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Santé Publique

2006/1 (Vol. 18)

  • Pages : 200
  • DOI : 10.3917/spub.061.0055
  • Éditeur : S.F.S.P.

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Introduction : contexte et problématique

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Dans le courant du mois de novembre 2000, à l’hôpital de l’Archet 2 du Centre hospitalo-universitaire de Nice, 635 des 1 500 agents du personnel de l’hôpital (soit 42 % de son effectif) ont consulté pour des malaises attribués, en première hypothèse, à des émanations de produits toxiques, nécessitant pour certains d’entre eux une hospitalisation. Des investigations épidémiologiques ont été réalisées dans le but d’orienter les recherches de la (ou des) cause(s) responsable(s) des troubles cliniques observés durant cette période, et ont permis de conclure que le phénomène épidémique semblait compatible avec l’intrication de deux phénomènes : d’une part, des problèmes liés à un conditionnement et à une distribution inadaptée de l’air dans le bâtiment, et d’autre part à une amplification du phénomène initial par une réaction psychogénique collective [11]. L’objectif de cette étude est de décrire par une approche psychosociale la façon dont les agents ont vécu ce phénomène d’une ampleur inhabituelle, afin d’apporter des éléments utiles à la gestion de ce type de crise.

Méthode

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Dès le début de l’épidémie, le choix a été de réaliser des entretiens semi-directifs auprès des premiers agents touchés, affectés aux services de Procréation Médicale Assistée (PMA) et d’Orthogénie, par un médecin de santé publique formé à ce type de démarche. Une grille d’entretien a été élaborée à cet effet, incluant des éléments sur la description des premiers symptômes, leurs conditions d’apparition, leur vécu, sur l’existence d’antécédents du même ordre et l’opinion des personnes intéressées quant aux réactions de l’environnement professionnel et à la gestion des cas par l’établissement en général. Compte tenu du contexte de crise et de l’urgence de la situation, cette grille n’a pas été préalablement testée. Ces entretiens ont été réalisés en tête à tête, ou par téléphone pour les agents n’étant pas présents sur le site. Les entretiens ont été consignés par écrit au fur et à mesure des rencontres, et ont fait l’objet d’une analyse thématique. A posteriori, une analyse descriptive des coupures du journal local (Nice-Matin) parues entre le 8 et le 27 novembre 2000 a été effectuée.

Résultats

La population enquêtée

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Le 6 novembre 2000, dans les services de Procréation Médicale Assistée (PMA) et d’Orthogénie, 8 membres du personnel ont été victimes de symptômes brutaux, associant des symptômes irritatifs et neurologiques, et nécessitant pour certains d’entre eux une hospitalisation ; 4 autres seront concernés dans les suites immédiates. Les entretiens ont été menés entre le 10 et le 25 novembre 2000 auprès de ces 12 agents : 5 sages-femmes, 2 aides-soignantes, 2 agents de services hospitaliers (ASH), 1 médecin, 2 secrétaires, soit la totalité des cas survenus dans ces 2 services où avait démarré l’épidémie.

Le vécu des agents

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Les 12 premiers agents concernés dans les services de PMA et d’Orthogénie ont présenté des troubles fonctionnels ayant persisté plusieurs semaines, tels une sensation ébrieuse, des difficultés d’élocution, une faiblesse des membres inférieurs, les céphalées étant le symptôme le plus communément partagé. Ces caractéristiques sont identiques à celles que l’on retrouve pour le reste de la population touchée dans les autres services de l’Archet 2 [11] mais rapportées comme étant d’intensité et de persistance nettement plus importantes. Les comptes-rendus d’entretiens ont témoigné de l’existence de certains aspects récurrents pour l’ensemble des agents interrogés : diversité des odeurs repérées, persistance de la symptomatologie au cours du temps, non-reconnaissance de la réalité des troubles avec incrédulité de certains médecins, sentiment de désorganisation dans le travail.

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Les entretiens ont illustré le sentiment de confrontation des employés avec un ennemi invisible non identifié : « Il s’agit là peut-être d’un fantasme collectif ; et moi, ce mot me fait penser à un fantôme… mais en plus, il est lié à la santé et à la mort… l’inconnu, l’incapacité de se déplacer…et ça, ça fait peur… », « J’avais soif, mais je n’osais pas boire l’eau du robinet parce que je me méfiais… ». Cet adversaire invisible a été traqué par le personnel grâce à l’olfaction minutieuse des lieux. À ce titre, la diversité des odeurs repérées a été évoquée : « formol », « javel », « métal », « vinaigre », « gaz d’échappement », « fuel », « gaz de ville »… Les agents ont longuement insisté sur la persistance de la symptomatologie ressentie initialement : « J’ai encore des problèmes de mémoire », « je ressens encore une sensation de paralysie du côté droit », « je n’arrive pas à parler longtemps ». D’après les agents interrogés, la sollicitation de services médicaux de l’Archet 1 s’est heurtée en partie à l’incrédulité de certains médecins dans l’organicité des symptômes : « Il faudrait qu’on ait toutes des grosses pustules pour être prises au sérieux ! », « Tout le monde nous prend pour des folles », « On croit qu’on est neuneu », « Nous ne sommes pas prises au sérieux, on nous considère comme des simulatrices ». De façon contradictoire, certaines des consultations médicales ont renforcé la croyance en une « sensibilisation » progressive des personnes exposées à des toxiques professionnels, accompagnés de conseils de mutation de service : « Vous ne pouvez pas être de nouveau en contact. Si vous êtes surexposée au même type de produit allergique, vous risquez de refaire le même type de malaise, en plus grave ». De plus, les 12 agents auprès desquels les entretiens ont été menés étant des femmes, elles se sont donc trouvées confrontées à des préoccupations spécifiques : questionnements sur les répercussions de l’éventuelle exposition à des émanations de produits toxiques sur la fertilité des femmes, crainte de tératogénicité pour les femmes enceintes : « Personne ne peut dire s’il y a un risque en cas de grossesse », a déclaré un agent.

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Malgré une prise en charge technique de qualité, la survenue de récidives lors du retour à certains postes de travail, en situation d’effectifs réduits de par l’ampleur des arrêts de travail, a amplifié un sentiment de désorganisation dans l’exercice professionnel ; les entretiens illustrent le sentiment de « colère », le vécu de vulnérabilité, voire d’« impuissance » d’agents déstabilisés : « Elle, elle a tenu deux jours de plus par rapport à moi… alors, on me prend pour une portion congrue », « Depuis qu’on a repris […], on demande, on demande plus, on se fait jeter de tout le monde […], on est ballotté de droite et de gauche, et on ne sait vraiment pas pourquoi », « C’est difficile, notre service est complètement éclaté ». Ainsi, le sentiment de désorganisation, d’éclatement des équipes, est vécu douloureusement : « On n’a plus de repères », « Je suis prête à partir n’importe où, mais à condition que ce soit toute l’équipe », « De toutes façons, on trouve rien, y a pas de cause ».

La reprise du travail en PMA et orthogénie (11 novembre – 15 novembre)

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Après l’arrêt de travail consécutif aux malaises groupés des 6 et 7 novembre en PMA et Orthogénie et la fermeture de ces 2 services, transférés dans d’autres locaux de l’Archet 2, les agents ont décrit une reprise du travail dans un contexte particulièrement sensible, associant un cumul de difficultés : sous-effectif en personnel à cette date (agents restant hospitalisés ou en arrêt), difficultés d’anticipation dans la gestion des tâches (annulation d’un déménagement du service dans un autre hôpital niçois, programmé de longue date indépendamment des événements), « manque de ventilation » (d’après les termes employés par les agents) des patientes vers d’autres établissements par les médecins hospitaliers malgré la crise en effectif du reste du personnel ; enfin, caractère provisoire des lieux de travail (déménagement des salles de naissance, des blocs pour IVG…), avancés par les employés comme étant en partie inadaptés aux besoins.

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Dans ce climat d’incertitude, l’expectative face à l’avenir professionnel (risque de reclassement voire de reconversion) a été un facteur d’inquiétude supplémentaire : « J’ai l’impression qu’on nous prend pour des tire au flanc », « Et s’ils décidaient de réformer quelques emmerdeuses (sic) pour se débarrasser d’elles ? ». Ceci est apparu particulièrement aigu dans la corporation des sages-femmes, qui, de par la spécificité de leur profession, ont avancé avoir moins d’alternatives professionnelles. Le désir d’être reconnu par la hiérarchie dans l’implication professionnelle a été clairement exprimé : « J’ai fait beaucoup de choses pour signaler ces problèmes à l’administration », « J’ai l’impression d’avoir vraiment donné de moi-même à l’Hôpital ».

Les antécédents

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Ce phénomène est survenu dans un contexte particulier. L’hôpital de l’Archet 2 est un hôpital de plus de 500 lits qui a ouvert ses portes en 1996, avec près de 1 500 agents y travaillant en permanence (Médecine, Chirurgie, Pôle mère-enfant, laboratoires d’analyse). Or, des troubles anciens parmi les agents ont été décrits un an après l’ouverture de l’hôpital, et reconnus comme des troubles d’origine professionnelle par les instances juridictionnelles. Des procédures judiciaires (toujours en cours) concernaient au début de l’année 1999 une quinzaine d’agents de l’établissement, avec des rapports d’experts mettant en cause des « intoxications par des produits chimiques » (formol en particulier) associées à la « mise en cause du système d’aération et de ventilation ».

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Parallèlement, entre l’ouverture de l’hôpital et novembre 2000, plusieurs centaines d’agents avaient consulté le service de Médecine du travail pour des plaintes fonctionnelles itératives, attribuées à une « intoxication par des produits chimiques ». Parmi ces agents, 164 ont été déclarés en accident du travail, en maladies contractées en service ou en maladie professionnelle.

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À partir de 1998, une procédure d’investigation basée sur les déclarations volontaires des « incidents » rencontrés dans les services avait été mise en place par la Direction de l’Hôpital. Dans certains cas, le problème source était identifié, et des solutions mises en place (hottes réglées, rappel des consignes de sécurité, acquisition de nouveau matériel, réparations de malfaçons découvertes dans le bâtiment…). Des incidents ont malgré tout perduré. Toutes les investigations techniques réalisées jusqu’en 1999 n’ont pas permis d’identifier une source particulière d’émanation de produits toxiques pouvant expliquer l’ensemble des phénomènes observés.

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Ainsi, en ce qui concerne les services spécifiques de PMA et d’Orthogénie, les entretiens ont révélé que les personnes atteintes les 6 et 7 novembre 2000 avaient déjà présenté des troubles d’ordre irritatif, voire neurologique, dans les mois et années précédents (céphalées, malaise avec perte de connaissance…), certains de ces évènements ayant d’ailleurs été consignés par l’intermédiaire des déclarations d’incidents.

Une médiatisation importante

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Différentes hypothèses quant à l’origine du phénomène ont été évoquées à tour de rôle dans la presse. Nice-Matin, journal de référence local, couvrait le 8 novembre 2000 : « L’Archet : nouvelles intoxications à l’hôpital ». Le contenu de l’article témoignait explicitement d’« émanations toxiques » sévissant dans le bâtiment depuis sa création en 1996, d’« un mal sournois dont l’origine n’a pas encore été réellement définie », obligeant certains membres du personnel à porter « des masques à charbon […] ressemblant davantage à des masques à gaz ». Le lundi 11 novembre, le même journal titrait : « Mesures d’urgence à l’Archet 2 », les « agents chargés de la sécurité incendie se voyant dotés de masques à gaz pour pouvoir intervenir en atmosphère viciée ». Parallèlement, il révélait la présence d’un gaz non encore identifié dans les gaines de désenfumage. Le vendredi 17 novembre, des employés de la blanchisserie, située à plusieurs kilomètres de distance de l’hôpital, étaient incommodés, « vraisemblablement en manipulant du linge en provenance de l’Archet 2 », tandis que « l’hécatombe continue à l’Archet 2 ». Le 21 novembre, en première page, le quotidien titrait : « Nice : l’Archet 2 menacé de fermeture », alors que presque 550 agents avaient alors consulté pour des malaises, et que le nombre d’arrêts de travail continuait de s’accroître. C’est lors de cette édition que le quotidien incriminait pour la première fois l’origine des troubles à du 1-4 dicholorobenzène, « gaz insecticide identifié par un laboratoire américain comme étant à l’origine des intoxications […], et susceptible d’occasionner des troubles neurologiques pouvant conduire jusqu’au malaise ». Il se référait également aux antécédents ressentis par le personnel dans les années antérieures, imputés « au formaldéhyde (formol) et au glutaraldéhyde, notamment utilisés comme désinfectants, l’un pour les chambres, l’autre pour les équipements médicaux ». Le mercredi 22 novembre, dans « L’Archet 2 : une attente interminable », ce sont trois gaz potentiellement toxiques qui étaient cités : « un produit anesthésique couramment utilisé, le protoxyde d’azote, le dichlorobenzène et l’hexane », même si, en l’absence de quantification des gaz, « le mystère demeure entier ». Par ailleurs, tout un faisceau d’hypothèses était évoqué, allant de « la décomposition de certains matériaux de construction et de rejets d’insecticides que le sous-sol de l’Archet pourrait contenir pour expliquer les émanations de gaz », à l’« hypothèse d’un acte de malveillance », qui n’avait pas été écartée. Alors que l’éventualité d’un plan d’évacuation d’urgence avait été étudié, le journal annonçait le 21 novembre la menace de fermeture de l’hôpital et enfin, le 24 novembre : « L’Archet 2, le nouveau plan de bataille », annonçant que l’hôpital avait « arrêté une batterie de mesures qui devrait permettre la normalisation de la situation », et que « le plan d’évacuation est définitivement levé ».

Discussion

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Les investigations épidémiologiques menées lors de cette épidémie ont conclu à un conditionnement et/ou à une distribution inadaptée de l’air dans le bâtiment, associés à une amplification du phénomène initial par une réaction psychogénique collective [11]. La littérature montre que la survenue de ce syndrome et le contexte de crise qui y est associé mènent à un dilemme diagnostic qui conduit en général les investigateurs à compiler un grand nombre de sources d’informations, d’origines variées et indépendantes [13, 14]. Ainsi, nous avons également choisi d’associer une enquête épidémiologique descriptive classique [11] à une approche qualitative, dans un souci de prise en compte du facteur humain, susceptible de jouer un rôle prépondérant dans la genèse des crises sanitaires et dans leur gestion [3]. La littérature paraît ne comporter que peu ou pas d’études de ce type. L’approche psychosociale a associé la conduite d’entretiens semi-directifs auprès des premiers agents touchés, à une analyse historique des coupures de presse, ce type d’association ayant déjà montré sa pertinence dans l’analyse des processus dynamiques qui entrent en jeu dans la genèse de ces phénomènes [2]. Les 12 cas étudiés tirent leur légitimité du fait qu’ils constituent les cas « index », que leur symptomatologie illustre celle présentée par la population générale des professionnels touchés en ce qu’elle est fonctionnelle sans organicité retrouvée [11], et que leurs croyances communes quant à la genèse du phénomène se sont trouvées largement reflétées dans la presse qui s’en est fait l’écho.

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La réalité du phénomène psychogénique survenant dans des bâtiments abritant des collectivités est décrite dans la littérature sous le terme de « sick building syndrome » qui renvoie à la notion de « santé d’un bâtiment » [1]. Malgré le caractère relevé comme souvent inapproprié par certains auteurs [4, 13, 14], et l’appellation alternative de « malaises psychogéniques de masse » [5], le « sick building syndrome » est le seul terme retenu comme mot-clé dans la littérature internationale ; il n’existe pas de consensus international sur la définition de ce syndrome, mais sa légitimité est bien établie [4]. Le terme de « sick building syndrome » décrit un excès de plaintes et de symptômes fonctionnels dépassant le « bruit de fond » attendu chez une partie des occupants de bâtiments non industriels (bureaux, écoles, hôpitaux…). Les symptômes sont en général variés et non spécifiques, associant le plus souvent une irritation des muqueuses ORL, des signes généraux et neuro-psychiques, sans corrélation biologique identifiable. Ces caractéristiques sont retrouvées dans le phénomène survenu à l’hôpital de l’Archet 2 [11]. Dans la littérature, les phénomènes en lien avec le « sick building syndrome » sont décrits comme survenant plus fréquemment après un événement environnemental comme la détection d’une odeur, suivi de la survenue de cas index et d’une réponse prononcée du personnel d’urgence face à l’événement [5]. Ceci apparaît bien dans notre étude, dans laquelle le repérage des odeurs a revêtu une importance particulière pour les agents, puisqu’il a été associé à une annonce d’anomalies et d’actes de prévention pour la collectivité, dans une tentative de préservation d’une potentielle atteinte somatique. Dans la genèse du « sick building syndrome » interviennent aussi la relation historique au bâtiment et les normes et rumeurs en lien avec l’environnement [2]. Dans notre étude, les entretiens menés auprès des agents retrouvent ces différents aspects. Plusieurs d’entre eux avaient déjà présenté des antécédents de malaises dans ces mêmes services, la représentation collective d’« émanations toxiques » était déjà associée à l’histoire du bâtiment et encore nourrie par la suspicion d’un ennemi invisible, « fantôme » menaçant et mortifère, et par la couverture médiatique des événements [5, 9].

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L’ensemble de nos observations conforte l’idée que les « épidémies de panique collective sont l’acmé d’inquiétudes diffuses depuis longtemps » [8]. Cet état de fait induit des conséquences en termes de traitement à apporter, la non prise en compte de la dimension psycho-sociologique du phénomène étant à même de réduire, voire d’annihiler l’efficacité des interventions d’ordre technique menées sur le bâtiment. Le manque de reconnaissance de la réalité des troubles a été susceptible de participer à l’amplification du phénomène [10] et démontre à l’évidence de la nécessité d’un traitement consensuel de l’information médicale délivrée à l’échelle du bâtiment [7]. Ainsi, le traitement se doit d’être multidisciplinaire, et s’adresser autant aux personnes qu’au bâtiment [6, 12]. La mise en place rapide de moyens spécifiquement dédiés à une écoute neutre, attentive et respectueuse des personnes touchées – tant à l’échelon individuel qu’à celui du groupe – peut permettre d’apporter un éclairage sur les facteurs d’ordre psychologique et social en jeu dans le phénomène, et de participer à désamorcer le processus. Ces manifestations sont connues comme étant également susceptibles de survenir sur des terrains fragilisés, soit qu’elles se développent au sein de groupes en situation de conflit avec leur hiérarchie, ou que les conditions de travail aient engendré un climat de revendication [5]. La prise en compte de ces éléments, d’ordre psychosocial et organisationnel, est ainsi clairement susceptible de participer à accélérer tant la restauration de la santé des groupes concernés, que le fonctionnement normal de l’activité dans les murs de l’entreprise.

Conclusion

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Des modalités de gestion de l’incertitude en période de crise dépendent la légitimité de l’institution sanitaire, et la garantie de la santé sociale de l’hôpital. L’analyse qualitative montre qu’il est indispensable d’accompagner les mesures techniques concernant l’air par d’autres mesures visant à mieux prendre en compte le ressenti des agents, tant au plan des manifestations cliniques susceptibles de les affecter (nécessité de consensus dans le discours médical en particulier), qu’à celui des conditions de travail (locaux, organisation du travail, communication avec les collaborateurs…), afin de ne pas permettre l’amplification de la perception du risque environnemental encouru par le personnel au sein du bâtiment, de faciliter la résolution du problème, et d’en éviter les récidives à plus ou moins long terme.


BIBLIOGRAPHIE

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Notes

[1]

Département de Santé Publique, Hôpital l’Archet Route de St Antoine de Ginestière, BP 3079, 06202 Nice cedex 3, France.

[2]

Direction, Centre Hospitalier Universitaire de Nice, France.

Résumé

Français

Entre le 26/10 et le 26/11/2000, l’Hôpital de l’Archet 2, CHU de Nice, a dû faire face à une épidémie de malaises touchant plus de 40 % de son personnel. L’objectif de notre étude est de décrire par une approche psychosociale la façon dont les agents ont vécu ce phénomène d’une ampleur inhabituelle, afin d’apporter des éléments utiles à la gestion de ce type de crise. Une enquête qualitative par entretiens a été menée auprès des 12 premiers agents atteints, et une analyse des coupures de presse publiées dans cette période a été effectuée afin de préciser l’impact des médias sur le phénomène. Notre étude montre qu’à partir d’un problème initial possiblement lié à la qualité de l’air, un ensemble de facteurs a pu participer à la génèse d’un phénomène psychogénique de masse : terrain ancien de revendication et sentiment de non reconnaissance de la réalité des troubles décrits par les agents concernés, absence de cause apparente à la survenue de symptômes, représentation collective concernant des émanations de produits toxiques entretenue par les déclarations des médias. Outre les mesures techniques en direction du bâtiment, notre étude démontre la pertinence d’un traitement conjoint du corps social représenté par la communauté des professionnels concernés, afin de faciliter la résolution du problème, et d’en éviter les récidives à plus ou moins long terme.

Mots-clés

  • phénomène psychogénique collectif
  • syndrome des bâtiments malsains
  • pollution environnementale aux odeurs

English

SummaryAn outbreak of non-specific complaints of illness and poor health occurred among 40% of the staff at the Archet 2 Hospital in Nice, France, between October 26 and November 26, 2000. This study utilises a psychosocial approach to describe how health-care workers experienced this unusually extensive phenomenon, and aims to contribute useful findings to the management of this type of emergency situation. A qualitative survey was conducted through face to face personal interviews with the first twelve staff members concerned; moreover, articles published in the press during that period were analysed in order to asses the impact of the media on this event. The study demonstrates that, although the source of the problem originated from an issue possibly related to questionable air quality, there were actually an array of factors which contributed to generate a mass psychogenic phenomenon: substantial collective societal complaints and staff members’ perceived non-acknowledgement of the reality of their symptoms, lack of an obvious cause to account for those symptoms and collective representation regarding toxic gases, which were all claims promulgated by articles in the press. In addition to the need for technical improvements on the building and premises, the study underlines the relevance of simultaneously addressing related issues with the social structure, represented by the community of concerned hospital personnel, in order to facilitate a solution to the problem and avoid its potential recurrence in the future.

Keywords

  • mass psychogenic illness
  • sick-building syndrome
  • environmental olfactory pollutants

Plan de l'article

  1. Introduction : contexte et problématique
  2. Méthode
  3. Résultats
    1. La population enquêtée
    2. Le vécu des agents
    3. La reprise du travail en PMA et orthogénie (11 novembre – 15 novembre)
    4. Les antécédents
    5. Une médiatisation importante
  4. Discussion
  5. Conclusion

Pour citer cet article

Bentz L., Benmansour E.H., Pradier C., « Épidémie de malaises survenus dans un hôpital : une enquête qualitative », Santé Publique 1/2006 (Vol. 18) , p. 55-62
URL : www.cairn.info/revue-sante-publique-2006-1-page-55.htm.
DOI : 10.3917/spub.061.0055.


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