Science et motricité
De Boeck Université

I.S.B.N.2804144895
114 pages

p. 11 à 28
doi: 10.3917/sm.051.0011

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no 51 2004/1

2004 Science et motricité

Écoles de plein air et naturisme : une innovation en milieu scolaire (1887-1935)

Sylvain Villaret  [(1)] Jean-Philippe Saint-Martin  [(2)]
L’objet de cette communication est d’étudier la manière dont l’École a pris en compte les con~ceptions nouvelles de la santé et de la vie véhiculées par le naturisme à travers la création des écoles de plein air (E.P.A.). Il s’agit précisément de retracer le processus historique de la genèse et de l’essor des E.P.A. en France en repérant deux étapes majeures (1887-1918, 1919-1930). En outre, nous identifions les deux principales raisons du développement de ces structures éducatives particulières. Le contexte sanitaire détermine en effet leur apparition et la place faite en leur sein aux pratiques naturistes. Par ailleurs, le contexte culturel, mar~qué dans l’entre-deux-guerres par une évolution des mœurs quant à la pudeur et une éman~cipation sociale, joue un rôle essentiel dans l’évolution des contenus pédagogiques et des applications hygiéniques en vigueur dans les E.P.A. Mots-clés : École de plein air, naturisme, institution scolaire, santé, pédagogie. Open air schools and naturism, a scholar innovation (1887-1935) ABSTRACT The goal of this article is to study the way in which the school took into consideration the naturist conceptions of health and life through « out door schools » creation. They are pre~cisely to recall the historical process of creation the « out door schools » creation in France in two large stages (1887-1918,1919-1930). We identify two principal reasons to the devel~opment of these particular educational structures. The medical context indeed determines their appearance and the place made with the naturist practices. Moreover, the cultural con~text, marked in the inter-war period by an evolution of manners relating to decency and a social emancipation, plays an essential role in the teaching contents’ evolution and the hygienic applications in the « out door schools ». Keywords : Out door school, naturism, school, health, pedagogy.
 
Introduction : naturisme et éducation
 
 
De tout temps, nature et éducation ont été étroitement mêlées. La fonction formatrice de la nature est déjà évoquée par Rousseau au XVIIIe siècle. Les représentations de la nature et de ses éléments déterminent ainsi l’utilisation qui en est faite par les institutions éducatives. Les valeurs qu’on lui prête peuvent être dès lors un prisme fécond pour analyser divers programmes scolaires. D’autant plus que l’institution scolaire manifeste la volonté non seulement d’instruire les élèves mais de veiller à leur développement physique et à la préservation de leur santé. À l’instar de Jacques Ulmann, certains ont tenté d’étudier l’évolution générale des relations unissant nature et éducation (Ulmann, 1964). Restreignant cette perspective, nous proposons de s’interroger sur celles existant entre l’institution scolaire républicaine, limité à l’enseignement élémentaire, et un rapport à la nature relativement méconnu : le naturisme.
Le naturisme, tel qu’il est défini au XVIIIe siècle, est une philosophie médicale initiée par Hippocrate [(3)]. Reposant sur la confiance dans une nature médicatrice, elle justifie de l’emploi des agents naturels (air, eau, soleil), diététiques et de l’exercice physique pour soigner les maladies et conserver la santé. Elle s’oppose aux traitements médicamenteux. Influencée par les thèses de créateurs de cures naturistes slaves et allemands comme A. Rikli, S. Kneipp et V. Priessnitz, elle est amenée au cours du XIXe siècle à attribuer des propriétés « vitalisantes » aux adjuvants naturels. Désormais, seul le contact intime avec les éléments naturels peut permettre à l’homme de régénérer son flux vital, de soigner ses affections et recouvrer la santé. Avec le XIXe siècle, les principes du naturisme et ses applications pratiques vont se vulgariser à travers non seulement une hygiène de vie mais une véritable éthique. Bientôt, la pratique des bains d’air, d’eau et de soleil pris dévêtus, l’exercice physique en plein air, une alimentation végétarienne et une médecine sans médicaments chimiques deviennent les éléments constitutifs d’un nouveau style de vie fondé sur la volonté de suivre les lois de la nature.
Michel Rainis démontre dans sa thèse la place prépondérante réservée au contact avec l’air et le soleil dans les écoles de plein air (E.P.A.) [(4)]. Nous proposons de compléter cette perspective en remontant au phénomène sous-jacent, le naturisme, et aux conceptions de la santé qu’il véhicule. Le développement accéléré du naturisme depuis le XIXe siècle témoigne en effet d’une sensibilité nouvelle à l’égard de la nature. Il nous semble ainsi intéressant d’étudier la façon dont le système scolaire a pris en compte ce phénomène au travers des écoles de plein air et d’identifier les raisons de cette influence progressive. Nous verrons par la même comment l’école s’est réappropriée les pratiques naturistes, en identifiant les deux grandes périodes de l’établissement en France des E.P.A., entre 1887 et 1935.
 
Le temps des hésitations (1887-1918)
 
 
La prise en compte des populations scolaires déficientes donne lieu à la création des premières écoles de plein air (1887-1914)
L’école républicaine française subit moins d’une décennie après sa création un certain nombre de critiques. Médecins, pédagogues, hygiénistes dénoncent à la fin des années 1880 le surmenage intellectuel et le sédentarisme excessif qu’elle impose à toute la jeunesse française, avenir de la nation [(5)]. En 1887, l’Académie de Médecine adresse une résolution aux pouvoirs publics réclamant la suppression des internats, l’installation des établissements loin du centre des villes, des heures d’exercices corporels presque égales au temps d’étude, la journée de huit heures et l’organisation annuelle d’un séjour à la campagne (Arnaud, 1983,60). En effet, pour la majeure partie des médecins, le délabrement physique des élèves trouve en grande partie son origine dans les conditions hygiéniques anti-naturelles entourant la vie en classe. Influencé par des auteurs naturistes allemands, le Dr. Fernand Lagrange se fait le porteparole des prosélytes de l’exercice en plein air. De plus, la carence d’air des écoliers fait le lit de la tuberculose comme le constate le Pr. Grancher au tournant du siècle. Il est vrai qu’au même moment les résultats obtenus par les tenants d’une thérapeutique naturiste démontrent l’importance du contact régulier avec l’air, le soleil et l’eau pour la santé de tout individu. Faits marquants, des cas graves de tuberculose et de cancers sont déclarés guéris simplement par la pratique méthodique des bains d’air et de soleil dans des établissements allemands de cure naturiste [(6)]. Suivant cette tendance, des sanatoriums consacrés au traitement de la tuberculose grâce à l’héliothérapie et l’aérothérapie sont créés en France [(7)]. De plus en plus de médecins français s’ouvrent alors à un naturisme moderne préconisant l’usage quotidien des bains d’air, de soleil, d’eau, le dévêtissement et le retour à une vie plus naturelle.
C’est à l’occasion d’une enquête sur l’état de santé des écoliers parisiens que le terme d’école de plein air est employé. En 1903, le Pr. Grancher fait le bilan d’une étude médicale menée dans les écoles de la capitale. Sur 4 226 enfants examinés en l’espace de trois ans, 15 % d’entre eux sont atteints par « une forme commençante de la tuberculose pulmonaire » (Dr. Malgat, 1910,54). Trois cas de tuberculose ouverte sont également recensés. Le 6 novembre 1903, le Pr. Grancher rend compte de cette situation, jugée dramatique, à l’Académie de Médecine. Instruit des résultats obtenus par l’aérothérapie et convaincu d’un nécessaire retour aux lois de la nature [(8)], il réclame l’ouverture d’écoles de plein air : « Les enfants reconnus malades seraient placés dans un sanatorium-école, où ils continueraient leurs études sous la surveillance étroite d’un médecin, qui règlerait non seulement l’aération et l’alimentation nécessaires à la cure, mais aussi les heures de travail, de récréation, de gymnastique, etc. (…). Deux écoles suburbaines, une de garçons, une de filles, suffiraient pour ces essais. On les appellerait, si l’on veut, écoles de plein air. Elles seraient un internat de cure pour les enfants bacillifères. Il appartient au Conseil municipal de Paris, si éclairé et si humain, de tenter le salut des enfants malades de nos écoles, pépinières inépuisables de tuberculeux adultes incurables » (cité dans Dr. Malgat, 1910,54).
Malgré l’appui de personnalités politiques éminentes comme MM. Léon Bourgeois, Clément Marot, il faut attendre quatre ans pour qu’une E.P.A. telle que la réclame le Pr. Grancher voit le jour… à Lyon, sept ans à Paris. Ce délai nous permet de juger des résistances de l’école républicaine à modifier un mode de fonctionnement et des programmes fraîchement établis. On préfère agir sur le milieu de vie de l’enfant au moyen du placement familial plutôt qu’adapter l’institution scolaire à la spécificité de certains élèves. Et pourtant les pressions sont nombreuses. En 1906, la Ligue pour l’éducation en plein air voit le jour sur l’initiative du Pr. Méry, des Drs Mathieu et Dufestel aidés de Marié-Davy et de Lemonier. La Ligue prône la généralisation de la classe en plein air ainsi que la pratique des « classes de promenades ». Elle demande l’établissement d’espaces libres, de terrains de jeux et l’obligation de la culture physique rationnelle. Elle porte toute son attention sur l’hygiène des locaux, du matériel, des vêtements. Elle revendique par ailleurs la diminution des effectifs scolaires, la réduction à quatre heures de la journée scolaire pour les enfants ainsi que la restauration des jeux français [(9)]. Elle reçoit le soutien de la Ligue de l’Enseignement et le patronage d’Edouard Petit ainsi que de Ferdinand Brunot.
C’est à la ville de Lyon que revient le mérite d’avoir ouvert en 1907 la première E.P.A. dans la propriété municipale du Vernay, à huit kilomètres de l’agglomération lyonnaise [(10)]. Son fondateur n’est autre que le maire, Edouard Herriot, agissant à l’instigation du Dr. Vigne qui est en relation avec le Pr. Grancher. La rivalité qui oppose Paris à Lyon, sous forme d’émulation et d’innovations, n’est pas étrangère à cette initiative avant-gardiste [(11)]. La ville de Paris envoie d’ailleurs en 1909 une mission d’études chargée de juger du fonctionnement de l’E.P.A. du Vernay et des résultats obtenus. Suite à cette visite, la caisse des écoles du XVIe arrondissement de Paris acquiert au Vésinet un bâtiment destiné à devenir, un an plus tard, la première E.P.A. parisienne [(12)]. L’E.P.A. du Vernay répond aux conditions définies par le Pr. Grancher. En premier lieu, elle est installée en pleine campagne, dans un grand parc de huit hectares. Elle est réservée aux enfants pré-tuberculeux non contagieux et fonctionne sur le mode de l’internat. Respectant la formule du Pr. Grancher, il s’agit de donner aux 35 élèves [(13)] accueillis la première année : « double ration d’air, double ration de nourriture, demi-ration de travail » (Gauthier, 1911,28). Quatre repas rythment la journée durant laquelle trois heures et demi d’étude, données en plein air par deux instituteurs, sont entrecoupées par deux heures de jardinage et une heure de sieste. Bain froid hebdomadaire dans la piscine de la propriété, ablutions journalières et gymnastique suédoise complètent le programme en vigueur. L’éducation à l’hygiène est une composante non négligeable de l’E.P.A. du Vernay. Le contrôle médical de chaque enfant est réalisé toutes les semaines (Dr. Vigne, 1910,55-75). L’E.P.A. du Vésinet fonctionne selon les mêmes règles. La durée de séjour des enfants y est de cinq semaines. Elle accueille garçons et filles. Reconnaissant la valeur curatrice et régénératrice de l’air, s’ouvrent également à Lyon, dans le groupe scolaire de la Part Dieu, des Classes de plein air. Grâce à un mobilier portatif, la classe se déroule pendant le trimestre d’été, dans un jardin, sous les arbres. En 1908, une « Pouponnière de plein air » est même adjointe aux installations du Vernay afin de faire bénéficier les nourrissons des bienfaits de l’air sain.
Un nouveau modèle d’E.P.A. sous l’influence du Dr. Rollier (1914-1918)
L’E.P.A. de la première génération est un internat destiné non pas à prévenir le mal mais à le guérir. Elle s’adresse à des enfants issus de milieux défavorisés dont la maladie n’a pas atteint un stade irréversible et ne présente pas de risque de contagion. Réservée aux élèves de l’école primaire, elle privilégie le contact avec l’air comme moyen de traitement. Cependant, il n’est aucunement question de dévêtissement tel qu’on peut l’observer dans certains sanatoriums. La conception des E.P.A. va néanmoins se trouver modifiée par les réalisations d’un médecin suisse : le Dr. Auguste Rollier, initiateur de l’héliothérapie générale dans le traitement des tuberculoses chirurgicales [(14)]. Élargissant ses procédés thérapeutiques à l’hygiène et la prophylaxie, le Dr. Rollier ouvre en 1910 la première « école au soleil » destinée aux garçons prétuberculeux : Les Noisetiers, implanté à 1300 m d’altitude. Il crée peu de temps après un établissement analogue mais réservé aux filles : La Violette. Situés à Cergnat, près de Leysin, ces institutions s’inspirent des conceptions naturistes allemandes où le naturisme trouve un terrain de prédilection pour son développement [(15)]. Le Dr. Rollier est en effet particulièrement influencé par le système de cure naturiste de Rikli reposant sur l’usage des bains de lumière et de soleil. Avec les naturistes, le Dr. Rollier conçoit la santé comme le fruit d’un contact intime, prolongé entre toute la surface corporelle et les éléments naturels. L’individu puise son énergie dans les flux vitaux que sont le soleil, la lumière et l’air. Le soleil détient dans cette conception une place centrale. Il subordonne l’air. Cette représentation de la santé influence à son tour le Dr. Paul Félix Armand-Delille qui rend hommage au caractère innovant de ces institutions : « La conception de l’école créée par Rollier diffère des précédentes par ce fait capital que l’héliothérapie y joue le rôle principal. Les enfants ne vont à l’école que quand ils sont complètement entraînés à la cure de soleil : l’insolation est totale, les enfants sont nus, en caleçon de bain, avec un chapeau de paille qui les protège au plus fort de l’été. En outre au lieu d’être fixes, les classes sont mobiles : l’école se fait sur un emplacement qui peut varier chaque jour, suivant les conditions atmosphériques ». (Drs Armand-Delille, Wapler, 1920,14). Fini le costume complet des écoliers du Vernay, il s’agit d’exposer les corps presque nus à l’action vitalisante de l’air et du soleil mais aussi de les endurcir aux variations de température [(16)]. Le matériel scolaire est adapté à cette fin. Les enfants disposent de pupitres portatifs qui leur permettent de travailler dans l’attitude la plus favorable aux bains de soleil, c’est à dire allongés. Les élèves sont invités par le maître à changer régulièrement de position afin de profiter des bienfaits des rayons du soleil. Fonctionnant sur le mode de l’internat, l’aération, comme le préconisait Rikli, ne s’arrête pas à la tombée de la nuit. Les fenêtres des dortoirs restent en effet ouvertes en permanence. Une place nouvelle est réservée à l’éducation physique à l’école des Noisetiers. À la gymnastique respiratoire et orthopédique viennent s’ajouter des jeux et des sports comme le tennis, le ski, le patinage. Le jardinage complète le programme des activités physiques. Le principe fondamental qui ordonne aux enfants de « se dépasser » rend obsolète la célèbre formule de l’E.P.A. française : « double ration d’air, double ration de nourriture, demi-ration de travail ». Le Dr. Rollier rappelle en effet que « Le bain d’air et de soleil, le mouvement, telles sont les bases de notre méthode de traitement chez nos enfants ». (Dr. Rollier, 1915,16)
Cette conception nouvelle de l’école au soleil va se trouver légitimée en France par les réalisations de Georges Hébert [(17)]. Ce dernier promeut un système d’éducation physique naturiste reposant notamment sur l’exécution de la leçon de gymnastique dans la tenue vestimentaire la plus restreinte possible, quels que soient la température et le temps. Les démonstrations qu’il organise dès 1913 au Collège d’Athlètes de Reims avec les élèves des écoles primaires de la ville de Reims et les enfants de l’Hôpital général frappent les esprits et font l’objet d’un communiqué à l’Académie de Médecine. Dès 1915, le médecin naturiste Paul Carton applique aux enfants malades du sanatorium de Brévannes la Méthode Naturelle. Les résultats sur la santé des malades sont plus qu’encourageants (Dr. Carton, 1917). Les réalisations du Dr. Rollier comme d’Hébert vont recevoir un accueil des plus favorables. Les délégations de médecins et de pédagogues se pressent au Collège d’Athlètes comme à Leysin. La renommée du Dr. Rollier est internationale. Ferdinand Buisson visite lui-même les écoles au soleil. Enthousiasmé, il accepte d’écrire la préface du livre du Dr. Rollier, L’école au soleil, publié en 1915. Ses propos sont dithyrambiques. Il n’a de cesse de réclamer la création en France d’établissements similaires. Il est entendu dès 1918. Il appartient aux Drs Armand-Delille et Wapler d’avoir ouvert la première « école au soleil à l’imitation de celle de notre ami Rollier, que nous étions allés étudier sur place à Leysin » (Dr. Armand-Delille, 1931,126). Installée au Monnetier-sous-Salève (Haute-Savoie), à proximité des célèbres cliniques héliothérapiques suisse, elle est destinée aux enfants de parents tuberculeux traités dans un sanatorium adjacent. Quelques années plus tôt, le Dr. Armand-Delille faisait partie des délégations médicales reçues au Collège d’Athlètes. Influencée par les travaux du Dr. Carton, l’éducation physique qu’il préconise repose ainsi sur la Méthode Naturelle.
 
Le temps des revendications (1919-1930)
 
 
La création du Comité National des E.P.A. (1922)
Avec la fin de la guerre, les écoles de plein air se multiplient grâce aux efforts du Dr. Armand-Delille. Il tente alors de faire appliquer systématiquement les principes naturistes organisant l’école au soleil du Dr. Rollier aux E.P.A. Pour arriver à ses fins, il publie notamment en 1920, l’ouvrage de référence : « L’école de plein air et l’école au soleil ». Il est vrai que la perspective de dénuder les enfants heurtent les conventions sociales. Les membres les plus extrémistes des ligues pour la moralité publique et la protection de la famille s’opposent à de telles pratiques. Le Dr. Carton doute lui-même de l’efficacité de l’enseignement dans les E.P.A. À son sens, « L’école au soleil ne sera donc jamais qu’un prétexte à photographies sensationnelles » (Carton, 1922,103). Le Dr. Rollier est confronté lui-même à cette situation. Ce que l’on accepte aisément dans les sanatoriums, avec des enfants malades, fait l’objet de nombreuses réticences dès qu’il s’agit du cadre scolaire et d’enfants seulement fragiles. On craint que le vice ne vienne s’installer dans l’esprit des enfants. Pour rassurer les plus anxieux, le Dr. Rollier propose même une méthode d’accoutumance des enfants à la nudité afin d’éviter les arrière-pensées malsaines. Quant au Dr. Armand-Delille, il fait appel au bon sens et subordonne toutes les objections à l’intérêt supérieur de l’enfant : « Mais dira-t-on, la création d’écoles au soleil va soulever toutes sortes d’oppositions. On dira qu’elles sont contraires à la morale et aux bonnes mœurs. Peut-il y avoir des objections sérieuses venant du public ? Un corps d’enfant bronzé au soleil est-il indécent ? Tout est question de convention. Ce qui est considéré comme indécent à la ville ou à la campagne, est admis au bord de la mer » (Drs Armand-Delille, Wapler, 1920,29-30). Malgré ces résistances culturelles, La Ligue d’Hygiène Scolaire, avec le concours du Pr. Méry et de Mlle Chauveau, crée en 1918 à Fontaine-Bouillant (près de Chartres) une E.P.A. destinée aux fillettes des écoles primaires parisiennes. Suivant les tendances nouvelles, le bain de soleil, le coucher dans des pièces aux fenêtres gardées grandes ouvertes, l’éducation physique par la Méthode Naturelle ainsi que l’hydrothérapie matinale complètent à Fontaine-Bouillant le programme en vigueur dans les E.P.A. de la première génération [(18)]. Une nouveauté importante se fait jour. Les E.P.A. ne sont plus réservées comme autrefois aux enfants pré-tuberculeux ou phtisiques mais accueillent aussi les anémiques, les rachitiques… La fonction préventive des E.P.A. s’affirme. Avec la fin de la guerre, les E.P.A. vont se multiplier. Le phénomène est cependant localisé à la région parisienne. Il semble que l’influence du Pr. Grancher sur l’Académie de Médecine de Paris explique cet état de fait. Six E.P.A. ouvrent dans la capitale entre 1919 et 1921 [(19)]. Fait nouveau, des E.P.A. externats voient le jour. Les enfants passent la journée à l’école depuis 8h jusqu’à 17h, puis rentrent dans leur foyer.
La conjoncture sanitaire de la France d’après-guerre renforce l’influence des médecins et des hygiénistes sur la politique comme sur l’école. Le spectre de la dégénérescence de la race hante toujours les esprits. Forts des créations toujours plus nombreuses, les prosélytes des E.P.A. vont tenter d’obtenir une reconnaissance officielle véritable. Dans ce dessein, le Dr. Armand-Delille s’associe à la Ligue pour l’Éducation en Plein Air pour organiser le premier Congrès International des E.P.A.. Il se déroule à Paris du 24 au 28 juin 1922. Cinq gouvernements et huit nations sont représentés par 85 délégués et 250 congressistes [(20)]. Participent notamment à ce congrès Hébert et le Dr. Rollier. Il s’agit de recenser en France l’ensemble des œuvres scolaires de plein air et de les coordonner grâce à la création d’une nouvelle institution : le Comité National des Écoles de Plein Air. Outre la détermination des statuts du C.N.E.P.A., les congressistes vont adopter une définition commune des institutions de plein air. On distingue ainsi quatre structures : la classe aérée, l’E.P.A. externat, l’E.P.A. internat et le préventorium. L’école de plein air devient ainsi « un établissement d’éducation situé hors des villes dans de bonnes conditions d’exposition et, pour le moment réservé aux enfants non tuberculeux, mais ayant besoin d’un régime scolaire et hygiénique spécial sous contrôle médical. Elle peut être conçue sur le type externat ou sur le type internat : celui-ci devra être offert à ceux de ces enfants qui subiraient au foyer familial des conditions hygiéniques défectueuses. Il est désirable que ces types d’établissements scolaires se généralisent à l’ensemble de la population enfantine » (1er Congrès International des E.P.A., 1925,144). Les préventoriums sont obligatoirement des internats situés à la campagne et ne concernent que des populations enfantines déjà atteintes par des formes initiales de tuberculose. Par ailleurs, les diverses communications tendent à dresser un profil type de fonctionnement des E.P.A. Le Congrès donne l’occasion aux organisateurs d’adresser une série de revendications à l’État en réclamant notamment l’octroi de crédits pour la création d’E.P.A., la création dans chaque département d’une E.P.A. internat, l’organisation dans les écoles normales de cours et de conférences sur l’hygiène et la pédagogie propres aux E.P.A., le détachement de membres de l’enseignement public dans les E.P.A. La liste comprend au total 19 vœux (1er Congrès International des E.P.A., 1925,144-146). À l’issue du Congrès, la plupart vont trouver une réponse favorable auprès des instances politiques. Le C.N.E.P.A. obtient de Paul Lapie, directeur de l’Enseignement, la reconnaissance officielle des E.P.A., la possibilité d’un financement public, le détachement puis la nomination d’instituteurs attachés à ces établissements ainsi qu’aux préventoriums.
Une orientation naturiste accentuée dans l’Entre-deux-guerres
Les débuts des E.P.A. s’enracinent donc dans un contexte naturiste déterminant, comme en témoignent la représentation des vertus de l’air qu’elles véhiculent et le dévêtissement organisé des enfants. Les années 1920 sont en effet marquées par l’explosion de la pratique du naturisme en France et la diffusion massive de ses théories. Revues, ouvrages, instituts médicaux, maisons d’alimentation, restaurants, centres de vacances, sont autant de réalisations qui se multiplient sous l’égide du naturisme. Le naturisme est plus que jamais un mode de vie [(21)]. Marqué socialement, il donne lieu à un phénomène de mode. Il est vrai que l’évolution des mœurs banalise le dévêtissement dans la pratique des sports comme dans les loisirs. Le sentiment de pudeur s’efface au profit d’une libération corporelle favorisée par la quête du bronzage. La santé se juge désormais au teint hâlé de la peau.
Le mouvement pour les E.P.A. va suivre cette orientation. La conception naturiste de la santé comme de la vie s’impose dans l’ensemble des œuvres de plein air. Il est patent de constater la participation active de certains membres du C.N.E.P.A. dans les mouvements naturistes. Le Dr. Rollier n’hésite pas à rédiger la préface de l’ouvrage pro-nudiste d’un membre éminent de la Ligue Vivre, le Dr. Poucel (1933,7-8). Le Dr. Armand-Delille, président du C.N.E.P.A. dès le milieu des années 20, renouvelle son soutien à Hébert et Carton mais également au mouvement nudiste de Kienné de Mongeot. Par ailleurs, à l’image du Dr. Charles Perron, la plupart des médecins affectés au contrôle médical des E.P.A. sont convaincus des bienfaits de la cure naturiste. Ces personnes vont s’efforcer d’imposer les pratiques et les conceptions naturistes dans toutes les œuvres de plein air. Le Dr. Armand-Delille élabore dans ce but le profil type de toute E.P.A. Son aménagement fait l’objet de règles naturistes strictes. La question du site est de première importance. Proche de grands arbres, l’emplacement doit être également ensoleillé, aéré, sec et protégé autant que possible des vents du Nord et de l’Ouest. Placée loin des fumées des usines, l’E.P.A. doit disposer d’un préau ouvert d’un seul côté et destiné à la classe de plein air ainsi que d’un terrain de jeu d’au minimum 100 m sur 50. Les douches, le réfectoire, les lavabos et les salles de classes doivent être ensoleillés. Le mobilier scolaire est léger et pliant afin de permettre le déroulement de la classe en pleine nature. Quant aux fenêtres des bâtiments, elles restent ouvertes jour et nuit. Suivant les préceptes de Rikli, qui faisait coucher ses adeptes dans des « huttes d’air », chalets d’une seule pièce auxquels manque une cloison, les internes dorment si possible sur des galeries extérieures simplement protégées par un toit. L’alimentation reste naturiste. Comme le recommande le Dr. Carton, elle se base sur les légumes, les céréales, les fruits frais, les laitages. La viande en est souvent bannie. La leçon de gymnastique doit se faire de préférence selon la méthode d’éducation physique naturiste d’Hébert car « seule la méthode naturelle d’Hébert, caractérisée par les exercices naturels et utilitaires de respiration, de marche, de course, de grimper et qui se pratique au grand air, en plein soleil, à l’état de quasi-nudité, est vraiment la plus logique » (Dr. Perron, 1922,51). Des « rallye papier » et des jeux collectifs de plein air sont organisés le jeudi et le dimanche. Respectant l’éthique naturiste, les élèves suivent les enseignements en état de quasi-nudité. Les garçons sont ainsi revêtus d’un simple caleçon. Quant, aux filles, caleçon et cache-seins ou encore tunique sans manches, très échancrée dans le dos, sont les tenues les plus courantes. En hiver, cependant, seules les leçons d’éducation physique sont exécutées avec un habillage aussi restreint.
Pour autant, le naturisme ne se limite pas à certaines pratiques hygiéniques. Renouant avec les réflexions de grands pédagogues tel Rousseau, il se concrétise également dans l’enseignement intellectuel. Certes, en raison des caractéristiques sociales et sanitaires des élèves, la part qui est accordée à ce dernier est considérablement limitée. En général, seules 4 heures par jour sont consacrées à la classe proprement dite [(22)]. Mais, plus qu’un simple allégement des programmes et des effectifs, un changement important dans la relation pédagogique est prôné en faisant appel à l’action formatrice de la nature [(23)]. L’inspecteur honoraire de l’éducation nationale Oscar Auriac prône même une « éducation naturelle » refusant le dualisme corps esprit : « Nous disons que le problème sera résolu si l’éducation dispensée par l’EPA est une éducation naturelle et active, c’est à dire le contraire d’un dressage où l’enfant est patient plus qu’agent, agi plus qu’acteur, où il reçoit plus qu’il ne découvre par ses propres moyens, où il est conçu comme une matière à laquelle l’éducateur prétend imposer une forme. L’enfant sera pris dans son entier, dans la réalité et l’unité de son être complexe — corps et esprit » (Auriac, 1943,59). Et de fait, les enseignements sont tirés principalement de l’observation méthodique du « grand livre de la nature » comme le souligne le Dr. Perron à propos des E.P.A. qu’il a visitées. Le mécanisme d’apprentissage passif des connaissances est remplacé par celui de l’auto-construction et la démarche active. Refusant le conformisme, on cherche à développer la nature propre à chaque enfant. Les notions aussi bien mathématiques, géographiques, biologiques sont acquises « sur le terrain » par l’observation personnelle, l’expérience et l’analyse. L’importance de la classe promenade, support privilégié de la leçon de choses, se trouve réaffirmée. Les grands espaces sont utilisés par exemple pour donner une idée exacte des différents ordres de grandeurs (longueur, surface, volume, poids). De plus, les mesures faites concrètement servent à travailler le calcul. L’éducation sensorielle détient une place de choix dans les E.P.A. Les objets sont appréhendés autant que possible à partir des cinq sens. On cherche également à développer l’imagination, l’art de s’exprimer oralement. Par ailleurs, à la discipline traditionnelle on oppose une éducation morale naturelle, découlant spontanément de la vie en commun au sein de la nature [(24)]. L’école du travail de Kerschensteiner où toutes les notions sont appréhendées à partir du travail manuel, l’imprimerie de Célestin Freinet, les expériences de Mme Montessori, sont des références pour les animateurs des E.P.A. Les E.P.A. se distinguent également par l’enseignement professionnel dispensé. Jardinage, arboriculture, élevage, travaux ménagers, vannerie, menuiserie, sont autant de moyens destinés à préparer l’enfant à la vie agricole. Car, au-delà de l’éducation de l’individu, le but est, entre autres, de « ramener des familles, à la campagne, au village » (Dr. Perron, 1922,66), seule véritable solution pour empêcher la rechute des convalescents tuberculeux. C’est une conception différente de la vie et du bonheur qui est explicitement prônée. Les vraies valeurs, source du bonheur véritable, sont à chercher une fois de plus au sein de la nature. Cette représentation est influencée par d’autres modèles institutionnels comme les caravanes scolaires du CAF, le scoutisme ou les colonies de vacances [(25)]. Plus que la santé des élèves, c’est une pédagogie de l’éveil à une nature « très culturelle » qui se joue.
Afin de mieux former le personnel aux procédés pédagogiques adaptés aux E.P.A., le C.N.E.P.A. organise à partir de 1930, au Musée Pédagogique, des conférences gratuites, des stages, des visites d’E.P.A., des cours par correspondance, des examens sanctionnés par un diplôme. Pour développer de nouvelles méthodes d’enseignement, pour réhabiliter la « pédagogie naturelle » (Lemonier, 1934,2724), le C.N.E.P.A. préside également à la fondation de l’Institut Pédagogique de plein air [(26)]. L’engagement du C.N.E.P.A. en faveur d’une éducation naturiste va beaucoup plus loin. Outre le souhait que tous les enfants des villes puissent bénéficier d’une E.P.A., le Dr. Armand-Delille réclame une fois de plus la généralisation du bain de soleil dans tous les établissements scolaires et la pratique de la Méthode Naturelle [(27)]. Enfin, la création de collèges et de lycées de plein air s’affirme dans l’esprit des dirigeants du Comité comme la suite logique des actions entreprises avec la population des écoles primaires. En raison de l’engagement en faveur du naturisme des dirigeants du C.N.E.P.A., tous les mouvements naturistes s’entendent pour réclamer la généralisation des E.P.A. Toute école doit devenir une E.P.A. Hébert publie dans ce sens de nombreux articles dans sa revue, L’Éducation physique. Les moniteurs et les monitrices qu’il forme interviennent régulièrement dans ces structures. Plus d’une dizaine d’articles sont consacrés aux E.P.A. dans la revue nudiste Vivre intégralement. Le Dr. Pathault les conçoit même comme une propédeutique aux camps nudistes : « Reconnaissons que son programme (celui des E.P.A.) est le nôtre, que nous l’acceptons entièrement et qu’il pourrait suffire à notre naturisme. (…) De sorte qu’on pourrait dire : le centre gymnique et naturiste (centre nudiste dans le sens où l’entend le Dr. Pathault) est l’E.P.A. de l’adulte et réciproquement les E.P.A. ne sont que des centres gymniques et naturistes de l’enfant » (Dr. Pathauld, 1937,30-31).
 
Conclusion : Le temps des certitudes (1930-1935)
 
 
Concernant notre problématique initiale, nous avons pu vérifier que la genèse des E.P.A. coïncide avec l’apparition d’une sensibilité nouvelle vis à vis des éléments naturels. Les caractéristiques des E.P.A. ont évolué avec le temps en symbiose avec les discours naturistes. Ce phénomène trouve son explication dans le rôle essentiel joué par les médecins tant dans l’essor du naturisme que dans le développement des E.P.A., à la faveur d’un contexte de reconstruction nationale où il convient d’établir la victoire des berceaux sur les cercueils. L’évolution des mœurs et les préoccupations d’ordre sanitaire concernant les ravages causés par la tuberculose sont d’autres facteurs explicatifs quant à la prise en compte accentuée du naturisme au sein des E.P.A. à partir des années 20. La tuberculose tue en effet chaque année environ 80 000 Français. Comme le souligne Saint-Martin « en 1935, elle atteint son maximum de destruction entre 20 et 40 ans et retire la vie à plus de 5 000 jeunes gens âgés de 15 à 19 ans » (Saint-Martin, 1999,409). Les années 1930-1935 peuvent être considérés non seulement comme l’âge d’or des E.P.A. mais aussi comme celles de l’influence du naturisme sur les œuvres de plein air en général. En effet, la reconnaissance officielle des certaines associations naturistes comme celle des Drs Durville balaye les dernières résistances culturelles. Il n’est donc pas surprenant de voir la place des E.P.A. s’affirmer dans les années 30 et tout particulièrement sous le Front populaire. De 200 en 1929, elles atteignent les 500 en 1934 et concernent 600 instituteurs pour 25 000 élèves environ (Lemonier, 1934, 2724), et ce malgré la crise financière et le manque d’enseignants compétents. Néanmoins, la reconnaissance politique des E.P.A. est définitivement acquise lorsque le décret du 18 juillet 1939 précise la mise en place d’un concours délivrant le Certificat d’Aptitude à l’Enseignement des E.P.A.. Le décret fixe les conditions d’accès au concours et le programme en vigueur. L’examen comporte une épreuve écrite portant sur des notions d’hygiène, d’éducation physique, de pédagogie propres aux E.P.A. En cas d’admissibilité, le candidat est soumis à un oral où il doit répondre à une question d’hygiène et à une autre portant sur la pédagogie. L’examen se termine par des épreuves pratiques au sein d’une E.P.A. Confronté à une classe, le futur instituteur doit dispenser une leçon d’enseignement général, une leçon d’éducation physique et une leçon de chant. Cette reconnaissance politique intervient après plusieurs années de cautionnement international orchestré officiellement depuis 1925 par le Comité International des Écoles de Plein Air. Le C.I.E.P.A. obtient à son tour une reconnaissance internationale en intégrant le comité d’hygiène de la Société des Nations en 1935.
 
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NOTES
 
[(1)] Maître de conférence Département STAPS Le Mans.
[(2)] Maître de conférence UFRAPS Lyon.
[(3)] Dr. Planchon, 1778.
[(4)] M. Rainis, 1998, pp. 84-93.
[(5)] L’Académie de Médecine fait état de cette situation en 1887 à travers deux rapports (Lagneau, 1886 ; Brouardel, 1887).
[(6)] Dans son établissement de Veldes A. Rikli traite grâce aux » bains de soleil, d’air et de lumière » toutes les affections, y compris les cas de cancer, tuberculose, ramollissement du cerveau, congestions cérébrales, lupus, syphilis, rhumatisme, névralgies, inflammations des ovaires. Cf. A. Rikli, 1905,111,113,117-118,120.
[(7)] En 1910, un ouvrage dirigé par H. Legrand inventorie les différentes sanatoriums traitant par les cures d’air, d’eau, de soleil ou de régime. Dr. Legrand, 1910.
[(8)] Un des disciples du Pr. Grancher rappelle que : « L’homme de génie et de haute culture que fut Grancher, mon ancien maître, avait compris que le meilleur moyen de conserver la graine humaine était le retour aux lois de la nature, et je n’ai fait, en préconisant la cure solaire, que suivre modestement son lumineux sillage ». Dr. Malgat, 1910, p. 39.
[(9)] Cité dans G. Lemonier, 10 juil. 1934, p. 2723.
[(10)] Lemonier signale néanmoins qu’une réalisation proche des E.P.A., sorte de première ébauche, aurait été réalisée à Saint-Ouen en 1890, grâce au dévouement d’un instituteur et sous l’inspiration des Drs Méry, Dufestel et Mathieu. Ibid., pp. 2723-2724.
[(11)] Comme l’indique P. Arnaud : « Depuis la Révolution française, la rivalité entre Paris et Lyon est une grille de lecture essentielle pour comprendre les initiatives des élus municipaux de la capitale des Gaules dans tous les domaines de la vie politique, économique, sociale et culturelle ». Arnaud, 1999, p. 132.
[(12)] La même année, une troisième E.P.A. voit le jour à Verrières, près de Saint-Étienne (Rhône-Alpes). Une dernière structure de ce type est créée en 1913 à Mortain pour les écoliers du XXe arrondissement de la capitale.
[(13)] Dès la seconde année, ce chiffre est porté à 100. Les enfants restent en moyenne trois mois. Seuls les enfants de 5 à 13 ans sont acceptés. On tente de les rassembler dans des catégories d’âges permettant un enseignement adapté, par exemple les 11 – 13 ans et les 9 – 11 ans.
[(14)] Alors qu’on limitait généralement l’insolation aux parties malades, le Dr. Rollier pratique l’insolation de tout le corps quelle que soit la zone atteinte. Il ouvre entre 1903 et 1918 cinq cliniques héliothérapiques à Leysin destiné aux tuberculeux.
[(15)] Le naturisme trouve en Allemagne un terrain de prédilection pour son développement. Ainsi, des mouvements naturistes se structurent à grande échelle dès le milieu du XIXe siècle. Une forme extrême prise par le naturisme : le nudisme y rencontre un succès notoire dans la dernière décennie du XIXe. Du point de vue des formes prises par le naturisme et de l’ampleur des mouvements, la France a vingt ans de retard sur l’Allemagne qui de ce fait s’érige en exemple. Cf. Villaret et Delaplace, 1999 (a).
[(16)] « En été, ils circulent presque nus par tous les temps ; et ceux qui souffraient chez eux de rhumes, de bronchites ou d’angines au moindre changement de température, deviennent bientôt si aguerris qu’ils sont presque entièrement réfractaires à ce genre d’affection ». Dr. Rollier, 1915, p. 18.
[(17)] En 1915, le Dr. Rollier fait l’éloge de la Méthode Naturelle d’Hébert : « Partant de ce principe que le corps humain doit être exercé nu dans milieu naturel, qui est l’air et le soleil, et non dans des salles plus ou moins closes, il a su pousser l’entraînement de ses élèves à un très haut degré de perfection ». Ibid., p. 31.
[(18)] Au bout de quatre mois, les résultats sont, selon les organisateurs, excellents. Malgré les restrictions alimentaires, une augmentation de 3 kilos en moyenne est constatée sur les cinquante fillettes envoyées là-bas. Cf. Dr. Armand-Delille, 1931,125.
[(19)] On recense ainsi en 1920, l’école du Dr. Wapler, installée dans le parc de Versailles pendant la saison d’été, l’E.P.A. du Boulevard Mortier sous la direction du Dr. Dufestel. En juin 1920, « l’école aérium » ouverte dans le XIIe arrondissement par Gaston Lemonier est inaugurée. Au Bastion 42, une autre E.P.A. est créée par les Oeuvres de Toute l’Enfance en Plein Air. La même année, le Bastion 47 accueille une école au soleil temporaire grâce aux efforts de l’Union des Femmes de France en faveur des enfants fragiles du XVIIe arrondissement.
[(20)] Le comité d’honneur est constitué par de hautes personnalités de l’État comme le ministre des Affaires Étrangères, le président du Conseil, le ministre de l’Instruction publique ainsi que Paul Strauss, ministre de l’Hygiène et de la Prévoyance sociale. Avec la présence de Gaston Vidal et de Henry Paté, ce sont également les responsables politiques de l’éducation physique en France qui sont concernés.
[(21)] Une de ses formes extrêmes, le nudisme s’affirme dès 1926 grâce au mouvement créé par Marcel Kienné de Mongeot. Cf. Villaret, 1997 ; Villaret et Delaplace, 1999 (b).
[(22)] À cela se rajoute 11h 30 de sommeil (pour les internes), 2h de sieste et d’ensoleillement progressivement dosé et surveillé, 1h 30 de soins de propreté (douche journalière, toilette du matin et du soir, lavage des mains avant le repas), 1h d’exercices ménagers et de jardinage, 1h 45 pour les repas, et enfin 2h consacrées aux exercices respiratoires, à la gymnastique et aux récréations. L’école de plein air de Liesse, 1934, p. 2744.
[(23)] « L’organisation pédagogique des écoles de plein air, étant donné le but qu’elles se proposent, doit chercher à donner aux enfants une orientation, une tournure d’esprit particulière, brisant carrément avec les programmes en vigueur et les méthodes employées dans les écoles publiques » (Dr. Perron, 1922,64).
[(24)] « Pareillement, il y aura à l’école de plein air une éducation morale naturelle et active. Elle naîtra spontanément de la vie en commun, non pas dans une classe exiguë où la discipline traditionnelle immobilise et sépare les élèves, non pas dans une cour étroite où les enfants ne paraissent que deux fois dix minutes par jour, mais dans de vastes espaces libres où l’eau, les arbres, les fleurs, les bêtes elles-mêmes représentent le monde réel. (…) En outre elle comprime l’égocentrisme instinctif de l’enfant et développe chez lui cet esprit de réciprocité qui lui manque et qui est le fondement du sens social ». Auriac, 1943,60.
[(25)] Voir sur le rapport à la nature véhiculé par ces différents modèles institutionnels : A. Rauch, 1995,83-117.
[(26)] Il s’agit d’un groupe de 50 instituteurs et institutrices spécialisés, recrutés par cooptation et chargés de rechercher les meilleures méthodes et les meilleurs procédés éducatifs à utiliser dans les E.P.A. et les préventoriums.
[(27)] « Non seulement dans les écoles de plein air, mais dans toutes les écoles primaires et les collèges et lycées, le bain de soleil doit être pratiqué d’une manière systématique, ainsi que la gymnastique Hébert ; de plus comme le demande le Comité national des écoles de plein air, le programme des écoles primaires et des lycées et collèges doit comporter un certain nombre d’heures par jour consacrées à l’exercice le corps nu et en plein air. (…) il y aurait lieu également de transformer les toits des lycées en terrasses pour permettre l’héliothérapie ». Dr. Armand-Delille, 1931,182.
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[(4)]
M. Rainis, 1998, pp. 84-93. Suite de la note...
[(5)]
L’Académie de Médecine fait état de cette situation en 1887...
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Dans son établissement de Veldes A. Rikli traite grâce aux ...
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En 1910, un ouvrage dirigé par H. Legrand inventorie les di...
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