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S'inscrire Alertes e-mail - Retraite et société Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezL’action sociale de l’Agirc et de l’Arrco : rompre l’isolement
AuteurAnne Saint-laurent du même auteur
Agirc-ArrcoDans sa dimension sociale, la santé de tout individu se caractérise par son implication, autrement dit par un comportement « participatif » à un réseau, composé par la famille, mais aussi par les amis et les voisins. Mais, avec le temps de la retraite et surtout avec l’avancée en âge, les liens peuvent se distendre pour raisons professionnelles, personnelles, voire à la suite de situations de rupture : veuvage, éclatement familial, etc. Progressivement, l’isolement risque de s’installer. La mobilité peut également être entravée par la crainte qu’une absence hors du domicile facilite son effraction ou par une appréhension des transports en commun. C’est précisément pour contribuer à faciliter la mobilité des personnes que les régimes de retraite Agirc et Arrco ont, en 2004, initié une démarche visant à développer le transport accompagné. Concrètement, il s’est agi de le « solvabiliser », c’est-à-dire de le régler par le Chèque emploi service. Ce projet a un double objet : il permet de retarder une possible survenue de la perte d’autonomie au niveau individuel et d’en atténuer les conséquences, notamment son coût d’un point de vue macro-économique.
Première expérience de solvabilisation
2 Trois acteurs sont associés à ce projet de transport accompagné.
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- Les caisses de retraite complémentaire : elles se chargent d’adresser des courriers à leurs retraités sélectionnés à partir de critères géographiques et d’âge. Puis, elles pilotent l’entrée dans le dispositif (analyse individuelle de l’isolement effectif).
- Les plates-formes de services : elles constituent le relais pour la mise en place du service après identification des personnes cibles; elles sont garantes de la qualité apportée in fine par les prestataires et du suivi de l’utilisation du Chèque emploi service[1] [1] Le 1er janvier 2006, le Chèque emploi service...
suite. - Les prestataires, conventionnés ou identifiés par les plates-formes : ils répondent aux besoins de déplacements qui s’effectuent systématiquement avec un accompagnateur. Le règlement est effectué par Chèque emploi service et permet le paiement effectif par les institutions de retraite, en qualité de financeur.
4 Ce dernier principe doit permettre à la personne d’être acteur de cette démarche qui vise à prévenir la perte d’autonomie ou à reconquérir celle-ci et ce, quel que soit son niveau de ressources. La communication faite par les institutions de retraite en amont et les contacts téléphoniques en résultant constituent un élément de crédibilité du dispositif proposé.
5 À l’origine, deux départements, le Rhône et le Maine-et-Loire, ont été choisis comme pilotes en raison de l’existence de plates-formes de services utilisant le Chèque emploi service, sous la forme du « Chèque domicile liberté ».
6 Cette première expérimentation a permis de confirmer l’existence d’un réel besoin. Malgré tout, cette initiative ne semblait pas recueillir un large écho chez les retraités. L’Agirc et l’Arrco en ont alors tiré les conséquences et ont chargé une agence de communication d’améliorer la présentation du projet.
7 Plusieurs décisions ont alors été prises, et des pistes de réflexion ouvertes.
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- Le bénéficiaire contribuera financièrement, ne serait-ce que qui n’était pas le cas auparavant.
de façon symbolique, à l’achat du Chèque emploi service, ce - La présentation de l’offre du service est entièrement renouvelée; on lui associe une accroche : « On se maintient d’autant plus à domicile qu’on garde l’habitude d’en sortir ».
Un projet qui prend de l’ampleur
9 Le projet privilégiait le recours à des prestataires de proximité et à des plates-formes de services départementales. Mais cette ambition s’est rapidement trouvée confrontée à un double obstacle :
- un nombre de plates-formes départementales volontaires – et acceptant le Chèque emploi service – très restreint (seulement deux sur les quatre-vingt-quinze départements métropolitains);
- une offre de service « transport accompagné » peu répandue sur le territoire.
10 Comment alors développer ces services ? Ici, le législateur a joué un rôle important : l’entrée en vigueur du Chèque emploi service universel (Cesu), dans un contexte de redynamisation des services d’aides à la personne, a permis le véritable décollage du dispositif en facilitant sa solvabilisation. Elle a notamment favorisé la réalisation de la seconde phase expérimentale de développement dans trente à quarante départements à l’horizon 2008.
11 De plus, les enseignes nationales destinées à être interlocuteur unique quelle que soit la localisation du demandeur ont également contribué à suppléer le nombre notoirement insuffisant de plates-formes locales. Enfin, la structuration progressive d’une offre de transport accompagné a permis aux enseignes de s’engager sur la réalisation effective d’une prestation dans les départements cibles.
Fin 2006, un premier bilan positif
12 Fin 2006, un bilan complet a été dressé, à la suite d’une enquête menée auprès de l’ensemble des acteurs impliqués dans l’expérimentation. Il avait pour objet de s’assurer de la pertinence du dispositif, tant dans sa finalité que dans l’organisation mise en place.
13 À cette occasion, les personnes âgées ont reconnu que le service proposé avait entraîné une réelle amélioration de leur vie quotidienne. L’attribution du Cesu préfinancé a, dans de nombreux cas, permis à des personnes de sortir à nouveau de leur domicile qu’elles n’avaient plus quitté depuis plusieurs années.
Tableau 1. - Les évolutions depuis 2004
14 La présence d’un accompagnateur lors des sorties, loin d’être gênante, est perçue comme rassurante. Pour beaucoup de personnes âgées, c’est un moyen de recréer des contacts avec des tiers.
15 Avec cette prestation, elles retrouvent un sentiment de liberté, la possibilité de refaire des projets sans recourir à leur proche entourage, de se livrer à des activités qui apportent du plaisir ou qui répondent à un besoin.
16 Cette opération a également été bénéfique pour les caisses de retraite complémentaire : le rôle de leur action sociale en ressort plus visible et valorisé, y compris chez les intervenants de terrain qui, dans la plupart des cas, en méconnaissaient l’existence.
17 Les plates-formes et les prestataires de services ont enfin souligné à de nombreuses reprises le potentiel de création d’emplois généré par la mise en place de cette nouvelle action. L’Agirc et l’Arrco en ont également tiré quelques enseignements :
- l’émergence de prestataires associée à un réel besoin n’est pas suffisante pour engager une démarche active de prévention. L’implication d’un réseau d’acteurs « crédibles » constitue un élément non négligeable dans la réussite d’un tel projet destiné à une population « vulnérable »;
- la gratuité ne semble pas un élément déterminant de l’accès au service, car il est parfois perçu comme de qualité médiocre;
- le critère de ressources n’est pas caractéristique de l’isolement social à domicile.
18 Enfin, la sensibilisation des personnes cibles pour ce projet – aussi pertinent soit-il – ne peut être valablement assurée que par des professionnels de la communication.
Quels enjeux à moyen terme ?
19 La poursuite du développement de ce service après 2008, si elle est confirmée, nécessitera quelques aménagements, portant à la fois sur les conditions d’attribution des Cesu et sur l’organisation mise en place. En effet, le volume des demandeurs potentiels, compte tenu des évolutions démographiques, impliquera de modifier certains critères, tels l’âge minimum ou le nombre de chéquiers distribués. En outre, il est souhaitable que les acteurs, et notamment les enseignes nationales, puissent s’engager durablement sur la réalité d’une prestation locale de qualité, quelle que soit l’implantation géographique du besoin… Cela constitue un véritable défi à relever.
20 La solvabilisation du projet suppose en contrepartie une contrainte de « traçabilité » du service, difficilement réalisable sans plate-forme.
21 En d’autres termes, les enjeux d’un tel projet et surtout de son devenir se situent autour de deux principaux acteurs : plates-formes et prestataires.
Notes
[ 1] Le 1er janvier 2006, le Chèque emploi service est devenu le Chèque emploi service universel (Cesu).
PLAN DE L'ARTICLE
- Première expérience de solvabilisation
- Un projet qui prend de l’ampleur
- Fin 2006, un premier bilan positif
- Quels enjeux à moyen terme ?
POUR CITER CET ARTICLE
Anne Saint-Laurent « L'action sociale de l'Agirc et de l'Arrco : rompre l'isolement », Retraite et société 1/2008 (n° 53), p. 212-217.
URL : www.cairn.info/revue-retraite-et-societe-2008-1-page-212.htm.








