Le discours sur la mort à l’âge de la vieillesse
Serge Clément
Quel est le contenu du discours spontané sur la mort de personnes de 85 ans de
moyenne d’âge ?
De deux enquêtes sur la vie à la vieillesse ont été extraits les propos de vingt-sept
personnes de diverses conditions sociales (la grande majorité vivant à domicile) qui
évoquent la mort. Les discours s’organisent selon cinq entrées : la mort des pairs
d’âge, qui signale que ceux et celles avec qui on a « fait société » ne sont plus là
pour témoigner de sa place dans le monde social ; la précarité de la vie de vieillesse,
faite de multiples signes qui indiquent la fragilité corporelle, la lassitude, le risque
de mourir ; la disparition des proches familiaux, ceux et celles qui ont
particulièrement compté dans la construction de l’identité personnelle et qui ne
sont plus là pour attester la qualité de sa vie intime ; le mourir chez soi, par lequel
est affirmé le désir de ne pas vivre la fin de sa vie dans des conditions que l’on juge
indignes ; enfin, « ne plus pouvoir rien faire », expression qui dit la douleur de devoir
abandonner les activités autour desquelles sa vie prenait le plus de sens.
Les cas analysés montrent que les possibilités de « déprise » (et d’avoir une nouvelle
« prise ») ne sont pas égales pour tout le monde : les places dans la société
distribuent les ressources dont on dispose (ou ne dispose pas) jusqu’à la fin
de la vie.
This article examines the content of spontaneous discourse on death among people
aged 85 on average.
From two surveys on life in old age, the author extracted comments referring to
death made by 27 people in various social conditions, the great majority living at
home. These comments are broken down into five categories: death of age-peers,
seen as no longer there to corroborate the subject’s position in the social world;
precarity of life in old age, with signs of increasing physical fragility, weariness and
risk of dying; death of close family members, who have been crucial in the
construction of the subject’s personal identity but are no longer there to attest to
the subject’s involvement in a private life; dying at home, with a refusal to end life
in conditions considered abject; and the inability to do anything, expressing the
distress at having to abandon the activities considered most meaningful in the
subject’s life.
The cases examined show that the probability of déprise1, or, on the contrary, of
obtain new grips (“prise”) on the world, vary considerably with the individual: the
place held in society determines the distribution of resources right through to the
end of life.
• ■ La mort des pairs d’âge
• ■ La mort des proches familiaux
• ■ La précarité de la vie
de vieillesse
• ■ Mourir chez soi
• ■ Ne plus pouvoir rien faire
• ■ Conclusion
• ■ Bibliographie