2002
Science et motricité
Modifications neuromusculaires et cardio-respiratoires induites par un exercice cycliste de longue durée
Ludovic Rochette
[*]
Romuald Lepers
[*]
Julien Brugniaux
[*]
Nicola A. Maffiuletti
[*]
Guillaume . Millet
[*]
L’objet de cette étude était d’analyser les modifications cardio-respiratoires et neuromusculaires
induites par un exercice de longue durée en cyclisme. Neuf sujets,
entraînés en endurance, ont réalisé un exercice de 5 h sur ergocycle à une intensité
correspondant à 55% de leur puissance maximale aérobie. La consommation d’oxygène,
le débit ventilatoire et la fréquence cardiaque ont augmenté respectivement
de 15,5 + 4,9 % (P < 0,01), 17,9 + 6,6 % (P < 0,01) et 11,3 + 5,4 % (P < 0,01) au cours
des 5 h d’exercice alors que la cadence spontanée de pédalage diminuait significativement
(P < 0,05) de 10 révolutions par minute (rpm). Les moments musculaires
maximaux mesurés sur ergomètre isocinétique lors des contractions concentriques
à 120Ëš.s-1 et 240Ëš.s-1 ont chuté respectivement de 8,5 + 0,8 % (P < 0,01) et 9,3 + 1 %
(P < 0,05) après l’exercice. Cette perte de force était accompagnée d’une diminution
significative de l’activité électromyographique des muscles vastus lateralis
(P < 0,01) et vastus medialis (P < 0,05). Les propriétés contractiles des muscles
extenseurs du genou ont été étudiées en analysant la réponse mécanique à un train
de 6 stimulations à 100 Hz évoquées au niveau du nerf fémoral. Le pic de moment
musculaire évoqué, le temps de contraction, la vitesse maximale de montée en force
et la vitesse maximale de relaxation ont chuté respectivement de 12 + 13 %
(P < 0,05), 13 + 14 % (P < 0,05), 22 + 12 % (P < 0,01) et 24 + 13 % (P < 0,05) consécutivement
à l’exercice de 5 h. Les résultats obtenus suggèrent que parallèlement aux
modifications cardio-respiratoires, la réduction de la capacité de production de
force induite par un exercice de pédalage de longue durée est due à des facteurs
nerveux et contractiles.
Mots-clés :
Fatigue, Consommation d’oxygène, Force maximale volontaire, Isocinétisme, EMG, Électroneurostimulation.
The effects of prolonged cycling on cardiovascular and neuromuscular parameters
were studied in 9 endurance-trained subjects during a 5 h exercise sustained at 55
% of the maximal aerobic power. Oxygen uptake, minute ventilation, and heart rate
significantly increased (P < 0.01) throughout the 5 h cycling exercise, by 15.5 ( 4.9 %, 17.9 ( 6.6 %, and 11.3 ( 5.4 %, respectively whereas pedaling rate significantly (P
< 0,05) decreased by 10 rates per minute (rpm). Maximal voluntary concentric
contractions (120Ëš.s-1 and 240Ëš.s-1) of the knee extensors muscles decreased respectively by 8.5 + 0.8 % (P < 0.01) and 9.3 +1 % (P < 0.05) following the 5 h exercise. This
decrease in strength was associated with a significant reduction in electromyographic activity of the vastus lateralis (P < 0,01) and vastus medialis (P < 0,05) muscles.
Contractile properties of the quadriceps muscle were studied using a train of evoked stimulations on femoral nerve. The results indicated that maximal tension,
contraction time, maximal rate of twitch tension development and relaxation were
significantly reduced post-exercise by 12 + 13 % (P < 0,05), 13 + 14 % (P < 0,05), 22 +
12 % (P < 0,01) et 24 + 13 % (P < 0,05). The results suggest that in addition to physiological changes, the reduction in leg muscular force induced by a long duration
cycling exercise resulted from nervous and contractile alterations. Keywords :
Fatigue, Oxygen uptake, Muscular torque, Isokinetic, EMG, Electrical neurostimulation.
Les altérations systémiques et neuromusculaires au cours d’exercices d’une
durée inférieure ou égale à 3 heures ont déjà fait l’objet de nombreux travaux
(Nicol et coll.1991; Sahlin and Seger, 1995, Booth et coll., 1997, Hausswirth et
coll. 1997; Lepers et coll., 2000a; Lepers et coll., 2000b; Hausswirth et coll.,
2001; Kay et coll., 2001). En cyclisme, les « classiques » d’un jour ou encore la
partie cycliste des triathlons longues distances sont des épreuves d’une durée
supérieure à 3 heures. A ces efforts de longue durée correspondent des
contraintes physiologiques et musculaires spécifiques. Or, les données physiologiques concernant ce type d’épreuve sont plus limitées. Les quelques études
relatives aux efforts de très longue durée en cyclisme concernent essentiellement les effets de l’ingestion de différents substrats énergétiques glucidiques
et/ou lipidiques sur la performance (ex. Coyle et coll., 1986; Burke et coll. ,
2000). Ainsi, Coyle et coll. (1986) ont pu établir qu’un supplément en glucides
durant un exercice réalisé à 71 % de O2max permettait à des cyclistes entraînés
de maintenir leur effort pendant 4 heures alors que l’ingestion d’un placebo
limitait la durée d’effort à 3 heures.
Les modifications cardio-respiratoires durant un effort de cyclisme de
très longue durée ont déjà été étudiées par O’Toole et coll. (1987). Ces auteurs
ont analysé l’évolution des paramètres cardio-respiratoires durant une
épreuve de 5 heures de cyclisme enchaînée avec 3 heures de course à pied.
Alors que le débit cardiaque, le débit ventilatoire, la consommation d’oxygène
ainsi que la fréquence cardiaque augmentaient significativement (P < 0,05)
durant les 5 heures de cyclisme chez les sujets féminins, aucune modification
significative de ces paramètres n’a pu être établie chez les sujets masculins.
Laursen et coll. (2001) n’ont observé qu’une légère augmentation de la fréquence cardiaque ( 8 %) au décours d’un exercice de cyclisme de 5 h précédant un test progressif de course à pied. Pourtant, lors d’exercices de longues
durées réalisés à une intensité modérée (< seuil d’accumulation d’acide lactique), une dérive des paramètres cardio-respiratoires (fréquence cardiaque,
débit ventilatoire, O2) est généralement observée alors que l’intensité de l’exercice reste constante (Hausswirth et coll., 2001; Lepers et coll., 2000b). Dans ce
contexte, le but premier de cette étude a été de vérifier la relative stabilité des
paramètres cardio-respiratoires au cours d’un exercice pédalage de longue
durée (5 heures) comme cela a été établi précédemment par O’Toole et coll.
(1987) et Laursen et coll. (2001).
Au cours d’épreuves cyclistes de longue durée, les muscles impliqués
dans le pédalage, en particulier les extenseurs du genou, sont fortement sollicités, et laissent supposer une altération de leurs propriétés neuromusculaires.
En modélisant une épreuve cycliste de 100 km réalisée en laboratoire en 148
minutes, St Clair et Gibson (2001) ont, par exemple, pu observer que l’activité
électrique des muscles extenseurs du genou diminuait parallèlement avec la
puissance développée lors de sprints de 1 km réalisés à intervalles réguliers
durant l’épreuve. L’hypothèse d’une altération de la commande nerveuse centrale a été proposée pour expliquer cette diminution de puissance. Lepers et
coll. (2000b) ont également étudié les effets d’un exercice de pédalage de 2
heures effectué à une intensité correspondante à 65 % de la puissance maximale aérobie (PMA) sur les paramètres neuromusculaires du muscle quadriceps. Les résultats ont mis en évidence une diminution de la capacité de production de force des muscles extenseurs du genou à la fin de l’exercice. Les
modifications des caractéristiques du potentiel d’action musculaire global évoqué (onde M) au niveau de ces muscles, et les changements des propriétés
contractiles étudiées à partir de secousses musculaires induites par neurostimulation, montrent que les altérations neuromusculaires consécutives à un
exercice de pédalage de 2 heures ont des origines périphériques et centrales.
Le second but de cette expérimentation était donc d’analyser les effets d’un
exercice de cyclisme de longue durée (5 heures) sur les propriétés neuromusculaires des muscles extenseurs du genou.
Sujets
Neuf sujets masculins, triathlètes ou cyclistes, entraînés en endurance et participant régulièrement à des épreuves cyclistes de longue durée ont pris part à
cette étude. Tous ont été préalablement informés de la nature de l’expérimentation et des risques éventuels liés à celle-ci. Le protocole a reçu l’accord du
comité d’éthique local. Durant les 2 mois précédents l’expérimentation, l’entraînement moyen des sujets était environ de 200 + 50 km par semaine. Les
caractéristiques des sujets étaient les suivantes : âge : 28 + 3 ans ; masse : 72 + 6
kg, taille : 180 + 6 cm. Leur PMA et leur consommation maximale d’oxygène
étaient égales respectivement à 381 + 37 W et 64,1 + 3,5 mL.kg-1.min-1.
Recueil et analyse des données
Moment musculaire
Les mesures de moments musculaires au niveau des extenseurs du genou ont
été réalisées sur un ergomètre isocinétique (Biodex Shirley Corporation, NY,
USA). Les sujets étaient placés en position assise, maintenus par deux sangles
au niveau du torse et de l’abdomen. L’axe de rotation du genou était aligné
avec celui du dynamomètre. Lors des contractions maximales volontaires
(CMV) en mode concentrique, les sujets devaient réaliser une extension de la
jambe droite en développant le niveau de force le plus important possible.
Propriétés contractiles
Les propriétés contractiles du muscle quadriceps ont été étudiées en mesurant
la réponse mécanique induite par un train de stimulations électriques du nerf
fémoral. Les sujets étant installés sur l’ergomètre dans la position précitée
(flexion du genou à 90 degrés). La réponse mécanique isométrique engendrée
par le train de stimulations était mesurée sur l’ergomètre isocinétique.
L’électroneurostimulation percutanée était réalisée à l’aide d’un stimulateur
électronique à courant constant (modèle DS7, Digimeter Stimulator,
Hertfordshire, England) délivrant des impulsions rectangulaires d’une durée
de 1 ms, à une tension maximale de 400 V. Le nerf fémoral a été stimulé à
l’aide d’une cathode monopolaire placée au niveau de l’arcade crurale.
L’anode consistait en une électrode rectangulaire (Medicompex SA, Ecublens
Switzerland) de 50 cm2 placée à l’opposée de l’anode au niveau du trochanter,
sous le grand fessier. L’intensité de stimulation variait selon les sujets, de 20
mAà 120 mA. Un incrément de 10 mAa été utilisé pour rechercher l’intensité
optimale de stimulation. Cette valeur correspondait à l’intensité du courant à
partir de laquelle l’amplitude de la réponse mécanique suite à une stimulation
n’augmentait plus (recrutement spatial de toutes les unités motrices). Une fois
l’intensité de stimulation optimale déterminée, un train de 6 stimulations délivré à une fréquence de 100 Hz était appliqué. A partir de la réponse mécanique obtenue, le moment maximal (Po), le temps d’atteinte du moment maximal ou temps de contraction (CT), et les vitesses maximales de montée en
force (RD) et de relaxation (RR) ont été mesurés.
Electromyographie
L’enregistrement de l’activité électrique (EMG) des muscles vastus lateralis
(VL) et vastus medialis (VM) a été réalisé à l’aide de deux paires d’électrodes
de surface placées sur la cuisse droite. L’impédance de la peau au niveau de
l’emplacement des électrodes a été réduite (Z < 5 k() par légère abrasion. Ces
deux paires d’électrodes ont été placées au niveau des points moteurs des
muscles VLet VM. La distance inter-électrodes était de 16 mm. L’électrode de
référence a été placée sur le poignet droit des sujets. Le signal EMG était
amplifié et filtré en utilisant une bande passante de fréquences [1,5 à 500 Hz]
(Common Mode Rejection Ratio, CMMR=90dB ; Z input = 100 M(; gain =
1000). L’activité EMG enregistrée au niveau des muscles VL et VM lors des
CMV concentriques était stockée sur disque informatique et analysée à posteriori. L’EMG a été quantifié par la méthode de la « Root Mean Square » (RMS)
définit par la formule mathématique suivante :
La RMS était calculée sur une plage angulaire de 30° (entre 120° et 150°)
lors des CMV concentriques (180°= extension complète).
Ergocycle
L’expérimentation a été réalisée sur un ergocycle électromagnétique (type
Excalibur, Lode, Groningen, Nederlands) permettant de fixer un niveau de
puissance quelle que soit la cadence de pédalage adoptée par le sujet. Les
positions de la selle et du guidon étaient ajustables horizontalement et verticalement de manière à reproduire la position qu’adoptaient les sujets sur leur
« vélo » personnel. L’ergocycle était équipé de pédales automatiques permettant aux sujets d’utiliser des chaussures de cyclisme.
Protocole
Test progressif maximal
Quelques jours avant l’expérimentation (au minimum 5), les sujets devaient
réaliser un test maximal triangulaire sur ergocycle afin de déterminer leur
consommation maximale d’oxygène (O2max) ainsi que leur puissance maximale
aérobie (PMA) (Lepers et coll., 2000b). Ce test commençait par un échauffement de 10 min à 150 watts ; la puissance était ensuite augmentée toutes les 2
min de 25 watts jusqu’à ce que le sujet ne puisse plus maintenir le niveau de
puissance. Le dernier palier de 2 minutes réalisé entièrement était défini
comme étant le palier correspondant à la PMAdu sujet. Trente minutes après
ce test, les sujets se sont familiarisés avec la méthode d’électroneurostimulation et de mesure de force sur l’ergomètre isocinétique.
Test sous-maximal à puissance constante
Les sujets devaient soutenir une intensité correspondante à 55% de PMApendant 300 min (hormis les 10 minutes d’échauffement) à une cadence de pédalage libre. La puissance développée était donc constante tout au long des 5
heures. Afin de compenser les pertes sudorales et fournir un apport énergétique exogène, les sujets devaient ingérer 1 litre par heure, d’une boisson
contenant 6 % de glucose. Les sujets ont été pesés avant et après l’expérimentation. La fréquence cardiaque (FC) ainsi que la fréquence de pédalage spontanée (CAD) étaient mesurées en continue. Les gaz expirés étaient collectés par
la méthode des sacs de Douglas au début de l’exercice (après 20 minutes) à la
fin de chaque heure (entre les 58ème et 60ème minutes). Le volume des sacs de
Douglas était mesuré à l’aide d’une cloche de Tissot ; les fractions en oxygène
et dioxyde de carbone étaient déterminées grâce à deux analyseurs de gaz
(type Oxygen Analyser Model 17518A et CO2 analyser Model 17515A,
VacuMed, Ventura CA, Etats-Unis). La consommation d’oxygène (O2), le débit
ventilatoire (E) et le quotient respiratoire (QR) ont ainsi pu être déterminés. La
perception d’effort au cours de l’exercice a été évalué à partir de l’échelle de
Borg (Borg, 1970). Les mesures des paramètres neuromusculaires ont été réalisées avant, immédiatement après exercice, et après 30 minutes de récupération
passive.
Paramètres neuromusculaires
Pour chacun des sujets, la session de test était précédée d’un échauffement
standardisé, composé de 10 minutes de pédalage à une intensité correspondante à 33 % de PMA, puis de quelques contractions concentriques sous maximales. Le train de stimulation électrique était ensuite appliqué au repos, afin
d’étudier la réponse mécanique engendrée. Les sujets devaient ensuite réaliser
dans un ordre aléatoire trois contractions maximales concentriques à 2 vitesses
angulaires différentes (120 et 240°.s-1). Durant ces CMV, les sujets étaient
encouragés verbalement et 20 secondes de repos séparaient chaque contraction. Pour le traitement statistique, seule la plus grande valeur de moment
musculaire des 3 contractions maximales était retenue. Les CMV ont été effectuées avant, immédiatement après les 5 h de cyclisme et après 30 minutes de
récupération. La neurostimulation étant une technique parfois douloureuse
pour certains sujets, la réponse musculaire au train de stimulations n’a été étudiée qu’avant et immédiatement après les 5 h d’exercice.
Analyse statistique
Les données physiologiques (O2, E, FC, QR) et la cadence de pédalage ont fait
l’objet d’un test statistique de type ANOVA à un facteur. Lorsqu’un effet
« temps » était établi, un test post-hoc de Tukey a été réalisé. Les différences
significatives concernant les paramètres de la réponse mécanique (CT, Po, RD,
RR) enregistrés avant et après l’exercice étaient déterminées en utilisant un
test t de Student. Pour les mesures de moments musculaires, un test t de
Student a été effectué entre les mesures réalisées avant et après exercice, ainsi
qu’entre les mesures réalisées avant et trente minutes après l’exercice. Le seuil
de significativité a été fixé à P<0,05.
Résultats
Paramètres cardio-respiratoires et métaboliques
L’analyse de variance a révélé un effet significatif de la durée de l’exercice
(P< 0,01) sur les paramètres O2, E, FC et QR (Figure 1). Entre le début et la fin
de l’exercice, la O2, le E et la FC ont augmenté respectivement de 15,5 ( 4,9 %,
17,9 ( 6,6 %, et 11,3 ( 5,4 %, alors que le QR a diminué de 0,86 ( 0,07 à 0,79 (
0,07. Bien que l’intensité de l’effort soit restée constante, la cadence spontanée
de pédalage a diminué significativement (P < 0,05) au décours des 5 h de
pédalage, passant de 80 ( 7 à 70 ( 11 rpm (-16 %). Il est également important de
préciser que la perte de masse corporelle moyenne des sujets au cours de
l’exercice correspondait à 1,0 + 1,1 % de leur valeur initiale (perte non significative) indiquent que la déshydratation durant la session de cyclisme a été
mineure.
Moment musculaire et activité EMG
Les moments musculaires maximaux obtenus lors des contractions concentriques à 120°.s-1 et 240°.s-1 ont chuté respectivement de 8,5 + 0,86 % (P < 0,01)
et 9,3 + 1,05 % (P < 0,01) après l’exercice de 5 h de pédalage (Figure 2). Par
comparaison avec les valeurs initiales , Les moments sont restées significativement plus faibles (P < 0,05) après les 30 minutes de récupération, à 120°.s-1
(-4 %) et 240°.s-1 (-5 %). La chute de moment musculaire observée après l’exercice à 120°.s-1 était associée à une diminution significative de la RMS du
muscle VL (-17 %, P < 0,01) et du muscle VM (-15 %, P < 0,05). La RMS du
muscle VLest restée significativement plus faible après les 30 minutes de récupération (-14 %, P < 0,05). Lors des contractions maximales à 240°.s-1, les
valeurs de la RMS des muscles VLet VM ont diminué significativement après
l’exercice (-16 %, P < 0,05 pour VL; -14 %, P < 0,05 pour VM). Pour le muscle
VM, la diminution n’était plus significative après les 30 minutes de récupération.
Propriétés contractiles
Les paramètres contractiles du muscle quadriceps ont été significativement
altérés après les 5 h de pédalage. Un exemple de réponses mécaniques
induites par un train de six stimulations électriques délivré à une fréquence de
100Hz avant et après exercice est présenté figure 3. Le moment maximal (Po),
le temps de contraction (CT), la vitesse maximale de montée en force (RD)
ainsi que la vitesse maximale de relaxation (RR) mesurés sur la réponse mécanique ont chuté respectivement de 12 + 13 % (P< 0,05), 13 + 14 % (P< 0,05), 22
+ 12 % (P< 0,01) et 24 + 13 % (P< 0,05), (figure 4).
FIGURE 1
Evolution de la consommation d’oxygène (O2), du débit ventilatoire (E), de la fréquence cardiaque (FC),
FIGURE 2
Moment musculaire maximal (MT) et activité électromyographique (RMS) correspondantes des muscles
FIGURE 3
Exemple représentatif de réponse mécanique du muscle quadriceps induite par un train de stimulations
FIGURE 4
Temps de contraction (CT), moment maximale (Po), vitesse maximale de contraction (RD) et vitesse
Discussion
L’objet de cette expérimentation était d’étudier les modifications physiologiques (cardio-respiratoires et neuromusculaires) induites par un exercice de
pédalage de 5 h réalisé à 55% de PMA. Les principaux résultats de cette étude
sont (i) une augmentation significative au décours de l’exercice, de la fréquence cardiaque, de la consommation d’oxygène et du débit ventilatoire, et
une diminution du QR, (ii) une diminution significative à la fin de l’exercice
de la force maximale volontaire concentrique des muscles extenseurs du
genou, associée à une diminution de l’activité électrique (RMS) au niveau du
muscle quadriceps et à une altération de ses propriétés contractiles.
Paramètres métaboliques
Malgré le maintien d’une puissance constante tout au long de l’exercice (55 % de
la PMA), la O2 a augmenté progressivement de 15,5 % au cours des 5 heures.
Par comparaison, Lepers et coll. (2000b) ont rapporté une augmentation de 10
% de la O2 au cours d’une session de pédalage de 2 heures réalisée à 65 % de
PMA. Une augmentation du coût énergétique avec la durée de l’exercice a
déjà été observée pour des exercices prolongés d’une durée inférieure à 3
heures tels que la course à pied, le cyclisme ou encore le triathlon (Lepers et
coll. 2000b, Hausswirth et coll. 2001). Anotre connaissance, seules deux études
concernent des exercices de type cycliste avoisinant les 5 heures (O’Toole et
coll., 1987, Laursen et coll. 2001). O’Toole et coll., (1987) ont étudié l’évolution
de la O2, du débit ventilatoire, de la fréquence cardiaque ainsi que du débit
cardiaque durant une session de cyclisme de 5 heures enchaînée avec une
épreuve de course à pied. Contrairement à notre étude aucune modification
significative de ces paramètres n’a été observée chez les sujets masculins
durant l’exercice. La faible intensité (163 watts) à laquelle a été réalisé l’exercice cycliste dans l’étude de O’Toole et coll. (1987) peut expliquer l’absence de
changements significatifs des paramètres étudiés. Laursen et coll. (2001) ont
observé une légère augmentation de la fréquence cardiaque (8 %) au décours
d’un exercice cycliste de 5 heures précédant un test progressif de course à
pied. Cependant dans cette étude la consommation d’oxygène n’était pas
mesurée. Cette augmentation de la fréquence cardiaque est légèrement inférieure à celle mesurée dans notre cas (11,3 %). Cette différence peut s’expliquer
par l’intensité de l’exercice légèrement supérieure dans notre étude (203 vs 188
Watts). De plus, la perception de l’effort quantifiée par une échelle de Borg
(Borg, 1970) en fin d’exercice était aussi supérieure dans la présente étude en
comparaison de celle de Laursen et coll. (2001) (19/20 vs 15/20), ce qui
atteste un état de fatigue subjective plus important. Millet et coll. (2000) ont
montré qu’un ultra marathon de 65 km n’avait pas d’incidence sur le coût
énergétique de la course à pied, mais accroissait de 24 % le coût énergétique
au cours d’un exercice de pédalage. Ces auteurs ont alors suggéré que les coureurs à pied pourraient modifier leur patron moteur afin de diminuer spécifiquement le coût énergétique de la course à pied.
Différents facteurs peuvent être à l’origine de l’augmentation progressive
du coût énergétique observé pendant les 5 heures de pédalage. Tout d’abord,
une augmentation significative de 17,9 % du débit ventilatoire implique des
besoins en oxygène des muscles respiratoires plus importants. Un simple calcul utilisant l’équation établie par Coast et coll. (1993) montre que cette augmentation justifie seulement 7 % de l’élévation du coût énergétique. D’autre
part, une diminution significative du quotient respiratoire, témoin d’une augmentation du métabolisme lipidique induite par une déplétion des réserves
musculaires en glycogène, peut également expliquer en partie l’augmentation
de la consommation en oxygène durant les 5 heures de pédalage (Brooks,
1998). Cependant, puisque la O2 a augmenté de 15,5 %, la thermorégulation, les
modifications du débit ventilatoire et du quotient respiratoire ne peuvent pas, à
elles seules, expliquer entièrement l’augmentation du coût énergétique. Par
conséquent, nous pouvons émettre l’hypothèse que des altérations du fonctionnement neuromusculaire entraînant une diminution du rendement musculaire,
peuvent en partie expliquer l’augmentation du coût énergétique avec la fatigue.
Facteurs nerveux et contractiles de la fatigue musculaire
La diminution de moment maximal au niveau des muscles extenseurs du
genou à la fin de l’exercice permet d’objectiver un état de fatigue musculaire
consécutif à l’exercice de 5 h de pédalage. Le type de contraction des muscles
quadriceps impliqués dans le geste de pédalage étant principalement concentrique, des mesures de CMV concentriques semblent être plus adaptées que
des mesures isométriques ou excentriques pour rendre compte plus spécifiquement d’une altération des capacités fonctionnelles. Les résultats montrent
respectivement des diminutions de 8,5 et 9,3 % de la force à 120°.s-1 et 240°.s-1. La diminution de CMV concentrique du muscle quadriceps observée au
cours de cette étude est similaire à celle déjà constatée pour des exercices
cyclistes d’une durée plus courte (Lepers et coll., 2000a ; Lepers et coll., 2001 ;
Bentley et coll., 1998,2000). Lepers et coll., (2001) ont, par exemple, observé
qu’un exercice cycliste de 30 minutes, effectué à une intensité correspondante
à 80 % de PMA induisait, une réduction significative de 8 % de la CMV à
120°.s-1 mais n’avait pas d’effet significatif sur la CMV à 240°.s-1. Cependant,
les mêmes auteurs ont montré qu’un exercice cycliste de 2 heures réalisé à une
intensité correspondante à 65 % de PMAentraînait des diminutions significatives des CMV à 120 et 240°.s-1 (respectivement-15 et-11 %) (Lepers et coll.,
2000b). Au vue de ces résultats, il semble que, contrairement à la course à pied
(Millet et coll., sous presse), la diminution de la capacité de production de
force consécutive à un exercice cycliste de 5 heures, ne soit pas supérieure à
celle observée lors d’exercice de 2 heures. Les moindres dommages musculaires occasionnés par le pédalage pourraient expliquer cette différence avec la
course à pied.
Au cours de l’exercice de pédalage de 5 h, nous avons observé une diminution de la fréquence spontanée de pédalage (-10 rpm) à puissance d’exercice
constante. Des résultats semblables ont déjà été établis lors d’exercices de plus
courte durée (Lepers et coll., 2000b ; Vercruyssen et coll., 2001). Ainsi, Lepers et
coll., (2000b) ont observé une diminution de 18 rpm durant un exercice
cycliste de 2 h réalisé à une intensité correspondante à 65 % de PMA. La diminution de la fréquence de pédalage pour une même puissance développée
implique une augmentation du couple de force exercé à chaque coup de
pédale. Sous l’effet de la fatigue, les sujets semblent donc privilégier une stratégie nécessitant des tensions musculaires élevées plutôt qu’une vélocité plus
grande. Des modifications des propriétés contractiles, du type d’unités
motrices recrutées et/ou du patron moteur avec la fatigue pourraient expliquer ce phénomène (Lepers et coll., 2000b ; Vercruyssen et coll., 2001).
Cependant, des études complémentaires sont nécessaires pour expliquer la
chute de la cadence spontanée sous l’effet de la fatigue.
La diminution de la capacité de production de force musculaire maximale, mise en exergue par la diminution des CMV à la fin des 5 h de cyclisme,
peut être due à des facteurs centraux associés à une modification de la commande nerveuse et/ou à des facteurs périphériques en relation avec les propriétés contractiles du muscle.
Les mesures de l’activité EMG des muscles VL et VM, associées aux
mesures de moments musculaires, ont montré que les réductions des CMV à
120 et 240°.s-1 étaient associées à des diminutions de la RMS. Nos résultats corroborent les travaux de Bentley et coll. (2000) mettant en évidence, lors de
contractions isométriques maximales, des diminutions de l’EMG intégré
(iEMG) des muscles VL et VM, respectivement de 12 et 22 % à la suite d’un
exercice de cyclisme de 30 min effectué à 80 % de O2max; l’iEMG étant une
autre méthode de quantification du signal EMG se basant sur la mesure de la
surface du signal redressé. Lepers et coll. (2000b) ont également montré qu’un
exercice de 2 heures de pédalage réalisé à 65 % de PMA induit des diminutions significatives de la RMS des muscles VL et VM lors de contractions
dynamiques réalisées post exercice. Depuis les travaux de Bigland-Ritchie
(1981), il est communément admis que l’EMG de surface, quantifié dans notre
étude par la RMS, reflète le degré d’activité nerveuse (recrutement spatial et
temporel des unités motrices). Les résultats obtenus nous amènent donc à
penser que la perte de force induite par l’exercice cycliste pourrait, en partie,
avoir une origine nerveuse. Cette réduction de la commande motrice peut survenir en amont et/ou en aval de la jonction neuromusculaire. Cependant, la
seule analyse de la RMS globale, sans information sur les modifications de
l’activité électrique intrinsèque du muscle (onde M), ne permet pas de différencier la part des facteurs nerveux centraux et périphériques dans la baisse
de RMS. En effet, des modifications de l’excitabilité musculaire (onde M) sont
parfois observées au niveau du muscle quadriceps après un exercice de
cyclisme (Arnaud et coll., 1997 ; Lepers et coll., 2000b).
Les propriétés contractiles du muscle quadriceps ont été étudiées en analysant la réponse mécanique induite par à un train de stimulations électriques
appliqué sur le nerf fémoral. L’analyse de la réponse musculaire en réponse à
un train de stimulus plutôt qu’à une stimulation unique (secousse musculaire)
permet de s’affranchir des phénomènes de potentiation de la secousse mis en
évidence récemment lors d’un exercice de longue durée (Millet et coll., sous
presse), et rend compte de manière plus fidèle des capacités contractiles tétaniques (maximales) du muscle. Les résultats obtenus dans la présente étude
semblent être en accord avec ceux déjà établis dans des études précédentes
portant sur des exercices de cyclisme plus courts (Booth et coll., 1997; Lepers
et coll., 2000b). La chute de 12 % du pic de moment musculaire évoqué (Po)
observée à l’issue des 5 heures de pédalage est associée à des diminutions du
temps de contraction (CT) et de la vitesse maximale de montée en force (RD).
Les altérations des propriétés contractiles de la réponse musculaire peuvent
s’expliquer par (i) des altérations dans le processus de mobilisation (libérationrecapture) du Ca2+ sarcoplasmique (ii) une diminution de la capacité des filaments d’actine et de myosine à former des ponts (iii) une diminution de la
force par pont formé. Les modifications des processus contractiles sont à
mettre en relation avec des changements métaboliques au sein des cellules
musculaires (ions H+, phosphate inorganique).
En nous appuyant sur nos résultats ainsi que ceux établis lors d’études
antérieures, il apparaît que des exercices cyclistes de durée et d’intensité
variables, affectent conjointement les paramètres cardio-respiratoires, métaboliques et neuromusculaires. La fatigue neuromusculaire consécutive à ces
efforts résulte à la fois de modifications au niveau central et périphérique. Il
serait intéressant à l’avenir d’étudier l’évolution des paramètres neuromusculaires (secousse musculaire, onde M) durant l’exercice dans le but de savoir si
les composantes périphériques et centrales de la fatigue évoluent de façon
similaire au cours de l’exercice.
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Groupe Analyse du Mouvement - Faculté des Sciences du Sport Université de Bourgogne - BP 27 877 - 21078 Dijon Cedex
France - Tel : 03.80.39.67.61 - fax : 03.80.39.67.02 - mail : l
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Science & Motricité n° 45 - 2002/1