De parent à résidant : le passage en maison de retraite médicalisée
Annick Anchisi
Fondé sur l’étude du cas valaisan (Suisse), cet article rendra compte de l’aide à
domicile accordée par des proches à un parent âgé dépendant et de son placement
définitif en maison de retraite. Dans un premier temps, l’accent portera sur les
aspects problématiques de l’aide. Les impératifs de survie quotidienne d’un des
membres du collectif de résidence menacent dans certains cas la survie symbolique
du groupe. Une fois les limites de l’aide à domicile atteintes, le placement du
parent âgé est sans alternative et sera définitif. Dans un deuxième temps, une
modalité d’entrée en institution sera examinée. Franchir le seuil de la maison de
retraite s’apparente à un rite familial – un repas d’accueil – organisé par
l’établissement. De par la proximité avec la mort, ce repas d’accueil revêt les
attributs d’un repas funéraire et remet au premier plan la dimension symbolique du
groupe de filiation. Dans un troisième temps, l’analyse d’une pratique soignante –
« faire l’entrée » – nous renseignera sur la nécessité de réécrire l’histoire du résident.
Bien qu’ils s’en défendent, les soignants remplacent les proches, jusqu’au moment
de la séparation définitive. Mais surtout, en rétablissant la continuité menacée, ils
restaurent une possible inscription de ceux-ci dans la lignée. Du domicile à l’entrée
en maison de retraite, deux logiques collectives coexistent sans s’opposer : la
logique de la survie quotidienne des vivants et celle de la continuité symbolique
avec les morts.
Based on a study conducted in the Swiss canton of Valais, this paper focuses on
home care provided by close relatives to a dependent elderly parent and permanent
placement in a nursing home. The paper first looks at the problematic aspects of
care. The daily survival needs of one member of the household can threaten the
symbolic survival of the group. Once the limits of home care have been reached,
there is no alternative to permanent placement of an elderly parent.
The author next examines a practice of entry into the institution. Crossing the
threshold of the retirement home resembles a family ritual – a welcome dinner –
organised by the institution. Because of the proximity to death, this welcome
dinner takes on the attributes of a funeral meal and emphasises the symbolic
dimension of the filiation group.
Lastly, the article analyses a carer practice – “making an entrance” – which highlights
the need to rewrite the resident’s history. Despite their claims to the contrary,
carers replace relatives until the moment of final separation. But above all, by
re-establishing the threatened continuity, they restore a possible inclusion of
relatives in the line. From the home to entry into a nursing facility, two collective
logics coexist without contradiction: the logic of the daily survival of the living and
the logic of the symbolic continuity with the dead.
• ■ Le terrain
• ■ Les limites de l’aide à domicile
• ■ Le passage en maison
de retraite
• ■ De parent à résidant : une
histoire réécrite
• ■ Conclusion
• ■ Bibliographie