2003
Savoirs et clinique
Éditorial
Franz Kaltenbeck
Le terrorisme et la guerre dépassent de loin le seul domaine de la politique. Ils blessent, mutilent, tuent, laissent leurs traces sanglantes dans les corps et dans les mémoires de plusieurs générations ; ils causent effroi, peur et angoisse, cette triade que Freud avait inscrite dans son Au-delà du principe de plaisir, au lendemain de la première grande boucherie du xxe siècle.
La psychanalyse ne peut se fier à la paix qui dure désormais toujours moins longtemps. Libre à chacun de se dire pacifiste. Trouvera-t-il pourtant à son attitude des arguments aussi percutants que ceux de Freud dans son échange avec Einstein ? A-politique, comme l’a apostrophé Lacan, Freud n’a jamais craint la polémique ou la lutte pour ses idées, engageant sa parole et ses actes en faveur d’un avenir plus digne de l’humanité. Qu’on lise les Catharmes d’Empédocle, qui viennent de paraître sous le titre Les purifications. Un projet de paix universelle, édité, traduit et commenté par Jean Bollack aux éditions du Seuil ! On y apprendra à quelle hauteur s’est élevé ce philosophe, poète et médecin, cher à Freud et à Lacan, pour penser la fin de la violence humaine.
Il ne suffit donc pas de dénoncer la cruauté militariste et de se donner bonne conscience en intégrant le camp des « anti-guerre » – à l’occasion, anti-américain – si l’on veut aborder les causes et les effets du terrorisme et de la guerre avec les instruments de l’analyse. Voilà pourquoi, immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001, les responsables de cette revue ont décidé de programmer un colloque sur « Effroi, peur, angoisse ». Ils ont proposé aux participants de ce colloque d’élucider le réel de ces trois concepts à partir de leur expérience clinique ou de leur analyse d’événements traumatisants de l’histoire.
La première partie du numéro 3 reprend donc des conférences prononcées le 16 mars 2002 à l’occasion du colloque de l’Aleph, au Musée des beaux-arts de Tourcoing, où, pour la troisième fois, nous avons pu apprécier l’accueil, la sympathie et l’efficacité de Madame Évelyne Dorothée Allemand, conservateur du Musée.
La dimension du réel, clé de voûte de l’édifice théorique de Lacan, s’est imposée aux auteurs de la première partie, mais elle soustend aussi la suite, à savoir la conférence de Gérard Wajcman, prononcée à l’époque de la parution de son livre L’objet du siècle, l’analyse du film Crash par Parveen Adams, qui vient d’éditer art Sublimation or Symptom chez Karnac à Londres, ainsi que l’étude de Pierre Bruno sur Artaud. Cette dimension traverse encore, sous la forme d’une folie toujours moins masquée, l’écriture heurtée de Robert Walser, décortiquée par Lucile Charliac à partir du Brigand. Elle hante enfin le « [Non-] lieu de la mélancolie » de Frédéric Yvan.
Le cas de psychose de Pascal Lec’hvien apporte du savoir dans un champ clinique où la discorde entre le sujet et sa pulsion fait rage et où la jouissance se déchaîne.