Les aides à domicile pour personnes âgées face à la norme de sollicitude
Christelle Avril
Les travaux sur le care ont tendance à prendre pour acquis l’adhésion à l’« éthique
de la sollicitude » des femmes sans qualification dans les métiers de services directs
à la personne. L’examen du rapport au travail d’une partie des aides à domicile pour
personnes âgées, rencontrées dans le cadre d’une enquête ethnographique,
montre pourtant que les écarts à cette « éthique » sont réels et même parfois
fortement revendiqués. Ces aides à domicile entendent en effet faire savoir qu’elles
n’aiment pas particulièrement s’occuper de personnes âgées et encore moins
prendre en charge des tâches qu’elles ne sont pas censées faire. Force est de
constater qu’elles ne considèrent pas comme une évidence d’aider des personnes
âgées dépendantes. Cet écart affiché à la supposée « éthique de la sollicitude »
s’éclaire sous un jour nouveau lorsqu’on la rapporte à des contextes précis
d’énonciation. Elle apparaît alors comme une norme professionnelle portée par la
directrice de l’association, engagée dans une démarche de « professionnalisation ».
En effet, en refusant d’adhérer à cette norme de la sollicitude, ces aides à domicile
affichent finalement leur refus de s’identifier et d’être identifiées à une activité
qu’elles jugent déclassantes. Cependant, en refusant d’adhérer à cette norme, elles
montrent aussi qu’elles disposent d’une culture de métier qui leur permet de ne pas
reprendre à leur compte ce qui apparaît par ailleurs comme une norme
managériale d’ajustement à la clientèle.
Research on care tends to assume that unskilled women involved in person-toperson
services act according to the “ethics of care”. However, an examination of
the attitude to work of some of these elder carers, interviewed for an ethnographic
survey, reveals real divergences from the “ethics”, which may even be strongly
asserted. These home carers stress the fact that they do not particularly like looking
after elderly people and, even less, performing tasks they are not supposed to
perform. They do not see care for dependent elderly people as a given. This
asserted divergence from the assumed “ethics of care” appears in another light
when it is related to precise contexts of utterance. This ethics thus emerges as a
professional norm promoted by the director of the organisation, who has
embarked on a process of “professionalisation”. Indeed, by refusing to adhere to
this norm, these home carers are in fact asserting their refusal to identify or be
associated with a job that they consider to be downgrading. However, by refusing
to adhere to that norm, they are also showing that they have adopted a trade
culture that enables them not to internalise what also seems to be a managerial
norm of alignment with clients.
• ■ Les indices d’une non-adhésion
à la norme de sollicitude
— ■ Les tâches liées au vieillissement :
« Ah non, moi j’ai pas ça !»
— ■ Les personnes âgées : des employeurs comme
les autres5
— ■ Le refus d’afficher de l’empathie pour la vieillesse
• ■ La sollicitude envers
les personnes âgées : une norme
et des écarts à saisir en situation
• ■ Conclusion
• ■ Bibliographie