Justice intrafamiliale et solidarité publique : des opinions dans leur contexte
Aude Béliard
Laure Lacan
Delphine Roy
France ? Dans le cas des personnes âgées, la solidarité familiale est encadrée par la
règle légale de l’obligation alimentaire, qui permet à une personne ne pouvant
subvenir seule à ses besoins de faire appel à l’aide financière de certains de ses
parents. Il existe par ailleurs d’autres sources légales de définition de la parenté,
notamment les règles successorales.
Dans quelle mesure ces définitions et principes légaux de la parenté font-ils l’objet
d’une intériorisation morale ? Comment s’articulent-ils avec la diversité des
pratiques familiales mises en évidence par les investigations sociologiques et
anthropologiques sur la parenté ?
On utilise les résultats de l’enquête Medips, construite à partir d’un échantillon de
personnes âgées souffrant de troubles cognitifs et de leur entourage. On s’appuie
d’une part sur l’exploitation de questions d’opinion, d’autre part sur l’analyse du
déroulement de l’enquête.
Les personnes interrogées qui apportent une aide financière à leur parent se
montrent plus favorables à une intervention forte de l’État, par opposition à la
seule solidarité familiale. Ce résultat rappelle l’intérêt, pour les enquêtes
statistiques, d’interroger des personnes pour lesquelles les questions font écho à
des situations pratiques et donc font sens.
Concernant les modalités de mise en oeuvre de la solidarité familiale (qui doit
s’impliquer ? de quelle manière ?), plusieurs facteurs jouent un rôle significatif : la
génération ; le fait, pour un enfant de personne dépendante, d’être soi-même
parent ; les revenus de la personne âgée et de l’enquêté ; le fait de se déclarer
proche de la personne âgée ; le genre.
Les femmes, plus souvent favorables à l’implication familiale et soumises à une plus
forte injonction de s’investir, sont cependant plus souvent opposées à la
rémunération de l’aide et à la prise en compte des revenus de l’entourage dans
l’attribution des prestations sociales.
What are the current norms of solidarity towards dependent parents in France?
In the case of elderly people, family solidarity is underpinned by the legal
requirement of obligation alimentaire (literally “duty to feed”), which entitles a
person who cannot provide for himself/herself to be financially assisted by certain
family members. There are other legal sources that define family relations,
especially the law of succession.
To what extent are these legal definitions and principles governing family relations
internalised morally? How do they fit with the diversity of family practices
highlighted by sociological and anthropological investigations on family relations?
To answer these questions, the authors use the results of the MEDIPS survey on
modelling the domestic economy and the impact of social policies, based on a
sample of elderly people suffering from cognitive impairment and their family
circles. They draw on opinion questions and on an analysis of the conduct of the
survey.
The respondents who provide financial assistance to a parent are more in favour of
strong state intervention as opposed to family solidarity alone. That result confirms
the value, in statistical surveys, of interviewing people for whom the questions refer
to practical situations and therefore have relevance.
As to the way in which family solidarity is exercised (who and how), several factors
play a significant role: cohort; having children of one’s own or feeling close to the
elderly parent; income of the elderly person and of the respondent; and gender.
Women, more in favour of family solidarity and under stronger pressure to provide
care, are nevertheless more often against pay for care and welfare benefits based
on means-testing of the family.
• ■ Enquêter sur des normes de
solidarité familiale
— ■ Des questions d’opinion
— ■ L’analyse du déroulement de l’enquête
• ■ Des opinions explicites
et situées
— ■ Solidarité familiale, solidarité nationale ?
— ■ Les modalités de la solidarité familiale :
des questions de justice intrafamiliale
• ■ Le déroulement de l’enquête,
une forme de révélation des normes
— ■ Des normes d’implication dans la prise en charge
— ■ Objectivation de la parenté pratique
et reconnaissance du rôle d’aidant
— ■ Genre et « matrilatéralité »
• ■ Conclusion
• ■ Bibliographie