Retraite et société
La Doc. française

I.S.B.N.sans
206 pages

p. 63 à 81
doi: en cours

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n°52 2007/3

Le discours sur la mort à l’âge de la vieillesse

Serge Clément
Quel est le contenu du discours spontané sur la mort de personnes de 85 ans de moyenne d’âge ? De deux enquêtes sur la vie à la vieillesse ont été extraits les propos de vingt-sept personnes de diverses conditions sociales (la grande majorité vivant à domicile) qui évoquent la mort. Les discours s’organisent selon cinq entrées : la mort des pairs d’âge, qui signale que ceux et celles avec qui on a « fait société » ne sont plus là pour témoigner de sa place dans le monde social ; la précarité de la vie de vieillesse, faite de multiples signes qui indiquent la fragilité corporelle, la lassitude, le risque de mourir ; la disparition des proches familiaux, ceux et celles qui ont particulièrement compté dans la construction de l’identité personnelle et qui ne sont plus là pour attester la qualité de sa vie intime ; le mourir chez soi, par lequel est affirmé le désir de ne pas vivre la fin de sa vie dans des conditions que l’on juge indignes ; enfin, « ne plus pouvoir rien faire », expression qui dit la douleur de devoir abandonner les activités autour desquelles sa vie prenait le plus de sens. Les cas analysés montrent que les possibilités de « déprise » (et d’avoir une nouvelle « prise ») ne sont pas égales pour tout le monde : les places dans la société distribuent les ressources dont on dispose (ou ne dispose pas) jusqu’à la fin de la vie. This article examines the content of spontaneous discourse on death among people aged 85 on average. From two surveys on life in old age, the author extracted comments referring to death made by 27 people in various social conditions, the great majority living at home. These comments are broken down into five categories: death of age-peers, seen as no longer there to corroborate the subject’s position in the social world; precarity of life in old age, with signs of increasing physical fragility, weariness and risk of dying; death of close family members, who have been crucial in the construction of the subject’s personal identity but are no longer there to attest to the subject’s involvement in a private life; dying at home, with a refusal to end life in conditions considered abject; and the inability to do anything, expressing the distress at having to abandon the activities considered most meaningful in the subject’s life. The cases examined show that the probability of déprise1, or, on the contrary, of obtain new grips (“prise”) on the world, vary considerably with the individual: the place held in society determines the distribution of resources right through to the end of life.
• ■ La mort des pairs d’âge
• ■ La mort des proches familiaux
• ■ La précarité de la vie de vieillesse
• ■ Mourir chez soi
• ■ Ne plus pouvoir rien faire
• ■ Conclusion
• ■ Bibliographie


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