Ê tre actif dans le grand âge : un plus pour le bien-être ?
Jean-François Bickel
Cet article examine dans quelle mesure la continuité dans les activités de loisir
permet de contrecarrer l’effet potentiellement négatif sur le bien-être induit par la
fragilité et son aggravation – le bien-être étant considéré dans ses composantes
tant cognitive qu’affective. L’analyse empirique se fonde sur une partie des données
de l’enquête Swilso-o (Swiss Interdisciplinary Longitudinal Study on the Oldest-Old),
consistant en un suivi longitudinal d’une cohorte d’octogénaires, interrogés une
première fois en 1994, puis à huit autres reprises jusqu’en 2004.
Deux trajectoires de détérioration de la santé, intervenant entre deux vagues
d’entretiens, sont observées : l’entrée dans la fragilité et l’aggravation de la fragilité.
Chacune de ces trajectoires est d’une part comparée à celle de stabilité de la santé,
d’autre part est subdivisée selon l’évolution, dans le même laps de temps, du
niveau d’activité – continuité versus déclin. Trois profils sont ainsi définis : stabilité
de la santé ; détérioration de la santé avec continuité de l’activité ; détérioration de
la santé et déclin de l’activité.
Les résultats montrent que par rapport au profil de référence (stabilité), le troisième
profil présente un niveau considérablement plus faible de bien-être, alors que
celui du deuxième se rapproche de celui du profil de référence. Cet effet positif de
la continuité de l’activité est important puisqu’il se remarque pour les deux
trajectoires de santé et pour les deux composantes, cognitive et affective, du
bien-être.
Cette enquête de terrain permet non seulement d’analyser finement les
mécanismes qui président au bien-être dans le grand âge, mais surtout d’apporter
une contribution d’étape à la littérature principalement anglo-saxonne depuis les
années soixante-dix : s’ils se positionnent par rapport aux études qui font référence
dans ce domaine, les auteurs ouvrent également de nouvelles pistes d’analyse pour
les chercheurs.
This article examines the extent to which continued leisure activities might be
expected to counter the potentially negative effects that fragility, and aggravation
of fragility, can have on well-being, considered in its cognitive and affective aspects.
This empirical analysis is partially based on data from the Swilso-o study (Swiss
Interdisciplinary Longitudinal Study on the Oldest-Old), a longitudinal survey of a
cohort of people over eighty, interviewed first in 1994 then on eight further
occasions up to 2004.
Two health deterioration trajectories, between two waves of interviews, are
observed: onset of fragility and aggravation of fragility. Each of these trajectories is
compared with a stable health trajectory, and subdivided according to degree of
activity–continuing or declining–over the same timeframe. Three profiles are thus
defined: steady health; deteriorating health with continuing activity; and
deteriorating health with declining activity.
The results show that well-being is considerably lower with the third profile
(declining activity) than with the second (continuing activity), where we find a
degree of well-being approaching that found with the baseline profile of steady
health. This positive effect of continuing activity is important because it is observed
for both health trajectories and for both well-being aspects: cognitive and affective.
Along with a fine analysis of the mechanisms governing well-being in old age, this
study also makes an important contribution to the available literature (mainly in
English since the seventies). As well as lining up with authoritative studies in the
field, the authors also open fresh research avenues.
• ■ Approfondissement et questions
— ■ La fragilité
— ■ Le bien-être et ses dimensions
— ■ Une approche longitudinale
• ■ Méthodes
— ■ La recherche
— ■ Les indicateurs
— ■ Autres variables
— ■ Procédure
• ■ Résultats
— ■ L’entrée dans la fragilité
— ■ L’aggravation de la fragilité
— ■ Discussion
• ■ Pistes de recherche
• ■ Bibliographie