2005
Savoirs et clinique
Comptes rendus de lecture
Le pouvoir des listes
À propos de deux ouvrage d’Élisabeth Roudinesco
Emmanuel Fleury
[*]
É. Roudinesco vient de publier une livre sur l’état de la psychothérapie et de la psychanalyse en France. Depuis le 9 août 2004, une loi réglemente l’usage du titre de psychothérapeute. Cette loi fait suite à une vive discussion entre l’état et les associations de psychanalyse au sujet des charlatans et des sectes. Ce qui a débouché sur de nouvelles divisions dans le champ de la psychanalyse. É. Roudinesco examine ces événements sous un angle historique en donnant une grande importance à l’écrit et son utilisation par l’État (par le biais des listes, des annuaires ou des archives). Son ouvrage est mis en perspective avec l’apport de M. Foucault dans Les anormaux et un précédent ouvrage d’É. Roudinesco sur L’archive.
Mots-clés :
psychanalyse, psychothérapie, État, listes, annuaires, archives, charlatans.
É. Roudinesco has just published a book proposing a survey of psychotherapy and psychoanalysis in France. Since the 9th of August 2004 a new law has placed restrictions on the use of the title of psychoanalyst. The law follows a severe debate between the State and psychoanalytical associations about quacks and sects and entails a new division within the field of psychoanalysis. É. Roudinesco has chosen to examine these events from a historical point of view focussing on written documents as they are used by the State (lists, annuals, directories). Her study is enriched by references to Foucault’s Les anormaux and a previous essay of hers, L’Archive.
Keywords :
psychoanalyst, psychotherapy, State, annuals, archives, quacks.
Élisabeth Roudinesco vient d’éditer une mise à jour de ses recherches sur les psychothérapies
[1]. Ce livre riche en références rend compte des événements récents à l’Assemblée Nationale française
[2]. Il évoque la situation de la psychanalyse dans le monde, en particulier après les réformes nationales concernant la psychothérapie, et leurs effets sur les institutions psychanalytiques. L’auteur évoque, dans ce livre riche en réflexions, ce que l’on entend par le terme de « charlatan », les sectes, l’évaluation des soins, l’expertise psychiatrique et les politiques de santé, entre autres.
Élisabeth Roudinesco a connu nombre des acteurs de la psychanalyse mondiale et elle a choisi de parler de la psychanalyse dans une approche historique. Elle est l’auteur d’une
Histoire de la psychanalyse en France, d’une histoire des concepts de Jacques Lacan
[3] et d’un ouvrage sur l’actualité de la psychanalyse avec Jacques Derrida
[4]. Elle est chargée de conférences à l’École pratique des hautes études (
iv
e section).
Avec Birnbaum
[5], nous pourrions voir, dans ce dernier ouvrage d’Élisabeth Roudinesco, une mobilisation contre bon nombre des psychanalystes qui auraient trahi la psychanalyse en « donnant » les annuaires comme l’on rend les clefs d’une ville à l’ennemi. En effet, lors de la rencontre d’une partie des associations de psychanalystes avec le ministre de la Santé, M. Jean-François Mattei, le 12 décembre 2003, les psychanalystes ont obtenu le droit d’utiliser le titre de psychothérapeute. En échange, ils offraient à l’État l’annuaire des membres de leurs associations respectives. Toutes les associations n’étaient pas représentées lors de cette réunion. Nous allons voir comment et pourquoi Élisabeth Roudinesco en arrive à dénoncer le marché de cette réunion.
Ce livre tourne autour de la notion de charlatanisme, dont l’auteur nous rappelle qu’elle est une notion récente de la culture puisque le charlatan n’est apparu que tardivement dans l’histoire
[6]. Le charlatanisme va de pair avec le développement de la médecine ; en effet il naît au moment où la médecine adopte l’expérimentation et où elle souhaite se dégager de ses racines mystiques et religieuses. À l’aube du
xix
e siècle, il existait une « volonté fanatique d’hygiéniser le corps
[7] », avec la pasteurisation, l’asepsie et la vaccination. L’organisation de la santé s’est déroulée au prix de l’exclusion des charlatans. Parallèlement, ces charlatans ont développé de nombreuses méthodes de thérapies du corps et de l’esprit. Le charlatanisme est devenu le « pendant
[8] » de la science, car il s’est développé à partir de celle-ci et en miroir. Le charlatan, c’est « l’autre de la science
[9] », celui dont la nature diffère de soi. Il constitue une « figure de l’hétérogène
[10] », soit l’ensemble hétéroclite de tout ce qui n’est pas médical et qui se donne pour vocation de guérir.
Mais Élisabeth Roudinesco ajoute que le charlatan existe aussi à l’intérieur de la science, que la médecine, en quelque sorte, a intégré ses propres charlatans. En effet, comment qualifier autrement des disciplines médicales comme l’homéopathie, la naturopathie, l’acupuncture, du point de vue de l’hygiène et de la science ? N’est-ce pas le retour de croyances sans fondement à l’intérieur même du champ médical ? L’auteur décrit une médecine impuissante à éviter le retour en son sein des charlatans, une médecine en lutte avec elle-même dans un combat infini entre exclusion et retour du charlatanisme.
Élisabeth Roudinesco a recensé deux cent neuf formes de psychothérapies
[11] et tenté une classification générale des médecines de l’âme et du corps, en annexe de son livre. Dans ce domaine, on quitte facilement la réalité, l’objectivité, selon les critères de la science, pour aborder les croyances. Certaines de ces psychothérapies évoquent « l’âme invisible
[12] », les « formes démoniaques qui gouvernent le monde »
[13] ou même l’être divin : soit la croyance dans ses formes les plus mystiques.
Depuis le développement des théories magnétiques de Messmer, puis celui de l’hypnose, jusqu’à la découverte de l’effet « placebo », la suggestion fait partie des outils de la médecine. Car les deux principes fondamentaux de la psychothérapie sont la foi du patient et la suggestion faite par le médecin
[14]. La médecine n’est donc pas, comme elle le prétend, exempte de « pensée magique
[15] » et c’est ainsi que le charlatanisme a fait son retour dans la science.
Des sectes pour combler un vide
Élisabeth Roudinesco considère que ce fond de pensée magique et de croyances de l’être humain rencontre l’offre des sectes au moment où l’humanité est en perte de contenus. Elle pense que ce sont précisément les personnes pour qui un objet de croyance fait défaut qui sont prêtes à s’inscrire dans le mouvement sectaire. Le défaut d’idéologie et le besoin de croire signent la « vacuité de l’être
[16] » que les sectes se proposent de remplir. Terrifiés à l’idée d’une « perte de soi », les êtres humains seraient naturellement poussés à s’agglomérer. Voilà le danger réel d’une secte : offrir une sorte de croyance préfabriquée qui viendrait combler un vide. Élisabeth Roudinesco souligne toutefois que ce mouvement est en régression
[17]. Par conséquent, la loi du 9 août 2004, n’est pas une variante de la lutte contre les sectes. L’objectif de cette loi est autre.
La transmission de la psychanalyse
L’auteur pousse la réflexion sur la croyance du côté de la psychanalyse. Le retour du charlatanisme étant structurel, la psychanalyse n’aurait-elle pas ses charlatans ? La réponse est claire. Si l’on considère la psychanalyse comme la discipline qui exerce l’association libre, deux maux sévissent dans ce domaine. Premièrement, elle risque l’extinction faute de transmettre son savoir. Deuxièmement, elle est menacée de dogmatisme. Ces deux écueils poussent les associations à sortir du champ de la psychanalyse.
En psychanalyse, la transmission du savoir est très particulière. Un analysant, arrivé au terme de sa propre cure, s’adresse à un analyste confirmé pour ce qu’il est convenu d’appeler un « contrôle ». L’apprenti analyste fait état des cures qu’il mène pour examiner les points essentiels de la technique psychanalytique. À cela s’ajoutent les différents séminaires et colloques auxquels participe le futur analyste.
Cette situation est issue des conditions historiques dans lesquelles est née la psychanalyse. Freud s’était fermement attaché à distinguer la psychanalyse de la médecine. Du coup, la psychanalyse s’est développée au sein des associations. Le mouvement de son développement se voulait indépendant de l’université, en particulier en France. Élisabeth Roudinesco souligne à ce sujet que la psychanalyse n’existe ni à l’École des Hautes Études, ni au Collège de France
[18]. Elle estime que sa présence à l’université, qui existe tout de même, n’est qu’indirecte. Si la psychanalyse figure quand même dans les institutions d’État, l’auteur pense qu’elle est comme « immigrée
[19] ». En effet, si des psychanalystes parviennent à des postes d’enseignants, ce ne serait pas du fait de leur état de psychanalystes, mais d’un autre titre comme celui de psychologue ou de philosophe.
Selon É. Roudinesco, l’idéal de « liberté et de rébellion
[20] » des associations de psychanalyse ne serait plus de mise à l’heure actuelle. D’où le risque majeur qui en découle pour sa transmission. Si cette discipline est maintenue confinée dans les associations, sa diffusion s’en trouve largement compromise. Par ailleurs, Élisabeth Roudinesco pense que cette situation particulière de la psychanalyse comporte un risque important de dogmatisme. « À force de se vouloir profane ou laïque, c’est-à-dire indépendante de tout pouvoir étatique, médical ou religieux, la psychanalyse est devenue cléricale, d’une part du fait de son inféodation à des associations privées et, d’autre part, professionnalisée, du fait de l’insertion de ses cliniciens dans un statut de thérapeute dépendant du Code de la Santé Publique
[21]. » La charge contre les sociétés de psychanalyse est sévère. Celles-ci auraient cessé d’être des « écoles socratiques de type profane
[22] », il s’y déroulerait une « normalisation professionnelle
[23] ».
Sur le modèle de la médecine qui tente d’exclure ses charlatans, la psychanalyse, de même, mais au niveau de ses associations, tenterait d’exclure de la loi d’autres associations qu’elle considère comme charlatanes. En effet, Élisabeth Roudinesco souligne la tendance actuelle des associations à faire appel à l’État en vue d’une reconnaissance ou d’une accréditation
[24].
Mais l’appel à l’État suppose une contrepartie : l’évaluation par l’État, évaluation qui a une histoire déjà ancienne. D’où la référence à Michel Foucault et le questionnement nécessaire de la « médecine d’État
[25] ».
Michel Foucault a su montrer en quoi le développement de l’État va de pair avec celui de la santé publique. Avec la lutte contre la peste, il avait fallu que l’État se mette à « quadriller » l’ensemble de la population. Contrairement à la lèpre qui demandait simplement d’exclure les malades des villes, il fallait mettre les pestiférés en quarantaine chez eux et non pas hors de la ville, suivre le déplacement de la maladie à la trace et donc, surtout, identifier les populations malades. C’est là-dessus que la santé publique s’est édifiée. Dans ce cadre, l’évaluation, qui marque l’exercice du pouvoir de l’État, commence par une identification : « il s’agit de l’examen perpétuel d’un champ de régularité, à l’intérieur duquel on va jauger sans arrêt chaque individu pour savoir s’il est bien conforme à la règle, à la norme de santé qui est définie
[26] ».
Or l’évaluation passe par la domination des experts dont Élisabeth Roudinesco souligne la généralisation. Depuis 1991, l’évaluation est obligatoire en France. Bernard Kouchner a créé l’
anaes (l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation de la santé) le 14 octobre 1997. Cette agence a pour tâche d’inclure l’expertise des psychothérapies
[27].
L’auteur souligne régulièrement le rôle de l’expertise. L’expert est un agent de l’État dont la mission est impossible à tenir. C’est la deuxième référence importante d’Élisabeth Roudinesco à Michel Foucault.
En effet, Michel Foucault se moquait de ces experts qui ne sont pas juristes, à qui l’on demande pourtant de répondre à des questions de droit. Dans les deux leçons du 8 janvier 1975 et du 15 janvier 1975, Michel Foucault fait une critique absolument hilarante de l’expert. C’est une sorte de « pitre
[28] » ignorant, qui est à la jonction de l’État et de la science, donc ni science, ni État et qui, par conséquent, est incompétent.
La remarque est très juste. L’évaluation n’a de cesse de constituer des conférences de consensus dans lesquelles les experts formulent leurs recommandations de bonnes pratiques médicales
[29]. Il y a fort à parier que l’expert, ou la commission experte, qui sera amené à juger de la psychanalyse, ne connaîtra rien de la psychanalyse. C’est la raison pour laquelle le rapport
inserm
[30] a tant ému. Il s’agissait d’un comité d’experts qui s’est permis une évaluation de la psychanalyse par l’extérieur.
De l’intérieur, l’évaluation ne présente pas un danger plus atténué. Le fait que des associations de psychanalyse tentent à leur tour une évaluation, ne manque pas d’inquiéter. L’évaluation devient alors le cheval de Troie de la psychanalyse : c’est ce qui se passe au sein de l’ipa. Ne semblerait-il pas que le fait même d’évaluer sorte l’expert, l’exclut ipso facto du champ de la psychanalyse ?
La forclusion de la psychanalyse
Outre l’évaluation, l’exemple des États-Unis montre que l’accréditation implique une « perte d’identité
[31] » des associations de psychanalyse. Les psychanalystes se sont unis aux psychologues pour se faire reconnaître de l’État par accréditation. Élisabeth Roudinesco rappelle d’ailleurs que le
dsm (le manuel de diagnostic standardisé écrit à l’usage de tout professionnel de la santé) a été élaboré par des psychanalystes, Stuart Kirk et Herb Kutchins. La psychanalyse américaine est devenue une forme de psychothérapie parmi les autres et non pas une « discipline à part entière, non réductible à une technique de soin
[32] ».
É. Roudinesco le souligne très justement : en appeler à l’accréditation, c’est en quelque sorte perdre son âme. La conséquence est majeure. En effet, ce qui différencie la psychanalyse de la psychothérapie disparaît, et la psychanalyse, devenant une psychothérapie parmi d’autres, devient aussi une psychothérapie comme une autre.
D’où le constat paradoxal que nous suggère le raisonnement d’Élisabeth Roudinesco. Au départ, une association de psychanalyse fait le calcul de s’en remettre à l’État dans l’objectif de se démarquer d’autres associations qu’elle considère comme charlatanes. Mais, sous le coup de l’évaluation par l’État, cette association perd sa nature psychanalytique. Elle quitte la psychanalyse. En conséquence, par rapport à ce qu’elle considérait précédemment comme une charlatanerie – une déviation conceptuelle, une modification de la pratique par exemple –, l’association évaluée par l’État devient à son tour le charlatan des associations dont elle voulait se démarquer.
Le processus n’est pas tout à fait le même que celui de la médecine. La médecine tente une exclusion directe, et ensuite ce qui est exclu fait retour à l’intérieur. L’association de psychanalyse tente une exclusion indirecte avec l’aide de l’État. En retour, cette association se voit exclue de la psychanalyse.
Le pouvoir agit par l’écrit
Accepter les annuaires, c’est donc laisser l’État contrôler l’usage des titres professionnels. Ce livre nous montre à quel point l’affaire de la liste va bien au-delà d’un
deal ponctuel entre des associations de psychanalystes et l’État. En tant qu’écrit, les listes supposent censure, dogmatisme et souveraineté. Les listes marquent une démarche qui va à l’encontre de la liberté. Elles signent une tentative de contrôle de cette liberté. Elle marquent « l’exercice du pouvoir de l’État
[33] », au niveau de la politique générale de santé publique. La particularité et l’apport d’Élisabeth Roudinesco, c’est d’en souligner l’agent. Or l’agent de cette politique, c’est l’écrit.
Car ce livre ne consiste pas seulement en une dénonciation, l’auteur ne s’étant pas contentée de nous prévenir des risques que comporte la tutelle de l’État (perte d’identité, évaluation, expertise et sortie de la psychanalyse). En tant qu’historienne, elle a un rapport particulier avec l’archive. En tant que psychanalyste, elle réserve à l’écrit une place précise. Elle avait d’ailleurs abordé naguère la question de l’archive et de son importance pour la psychanalyse, dans une conférence
[34] prononcée en 2000 à la Bibliothèque Nationale de France, en réponse à Jacques Derrida
[35]. Ce dernier avait commenté le livre de Yerushalmi sur le
Moïse de Freud. En effet, le pouvoir de l’archive augmente quand celle-ci a disparu : on prendra comme exemple la conférence de Lacan sur le stade du miroir, en 1936, à Marienbad, dont on ne retrouve pas le texte original.
Peut-on tout archiver ? Non, c’est une idée folle. Si tout est surveillé, noté, la création et l’histoire ne sont plus possibles. Dans ce cas, l’archive devient un savoir absolu. Le pouvoir de l’archive, c’est de bloquer l’interprétation, donc l’histoire. Si on se fie à ce qui est écrit, il n’y a pas de déviation possible. L’absolu de ce savoir, c’est ce blocage. Donc l’archive va à l’encontre de l’histoire.
Cela concerne l’analyse, car si l’on se réfère à la réalité, l’objectivité reste utile. Il est nécessaire au psychanalyste de pouvoir disposer d’un peu de liberté d’interprétation. Les analystes n’aimeraient-ils pas les archives ? Inversement, si l’archive est détruite, alors le moi en vient à délirer et réinventer l’histoire et cela conduit au dogmatisme.
Le dilemme des archives marque deux impossibles : le savoir absolu et la souveraineté interprétative du moi ; l’absence et l’excès d’archive ; le dogme et le délire.
Le savoir absolu n’existe pas car il est impossible de tout archiver. La souveraineté de l’interprétation n’existe pas non plus, car une interprétation qui ne se fonde pas sur un écrit ne peut prétendre à l’absolu. En ce sens, « l’archive est la condition de l’histoire
[36] » et « le culte excessif de l’archive aboutit à une comptabilité
[37] ».
L’histoire est une construction qui supplée à l’absence de traces, elle est donc pure interprétation. C’est la force de la parole et du témoignage. Dans ce cas, comme pour le criminel qui essaie d’effacer la trace de son crime et qui n’y arrive pas, la trace revient autrement. Le pouvoir de l’archive, c’est de revenir quand il n’y a pas de traces.
Il y a deux pouvoirs de l’archive : le retour des traces en l’absence d’archive et le blocage de l’interprétation et de la construction de l’histoire, en cas d’excès d’archive.
Ceux qui détiennent des archives, en particulier celles de Freud ou de Lacan, exercent une sorte de « souveraineté ». Autour d’eux, se définit un « royaume », ils ont leurs « étrangers
[38] ». Au cours de cet ouvrage, É. Roudinesco souligne le lien qui existe entre l’écrit et la censure : deux choses qui agissent contre la vérité, qui définissent le champ d’un pouvoir pour celui qui en dispose, et qui conduisent au dogmatisme.
Avec ce premier commentaire sur l’archive, Élisabeth Roudinesco nous a donné les clefs qui mettent en relief son livre sur la psychothérapie. Il est très utile de lire ce dernier livre avec le précédent sous les yeux. Si une liste n’est pas une archive, il y a pourtant un lien entre les deux : le pouvoir, la censure, la souveraineté. Seul l’auteur pouvait établir ce lien entre la visée du pouvoir (définir la psychothérapie) et l’utilisation de l’écrit comme l’agent de son exercice (par le titre, l’annuaire et l’évaluation).
[*]
Emmanuel Fleury, psychanalyste et psychiatre à Lille.
[1]
É. Roudinesco,
Le patient, le thérapeute et l’État, Paris, Fayard, 2004.
[2]
Il s’agit du vote de l’article 52, chapitre 2, titre 4, de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique précisant les conditions d’usage du titre de psychothérapeute.
[3]
É. Roudinesco,
Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée (1993), Paris, Fayard, 1993, et
Histoire de la psychanalyse en France, 2 volumes, Paris, Fayard, 1994.
[4]
J. Derrida, É. Roudinesco,
De quoi demain… Dialogue, 2001.
[5]
J. Birnbaum, « Élisabeth Roudinesco pourfend les
donneurs d’annuaires »,
Le Monde, édition du 9 juillet 2004.
[6]
Le patient, le thérapeute et l’État, p. 23. Le mot signifie « habitant de Cerreto », un village italien situé près de Spolète dont les habitants vendaient des drogues sur les marchés.
[7]
Ibid., p. 31.
[8]
Ibid., p. 26.
[9]
Ibid., p. 24.
[26]
M. Foucault,
Les anormaux, cours au Collège de France, 1974-1975, Paris, Hautes Études, Gallimard/Seuil, 1999, p. 43.
[27]
É. Roudinesco,
ibid., p. 108.
[28]
M. Foucault,
ibid., p. 34.
[29]
Par exemple, dans la 4
e Conférence de consensus de la Fédération Française de Psychiatrie, qui s’est tenue les 19 et 20 octobre 2000, les experts recommandent à l’entourage du suicidaire d’essayer « d’établir un lien et une relation de confiance en adoptant une attitude de bienveillance, d’écoute, de dialogue et d’alliance qui favorisera le recours aux réseaux d’aide et au soin ». Les conférences de consensus peuvent être consultées sur le site : « psydoc-france ».
[30]
Le 26 février 2004, William Deb, directeur général de la santé et seize chercheurs de l’
inserm (Institut national supérieur d’études et de recherche médicales) ont rendu public une « expertise collective » sur l’efficacité des psychothérapies. Les résultats de cette étude sont très controversés. L’un des experts, Jean-Michel Thurin, psychiatre, a désavoué le travail auquel il a pourtant participé (le 28 février 2004 sur le net ; sa déclaration est consultable sur le site Œdipe).
[31]
É. Roudinesco,
ibid., p. 152.
[34]
É. Roudinesco,
L’archive, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2001.
[35]
J. Derrida,
Mal d’archive, 1995.
[36]
L’archive, p. 10.