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2014/6 (Vol. 26)


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Introduction

1

L’infection par le Human Papilloma Virus [HPV] est l’infection sexuellement transmissible la plus fréquente. Le rôle pathogène de l’infection par HPV a été démontré tant chez l’homme que chez la femme. L’infection par HPV est responsable des verrues génitales mais aussi d’un certain nombre de cancers : la vulve et le vagin chez la femme, pénis chez l’homme ainsi que le canal anal et l’oropharynx [1].

2

Le taux d’incidence des infections liés à HPV est en augmentation aussi bien chez l’homme que chez la femme [2]. Ainsi, près de 30?% des cancers attribuables à HPV 16/18 (les plus fréquents des HPV à haut risque oncogène) qui surviennent chaque année en Europe se développent chez l’homme [3]. Et on estime que le HPV est l’agent causal de 5?% de tous les cancers [4].

3

En tenant compte de plusieurs études montrant l’intérêt de vacciner les hommes contre le HPV [1, 4, 5, 6]?: impact des infections par HPV chez l’homme, impact économique, sécurité et efficacité du vaccin quadrivalent dans la prévention des infections à HPV de l’homme, depuis décembre 2011, les recommandations du Advisory commitee on Immunization Practices (ACIP) américain préconisent l’utilisation en routine du vaccin HPV quadrivalent chez les jeunes hommes de 12 à 26 ans. Le Canada et l’Australie recommandent également cette vaccination [7].

4

Peu d’études d’acceptabilité de la vaccination contre HPV chez l’homme ont eu lieu. La moitié de ces études sont américaines [8]. Globalement, les hommes ont une attitude favorable à la vaccination avec cependant une intention de se faire vacciner plus neutre [9]. Des études mixtes montrent que l’acceptation du vaccin contre le HPV est plus faible chez l’homme que chez la femme [10], avec un niveau de connaissances moindre [11, 12]. Ceci n’est pas surprenant puisque jusqu’à présent, le vaccin contre le HPV a été principalement commercialisé comme étant un vaccin pour les filles contre le cancer du col de l’utérus. Peu d’informations ont été données sur la nature du virus et son mode de transmission sexuel par voie cutanée et muqueuse avec un effet protecteur limité du préservatif. Les hommes ayant des relations homosexuelles ont une meilleure connaissance de HPV, de l’efficacité et la sécurité du vaccin contre HPV et une perception d’être plus à risque [13]. Ils sont plus favorables à la vaccination que les hétérosexuels [14, 15]. Cela corrobore le fait qu’une meilleure perception du risque d’infection par HPV et une meilleure connaissance du vaccin renforce l’intention de se faire vacciner [16].

5

En France, les recommandations vaccinales actuelles proposent depuis 2007 une vaccination contre le HPV uniquement chez les filles à partir de 14 ans avant une exposition au risque d’infections, avec une possibilité de rattrapage chez les filles âgées de 15 à 23 ans en l’absence de rapports sexuels ou dans l’année qui suit le début de la vie sexuelle [17]. Une nouvelle recommandation début 2013 propose la vaccination contre le papillomavirus aux jeunes filles à partir de 11 ans jusqu’à 14 ans avec une possibilité de rattrapage jusqu’à leurs 19 ans révolus. Cependant, la couverture vaccinale est insuffisante?: fin 2011, seul un tiers des jeunes filles de 17 ans avait reçu une vaccination complète en trois doses avec une couverture vaccinale de 34?% [18].

6

Une nouvelle recommandation vaccinale en France est souvent source de polémiques. Afin d’évaluer l’adhésion que pourrait rencontrer une extension de la recommandation vaccinale contre le virus HPV chez l’homme, il convient d’évaluer l’acceptabilité de cette vaccination et en repérer les potentiels freins.

Patients et méthodes

Type d’étude

7

Il s’agit d’une étude épidémiologique observationnelle, descriptive, régionale réalisée auprès des adolescents masculins de Lorraine, entre mai et juin 2013.

Population et échantillon

8

La population-cible de cette étude était l’ensemble des adolescents lorrains âgés de 16 à 18 ans. La population-source retenue était les lycéens lorrains.

9

L’échantillon d’adolescents était constitué par un tirage au sort en grappe à un degré, la grappe étant l’établissement. Il était convenu de sélectionner aléatoirement cinq établissements scolaires de niveau lycée de Lorraine à partir de la liste exhaustive des lycées de Lorraine. L’échantillon était constitué de tous les adolescents de sexe masculin des lycées de Lorraine tirés au sort et acceptant de participer à l’enquête. L’unique critère de non inclusion était le refus parental. Les parents étaient informés de l’étude par une feuille d’autorisation parentale distribuée à l’ensemble des élèves.

10

Le chef d’établissement de chaque lycée sélectionné était ensuite informé des objectifs de l’enquête et de ses retombées attendues. Les accords préalables du chef d’établissement, du médecin scolaire rattaché à l’établissement et celui du directeur académique, étaient recueillis.

Déroulement de l’étude

11

Le mode de réalisation et de la date de diffusion des questionnaires étaient présentés à chaque chef d’établissement par rendez-vous téléphonique et courrier électronique.

12

Une fois l’accord obtenu des chefs d’établissements, les infirmières scolaires de chaque établissement étaient contactées par téléphone et informées par rendez-vous individuel. Elles s’étaient occupées de la partie logistique?: en recensant les élèves concernés par l’étude et en réalisant les copies des feuilles d’autorisation parentale ainsi que les copies du questionnaire. Puis, elles informaient les professeurs des objectifs et du déroulement de l’étude.

13

Les professeurs donnaient une information globale et orale aux élèves concernés par l’enquête, et les informaient du caractère non obligatoire de leurs participations. Puis, ils distribuaient à tous les élèves masculins de leurs classes, la feuille d’autorisation parentale. La semaine suivante, les questionnaires étaient distribués en cours. Les élèves voulant participer à l’étude et dont les parents ne s’étaient pas opposés à leur participation, avaient rempli les questionnaires de leur côté sans contrainte de lieu ni de temps. Les infirmières scolaires centralisaient ensuite les questionnaires. Ils étaient remis en mains propres ou retournés par voie postale en fonction de l’effectif.

Données recueillies

14

L’étude a nécessité l’élaboration d’un questionnaire visant à évaluer l’acceptabilité d’une vaccination contre le papillomavirus chez le garçon.

15

Le questionnaire comporte cinq questions sur les critères sociodémographiques tels que l’âge, le type de lycée, le niveau scolaire et le milieu socioprofessionnel de chaque parent. Les questions suivantes abordent les connaissances sur le papillomavirus, puis les connaissances vis-à-vis des vaccinations avec l’acceptabilité des vaccins en général. Deux questions permettent de percevoir les personnes pouvant faire figure de références dans l’information sur les vaccinations et les infections sexuellement transmissibles [IST]. Trois questions explorent les connaissances sur la vaccination contre le papillomavirus ainsi que la manière dont l’information a été acquise et l’attitude global de la famille vis-à-vis de cette vaccination par le biais de la vaccination éventuelle d’une sœur en âge d’être vaccinée. Les questions suivantes abordent l’acceptabilité de la vaccination contre le papillomavirus, la possibilité d’aborder le sujet avec les parents. Des propositions à choix multiples permettent d’appréhender les facteurs favorisant l’acceptabilité mais aussi de repérer les freins à cette vaccination. Deux questions évaluent le besoin ressenti d’informations complémentaires sur les vaccinations et les IST.

16

Les modalités de réponses aux questions sont principalement fermées?: oui ou non. Cinq questions sont à réponses multiples. Le questionnaire respecte la règle de l’anonymat. Il ne comporte aucune question intrusive.

17

Le questionnaire a été soumis tout d’abord à un panel de médecins pour vérifier la cohérence des questions. Puis un petit groupe de lycéens a rempli le questionnaire pour vérifier l’acceptabilité et la compréhension du questionnaire, le nombre de données manquantes, la reproductibilité et la validité.

Taille d’échantillon et analyses statistiques

18

Pour garantir une précision suffisante des estimations issues de l’étude, il a été calculé qu’il était nécessaire d’inclure environ 400 sujets dans l’étude. On a estimé que 5 lycées devaient suffire pour obtenir un nombre de 400, en tenant compte d’une proportion de non inclus de 70?%.

19

La saisie des données a été réalisée à l’aide d’un tableur Excel.

20

Une analyse descriptive des données recueillies a été effectuée dans un premier temps. Les variables continues ont été décrites par la moyenne et l’écart-type (âge), les réponses aux questions par un effectif et le pourcentage correspondant. Des comparaisons statistiques ont été réalisées dans un second temps par un test du Chi2. Le seuil de significativité (risque alpha) a été fixé à 5?%. Ainsi, une valeur de p < 0,05 a été considérée comme statistiquement significative. Les analyses statistiques sont réalisées à l’aide du logiciel SAS v9.3 avec le soutien du service d’épidémiologie et évaluation cliniques du CHU de Nancy.

Aspects éthiques et réglementaires

21

Les règles éthiques et de bonne pratique ont été respectées et sont en conformité avec la législation française.

22

La population-cible étant principalement mineure, une autorisation parentale a été nécessaire. On a préféré considérer comme avis parental favorable en cas de non réponse parentale. Les parents s’opposant à la participation de leur fils, le signalaient à l’établissement scolaire.

23

L’accord du médecin, conseiller technique du recteur, et de chaque médecin scolaire responsable des départements respectifs de la région Lorraine a été obtenu. Les directeurs académiques de chaque département ont également donné leurs accords. Les proviseurs des établissements concernés ont donné leurs autorisations.

24

Le questionnaire a été rempli de façon anonyme par l’adolescent après accord parental. Le questionnaire ne comportait aucune question intrusive.

Résultats

Description de la population

25

Suite à l’opposition des parents au remplissage du questionnaire, cinq élèves ont été exclus de l’étude, tous appartenant à un lycée général et/ou technologique.

26

Au total, 882 questionnaires ont été distribués dont 328 retournés, avec une participation en moyenne équivalente entre lycées professionnels et généraux.

27

Les caractéristiques sociodémographiques (moyenne d’âges, types de lycées, niveaux scolaires, catégories socioprofessionnelles des parents) des 328 élèves ayant répondu au questionnaire sont exposés dans le tableau I.

Tableau I - Descriptif des caractéristiques des lycéens participantsTableau I?

Connaissance du papillomavirus et du vaccin contre le papillomavirus

28

Avant de disposer du questionnaire, 47,4?% avaient déjà entendu parler du papillomavirus. Les élèves issus d’un lycée général et de niveau plus élevé (première, terminale) avaient plus fréquemment entendu parler du papillomavirus (p < 0,0001). Le papillomavirus était responsable du cancer du col de l’utérus pour 79,1?%. Seuls 39,4?% pensaient que le papillomavirus était responsable des verrues génitales. Il n’y avait pas de différence significative sur les connaissances du papillomavirus entre les élèves ayant déjà entendu parler de HPV et les autres, sauf pour la question?: «?HPV est responsable du cancer du col de l’utérus?» avec p < 0,0001 (tableau II).

Tableau II - Comparaison?: «?J’ai déjà entendu parler de HPV?» avec «?le type de lycée, le niveau scolaire, les connaissances sur HPV et les demandes d’informations complémentaires?»Tableau II?

Les bonnes réponses aux questions posées aux lycéens sont les suivantes?: HPV est IST?: oui – Préservatif protège complément contre HPV?: non – HPV responsable cancer col utérus?: oui – HPV responsables verrues génitales?: oui – Contamination par HPV donne douleurs?: non.

29

Ils étaient 45,5?% à avoir déjà entendu parler du vaccin contre le papillomavirus dont 32,3?% plusieurs fois et 13,2?% une seule fois contre 54,5?% qui n’en avaient jamais entendu parler. Parmi les 45,5?% qui en avaient déjà eu connaissances, 107 répondaient avoir été informés par les médias (télévision et internet), 49 par l’école, 22 par la famille et 19 par les amis. Ils étaient 61?% à penser que le vaccin contre le papillomavirus concernait exclusivement les filles?; 46,2?% les filles et les garçons?; 4,5?% uniquement les garçons. Pour 86,1?%, le vaccin contre le HPV protège du cancer du col de l’utérus, pour 13,2?% du sida, pour 39,6?% des verrues génitales et pour 32,8?% des cancers génitaux. Le fait d’avoir entendu parler du vaccin contre le papillomavirus ne montrait pas de différence significative sur les connaissances de ce vaccin.

Perception des vaccins en général

30

Ils étaient respectivement 33,8?% et 58,2?% totalement favorables et plutôt favorables aux vaccinations de manière générale contre 6,2?% plutôt contre et 1,8?% totalement contre. Le fait d’être totalement favorable aux vaccinations de manière générale ne modifiait pas les réponses sur les connaissances des vaccins. Ils avaient la même perception des vaccins en général.

Acceptabilité vaccin et corrélats

31

L’acceptabilité du vaccin contre le papillomavirus est représentée par le graphique 1. La principale raison évoquée en faveur de la vaccination était la perception des risques liés à l’infection par le HPV. Parmi les 34,4?% souhaitant se faire vacciner, 67,7?% auraient pu aborder le sujet avec leurs parents. Parmi ceux qui refusaient ou hésitaient à se faire vacciner, ils étaient 121 à ne pas se sentir concernés. Les deux autres motifs les plus souvent retrouvés étaient l’absence de confiance dans les nouveaux vaccins, et l’absence d’informations données par le médecin respectivement cités par 73 et 86 personnes. Il n’y avait pas de lien significatif entre les critères sociodémographiques, la sensibilisation au HPV et à son vaccin et l’acceptabilité de la vaccination. Le fait d’avoir une sœur déjà vaccinée contre le papillomavirus ne donnait pas de différence dans l’intention de se faire vacciner. Les élèves ayant une sœur et sachant qu’elle n’était pas vaccinée étaient plus nombreux à accepter la vaccination, sans significativité.

Graphique 1 - Acceptabilité du vaccin contre HPV par les lycéensGraphique 1

Demande informations

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En ce qui concerne les questions sur les vaccinations, les élèves s’adressaient principalement à leurs parents (N = 149) et à leurs médecins (N = 135). Pour les questions sur les infections sexuellement transmissibles, ils s’adressaient à leurs médecins (N = 141) ou se renseignaient par eux-mêmes (N = 147). Ils étaient 77 à faire appel à leurs parents pour les questions sur les IST contre 149 pour les vaccinations. Pour améliorer leurs connaissances sur les vaccinations et sur les IST, respectivement 55,4?% et 63,4?% ne jugeaient pas nécessaires de réaliser une consultation systématiquement chez le médecin alors que 68,5?% et 70,6?% pensaient qu’il était intéressant de faire une réunion d’information au lycée. Ceux qui avaient le plus recours au médecin lorsqu’ils avaient des questions à poser au sujet des vaccinations et/ou au sujet des IST étaient en moyenne plus âgés avec une moyenne d’âge de 17 ans. La demande d’informations sur les IST par le biais du médecin généraliste ne différait pas que l’on connaisse ou pas le papillomavirus (tableau II). La connaissance ou non du papillomavirus n’influaient pas sur la demande d’informations.

Discussion

33

Une des forces de notre étude est sa méthodologie avec l’utilisation du tirage au sort en grappe, ce qui correspond actuellement à la méthode recommandée dans ce type d’étude descriptive. Mais finalement parmi ceux tirés au sort, quelle est la part de ceux qui ont réellement participé à l’étude?? Ceux dont les parents se sont opposés, ceux ne comprenant pas le questionnaire, ne connaissant pas le papillomavirus et son vaccin sont certainement une part prépondérante des non participants. Ainsi si le nombre de non participants est important, la représentativité de l’échantillon a pu être perturbée.

34

Il s’agit à notre connaissance de la première étude française à explorer l’acceptabilité de la vaccination contre le HPV chez l’homme, notamment chez les adolescents.

35

Une proportion importante est indécise 41?%, 34,4?% acceptent la vaccination et peu refusent catégoriquement dans notre échantillon la vaccination 24?%, ce qui correspond globalement aux résultats des études réalisées. En Suède 37?% des hommes interrogés sont prêts à se faire vacciner si le vaccin est à disposition et gratuit [16]. En Angleterre 49?% sont incertains et 10?% refusent catégoriquement la vaccination [19]. Une métaanalyse montre chez les hommes une acceptabilité modérée de la vaccination contre le HPV avec 50,4?% [20].

36

La perception d’être une personne à risque d’infection par le papillomavirus est le motif principal d’acceptation du vaccin dans notre étude. C’est un des facteurs souvent corrélés à l’acceptabilité comme nous le suggère la métaanalyse de Newman PA, Logie CH, Doukas N, Asakura K [20]. Dans une autre étude évaluant l’acceptabilité du vaccin contre le HPV chez les hommes hétérosexuels, homosexuels et bisexuels, il a été mis en évidence une plus grande perception des maladies liées à HPV chez les hommes homosexuels et bisexuels, avec une acceptabilité du vaccin 73?% vs 37?% chez les hommes hétérosexuels [15].

37

Une des explications la plus probable au grand nombre d’indécis est le faible niveau de connaissance de HPV et de son vaccin. Un peu moins de la moitié a entendu parler de HPV et de son vaccin ce qui est cohérent avec d’autres études [9, 12]. Plus de la moitié des adolescents n’ont pas conscience du rôle de HPV dans les verrues génitales [12] et la possibilité d’autres cancers que celui du col de l’utérus. On note que 67?% pensent que le vaccin contre le HPV protège uniquement les filles. C’est en accord avec le motif principal de refus ou d’hésitation à la vaccination contre le HPV?: ils ne se sentent pas concernés.

38

La plupart de ceux qui ont entendu parler de HPV connaissent son rôle dans le développement du cancer du col de l’utérus (88,4?% des garçons ayant déjà entendu parler de HPV avec p < 0,0001). HPV est une IST également bien connue (81,3?% des participants). Ceci est en accord avec d’autres études [12] et laisse penser que les campagnes d’information ont réussi à sensibiliser la population sur certains aspects de la connaissance de HPV. D’autant plus que les principales sources d’information sur la vaccination contre le HPV dans notre étude sont les médias qui ont effectivement axé le message sur la prévention du cancer du col de l’utérus.

39

La deuxième source d’information principale dans notre étude est l’école. D’ailleurs, dans le programme de l’Éducation nationale, l’information sur les IST dont le HPV est abordée en troisième par les professeurs de SVT. Des réunions d’informations collectives sont également souvent organisées. Cependant, on note que les élèves de seconde sont moins sensibilisés que ceux de première ou terminale. On peut penser que l’information faite n’est pas toujours suffisante ni adaptée à l’âge et au niveau de compréhension. D’ailleurs, un des problèmes rencontrés dans deux des lycées lors de la réalisation de l’étude a été les difficultés de compréhension. Pour devancer ce problème, dans un des établissements, il a été choisi, en collaboration avec la principale et l’infirmière scolaire, de n’inclure que les élèves de terminale.

40

Il existe parfois un amalgame entre le papillomavirus et Sida?: 13,2?% pensent que le vaccin contre le papillomavirus protège du Sida. Outre le fait que l’information n’est pas toujours complète et de bonne qualité, elle n’est pas bien perçue par une partie des jeunes.

41

Malgré une attitude globalement favorable envers les vaccinations (92?% sont totalement et plutôt favorables), un des principaux motifs de refus ou d’hésitation à la vaccination contre le HPV est l’absence de confiance dans les nouveaux vaccins. La France est le pays d’Europe dont la population est la plus critique vis-à-vis des vaccins. Ce manque de confiance dans les nouveaux vaccins fait suite à la méfiance vis-à-vis des médicaments en général (le benfluorex, Mediator®) mais aussi dans les vaccins avec le lien suggéré entre la vaccination contre l’hépatite B et la sclérose en plaque. Et plus récemment la responsabilité du vaccin contre le HPV dans la survenue de maladies auto-immunes a été mise en cause par décisions de justice largement relayée par les médias, ce qui conduit à un impact négatif de cette nouvelle vaccination [5-21]. Son efficacité n’est par contre que très peu remise en cause.

42

Le médecin représente une influence déterminante dans l’intention de se faire vacciner. L’absence d’informations fournies par le médecin est citée en deuxième position dans les motifs de refus et d’hésitation à la vaccination contre le HPV. Les données d’autres études ont montré qu’une information plus complète sur l’innocuité du vaccin par les médecins, notamment en France pourrait favoriser l’acceptation [22]. Le médecin a son rôle de prévention à remplir aussi bien au sujet des vaccinations que des IST. Il fait partie des principales sources d’informations pour les jeunes?: en deuxième position derrière les parents en ce qui concerne les vaccins et en deuxième position derrière une auto information (amis et internet) en ce qui concerne les IST.

43

Les élèves préfèrent des informations globales dans leur lycée à une information individuelle systématique chez leur médecin traitant que ce soit au sujet des vaccinations ou des IST. Cela peut être expliqué par un recours au médecin comme source d’information plus tardif que l’on pouvait le prévoir, l’âge de la «?majorité sexuelle?» étant fixé en France à 15 ans. Dans notre étude, ceux qui ont recours au médecin pour s’informer au sujet des vaccinations ou des IST sont significativement plus âgés (17 ans).

44

Notre étude ne montre pas de corrélations entre l’acceptabilité et les critères sociodémographiques comme dans d’autres études [20]. Contrairement aux autres études, elle ne montre pas non plus de corrélats entre le fait d’être sensibilisé au vaccin contre le HPV et l’acceptabilité de ce vaccin. Deux explications sont possibles. Il y a une mauvaise connaissance du rôle du vaccin contre HPV?: aucune différence dans les connaissances que l’on soit sensibilisé ou non à l’existence du vaccin contre le HPV n’a été trouvé. La deuxième raison possible est le faible échantillonnage de notre étude.

45

Pour des raisons éthiques, nous n’avons pu aborder deux points paraissant essentiels à prendre en compte dans l’acceptabilité?: le fait d’avoir déjà eu des relations sexuelles, et l’orientation sexuelle, ce qui pourrait augmenter la perception d’être à risque.

46

Le calendrier vaccinal ayant changé en 2013, anticipant la vaccination anti HPV à 11-14 ans, il serait intéressant de faire une étude similaire dans les collèges pour mieux évaluer la position des jeunes concernés par cette vaccination.

47

Dans une étude sur une population plus importante et plus jeune, il serait intéressant, en ajoutant une question, d’appréhender la position et les connaissances parentales vis-à-vis de la vaccination pour en évaluer l’impact.

Conclusion

48

La faible perception du risque de l’infection par le HPV et le faible niveau de connaissance sont les deux facteurs principaux limitant l’acceptation du vaccin contre le HPV chez le garçon.

49

La forte médiatisation des effets délétères qui seraient attribués à la vaccination anti HPV, conduit à un impact négatif de cette nouvelle vaccination comme nous l’avons vécu pour le vaccin anti hépatite B. Des campagnes d’informations ultérieures à travers la presse, internet mais aussi la médecine scolaire incluant les hommes dans les risques d’infection à HPV, devraient permettre une augmentation de l’acceptabilité de la vaccination contre le HPV.

50

D’autre part, il serait intéressant d’étudier l’attitude des parents à l’égard de cette vaccination. Le peu de refus parental à la participation de leur enfant à l’étude suggère une opposition modérée.

51

Aucun conflit d’intérêt déclaré


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Notes

[1]

Médecin généraliste – 65, rue Jeanne-d’Arc – 54000 Nancy – France.

[2]

Professeur de médecine générale – France.

Résumé

Français

Introduction : D’après les enquêtes de santé publique, vacciner les hommes contre le papillomavirus (HPV) contribuerait à la diminution de la dissémination du HPV et ainsi à la réduction des risques de verrues génitales et de cancers liés au HPV. Chez les jeunes hommes, l’incidence sur les cancers ORL augmente par implication de HPV lors les rapports buccogénitaux. En France, les recommandations proposent la vaccination contre le HPV seulement aux filles. Cette étude a pour objectif d’évaluer l’acceptabilité de la vaccination contre le HPV chez les adolescents de sexe masculin et repérer les freins à cette vaccination.
Méthodes : De mai à juin 2013, un questionnaire anonyme à réponses fermées a été distribué à 882 élèves de sexe masculin dans cinq lycées de Lorraine tirés au sort.
Résultats : Sur 328 répondants, 47 % avaient déjà entendu parler de HPV, 79 % savaient que le papillomavirus était responsable du cancer du col de l’utérus mais seulement 39 % connaissaient l’imputabilité de HPV dans les verrues génitales. 67 % pensaient que le vaccin contre HPV protège uniquement les filles. Le manque de connaissance associé à la faible perception d’être à risque pourrait expliquer le nombre majoritaire d’indécis, soit 41 %.
Conclusion : Des campagnes d’informations incluant les hommes dans les risques d’infection à HPV devraient permettre une augmentation de l’acceptabilité.

Mots-clés

  • adolescent
  • autorapport
  • connaissances, attitudes et pratiques en santé
  • mâle
  • responsabilité sociale
  • Vaccins antipapillomavirus

English

Evaluation of the acceptability of the human papillomavirus vaccine among male high school students in LorraineIntroduction: According to public health surveys, vaccination of men against human papillomavirus (HPV) can contribute to decrease the spread of HPV and thereby reduce the risk of genital warts and HPV-related cancers. The incidence of head and neck cancers is increasing among young men as a result of transmission of HPV by oral sex. French guidelines only propose HPV vaccination for girls. This study was designed to assess the acceptability of HPV vaccination among male adolescents and to identify barriers to this vaccination.
Methods: From May to June 2013, an anonymous questionnaire with closed answers was distributed to 882 male students in five randomly selected high schools in Lorraine.
Results: Of the 328 respondents, 47% had heard of HPV, 79% knew that HPV was responsible for cervical cancer but only 39% knew that HPV caused genital warts and 67% thought that HPV vaccination only protected girls. The lack of knowledge associated with the poor perception of being at risk could explain the majority of the 41% undecided subjects.
Conclusion: Information campaigns including men concerning the risk of HPV infection should help to increase acceptability.

Keywords

  • adolescent
  • self-report
  • health knowledge
  • attitudes, practice
  • male
  • social responsibility
  • Papillomavirus vaccines

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. Patients et méthodes
    1. Type d’étude
    2. Population et échantillon
    3. Déroulement de l’étude
    4. Données recueillies
    5. Taille d’échantillon et analyses statistiques
  3. Aspects éthiques et réglementaires
  4. Résultats
    1. Description de la population
    2. Connaissance du papillomavirus et du vaccin contre le papillomavirus
    3. Perception des vaccins en général
    4. Acceptabilité vaccin et corrélats
    5. Demande informations
  5. Discussion
  6. Conclusion

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