Retraite et société
La Doc. française

I.S.B.N.sans
228 pages

p. 226 à 233
doi: en cours

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n° 53 2008/1

 
Epidemiology of Aging : An Ecological Approach William A. SATARIANO, Sudbury, Massachusetts, Jones and Bartlett Publishers, 2006,424 p.
 
 
Les douze chapitres de cet ouvrage ont tous été rédigés par William A. Satariano. Chacun d’eux est suivi d’une bibliographie actualisée. Le concept d’épidémiologie utilisé dans tout l’ouvrage rend compte d’un angle et d’une méthode d’analyse servant à examiner les causes et les conséquences de l’état de santé et de l’état fonctionnel de populations vieillissantes. D’emblée, l’auteur affirme clairement que l’épidémiologie vise à décrire et à expliquer les schémas d’incidence et de prévalence de l’état de santé, ainsi que la durée et la qualité de vie de ces populations. Ce concept reflète l’idée sous-jacente que la distribution de l’état de santé n’est aléatoire dans aucune population vieillissante.
Si le chapitre I analyse précisément cette notion, il décrit également le vieillissement en tant que phénomène mondial, et ses répercussions sur la santé, les fonctions et la longévité. Il présente la perspective épidémiologique comme le cadre idéal pour comprendre les causes et les effets de ces schémas.
Le chapitre II détaille le « modèle écologique » qui a été adopté afin de constituer un fondement rigoureux pour la recherche et la pratique pluridisciplinaires dans le domaine de l’épidémiologie du vieillissement. Ce modèle écologique conçu par l’auteur repose sur l’idée que, dans les populations vieillissantes, les schémas de santé et de bien-être ont un lien dynamique avec l’interaction des facteurs biologiques, comportementaux, sociaux et environnementaux. En outre, le modèle présume que cette interaction s’opère tout au long de la vie des individus et des sociétés. C’est exactement sur elle que se fondent les chapitres suivants, qui examinent et évaluent les concepts, méthodes et travaux de l’épidémiologie du vieillissement.
Le chapitre III illustre l’interaction de divers facteurs biologiques, comportementaux, sociaux et environnementaux qui composent le modèle écologique et la survie/mortalité.
Le chapitre IV applique le modèle écologique en vue d’appréhender les schémas et les causes des limitations de l’état fonctionnel, ainsi que de l’incapacité.
Le chapitreV observe que la fonction cognitive diminue habituellement avec l’âge, mais que l’ampleur et le début de cette dégradation varient considérablement. Ce point est expliqué par l’interaction entre les composantes du modèle écologique.
L’importance du modèle écologique sur le plan de la théorie, de la pratique et de la recherche apparaît clairement dans l’exploration de la dépression, décrite comme l’un des grands problèmes de santé chez les personnes âgées. Le chapitreVI montre en particulier que l’on ne peut pas comprendre précisément les causes de la dépression sans tenir compte de l’interaction entre les facteurs sociaux, comportementaux, environnementaux, physiques et cognitifs mis en lumière dans le modèle écologique.
Le chapitreVII traite du rôle essentiel joué par l’interaction entre les facteurs biologiques, comportementaux, sociaux et environnementaux dans l’appréhension du risque élevé de chutes, de blessures et d’accidents automobiles auquel les personnes âgées sont confrontées.
Le chapitreVIII soutient que l’interaction entre les facteurs constituant le modèle écologique pourrait bien expliquer l’accroissement du risque de maladie avec le vieillissement. À cette fin, il différencie les risques qui se manifestent tôt et ceux dont la survenue est tardive.
Le chapitre IX propose une évaluation de l’état de santé en général, de la fragilité et du bien-vieillir. Il considère que, même si les variables de la fragilité et du bien-vieillir peuvent apparaître aux deux extrémités opposées, seule leur intégration permet de saisir la signification de chacune et des deux ensemble. Le modèle écologique a ici beaucoup à offrir. Les chapitres X, XI et XII sont, globalement, axés sur la méthodologie et la réalisation des recherches. Le chapitre X se penche sur le recrutement, la conduite d’entretiens, les aspects conceptuels, la gestion et l’analyse, notamment sur l’ajustement de l’âge, ainsi que sur l’étude des cohortes et l’étude multiniveaux. Le chapitre XI expose les implications de ces informations pour les mesures favorisant la santé et le bien-être des personnes âgées. Pour finir, le chapitre XII est consacré aux orientations nouvelles de la recherche et de la politique publique.
Dans le domaine de l’épidémiologie du vieillissement, la question clé a trait à l’ampleur et aux causes de la pérennité ou de la dégradation de l’état fonctionnel avec l’âge. Les différences dans et entre les populations concernant la situation géographique, le sexe, la race, l’appartenance ethnique et la catégorie socio-économique façonnent en grande partie le cadre dans lequel vivent les individus et, donc, la réponse à cette question. Un vaste éventail d’angles d’étude (facteurs biologiques, comportementaux, sociaux et environnementaux) a permis d’offrir de solides réponses. Le modèle écologique est, à juste titre, proposé comme approche globale rassemblant les fragments des observations segmentées, propres à chaque discipline scientifique, dans un tableau plus large, inclusif et cohérent. Ce modèle est centré autour de trois principaux composants ou cercles : premièrement, les variables telles que la démographie, l’environnement construit et physique, la société (capital, réseaux, soutien, etc.) et la physiologie; deuxièmement, l’état de santé et l’état fonctionnel standard (maladie et comorbidité, fonctions physiques, dépression, fonction cognitive, etc.); troisièmement, la survie et la mortalité. Par sa méthodologie, le modèle écologique rend essentielle, à notre avis, l’intégration des variables micro et macro, avec des résultats instructifs. Il en découlera forcément de meilleures réponses scientifiques et une identification plus précise des points d’intervention recommandés pour la politique de la santé et la politique sociale. Cependant, la complexité et le caractère global de ce modèle nécessitent, de la part des différents chercheurs, une formation interdisciplinaire plus poussée que la moyenne à l’épidémiologie du vieillissement. Dans le même esprit, ces chercheurs doivent être conscients des questions méthodologiques complexes que posent l’identification, la définition et la mesure des variables pertinentes, dans chaque cercle, qu’elles soient prises en compte ou omises par le modèle. Il faut donc s’attendre à ce que la mise en Å“uvre du modèle à grande échelle rencontre des difficultés pratiques. Les publications à venir qui adopteront le modèle écologique renseigneront les chercheurs en épidémiologie du vieillissement non seulement sur les limites, les problèmes et l’efficience de ce modèle, mais indiqueront également si l’interdisciplinarité gagne du terrain dans ce domaine.
Plus généralement, cet ouvrage se fonde sur l’intégration de nombreuses sources d’information pour étayer son approche écologique. Notre analyse critique ne met pas en cause l’importance du modèle pour les théoriciens et pour le grand public. L’ouvrage semble destiné aux premiers, mais la plupart de ses sections seront aussi lues avec intérêt par les non-spécialistes et les autres professionnels.
Par Mahmoud KHALIL, Sakhnin College for Teacher Education, Israël et Hisham M. ABU-RAYYA, School of Psychology, Université de Sydney
 
Quand les retraités partent en vacances Vincent CARADEC, Ségolène PETITE, Thomas VANNIENWENHOWE, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion coll. « Le regard sociologique », 2007,254 p.
 
 
Paradoxe : les plus de 60 ans partent plus souvent et plus longtemps en vacances dans l’année que les plus jeunes, et pourtant c’est parmi eux (et notamment parmi les plus de 70 ans) que l’on compte le plus de non-partants sur une année… La question des vacances des retraités a de quoi intriguer mais, en dépit d’enjeux économiques (le marché des seniors) et sociaux (les liens entre voyages, qualité de vie et insertion sociale à la retraite), elle demeure relativement peu explorée. Quelle place les vacances occupent-elles dans les modes de vie à la retraite, comment les périodes passées hors du domicile s’articulent-elles avec les temps et les activités quotidiennes, dans quelle mesure contribuent-elles à l’insertion des retraités dans des réseaux de sociabilité à une période de la vie où ceux-ci tendent à se réduire, et comment les effets du vieillissement en matière de voyages se manifestent-ils ? Telles sont les principales interrogations auxquelles cette recherche entend répondre.
Si les pratiques de voyages et des vacances à l’âge de la retraite ont déjà fait l’objet d’études, celles-ci se fondent le plus souvent sur des analyses secondaires des grandes enquêtes nationales (enquête « Vacances » de l’Insee, Panel suivi de la demande touristique de la Direction du Tourisme, principalement). Rares sont celles qui donnent lieu à un recueil spécifique de données. Or les analyses secondaires apparaissent limitées par les renseignements présents dans ces enquêtes, au détriment d’informations caractérisant des groupes sociodémographiques particuliers comme les retraités.
L’originalité et l’intérêt de cet ouvrage tiennent ainsi pour partie à un travail d’enquête qui associe recueil de données qualitatif et quantitatif. L’étude sociologique a été menée par une équipe experte des questions de vieillissement et des modes de vie à l’âge de la retraite. Elle a porté sur des retraités de la Caisse régionale d’assurance maladie (Cram) Nord-Picardie, partis en voyage par son intermédiaire en 2004. Certes, l’enquête par questionnaire n’a pas porté sur un échantillon représentatif de retraités (puisque seuls ceux relevant du régime général et ayant réalisé au moins un voyage avec la Cram dans l’année ont été touchés), et l’on n’a, en particulier, aucune information directe sur les non-partants. L’échantillon est, de plus, d’assez petite taille (549 individus), ce qui limite parfois les croisements de variables et le niveau de désagrégation envisageables (il aurait d’ailleurs été utile, dans certains tableaux croisés, de préciser la taille des plus petits groupes de façon à mieux évaluer la significativité de certains écarts observés). Mais globalement, les auteurs utilisent au mieux cette base de données. De plus, les entretiens réalisés permettent d’approfondir différents aspects abordés dans les questionnaires.
L’une des qualités de l’ouvrage est sa clarté : les hypothèses comme les catégorisations et les résultats de la recherche sont bien explicités. Si la rédaction aurait parfois pu être plus resserrée, le lecteur ne perd jamais le fil conducteur entre les différentes analyses. À signaler également, des annexes complètes informant de la méthode (construction et composition des échantillons, questionnaire et guide d’entretien…).
Après que, dans le premier chapitre, l’état de la question a été présenté à partir d’un tour d’horizon de la littérature, et que les orientations de la recherche ont été précisées, la présentation des résultats s’organise en deux temps.
La 1re partie, Pratiques et expériences des vacances, comprend trois chapitres. Le second chapitre permet de décrire les caractéristiques du voyage effectué avec la Cram, les critères de choix de ce voyage en fonction des caractéristiques des retraités et de leur histoire personnelle, mais aussi de l’influence de l’entourage, de l’idée que les retraités se font du voyage et de la clientèle qu’il attirera. La préparation et les prolongements du voyage sont également étudiés. Il en ressort que la réalisation du voyage suppose la solution d’un ensemble de questions pratiques (pré-acheminement, gestion de l’absence du domicile…). Elle dépend aussi de « médiations symboliques », nécessaires pour se représenter les lieux de voyage, et qui conditionnent le choix de la destination. Les suites, les prolongements du voyage apparaissent en revanche limités, les habitudes reprenant très vite leur place au retour au domicile.
Le 3e chapitre permet de situer le voyage vis-à-vis des autres formes de vacances prises dans l’année (résidence secondaire, séjours dans la famille, autres voyages organisés…) de façon à mieux appréhender la complexité des pratiques de vacances. La typologie proposée met en évidence la grande diversité de ces pratiques, alors même que dans les représentations attachées aux vacances, la rupture qu’elles créent – le fait de changer d’air, de se dépayser, de se mettre à distance du domicile, des activités et des relations sociales qui lui sont liées – apparaît très dominante. Elle passe avant la réalisation d’activités, le repos, l’agrément et la sociabilité. Cette analyse « sur une année » montre aussi que les périodes de voyage ou les séjours hors domicile ont un rôle de marqueur temporel, ce marquage temporel jouant de manière assez différente selon le type de voyage et selon les personnes. Toutes choses qui ne sont guère surprenantes.
Le chapitre IV analyse les effets du vieillissement et des périodes de transitions dans le cycle de vie (« indépendance vacancière » des enfants, puis départ des enfants du domicile, départ à la retraite, décès du conjoint). Les pratiques actuelles sont étudiées par rapport aux pratiques passées, telles que les enquêtés se les remémorent au moment de l’entretien. Il apparaît que le passage à la retraite se traduit, dans la plupart des cas, par un accroissement des voyages, conformément à ce que paraissent indiquer les grandes enquêtes statistiques. Le décès du conjoint a des effets contrastés. Mais parmi la population enquêtée (rappelons qu’il s’agit de partants, une analyse intégrant les non-partants donnerait sans doute des résultats assez différents), le développement des pratiques vacancières n’est pas rare. Enfin, l’avancée en âge se traduit par une réorientation des formes de voyages (des circuits aux séjours, de l’étranger vers la France) intégrant l’évolution ressentie de ses propres capacités, donnant corps à la notion de déprise en matière de pratiques touristiques.
La seconde partie, Voyages et lien social, s’intéresse plus précisément, en deux temps, à la façon dont les voyages alimentent la sociabilité des retraités.
Le chapitreV traite de la sociabilité pendant le voyage, en faisant le lien avec les « configurations de départ » (nombre de personnes avec qui l’on part, et nature du lien avec la personne enquêtée), décrites de façon très minutieuse. Le chapitreVI est consacré aux contacts que les voyages engendrent. Il en ressort des résultats contrastés : à de rares exceptions près, les voyages ne permettent pas de se faire de nouveaux amis à la retraite. En revanche, partir permet de renforcer des relations préexistantes (avec la ou les personnes avec lesquelles on part tout d’abord, mais aussi par l’envoi de cartes postales, par des rencontres entre deux voyages) ou d’en créer d’autres, le temps du voyage. Si ces rencontres sont éphémères, elles contribuent fortement à l’agrément de la pratique touristique.
Ce travail appelle, logiquement, un certain nombre de questions supplémentaires : les effets de génération, très présents actuellement dans les pratiques touristiques, peuvent-ils modifier en profondeur le vécu des voyages dépeint ici ? Ne faudrait-il pas également s’intéresser aux non-partants et, plus précisément, aux personnes ayant cessé de voyager ? Si l’expérience tirée des voyages apparaît généralement très positive, quelle peut être la place de l’action publique pour favoriser les départs aux âges élevés ? Quoi qu’il en soit, on l’aura compris, ce compte rendu ne donne qu’un aperçu des thèmes abordés. Au-delà de son objet principal, les pratiques touristiques des retraités, cet ouvrage fournit plus largement nombre d’éléments intéressants, tant sur les modes de vie à la retraite, que sur les pratiques touristiques et les représentations attachées au voyage en groupe.
Par Pascal POCHET, Laboratoire d’économie des transports
Erratum
Dans le numéro 52 de Retraite et Société, il fallait lire à la fin de l’analyse critique de Parcours de vie (p. 164-168) « par Luc-André GUILLET et Franca ARMI, Centre interfacultaire de gérontologie, Université de Genève ». Nous prions les auteurs et les lecteurs de nous excuser de cet oubli.
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