Science et motricité
De Boeck Université

I.S.B.N.2804142493
130 pages

p. 7 à 31
doi: 10.3917/sm.050.0007

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 50 2003/3

2003 Science et motricité

Modulations rédox de la contraction musculaire

Ynuk Bossé Denis R joanisse Marcel R boulay  [(1)]
Les niveaux d’antioxydants, d’espèces oxygénées réactives (ROS) et d’espèces azotées réac~tives (RNS) sont les principaux déterminants du milieu rédox. Les ROS et les RNS produi~tes lors de l’activité physique occasionnent des perturbations rédox pouvant moduler la force de contraction des muscles squelettiques et induire la fatigue musculaire. On a ainsi proposé que le muscle non-fatigué répond de manière biphasique à des doses croissantes de ROS, suggérant qu’il existe un milieu rédox optimal permettant une force de contraction maxi~male. Cette revue de la littérature traite des derniers développements concernant les sites de production des ROS lors de l’activité physique et de l’impact des perturbations rédox sur l’activité de certaines protéines régulant la force de contraction du muscle squelettique. Le récepteur de la ryanodine (RYR1) du réticulum sarcoplasmique et certaines autres protéines assurant le couplage excitation-contraction, comme la calcium-ATPase et l’actomyosine-ATPase, semblent être des cibles moléculaires potentielles des ROS et des RNS. De plus, l’activité de certaines enzymes bioénergétiques comme la kinase de la créatine, la déshydro~génase du glycéraldéhyde-3- phosphate, la déshydrogénase du succinate et l’oxydase du cytochrome c semble inhibée par des perturbations rédox, ce qui pourrait compromettre la force musculaire en limitant l’accessibilité du muscle à l’ATP lors de la contraction. Mots-clés : Oxydants, potentiel rédox, espèces oxygénées réactives, espèces azotées réactives, contraction musculaire. Concentrations of antioxidants, reactive oxygen species (ROS) and reactive nitrogen species (RNS) are the main determinants of the redox potential. ROS and RNS produced during physical activity cause redox perturbations capable of modulating skeletal muscle contrac~tions and susceptible of inducing muscle fatigue. It has been proposed that non-fatigued muscle presents a biphasic response to increasing doses of ROS suggesting that there is an optimal redox potential essential for the generation of a maximal contraction by skeletal muscles. This literature review deals with the latest developments concerning the site of ROS and RNS production during physical activity and their impact on protein activities regulating the strength of contraction in skeletal muscles. The sarcoplasmic reticulum ryan~odine receptor (RYR1) and other proteins involved in excitation-contraction coupling such as calcium-ATPase and actomyosin-ATPase, are potential targets of ROS and RNS. More~over, modifications of the redox potential induced by inhibition of bioenergetic enzymes such as creatine kinase, glyceraldehyde-3 phosphate dehydrogenase, succinate dehydrogenase and cytochrome c oxidase might compromise the development of muscle contraction by limiting the availability of ATP. Keywords : Oxidants, redox potential, reactive oxygen species, reactive nitrogen species, muscle contraction.
 
Introduction
 
 
Les espèces oxygénée réactives (ROS)
Les espèces oxygénées réactives (ROS) sont impliquées dans l’étiologie du vieillissement (Finkel & Holbrook, 2000 ; Wickens, 2001), dans le dommage musculaire induit par l’activité physique (Bejma & Ji, 1999 ; Dekkers et al., 1996), ainsi que dans plus de 100 maladies dégénératives (Halliwell et al., 1992). Les ROS sont majoritairement des radicaux libres à base d’oxygène constamment produites par l’organisme en proportion avec le niveau d’activation du métabolisme aérobie (Leaf et al., 1997). L’origine, la principale source, ainsi que la demi-vie des principaux ROS sont présentées dans le Tableau 1.

TABLEAU 1
Identité moléculaire, demi-vie et origine des espèces oxygénées réactives (ROS)
IMGIMGTABLEAU 1 
Identité moléculaire, dem...IMGIMF
TABLEAU 1 Identité moléculaire, demi-vie et origine des espèces oxygénées réactives (ROS) et des espèces azotée réactives (RNS) pouvant influencer le muscle squelettique. (Adapté de Lawler & Power, 1998) ROS et RNS anion superoxyde (O2 ) – monoxyde d’azote (NO) peroxynitrite (ONOO-) peroxyde d’hydrogène (H2O2) acide hypochloreux (HOCl) radical hydroxyle (OH–) radicaux lipides (alkoxyle : RO–) (peroxyle : ROO–) peroxydes lipides (R-OOH) et aldéhydes oxygène singlet (O2) 6 7 adical hydroperoxyle (HO2 ) – 8 Origine chaîne respiratoire, oxydase de la xanthine, oxydase du NAD(P)H synthase de monoxyde d’azote (n, i et eNOS) O2 + NO – chaîne respiratoire, oxydase de la xanthine, dismutase du superoxyde myéloperoxydase réaction Fenton : réaction Haber-Weiss catalisée par le fer 4 peroxydation des lipides ; catalysée par le OH·, radicaux lipides, etc. peroxydation des lipides photolyse O2 + H2O – Source principale muscle squelettique, endothélium vasculaire, leukocytes muscle squelettique, endothélium vasculaire tous les tissus tous les tissus leukocytes tous les tissus tous les tissus (de PUFAs) tous les tissus tous les tissus exposés à la lumière tous les tissus Demi-vie 1 3-7 sec 1-2 sec 2 3 10-9 sec RO· : 10-6 sec ROO· : 7 sec 5 10-6 sec, dépendant de la nature de la matrice environnante 9 1. Réactivité variable ; capable de diffuser les membranes par les canaux anioniques ; la demi-vie dans les tissus biologiques est dépendante de l’activité de la dismutase du superoxyde, la production de monoxyde d’azote, les métaux de transition libres, et d’autres substrats réactifs (e.g. 20 secondes dans la cornée de l’humain). Des espèces ayant des réactivités supérieures sont produites par sa réaction avec le peroxyde d’hydrogène (oxygène singlet ou radical hydroxyle) ou le monoxyde d’azote (peroxynitrite). 2. Relativement stable ; capable de diffuser de longue distance ; dépendant de l’activité de la catalase et de la peroxydase du glutathion, des métaux de transition libres et d’autres substrats réactifs. 3. Réactivité variable dans un environnement organique ; peut réagir avec le superoxyde et le peroxyde d’hydrogène dans les tissus biologiques augmentant ainsi sa toxicité. 4. Kanter, 1995 5. Largement variable, de stable comme le pentane à une vie vraiment courte comme le malondialdéhyde. 6. Lawler & Powers, 1998. 7. Diplock et al. 1998 8. Clarkson & Thompson, 2000. 9. Pas déterminé.

La plupart des ROS possèdent un nombre impair d’électrons les rendant excessivement instables et réactives. En faible concentration, elles semblent jouer un rôle dans l’homéostasie des tissus et dans l’expression et la régulation des gènes sensibles aux perturbations rédox (Essig & Nosek, 1997 ; Storz & Polla, 1996). Par contre, en excès, les ROS représentent un potentiel dommageable pour les tissus (Figure 1). Heureusement, l’organisme est muni de systèmes de protection, les antioxydants, qui ont la capacité de tamponner les ROS avant qu’elles oxydent les bio molécules environnantes et endommagent les tissus.
FIGURE 1
Un modèle hypothétique illustrant l’origine et le double rôle des ROS dans le muscle
IMGIMGUn modèle hypothétique illustrant l’origine et le ...IMGIMF
Les antioxydants
Par définition un antioxydant est une molécule possédant un pouvoir réducteur par sa capacité à transmettre ses électrons à un oxydant afin de le rendre plus stable et donc moins réactif. L’ensemble des réactions d’oxydoréduction dans un tissu (i.e., l’ensemble des échanges d’électrons susceptibles de se produire entre différentes molécules) représente le milieu rédox (Figure 2). Les antioxydants peuvent être de source endogène, c’est-à-dire synthétisés dans nos tissus sous forme d’enzymes antioxydantes (EAO) comme la dismutase du superoxide (SOD, EC 1.15.1.1), la catalase (CAT, EC 1.11.1.6), la peroxydase du glutathion (GPX, EC 1.11.1.9), la réductase du glutathion (GR, EC 1.6.4.2), la sulfure-transférase du glutathion (GST, EC 2.5.1.18), la transpeptidase du •-glutamyle (GGT, EC 2.3.2.2), la synthase du •-glutamylcystéine (GCS, EC 6.3.2.2) et la synthase du glutathion (GSHS, EC 6.3.2.3) ; ou sous forme de produits métaboliques comme l’acide urique (AU), la bilirubine et le glutathion (•- glutamylcystéinylglycine). Les antioxydants peuvent aussi provenir de source exogène, c’est-àdire de la diète ou de la supplémentation alimentaire comme la vitamine E, la vitamine C, l’acide •-lipoïque, le ß-carotène et autres caroténoïdes, ainsi que certains minéraux agissant comme cofacteurs pour assurer l’activité normale des EAO comme le sélénium (Se), le zinc (Zn), le manganèse (Mn), le cuivre (Cu) et le fer (Fe). Les ROS et les antioxydants interagissent pour maintenir un milieu rédox optimal et un déséquilibre en faveur des premières occasionne un stress oxydatif. Par exemple, les acides gras polyinsaturés (PUFA) des membranes biologiques sont extrêmement vulnérables face au stress par oxydation (Figure 3).
FIGURE 2
Réaction d’oxydoréduction entre des molécules rédox actives.
IMGIMGRéaction d’oxydoréduction entre des molécules rédo...IMGIMF
L’origine et le rôle nuisible des ROS lors de l’activité physique
On sait maintenant que l’activité physique augmentent la production des ROS et occasionnent un stress oxydatif (Alessio, 1993). Par contre, les systèmes et les mécanismes responsables de générer les ROS durant un effort physique ne sont pas encore élucidés avec exactitude. Les sites de production les plus probables identifiés jusqu’à récemment sont : 1) des fuites d’électrons au niveau de la chaîne respiratoire (McCord, 1979) ; 2) le système xanthine déshydrogénase/oxydase activé lors d’ischémie-reperfusion (Rubin et al., 1996 ; Sjödin et al., 1990) ; 3) l’enzyme NAD(P)H oxydase (EC 1.6.99.1) associée à la membrane des cellules endothéliales (Nethery et al., 1999) ; et 4) l’activation des processus pro-inflammatoires postexercice utilisant la brûlure respiratoire comme stratégie pour épurer les tissus endommagés durant l’activité physique (Tiidus, 1998) et responsable de la douleur musculaire retardée (DOMS : delayed onset muscle soreness) (Lee et al., 2002). Il a été proposé que le stress oxydatif est impliqué dans la fatigue musculaire et qu’une supplémentation antioxydante pourrait retarder l’apparition de cette fatigue et améliorer la performance d’endurance (Novelli et al., 1991 ; Reid et al., 1994).
FIGURE 3
Peroxydation des lipides.
IMGIMGPeroxydation des lipides.IMGIMF
Les espèces azotées réactives (RNS)
Les espèces azotées réactives (RNS) sont une sous-famille de radicaux libres. Le monoxyde d’azote (NO), une molécule qui fait actuellement l’objet de beaucoup d’attention dans plusieurs domaines de recherche, fait partie des RNS, au même titre que le dioxyde d’azote (NO2), le trioxyde diazoté (N2O3) et le peroxynitrite (ONOO). Le NO est une des – dix plus petites molécules que l’on retrouve dans la nature (Landcaster 1992). Il est composé d’un atome d’oxygène doté de huit électrons et d’un atome d’azote qui en possède sept. Afin d’atteindre l’équilibre, les électrons d’une molécule doivent se pairer. Le NO ayant un nombre impair d’électrons est donc une molécule très réactive. En fait, le NO à une demi-vie de moins de 10 secondes ce qui limite probablement son activité à des effets autocrines ou paracrines. Son inactivation est la plupart du temps causée par sa combinaison avec l’O2 pour produire du nitrite (NO2) ou du nitrate (NO3 ). Par ailleurs, on utilise souvent ces – dérivés beaucoup plus stables pour quantifier la production de NO dans un tissu.
L’origine et les principaux rôles du monoxyde d’azote (NO)
Le NO provient des synthases du monoxyde d’azote (NOS, EC 1.14.13.39). Le muscle squelettique est le premier organe dans lequel on a identifié les deux isoformes constitutives (cNOS : nNOS et eNOS) et la forme inductible (iNOS) de NOS (Reid, 2001a). nNOS (NOS de type 1) est la forme neuronale que l’on retrouve en plus grande concentration au niveau du sarcolemme et qui semble plus active dans les fibres à contraction rapide (type II). eNOS (NOS de type 3) est la forme endothéliale que l’on retrouve en grande concentration dans les mitochondries et les microsomes et dont le rôle dans le muscle squelettique est encore inconnu.
D’autre part, iNOS (NOS de type 2) est induite par certaines cytokines pro-inflammatoires et produit des quantités importantes de NO.
Synthétisé en doses contrôlées, le NO est impliqué dans la régulation de plusieurs paramètres physiologiques comme la vasodilatation, la réponse immunitaire, l’érection du pénis et la neurotransmission. Paradoxalement, en surabondance, le NO semble impliqué dans certaines pathologies graves, dont le choc septique.
Perspective de cette recension
Cette recension a été rédigée pour mettre en lumière les derniers développements dans le domaine des radicaux libres et des antioxydants. Dans un premier temps, ce travail de synthèse traitera des plus récentes découvertes concernant les sites de production des ROS lors de l’effort physique. Dans un deuxième temps, nous traiterons des principales protéines régulatrices de la contraction musculaire qui ont été suggérées comme cibles moléculaires des ROS et des RNS.
 
L’origine des ros dans la chaîne respiratoire
 
 
Dépendance de l’isoforme 14-kDa de la phospholipase A2
La compréhension des facteurs ou des mécanismes qui régulent la production des ROS dans la chaîne respiratoire durant l’activation du métabolisme aérobie est encore fragmentaire.
Par contre, dans les dernières années, l’équipe de Supinski a publié une série d’articles fort innovateurs qui ont largement contribué à l’avancement des connaissances dans ce secteur de recherche (Nethery et al., 1999 ; Nethery et al., 2000 ; Stofan et al., 2000 ; Supinski et al., 1999).
Ils ont d’abord démontré que la formation des ROS dans un muscle squelettique était dépendante de l’isoforme 14-kDa de la phospholipase A2 (PLA2, EC 3.1.1.4) (Nethery et al., 1999). Leurs études ont été effectuées dans des conditions in vitro sur des diaphragmes de rats mâles perfusés soumis à des stimulations électriques répétitives.
Les muscles stimulés produisaient beaucoup de ROS contrairement aux muscles contrôles, confirmant le rôle de la contraction musculaire dans la formation des ROS. Toutefois, une pré-stimulation avec le manoalide et l’acide aristolochique (deux inhibiteurs de l’isoforme 14-kDa de la PLA2) supprimaient complètement l’apparition des ROS induites par les contractions. Ces résultats suggéraient donc que la PLA2 joue un rôle essentiel dans la formation des ROS.
Localisation et rôle de la PLA2
L’isoforme 14-kDa de PLA2 est préférentiellement localisé dans la mitochondrie et à la face interne du sarcolemme. Cette enzyme hydrolyse les phospholipides des membranes en acide arachidonique (AA). L’AA agit ensuite comme substrat pour les voies métaboliques de la cyclooxygénase (COX, EC 1.14.99.1) et de la 5-lipoxygénase (5-LO, EC 1.13.11.34) menant à la formation de prostanoïdes et de leucotriènes respectivement. Certains chercheurs ont spéculé que les réactions catalysées par la COX génèrent des radicaux libres comme sous-produits. Par contre, cette hypothèse a été infirmée par l’équipe de Supinski (Stofan et al., 2000) qui ont démontré in vitro que l’indométhacine (un inhibiteur de la COX) n’empêchait pas le relâchement de O2– par les muscles en contraction. Ces résultats suggéraient également que le métabolite responsable de la génération de O2– durant l’effort se situe entre la PLA2 et la COX, soit l’AA.
Régulation de l’activité de la PLA2
On a démontré qu’une élévation de la concentration de calcium (Ca2+) intracellulaire augmente l’activité de la PLA2 (Mayer & Marshall, 1993) et que le degré de dysfonction du muscle dans certaines conditions pathologiques est modulé par la concentration de Ca2+ extracellulaire (Jones et al., 1984). Supinski et al. (1999) ont donc vérifié l’impact de trois différentes concentrations de Ca2+ extracellulaire sur la génération des ROS, suivant le même protocole de stimulation électrique que l’étude citée précédemment (Nethery et al., 1999). Ils ont démontré que la génération des ROS par la contraction musculaire augmentait en fonction de la concentration de Ca2+ extracellulaire et que la nimodipine, un bloquant des canaux à Ca2+ de type-L, supprimait cette augmentation. Ces résultats suggéraient que la formation des ROS durant la contraction musculaire dépend du transit de Ca2+ vers le sarcoplasme.
Dépendance de l’acide arachidonique (AA)
Afin de pousser leurs observations plus loin, Nethery et al. (2000) ont isolé les mitochondries du diaphragme de rats afin de mesurer la formation de H2O2 par les mitochondries en suspension suivant l’administration de différentes substances : 1) de Ca2+ et d’ADP, afin de mimer l’augmentation induite par la contraction musculaire ; 2) de manoalide ou de cytidine 5•- diphosphocholine (CDC), des inhibiteurs de l’isoforme 14-kDa de la PLA2 ; 3) de mélittine, un activateur de la PLA2 ; 4) d’AA, le principal produit du catabolisme de la PLA2 ; 5) de diphénylène iodonium, un inhibiteur de l’oxydase du NADPH ; 6) de roténone, un inhibiteur du complexe I (déshydrogénase du NADH, EC 1.6.5.3) de la chaîne respiratoire ; et 7) de cyanure de potassium, un inhibiteur du complexe IV (l’oxydase du cytochrome c, EC 1.9.3.1) de la chaîne respiratoire. Les expériences ont été effectuées en présence de trois types de substrats : soit du pyruvate et du malate, dont la transformation génère du NADH qui transmet ses électrons au niveau du complexe I de la chaîne de transport des électrons ; ou soit du succinate, dont la transformation génère du FADH qui transmet ses électrons au niveau du complexe II (déshydrogénase du FADH, EC 1.3.5.1) de la chaîne de transport des électrons.
Les résultats de l’étude démontraient que l’addition de Ca2+ et d’ADP augmentait la formation de H2O2 par les mitochondries en présence des substrats du complexe I (pyruvate et malate) et que les deux inhibiteurs de la PLA2 (manoalide et CDC) supprimaient cette augmentation. De plus, la mélittine, activateur de la PLA2, ainsi que l’ajout direct d’AA, augmentaient remarquablement la formation de H2O2. Ces résultats confirmaient les études antérieures démontrant que la production des ROS est dépendante de la production de l’AA par la PLA2 et que le Ca2+ et l’ADP sont des activateurs de l’enzyme.
Ils ont également démontré que l’addition de roténone, un inhibiteur du complexe I, bloquait l’effet de l’AA ; tandis que l’addition du cyanure de potassium, un inhibiteur du complexe IV, n’avait aucun effet. Ces résultats indiquaient que la molécule affectée par l’AA et responsable de la formation des ROS se situe entre le complexe I et le complexe IV de la chaîne respiratoire.
Le complexe I de la chaîne respiratoire : Cible moléculaire de l’AA
La découverte la plus intéressante concerne le fait que le Ca2+ et l’ADP n’étaient pas en mesure de stimuler la production de H2O2 par les mitochondries lorsque le succinate était utilisé comme substrat. Le catabolisme du succinate génère du FADH qui agit au niveau de complexe II de la chaîne respiratoire avec le flux subséquent d’électrons se continuant vers les complexes III et IV. Ces résultats venaient exclure la possibilité que les complexes II, III ou IV soient impliqués dans la formation des ROS et suggéraient donc que le complexe I de la chaîne respiratoire est la source de production des ROS dans la mitochondrie.
En accord avec cette hypothèse, l’administration du diphénylène iodonium n’a pu renverser l’effet du Ca2+ et de l’ADP sur la production de H2O2, effaçant la possibilité qu’une NAPDH oxydase membranaire puisse être responsable de la production des ROS lors de la contraction musculaire. Ce résultat concordait bien avec les résultats précédents s’opposant à l’idée qu’il existe un générateur de radicaux libres à la surface cellulaire étant donné que l’entrée de Ca2+ à l’intérieur de la myofibre, via les canaux à Ca2+ de type-L, est un pré-requis pour la formation des ROS (Supinski et al., 1999).
Séquence d’événements définitive
Brièvement, les travaux de l’équipe de Supinsky ont démontré que la production des ROS durant des contractions répétitives est causée par l’augmentation de la concentration d’AA dans les mitochondries suite à l’activation de la PLA2 par le Ca2+ et d’ADP. L’AA interagit ensuite avec le complexe I de la chaîne respiratoire pour former du O2–. Par une cascade de réactions enzymatiques ou en collision avec certains métaux lourds, le O2– est subséquemment transformé en d’autres ROS. Ces ROS représentent une menace pour les tissus et peuvent engendrer certaines dysfonctions musculaires par un stress oxydatif. La séquence d’évènements décrite par l’équipe de Supinski, les autres sources potentielles de ROS, ainsi que leurs interactions entre elles et avec les principales enzymes antioxydantes sont illustrés à la figure 4.
 
Cibles moléculaires des ROS et du NO
 
 
Les ROS : Protagonistes de la force de contraction musculaire.
Reid et al. (2001b) ont proposé une courbe biphasique suggérant l’existence d’un milieu rédox optimal permettant le déploiement d’une force de contraction maximale (Figure 5). En appui à des travaux in vitro, les chercheurs prétendent que le tissu musculaire squelettique à l’état de repos est dans un milieu rédox réduit ne permettant pas une force de contraction maximale. L’ajout d’antioxydants à la préparation physiologique empire la situation diminuant la force de contraction (Khawli & Reid, 1994 ; Reid & Moody, 1994) ; alors que l’ajout d’oxydants pousse le milieu rédox à un niveau intermédiaire améliorant la force de contraction (Reid et al., 1993). À l’autre extrême, une oxydation trop prononcée diminue la force de contraction du muscle (Plant et al., 2001), un effet réversible par l’administration subséquente d’antioxydants (Andrade et al., 1998 ; Reid et al., 1992). L’invasion des ROS dans les muscles squelettiques et les perturbations rédox qui en résultent semblent donc avoir un impact important sur la force de contraction. Par contre, on ne connaît toujours pas la cible moléculaire de ces agents rédox et comment ils pourraient altérer les fonctions contractiles du muscle.
FIGURE 4
Les ROS et les antioxydants dans la cellule musculaire.
IMGIMGLes ROS et les antioxydants dans la cellule muscul...IMGIMF
O2–, superoxyde ; H2O2, peroxyde d’hydrogène ; NO, monoxyde d’azote ; OH•, radical hydroxyle ; ONOO–, peroxynitrite ; HOONO, acide peroxyazoteux ; HO2•, radical hydroperoxyle ; RO•, radical alkoxyle ; ROO•, radical peroxyle ; R–OOH, hydroperoxyde organique ; ROH, alcool ; 1O2, oxygène singlet ; HOCl, acide hypochloreux ; GSH, glutathion réduit ; GSSG, glutathion disulfure ; MnSOD, CuZnSOD et EC-SOD, l’isoforme manganèse, cuivre-zinc et extracellulaire de la dismutase du superoxyde ; CAT, catalase ; GPX, peroxydase du glutathion ; GR, réductase du glutathion ; GST, sulfure-transférase du glutathion ; PLA2, phospholipase A2 ; XO, oxydase de la xanthine ; HX, hypoxanthine ; X, xanthine ; UA, acide urique ; AMP, adénosine monophosphate ; ADP, adénosine diphosphate ; G6P, glucose-6-phosphate ; G6PD, déshydrogénase du glucose-6- phosphate ; 6PG, 6-phosphogluconate ; MPO, myéloperoxidase ; NADPH, nicotinamide adénine dinucléotide phosphate réduit ; NADP+, nicotinamide adénine dinucléotide oxydé ; cNOS et iNOS, isoforme constitutive et inductible de la synthase de monoxyde d’azote ; H+, proton d’hydrogène ; PUFA, acide gras polyinsaturé ; NO3 –, nitrate ; NO2•, dioxyde d’azote ; PMN, neutrophile polymorphonucléaire ; AA, acide arachidonique ; Fe3+, ion ferrique ; Fe2+, ion ferreux ; I, II, III, IV, complexes de la chaîne respiratoire.
FIGURE 5
Modèle démontrant l’effet biphasique du statut rédox cellulaire sur la force isométrique
IMGIMGModèle démontrant l’effet biphasique du statut réd...IMGIMF
Cibles du NO dans le muscle squelettique
Comme dans son rôle permettant le relâchement des muscles lisses entourant les vaisseaux sanguins, le NO semble diminuer la force de contraction du muscle squelettique (Reid, 1998,2001a & 2001b). Environ la moitié de l’inhibition de la contraction par le NO est modulée par un second messager (Schmidt et al., 1993). Dans cette voie métabolique, le NO interagit avec la guanylate cyclase, une enzyme soluble dont l’activation par le NO stimule la synthèse de guanosine monophosphate cyclique (cGMP). Le tissu répond ensuite à ce second messager via des protéines kinases dépendantes du cGMP qui permettent le relâchement des fibres musculaires. Toutefois, la deuxième moitié de l’inhibition est modulée par un mécanisme indépendant de la cGMP. Le NO semble donc avoir un impact direct sur certaines protéines régulatrices de la contraction musculaire.
Modèle théorique de Reid
Selon Reid (2001b), certaines protéines impliquées dans la contraction musculaire seraient sensibles à des perturbations du milieu rédox. L’oxydation ou la réduction de ces protéines par les ROS ou des agents réducteurs (antioxydants) modifieraient leur niveau d’activité. Dans le modèle proposé (Figure 6), il inclut deux protéines hypothétiques dont l’une est sensible à l’oxydation et l’autre à la réduction. Évidemment, il faut supposer que ces deux protéines sont essentielles pour le développement de la force et que leurs impacts sur les propriétés contractiles du muscle sont indépendant l’un de l’autre. En étudiant son modèle, on constate qu’un milieu rédox réduit inhibe la protéine sensible à la réduction, alors que la protéine sensible à l’oxydation est maximalement fonctionnelle dans cette condition. Au contraire, plus le milieu rédox évolue vers un état d’oxydation prononcé, plus le niveau d’activité de la protéine sensible à l’oxydation est diminué et plus le niveau d’activité de la protéine sensible à la réduction est augmenté. Entre les deux extrêmes, il existerait un milieu rédox intermédiaire permettant à chacune des protéines d’être fonctionnelle et c’est dans cette condition que le muscle pourrait générer la plus grande force.
FIGURE 6
Modèle théorique des mécanismes rédox limitant la force de contraction isométrique.
IMGIMGModèle théorique des mécanismes rédox limitant la ...IMGIMF
Dans des conditions in vivo, plusieurs protéines sont impliquées dans la contraction musculaire et sujettes à des changements d’activité par des perturbations rédox. Il semble utopique de croire que toutes des protéines puissent être maximalement fonctionnelles à un niveau rédox particulier. La force maximale exercée dépend de plusieurs facteurs, dont le nombre de protéines régulatrices actives, le niveau d’activité de chacune de ces protéines, et la priorité d’activation des protéines ayant les fonctions de régulation les plus importantes. Il semble donc plus réaliste de supposer que la force maximale pouvant être générée par un muscle (apogée de la courbe) est dictée par le milieu rédox offrant la meilleure combinaison possible de ces facteurs.
 
Complications méthodologiques
 
 
Absence d’unité de mesure
Le prochain défi pour les scientifiques est de découvrir les protéines impliquées dans la contraction musculaire dont le niveau d’activité est modulé par des perturbations rédox.
Toutefois, les chercheurs sont confrontés à un problème majeur. Contrairement aux autres paramètres musculaires qui doivent atteindre une valeur optimale afin de permettre une force de contraction maximale comme le pH, la température ou le niveau d’osmolarité, on ne dispose d’aucun unité de mesure pour quantifier le milieu rédox.
Techniques quantifiant la capacité antioxydante globale
Afin de remédier à la situation, plusieurs techniques innovatrices ont été développées dans la dernière décennie pour tenter de mesurer la capacité antioxydante globale d’un tissu plutôt que de quantifier les concentrations individuelles de chacune des molécules antioxydantes individuellement. À titre d’exemple, on peut énumérer la FRCP (ferric reducing capacity power), la TEAC (trolox equivalent absorbance capacity) et l’ORAC (oxygen radical absorbance capacity) (Cao & Prior, 1998). Cependant, même si ces techniques sont sensées mesurer le même paramètre, les variations inter-techniques dans un même tissu sont très importantes. Ces observations suggèrent que l’affinité des antioxydants envers les radicaux libres diffèrent selon le radical libre généré. En plus d’être innombrables, les oxydants et les antioxydants interfèrent entre eux avec une certaine spécificité ce qui complexifie encore davantage la tâche des chercheurs. Néanmoins, les techniques d’absorbance totale des radicaux libre représentent une piste intéressante pour quantifier le milieu rédox et demeurent actuellement les techniques les plus valides.
Alternatives déjà entreprises afin d’identifier les protéines sensibles aux perturbations rédox
Beaucoup de travail doit être réalisé avant de quantifier le milieu rédox. Pour l’instant, les chercheurs désireux d’identifier les protéines sensibles aux perturbations rédox adoptent une autre approche. Ils se contentent d’introduire des antioxydants pour réduire le milieu ou d’introduire des oxydants (ou un système générateur de radicaux libres) pour oxyder le milieu, sans connaître la valeur rédox initiale de la préparation physiologique. Ils vérifient ensuite l’impact de telles manipulations sur l’activité d’une protéine candidate. Même si l’approche peut paraître simpliste a priori, elle semble efficace puisque beaucoup de protéines ont déjà été ciblées pour expliquer le modèle de Reid (Figure 4). Cependant, l’absence de la valeur rédox initiale limite l’extrapolation de ces résultats dans des conditions in vivo.
 
Les protéines vulnérables aux perturbations REDOX
 
 
Le récepteur de la ryanodine
La protéine qui a suscité le plus d’intérêt jusqu’à présent est le canal de libération de Ca2+ du réticulum sarcoplasmique (RS) (Favero, 1999), nommé plus communément le récepteur de la ryanodine (RYR). On l’appelle ainsi car la ryanodine (alcaloïde isolé à partir de la plante Ryana speciosa) est un marqueur de l’activité de ce récepteur. Chez les mammifères, on a identifié les isoformes RYR1, RYR2 et RYR3 qu’on retrouve respectivement dans le muscle squelettique, le muscle cardiaque et le cerveau. Le récepteur de la ryanodine est formé de quatre sous-unités de 565-kDa constituant le plus gros canal ionique connu. Son rôle est d’une importance capitale dans la contraction, car il est responsable de la libération du Ca2+ dans le cytosol. La libération de Ca2+ est une étape clé dans le couplage excitation-contraction puisque le Ca2+ joue le rôle de médiateur entre l’influx nerveux et le glissement des filaments minces d’actine sur les filaments épais de myosine.
Il a été proposé que le RYR1 est sensible aux perturbations rédox (Aghdas et al., 1997 ; Favero, 1999 ; Sun et al., 2001). Dans chaque sous-unité du RYR1 on compte entre 38 et 48 thiols à l’état libre qui semblent vulnérables à l’oxydation et qui semblent jouer un rôle dans l’activation du canal. Sun et al. (2001) ont récemment démontré que le niveau d’activité du RYR1 répond de manière biphasique à l’administration de doses croissantes d’oxydants. Ils ont effectué leurs études sur des vésicules isolées de RS provenant de muscles squelettiques de lapin.
Ils modifiaient le milieu rédox en insérant des doses croissantes de 3-morpholinosydnonémine (SIN-1), un système générateur de O2- et de NO, et en administrant du glutathion sous sa forme réduite (GSH) ou sous sa forme disulfure (GSSG). Les auteurs concluaient que le stress de réduction (GSH) diminuait l’activité du RYR1, une légère oxydation (•[SIN-1] ou GSSG) maximisait l’activité du RYR1 et qu’une oxydation trop importante (•[SIN-1] ou GSSG + SIN-1) diminuait l’activité du RYR1.
Afin d’identifier le nombre de thiols devant être oxydés avant de modifier le niveau d’activité du RYR1, Sun et al. (2001) ont mis en corrélation le niveau d’activité du RYR1 avec le nombre de thiols libres en présence de molécules rédox actives (GSH, SIN-1). L’activité du RYR1 était : 1) inchangée par l’oxydation d’environ 10 thiols par sous-unité ; 2) à son maximum lorsque le nombre de thiols était réduit à environ 23 par sous-unité ; et 3) réduite à des valeurs initiales lorsqu’il ne restait plus qu’environ 13 thiols par sous-unité. La réponse biphasique du RYR1 à des modifications rédox coïncide donc parfaitement avec le modèle de Reid.
La calcium-ATPase
La Ca2+-ATPase est une protéine de 110-kDa responsable de la reséquestration du Ca2+ dans le RS. Elle a donc un rôle antagoniste à celui du RYR1, mais elle agit en synergie avec ce dernier pour entretenir l’homéostasie calcique durant la contraction musculaire. Xu et al. (1997) ont démontré que l’activité de la Ca2+-ATPase des muscles squelettiques de lapins pouvait être inhibée par le radical OH· et qu’une préincubation avec 1 mmol/L d’ATP protégeait entièrement contre cette inhibition. Les auteurs ont ensuite démontré que le OH· n’endommageait pas la structure primaire de la protéine et que l’ATP n’offrait aucune vertu antioxydante directe contre le OH·. Ces résultats suggéraient donc que le OH· inhibe l’activité de la Ca2+-ATPase en attaquant directement le site de liaison de l’ATP et que l’occupation d’une molécule d’ATP sur le site de liaison protège du dommage oxydatif induit par le OH·.
Dans la même veine, Scherer et Deamer (1986) ont démontré que la Ca2+-ATPase du RS isolé de muscles abdominaux de homards pouvait être inactivée par l’oxydation de ses groupements sulfhydryles (-SH) avant même que le stress oxydatif atteigne un niveau suffisamment élevé pour causer la peroxydation des lipides. Donc, si petit soit-il, le stress oxydatif semble modifier l’activité de la Ca2+-ATPase. Le DTT (dithiothreitol), un agent qui réduit spécifiquement les liens disulfures (S-S), réussissait à maintenir l’activité de la Ca2+- ATPase, la perméabilité calcique du RS et son contenu total en Ca2+. Comme le RYR1, la Ca2+-ATPase peut également être inhibée par un stress de réduction.
Daiho et Kanazawa (1994) ont démontré que l’administration de DTT inhibait complètement l’activité de la protéine en provoquant un blocage sélectif au niveau de l’isomérisation de la phosphoenzyme via la réduction de deux liens disulfures par site de phosphorylation.
L’ensemble de ces résultats suggère que la Ca2+-ATPase est une candidate potentielle pour expliquer le modèle biphasique de Reid. Son activité semble être contrôlée par la réduction des liens disulfures et par l’oxydation des groupements sulfhydryles sur son site de phosphorylation. Un équilibre doit être atteint entre les molécules rédox actives afin d’optimiser l’activité de la protéine, et ainsi entretenir l’homéostasie du Ca2+ intracellulaire et la contraction musculaire normale.
Myosine-ATPase
L’actomyosine-adénosinetriphosphatase (myosine-ATPase, EC 3.6.4.1) est une enzyme impliquée dans le couplage excitation-contraction ayant comme fonction de recycler les ponts d’union de myosine dans leur configuration active. Perkins et al. (1997) ont démontré que la modification de thiols sur la tête de myosine par un donneur de NO (sodium nitroprusside) inhibait l’activité de la myosine-ATPase dans les fibres musculaires du psoas de lapins.
Enzymes bioénergétiques
Le NO semble également avoir la possibilité d’inhiber la contraction musculaire de façon indirecte en limitant le métabolisme énergétique (Reid, 1998 ; Brown, 2001). Il a été établi par Cleeter et al. (1994) que le NO inhibe la chaîne respiratoire en compétitionnant avec l’O2 pour le site actif de l’oxydase du cytochrome c. De plus, Kobzik et al. (1995) ont démontré que l’insertion de L-arginine (précurseur du NO) dans une préparation de mitochondries isolées diminuait la consommation d’O2 de manière dose-dépendante et que cette inhibition pouvait être prévenue en pré-traitant les mitochondries avec des inhibiteurs de NOS. Ils concluaient que eNOS (NOS de type 3) localisée dans la mitochondrie peut moduler la respiration cellulaire.
Le NO régule également le métabolisme des glucides en inhibant la déshydrogénase du glycéraldéhyde-3-phosphate (GAPDH, EC 1.2.1.12) par une S-nitrosylation au niveau de la cystéine 149 (Mohr et al., 1996). Le NO semble aussi limiter la synthèse d’ATP par les réserves de phosphocréatine. Wolosker et al. (1995) ont démontré qu’un donneur exogène de NO inhibe l’activité de la kinase de la créatine (CK, EC 2.7.3.2) dans les muscles striés, un effet réversible par l’administration d’un agent réducteur. Bref, le NO inhibe la respiration mitochondriale, la glycolyse et la dégradation de la phosphocréatine limitant ainsi la disponibilité de l’ATP pour les activités normales de la cellule. L’ensemble de ces résultats offre une explication vraisemblable concernant l’inhibition de la contraction musculaire par le NO via un mécanisme indépendant du cGMP..
 
Conclusion
 
 
Les travaux de Supinski et de ses collaborateurs ont permis d’élucider la provenance des ROS dans la mitochondrie pendant les contractions musculaires répétées (Nethery et al., 2000).
Il faut maintenant s’attarder à l’impact de ces ROS sur la force de contraction du muscle. En 1993, Reid et al. ont proposé un modèle démontrant la réponse biphasique du muscle squelettique à des doses croissantes d’oxydants et la réversibilité de la diminution de force suite à l’administration d’antioxydants dans des conditions in vitro. Depuis, la régulation rédox de la contraction musculaire suscite de plus en plus d’intérêt chez les scientifiques. Malgré le manque d’outil pour quantifier le milieu rédox, la compréhension des facteurs pouvant expliquer la courbe biphasique de Reid avance rapidement.
Les chercheurs postulent que l’augmentation ou la chute de force suivant des manipulations rédox est le résultat de changements d’activité de certaines protéines impliquées dans le couplage excitation~contraction ou contribuant à la synthèse d’ATP. Les chercheurs ont alors ciblé des protéines clés afin de vérifier leur changement d’activité suite à des manipulations rédox dans des conditions in vitro.
En fait, toutes les protéines possédant les acides aminés tryptophane, tyrosine, phénylalanine, histidine, méthionine et cystéine peuvent subir des modifications suivant des réactions d’oxydation ou de réduction. La modification de liens disulfures ou de groupements sulfydryles sur ces acides aminés peut priver la protéine de son fonctionnement biologique normal ou, au contraire, augmenter l’efficacité de la protéine. Les cibles moléculaires des ROS dans le muscle squelettique sont donc nombreuses.
À ce jour, on sait que le RYR1 et la Ca2+-ATPase répondent de manière biphasique à des doses croissantes de ROS. Évidemment, la liste de protéines énumérées dans cet ouvrage et qui semble à la fois impliquées dans la contraction musculaire et affectées par des perturbations rédox n’est pas exhaustive. La déshydrogénase du succinate (SDH, EC 1.3.99.1), par exemple, n’a pas fait l’objet d’analyse dans ce travail mais semble être sensible au stress oxydatif (Haycock et al., 1996).
Le NO inhibe aussi certaines protéines impliquées dans le couplage excitationcontraction, comme la myosine-ATPase. Il semble également diminuer la force de contraction indirectement en inhibant certaines enzymes bioénergétiques. Par contre, s’il y a une leçon à tirer du NO, c’est l’importance de la chimie dans la compréhension des processus biologiques. C’est sûrement ses propriétés chimiques qui lui confèrent sa grande versatilité physiologique. Étant une très petite molécule électriquement neutre, elle peut facilement traverser les membranes biologiques, facilitant ainsi son rôle comme messager cellulaire. De l’autre côté, à cause de son nombre impair d’électrons, le NO est une molécule très réactive, lui permettant d’interagir avec beaucoup de protéines régulatrices et de modifier leur niveau d’activité.
Les ROS et les RNS dans le muscle squelettique forment un secteur de recherche fascinant. Pour le physiologiste de l’effort, ces molécules réactives jouent un rôle dans la contraction musculaire et sont probablement impliquées dans la fatigue musculaire ainsi que dans les signaux transcriptionnels responsables de l’adaptation à l’effort (Essig & Nosek, 1997).
Pour le spécialiste de la santé, une meilleure compréhension de leurs mécanismes d’action pourrait mener à des pistes prophylactiques ou curatives dans le traitement de certaines maladies dégénératives qui touchent de plus en plus les sociétés modernes.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  AGHDAS B, ZHANG JZ, WU Y, REID MB, & HAMILTON SL (1997). Multiple classes of sulfhydryls modulate the skeletal muscle Ca2+ release channel. Journal of Biological Chemistry 272(6) 3739-3748.
·  ALESSIO HM (1993). Exercise-induced oxidative stress. Medicine and Science in Sports and Exercise 25 :218-224.
·  ANDRADE FH, REID MB, ALLEN DG, & WESTERBLAD H (1998). Effect of hydrogen peroxide and dithiothreitol on contractile function of single skeletal muscle fibres from the mouse. Journal of Physiology 509 :565-575.
·  BEJMA J, JI LL (1999). Aging and acute exercise enhance free radical generation in rat skeletal muscle. Journal of Applied Physiology 87 :465-470.
·  BROWN GC (2001). Regulation of mitochondrial respiration by nitric oxide inhibition of cytochrome c oxidase. Biochimica & Biophysica Acta 1504 :46-57.
·  CAO G, PRIOR RL (1998). Comparison of different analytical methods of assessing total antioxidant capacity of human serum. Clinical Chemistry 44 :1309-1315.
·  CLARKSON PM, & THOMPSON HS (2000). Antioxidants : What Role Do they Play in Physical Activity and Health ? American Journal of Clinical Nutrition 72 :637S-646S.
·  CLEETER MW, COOPER JM, DARLEY-USMAR VM, MONCADA S, & SCHAPIRA AH (1994). Reversible inhibition of cytochrome c oxidase, the terminal enzyme of the mitochondrial respiratory chain, by nitric oxide. Implications for neurodegenerative diseases. Federation of European Biochemical Societies Letters 345 :50-54.
·  DAIHO T, & KANAZAWA T (1994). Reduction of disulfide bonds in sarcoplsamic reticulum Ca2+-ATPase by dithiothreitol causes inhibition of phosphoenzyme isomerization in catalytic cycle. This reduction requires binding of both purine nucleotide and Ca2+ to enzyme. Journal of Biological Chemistry 269 :11060-11064.
·  DEKKERS CJ, VAN DOORNEN LJP, & DEMPER HCG (1996). The role of antioxidant vitamins and enzymes in the prevention of exercise-induced muscle damage. Sports Medicine 21 :213-238.
·  DIPLOCK AT, CHARLEUX JL, CROZIER-WILLI G, KOK FJ, RICE-EVANS C, ROBERFROID M, STAHL W, & VINA-RIBES J (1998). Functional Food Science and Defence Against Reactive Oxidative Species. British Journal of Nutrition 80(suppl. 1) :S77-S112.
·  ESSIG DA, & NOSEK TM (1997). Muscle fatigue and induction of stress protein genes : A dual function of reactive oxygen species ? Canadian Journal of Applied Physiology 22 :409-428.
·  FAVERO TG (1999). Sarcoplasmic reticulum Ca2+ release and muscle fatigue. Journal of Applied Physiology 87 :471-483.
·  FINKEL T, & HOLBROOK NJ (2000). Oxidants, oxidative stress and the biology of ageing. Nature 408 (6809) :239-247.
·  HALLIWELL B, GUTTERIDGE JM, & CROSS CE (1992). Free radicals, antioxidants, and human disease : where are we now ? Journal of Laboratory and Clinical Medicine 119 :598-620.
·  HAYCOCK JW, JONES P, HARRIS JB, & MANTLE D (1996). Differential susceptibility of human skeletal muscle proteins to free radical induced oxidative damage : a histochemical, immunocytochemical and electron microscopical study in vitro. Acta Neuropathologica 92 :331-340.
·  JENKINS RR. & GOLDFARB A. (1993). Introduction : oxidant stress, aging, and exercise. Medicine and Science in Sports and Exercise 25 :210-212.
·  JI LL (2002). Exercise-induced modulation of antioxidant defence. Annals of the. NewYork Academy of. Sciences. 959 : 82-92.
·  JONES DA, JACKSON MJ, MCPHAIL G, & EDWARDS RH (1984). Experimental mouse muscle damage : the importance of external calcium. Clinical Science (London) 66 :317-322.
·  KANTER M (1995). Free radicals and exercise : effects of nutritional antioxidant supplementation. Exercise and Sport Sciences Reviews 18 : 375-397.
·  KHAWLI FA, & REID MB (1994). N-acetylcysteine depresses contactile function and inhibits fatigue of diaphragm in vitro. Journal of Applied Physiology 77 :317-324.
·  KOBZIK L, STRINGER B, BALLIGAND JL, REID MB, & STAMLER JS (1995). Endothelial type nitric oxide synthase in skeletal muscle fibers : mitochondrial relationships. Biochemical and Biophysical Research Communications 211 :375-381.
·  LAWLER JM, & POWERS SK (1998). Oxidative stress, antioxidant status, and the contracting diaphragm. Canadian Journal of Applied Physiology 23 :23-55.
·  LEAF DA, KLEINMAN MT, HAMILTON M, & BARSTOW TJ (1997). The effect of exercise intensity on lipid peroxidation. Medicine and Science in Sports and Exercise 29 :1036-1039.
·  LEE J, GOLDFARB AH, RESCINO MH, HEGDE S, PATRICK S, & APPERSON K (2002). Eccentric exercise effect on blood oxidative-stress markers and delayed onset of muscle soreness. Medicine and Science in Sports and Exercise 34 :443-448.
·  MAYER RJ, & MARSHALL LA (1993). New insights on mammalian phospholipase A2(s) ; comparison of arachidonoyl-selective and –nonselective enzymes. Federation of American Societies of Experimental Biology Journal 7 :339-348.
·  MCCORD JM (1979). Superoxide, superoxide dismutase and oxygen toxicity. Review of Biochemistry and Toxicology 1 :109-121.
·  MOHR S, STAMLER JS, & BRUNE B (1996). Posttranslational modification of glyceral-dehyde-3- phosphate dehydrogenase be S-nitrosylation and subsequent NADH. Journal of Biological Chemistry 271 :4209-4214.
·  NETHERY D, STOFAN D, CALLAHAN L, DIMARCO A, & SUPINSKI G (1999). Formation of reactive oxygen species by the contracting diaphragm is PLA2 dependent. Journal of Applied Physiology 87 :792-800.
·  NETHERY D, CALLAHAN LA, STOFAN D, MATTERA R, DIMARCO A, & SUPINSKI G (2000). PLA2 dependence of diaphragm mitochondrial formation of reactive oxygen species. Journal of Applied Physiology 89 :72-80.
·  NOVELLI PG, FALSINI S, & BRACCIOTTI G (1991). Exogenous glutathione increases endurance to muscle effort in mice. Pharmacological Research 23 :149-155.
·  PERKINS WJ, HAN YS, & SIECK GC (1997). Skeletal muscle force and actomyosin ATPase activity reduced by nitric oxide donor. Journal of Applied Physiology 83 :1326-1332.
·  PLANT DR, GREGOREVIC P, WILLIAMS DA, & LYNCH GS (2001). Redox modulation of maximun force production of fast- and slow-twitch skeletal muscles of rats and mice. Journal of Applied Physiology 90 :832-838.
·  REID MB (1998). Role of nitric oxide in skeletal muscle : synthesis, distribution and functional importance. Acta Physiologica Scandinavica 162 :401-409.
·  REID MB (2001a). Nitric oxide, reactive oxygen species, and skeletal muscle contraction. Medicine and Science in Sports and Exercise 33 :371-376.
·  REID MB (2001b). Plasticity in skeletal, cardiac, and smooth muscle. Invited Review : Redox modulation of skeletal muscle contraction : what we know and what we don’t. Journal of Applied Physiology 90 :724-731.
·  REID MB, & MOODY MR (1994). Dimethyl sulfoxide depresses skeletal muscle contractility. Journal of Applied Physiology 76 :2186-2190.
·  REID MB, HAACK KE, FRANCHEK KM, VALBERG PA, KOBZIK L, & WEST S (1992). Reactive oxygen in skeletal muscle I. Intracellular oxidant kinetics and fatigue in vitro. Journal of Applied Physiology 73 :1797-1804.
·  REID MB, KHAWLI FA, & MOODY MR (1993). Reactive oxygen in skeletal muscle III. Contractility of unfatigued muscle. Journal of Applied Physiology 75 :1081-1087.
·  REID MB, STOKIC DS, KOCH SM, KHAWLI FA, & LEIS AA (1994). N-Acetylcysteine inhibits muscle fatigue in humans. Journal of Clinical Investigation 94 :2468-2474.
·  RUBIN BB, ROMASCHIN A, WALKER PM, GUTE DC, & KORTHUIS RJ (1996). Mechanisms of postischemic injury in skeletal muscle : intervention strategies. Journal of Applied Physiology 80 :369-387.
·  SCHERER NM, & DEAMER DW (1986). Oxidative stress impairs the function of sarcoplasmic reticulum by oxidation of sulfhydryl groups in the Ca2+-ATPase. Archives of Biochemistry and Biophysics 246 :589-601.
·  SCHMIDT HHHW, LOHMANN SM, & WALTER U (1993). The nitric oxide and cGMP signal transduction system : regulation and mechanism of action. Biochimica & Biophysica Acta 1178 :153-175.
·  SJÖDIN B, WESTING H, & APPLE FS (1990). Biochemical mechanisms for oxygen free radical formation during exercise. Sports Medicine 10 :236-254.
·  STOFAN DA, CALLAHAN LA, DIMARCO AF, NETHERY DE, & SUPINSKI GS (2000). Modulation of release of reactive oxygen species by the contracting diaphragm. American Journal of Respiratory Critical Care Medicine 161 :891-898.
·  STORZ G, & POLLA BS (1996). Transcriptional regulators of oxidative stressinducible genes in prokaryotes and eukaryotes. Experientia Supplementa. 77 :239-254.
·  SUN J, XU L, EU JP, STAMLER JS, & MEISSNER G (2001). Classes of thiols that influence the activity of the skeletal muscle calcium release channel. Journal of Biological Chemistry 276 :15625-15630.
·  SUPINSKI G, NETHERY D, STOFAN D, & DIMARCO A (1999). Extracellular calcium modulates generation of reactive oxygen species by the contracting diaphragm. Journal of Applied Physiology 87 :2177-2185.
·  TIIDUS PM (1998). Radical species in inflammation and overtraining. Canadian Journal of Physiology & Pharmacology 76 :533-538.
·  WICKENS AP (2001). Ageing and the free radical theory. Respiration Physiology 128 : 379-391.
·  WOLOSKER H, PANIZZUTTI R, & ENGELENDER S (1995). Inhibition of creatine kinase by Snitrosoglutathione. Federation of European Biochemical Societies Letters 392 :274-276.
·  XU KY (1997). Hydroxyl radical inhibits sarcoplasmic reticulum Ca2+-ATPase function be direct attack on the ATP binding site. Circulation Research 80 :76-81.
 
NOTES
 
[(1)] Laboratoire des sciences de l’activité physique, Division de kinésiologie, Département de Médecine sociale et préventive, Faculté de Médecine, Université Laval, Québec, Canada.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[(1)]
Laboratoire des sciences de l’activité physique, Division d...
[suite] Suite de la note...
Un modèle hypothétique illustrant l’origine et le double rôle des ROS dans le muscle
Réaction d’oxydoréduction entre des molécules rédox actives.
Peroxydation des lipides.
Les ROS et les antioxydants dans la cellule musculaire.
Modèle démontrant l’effet biphasique du statut rédox cellulaire sur la force isométrique
Modèle théorique des mécanismes rédox limitant la force de contraction isométrique.