Santé Publique 2003/1
Santé Publique
2003/1 (Vol. 15)
200 pages
Editeur
DOI 10.3917/spub.031.0069
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Vous consultezTabac : connaissances, motivations et souhaits de lycéens du Doubs. Réflexions pour la prévention

AuteursC. Michaud[1] [1] Comité départemental d’éducation pour la santé du...
suite
du même auteur


Introduction


En France, le tabagisme est un problème majeur de santé publique puisqu’il constitue la première cause de mortalité évitable [15]. Si une tendance à la baisse de la prévalence tabagique a été observée à partir des années 70 pour l’ensemble de la population [9], cette tendance n’est plus observée en 1999 chez les 14-18 ans, puisque l’enquête ESPAD [8] montre une évolution de 20 points entre 1993 et 1999 concernant les jeunes ayant consommé au moins une fois du tabac. Passant de 9 % à 12/14 ans à 48 % à 20/25 ans [14], la prévalence du tabagisme des jeunes inquiète d’autant plus que la part des jeunes filles adoptant ce comportement augmente également [8]. À l’heure actuelle, les adolescentes de 18/19 ans ont une prévalence tabagique forte et supérieure à celle des garçons [8,14, 24]. Ce changement risque à lui seul de remettre en cause la progression de l’espérance de vie des femmes dans notre pays [20]. Des inflexions significatives doivent être opérées dans la communication et dans les actions éducatives relatives à la prévention du tabagisme conduites auprès des jeunes [18]. Aussi, afin d’étayer cette réorientation, la ville de Besançon et la Mutualité Française Doubs ont confié au Comité départemental d’éducation pour la santé du Doubs, la réalisation d’une enquête d’observation auprès des élèves des lycées de Besançon et de Morteau. L’objectif de cette enquête était de décrire et d’analyser les connaissances et les motivations des lycéens concernant le tabac et leurs souhaits en matière de prévention, ces éléments devant servir aux décideurs institutionnels à élaborer de nouvelles pistes d’actions.

Méthodes

Population

2 La totalité des lycées publics et privés, généraux et professionnels de Besançon (ville-préfecture de 120 000 habitants) et de Morteau (ville de 6 800 habitants en zone rurale) était concernée.

3 Douze établissements sur les 14 possibles (deux établissements participant à une autre enquête portant sur les produits psychoactifs ayant été écartés) ont été sollicités pour participer à l’enquête : six lycées d’enseignement général et technologique (4 publics et 2 privés), 4 lycées d’enseignement professionnel (2 publics, 2 privés) et 2 lycées d’enseignement général et technologique comprenant une section d’enseignement professionnel (2 publics).

4 Dans chaque lycée, 3 classes (une par niveau théorique : seconde, première, terminale) ont été tirées au sort et l’ensemble des élèves de ces classes, présents le jour de l’enquête, a été invité à remplir un questionnaire.

Méthodes

5 Un auto-questionnaire anonyme et confidentiel comportant 41 items (30 questions fermées, 10 questions ouvertes) a permis de recueillir les déclarations (connaissances, motivation, souhaits) des lycéens concernant l’usage du tabac, sous la responsabilité d’un enseignant ou d’un conseiller principal d’éducation.

6 Les données de l’auto-questionnaire ont été analysées à l’aide du logiciel Statview 5 [6]. Le test du Chi2 a été utilisé pour analyser les liaisons entre les variables nominales.

Résultats

7 Tous les élèves présents le jour de l’enquête ont rempli l’auto-questionnaire : 970 questionnaires ont ainsi été collectés. Ces lycéens ont entre 14 et 22 ans. L’âge moyen est de 16,8 ans. Le ratio garçon/fille est de 46/54 %. Le tiers des lycéens interrogés (31 %) suit une filière d’enseignement professionnel et les deux tiers (68 %) sont dans la filière d’enseignement général.

Connaissances concernant les méfaits du tabagisme sur la santé

8 À la question « peux-tu citer des maladies liées à l’usage du tabac ? », 96 % des lycéens évoquent en premier lieu le cancer. Trois pour cent citent les maladies cardio-vasculaires.

9 La majorité (59 %) des lycéens déclare que fumer coupe l’appétit. Les filles (64 %) connaissent mieux que les garçons (53 %) cet effet du tabac (p ≤ 0,01). Les fumeurs sont plus nombreux à connaître l’action coupe faim du tabac (63 % versus 56 % ; p ≤ 0,001).

10 À la question « prendre la pilule en fumant accentue ou diminue les risques liés au tabagisme ? », la majorité (66 %) des lycéens déclare que cela accentue les risques.

11 Les filles connaissent mieux que les garçons les risques liés à l’association pilule-tabac (79 % vs 52 % ; p ≤ 0,001). À la question « être en contact avec la fumée des autres constitue-t’il un risque pour ta santé ? », 94 % des lycéens répondent par l’affirmative, les filles plus que les garçons (96 % vs 93 % ; p ≤ 0,05).

12 À la question « à la naissance, le bébé d’une fumeuse est-il habituellement plus gros, aussi gros, moins gros, ne sais pas ? », 50 % des lycéens répondent moins gros, les filles plus que les garçons (59 % vs 39 % ; p ≤ 0,001) et 43 % répond « ne sais pas ».

Motivations concernant le comportement tabagique

13 Les lycéens rejettent majoritairement (91 %) l’affirmation « le tabac améliore le look ».

14 Les trois quart (74 %) des lycéens déclarent « ne pas être d’accord du tout » avec l’affirmation selon laquelle « un fumeur a plus facilement des copains qu’un non-fumeur » ; les plus jeunes sont moins en désaccord avec cette affirmation que les plus âgés (69 % vs 84 % ; p ≤ 0,05) ; les non fumeurs moins que les fumeurs (71 % vs 78 % ; p ≤ 0,05).

15 À l’affirmation « fumer est un moyen de gérer son stress », la majorité (70 %) des lycéens répond « plutôt ou tout à fait d’accord » sans différence entre les sexes. Les lycéens des filières professionnelles sont davantage en accord avec cette affirmation (75 % vs 66 % ; p ≤ 0,001) ainsi que les fumeurs en regard des non-fumeurs (85 % vs 58 % ; p ≤ 0,001).

16 À la question ouverte « pour quelles raisons fumes-tu ? », 61 % des lycéens déclarent rechercher les sensations positives ressenties lors cette pratique : la cigarette serait un moyen de « se déstresser », de « se relaxer », de « se détendre », de « s’apaiser », de « se soulager les nerfs », de « décompresser », de « se faire plaisir ». Un tiers (30 %) des lycéens évoque leur consommation par ses aspects négatifs : la dépendance et le besoin.

17 Enfin, 6 % déclarent fumer pour faire comme les autres et 3 % pour d’autres raisons (« s’amuser », « s’occuper, en raison de problèmes », pour « se donner une contenance » pour « l’effet anorexigène »).

Souhaits concernant les actions de prévention du tabagisme

En ce qui concerne la communication

18 Un peu moins d’un jeune sur 2 (43 %) peut citer une campagne de prévention du tabagisme, les filles plus que les garçons (49 % vs 35 % ; p ≤ 0,001) et en citer quelques éléments marquants :

  • les 3 principaux messages de prévention cités sont alors par ordre d’importance : la campagne locale « Besançon non fumeur » (21 %), les avertissements légaux figurant sur les paquets de cigarettes du type « nuit gravement à la santé » (15 %), puis le slogan « le tabac, c’est tabou, on en viendra tous à bout », extrait du film « le pari » (13 %) ;
  • un tiers (35 %) des lycéens déclare se sentir concerné par ces campagnes, les filles davantage que les garçons (43 % vs 26 % ; p ≤ 0,001) et les fumeurs davantage que les non-fumeurs (54 % vs 22 % ; p ≤ 0,001) ;
  • les lycéens déclarent que les modes d’expression qui les touchent et les incitent le plus à réfléchir, dans une campagne d’information sur le tabac, sont la peur de la mort (74 %), l’utilisation de l’humour (16 %) puis la crainte du ridicule (4 %) (tableau I).

Tableau I - Réponses (en %) des lycéens sur le mode d’expression qui les touche le plus selon le sexe et le statut tabagique

La mort L’humour Le ridicule Autres Sexe (p ≤ 0,05) garçons filles 69,9 77,8 19,4 13,1 5,1 3,7 5,6 5,3 Statut tabagique (ns) fumeurs non fumeurs 74,2 74,3 16,2 15,8 4,4 4,3 5,2 5,6
En ce qui concerne la réglementation

19 À la question « faut-il augmenter le prix du tabac ? », 45 % répondent oui sans différence significative entre les filles et les garçons. En revanche, 18 % des fumeurs sont en accord avec cette proposition alors qu’ils sont 65 % parmi les non fumeurs (p ≤ 0,001) (figure 1).

...
Proportion de lycéens ayant répondu « oui » à la question « Faut-il augmenter le prix du tabac ? » selon l’âge et le statut tabagique

Proportion de lycéens ayant répondu « oui » à la question « Faut-il augmenter le prix du tabac ? » selon l’âge et le statut tabagique

20 Un peu moins d’un lycéen sur 2 (44 %), et notamment les non-fumeurs, pense qu’il faut interdire la vente de cigarettes aux mineurs et ce, d’autant plus que le répondant est âgé (figure 2).

...
Proportion de lycéens ayant répondu « oui » à la question « Faut-il interdire la vente de cigarettes aux mineurs ? » selon l’âge et le sexe

Proportion de lycéens ayant répondu « oui » à la question « Faut-il interdire la vente de cigarettes aux mineurs ? » selon l’âge et le sexe

21 À la question « interdire de fumer dans la cour du lycée est souhaitable, nécessaire, inacceptable ? », plus d’un tiers (37 %) des lycéens jugent inacceptable l’interdiction de fumer dans la cour du lycée, les filles davantage que les garçons (41 % vs 32 % ; p ≤ 0,01), les fumeurs davantage que les non fumeurs (63 % vs 18 % ; p ≤ 0,001) (tableau II).

Tableau II - Réponses (en %) des lycéens sur la proposition d’interdire de fumer dans la cour de l’établissement selon le sexe et le statut tabagique

Souhaitable Nécessaire Inacceptable Sans opinion Sexe (p ≤0,01) garçons filles 18,3 12,0 7,0 4,7 32,3 40,6 42,4 42,7 Statut tabagique (p ≤ 0,001) fumeurs non fumeurs 4,0 22,6 1,5 8,8 62,8 18,5 31,8 50,2

Discussion

22 Notre étude confirme la bonne connaissance, de la part des lycéens, des méfaits du tabac sur la santé. Même si le risque cardiaque est beaucoup moins identifié que le risque cancéreux, les lycéens sont dans l’ensemble bien informés sur les risques majeurs attribués au tabac.

23 Notons que les filles connaissent mieux que les garçons les risques liés à l’association pilule-tabac, ce qui semble logique puisqu’elles sont concernées au premier plan. De même, elles connaissent mieux que les garçons l’action coupe faim du tabac et l’on peut même s’interroger si cette connaissance ne se révèle pas incitative pour certaines jeunes filles, la consommation de tabac devenant pour ces dernières un moyen de réguler leur poids à l’heure de l’anorexisation des images féminines véhiculées par les médias.

24 Pourtant mieux informées, les jeunes filles n’en continuent pas moins à fumer ou à commencer à fumer. Pas plus que les adolescents, les adolescentes ne se projettent donc pas dans l’avenir ; elles dénient les risques de maladies [23] que les adultes leur promettent dans une échéance trop éloignée, dans leur système de pensée comme l’avaient fait les garçons des générations précédentes. La connaissance du danger ne suffit donc pas à empêcher les jeunes de fumer et confirme que l’approche éducative basée uniquement sur les connaissances ne peut suffire à l’abandon de la consommation du tabac [17]. En parallèle à ces informations, il semble nécessaire de développer des compétences personnelles et sociales permettant leur mise en œuvre. Ces « compétences de vie », telles que dénommées par l’Organisation mondiale de la santé [22], recouvrent la capacité à faire face au changement, à résoudre des problèmes, à communiquer, à contrôler ses émotions, à anticiper les conséquences de ses actes et à développer l’estime de soi. Cette voie éducative est actuellement préconisée par certains services de l’État en charge de la lutte contre les addictions [19] ; elle est également évoquée et discutée dans l’expertise collective INSERM [10] concernant l’éducation pour la santé des jeunes. En parallèle, il faut permettre aux jeunes, d’une part, d’identifier les conditionnements (et donc l’atteinte à leur liberté immédiate) que leur proposent la société en général, et les producteurs de tabac en particulier, et d’autre part, d’analyser leurs représentations liées aux comportements tabagiques.

25 La majorité des lycéens ne pensent pas que le tabagisme favorise les relations amicales. À l’instar de ce qu’ont montré des études du Comité français d’éducation pour la santé [1, 13], la cigarette n’apparaît plus comme l’élément indispensable pour se faire accepter par ses pairs ou pour se faire des amis. En revanche, les lycéens recherchent principalement les effets psychoactifs du tabac comme le montre la convergence des réponses obtenues à la question ouverte « Pour quelles raisons fumes-tu ? » et celles obtenues à la question fermée concernant le tabac comme outil de gestion du stress. L’enquête nationale sur les adolescents conduite en 1994 [7] évoquait déjà les situations qui favorisaient la consommation de tabac chez les filles : cafard, solitude, tristesse, contrariété. Une étude récente retrouve également ces signes de malaise psychologique plus fréquemment chez les filles que chez les garçons [4] :

26 – La tentation est forte de vouloir expliquer l’usage grandissant du tabac chez les adolescentes par ce mal-être et par cette représentation actuelle de l’effet anxiolytique du tabac. La motivation à fumer pour gérer son stress est non seulement très présente chez les fumeurs puisque près de 9 sur 10 d’entre eux déclarent gérer leur stress de cette manière mais, elle semble largement admise par les non fumeurs puisque plus de la moitié de ces derniers adhère à cet effet supposé ou réel du tabac. Cette image forte chez les jeunes (le tabac comme outil de gestion du stress) est sûrement à prendre en considération dans la pédagogie à mettre en place pour parler du tabac et sûrement trop peu développée dans les actions éducatives actuelles. Ces constats conduisent, d’une part, à s’interroger sur la manière d’intervenir, auprès et avec les adolescents sur les facteurs responsables de leurs stress et de leur anxiété afin de leur faire découvrir d’autres moyens (moins nocifs pour la santé) de les maîtriser et, d’autre part, à les aider à décoder et à questionner les sensations induites par la cigarette.

27 – Concernant les souhaits des lycéens en matière de prévention du tabagisme, notre étude montre que les trois quarts déclarent que dans une campagne de communication sur le tabac, le mode d’expression qui les touche et les incite le plus à réfléchir est la peur de la mort. Dans le même état d’esprit, à la question ouverte « quelles actions de prévention pourraient davantage concerner les lycéens », ces derniers répondent majoritairement « le témoignage de malades du tabac ». Cette attirance des adolescents pour la mort et pour le morbide se retrouve dans différentes études [2]. Elle oblige cependant l’éducateur de santé à s’interroger sur deux points essentiels qui dépassent la thématique du tabac : quelle utilisation doit-il faire de la peur de la maladie et de la mort ? Et en corollaire, jusqu’où doit-il prendre en compte les désirs exprimés par les adolescents ? Le défi de l’éducation pour la santé est d’essayer d’apporter des contributions à la résolution de ces deux paradoxes.

28 Le premier point semble, en effet, paradoxal avec le refus des jeunes de se projeter dans l’avenir (ou même d’imaginer les effets à court terme d’une consommation excessive) afin de protéger leur santé, comme le souhaiteraient les adultes.

29 L’utilisation de la peur (de la maladie et de la mort) dans la communication en direction des adolescents est un sujet très débattu dans la littérature [2, 18]. Si certaines études concluent à un impact marqué de l’utilisation de la peur sur les attitudes et comportements [16], d’autres affichent des résultats plus nuancés sur l’enchaînement « efficacité d’un message – utilisation de la peur – intention d’adopter un comportement approprié » [5]. Les conclusions des revues de la littérature [25, 26] ne permettent pas de trancher définitivement en faveur de l’un ou l’autre des positionnements. Au stade actuel des connaissances sur ce sujet, il est impossible de comprendre et de prévoir comment et quand l’utilisation de la peur et des images fortes aura un impact. Or, le premier principe de la médecine « d’abord, ne pas nuire » doit également s’appliquer à la prévention.

30 Le deuxième mode d’expression qui touche et incite les jeunes à réfléchir est l’utilisation de l’humour : ceci est également retrouvé dans les analyses sur les attentes des jeunes [2].

31 Dans le désir de réalisme affiché par les adolescents, la place de l’humour semble essentielle : il permet une mise à distance du sujet traité et évite que ce réalisme ne dépasse les frontières de ce qui est psychiquement acceptable [2]. Il est à cet égard intéressant de noter que le 3e message « anti-tabac » cité par les lycéens est issu d’une réplique d’un film grand public dont le but n’est pas la prévention du tabagisme ; cela confirme la capacité des jeunes à se réapproprier un slogan ou une formule, soit pour en accentuer l’effet, soit pour le détourner, soit pour lui faire une place dans leur propre vécu [11]. Dans le même esprit, le dernier exemple connu des intervenants en prévention du tabagisme, est l’appellation « nuit grave » pour désigner une cigarette, détournée de l’avertissement réglementaire « nuit gravement à la santé » figurant sur les paquets de tabac.

32 Le second point met cette fois l’adulte dans un apparent paradoxe entre sa volonté d’accompagner les demandes des jeunes (qui est l’esprit même de la promotion de la santé) et celle de ne pas céder à la démagogie s’il pense que l’utilisation de la peur n’est pas souhaitable.

33 Sur ce point, aucune revue de la littérature ne pourra jamais apporter de réponse définitive. Cela relève de la conviction intime et du positionnement de l’éducateur sur ce qui bon ou pas pour son interlocuteur. Nous touchons alors à l’éthique [17]. Poser le postulat de Freud « l’éducation est un métier impossible » permet de ne pas apporter de réponse à cette question. Cela permet simplement de réaffirmer le positionnement de l’éducateur d’éternel écartelé : nourrir sans rassasier, guider sans retenir. Avoir conscience de cette impossible mission et l’assumer fait que l’on devient un véritable éducateur [17].

34 Enfin, l’avis des lycéens concernant les mesures réglementaires à mettre en œuvre (interdiction de la vente aux mineurs, interdiction de fumer dans la cour des établissements scolaires, augmentation du prix du tabac) montre que les jeunes ne sont guère favorables à un environnement plus contraignant. Pourtant, c’est bien la combinaison de ces multiples initiatives (réglementaires, législatives, éducatives, d’accompagnement à l’arrêt) qui permet de construire une politique cohérente de prévention du tabagisme, seule capable d’influencer sur le long terme les comportements tabagiques de la population [12, 19]. Ces opinions et souhaits exprimés par les lycéens sur les campagnes de communication et sur les mesures préventives sont largement emprunts d’une logique de liberté individuelle, voire d’individualisme. En effet, la liberté de l’individu, même celle de nuire, est d’autant plus revendiquée qu’ils sont impliqués dans cette conduite à risque [3]. Cela doit encourager tous les éducateurs (professionnels ou non) à continuer à œuvrer dans une double contrainte, à savoir l’exigence de mettre à leur disposition (en respectant une éthique partagée) tous les moyens éducatifs nécessaires à leur épanouissement, tout en restant vigilant sur leur responsabilité à établir et à faire respecter des cadres réglementaires et législatifs permettant l’exercice collectif des libertés.

35 Permettre aux jeunes de s’exprimer et d’analyser leurs représentations du tabac, leur donner des aptitudes pour mieux gérer leur stress par le développement de leurs compétences personnelles et sociales, leur offrir un environnement (notamment scolaire) favorable : trois voies pour promouvoir leur santé qui sont, pour partie, celles définies par la charte d’Ottawa [21].

Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE

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5 Block LG, Keller PA. When to accentuate the negative : the effects of perceived efficacy and message framing on intentions to perform a health-related behavior. J Mark Res 1995 ; 32 : 192-203.

6 Caldarola J, Dilmaghani A, Gagnon J, Haycock K, Roth J, Soper C et al. Statview 5. SAS Institute Inc. Berkeley (USA) : Ed. Abacus concepts, 1998.

7 Choquet M, Ledoux S. Adolescents : enquête nationale. Paris : Ed. INSERM, 1994.

8 Choquet M, Ledoux S, Hassler C, Beck F, Peretti-Watel P. Consommations de substances psychoactives chez les 14-18 ans scolarisés : premiers résultats de l’enquête ESPAD 1999, évolution 1993-1999. Tendances 2000 : 6 p.

9 État, Assurance maladie, CFES. Prévention du tabagisme 2000-2003. Dossiers techniques. Vanves : CFES Ed., 2000 : 67 p.

10 Expertise collective. Éducation pour la santé des jeunes. Démarche et méthodes. Paris : Éd. INSERM, 2001.

11 Fabre G. Les résistances aux messages préventifs : l’équivoque et le détournement de sens. In : Tursz, Souteyrand, Salmi (dir.). Adolescence et risque. Paris : Éd. Syros, 1993 : 223-36.

12 Green LW, Pappas A, Eriksen M et al. Le rôle de la législation dans la lutte contre le tabagisme aux Etats-unis. Promotion & Éducation 2000 ; 7 : 38-42.

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14 Guilbert P, Baudier F, Gautier A. Baromètre santé 2000. Résultats. Vanves : Ed CFES, 2001 : 77-118 (Coll. Baromètres).

15 Hill C. Mortalité attribuable au tabagisme, bénéfices pour la santé de l’arrêt du tabac et absence probable du bénéfice d’une rééducation de consommation. In : ANAES/Assitance publique. L’arrêt de la consommation du tabac. Conférence de consensus sur l’arrêt de la consommation de tabac. Paris, 8-9 octobre 1998. Paris : Éd. EDK, 1998 : 67-73.

16 King K, Reid L. Fear arousing, anti-drinking and driving. Do physical injury threats influence young adults. J Curr Res Issues Advert 1990 ; 12 : 155-75.

17 Meirieu P. Le choix d’éduquer. Ethique et pédagogie. Paris : ESF, 1991.

18 Ménard C, Dressen C, Chauvin F. European seminar on tabacco and alcohol communication strategies. Paris, 11-13 décembre 1997. Vanves : Éd. CFES, 1998 : 219 p. (Coll. Séminaires).

19 MILDT. Prévention de l’usage de drogues : questions éducatives. Coll. drogues savoir plus, Éd. CFES Vanves, 2002, 69 p.

20 Nizard A. Les effets sur la mortalité de quelques maux contemporains : sida, hépatites, alcool et tabac. Population 2000 ; 55 : 503-564.

21 OMS. Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé. Première conférence internationale pour la promotion de la santé, Ottawa, Ontario, Canada, 21 novembre 1986.

22 OMS. Life skills. education in schools. WHO, Division of mental health, Genève, 1993.

23 Peretti-Watel P. Les conduites à risque des jeunes : défi, myopie ou déni ? Agora Débats/Jeunesse 2002, 27, 16-33.

24 Saraiva I, Michaud C, Henry Y, Dodane M. L’usage du tabac dans les lycées du Doubs, dix ans après la loi Evin. Revue Epidémiologie Santé Publique 2002 ; 50, 604-608

25 Sutton S. Shock tatics and the myth ot the inverted U. British Journal of Addiction 1992 ; 87 : 517-519.

26 Witte K, Allen M. A meta analysis of fear appeals : implications for effective public health campaigns. Health Education and Behavior 2000 ; 27 : 591-615.

 

Notes

[ 1] Comité départemental d’éducation pour la santé du Doubs (CODES 25), 4, rue de la Préfecture, F-25000 Besançon.Retour

[ 2] Service hygiène santé, 15, rue Mégevand, F-25000 Besançon.Retour

[ 3] Mutualité Française Doubs, 27-29, rue Claude-Pouillet, F-25041 Besançon cedex.Retour

Résumé

La prévalence du tabagisme a progressé chez les 14-18 ans entre 1993 et 1999, notamment chez les adolescentes. Des inflexions significatives doivent donc être opérées dans la communication et dans les actions éducatives relatives à la prévention du tabagisme conduites auprès des jeunes. L’objectif de cette enquête, initiée par la Ville de Besançon et la Mutualité Française Doubs, était de décrire et d’analyser les connaissances et les motivations des lycéens concernant le tabac et leurs souhaits en matière de prévention.
Douze lycées publics et privés, généraux et professionnels de Besançon et Morteau ont été enquêtés. Un auto-questionnaire a été rempli par 970 jeunes choisis de manière aléatoire.
Le cancer est évoqué par 96 % des lycéens comme étant la maladie liée à l’usage du tabac et 94 % affirment que le tabagisme passif constitue un risque pour la santé. Soixante et un pour cent déclarent rechercher les effets psychoactifs du tabac. Les lycéens déclarent que les modes d’expression qui les touchent dans une campagne de communication sur le tabac, sont la peur de la mort (74 %) et de l’humour (16 %). Un tiers des lycéens juge inacceptable l’interdiction de fumer dans la cour du lycée.
La connaissance du danger ne suffit donc pas à empêcher les jeunes de fumer et confirme que l’approche éducative basée uniquement sur les connaissances ne peut suffire à l’abandon de la consommation du tabac. L’image forte chez les jeunes du tabac comme outil de gestion du stress est sûrement à prendre en considération dans la pédagogie à mettre en place pour parler du tabac.

Mots-clés

tabac, jeunes, prévention, connaissances, motivation, enquête, écoles



The prevalence of smoking has increased among young people aged 14 to 18 between 1993 and 1999, and most notably among girls within the same period. These observations illustrate the necessity for significant changes in mass media campaigns and education programmes related to the prevention of smoking among youth. The objective of this survey, initiated by the city of Besançon and the French National Mutual Insurance of Doubs, was to describe and analyse the knowledge and rationale of high school students on tobacco and their opinions in terms of prevention. Twelve public and private high schools in Besançon and Morteau (Doubs-France) participated in the survey ; the group also represented a mix of general and professional schools. The questionnaire was filled out by 970 students selected at random. 96 % of the students indicated cancer as being the main illness linked to tobacco and 94 % stated that second-hand smoke constitutes a health risk. 61 % admitted to seeking out the psychoactive effects of smoking. The students responses confirm that the types of messages relayed in a smoking prevention campaign which have an impact on them are : evoking fear of death (74 %) and the use of humor (16 %). One-third of high school students find that it is unacceptable to forbid smoking on school premises. The knowledge of the dangers related to smoking is not sufficient to keep young people from smoking and confirms that an educational approach based solely on knowledge and facts will not be sufficient to decrease their tobacco consumption. It is important to take into account the image that young people have of tobacco as a means to combat stress in future prevention strategies and campaigns.

Keywords

tobacco, adolescents, prevention, knowledge, rationale, survey, schools

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Claude Michaud et al. « Tabac : connaissances, motivations et souhaits de lycéens du Doubs. Réflexions pour la prévention », Santé Publique 1/2003 (Vol. 15), p. 69-78.
URL :
www.cairn.info/revue-sante-publique-2003-1-page-69.htm.
DOI : 10.3917/spub.031.0069.