions de travail pénibles
• ■ Introduire de l’inégalité
dans l’accès à la retraite ?
— ■ Considérations philosophiques
— ■ Considérations juridiques
— ■ Considérations économiques
• ■ Conclusion
• ■ Bibliographie