2002
Savoirs et clinique
Comptes-rendus de lecture
Comptes-rendus de lecture
Rithée
Cevasco (psychanalyste, chercheur au cnrs), Markos Zafiropoulos,
Lacan et les sciences sociales, (Le
déclin du père : l938-l953), puf,
Philosophie d’aujourd’hui, Paris, avril 200l
Résumé
Dans son ouvrage, Lacan et les
sciences sociales, M. Zafiropoulos évoque l’influence des sciences
sociales sur la constitution du corpus lacanien et décèle, chez Lacan, un «
moment durkheimien » auquel correspond la thèse lacanienne du déclin de l’imago
paternelle (1938-1953). Rappelant l’effondrement de la thèse durkheimienne de
la contraction familiale, l’auteur introduit à une nouvelle interrogation de la
notion lacanienne du Nom-du-Père, témoignant sans doute d’une première avancée
de la pluralisation des noms du père.
Mots-clés :
Un « moment durkheimien » chez Lacan : la thèse du déclin de
l’imago paternelle, invention de la notion lacanienne du Nom-du-Père en réponse
à l’effondrement de la thèse durkheimienne.
Abstract
In his book entitled
Lacan and Social Sciences, M. Zafiropoulos evokes
the influence of social sciences on the constitution of the “lacanian” corpus
and detects a “durkheimian” moment in Lacan’s work which tallies with Lacan’s
theory of the decline of the “father’s imago”. After having reminded us the
highly debated theory of family contraction by Durkheim, the author introduces
a new questioning of the lacanian notion of “the name of the father” making
headway in the multiplication of the names of the father without a
doubt.
Keywords :
A “durkheimian” moment in Lacan’s
work, the theory of the decline of the “father’s imago”, the invention of the
lacanian notion of “the name of the father” as an aswer to Durkheim’s
theory.
Voilà un livre qui a son importance : il traite en effet d’une
période de l’enseignement de Lacan très peu étudiée dans son contexte, même si
les références aux « Complexes familiaux » et au « déclin de l’imago paternelle
» sont utilisées de manière prolifique et souvent abusive. La thèse du déclin
du père est d’autant plus abusivement utilisée qu’elle l’est généralement pour
rendre compte de l’état actuel du malaise dans la civilisation, comme si ce que
J. Lacan avait énoncé en l938 pouvait, en l’état, être transposé au seuil du
xxie siècle pour rendre compte du malaise
de la culture contemporaine.
Soulignons aussi d’emblée que Lacan et les sciences sociales est un ouvrage
bienvenu, car il procède à une lecture critique du texte de Lacan sans jamais
s’autoriser à interpréter le texte à partir de l’enseignement de Lacan
postérieur à ce que Zafiropoulos appelle « le moment durkheimien » de Lacan
(1938-1953). On est naturellement en droit de se demander ce que fait l’auteur
de son savoir sur l’enseignement postérieur de Lacan : celui du « Nom-du-Père »
qu’il commence à aborder, celui du « Père comme sinthome », bref, le Lacan de
la pluralisation du père. Mais le chercheur se méfie de l’anachronisme des
lectures et promet de poursuivre. Attendons.
Un autre trait singulier de cet ouvrage est évidemment ce qu’il
donne à lire de l’influence des sciences sociales sur la constitution du corpus
lacanien. Lacan n’ayant pas l’habitude de citer ses sources, on appréciera
d’autant plus ce travail qu’il révèle une sorte de chaînon manquant, évidemment
nécessaire pour qui sait l’importance donnée par Lacan au registre du
symbolique. Registre qui ne saurait être abordé sans l’identification de ses
sources et de ses apports, qu’il s’agisse de la linguistique, de la
mathématique, de la topologie ou de la logique, soit sans l’identification des
savoirs concernant le symbolique structuré comme un langage, mais également
sans l’apport des sciences sociales comme l’anthropologie, la sociologie ou
l’histoire, qui permettent de déchiffrer ce que Lacan appelle « l’enveloppe
formelle du symptôme ».
Nous tenons également à souligner, avant de suivre plus en
détail le déroulement de ce travail, que l’auteur se place dans une perspective
freudienne, endossant le mythe de Totem et
tabou comme moment central de la théorie freudienne, du carrefour
épistémologique où l’individuel et le collectif forment l’envers et l’endroit
de la même médaille. Le premier constat auquel aboutit cet abord freudien du
Lacan de l938-l953 est sans ambiguïté : à cette époque Lacan n’était pas
freudien. D’où la vigueur renouvelée que retrouve, après cet ouvrage, la
formule de Lacan en 1953 du « retour à Freud ». Il ne s’agissait en rien pour
lui d’une coquetterie d’auteur, il lui fallait effectivement revenir à
Freud.
En réintroduisant une archéologie critique de la notion
lacanienne du Nom-du-Père, M. Zafiropoulos introduit enfin à une nouvelle
interrogation de ce concept-clef très problématique dans l’œuvre de Lacan. Ce
travail, qui pourrait aussi bien s’intituler « Lacan, de Durkheim à
Lévi-Strauss », est organisé selon les chapitres suivants :
- Aux sources de la thèse : le déclin de la famille et de
l’imago paternelle dans Les Complexes
familiaux de Jacques Lacan (l938).
- Durkheim ou les assises sociologiques de Lacan.
- Psychanalyse et criminologie : la découverte du surmoi et
les sciences sociales d’après guerre (Durkheim, Mauss, Lévi-Strauss).
- La ruine de Durkheim.
- Les conséquences de la ruine de la loi de la contraction
familiale pour Durkheim et pour Lacan.
- L’illusion patriarcale, la conversion de Lacan au
structuralisme et l’invention du Nom-du-Père (l953).
Le cœur de l’ouvrage réside en une mise à jour de l’influence
de Durkheim sur la production de la thèse lacanienne du déclin de l’imago
paternelle. Le père de la sociologie française avait en effet « découvert » une
loi de la contraction familiale (des formes primitives de la famille aux
dimensions étroites de la « famille conjugale »), d’où s’ensuivrait – selon
Lacan – l’appauvrissement de la puissance identificatoire des familles et la
dégradation du complexe d’Œdipe (qui tombait ainsi sous le couperet du
relativisme culturel) n’assurant plus l’harmonieuse maturation subjective et
sociale des enfants – garçon ou fille. Cette crise serait même – selon Lacan –
la condition sociologique de la découverte de la psychanalyse par un fils du «
patriarcat juif » dans la Vienne de la fin du xixe. Et c’est l’approfondissement de cette
crise qui rendrait compte de l’évolution des formes cliniques des névroses que
croyait observer J. Lacan entre l938 et l953.
Après une analyse détaillée du texte
Les Complexes familiaux, M.
Zafiropoulos en déduit que Lacan rejette à cette époque la théorie freudienne
du père et que ce texte « relève encore d’une version “familialiste” de la
psychanalyse… très éloignée de ces recherches ultérieures de Lacan qui
substitueront en particulier les règles du langage à celles de la famille pour
rendre compte de la clinique du sujet comme de la culture ». Rappelons que « le
déclin social de l’imago paternelle » ou encore la « carence paternelle »
constituait, selon le Lacan de 1938, ce qui « vient à tarir l’élan instinctif
comme à tarir la dialectique des sublimations », la forme familiale la plus
apte à offrir une bonne structuration subjective et sociale étant, selon le
Lacan lecteur de Durckheim, la famille paternaliste. Vu de loin, on a du mal à
reconnaître le style de Lacan qui ne pêche pas par conformisme. Il y eut
pourtant un Lacan durkheimien soutenant la suprématie de la famille
paternelle.
Il faut donc lire le Lacan de 1938, mais il fallait aussi lire
Durkheim pour s’apercevoir à quel point ce dernier se défiait de la société
conjugale, dont il faisait dériver les diverses formes de comportements
anomiques, au premier rang desquelles le suicide. En effet, pour Durkheim, la
loi de la contraction entraînait une aggravation de l’individualisme,
l’effondrement moral, le dérèglement des passions, la multiplication des
conduites anomiques dont le suicide, en bref toutes les « formes morbides » de
l’égoïsme.
Une relecture du « suicide durkheimien » à la lumière des
apports de l’École de Cambridge des années soixante-dix permet à M.
Zafiropoulos de conclure que « si l’anomie durkheimienne décrit un phénomène de
dérégulation subjective mortifère qui n’est pas sans causes sociales, ces
causes ne peuvent être localisées – comme le croyait Durkheim puis Lacan – dans
les incidences de la loi de la contraction familiale vigoureusement démentie ».
Doit-on alors en déduire que c’est l’ensemble de la thèse sur les conséquences
pathologiques du « déclin de la fonction paternelle » qui s’écroule ainsi ? «
En tout cas, la thèse selon laquelle il y aurait un déclin de la fonction
paternelle n’est historiquement pas démontrée. » Ce qui ne veut pas dire, selon
l’auteur, qu’il n’y ait pas, tout au long de l’histoire, une variation de la
valeur de la « fonction paternelle ». « Tout montre en effet – selon lui – que
la valeur du père mesurée par sa place dans la famille varie bel et bien,
quelle que soit la période historique considérée ou la situation géographique.
» Les recherches des historiens, depuis un quart de siècle, les ont amenés à
rejeter la thèse durckheimienne de la contraction familiale, et M. Zafiropoulos
ne fait que rappeler, pour le champ analytique qui ne l’a pas aperçu,
l’effondrement de cette thèse. Mais le rejet de la loi durkheimienne n’est pas
sans conséquence pour le champ psychanalytique qui devra maintenant penser
l’évolution des névroses et l’invention même de la psychanalyse sans cette
thèse à tout faire.
Qu’en est-il du Lacan d’après Durkheim ? Pendant quinze ans,
Lacan aura mis l’accent sur la morbidité de la carence paternelle, mais il
saura s’en déprendre, à la différence de tous ceux qui, dans le champ
analytique, continuent de la rabâcher. En l958, dans
Les Formations de l’inconscient, le
virage est pris. Lacan se prononce : il ne faut pas confondre le père dans la
famille et le père du complexe : « Parler de sa carence dans la famille n’est
pas parler de sa carence dans le complexe. En effet pour parler de sa carence
dans le complexe, il faut introduire une autre dimension que la dimension
réaliste, définie par le mode caractérologique, biographique ou autre, de sa
présence dans la famille. » Dans les milieux formés à la lecture de Lacan, on
connaît sans doute bien la suite : la référence à Lévi-Strauss et l’élaboration
du Nom-du-Père comme signifiant vont prévaloir dans l’enseignement de
Lacan.
Pour conclure, nous tenons à mettre en relief ce que l’auteur
de Lacan et les sciences sociales
repère très finement, à savoir le fait que Lacan propose avec le « nom du père
» une version religieuse occidentale de l’esprit des choses qui vient
s’inscrire dans la liste des noms réunissant le mana, l’orenda ou le naual…, c’est-à-dire « qu’il range le totem
catholique dans la série des “choses sacrées” ». L’inscription du « nom-du-père
» dans cette liste se réalise sous le primat de la théorie de Lévi-Strauss.
Pouvons-nous soutenir que nous avons là une première avancée de la
pluralisation des noms-du-père ? C’est tentant. La suite du travail de M.
Zafiropoulos pourra certainement nous apporter des éléments pour vérifier une
telle hypothèse.
Monique
Vanneufville (enseigne l’allemand à l’Université du littoral,
Dunkerque), Ernst Simmel, La Psychanalyse et ses
applications, (Psychoanalyse und ihre Anwendungen)
[yy1]
Résumé
Dans son article de 1939, «
Neurotische Kriminalität und Lustmord », Simmel défend la thèse
qu’il existe une névrose spécifique criminelle et qu’une attitude antisociale
est le noyau de la criminalité névrotique. Les maladies représentent le vain
essai du sujet de résoudre son conflit infantile en s’attaquant à son moi
corporel (autoplastisch am
Körper-Ich). Punir la masturbation est lourd de conséquences : elle
peut être considérée comme le premier acte social, car elle vise à protéger
l’objet.
Abstract
In his essay of 1939,
“Neurotische Kriminalitat und Lustmord”, Simmel
contends that there exists a criminal neurosis and that an anti-social
behaviour is the kernel of neurotic criminality. Through diseases, the subject
vainly seeks to solve an infantile conflict. The interdiction of masturbation
can have heavy consequences : it should be considered as the first social act
aiming at protecting the object.
Mots-clés :
Existence d’une névrose criminelle, les maladies comme essais
de résolution du conflit inconscient, la masturbation comme acte
social.
Keywords
Criminal neurosis, diseases as a
means of solving unconscious conflicts, masturbation as a social
act.
Le psychiatre allemand Ernst Simmel est né en 1882 à Breslau
(aujourd’hui ville polonaise de Wroclaw) en basse Silésie et il est décédé en
1947 aux États-Unis
[2]
où, juif et socialiste, il dut émigrer au début des années trente. Entre 1902
et 1908, il fait ses études de psychiatrie à Berlin et à Rostock. Simmel est,
entre 1918 et 1933, un pionnier dans le domaine de la médecine sociale, de la
politique de la santé, de la psychanalyse et de la médecine psychosomatique. En
1920, il fonde à Berlin avec Max Eitingon la première polyclinique
psychanalytique et, en 1927, il ouvre la clinique psychanalytique du «
sanatorium du château de Tegel
[3] », qui est le premier hôpital du monde à vocation
explicitement psychanalytique. Volontaire pour le front en 1914, Simmel devient
médecin chef, en 1917, à l’hôpital de Posen pour les traumatisés de guerre, où
il introduit des principes psychanalytiques dans le traitement des névroses de
guerre. 1918 marque le début d’une longue amitié avec Freud.
Pour Simmel, tout phénomène, chez l’être humain, témoigne d’un
acte. Ainsi une maladie physique peut-elle venir à la place d’un comportement
antisocial : la maladie représente alors un « agir corporel »
(leibliches Agieren) qui fait
apparaître un vécu corporel en lieu et place d’un souvenir
[4].
À partir de 1924, Simmel, s’appuyant sur Abraham, postule « une
libido intestinale » postnatale très précoce représentant le primat de toute
l’organisation libidinale prégénitale jusqu’à son remplacement par le primat
génital. Il modifie l’hypothèse de pulsion de mort, en fait une pulsion de
survie qu’il avait observée chez les traumatisés de guerre. Il écrit : « À
l’origine de cette pulsion de survie est la pulsion d’avaler
(Trieb zu verschlingen
[5]). Sa source organique est la voie
gastro-intestinale, son but est la suppression de toute excitation venue de
cette voie, et l’objet est la nourriture. Le but ultime, représenté seulement
dans les couches profondes de l’inconscient, est la survie et le développement
du moi. » Les concepts de libido anale et orale introduits par Freud ne
seraient ainsi que les avatars de cette libido intestinale. Selon Simmel, les
objets intérieurs, qui sont les produits de l’introjection et de
l’incorporation fantasmatiques d’un objet ou d’un objet partiel, représentent
au cours d’une évolution pathologique une possibilité de fixation pour des
maladies ultérieures. Les théories de Melanie Klein renvoient en partie mot
pour mot à Abraham et à Simmel.
Dans l’article de 1939,
«
Neurotische Kriminalität und Lustmord
[6] », Simmel
défend la thèse qu’il existe une névrose spécifique criminelle et qu’un névrosé
criminel est une personne qui agit, sous une contrainte intérieure, contre la
société en tant que telle, parce qu’il refuse inconsciemment à la société le
droit d’existence : une attitude antisociale est le noyau de la criminalité
névrotique, quand un individu n’a pas mené à bien les processus de la
sublimation de la libido, processus nécessaires pour que la libido puisse agir
comme lien avec la société.
Une « névrose criminelle » serait donc une maladie psychique
spécifique, au même titre que l’hystérie, la névrose obsessionnelle et les
psychoses, et son syndrome représente alors la solution spécifique apportée aux
conflits infantiles du moi confronté à ses trois maîtres : la réalité, le ça et
le surmoi. L’expression symptomatique d’une « névrose criminelle », c’est-
à-dire la forme particulière que prend l’acte criminel (vol, crime), n’est que
l’une des nombreuses manifestations possibles de la maladie : un criminel
névrotique qui est, par exemple, un voleur, pourrait tout aussi bien être
potentiellement un assassin.
Pour analyser ce problème de la criminalité névrotique en
général et pour prouver l’existence d’une « névrose criminelle », Simmel
s’appuie sur l’analyse approfondie d’un cas clinique précis, celui d’Anna, une
jeune femme ayant fait une tentative de meurtre sadique
(Lustmörderin) et qu’il a traitée avec
succès. Simmel va montrer que, alors que cette patiente voulait aimer,
l’histoire de sa relation à l’objet avait fait que son amour se révélait être
de la haine, sans qu’elle le sache. La pulsion de tuer des petites filles
représentait, pour Anna, comme dans toute névrose, la tentative tardive et
vaine de résoudre son conflit œdipien infantile.
Jusqu’à l’âge de 24 ans
[7], Anna semble avoir été une personne en bonne santé.
Puis elle a traversé une période de maladies graves, durant laquelle sa
sexualité a évolué de l’hétérosexualité à l’homosexualité (d’abord avec des
femmes de son âge, puis avec des fillettes de 8 à 10 ans) ; elle se sentait
alors poussée de façon obsessionnelle
(zwang-hafter Impuls) à les attaquer, les
masturber, leur mordre le sexe pour ensuite, dans un état d’ivresse
voluptueuse, avoir envie de les tuer.
Anna était, après une sœur de dix ans son aînée et avant un
frère de quatre ans plus jeune, la deuxième enfant de la famille ; la mère
était souvent clouée au lit par des maladies, notamment par des avortements ;
le père était un psychopathe extrême, toujours silencieux quand il était avec
sa famille, refusant tout contact : c’est la mère qui battait Anna quand le
père estimait que l’enfant devait être battue, ce qui arrivait souvent car Anna
était une enfant plutôt sauvage, ayant tendance à la cruauté ; à la naissance
du frère, la mère étant couchée, c’était Anna qui devait s’occuper du bébé, et
elle essaya plusieurs fois de le jeter hors du berceau.
Parmi les traumatismes de l’enfance, trois faits eurent une
importance particulière pour la vie d’adulte d’Anna : d’une part, Anna dormait
dans la chambre des parents et c’était chaque soir un drame car elle avait
toujours très peur d’aller au lit ; par ailleurs, la patiente souffrait depuis
toujours de constipation et l’un de ses douloureux souvenirs d’enfance était le
mal de ventre et les lavements que sa mère lui faisait subir de force ; enfin,
la psychanalyse révéla une période de masturbation précoce, dont on la
punissait en lui liant les mains.
Adolescente, Anna travailla quelques années dans le café que
tenait son père ; elle était le témoin des soûleries de son père et des scènes
de séduction envers les clientes. Elle-même eut une période d’alcoolisme et fut
l’objet d’agressions sexuelles de la part des hommes soûls sans que son père
intervienne. Sa terrible haine envers son père se renforça dans les années qui
suivirent, alors qu’elle était sténotypiste et que son père l’empêchait d’avoir
des contacts avec des jeunes gens. Un soir, après s’être mis en colère et
l’avoir injuriée parce qu’elle était rentrée tard, le père mourut dans la nuit
d’un infarctus. La même nuit, et comme première maladie, Anna eut une
appendicite et une péritonite.
Toute une série de maux physiques s’ensuivirent alors : une
tumeur sur l’ovaire droit, puis un calcul dans le rein droit, puis d’autres
maladies des reins et de la vessie, une néphrectomie à droite et une thrombose
des veines de la jambe droite, une fistule de l’urètre, alitement durant de
longs mois, douleurs de ventre diagnostiquées comme tuberculose, séjour au
sanatorium où Anna subit une opération des hémorroïdes. Or, selon Simmel, ces
maux représentent, « le vain essai de la patiente de résoudre son conflit
infantile en s’attaquant à son moi corporel » (autoplastisch an ihrem Körper-Ich) : au moyen
de toutes ces maladies, Anna réactivait corporellement les désirs fantasmés
(Wunschphantasien) et les peurs de son
enfance. L’analyse a établi en effet que, lorsqu’elle dormait dans la même
chambre que ses parents, Anna souffrait de douleurs du ventre, tandis que son
seul désir était alors la mort du père, si bien que, lorsqu’il mourut
effectivement, elle eut une peur terrible de l’avoir tué par ses pensées et
craignait qu’il ne se venge et la tue. Mais il y avait aussi une autre
signification inconsciente des douleurs et de la maladie ; Anna souhaitant
devenir mère (sa mère) pour être enceinte du père, d’anciens fantasmes
infantiles refoulés furent réanimés par la mort du père et par les sentiments
de culpabilité d’Anna, un des fantasmes étant qu’elle aurait tué son père en
lui mordant son pénis et que celui-ci deviendrait dans son ventre un enfant :
pour devenir mère, il faut mordre et tuer.
Les moments forts et la progression de l’analyse
Le symbole de « l’enfant mort »
Le symbole de « l’enfant mort » fut le facteur déterminant
dans l’évolution du conflit pulsionnel d’Anna jusqu’au moment où elle essaya de
le résoudre par la voie criminelle. Dans la chaîne d’associations qui part des
lavements de l’enfance jusqu’aux opérations chirurgicales de l’âge adulte
vinrent s’intercaler des événements aux conséquences lourdes.
Mais seule l’intrication d’un grand nombre de significations
inconscientes pouvait, selon Simmel, produire la pulsion de meurtre d’Anna. En
premier, vient l’association crotte/enfant mort : Anna avait ressenti sa mère
comme une personne cruelle qui voulait arracher au corps de sa fille les
enfants-crottes fantasmés par elle (lavements). Dans sa constipation, elle
s’identifiait à la mère enceinte ; le symptôme avait en outre une signification
magique : par la projection de son moi corporel dans la mère, elle croyait
pouvoir, en interdisant à ses propres enfants-crottes de quitter son corps,
empêcher la mère d’avoir d’autres enfants. Puis le père et son couteau avaient
remplacé la mère et ses lavements : c’était son père et non le chirurgien qui
se penchait sur elle avec un couteau pour lui ouvrir le ventre, en sortir ses
enfants et les tuer.
Le rôle des cris vient alors renforcer l’association
crotte/enfant mort : depuis son plus jeune âge, Anna avait observé le commerce
sexuel de ses parents ; sa réaction à elle étant la peur et la rage, elle
fantasma que le père ouvrait le corps de la mère, prenait les enfants et les
tuait. Elle avait vu vider les bassins de sang dans la salle de bain lors des
avortements (fantasme précoce d’enfants morts, tués par le père à la naissance)
; puis il y avait les cris venus du lit de la mère, cris d’enfant que l’on tue
ou cris de la mère à qui le père ouvre le ventre. Pendant tout le temps où Anna
séduisit, masturba et mordit le sexe de la petite fille, elle ne ressentit que
de l’amour, aucune représentation de mort consciente, mais à partir du moment
où la petite se mit à crier, Anna fut submergée par l’épouvante et une rage
orgasmique, qui ne laissaient place qu’à une idée, celle d’étrangler l’objet
d’amour pour faire cesser ces cris.
Par ailleurs, ce meurtre n’était en réalité que la répétition
d’un premier meurtre. Anna était, en effet, responsable de la mort d’un frère
décédé quelques semaines après la naissance : ayant un jour vu le bébé nu, elle
prit son pénis dans la bouche pour le sucer ; quand le bébé se mit à crier,
elle prit peur et le tua pour arrêter ses pleurs. Selon Simmel, le souvenir
refoulé de l’enfant mort, le frère qu’elle avait tué, et le fantasme infantile
refoulé du père qui tuait les enfants ont produit, chez Anna, le calcul du rein
comme symbole des fantasmes inconscients (le calcul du rein fut identifié comme
enfant mort). Le frère né après elle resta, pour Anna, l’image originaire
inconsciente suscitant le désir ambivalent pour les objets d’amour
ultérieurs.
Enfin, l’agression orale et l’envie de destruction
s’expliquent par le fait qu’Anna, enfant, fut victime de séductions sexuelles
pénibles ; une fois par sa sœur de dix ans son aînée, et par ailleurs de la
part de son père qui l’avait plusieurs fois forcée à toucher son sexe, à le
masturber et à le prendre dans la bouche. Elle se souvenait d’avoir réagi avec
rage et haine contre son père, et avec le désir impuissant de le
mordre.
Ainsi Anna ne pouvait-elle parvenir à une résolution normale
du complexe d’œdipe qui est, pour la femme, de renoncer au père comme objet
d’amour, d’abandonner la revendication phallique en transformant le désir de
posséder le pénis du père en désir d’enfant. C’est la bouche, et non la zone
génitale dépréciée par l’attitude des parents (ils avaient empêché la
masturbation), qui restait la zone érogène dominante ; de plus, le père avait
provoqué des impulsions d’agression orale et d’envie de destruction en se
servant d’Anna pour se satisfaire sexuellement. Par la suite, celle-ci
transféra de façon régressive son amour objectal pour le père vers la mère à
laquelle elle resta fixée oralement ; dans l’imaginaire d’Anna, le personnage
du petit frère reçut plusieurs significations : non seulement il représentait
l’enfant désiré, mais aussi le pénis du père, également le sein de la mère et
donc aussi la mère.
Dans le cas d’Anna, l’intrication des pulsions d’amour et de
haine et la prédominance de la haine pour le père rendaient impossible la
formation d’un surmoi intégré. Anna restait, dans ses relations objectales,
fixée à l’amour identificatoire, lequel était aussi une identification
haineuse, c’est pourquoi elle régressait au niveau d’exigences objectales
cannibales : son inconscient la contraignait à avaler les objets d’amour
(c’était là l’une des principales déterminations de sa pulsion de meurtre sur
les enfants), et elle subissait le souhait inconscient d’avaler ses frères et
de devenir ainsi l’enfant unique de la mère.
La transformation des objets amoureux et le passage du petit
garçon aux petites filles : l’évolution d’Anna vers l’homosexualité
Après la mort de son père, Anna fit une nouvelle et dernière
tentative, dans sa vie adulte, pour résoudre de façon anachronique son complexe
d’œdipe : elle tomba amoureuse d’un homme marié (figure du père), père d’un
enfant ; mais, étant donné son sentiment de culpabilité lors du rapport sexuel
(parce que l’homme appartenait à une autre femme et avait un enfant), elle fut
poussée par son inconscient à renoncer à la relation sexuelle avec lui de la
même façon qu’elle s’était libérée de son père, c’est-à-dire en retombant
malade (kyste à l’ovaire droit). Après l’opération, Anna reprit sa relation
avec l’homme en question mais elle était frigide ; elle en voulait à l’homme
d’avoir un orgasme qui lui était refusé à elle, l’hostilité remplaça de plus en
plus le désir sexuel et lui imposa l’idée qu’elle devrait mordre le pénis et
l’avaler, répétant ainsi son vécu d’enfant avec le premier séducteur, le
père.
C’est le désir oral réanimé qui a ramené Anna à l’objet
homosexuel. Durant son traitement à l’hôpital, Anna se trouva à côté d’une
jeune patiente dont les seins exerçaient sur elle une fascination magique.
Lorsque la femme lui raconta que sa maladie était due à la mort d’un bébé à la
naissance, Anna ressentit alors pour elle un puissant sentiment amoureux sexuel
et dut se retenir de ne pas se jeter sur elle, comme si, selon ses propres
mots, elle était elle-même un homme : pour son inconscient, cette femme était
sa mère, dont les autres enfants, selon le désir d’Anna, étaient morts. Par
ailleurs, cette association montrait clairement que le désir d’être un homme et
d’avoir un rapport sexuel avec sa mère était remplacé, de façon régressive, par
le désir de destruction orale d’arracher les seins de sa mère ; celle-ci lui
appartenait désormais et ses seins devenaient le substitut du pénis du père et
de l’ami : les exigences sadiques d’Anna régressaient des pulsions sexuelles
génitales féminines aux pulsions sexuelles orales de l’enfant.
Pour se protéger de cette attirance homosexuelle orale, Anna
recommença, pour la première fois depuis l’enfance, à se masturber. L’objectif
de la masturbation est de satisfaire les exigences objectales érotiques et
destructives sur son propre corps
(autoplastisch), et donc de protéger
l’objet et d’empêcher de lui nuire en évitant une action physique sur
l’autre, ce qui est, selon Simmel, très important pour expliquer le
problème d’une névrose criminelle. Mais comme Anna ne pouvait pas non plus
parvenir à l’orgasme par la masturbation (répétition de son vécu infantile et
autres facteurs importants), elle eut alors des relations homosexuelles avec
des femmes de son âge qui lui permettaient d’avoir des orgasmes clitoridiens ;
pourtant elle ressentait après chaque orgasme une déception infinie accompagnée
de haine et d’hostilité envers l’objet d’amour homosexuel. L’objet principal de
son désir était bien sûr les seins de l’autre femme (pulsion orale), mais le
clitoris aussi jouait un grand rôle. La rage et la déception qu’elle ressentait
étaient avant tout liées à la signification symbolique du clitoris de la
partenaire, elle disait : « Je n’ai rien eu, rien n’en est sorti pour moi »
(Nichts ist dabei für mich
herausgekommen), ce qui correspondait au sentiment de ne pas y avoir
trouvé son compte, comme c’était souvent le cas dans l’enfance ; en effet, un
désir infantile inconscient important, à savoir arracher le sexe de son père,
ne pouvait pas être satisfait par ses pulsions sadiques envers le clitoris
d’une femme : l’arracher ne lui permettait pas de devenir un homme, comme elle
l’avait pensé par association, quand son père la violentait ;
« Nichts ist dabei für mich herausgekommen
» voulait aussi dire que son père (puis son ami) jouissait par elle,
alors que cette jouissance lui était refusée à elle.
Mais plus important encore était le fait qu’Anna, en
choisissant l’orgasme clitoridien procuré par d’autres femmes, répétait le
renoncement fondamental de son enfance. Si le clitoris signifiait pour son
inconscient le sein de la mère (qui avait été pour la petite fille objet
d’envie car il appartenait aux deux jeunes frères), c’était aussi celui de la
sœur aînée qui s’était fait sucer les seins et masturber par Anna ; Anna avait
été alors en rage de ne rien recevoir du sein, alors qu’elle sentait le plaisir
sensuel de sa sœur. Cette sœur avait ainsi été, pour la patiente, le premier
substitut maternel et resta son idéal inconscient de désir ambivalent envers un
objet d’amour homosexuel. La fixation libidinale inconsciente à la sœur
contribua finalement au fait que les pulsions de meurtre d’Anna se portent sur
des petites filles et non sur des garçons. Par ailleurs, la sœur eut une petite
fille qu’Anna soignait comme si elle était sa mère. La fille qui la fit
succomber à sa pulsion était une petite amie de la nièce. La pulsion de mort
s’imposa lorsque l’enfant, mordue par la patiente, se mit à crier. Elle
n’était, sans aucun doute, comme les autres petites filles, qu’un substitut de
la nièce elle-même : l’exigence d’objet avait été déplacée au service de
mécanismes de défense secondaires, pour protéger
la vie de la nièce. L’analyse a en effet révélé le désir homosexuel
pour la fille de la sœur. Anna prit aussi conscience qu’elle n’avait en fait
jamais eu un intérêt libidinal pour le vagin de ses victimes, seulement pour le
clitoris, ce qui indique que la nièce inconsciemment tenait la place du frère
mort ; la pulsion irrésistible de tuer des petites filles correspondait ainsi à
la contrainte de répéter son premier crime.
Le passage à l’acte
Deux facteurs poussaient la patiente à mettre sa pulsion
criminelle en acte, au lieu de transformer ses fantasmes infantiles
inconscients en symptômes névrotiques, en les retournant contre
elle-même.
Le premier facteur est la répression de la masturbation.
Comme ses parents punissaient la masturbation, Anna devait renoncer à se
satisfaire sur son propre corps, mais de plus, Anna avait été séduite par son
père : celui-là même qui lui interdisait de se satisfaire elle-même la forçait
à utiliser ses mains et sa bouche pour le satisfaire lui ; c’est pourquoi le
surmoi d’Anna, formé d’après le père, ne pouvait être qu’un faible surmoi
divisé : ce surmoi exigeait d’elle de faire à d’autres avec ses mains ce
qu’elle n’avait pas le droit de se faire à elle-même. L’acte criminel,
substitut de la masturbation, sert alors à protéger le moi lui-même. Anna était
forcée de commettre son crime pour ne pas avoir à se tuer elle-même ou à tomber
malade.
Ernst Simmel est d’avis que le complexe de masturbation est
le facteur décisif qui fait qu’une mauvaise évolution des pulsions infantiles
va mener finalement soit à une maladie psychique de type névrotique asocial
soit à une maladie psychique de type criminel antisocial. La masturbation
infantile est, pour Simmel, l’un des premiers essais essentiels de résolution
des conflits pulsionnels avec les objets de l’environnement en en dirigeant
l’énergie sur soi-même et en utilisant une activité motrice extérieure, à
savoir ses propres mains. De ce point de vue, la
masturbation peut être considérée comme le premier acte social, car elle sert
l’objectif de protéger l’objet.
Le deuxième facteur est le rôle des cris et la nécessité de
faire taire sa propre conscience morale. Anna n’a pu atteindre les
identifications normales à la fin de la période œdipienne. La signification
symbolique la plus profonde de son crime consiste dans le fait que, à la place
d’une identification qui ne devait plus être qu’un processus psychique (tel
qu’il est lié à la formation du surmoi), Anna a régressé à la phase de
l’introjection orale réelle de l’objet dans son moi. Sa victime représentait
son père et sa mère, avec lesquels elle voulait fusionner ; introjecter sa
victime, par ailleurs, comme substitut du père, lui servait de moyen de
détruire son propre surmoi projeté dans le monde extérieur : Anna est obligée
de commettre son meurtre pour se libérer des exigences insupportables de son
surmoi. Elle ne peut échapper à ses sentiments de culpabilité, aux accusations
de sa conscience morale, que si elle projette son surmoi sur sa victime et la
tue. Mais Anna ne peut supporter les cris de sa victime ; à l’origine, ces cris
déclenchaient son désir de tuer l’enfant, il fallait le faire taire, pour faire
taire la voix de sa propre conscience morale.
Pour Anna, l’environnement n’était rien d’autre que la
reproduction de la situation familiale de son enfance ; dans son inconscient,
tous les enfants représentaient des petits frères, elle voulait les avoir pour
elle et en même temps, par son introjection orale, devenir mère. Il lui fallait
tuer des enfants dans sa réalité extérieure pour pouvoir se sentir mère dans sa
réalité psychique interne. En même temps, sa névrose criminelle était un
triomphe de l’auto-érotisme sur l’amour objectal.
Le névrosé criminel est un être constamment à la recherche
d’objets d’amour qu’il voudrait posséder soit complètement soit en partie. Son
acte criminel correspond à l’effort de calmer complètement ses exigences
pulsionnelles par l’introjection d’un objet d’amour désiré de façon
ambivalente. Dans son enfance, il lui fut refusé le droit de développer sa
capacité d’aimer. C’est pourquoi il entreprend à retardement d’établir des
relations objectales par l’identification avec les substituts parentaux. Il
essaie à retardement, dans son acte criminel, d’atteindre ce but par
incorporation. Il veut aimer. Mais son amour est identique à de la haine, il
est antisocial et conduit au crime.
[1]
Ausgewählte Schriften
(Fischer 2690 /11348), publiés par Ludger M. Hermanns et Ulrich Schultz-Venrath
: c’est le titre à la fois de ce volume de textes choisis et classés dans
l’ordre chronologique (un texte par domaine différent) et de conférences faites
à Los Angeles.
[2]
Fondation des sociétés psychanalytiques de Los Angeles et de
San Francisco.
[3]
Freud sera invité à y séjourner et le concept de Tegel servira
de modèle à la clinique que William Menninger dirigera à Topeka (
usa) et dans laquelle des émigrés berlinois
comme Martin Grotjahn, Irene Haenel-Guttmann, Hellmuth Kaiser et Bernhard Kamm
trouveront refuge. Le « Sanatorium Schloss Tegel » représente le premier essai
d’intégrer un traitement psychosomatique en clinique. L’intention de Simmel
était d’adapter la psychanalyse aux besoins de la culture de masse
caractéristique des temps modernes. Simmel mit en place une nouvelle forme de
thérapie sous forme d’activités, tout comme la thérapie par le bain devait
favoriser la régression du patient, libérer et stimuler les fantasmes et les
associations. Selon la conception de Simmel, une fonction importante revenait
au personnel soignant, si bien qu’on a pu dire qu’à Tegel même le concierge
devait être psychanalysé ! (ce que A. Freud appelait le « traitement intégral »
ou bain psychanalytique –
psychoanalytische
Pflege). Suite à la crise économique mondiale, la clinique a dû être
fermée en 1931.
[4]
Ainsi le « jeu du docteur » des enfants, mise en acte par
excellence de la scène primitive, était, selon Simmel, l’occasion exemplaire
d’un « agir » servant à protéger le sujet d’une compréhension consciente : ce
jeu permet à tout enfant de mettre en scène activement la scène originaire, et
d’en jouir, scène qui le fait souffrir dans la mesure où, en tant que tierce
personne, il ne peut qu’avoir un rôle passif, sans aucun droit de
participation.
[5]
Max Horkheimer (de l’École de Francfort et émigré lui aussi),
lié à Simmel, reconnaît l’importance du travail théorique de Simmel dans «
Self-Preservation and the
Death-Instinct » : la théorie de la « pulsion d’avaler »
(Verschlingen) de Simmel implique le
dépassement du dualisme de la théorie de la libido qui distingue les pulsions
du moi et les pulsions d’objet.
Les publications de Simmel : 1918,
Zur Psychoanalyse der Kriegsneurosen –
Psychoanalyse der Massen ; 1920 :
Zur
Psychoanalyse des Spielers ; 1924 : L’importance psycho-physique de
l’intestin pour le refoulement originaire –
Doktorspiel, Kranksein und Arztberuf ; 1927 :
Diskussion der ‘‘Laienanalyse’’ ; 1929
: Points de vue psychanalytiques pour la psychothérapie de la psychose ; 1930 :
Zum Problem von Zwang und Sucht ; 1931
:
Über die Psychogenese von Organstörungen und
ihre psychoanalytische Behandlung Psychanalyse /
Nationalsozialismus und
Volksgesundheit /
Selbst-erhaltung und
Todestrieb /
Antisemitismus – eine
soziale Krankheit /
Antisemitismus und
Massen – Psychopathologie /
Alkoholismus und Sucht /
Brandstiftung.
[6]
Traduction allemande de Ulrich Schultz-Venrath, Ludger M.
Hermanns, Michael Schröter – L’article reprend le thème d’une conférence donnée
le 29 avril 1939 à la Menniger Clinique de Topeka (
usa).
[7]
Anna a 30 ans et elle est célibataire au moment de la prise en
charge ; elle est restée trois ans environ dans la clinique psychanalytique de
Berlin, sous la responsabilité de Simmel.