Prise en compte des spécificités des carrières féminines par le système de retraite : une comparaison France, Allemagne et Italie
Carole Bonnet
Ined; Odile CHAGNY
Paola Monperrus-veroni
Cet article propose une analyse comparée de la prise en compte par le système de
retraite des spécificités des carrières féminines dans trois pays: l’Allemagne, la
France et l’Italie. Une première partie législative montre comment, au-delà de la
référence commune au modèle continental bismarckien, les approches sont
différentes dans la prise en compte des aléas de carrière typiques des femmes, tels
les interruptions d’activité ou le temps partiel. Par la suite, à l’aide de calculs de cas
types, les auteurs fournissent une comparaison «chiffrée» de l’impact de ces aléas
de carrière sur le niveau de pension et de l’effet des mécanismes correcteurs
(minima contributifs, droits familiaux). Il s’agit de calculer les droits à la retraite
d’une femme effectuant le même profil de carrière dans chaque pays, qu’elle parte
à la retraite actuellement ou à l’horizon 2035. Retenir deux générations éloignées
dans le temps permet de donner des éléments sur les effets des réformes de retraite
récentes.
L’apport des droits familiaux est plus important en France, même si des dispositifs
se sont récemment développés en Allemagne et, dans une moindre mesure, en
Italie. Dans un contexte commun de durcissement des règles, les dispositifs français
et italiens bénéficient plutôt aux femmes aux carrières interrompues, alors qu’en
Allemagne, la présence de temps partiel sera à terme mieux compensée.
L’interruption de carrière restera encore pénalisée en France, mais moins
qu’auparavant du fait de la réduction de la décote introduite par la loi de 2003. En
Allemagne et en Italie, la pénalisation des interruptions et les dispositifs de minima
contributifs ont au contraire été durcis.
This article proposes a comparative analysis of how the pension systems in three
countries–Germany, France and Italy–take the specific features of women’s careers
into account. The first section, on legislation, shows how, beyond a common
reference to the Bismarckian model in Europe, pension systems differ in how they
account for factors typical of women’s careers, such as unworked periods and parttime work. Next, comparing three different career profiles, the authors estimate the
impact of these career factors on pension amounts and the effect of corrective
mechanisms (guaranteed minimum pensions and family entitlements). The aim is
to calculate, for each country, the pension entitlement of a woman with the same
career profile retiring now and in 2035. Examining two spaced-out cohorts sheds
light on the effects of recent pension reforms.
Family entitlements boost women’s pensions the most in France, but similar
mechanisms have recently developed in Germany, and to a lesser extent, in Italy. In
the current climate of rule tightening, the French and Italian systems tend to
benefit women who have experienced unworked periods, whereas in Germany
women who have worked part-time will be better off than today. Disrupted careers
will still be penalised in France, but less than before since the discount was
reduced1 by the 2003 Act. In Germany and Italy, penalties for disrupted careers and
criteria for guaranteed minimum pensions will be harsher.
• ■ Des modalités de calcul des
droits à la retraite aux effets différenciés
selon le sexe
— ■ Les régimes par annuités
— ■ Les régimes à points
— ■ Modalités des systèmes et implications pour
les femmes
• ■ La prise en compte des enfants :
des objectifs proches, mais des modalités
différentes
— ■ Relever le niveau de pension des mères
(ou des pères) de famille
— ■ Permettre un départ anticipé aux mères de famille
— ■ Compenser un déficit d’épargne
• ■ Quelle prise en compte des
spécificités des carrières féminines ?
Une comparaison des générations
1943 et 1975
— ■ Comparaison des cas types pour la génération
1943 (« avant réforme »)
— ■ Comparaison des cas types pour la génération
1975 (« après réformes »)
• ■ Conclusion
• ■ Bibliographie