Santé Publique 2008/hs
Santé Publique
2008/hs (Vol. 20)
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Surveiller et mesurer la santé au travail : outils, indicateurs, impacts

Vous consultezMise en place d’un observatoire par questionnaire en santé au travail : le dispositif EVREST

AuteursAriane Leroyer[1] [1] Centre de Recherches en Santé Travail Environnement (GIP...
suite
du même auteur


Introduction


Un trait marquant des relations entre le travail et la santé est leur caractère évolutif et souvent différé dans le temps. C’est sous cet angle qu’a notamment pu être exploré le rôle de l’itinéraire professionnel dans les inégalités d’espérance de vie [4], d’incapacités aux âges élevés [18], de morbidité à long terme [12], ainsi que dans le vieillissement différentiel [8], l’usure professionnelle [16] ou la capacité à se maintenir dans son emploi jusqu’à la retraite [15]. Contrairement à ce que suggèrerait une vision réductrice des évolutions des conditions de travail, leur rôle dans les inégalités sociales de santé n’est pas appelé à se restreindre sous l’effet d’une amélioration supposée « naturelle » de la qualité de vie au travail [11]. L’accroissement relatif des emplois du tertiaire ne doit pas faire oublier, ni le maintien d’effectifs importants dans les métiers industriels, ni la présence de fortes sollicitations physiques dans certains travaux d’employés, voire de cadres [2]. La mécanisation ou l’automatisation de certaines tâches ne font pas systématiquement disparaître les efforts importants ou les postures déséquilibrées [5]. L’élévation d’ensemble des qualifications, et les responsabilités croissantes confiées aux salariés de tous niveaux hiérarchiques (y compris les catégories dites « d’exécution »), la mobilisation souhaitée de la subjectivité individuelle, comportent des aspects gratifiants, mais peuvent aussi confronter ces salariés à des tensions et des incertitudes croissantes, voire à de fortes insatisfactions quand les moyens de travail ne leur permettent pas de tenir convenablement la fonction assignée, quand la qualité du travail se dégrade, ou quand leur investissement professionnel est mal reconnu [14].

2 Une composante dominante de ces évolutions dans les deux dernières décennies est la tendance à l’intensification du travail. Les approches scientifiques de cette question confirment à la fois son importance et sa complexité. Les coordinateurs d’un ouvrage récent, qui a rassemblé sur ce sujet des chercheurs de disciplines et de pays divers, pointent d’emblée cette difficulté : « la multiplication des indicateurs et des situations enquêtées construit un tableau d’ensemble d’où il ressort que, pour les salariés eux-mêmes, les voies par lesquelles l’intensification se produit ne sont pas toujours claires, mais le sentiment d’être pressé (à tous les sens du terme) se développe sans aucun doute » [6]. La difficulté d’unifier les approches de l’intensité, de ses formes et de ses modes de contrôle, tient, entre autres, à ses effets hétérogènes sur la santé des travailleurs [20].

3 Les transformations dans les environnements de travail et dans l’organisation des entreprises ont donc des conséquences contrastées, d’où l’exigence de maintenir des actions volontaristes dans le champ de la santé au travail, et de disposer d’indicateurs afin de suivre ces évolutions, pour mettre en perspective des problèmes de santé souvent vécus sur un registre individuel, en vue d’une prise en charge collective.

4 C’est cet objectif de suivi de différents aspects du travail que vise la mise en place du dispositif EVREST (Évolutions et Relations en Santé au Travail). Porté par des médecins du travail et s’appuyant sur leur pratique, il s’agit d’un « observatoire », dispositif de coordination entre médecins du travail structurés en fonction d’une double préoccupation : d’une part constituer une base nationale et permettre la production de connaissances sur l’évolution du travail et de la santé d’un échantillon de salariés suivis dans le temps, d’autre part fournir aux médecins participant la possibilité de produire des données locales en fonction de leurs besoins.

Méthodes

Historique d’EVREST

5 Le dispositif EVREST a été initié au début des années 2000 (test en 2000 puis démarrage progressif à partir de 2002) au sein du groupe EADS (European Aeronautic Defense and Space Company) par des médecins du travail, en coopération avec le GIS-CREAPT (Centre de Recherche et d’Études sur l’Âge et les Populations au Travail, groupement d’intérêt scientifique dont EADS est un des partenaires) [1]. Il visait à recueillir et à suivre sur plusieurs années un ensemble d’informations sur le travail et la santé des salariés, la production de données collectives par les médecins du travail devant permettre de rendre compte de la réalité de la santé au travail, de produire de nouveaux repères dans l’entreprise et de suivre les évolutions de la santé et du travail accompagnant les changements de l’entreprise. Les données sont recueillies à l’aide d’un questionnaire court posé lors des visites médicales. Avec la participation initiale de médecins appartenant à plus de 10 établissements du groupe, 2 800 à 4 500 questionnaires annuels ont été remplis entre 2002 et 2005, et 8 400 en 2006. De par sa réalisation facile et sa capacité à donner rapidement des indicateurs longitudinaux, cet outil est adopté par un nombre croissant de médecins du travail de l’entreprise, qui ont utilisé les chiffres pour convaincre différentes instances de l’entreprise des enjeux de santé au travail ; les chiffres issus d’Evrest contribuent à soutenir leur action en apportant une assurance à leur diagnostic, et à lancer ou à enrichir des discussions ou débats sur des thèmes variés. De plus, les résultats d’Evrest ont fourni des éléments de cadrage pour des études ponctuelles plus approfondies. L’intérêt de cet outil a conduit les médecins du groupe « Épidémiologie » du CISME (Centre Interservice de Santé et deMédecine du Travail en Entreprises), toujours en collaboration avec le GIS-CREAPT, à un travail sur la généralisation du dispositif dans les services de Santé au Travail, aboutissant au choix de certaines options développées ci-dessous.

Données recueillies

6 S’agissant d’un dispositif devant perdurer dans le temps, le questionnaire doit s’intégrer facilement à la pratique des médecins du travail, ce qui suppose qu’il soit très léger (une page recto-verso) et proche de la conduite habituelle des visites. Le dispositif doit aussi assurer la protection de l’anonymat des salariés tout en permettant de suivre les personnes interrogées au fil du temps. À cette fin, il comporte des éléments d’identification propres à la personne, qui servent uniquement à établir un identifiant qui sera toujours le même pour un individu, sans que, en sens inverse, on puisse retrouver les informations initiales à partir de cet identifiant. Le questionnaire comporte quelques informations sociodémographiques : catégorie socioprofessionnelle, secteur d’activité de l’entreprise... La façon d’aborder le travail est à la fois large, par la diversité des domaines abordés (changement dans le travail en lien éventuel avec l’état de santé, horaires de travail et leur régularité, contraintes de temps et pression temporelle, sens et vécu du travail, charge physique, exposition à certains types de risques professionnels, formation reçue ou dispensée), et très succincte, compte tenu du nombre de questions dans chacun de ces champs. De même, les informations recueillies sur la santé visent à repérer l’existence de signes cliniques ou plaintes dans les principaux domaines (cardio-respiratoire, neuropsychique, digestif, ostéo-articulaire, dermatologique et ORL), et leur expression dans l’activité de travail (gêne éventuelle). Pour chacun d’eux sont également notés la prise d’un traitement et l’existence d’une pathologie diagnostiquée, sans que ces éléments fassent l’objet d’une investigation approfondie.

7 La partie administrative est remplie par le service de santé au travail, la partie concernant les expositions, le vécu au travail et le mode de vie par le salarié lui-même ou par le médecin à partir des appréciations du salarié, et la partie santé par le médecin lors de la consultation.

Échantillonnage national

8 L’échantillon national de salariés est constitué des salariés nés en octobre des années paires inclus par les médecins volontaires pour participer à Evrest. Ce choix de ne retenir que les salariés nés en octobre des années paires permet de ne pas peser trop lourdement sur l’activité des médecins participants à Evrest (inclusion d’un salarié sur 25, soit en pratique 2 à 3 salariés par semaine pour un médecin du travail exerçant à temps plein), et correspond à une pratique d’échantillonnage utilisée par l’INSEE pour le suivi longitudinal des carrières et rémunérations des salariés en France. Les salariés sont inclus par les médecins volontaires lors de leur suivi médical périodique de santé au travail.

Mise en place dans une région pilote

9 Une phase pilote a démarré dans la Région Nord – Pas de Calais en 2007. Une interface web spécifique a été développée en collaboration avec le Centre d’Études et de Recherche en Informatique Médicale de l’Université de Lille 2, ayant plusieurs fonctionnalités (https://194.254.117.103/evrest/) : gestion des inscriptions des médecins du travail volontaires, procédures d’authentification, mise en ligne de documents relatifs à l’observatoire (guide de remplissage du questionnaire, codage des secteurs d’activité et catégories socioprofessionnelles, fiche d’information à l’intention des salariés), saisie des données avec transmission sécurisée, requêtes permettant la récupération des données propres à chaque médecin du travail, mise à disposition de programmes standardisés de traitement de données, et mise en ligne de résultats régionaux.

10 Un algorithme de « hachage » est utilisé pour la création d’un identifiant unique par salarié, à partir d’informations d’identification stables dans le temps. L’accord de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés ayant été obtenu, le recueil de données a commencé courant février 2007. L’information des médecins du travail a été réalisée par les réseaux existants (notamment par l’Institut de Santé au Travail du Nord de la France).

Généralisation d’EVREST : organisation générale du dispositif

11 L’extension de l’observatoire Evrest à d’autres régions françaises s’organise et devrait se structurer progressivement à partir de janvier 2008. Le dispositif est caractérisé par deux grands niveaux de fonctionnement :

12 1) Le niveau régional réunit les médecins volontaires, qui se regroupent dans une structure dont la forme pourra varier selon la région, et qui acceptent des règles communes telles que : le suivi du protocole défini, la participation à la constitution de échantillon national, l’engagement à respecter des règles d’indépendance dans l’analyse et la publication des résultats (basées sur le guide des bonnes pratiques en épidémiologie réalisé par l’ADELF). Dans ce cadre, chaque médecin volontaire participant pourra, s’il le souhaite – outre sa contribution à l’échantillon national – élargir ponctuellement ou durablement son utilisation du dispositif Evrest, en ciblant une entreprise dans son ensemble ou en partie, un secteur professionnel... et en adaptant l’échantillonnage en fonction du niveau qu’il souhaite atteindre, jusqu’à prendre par exemple l’ensemble des salariés d’une même entreprise. Evrest peut ainsi permettre à un groupe de médecins d’étudier les évolutions et relations travail – santé selon des besoins qui leur sont propres (individuellement ou de façon coordonnée avec d’autres, par exemple au niveau d’un service ou d’une branche professionnelle). L’organisation technique du dispositif laisse la possibilité à tout médecin qui le souhaite de récupérer et utiliser les données qu’il a lui-même recueillies. Le niveau régional s’organisera de façon autonome pour l’analyse des données, en bénéficiant cependant, en tant que de besoin, de l’aide de la structure nationale sur le plan technique et sur le plan scientifique (Groupement d’Intérêt Scientifique EVREST, qui sera créé au 1er janvier 2008).

13 2) Le niveau national est chargé de produire le modèle de questionnaire (des variations minimes pouvant être introduites au fil du temps), de définir les modalités du suivi longitudinal de l’échantillon national de salariés, de fournir un outil national de saisie que tous les médecins participant peuvent utiliser (pour l’échantillon national comme pour leurs besoins spécifiques) et dont la disponibilité est prévue pour janvier 2008, d’apporter une aide méthodologique pour faciliter le traitement local ou régional de données pertinentes en santé au travail, de développer des capacités de coordination et de traitement des informations, de favoriser la mise en commun d’outils (programmes, documents de référence...). C’est à ce niveau que seront produits les résultats nécessaires pour comparer les observations faites au niveau local ou régional à l’ensemble de l’échantillon national, ou à un sous-ensemble de celui-ci (secteur géographique, professionnel...), et que seront réalisés les travaux de recherche sur l’échantillon national. Le niveau national est structuré autour d’une « Équipe Projet Nationale Evrest », comprenant des médecins du travail (notamment du groupe « Épidémiologie » du CISME) et des chercheurs. La base de données nationale sera gérée par les chercheurs du GIS EVREST.

14 Le lien entre les deux niveaux de fonctionnement d’Evrest se fera par l’intermédiaire des médecins référents régionaux : fin novembre 2007, des médecins référents régionaux se sont désignés dans plus de la moitié des régions françaises.

Résultats

15 Après 6 mois de fonctionnement dans la Région Nord – Pas de Calais, près d’un quart des médecins du travail se sont inscrits au dispositif EVREST (108/ 460 médecins), et plus de 1 600 fiches ont été saisies. La grande majorité des médecins fait une utilisation a minima du dispositif (uniquement pour les salariés nés en octobre des années paires), mais 7 d’entre eux ont en plus choisi de cibler une entreprise spécifique. Par ailleurs, un groupe de médecins a choisi de travailler spécifiquement sur un secteur d’activité (la restauration). Parmi les médecins participants, 105 travaillent en services interentreprises (et sont issus de 13 des 16 services interentreprises de santé au travail de la région) et 3 en services autonomes de médecine et santé au travail. Ainsi, après 6 mois de fonctionnement, tous les secteurs d’activité devraient être représentés, hormis la fonction publique et le secteur agricole, non encore utilisateurs du dispositif. L’échantillon observé ne pourra être caractérisé et comparé aux données INSEE sur les salariés de cette région que lorsque l’ensemble des fiches réalisées en 2007 auront été saisies et validées.

16 Des indicateurs régionaux pourront être disponibles à la fin du 1er semestre 2008, et mis en ligne à disposition de l’ensemble des médecins participant.

Discussion

17 Le dispositif EVREST permet de produire et de suivre des indicateurs quantitatifs élaborés à partir de données recueillies lors des suivis médicaux de santé au travail. Il rend visibles, au niveau collectif, des informations qui restent le plus souvent limitées au cadre du colloque singulier entre le salarié et le médecin.

18 Le choix d’un questionnaire très court fait qu’un tel recueil de données ne peut prétendre à un inventaire précis des expositions et des problèmes de santé au travail. La spécificité et l’objectif du dispositif EVREST ne résident cependant pas dans l’exhaustivité et la précision de ces mesures, mais dans la mise en place d’un suivi longitudinal des données. Ceci implique la ré-interrogation régulière des salariés et pose le problème des perdus de vue. Même si l’existence d’un identifiant du salarié construit à partir de ses seules caractéristiques personnelles permet un suivi « technique » indépendant de son lieu de travail (entreprise, région...), la mobilité actuelle, à la fois des salariés mais aussi des médecins du travail, est une des difficultés évidentes du dispositif [13]. Elle peut être limitée par une forte participation des médecins. L’expérience menée en 2007 dans la Région Nord-Pas de Calais, même si elle est récente, est plutôt encourageante sur cet aspect, mais surtout, comme cela a pu être observé dans le groupe EADS, l’apport des premiers résultats longitudinaux a permis aux médecins d’appréhender l’ensemble des possibilités d’utilisation de tels résultats, générant ainsi un nouvel afflux de médecins volontaires [1].

19 Les expositions professionnelles sont renseignées à partir des appréciations des salariés eux-mêmes, ce qui renvoie à la question des « mesures subjectives ». La discussion sur la portée et les limites de ce type de mesures rassemble de nombreux arguments. Les réponses spontanées des travailleurs peuvent refléter une vision réductrice de leur activité et de leurs conditions de travail, si une élucidation approfondie n’est pas menée avec eux [17]. Par ailleurs, pour toute fiche de recueil de données, les réponses dépendent de la représentation que les salariés se font des attentes et objectifs du dispositif. Ces réponses vont fluctuer aussi selon l’état émotionnel du jour et les évènements récents. À plus long terme, elles sont influencées par des processus sociaux, qui déterminent la visibilité des conditions de travail dans un milieu donné [10]. Plus problématique pour certaines analyses en santé au travail : les réponses sur un aspect du travail peuvent dépendre de l’état de santé. Par exemple, le mal de dos renforce les appréciations négatives sur le maintien de postures difficiles, bien davantage que sur les efforts à produire [9]. Enfin, les appréciations des salariés peuvent aussi refléter des ignorances, voire des stratégies de défense [7]. L’ensemble de ces réflexions permet d’instruire la question de la « subjectivité », non pour l’éradiquer mais pour l’intégrer dans une démarche qui tente d’embrasser l’ensemble des composantes de la situation de travail et de la santé, en repérant leurs relations pour enrichir et consolider les interprétations. Elle devra probablement faire l’objet de travaux de recherche plus approfondis, combinant les résultats d’Evrest et des travaux plus qualitatifs, pour éclairer la dimension longitudinale de cette question.

20 Par ailleurs, au niveau individuel, ce questionnaire, lorsqu’il est rempli ou rediscuté dans le cadre de l’entretien clinique avec le salarié, peut fréquemment, selon les médecins qui l’ont testé, enrichir le contenu de la consultation en offrant des espaces de découverte et de discussion sur le travail.

21 Au niveau local, la mise en débat des résultats avec des acteurs bien au fait du contexte de l’entreprise et de ses évolutions, a autant d’importance que la production des chiffres eux-mêmes. C’est pourquoi un point essentiel du dispositif est le retour rapide des résultats aux médecins, à l’échelon local, afin qu’eux-mêmes soient en situation de mettre sans tarder ces résultats en discussion, et de s’y référer pour orienter leur propre action.

22 A priori, l’échantillonnage utilisé est forgé sur une base aléatoire (mois de naissance), mais la participation des médecins reste liée au volontariat, ce qui peut générer des biais de sélection dans l’échantillon constitué. Une première approche pour limiter ces biais est d’augmenter la participation des médecins : le fait d’avoir conçu un dispositif léger vise à en faciliter l’utilisation et à éviter le rejet de la part de médecins habituellement peu enclins à un recueil de données trop important, alourdissant leur charge de travail ; par ailleurs, le fait que les médecins puissent utiliser ce même outil selon des besoins qui leur sont propres, peut favoriser la participation à ce dispositif. Une deuxième approche est au moins de confronter les caractéristiques socio-démographiques de l’échantillon EVREST à celles issues des données INSEE (voire d’envisager des pondérations a posteriori), et de confronter les résultats de certaines questions à ceux issus de questions semblables ou proches dans des enquêtes nationales (enquête Conditions de Travail ou enquête SUMER, conduites par la DARES). Enfin, cette caractéristique d’Evrest doit aussi inciter à ne pas l’utiliser comme une source visant la production de niveaux d’exposition ou de problèmes de santé, mais plutôt à établir des comparaisons internes entre populations, centrées sur une perspective de suivi. La diffusion de ce projet peut aussi ouvrir la possibilité de construire progressivement des bases de données, sectorielles, régionales ou nationales.

23 De façon plus générale, en matière de santé au travail comme dans bien d’autres domaines des sciences sociales, les indicateurs chiffrés ne sont pas porteurs d’une autorité supérieure à celles des approches cliniques ou du débat social. Leur usage et leur élaboration favorisent la confrontation des points de vue entre les dirigeants d’entreprises, les salariés et leurs représentants, les professionnels de la santé au travail, et peuvent ainsi aider à orienter les actions de prévention [3, 19, 21].

Bibliographie

Bibliographie

1 Archambault C, Doppler F, Tessoulin C et al. Observatoire EVREST, outil de veille et de suivi de la santé des salariés au travail dans le secteur aéronautique. Arch Mal Prof 2006;67:333.

2 Arnaudo B, Hamon-Cholet S, Waltisperger D. Les contraintes posturales et articulaires en 2003. Premières Synthèses 2006;11.2, Dares, 6 p.

3 Baril-Gingras G, Bellemare M, Brun JP. Interventions externes en santé et en sécurité du travail : Influence du contexte de l’établissement sur l’implantation de mesures préventives. Relations Industrielles 2006; 61(1):9-43.

4 Cambois E. The Relationship between occupational status, mobility, and mortality at older ages. In : Zeng Yi, Crimmins E, Carrière Y, Robine JM. Longer Life and Healthy Aging, Springer, Pays-Bas, 2006, 354 p.

5 Daniellou F. « Concevoir des systèmes de production ». In : Kergoat J (dir.), Le monde du travail, La Découverte, Paris, 1998, 449 p.

6 De Coninck F, Gollac M. « L’intensification du travail : de quoi parle-t-on ? ». In : Askenazy P, Cartron D, De Coninck F, Gollac M. : Organisation et intensité du travail, Toulouse, Octarès, 2006, 552 p.

7 Dejours C. Travail, usure mentale. Bayard, Paris, nouvelle édition augmentée, 2000, 280 p.

8 Derriennic F, Touranchet A, Volkoff S. Age, travail, santé, études sur les salariés âgés de 37 à 52 ans. Editions de l’INSERM, Paris, 1996, 440 p.

9 Duquette J, Lortie M, Rossignol M. Perception of difficulties for the back related to assembly work: general findings and impact of back health. Appl Ergon 1997;28:389-96.

10 Gollac M. Des chiffres insensés ? Pourquoi et comment on donne un sens aux données statistiques. Revue française de sociologie 1997;38(1):5-36.

11 Gollac M, Volkoff S. La santé au travail et ses masques. Actes de la recherche en sciences sociales 2006; 163:4-17.

12 Lasfargues G. Départs en retraite et « travaux pénibles » : l’usage des connaissances scientifiques sur le travail et ses risques à long terme pour la santé. Rapport de Recherche du CEE 2005;19, 39 p.

13 Leroyer A, Edme JL, Vaxevanoglou X, Buisset C, Desobry P, Frimat P. Nomadisme médical en santé au travail : l’expérience du suivi pendant 4 ans de 3 972 salariés en contrat à durée indéterminée (cohorte GERICOTS) : impact sur la surveillance médicale des salariés. Arch Mal Prof 2004;65:210.

14 Linhart D. La modernisation des entreprises. La Découverte, Paris, 2004, 122 p.

15 Molinié AF. Se sentir capable de rester dans son emploi jusqu’à la retraite ? Pistes 2005;7(1):27 p, www.pistes.uqam.ca.

16 Pommier JL, Bardouillet MC, Gilles M, Molinié AF. « Ce salarié devrait cesser de travailler » : une approche de l’usure professionnelle des 50 ans et plus. Retraite et Société 2006;49:39-59.

17 Teiger C, Laville A. L’apprentissage de l’analyse ergonomique du travail, outil d’une formation pour l’action. Travail et Emploi 1991;47:53-62.

18 Vézina M, Vinet A, Brisson C. Le vieillissement prématuré associé à la rémunération au rendement dans l’industrie du vêtement. Le Travail Humain 1989;52:203-12.

19 Vézina N, Stock S. Collaboration interdisciplinaire dans le cas d’une intervention ergonomique. In : S.Volkoff (coord.), L’ergonomie et les chiffres de la santé au travail : ressources, tensions et pièges. Octarès, Toulouse, 2005, 206 p.

20 Volkoff S. L’intensité du travail « disperse » les problèmes de santé. In : G.de Terssac et al. (dir.), Organisation du travail et santé : une question de précarité (titre provisoire). Octarès, Toulouse, 2007 - à paraître.

21 Volkoff S, de Gaudemaris R. Les approches quantitatives en santé au travail et leurs usages pour l’intervention en entreprise. Arch Mal Prof 2006;67:328-31.

 

Notes

[ 1] Centre de Recherches en Santé Travail Environnement (GIP CERESTE), Université Lille 2, CHRU, 1, place de Verdun, 59045 Lille cedex.Retour

[ 2] Centre de Recherches et d’Études sur l’Âge et les Populations au Travail (GIS CREAPT), Centre d’Études de l’Emploi (CEE), Noisy-le-Grand, France.Retour

[ 3] Association Médecine et Santé au Travail, Lille, France.Retour

[ 4] Eurocopter/EADS, La Courneuve, France.Retour

[ 5] F. Bardot (CIHL, Orléans), M-C. Bardouillet (MT71, Chalon-sur-Saône), L. Boitel (CISME, Paris), F. Jabot (ALSMT, Nancy), C. Mardon (CEE-CREAPT, Noisy-le-Grand), M. Murcia (APST Centre, Tours), M. Niezborala (AMST, Toulouse), J-L. Pommier (DRTEFP Poitou-Charentes), P. Presseq (AMETRA 06, Nice).Retour

Résumé

Les évolutions permanentes des conditions de travail nécessitent de disposer d’indicateurs de santé au travail permettant de mettre en évidence des problèmes à l’échelon collectif, dans l’optique d’une recherche de solutions également collectives. Le dispositif Evrest est un observatoire par questionnaire. Son objet, dans une optique de prévention, est l’étude dynamique de différents aspects du travail et de la santé de salariés, basée sur des indicateurs quantitatifs élaborés à partir de données recueillies lors des consultations de médecine du travail. Après une utilisation de plusieurs années dans un grand groupe industriel et une phase de test auprès des médecins du travail volontaires de la Région Nord-Pas de Calais, le dispositif est en cours d’extension à d’autres régions françaises.

Mots-clés

indicateurs, observatoire, santé au travail, base de données



The constant evolution of working conditions requires occupational health and exposure indicators in order to highlight problems at the collective level with the aim of carrying out research to explore and find equally collective solutions. The monitoring system Evrest is an observatory via questionnaire. Using a prevention lens, its aim is the dynamic study of different aspects of the work and health of wage earners, based on quantitative indicators developed from data gathered during the occupational health medical examinations. After its use for several years in a large industrial corporation and a test phase in the Nord-Pas de Calais region by voluntary occupational health teams, this monitoring system is being expanded and applied to other French regions.

Keywords

indicators, observatory, occupational health, databases

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Ariane Leroyer et al. « Mise en place d'un observatoire par questionnaire en santé au travail : le dispositif EVREST », Santé Publique hs/2008 (Vol. 20), p. 49-56.
URL :
www.cairn.info/revue-sante-publique-2008-hs-page-49.htm.