Une approche théorique de la production du mouvement : du modèle lambda au concept de « Configuration de Référence Productrice d’Actions ».
Francis G. Lestienne
Anatol G. Feldman
Dans cet article nous proposons un certain nombre d’arguments permettant de
répondre à la question fondamentale : comment le système nerveux contrôle-t-il un
système complexe constitué d’un grand nombre de muscles et d’articulations ?
Nous pensons qu’il est essentiel d’examiner les problèmes liés au contrôle moteur à
partir d’un cadre théorique conciliable avec les données de la physiologie. En effet,
le nombre de théories utilisables se réduit considérablement si on considère leur
incapacité à résoudre le problème classique et paradoxal de la relation entre posture
et mouvement. En d’autres termes, une théorie devrait pouvoir expliquer la
raison pour laquelle les mécanismes permettant la stabilisation posturale n’offre
aucune résistance aux puissants mécanismes mis en jeu dans la stabilisation posturale
quand volontairement nous nous éloignons de la posture initiale. Nous illustrerons
une solution empirique établie sur des bases physiologiques sous-jacentes
au modèle λ.
En nous appuyant sur ce modèle, nous introduirons le concept de « Configuration de
Référence Productrice d’Action » en explorant les mécanismes de contrôle de l’activité
plurimusculaire en nous appuyant sur la notion de configuration de référence corporelle.
Ce concept, directement lié à l’approche dynamique du problème de la
redondance des effecteurs musculaires et des articulations, sera testé expérimentalement
par l’analyse de l’activité EMG plurimusculaire pour différents types d’activités
motrices mettant en jeu, chez le singe, le mouvement céphalique et chez
l’homme les mouvements d’élévation et d’abaissement du corps ainsi que les mouvements
de la jambe chez la danseuse de ballet.
Mots-clés :
Contrôle moteur, Cadre de références spatiales,, Activité plurimusculaire, Hypothèse du point d’équilibre, Modèle lambda, Degrés de liberté, Configuration de référence productrice d’actions, Danse.
In this paper, we outline some possible answers to the fundamental question of
how the nervous system controls multiple joints and muscles.
We think it is essential to address motor control problems within a physiologically
feasible theoretical framework. Indeed the number of useful theories is sharply
reduced if we consider their capacity to solve the classical and paradoxical problem
regarding the relationship between posture and movement In other words, a
theory should explain why there is no resistance of strong posture-stabilizing
mechanisms when we intentionally move away from an initial posture. We will
illustrate an empirically well-founded solution to this problem, a solution that
underlies the λ model for motor control.
From the theoretical framework of the λ model, we will introduce the concept of «
action-producing frames of reference » by exploring the multi-muscle control based
on the notion of the referent body configuration. This concept, directly related to
the dynamical approach to the problems of muscle and joint redundancy, have
been tested experimentally, by analyzing the EMG activity of multiple muscles
during head movements in monkeys, leg movements in ballet dancers and sit-tostand-
to-sit movements in humans.
Keywords :
Motor control, Spatial frame of reference, Plurimuscular activity, Equilibrium point hypothesis, λ model, Degrees of freedom, Action-producing frames of reference, dance.
• Avant-propos
• Introduction
• Recrutement spatio-temporel
des patrons d’activité musculaire
et spécificité de la tâche.
• Réflexes et générateurs centraux
de programmes
• « Commande de force » :variable
de contrôle ou variable d’état ?
— La métaphore du martien et de la voiture
— Intégration sensori-motrice
et schéma corporel
— Configuration de Référence Productrice d’Actions :
prédiction et tests expérimentaux
• Conclusions
• Bibliographie