2002
Savoirs et clinique
Éditorial
Savoirs et clinique. Revue de psychanalyse part du principe suivant : les praticiens de la santé mentale, qu’ils soient psychiatres, psychologues, infirmiers ou analystes, pour peu qu’ils soient prêts à écouter leurs malades, observent dans leur travail quotidien que les patients – névrosés ou psychotiques – ne leur font pas seulement part de leurs souffrances, mais leur confient aussi un savoir inédit.
Dans son livre La question de l’analyse profane, S. Freud compare ce savoir à un « métal précieux » que le psychanalyste doit extraire du « minerai » souvent ingrat des associations libres du patient. C’est grâce à ce savoir, recelé dans l’inconscient et dans le symptôme du sujet souffrant, que la recherche et la thérapie avancent dans la clinique analytique. Mais il est loin d’être évident de reconnaître et d’apprécier ce savoir qui, une fois trouvé, deviendra un facteur de guérison. En effet, il n’est pas moins sophistiqué que celui qu’on enseigne à l’université ! En plus, il se dissimule, il est chiffré. Certes, une pratique n’a pas besoin d’être éclairée pour porter des effets curatifs, mais il serait vain d’attendre d’une pratique naïve qu’elle puisse se transmettre et s’enseigner aux autres.
Pour transmettre le savoir que le patient lui a confié, le clinicien doit rester ouvert aux savoirs qui s’articulent à sa discipline, ceux de la science, des lettres et de la philosophie. Le récit de maint patient – du plus humble au plus cultivé – s’éclaire à la lumière d’une œuvre littéraire ou d’un paradoxe logique. Voilà pourquoi Freud avait réclamé une université psychanalytique – un programme que J. Lacan a pris au sérieux et soutenu. Savoirs et clinique veut y contribuer.
C’est dans un tel esprit qu’il a été prévu une organisation de chaque numéro réservant pour chacun d’entre eux un espace important au traitement d’une problématique spécifique.
Celle de l’enfant-objet, retenue dans ce premier numéro, résulte des travaux menés dans le prolongement du premier colloque de l’aleph, tenu à Lille le 18 mars 2000, et au cours duquel certaines des études que nous présentons ont fait l’objet d’une communication orale.
Plus généralement, cette publication rendra compte des recherches et des enseignements menés dans le cadre de l’association Savoirs et clinique (à Lille et à Paris). Elle s’appuiera également sur l’Association lilloise pour l’étude de la psychanalyse et de son histoire (aleph).