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2010/1 (n° 67)


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Quelle est la meilleure façon d’envisager la politique démocratique ? Jusqu’il y a quelques années, le modèle le plus en vogue en théorie politique était celui de la « démocratie délibérative » défendu, sous des formes différentes, par John Rawls et Jürgen Habermas. Mais un autre modèle, qui propose de concevoir la démocratie de façon « agonistique » est en train de gagner de l’influence et il me semble utile d’examiner ce que ceux qui s’en réclament ont en commun. Comme j’appartiens moi-même au « camp agonistique », j’ai choisi comme voie celle de mettre en lumière les différences qui existent entre ma conception de l’agonisme et celle d’un certain nombre de théoriciens qui ont d’autres sources d’inspiration.

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Je commencerai par présenter les grandes lignes du cadre théorique qui informe ma réflexion. J’ai proposé de distinguer entre le politique, lié à la dimension d’antagonisme qui existe dans les rapports humains – antagonisme qui se manifeste sous forme politique dans la construction du rapport ami/ennemi et qui peut émerger à partir d’une grande diversité de rapports sociaux – et la politique, qui, quant à elle, vise à établir un ordre, à organiser la coexistence humaine dans des conditions qui sont toujours conflictuelles car traversées par le politique. On retrouve cette distinction entre le politique et la politique dans les autres théories agonistiques mais pas toujours avec la même signification. On peut en fait distinguer deux conceptions opposées de ce qui constitue la spécificité du politique. Il y a d’un côté ceux pour qui le politique fait référence à un espace de liberté et d’agir en commun et de l’autre ceux qui y voient le lieu du conflit et de l’antagonisme. C’est dans cette deuxième perspective que s’inscrit mon travail et je vais montrer comment c’est sur ce point que se situe la divergence fondamentale entre les différentes théories agonistiques.

Politique et antagonisme

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Une des thèses principales que j’ai défendue dans mes travaux, c’est que les questions proprement politiques impliquent toujours des décisions qui exigent de faire un choix entre des alternatives qui sont indécidables d’un point de vue strictement rationnel. C’est là quelque chose que la théorie libérale ne peut pas admettre car elle envisage le pluralisme d’une manière inadéquate. Elle reconnaît que nous vivons dans un monde où co-existent une multiplicité de perspectives et de valeurs et elle accepte qu’il est impossible à chacun de nous de les adopter toutes, pour des raisons qu’elle croit empiriques ; néanmoins elle s’imagine que, mises ensemble, ces perspectives et ces valeurs constituent un tout harmonieux et nonconflictuel. C’est pourquoi ce type de pensée est incapable de rendre compte du caractère inéluctablement conflictuel du pluralisme, qui découle de l’impossibilité de réconcilier tous les points de vue, et c’est ce qui la conduit à nier le politique dans sa dimension antagoniste.

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J’affirme pour ma part que c’est uniquement lorsqu’on prend en compte le politique dans sa dimension d’antagonisme que l’on peut saisir le défi que doit affronter la politique démocratique. La vie publique ne pourra jamais faire l’économie de l’antagonisme car elle concerne l’action publique et la formation d’identités collectives. Elle vise a constituer un nous dans un contexte de diversité et de conflit. Or pour constituer un nous, il faut le distinguer d’un eux. C’est pourquoi la question cruciale d’une politique démocratique n’est pas d’arriver à un consensus sans exclusion – ce qui reviendrait à la création d’un nous qui n’aurait pas comme corrélat un eux – mais de parvenir à établir la discrimination nous/eux d’une manière qui soit compatible avec le pluralisme.

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Selon le modèle du « pluralisme agonistique » que j’ai élaboré dans The Democratic Paradox (Londres, Verso, 2000) et On the Political (Londres, Routledge, 2005) ce qui caractérise la démocratie pluraliste, c’est d’instaurer une distinction entre les catégories d’ennemi et d’adversaire. Cela signifie qu’à l’intérieur du nous qui constitue la communauté politique, l’opposant ne sera pas considéré comme un ennemi à abattre mais comme un adversaire dont l’existence est légitime. Ses idées seront combattues avec vigueur mais son droit à les défendre ne sera jamais mis en question. La catégorie de l’ennemi ne disparaît pas pour autant car elle continue à être pertinente par rapport à ceux qui mettent en question les principes mêmes de la démocratie pluraliste et qui, pour cette raison, ne peuvent pas faire partie de l’espace agonistique.

Une fois que l’on a ainsi distingué entre antagonisme (rapport ami/ennemi) et l’agonisme (rapport entre adversaires), on est en mesure de comprendre pourquoi l’affrontement agonistique, loin de représenter un danger pour la démocratie, est en réalité sa condition même d’existence. La démocratie ne peut certes survivre sans certaines formes de consensus – qui doivent porter sur l’adhésion aux valeurs éthico-politiques qui constituent ses principes de légitimité et sur les institutions dans lesquelles elles s’inscrivent – mais elle doit aussi permettre au conflit de s’exprimer et cela requiert que les citoyens aient vraiment la possibilité de choisir entre de réelles alternatives.

Politique et hégémonie

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Il est nécessaire à ce point d’introduire la catégorie d’hégémonie qui va nous permettre de rendre compte de la nature de la lutte agonistique. Pour appréhender le politique comme possibilité toujours présente de l’antagonisme, il est nécessaire de reconnaître l’absence d’un fondement ultime et l’indécidabilité qui imprègne tout ordre. C’est bien ce qu’on postule avec la catégorie d’hégémonie : toute société est le produit de pratiques qui visent à instituer un ordre dans un contexte de contingence. Tout ordre social est donc de nature hégémonique et son origine politique. Le social est ainsi constitué de pratiques hégémoniques sédimentées, c’est-à-dire de pratiques qui occultent les actes originaires de leur institution politique contingente et qui apparaissent comme si elles procédaient d’un ordre naturel. Cette perspective révèle que tout ordre résulte de l’articulation temporaire et précaire de pratiques contingentes. Les choses auraient toujours pu être différentes et tout ordre est instauré à travers l’exclusion d’autres possibilités. Il est toujours l’expression d’une structure particulière de relations de pouvoir, d’où son caractère politique. Tout ordre social qui, à un moment donné, est perçu comme étant « naturel », ainsi que le « sens commun » qui l’accompagne est en fait le résultat de pratiques hégémoniques sédimentées et n’est jamais la manifestation d’une objectivité qui serait extérieure aux pratiques à travers lesquelles il a été établi.

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Ce qui est en jeu dans la lutte agonistique, c’est la configuration même des rapports de pouvoir qui structurent un ordre social et le type d’hégémonie qu’ils construisent. Il s’agit d’une confrontation entre des projets hégémoniques opposés qui ne peuvent jamais être réconciliés rationnellement. La dimension antagoniste est donc toujours présente mais elle est mise en scène à travers une confrontation dont les procédures sont acceptées par les adversaires. Le modèle agonistique que je propose reconnaît le caractère contingent des articulations hégémoniques qui déterminent la configuration spécifique d’une société à un moment donné et le fait qu’en tant que constructions pragmatiques et contingentes, elles peuvent toujours être désarticulées et transformées par la lutte agonistique. À la différence des modèles libéraux, une telle perspective agonistique tient compte du fait que tout ordre social est politiquement institué et que le terrain des interventions hégémoniques n’est jamais neutre car il est toujours le produit de pratiques hégémoniques antérieures. En ce qui concerne l’espace public, loin de l’envisager comme terrain privilégié pour la recherche du consensus, comme chez Habermas par exemple, mon approche agonistique le conçoit comme le champ de bataille où les projets hégémoniques s’affrontent, sans aucune possibilité de réconciliation finale.

Quel agonisme ?

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Mon désaccord avec Habermas n’est pas étonnant compte tenu du fait que c’est en partie en opposition à son modèle de « démocratie délibérative » que j’ai développé ma conception agonistique. Mais je voudrais maintenant examiner les différences qui existent entre mon approche et celle que l’on trouve parmi un certain nombre de conceptions qui s’inscrivent aussi dans une perspective agonistique. En effet, au-delà des « ressemblances de famille » entre ces conceptions, il y a aussi des points de divergence importants qu’une similitude de vocabulaire risque d’occulter.

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Pour commencer, je prendrai le cas d’Hannah Arendt. Arendt est souvent considérée comme une représentante de l’agonisme et les références qu’elle fait à l’agon grec peuvent justifier une telle lecture. Néanmoins la conception de l’agonisme que l’on peut déduire de l’œuvre d’Arendt est très différente de celle que je défends. En effet, chez elle on trouve ce que j’appellerais un « agonisme sans antagonisme ». Car, même si elle insiste beaucoup sur la pluralité humaine et conçoit la politique comme relevant de la communauté et de la réciprocité des êtres différents, elle ne reconnaît jamais que cette pluralité est à l’origine de conflits antagonistes. Selon Arendt, penser de manière politique consiste à développer l’habilité de voir les choses à partir d’une multiplicité de perspectives. Comme l’indique sa référence à Kant et à sa notion de « pensée élargie », le pluralisme qu’elle prône n’est au fond pas si différent de celui d’Habermas car il s’inscrit aussi dans l’horizon d’un accord inter-subjectif. Il est clair en effet que ce qu’elle cherche dans la critique kantienne du jugement esthétique, c’est une procédure pour obtenir un accord inter-subjectif dans l’espace public. De ce fait on peut affirmer que, malgré les différences entre leurs approches respectives, Arendt est proche de la conception d’Habermas sur l’espace public comme lieu où peut s’établir le consensus. Évidemment, dans son cas, ce consensus sera le résultat d’un échange de voix et d’opinions (dans le sens grec de doxa), pas d’un Diskurs rationnel comme chez Habermas. Comme l’a fait remarquer Linda Zerilli [1][1] Linda Zerilli, Feminism and the Abyss of Freedom, 2005,..., tandis que chez Habermas le consensus émerge à travers ce que Kant appelle disputieren, un échange d’arguments contraint par des règles logiques, pour Arendt c’est une question de streiten où l’accord est produit grâce à la persuasion et non à travers des preuves irréfutables. Mais ce qu’aucun des deux ne parvient à reconnaître, c’est la nature hégémonique de toute forme de consensus en politique ainsi que le caractère indéracinable de l’antagonisme – le moment du Widerstreit, ce que Lyotard appelle le différend.

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Ma conception de l’agonisme doit aussi être distinguée de celle, clairement influencée par Arendt, que l’on trouve chez Bonnie Honig. Dans son livre PoliticalTheory and the Displacement of Politics[2][2] Bonnie Honig, Political Theory and the Displacement..., Honig reproche aux conceptions libérales d’être trop consensuelles et met en avant le potentiel émancipatoire de la contestation politique qui permet de questionner les pratiques établies. Elle défend une conception de la politique centrée sur la virtù, au cœur de laquelle elle place la contestation agonistique grâce à laquelle les citoyens sont capables de maintenir ouvert un espace de débat et d’empêcher qu’il soit mis un terme à la confrontation des positions. Ce qui est central dans la lutte agonistique telle que la conçoit Honig, c’est la mise en question permanente des identités et des idées dominantes. C’est ainsi que dans un article intitulé « Towards an agonistic feminism : Arendt and the Politics of Identity [3][3] Bonnie Honig, « Towards an agonistic feminism : Arendt... » elle déclare que l’importance de l’œuvre d’Hannah Arendt pour les féministes vient du fait qu’elle leur procure une politique agonistique de la performativité. Tout en reconnaissant qu’Arendt elle-même ne s’est jamais identifiée au féminisme, Honig affirme que sa politique agonistique de performativité est cruciale pour la politique féministe parce qu’elle permet d’envisager le féminisme comme le lieu d’une contestation sur la signification, la pratique et la politique du genre et de la sexualité. L’appropriation des idées d’Arendt devrait, selon elle, permettre aux féministes de comprendre que les identités sont toujours produites de manière performative et de mettre ainsi en question les positions de sujet existantes et de libérer l’identité de la « femme » des catégories restrictives dans lesquelles on essaye de l’enfermer. L’idée d’une identité qui conviendrait aux femmes et qui devrait servir de point de départ à la politique féministe est remplacée par une multiplicité d’identités qui sont constamment produites dans un espace agonistique, ce qui ouvre la voie à l’émancipation féminine.

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Comme on le voit, la lutte agonistique selon Honig se réduit au moment de la contestation. Ce qui est important pour elle, c’est de garantir l’expression de la pluralité et d’empêcher qu’il ne soit mis un terme au procès de questionnement. Je considère, pour ma part, qu’il ne s’agit là que d’une des dimensions de la lutte agonistique qui ne peut pas se limiter à la contestation, et que le second moment, celui de la construction de nouvelles articulations hégémoniques, est fondamental en politique. C’est pourquoi j’estime que la conception de l’agonisme telle que nous la trouvons chez Honig ne permet pas d’envisager la politique démocratique de manière adéquate.

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J’ai un problème similaire avec la conception de William Connolly, un autre théoricien de l’agonisme. Connolly n’est pas influencé par Arendt mais par Nietzsche et il s’est efforcé de rendre la conception nietzschéenne de l’agon compatible avec la politique démocratique. Dans son livre Pluralisme[4][4] William Connolly, Pluralisme, 2005, Durham, Duke University... il plaide en faveur d’une radicalisation de la démocratie grâce au développement d’un nouvel ethos démocratique parmi les citoyens. Il conçoit cet ethos sur le mode d’un engagement permanent dans une contestation agonistique qui devrait rendre impossible toutes les tentatives de clôturer le débat. La notion centrale des travaux de Connolly est celle de « respect agonistique » qu’il présente comme naissant de notre condition existentielle commune, liée à la lutte pour l’identité et la reconnaissance de notre finitude. Le respect agonistique constitue pour lui la vertu cardinale du type de pluralisme qu’il prône et il y voit la vertu politique la plus importante dans le monde pluraliste où nous vivons aujourd’hui. Je suis bien entendu d’accord avec Connolly quand il insiste sur le rôle que le respect doit jouer parmi les adversaires qui sont engagés dans une lutte agonistique. Mais j’estime qu’il est nécessaire de poser la question des limites de ce respect agonistique. Est-ce que tous les antagonismes peuvent être transformés en agonisme ? En d’autres termes, est-ce que toutes les positions doivent être considérées comme légitimes et faut-il leur accorder une place à l’intérieur de l’espace public agonistique ? Ou bien, existe-t-il des revendications qui doivent être exclues parce qu’elles mettent en question le consensus conflictuel qui constitue le cadre symbolique dans lequel les opposants se reconnaissent comme adversaires légitimes ? Pour le dire d’une autre façon, peut-on envisager un pluralisme sans antagonisme ?

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Voilà, à mon avis, la question proprement politique que l’approche de Connolly ne permet pas de poser. C’est la raison pour laquelle je considère que sa conception de l’agonisme, non plus que celle d’Honig, ne peut servir de cadre à une politique démocratique. Pour penser et agir politiquement, on ne peut pas faire l’impasse sur le moment de la décision et cela requiert d’établir une frontière et de déterminer un espace d’inclusion/exclusion. Toute perspective qui élude ce moment se met dans l’incapacité de transformer la structure des rapports de pouvoir et d’instaurer une nouvelle hégémonie. Je n’ai certes pas l’intention de nier l’importance d’un ethos démocratique mais je crois que ce serait une erreur de ramener la politique démocratique à la promotion d’une éthique de respect agonistique. Or il me semble que c’est bien ce que propose Connolly : chez lui il s’agit plutôt d’une nouvelle forme d’éthique pluraliste que d’une nouvelle conception de la politique démocratique. Une éthique qui a sans aucun doute ses mérites mais qui n’est pas suffisante pour envisager la nature d’une politique démocratique hégémonique et les limites que celle-ci doit imposer au pluralisme.

La différence fondamentale entre ma conception de l’agonisme et celles que je viens d’examiner réside dans l’absence, dans les cas d’Arendt, d’Honig et de Connolly, des deux dimensions, centrales dans mon approche et indispensables pour penser le politique : l’antagonisme et l’hégémonie. L’objectif principal des auteurs examinés est d’empêcher la clôture du débat et de donner libre cours à l’expression de la pluralité. Leur célébration d’une politique de déstabilisation ignore la phase de la lutte hégémonique qui consiste dans l’établissement d’une chaîne d’équivalences entre luttes démocratiques afin de construire une autre hégémonie. Il n’est cependant pas suffisant de déranger les procédures dominantes et de disloquer les dispositions existantes pour radicaliser la démocratie. Lorsque l’on accepte que l’antagonisme ne peut jamais être éliminé définitivement et que tout ordre est de nature hégémonique, on ne peut pas esquiver la question centrale en politique : quelles sont les limites de l’agonisme et quelles sont les institutions et les configurations de pouvoir qu’il faut transformer pour radicaliser la démocratie ? Cela exige d’affronter le moment de la décision et cela impliquera obligatoirement une forme de clôture. C’est là le prix à payer pour agir politiquement.

En guise de conclusion, je voudrais suggérer que cette incapacité à rendre compte de la nature de la décision politique chez les auteurs que je viens d’examiner est liée à la façon dont ils conçoivent le politique en tant qu’agir en commun et dont ils envisagent le pluralisme sous le mode de valorisation de la multiplicité. C’est cela qui les conduit à éluder le rôle constitutif du conflit et de l’antagonisme. L’autre vision du politique, au contraire, celle dans laquelle s’inscrit mon travail, reconnaît le caractère constitutif de la division sociale et l’impossibilité d’une réconciliation finale. Les deux conceptions affirment que dans la démocratie moderne le peuple ne peut plus être considéré comme « un ». Mais alors que dans la première perspective il est vu comme « multiple », dans la seconde il est appréhendé comme « divisé ». J’affirme donc qu’il n’est possible de penser de manière proprement politique que lorsque la division et l’antagonisme sont reconnus comme indéracinables.

Notes

[1]

Linda Zerilli, Feminism and the Abyss of Freedom, 2005, Chicago, The University of Chicago Press.

[2]

Bonnie Honig, Political Theory and the Displacement of Politics, 1993, Ithaca, Cornell University Press.

[3]

Bonnie Honig, « Towards an agonistic feminism : Arendt and the Politics of Identity », in Feminist Interpretatrions of Hannah Arendt, ed. by Bonnie Honig, 1995, The Pennsylvania State University Press.

[4]

William Connolly, Pluralisme, 2005, Durham, Duke University Press.

Plan de l'article

  1. Politique et antagonisme
  2. Politique et hégémonie
  3. Quel agonisme ?

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