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Santé Publique

2008/1 (Vol. 20)

  • Pages : 102
  • DOI : 10.3917/spub.081.0069
  • Éditeur : S.F.S.P.


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Introduction

1

L’éducation pour la santé du patient cherche à développer le potentiel des personnes, pour leur permettre de faire les meilleurs choix concernant leur santé [4, 22]. Elle s’adresse aussi bien à des individus malades que non malades. C’est « une composante de l’éducation générale, et considère l’être humain dans son unité, ne pouvant dissocier les dimensions biologique, psychologique, sociale et culturelle de la santé » [8]. L’éducation pour la santé se démarque de l’information ou du conseil en ce qu’elle est un acte d’accompagnement des personnes dans leur propre cheminement au sujet de leur santé [8, 25].

2

Les médecins généralistes et les pharmaciens sont des acteurs-clés de l’éducation pour la santé [3, 26]. La Cnamts et l’Inpes [1]  L’INPES s’est substitué au Comité français d’éducation... [1] ont mené de 2001 à 2004 une expérimentation portant sur différentes modalités d’actions d’éducation pour la santé, en face à face, en cabinet de médecine générale et en officine pharmaceutique. Deux obstacles aux pratiques de prévention connus chez ces professionnels [5] ont été levés : leur manque de formation et l’absence d’indemnisation du temps passé [2]  Lors de l’expérimentation, les médecins s’engageaient... [2] avec le patient [10].

3

Coordonnées par un comité national, cinq démarches d’éducation pour la santé [3]  Le terme de « démarche d’éducation pour la santé »... [3] différentes ont été conçues et expérimentées par 61 médecins généralistes et pharmaciens dans cinq sites pilotes en France (Nord Isère, Lyon, Rouen, Amiens, Nîmes) auprès de 185 patients : femmes enceintes, adolescents et personnes âgées. Les démarches ainsi élaborées par les professionnels, propres à chaque site, répondaient aux critères de l’éducation pour la santé : une approche « globale » centrée sur la personne – et non sur un thème de santé – demandant sa participation active au processus d’apprentissage. Cette approche s’est doublée d’une approche « par population », le patient recruté appartenant à une des trois catégories de population.

4

Nous avons décrit la méthodologie de cette expérimentation et les principaux résultats de processus dans une précédente publication [15]. Dans cet article, nous présentons les résultats concernant la mise en œuvre de ces actions éducatives, plus précisément :

  • la comparaison des actions réalisées avec celles prévues, les spécificités des populations choisies, le déroulement des rencontres (incluant les techniques pédagogiques utilisées) et la coopération médecin-pharmacien ;

  • l’avis des professionnels et des patients sur ces actions : effets et facteurs favorisants ou freinants.

Méthodologie

5

Notre expérimentation avait pour objectif d’élaborer, de mettre en œuvre et d’évaluer plusieurs actions d’éducation pour la santé en médecine générale et en pharmacie selon une approche par population, avec une méthodologie proche de celle d’une recherche-action [15].

6

Pour chacun des cinq sites pilotes, 10 professionnels volontaires devaient être recrutés, chargés d’inclure chacun 10 patients, pour un total de 500 inclusions attendues. Chaque site pilote définissait ses propres critères d’inclusion [4]  Patients volontaires, libres d’interrompre l’expérimentation... [4] .

7

L’évaluation a porté sur le processus (organisation des sites pilotes, formation des professionnels et élaboration des projets), les résultats (comparaison des actions réalisées avec celles prévues) et par ailleurs, les bénéfices perçus par les patients et par les professionnels. Elle a combiné trois modalités de questionnement : descriptive, compréhensive et comparative (tableau I). Les données de résultat et d’impact sont issues :

  • des « carnets individuels d’évaluation », récits des professionnels du déroulement de chaque rencontre avec un patient ;

  • des entretiens de groupe avec les professionnels, réalisés en fin d’expérimentation avec une grille d’entretien conçue par le comité national ;

  • des auto-questionnaires « patients » et des auto-questionnaires « professionnels ».

La grille d’analyse de concordance entre actions éducatives prévues et actions effectivement réalisées s’est appuyée sur les critères « validants [5]  Critères « validants » : critères de qualité d’une... [5]  » utilisés lors de la validation initiale des projets.

Tableau I - Analyse de résultat et d’impact perçuTableau I

Résultats

8

Sur 61 professionnels impliqués dans l’expérimentation, 35 ont inclus des patients pour un total de 185 patients [6]  Quinze professionnels sur 61 ont abandonné en cours... [6] (tableau II).

Tableau II - Répartition des patients inclus par siteTableau II
9

L’analyse des résultats du site d’Amiens n’a pu être que partielle faute de données suffisantes, la mise en œuvre des actions y ayant été interrompue. Les professionnels ont invoqué notamment un recueil de données alourdi par des outils supplémentaires prévus par ce site et indépendants de l’expérimentation elle-même.

Conformité des actions réalisées avec les critères validants

L’approche globale

10

Selon l’analyse des carnets individuels d’évaluation, les professionnels ont fait preuve d’une vision positive de la santé de manière systématique (Lyon, Rouen) ou quasi-systématique (Nord Isère, Nîmes). Les professionnels des sites de Lyon et de Rouen n’ont pas cloisonné les différents aspects de la santé ; ceux des sites de Nord Isère et de Nîmes ne l’ont fait que pour une partie des actions.

11

Les objectifs des actions réalisées – cités par les professionnels – étaient en majorité non thématiques dans les sites « femmes enceintes » et « adolescents », centrés respectivement sur l’accompagnement de la grossesse (« vivre sereinement sa grossesse », « préparer l’accouchement » et « l’allaitement ») et le développement de compétences transversales (« favoriser l’expression, communiquer », « mener une réflexion sur sa santé », « évaluer ses besoins », « acquérir des connaissances »). Dans les sites « personnes âgées », les objectifs des actions réalisées étaient pour la plupart thématiques et liés à un changement de comportement (« pratiquer régulièrement de l’exercice physique », « équilibrer ou adapter son alimentation », « perdre du poids »), à l’inverse des actions prévues (« sauvegarder l’autonomie »).

12

Lors des entretiens de groupe, l’approche globale a été perçue de manière différente selon les professionnels. Pour ceux du site « femmes enceintes », ce type d’approche « innovante et enrichissante » évite de lier grossesse et pathologie, tout en abordant les mêmes sujets de façon plus personnalisée et en incluant le père. Selon les professionnels des sites « adolescents », « avoir une approche globale améliore la relation avec le professionnel et l’appropriation par le jeune de messages de prévention ». Les professionnels des sites « personnes âgées » ont déclaré l’approche thématique plus adaptée aux personnes âgées, l’approche globale ayant soulevé des problèmes – solitude de la personne âgée par exemple – perçus comme ne relevant pas de leur rôle.

Importance accordée à l’expression des patients et personnalisation des interventions éducatives

13

Différentes techniques d’aide à l’expression des patients ont été largement utilisées : formulation de questions ouvertes (Nord Isère, Rouen), recours à des documents ad hoc d’aide à l’expression (Lyon, Nîmes).

14

La durée et le nombre moyen des séances réalisées ont été rapportés par les patients et les professionnels (tableau III).

Tableau III - Durée des actions éducatives rapportée et nombre de rencontres par siteTableau III
15

Les médecins ont en moyenne doublé la durée de leur consultation [6]. Les durées moyennes des rencontres avec les professionnels, pharmaciens ou médecins, sont proches.

16

Les éléments pris en compte par les professionnels dans la mise en œuvre des actions ont été (selon l’ordre de fréquence) :

  • dans le site « femmes enceintes » de Nord Isère : les souhaits et attentes de la femme ou du couple, puis des besoins évalués par le professionnel ;

  • dans le site « adolescents » de Lyon : les souhaits et attentes de l’adolescent, puis ses connaissances, ses besoins ressentis, ses relations sociales et familiales ;

  • dans le site « adolescents » de Rouen : les connaissances, représentations, souhaits et attentes, relations sociales et familiales ;

  • dans le site « personnes âgées » de Nîmes : les besoins évalués par les professionnels de santé, et seulement après les souhaits et attentes de la personne âgée.

Implication des patients

17

Globalement, les patients ont été impliqués dans l’action éducative mise en place. Dans le site « femmes enceintes », les femmes ont surtout été impliquées dans le choix des thèmes abordés. Les professionnels ont adopté les solutions de leurs patientes uniquement quand l’enjeu pour leur état de santé était faible. Les adolescents du site de Rouen ont été impliqués dans le choix des sujets à aborder ; les médecins ont été plus nombreux que les pharmaciens à leur laisser le choix des objectifs et des moyens. Pour le site « adolescents » de Lyon, les éléments rapportés ne nous permettent pas de conclure. Dans le site « personnes âgées » de Nîmes, les patients ont en partie fixé les objectifs et les thèmes des actions, mais ils étaient plutôt invités à suivre des conseils et directives qu’à apporter eux-mêmes des réponses à leurs problèmes.

Spécificités populationnelles

Spécificités des objectifs pédagogiques

18

Patients et professionnels ont défini des objectifs pédagogiques principaux au début des rencontres (tableau IV).

Tableau IV - Objectif pédagogique principal cité par les patients et les professionnels dans les interventions réaliséesTableau IV

Spécificités des documents et objets utilisés

19

Pour les femmes enceintes, un répertoire des structures de périnatalité a été très utilisé. Pour les adolescents, des documents ont facilité le dialogue (questionnaire santé, liste de mots à choisir, photos ou images) et ont favorisé leur gain d’autonomie (coordonnées de personnes ou de lieux ressource, carnet d’expression libre). Pour les personnes âgées, ils étaient adaptés au changement du mode de vie escompté (test de connaissance, journal), ou à la gestion autonome de la maladie (tensiomètre, pilulier). Tous ont reçu de nombreuses brochures d’information sur différents thèmes de santé.

Spécificités des dimensions explorées ou des sujets abordés

20

Plusieurs dimensions ou thèmes de santé ont été abordés – mais jamais tous ceux prévus. Pour les explorer, des guides se sont révélés utiles (mémo, fil rouge).

21

Dans le site « femmes enceintes » de Nord Isère, les sujets abordés ont été conformes à ceux prévus : suivi médical de grossesse, pathologies liées, allaitement, dépistage de trisomie 21, préparation à l’accouchement, habitudes de vie, adaptation de l’enfant.

22

Dans le site « adolescents » de Lyon (adolescents de moins de 15 ans) les dimensions abordées ont été, par ordre de fréquence, « comportementales » puis « sociales et familiales », « personnelles », « affectives » [7]  Ces dimensions ont été définies en commun par les professionnels... [7] . Dans celui de Rouen, la dimension comportementale a été privilégiée également, puis la dimension sociale, les dimensions familiale et personnelle ayant été moins souvent abordées.

23

Dans le site « personnes âgées » de Nîmes, les préoccupations ont d’abord été d’ordre thérapeutique (observance, actes médicaux, matériel médical) et alimentaire, avant de concerner l’activité physique, l’hygiène, l’image de soi et les relations sociales.

Déroulement des actions réalisées

24

Les déroulements prévus n’ont été que partiellement suivis. Les professionnels ont mis l’accent sur la première phase, destinée à faire connaissance avec le patient, à gagner sa confiance, à explorer ses besoins et attentes. Ils ont su fixer dans la majorité des cas (78 % à 94 % selon les sites) un ou plusieurs objectifs éducatifs. La phase de bilan et d’évaluation a été peu mise en œuvre.

25

Des techniques éducatives réclamant de hautes compétences psychopédagogiques avaient été initialement prévues dans les projets des sites « personnes âgées » (Amiens : critique de menus, cas cliniques ; Nîmes : animation collective, débats ou exposés). En pratique, dans tous les sites, les professionnels se sont limités à des entretiens individuels. Les pharmaciens ont utilisé des modalités répondant à un besoin de confidentialité, comme des prises de rendez-vous, des visites à domicile.

Mise en place d’une coopération médecin-pharmacien

26

Les professionnels – surtout les pharmaciens – se sont déclarés très motivés par l’aspect interprofessionnel de l’expérimentation, pour eux-mêmes et au service du patient. Élaborer ensemble un projet d’action d’éducation pour la santé lors des formations leur a permis de se découvrir mutuellement. Pourtant, de véritables binômes médecin-pharmacien autour d’un même patient ont rarement été mis en place, ce fonctionnement étant inhabituel.

Les facteurs facilitants et freinants le bon déroulement des actions

27

Pour les professionnels, les facteurs facilitants ou freinants ont semblé avant tout liés au patient (tableau V).

Tableau V - Facteurs facilitants ou freinants selon l’opinion des professionnelsTableau V

Bénéfices perçus par les patients et par les professionnels

28

Les patients rapportent plusieurs bénéfices des actions. Pour les femmes enceintes, elles leur ont permis « d’être plus rassurées », « d’avoir moins d’angoisse » et « plus de bien-être ». Les adolescents rencontrent plus de difficultés à identifier des bénéfices, mais les personnes âgées évoquent une « amélioration de santé ».

29

Globalement, les patients ont déclaré « avoir appris des choses » ; ils ont témoigné d’une relation plus proche, de confiance, d’une plus grande écoute, d’une plus grande communication avec le professionnel, mais n’ont pas rapporté de modification dans les relations avec leur entourage.

30

Les professionnels ont rapporté une prise en charge plus humaine, centrée sur la personne plutôt que sur le soin, retentissant positivement sur leur image professionnelle. Ils ont évoqué un changement de leur propre regard sur les patients, parlant de patients « plus adultes » – s’agissant notamment des adolescents. Avec une meilleure communication, ils ont découvert un contact « privilégié » qu’ils souhaitent maintenir. Des réflexions sur leurs pratiques, leur rôle – ou celui du patient – et sur une approche interprofessionnelle ont été suscitées.

Discussion

31

Le modèle d’éducation pour la santé préconisé par le comité national de cette expérimentation était proche du modèle « humaniste », dans lequel « à côté d’objectifs cognitifs, l’éducation tient compte des désirs, émotions et représentations des personnes », et où « le sujet participe activement à la construction de son savoir » [12]. Cette vision de l’éducation pour la santé était couplée à des références en éducation thérapeutique du patient, à travers la notion de « diagnostic éducatif » [9]. En outre, d’après la classification de Paquay [23], la méthode d’enseignement préconisée était de type « dialogue » entre le formateur et l’apprenant, c’est-à-dire centrée sur la relation, l’interaction entre l’enseignant et l’apprenant.

32

Les actions d’éducation pour la santé expérimentées se sont traduites d’abord dans une relation soignant/soigné différente. Pour les professionnels, il s’agissait de construire une relation fondée sur la participation active du patient, avec établissement d’un partenariat et d’une reconnaissance réciproque. Le professionnel devait s’inscrire dans une écoute active, faire preuve d’empathie et utiliser des techniques favorisant le dialogue. D’ailleurs, l’implication du patient a été perçue comme un facteur favorisant l’action.

33

Si les résultats de l’expérimentation sont très encourageants avec les adolescents et les femmes enceintes, ils semblent plus mitigés avec les personnes âgées. Dans le cas de ces dernières, certains professionnels ont développé des pratiques proches du « paradigme rationnel » [12] où la finalité de l’intervention est davantage orientée vers une rationalisation des comportements. Ils ont aussi exprimé des réserves vis-à-vis de l’approche globale. Ces résultats rejoignent ceux d’autres études. En effet, la relation des médecins généralistes avec leurs patients âgés est de moins bonne qualité que celle établie avec des patients plus jeunes [18, 11, 28] : les médecins passent moins de temps avec les patients âgés et sont moins disposés à les écouter et à leur fournir de l’information. Les problèmes de santé spécifiques (poly-pathologies, douleurs chroniques) de cette population, le défaut d’observance et certaines représentations sociales de la vieillesse peuvent expliquer ce comportement [7]. De plus, l’attitude des personnes âgées – respect de l’autorité du médecin, réticence à poser des questions et à prendre part au processus de soins – doit être prise en compte dans l’analyse de la relation médecin/patient âgé [11]. Van Eijken a évoqué des obstacles à l’expression de certains besoins de santé chez les personnes âgées [27], car elles attendent peu du médecin en termes d’explication ou de prise de décision partagée. Pourtant, la capacité des professionnels à mener des actions de promotion de la santé [16] et celle des personnes âgées à adopter un positionnement proactif, ont été démontrées [28, 2, 17, 24].

34

Pour les adolescents, l’expérimentation confirme la pertinence d’une approche globale en éducation pour la santé. Peu à l’aise avec cette population, les professionnels ne savent pas facilement se situer dans la relation [1, 19]. Comme dans d’autres travaux [21], ils ont beaucoup fait appel à des documents les aidant à construire des entretiens avec eux. Les adolescents se sentant peu concernés par les problèmes de santé, il a souvent été nécessaire d’aborder des problèmes existentiels généraux pour éveiller leur intérêt et amorcer une démarche éducative [19].

35

De même, pour les femmes enceintes, l’approche globale est pertinente et faisable, conformément aux recommandations de la HAS [8]  Haute Autorité de santé. [8] qui préconisent une approche humaniste d’éducation pour la santé, développant l’empowerment des futurs parents [14].

36

Néanmoins, notre expérimentation a confirmé la difficulté des professionnels à passer définitivement d’une approche biomédicale à une approche globale – centrée sur le patient – ou encore de concilier priorités thérapeutiques et objectifs de bien-être et de qualité de vie [13]. Ainsi, les professionnels de santé redevenaient plus directifs avec les femmes enceintes et les personnes âgées lorsque existaient des enjeux de santé physique. A contrario, ils étaient plus ouverts à des méthodes nouvelles face aux adolescents en bonne santé physique, qui les poussaient à s’interroger sur leurs pratiques.

37

Lorsque les professionnels ont mené une action éducative, celle-ci s’est établie en trois à quatre rencontres d’une demi-heure environ. Les objectifs visaient le plus souvent un renforcement des compétences psychosociales du patient et une amélioration de l’accompagnement par le professionnel. La difficulté d’évaluer ce type d’objectifs peut expliquer le faible nombre de phases de bilan/évaluation réalisées. La transposition d’un modèle d’actions éducatives pratiquées collectivement auprès de patients atteints de maladies chroniques s’est avérée difficile dans cette expérimentation. Les professionnels avaient envisagé de multiples techniques mais, probablement peu coutumier des animations de groupe, ils n’ont réalisé que des entretiens individuels. La collaboration médecins/pharmaciens a paru tributaire d’une relation antérieure, facilitée par une démarche de formation-action commune. Cette collaboration autour d’un même patient n’a eu lieu que lorsque la difficulté du partage d’informations a été levée.

38

Enfin, les professionnels ont été très demandeurs de documents, presque exclusivement écrits. Ils se sont servis prioritairement des plus légers, utilisables en de nombreuses circonstances, mais adaptés à une population.

39

L’approche « par population » semble pertinente dans une démarche d’éducation pour la santé en cabinet et en officine, tant les caractéristiques des trois populations étudiées sont marquées. Elle ne s’oppose pas à une approche thématique, cette dernière pouvant être complémentaire.

40

Notre expérimentation a mis en évidence des méthodes et des objectifs en éducation pour la santé adaptés à une pratique individuelle libérale de médecins généralistes et de pharmaciens d’officine. Ces résultats pourraient concourir à nourrir les réflexions actuelles sur les consultations de prévention.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier pour leur implication dans l’expérimentation :

  • L’ensemble des membres du comité national : Sabine Abitbol Ruimy, Lucette Barthélémy, Danielle Capgras Baberon, Jean-François Collin, Matthieu De Stampa, Clémentine Frémontier (Cnamts), Eugénie Hammel (Cnamts), Stéphanie Portal (Cnamts), Robert Pujol, Christian Schoch (Cnamts), Lydie Texerot (Cnamts).

  • Les membres des comités de pilotage locaux ; chefs de projet : Diane Boesch, Patrick Dutilleul, Mireille Gilquin, Béatrice Grenier, Maurice Xambeu ; autres membres : Georges Baraton, Marie Bulard, Paul Carles, Florence Chauvin, Michèle Dinomais, Marc Forget, Alain Libert, Jean-Louis Macé, Johnny Marque, Eliane Roche, Bernard Réocreux, Henri Regimbaud, Vincent Rebeillé Borgelas, Denis Rochefort.

  • Les professionnels, médecins et pharmaciens, et les patients qui ont bien voulu se prêter à cette expérimentation.

  • Yonna Moreau du Laboratoire de psychologie sociale de l’Université Aix Marseille I, pour son travail d’analyse.

  • Les personnes de l’Inpes ayant apporté leur contribution : Hélène Bourdessol, Antonia Dandé, Christine Ferron, Cécile Fournier, Sandra Kerzanet, Anne-Sophie Mélard, Madeleine Mélézan.

  • Les initiateurs du projet : François Baudier et Brigitte Sandrin Berthon.

Le financement de l’expérimentation a été assuré par la Cnamts et l’Inpes.


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Notes

[*]

Inpes. Institut national de la prévention et de l’éducation pour la santé, 42, bd de la Libération, 93203 Saint Denis cedex.

[1]

L’INPES s’est substitué au Comité français d’éducation pour la santé (CFES) qui avait initié l’expérimentation.

[2]

Lors de l’expérimentation, les médecins s’engageaient à ne pas facturer de consultation et les pharmaciens à ne pas induire de vente.

[3]

Le terme de « démarche d’éducation pour la santé » englobe ici, les opportunités créés ou utilisées pour initier l’action éducative, les objectifs poursuivis, les acteurs concernés, le déroulement des rencontres, les techniques ou méthodes éducatives utilisées, l’évaluation.

[4]

Patients volontaires, libres d’interrompre l’expérimentation à tout moment. Rouen : tout adolescent de 15 à 20 ans ; Lyon : le premier adolescent de 12 à 18 ans se présentant l’après-midi en cabinet ou officine (un consentement éclairé signé d’un parent était demandé pour les adolescents de moins de 15 ans) ; Nîmes : toute personne autonome âgée de plus de 60 ans nécessitant un traitement médicamenteux ; Amiens : toute personne autonome âgée de plus de 65 ans et traitée pour une affection chronique. Nord Isère : toute femme enceinte volontaire.

[5]

Critères « validants » : critères de qualité d’une action d’éducation pour la santé définis par le comité de pilotage national : Ces « critères validants » sont :

[6]

Quinze professionnels sur 61 ont abandonné en cours d’expérimentation, principalement à cause d’une charge de travail trop lourde et d’un manque de temps [14].

[7]

Ces dimensions ont été définies en commun par les professionnels des deux sites « adolescents » lors d’un séminaire de travail. Dimension comportementale : sommeil et rythme de vie, alimentation, addictions, image corporelle, estime de soi, bien-être/mal-être, compétences ; dimension sociale et familiale : solitude, scolarité, intégration, relations amicales ; dimension personnelle : poids, taille, puberté ; dimension affective : MST, contraception, grossesse, IVG, homosexualité.

[8]

Haute Autorité de santé.

Résumé

Français

Cette expérimentation a évalué l’élaboration et la mise en œuvre de cinq actions pilotes d’éducation pour la santé en médecine générale et en pharmacie, fondée sur une approche « globale » et « par population ».
Ces actions ont été conçues et mises en œuvre par 35 médecins généralistes et pharmaciens sur cinq sites en France entre 2001 et 2004, incluant 185 patients. Les professionnels ont fait preuve le plus souvent d’une approche globale de la santé : vision positive de la santé, non cloisonnement de ses différents aspects, effort de personnalisation. Les femmes enceintes, les adolescents et les personnes âgées ont présenté des spécificités à prendre en compte dans une approche par population. Les actions se sont appuyées sur des techniques simples faisant appel à des guides d’entretien et des documents d’aide à l’expression et à la relation professionnel-patient.

Mots-clés

  • éducation pour la santé
  • éducation du patient
  • pratique médicale
  • pharmacie d’officine
  • femmes enceintes
  • adolescents
  • personnes âgées
  • recherche-action
  • participation du patient
  • prise de décision
  • relation soignant soigné
  • communication
  • France

English

SummaryThis experiment evaluated the development and implementation of 5 pilot health education activities using a comprehensive and population-based approach in general medicine practice and in pharmacies. These interventions involved 185 patients, and they were developed and carried out by 35 general practitioners and pharmacists in 5 sites in France between 2001 and 2004. Health professionals often demonstrated and argued for a comprehensive approach to health: positive vision of health, integration of different aspects of health, and personalized, tailored efforts. Pregnant women, adolescents, and elderly people have certain specificities that must be taken into account in a population-based approach. The activities were based on simple techniques using interview guidelines and informational documents to aid and support both expressiveness and the professional - patient relationship.

Keywords

  • health education
  • patient education
  • family practice
  • pharmacists
  • pregnant women
  • adolescents
  • elderly people
  • patient participation
  • action-research
  • decision-making
  • doctor-patient relationship
  • communication
  • France

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. Méthodologie
  3. Résultats
    1. Conformité des actions réalisées avec les critères validants
      1. L’approche globale
      2. Importance accordée à l’expression des patients et personnalisation des interventions éducatives
      3. Implication des patients
    2. Spécificités populationnelles
      1. Spécificités des objectifs pédagogiques
      2. Spécificités des documents et objets utilisés
      3. Spécificités des dimensions explorées ou des sujets abordés
    3. Déroulement des actions réalisées
    4. Mise en place d’une coopération médecin-pharmacien
    5. Les facteurs facilitants et freinants le bon déroulement des actions
    6. Bénéfices perçus par les patients et par les professionnels
  4. Discussion

Pour citer cet article

Karrer Maryse et al., « Comment pratiquer l'éducation pour la santé en médecine générale ou en pharmacie ? Résultats d'une expérimentation auprès de femmes enceintes, d'adolescents et de personnes âgées », Santé Publique 1/ 2008 (Vol. 20), p. 69-80
URL : www.cairn.info/revue-sante-publique-2008-1-page-69.htm.
DOI : 10.3917/spub.081.0069

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