2004
Science et motricité
Efficacité de la démonstration explicitée ou silencieuse pour l’apprentissage de la course de haies chez l’enfant de 7 à 10 ans
Philippe Giroud
Bettina Debû
[(1)]
L’objet de ce travail est d’analyser l’efficacité d’une procédure d’apprentissage par observa~tion pour l’acquisition d’un éducatif de la course de haies, chez l’enfant. Vingt-cinq enfants
débutants dans cette activité, âgés en moyenne de 9 ans 4 mois, ont été répartis en trois
groupes : démonstration explicitée d’un modèle correct et pratique physique, démonstration
silencieuse d’un modèle correct et pratique physique, pratique physique seule. Le modèle est
observé sur vidéo. La tâche est un parcours de 30 m jalonné de cinq haies. Les variables
dépendantes sont un score de performance (le temps) et un score technique (le nombre
d’intervalles franchis en deux appuis). Les résultats des deux groupes bénéficiant de
démonstration sont significativement meilleurs que ceux du groupe contrôle en rétention,
sur les deux types de scores. Cependant, ces deux groupes ne diffèrent pas entre eux. Ces
résultats démontrent l’efficacité des procédures d’apprentissage par observation pour
l’acquisition d’un éducatif de course de haies chez l’enfant débutant dans l’activité.
Mots-clés :
Apprentissage par observation, enfant, course de haies.
Efficiency of observational learning
of a hurdles’ skill in 7 to 10 year-old children
ABSTRACT
The purpose of the present work was to evaluate the efficiency of observational learning for
the acquisition of a hurdles’ educational exercise. Twenty-five children of 9 years and 4
months average age, beginner in the activity, were allocated to one of three groups : model~ing with verbal cues and physical practice, silent modeling and physical practice or physical
practice only. The model was presented using a video recording. The experimental task was
a 30 meters’ race including 5 hurdles. Dependent variables were a performance score, the
time needed to complete the race, and a technical score, the number of intervals ran in two
steps. Results show that, for the two measures, the two modeling groups perform signifi~cantly better than the control group on the retention test, but do not differ from each other.
It is concluded that observational learning is an efficient procedure for teaching this motor
skill to children beginning in the activity.
Keywords :
Modeling, children, hurdles.
L’apprentissage par observation est une procédure couramment utilisée
par l’entraîneur comme par l’enseignant d’éducation physique pour
l’acquisition d’habiletés sportives. Cette démarche s’appuie sur la théorie de l’apprentissage social de Bandura (1976), et a été validée, pour le
cas des apprentissages moteurs, par Carrol et Bandura (1982,1987,
1990). Elle consiste à faire observer un modèle en préalable à l’exécution
de la tâche. Selon le modèle théorique proposé par Bandura (1976) les
mécanismes sous-jacents incluent 4 types de processus : attentionnels,
mnésiques (codage et rétention), motivationnels et de reproduction
motrice. Pour que cette procédure soit efficace au cours de la phase
d’observation, il faut que l’apprenant oriente son attention sur les facteurs déterminant de la réussite (processus attentionnels). L’action
observée devra ensuite être codée afin de pouvoir être mémorisée (processus de codage et de rétention). Dans un deuxième temps, celui de la
production, la prestation motrice dépendra de la capacité du sujet à
reproduire le comportement observé (processus de reproduction
motrice), et de sa motivation (processus motivationnels) (voir McCullagh, Weiss & Ross, 1989 pour une revue).
Si un grand nombre d’études expérimentales a montré l’efficacité
des procédures d’apprentissage par observation pour l’acquisition
d’habiletés à but spatial, ou topocinèses (voir Ross, Bird, Doody & Zoeller, 1985 ; McCullagh & Little, 1990 et Blandin, Proteau & Alain, 1994 ;
pour des tâches d’anticipation coïncidence) ainsi que pour des habiletés
à but de forme, ou morphocinèses (Laugier 1995 ; Lafont, 1994), les travaux ayant pour objet l’acquisition d’habiletés sportives sont moins
nombreux. Ceux réalisés chez l’enfant sont particulièrement rares, alors
même qu’un grand nombre de techniques sportives s’acquiert au cours
de l’enfance et de l’adolescence. Les quelques études publiées portant
sur l’apprentissage par observation d’habiletés sportives chez l’enfant
apportent des résultats contradictoires. Pour Famose, Hébrard, Simonet
et Vivès (1979), puis Hébrard (1986), l’apprentissage par observation est
une stratégie peu efficace, notamment en comparaison à l’aménagement
du milieu, pour l’acquisition du virage à ski chez des enfants âgés de 4
à 6 ans et de 10 à 12 ans (Hébrard, 1986). Hébrard (1974) arrive à la
même conclusion pour l’apprentissage d’un éducatif de la course de
haies chez des enfants de 12 ans. Par contre, les résultats de Lafont
(1994) ne révèlent aucune différence entre les deux procédures de
démonstration et d’aménagement du milieu, pour une tâche à but
mixte, mais prioritairement topocinétique, une tâche de multisauts,
chez des élèves de sixième. La divergence entre les résultats de Lafont
(1994) et ceux de Hébrard et collaborateurs (Hébrard, 1974 ; Hébrard,
1986 ; Famose et al., 1979) pourrait être liée aux modalités précises de la
démonstration. En effet, pour l’apprentissage du virage parallèle en ski,
Famose et al. (1979) utilisaient essentiellement des consignes verbales
illustrées par une démonstration mimée. Cette procédure ne permettant
pas une observation discriminante des actions du modèle, il n’est pas
surprenant que la modalité d’aménagement matériel du milieu se soit
avérée plus efficace que la modalité instructions verbales et démonstration, au delà même du choix d’une habileté se prêtant mal à la modélisation. De la même manière, dans le cas de la course de haies (Hébrard,
1974), la démonstration était silencieuse, exécutée à vitesse réelle par un
enfant expert de même âge que les apprenants. Au contraire, les participants aux expériences de Lafont (1994) bénéficiaient d’une démonstration explicitée, visant à attirer l’attention des sujets sur les facteurs
déterminants de la performance.
En effet, selon Bandura (1971) la visibilité des facteurs déterminants de la réussite est une condition importante de l’apprentissage par
observation. Burwitz (1975) en comparant une tâche de grimper à
l’échelle de Bachman et une tâche de poursuite rotative, a confirmé
l’idée que l’information utile doit être détectable pour que l’observation
favorise l’apprentissage. Par la suite, les travaux de Carroll et Bandura
(1990) et Meaney (1994) ont démontré qu’il est nécessaire d’orienter
l’attention du sujet vers ces éléments critiques de la performance du
modèle. Selon Laugier (1995), les consignes permettent d’attirer l’attention de l’observateur sur des points particuliers de l’information
visuelle présentée, et l’aident à ignorer les aspects non pertinents. Elles
seraient notamment utiles chez les sujets débutants, et dans des tâches
complexes où la quantité d’information à traiter est importante, comme
c’est le cas pour les habiletés sportives. Dans le cas des tâches pour lesquelles la vitesse d’exécution est élevée, l’observation attentive et discriminante du modèle peut être obtenue soit en diminuant la vitesse, soit
en orientant l’attention à partir d’indices verbaux, soit les deux (Lafont,
1994).
Ces aménagements des conditions d’observation sont d’autant
plus importants lorsqu’on travaille avec des populations d’enfants, dont
les capacités attentionnelles aussi bien que mnésiques sont plus limitées
que celles de l’adulte. En effet, Yando et al. (1978) soulignent que les processus attentionnels et mnésiques peuvent constituer chez l’enfants des
facteurs limitant de la modélisation. Ainsi Feltz (1982) constate que 60 %
des adultes ayant observé une démonstration de grimper à l’échelle de
Bachman décrivent correctement trois des cinq facteurs déterminants de
la réussite, tandis que 56 % des enfants n’en décrivent qu’un seul. Dans
une tâche de jonglerie, Meaney (1994) a manipulé les modalités de présentation du modèle (visuel, visuel associé à des indices verbaux, ou
visuel associé à des indices verbaux et à de la répétition verbale). Comparant les performances en rétention et en transfert d’enfants âgés de
9 ans à 10,5 ans et d’adultes, elle montre que l’efficacité de ces différentes procédures dépend du niveau de développement cognitif des sujets.
Selon Winnykamen et McColgan (1986, cités par Lafont, 1994), chez
l’enfant la combinaison d’indices verbaux et visuels permettrait d’optimiser la mise en jeu des processus attentionnels et permettrait la construction du modèle interne. Enfin, Cadopi, Châtillon et Baldy (1995) ont
étudié l’évolution des représentations et des performances motrices en
fonction de l’âge, chez des enfants débutants âgés de 8 et 11 ans et chez
l’adulte, pour l’acquisition d’une séquence dansée. Les résultats suggèrent qu’à 8 ans, l’enfant effectuerait un codage uniquement visuel des
actions du modèle, tandis que ce dernier se doublerait d’un codage verbal à 11 ans, tout comme chez l’adulte. Ces résultats étayent les hypothèses de Bandura (1974) pour qui un codage visuel domine pour
l’acquisition de morphocinèses chez l’enfant de moins de 10 ans. Ils confortent également la proposition de Thomas (1980) selon qui les enfants
n’emploient pas de manière spontanée des stratégies mnémotechniques
identiques à celles de l’adulte avant l’âge de 11 ans.
Dans l’ensemble, ces résultats suggèrent donc qu’il est utile d’ajouter des indices verbaux à la démonstration, particulièrement chez
l’enfant de moins de 11 ans. L’optimisation de la procédure de modélisation apparaît d’autant plus importante que l’on s’intéresse à l’acquisition d’habiletés sportives, par nature plus complexes que des tâches
construites à des fins expérimentales. Dans ces conditions, il semble que
les procédures d’apprentissage par observation peuvent être efficaces
chez l’enfant de moins de 11 ans et pour l’acquisition d’habiletés complexes, notamment morphocinétiques. Nous avons voulu vérifier la
possibilité d’étendre ces conclusions à l’acquisition d’habiletés sportives
de nature topocinétique. Pour ce faire nous avons comparé l’efficacité
de procédures de modélisation, commentée ou non, pour l’apprentissage d’un éducatif de la course de haies, considéré comme un enchaînement cyclique d’actions topocinétiques, chez des enfants de 7,5 à
10,5 ans. L’hypothèse générale était que la démonstration est une stratégie efficace pour l’apprentissage de cette habileté, et devrait induire des
progrès significatifs en référence à un groupe contrôle ne bénéficiant pas
de démonstration. Nous émettions aussi une hypothèse spécifique,
selon laquelle une démonstration explicitée entraînerait de meilleurs
résultats qu’une démonstration silencieuse.
Participants
Il s’agit de 25 enfants, 13 filles et 12 garçons, âgés de 7 ans et 8 mois à
10 ans et 7 mois (moyenne : 9 ans et 4 mois). Tous sont issus d’une école
d’athlétisme, mais ils n’ont jamais pratiqué l’activité course de haies. Ils
sont volontaires et ont été recrutés avec le consentement de leurs
parents. La tranche d’âge de 7 à 10 ans correspond au public généralement accueilli dans les écoles d’athlétisme. Nous avons choisi de conserver cette amplitude d’âge car elle reflète la réalité des conditions
d’enseignement avec lesquelles les éducateurs doivent composer. De
plus, sur un plan théorique, les résultats publiés dans la littérature montrent que les stratégies de traitement de l’information véhiculée par le
modèle changent à partir de l’âge de 11 ans. Nous avons veillé à ce que
l’amplitude des âges soit représentée dans chacun des trois groupes
constitués pour l’expérience, afin de ne pas introduire de biais lié à l’âge
dans les résultats (voir Tableau 1).
Tâche
La tâche utilisée est une adaptation d’un éducatif de la course de haies,
spécifiquement un parcours de 30 mètres avec 5 haies. Le but est
d’effectuer le parcours le plus rapidement possible. Une analyse technique montre que pour réaliser le meilleur temps, le sujet doit conserver
une vitesse de déplacement horizontale maximale, et donc franchir les
obstacles sans élever son centre de gravité. Au regard de ces caractéristiques, trois critères techniques fondamentaux permettant au débutant
d’atteindre le but de tâche ont été retenus (franchir l’intervalle interhaies sans piétiner, être rasant au-dessus de la haie, prendre appel loin
de la haie et vers l’avant). L’écart entre les obstacles a été calculé de
manière à permettre un passage en 2 appuis dans un intervalle lorsque
le sujet maîtrise la tâche. La hauteur a été choisie de manière à ce
qu’aucune élévation du bassin ne soit nécessaire pour franchir les
obstacles : les lattes arrivent environ au niveau du genou.
Procédure
Une semaine avant le début de l’expérience, les enfants sont convoqués
pour réaliser une épreuve de 30 mètres plat. Au cours de cette séance,
des données anthropométriques (taille, longueur de jambe) sont
recueillies pour normaliser la hauteur des haies pour chacun des sujets.
La performance, ainsi que l’amplitude de foulée moyenne sur le 30
mètres sprint (moyenne sur trois essais), permettent de normaliser
l’intervalle inter-haies et la hauteur des obstacles. Selon les sujets, les
valeurs des intervalles sont comprises entre 2,60 et 3,60 mètres, tandis
que la hauteur des haies varie de 37,5 à 45 centimètres. Pour éviter que
les enfants n’identifient l’activité athlétique support et ne s’entraînent
avant la réalisation de l’expérience, nous avons choisi de ne pas effectuer de pré-test sur le parcours de haies (E0) au cours de cette séance. De
ce fait, trois groupes homogènes ont été constitués selon la même procédure que Hébrard (1974), c’est à dire sur la base de la performance au 30
m plat. L’hypothèse est que la présence de haies devrait induire un
ralentissement comparable chez tous les sujets, confrontés pour la première fois à l’activité de course de haies. L’influence de l’âge sur le ralentissement produit par la présence des haies a été testée au moyen d’un
test de Student comparant les performances des enfants les plus jeunes
(94 à 114 mois, n = 12) à celle des plus âgés (115 à 127 mois, n = 13). Ce
test confirme l’absence d’effet (t = 0,88, p = 0,39). De plus, l’influence de
l’âge sur la capacité à résoudre le problème posé par la présence des obstacles a été contrôlée en constituant des groupes de même amplitude
d’âge. Les moyennes et les écarts types des âges et des temps sont présentés dans le tableau 1.
TABLEAU 1
Moyennes et écarts type des âges (en mois) et temps (en centièmes de secondes) sur 30 m plat
TABLEAU 1
Moyennes et écarts type des âges (en mois) et temps (en centièmes de secondes) sur 30 m plat
pour les groupes de démonstration explicitée (DEC), de démonstration silencieuse (DSC) et
contrôle (CO)
Âge
Temps 30 m plat
Groupes
M
ET
M
ET
DEC
112.2
8.0
586
48
DSC
113.5
11.2
594
35
CO
111.9
9.9
597
39
Total
112.5
9.3
592
40
L’expérience se déroule dans un gymnase, les enfants étant convoqués par groupes de trois. L’objectif identifié est d’apprendre la course
de haies. Pour les enfants, le but annoncé est de réaliser le meilleur
temps à chaque essai. Les 12 essais se répartissent de la manière suivante : il y a d’abord un pré-test E0. Il est suivi de trois blocs de trois
essais d’apprentissage. Entre deux blocs, le temps de récupération est de
six minutes, pendant lesquelles les sujets des groupes de démonstration
visionnent leurs vidéos respectives, et ceux du groupe contrôle se reposent. Entre les trois essais d’un bloc, le temps de récupération est de
deux minutes. Le but (courir le plus vite possible jusqu’au bout du parcours) est rappelé avant chaque bloc. Après ces neuf essais d’apprentissage, les sujets récupèrent pendant 45 minutes en regardant une vidéo
sans rapport avec l’expérience. Ils effectuent ensuite deux essais de
rétention à deux minutes d’intervalle, précédés d’un rappel du but. Ils
n’ont pas connaissance du temps réalisé lors des différents essais.
L’organisation des essais de chaque bloc a été pensée de manière à
tenir compte de contraintes méthodologiques et de contraintes opérationnelles. Les enfants ne pouvaient courir par trois car il était nécessaire
de les filmer individuellement pour acquérir le score technique, et les
contraintes matérielles rendaient impossible l’utilisation simultanée de
trois caméras. D’autre part, nous avons choisi de ne pas faire courir les
enfants un par un pour limiter la durée des sessions expérimentales.
Pour concilier ces contraintes nous avons choisi d’alterner des essais
réalisés seul et des essais réalisés à deux (soit 6 séquences filmées par
trio, contre 9 si tous les essais avaient été réalisés individuellement).
Afin d’équilibrer les effets potentiels d’émulation, le nombre d’essais
réalisés avec un partenaire devait être identique pour chacun des sujets,
En conséquence, pour chaque bloc de 3 essais, les enfants réalisaient une
course seul et une course avec chacun de leur deux partenaires. La
rétention était effectuée à deux. À aucun moment au cours de l’expérience les sujets n’avaient la possibilité de voir les autres enfants courir.
À la fin de l’expérience, une séance d’information a été organisée
pour expliquer aux enfants le but de l’expérience et leur montrer leurs
images vidéos.
Modèle
Nous comparons les modalités démonstration explicitée d’un modèle
correct et pratique physique (DEC), démonstration silencieuse d’un
modèle correct et pratique physique (DSC) et pratique physique uniquement (groupe contrôle : CO). Dans les deux modalités de démonstration, le modèle est un coureur de haies masculin expert, âgé de
25 ans. Sa prestation permet de présenter les facteurs déterminants de la
performance identifiés à partir de l’analyse technique : le nombre
d’appuis effectués entre chaque haie, la hauteur du bassin par rapport à
la latte de la haie, la distance entre le pied d’appel et la haie. Afin de
standardiser la présentation du modèle et de rendre possible l’observation des points clés tout en respectant les caractéristiques spatiales et
dynamiques de la tâche, la solution choisie est d’utiliser la vidéo. Le
modèle est présenté avant chaque bloc de pratique, soit trois fois au
total. Chaque visionnage permet de voir la course du modèle dans sa
globalité, deux fois à vitesse normale et deux fois au ralenti. Un arrêt sur
image du coureur à la verticale de la haie lors du franchissement est présenté à chaque visionnage. Un arrêt sur image du coureur en fin de
phase d’appel est également présenté lors des deux derniers visionnages. Ces arrêts sur image durent chacun 40 secondes. Le temps nécessaire à ces projections est de six minutes. Le groupe contrôle passe le
même temps à se reposer en présence d’un animateur.
Les consignes associées aux différents visionnages sont lues à chaque fois, afin que les enfants reçoivent les mêmes informations, et
qu’elles portent sur les mêmes critères (nombre d’appuis, hauteur des
fesses au dessus de la haie, distance d’appel par rapport à la haie).
L’ensemble des consignes et commentaires éventuels (voir ci-dessous)
est toujours donné par le même expérimentateur, un jeune (25 ans)
enseignant, entraîneur de l’école d’athlétisme et donc connu des
enfants. Les problématiques d’apprentissage impliquent de s’interroger
sur les modalités de présentation de la tâche, et sur les instructions données aux apprenants. Du point de vue des informations sur la tâche,
deux possibilités peuvent être envisagées pour aider le coureur à modifier ses actions, puisqu’une même information peut être présentée de
manière différente à l’apprenant : les instructions peuvent être référées
soit aux mouvements propres du sujet (focus interne), soit aux effets que
ces mouvements produisent sur l’environnement (focus externe). Wulf,
Höβ et Prinz (1998) montrent que, chez le débutant, l’apprentissage est
optimisé lorsque l’on oriente l’attention de l’apprenant sur les conséquences de ses mouvements sur l’environnement. De même, dans le
cadre de l’athlétisme, Arnaud (1996 ; Arnaud et al., 2000) distinguent les
informations sur l’organisation corporelle de celles qui portent sur
l’organisation spatiale, et préconisent l’utilisation de consignes portant
sur l’organisation spatiale chez le débutant. Enfin, l’utilisation d’un
modèle visuel confortait la pertinence du choix d’un focus externe. C’est
pourquoi nous avons choisi, pour le groupe de démonstration explicitée, de centrer les commentaires sur l’organisation spatiale du modèle :
le nombre d’appuis effectués entre deux haies, la hauteur du bassin par
rapport à la latte de la haie, la distance entre le pied d’appel et la haie.
Pour tous les groupes, le but (courir le plus vite possible jusqu’au
bout du parcours) est rappelé avant chaque bloc. C’est la seule information donnée aux enfants du groupe contrôle. Pour la modalité DEC, lors
du premier visionnage, le modèle est présenté aux enfants comme un
expert, c’est à dire quelqu’un de très bon, filmé en train de faire le même
parcours qu’eux. L’expérimentateur précise qu’il va attirer leur attention sur certains moments importants de sa course, à vitesse réelle, au
ralenti, ou à l’aide d’arrêts sur image. La course est présentée à vitesse
réelle puis au ralenti, afin de « mieux voir ce qu’il fait ». L’expérimentateur demande alors aux enfants d’être attentifs au nombre de fois où il
pose le pied au sol entre chaque haie. Puis il présente une image arrêtée
du modèle au dessus de la haie en leur demandant d’être attentifs à la
hauteur du bassin par rapport à la latte de la haie. Il leur est enfin
demandé de bien se souvenir de ce qu’ils ont vu pour les courses qui
vont suivre. Le second et le troisième visionnages présentent deux fois
la course du modèle à vitesse réelle puis deux fois au ralenti, afin que les
enfants « aient bien le temps de voir ce que fait le modèle ». Puis l’image
arrêtée du modèle au dessus de la haie déjà utilisée en première
séquence est à nouveau présentée, avec les même commentaires. Une
seconde image arrêtée, au moment où le pied d’appel du modèle quitte
le sol pour franchir la haie est présentée. Il est demandé aux enfant
d’être attentifs à la distance au sol entre le pied d’appel et la haie. Il leur
est enfin demandé de bien se souvenir de ce qu’ils ont vu pour les courses à suivre.
Pour la modalité DSC, lors du premier visionnage, le modèle est
présenté comme un expert, c’est à dire quelqu’un de très bon, filmé en
train de faire le même parcours qu’eux. Les même séquences à vitesse
réelle, au ralenti et en arrêt sur image, que celles du groupe de démonstration explicitée sont présentées dans le même ordre, sans aucun commentaire. On demande enfin aux enfants de bien se souvenir de ce qu’ils
ont vu pour les courses à suivre.
Analyse des données et variables dépendantes
Deux types de scores sont retenus. Un score de performance, qui est la
variable caractéristique de l’activité, le temps (moyenne de deux chronométrages manuels pour chaque coureur, à chaque essai), et un score
technique définit à partir de l’analyse préalable de l’éducatif course de
haies. Cette analyse a permis de déterminer trois critères techniques
fondamentaux pour réaliser le parcours le plus vite possible : franchir
l’intervalle inter-haies en deux appuis, être rasant au-dessus de la haie,
prendre appel loin de la haie et vers l’avant. La variable technique retenue pour mesurer les effets des procédures d’apprentissage est basée
sur le premier critère, le nombre d’intervalles franchis en deux appuis,
dans la mesure où ce dernier rend également compte des deux autres. Il
varie entre zéro et quatre au maximum. Pour acquérir cette variable, les
séquences de chaque enfant ont été entièrement filmées par une caméra
analogique placée perpendiculairement à la troisième haie (soit à 16,4 m
du départ et à 6,5 m du couloir le plus proche).
Pour chaque score, les mesures sont effectuées au cours du pré-test,
de la phase d’apprentissage et au cours du post-test (essais de rétention). Pour chacun des trois blocs d’apprentissage (B1, B2, B3), la valeur
retenue est la moyenne des trois essais, tandis que pour la rétention (R),
on retient l’essai pour lequel le meilleur temps a été réalisé.
Pour chaque variable dépendante, les moyennes et écart-types sont
calculés pour chacun des trois groupes. Afin d’analyser les effets de la
modalité d’apprentissage au cours de la phase d’acquisition et de la
phase de rétention, les moyennes des groupes sont comparées au
moyen d’une analyse de variance [3 (Groupes) × 5 (Essais : E0, B1, B2,
B3, R)] avec mesures répétées sur le dernier facteur. Le seuil de signification est fixé à p <.05. Des comparaisons planifiées (analyse par contraste) sont utilisées pour déterminer l’origine des effets observés lorsque cela est nécessaire.
Pour pouvoir assigner d’éventuelles différences de performances entre
les groupes aux modalités d’apprentissage, il est d’abord nécessaire de
s’assurer que les groupes étaient équivalents au pré-test (puisque les
groupes ont été constitués sur la base de la performance au 30 mètres
plat). Les moyennes des temps sur 30 mètres haies lors du pré-test pour
chacun des trois groupes ont donc été comparées. Les résultats de
l’ANOVA montrent qu’il n’existe pas de différence significative entre
les trois groupes en E0 (F(2,22) = 2.96 ; p >.746). Un test de comparaison
des moyennes a également été effectué pour le nombre d’intervalles
passé en 2 appuis lors du pré-test. Il montre qu’il n’existe pas de différence significative entre les trois groupes en E0 (F(2,22) = 1.58 ; p >.227).
Les moyennes et écarts types pour les scores de performance et technique sont présentés dans le Tableau 2.
Score de performance : le temps
L’ANOVA révèle un effet significatif du facteur Essai (F(4,88) = 26.06 ;
p <.0001), ainsi qu’une interaction entre les facteurs Groupe et Essai
(F(8,88) = 2.98 ; p <.005).
TABLEAU 2
Moyennes (M) et écart-types (ET) pour le score de performance (SP, en centièmes de seconde)
TABLEAU 2
Moyennes (M) et écart-types (ET) pour le score de performance (SP, en centièmes de seconde)
et le score technique (ST, nombre d’intervalles passés en deux appuis)
Essais
E0
B1
B2
B3
R
DEC
SP ST
M ET M ET
818 68 1,6 1,1
793 67 2 1,5
763 72 2,3 1,4
753 74 2,5 1,6
735 64 2,7 1,5
DSC
SP ST
M ET M ET
842 76 1,4 1,5
819 76 1,8 1,6
790 43 2,3 0,9
779 56 2,4 1,3
745 60 2,5 1,5
CO
SP ST
M ET M E
841 81 0,6 0,5
811 62 0,9 0,6
811 48 1 0,8
809 50 0,5 0,8
814 28 0,4 0,7
L’analyse par contraste montre que les groupes DEC et DSC ne diffèrent pas du groupe contrôle pour les trois blocs de pratique, mais diffèrent en rétention (p =.005 et p =.016 respectivement pour DEC et DSC).
Les deux groupes de démonstration ne sont différents l’un de l’autre ni
sur les blocs de pratique, ni en rétention (voir Figure 1). Les scores des
deux groupes de démonstration diffèrent entre le pré-test et la rétention
(p =.001 pour les deux groupes) (voir Figure 1). Le temps réalisé en
rétention est inférieur à celui obtenu lors du pré-test. Enfin, il n’y a pas
de différence de performance significative entre pré-test et rétention
pour le groupe contrôle (voir Tableau 2).
FIGURE 1
Évolution du score de performance pour chacun des 3 groupes, au cours du pré-test (E0), des
Score technique : le nombre d’intervalles passés en deux appuis
L’ANOVA révèle un effet principal des facteurs Groupe (F(2,22) = 5.53 ;
p <.011) et Essai (F(4,88) = 4.50 ; p <.002), ainsi qu’une interaction entre
ces deux facteurs (F(8,88) = 2.15 ; p <.039).
L’analyse par contraste montre que les deux groupes de démonstration diffèrent du groupe contrôle lors des second et troisième blocs de
pratique (DEC vs. CO : p =.026 et p =.003 pour le second et le troisième
blocs respectivement ; DSC vs. CO : p =.028 et p =.005 pour le second et
le troisième blocs respectivement). Les deux groupes de démonstration
diffèrent également du groupe contrôle en rétention (p =.001 pour les
deux groupes), (voir Figure 2 et Tableau 2). En revanche, les deux groupes de démonstration ne diffèrent l’un de l’autre ni sur les trois blocs de
pratique, ni en rétention. Enfin, pour les deux groupes de démonstration, les scores au pré-test diffèrent significativement des scores en
rétention (p =.013 et p =.018, respectivement pour le groupe DEC et
DSC), le score technique obtenu en rétention étant supérieur a celui
obtenu lors du pré-test. Il n’y a pas de différence entre pré-test et rétention pour le groupe contrôle (voir Figure 2).
FIGURE 2
Évolution du score technique pour chacun des 3 groupes, au cours du pré-test (E0), des trois
L’objectif de cette expérience était d’évaluer l’efficacité de procédures de
modélisation silencieuse ou commentée pour l’apprentissage d’un
enchaînement cyclique d’actions topocinétiques, chez des enfants âgés
de 7 ans et 8 mois à 10 ans et 7 mois. Dans l’ensemble, les résultats montrent que les procédures de modélisation favorisent l’apprentissage de
l’éducatif de course de haies choisi pour cette expérience. En effet, les
deux groupes ayant bénéficié de l’observation d’un modèle réalisent des
progrès significatifs aussi bien sur le score technique que sur le score de
performance. Ces progrès ne sont pas observés dans le cas du groupe
contrôle. Par contre, l’hypothèse selon laquelle une procédure de
démonstration explicitée serait plus efficace qu’une procédure de
démonstration silencieuse pour l’apprentissage de cette habileté n’est
pas validée, dans la mesure où les deux groupes de démonstration ne se
différencient pas l’un de l’autre. La discussion portera tout d’abord sur
les choix méthodologiques ayant présidé à l’organisation de l’expérience
et leur influence sur les résultats. Nous discuterons ensuite les modalités
d’apprentissage par observation dans le cadre des topocinèses.
Choix méthodologiques
Un choix méthodologique important concerne les modalités de présentation du modèle. Dans cette étude, les groupes de modélisation visualisaient la prestation du modèle deux fois à vitesse normale, puis deux
fois au ralenti et en arrêt sur image. En référence au modèle de Bandura,
ce choix se justifie dans la mesure où le ralenti et les arrêts sur image
constituent des procédures propres à favoriser une observation attentive et discriminante des facteurs déterminants de la prestation du
modèle (Bandura, 1971 ; Lafont, 1994 ; Meaney, 1994). En effet, Carroll
et Bandura (1982) suggèrent que les effets bénéfiques de la modélisation
dépendent notamment du prélèvement, du codage et de la mémorisation des informations véhiculées par le modèle. Le ralenti et l’arrêt sur
image apparaissent comme des procédures aptes à favoriser ces opérations. Néanmoins, l’utilisation du ralenti et de l’arrêt sur image est critiquable dans la mesure où elle « dénature » la prestation du modèle, supprimant en particulier le caractère dynamique de l’habileté. En effet les
modèles de la perception directe suggèrent que l’information relative au
mouvement biologique est convoyée par les patterns cinématiques de
l’activité observée (Johansson, 1971 ; 1974 ; cités par Scully & Newell,
1985). Considérant la nature fondamentalement dynamique de la perception visuelle, Scully et Newell (1985) arguent que les travaux dans
lesquels « on examine la perception et l’action à partir d’images statiques ne sont pas pertinents, car aucune information sur la coordination
ne peut être extraite d’un dispositif statique » (p. 179). Néanmoins,
Newell et Walter (1981 ; cités par Laugier, 1995) considèrent également
qu’une présentation vidéo contient trop d’information.
Dans la présente expérience, le modèle n’était pas présenté uniquement de manière statique, l’information dynamique étant disponible
lors des deux visionnages à vitesse réelle. Outre son effet attentionnel,
le recours additionnel au ralenti et à l’arrêt sur image visait à permettre
aux enfants d’identifier et de se fixer des sous-buts contribuant à la réussite de la tâche. En effet, si dans un dispositif de points lumineux correspondant aux différentes articulations, les images statiques ne sont pas
interprétables, ce n’est pas le cas des arrêts sur image d’une bande vidéo
sur lesquelles les configurations corporelles sont parfaitement identifiables. Dans ces conditions, la position adoptée par Scully et Newell (1985)
semble trop restrictive. Finalement, nos résultats semblent valider la
procédure choisie dans la mesure où, contrairement au résultats obtenus par Hébrard (1974), les deux groupes de démonstration progressent
plus que le groupe de pratique. Dans son étude, cet auteur comparait
notamment l’efficacité de la démonstration silencieuse d’un modèle
expert à vitesse réelle à celle de la seule pratique. Ses résultats montraient que les deux groupes ne se différenciaient pas, suggérant que la
modélisation n’induisait aucun bénéfice d’apprentissage. L’utilisation
des ralentis et de l’arrêt sur image constitue précisément une différence
méthodologique importante entre les modalités d’observation du
modèle utilisées dans les deux études. Ainsi, les résultats négatifs
d’Hébrard (1974) suggèrent que l’information dynamique seule n’est
pas suffisante pour que les enfants puissent tirer bénéfice de la modélisation. Au contraire, l’utilisation du ralenti et de l’arrêt sur image semble avoir permis aux enfants de mieux prélever l’information critique
pour la réalisation de l’habileté, y compris dans le cas de la démonstration silencieuse.
Modélisation et apprentissage de topocinèses
Globalement, nos résultats montrent que les enfants ont pu tirer profit
de l’observation d’un modèle correct pour améliorer leur performance
sur l’éducatif de course de haies. En effet, pour les deux groupes de
démonstration, les scores obtenus au cours du test de rétention sont
meilleurs que ceux obtenus par le groupe contrôle. Cet effet est observé
pour la mesure quantitative de performance comme pour la mesure
technique, plus qualitative. De plus, les deux groupes de démonstration
améliorent significativement leurs performances entre le pré-test et le
test de rétention. Ce n’est pas le cas pour le groupe de contrôle, chez
lequel seule une diminution marquée de la variabilité sur le score de
performance est observée au cours de l’expérience (Tableau 2). Ces
résultats confortent ceux de Lafont (1994), qui avait déjà montré l’efficacité d’une procédure de modélisation pour l’acquisition d’une tâche à
but mixte mais prioritairement topocinétique, des multibonds, chez des
enfants de sixième. L’analyse détaillée de l’évolution des scores qualitatifs et quantitatifs au cours de la pratique nous informe sur la manière
dont les sujets apprennent en référence au modèle. Spécifiquement,
pour les deux groupes de démonstration, alors que le nombre d’intervalles passés en deux appuis augmente dès le second bloc d’essais, le
score de performance ne progresse significativement qu’en rétention. Il
semble donc que même si les enfants modifient rapidement leur organisation spatiale en référence au modèle, il leur faut plusieurs essais pour
devenir efficace dans cette nouvelle coordination. Tout se passe comme
si la forme gestuelle était acquise pour elle-même dans un premier
temps, puis qu’elle devienne progressivement un support efficace pour
atteindre le but de la tâche : faire le parcours le plus rapidement possible. En référence à Durand (1983), on peut supposer que les apprenants
des groupes de démonstration procèdent dans un premier temps à une
régulation par la forme. Cette activité consiste, selon l’auteur, « à régler,
réguler, affiner les réponses successives, à partir de la comparaison de
la réponse anticipée et de la représentation de la réponse actuelle. Ce
contrôle n’est pas une évaluation de l’adéquation de la réponse au but,
mais l’évaluation de sa conformité avec la réponse prévue. » (p. 190).
Nos résultats soulignent en outre la complémentarité des deux mesures
technique et de performance, pour évaluer la progression. La plus
grande sensibilité du score technique pour révéler les modifications de
l’organisation spatiale en référence au modèle conforte la proposition
de Feltz (1982) et de McCullagh (1987), selon qui les mesures qualitatives sont plus sensibles que les mesures quantitatives aux effets
d’apprentissage.
Notre deuxième hypothèse portait sur l’optimisation des conditions d’observation du modèle. Spécifiquement, les travaux de Burwitz
(1975), Carroll et Bandura (1990) et Meaney (1994) ont révélé l’importance de l’observation sélective des facteurs déterminants de la réussite
pour que la phase d’observation permette l’élaboration d’un modèle
interne. De plus, les travaux de Carroll et Bandura (1987) soulignaient
également l’influence de la précision du modèle interne sur la performance. Nous avions donc fait l’hypothèse qu’une démonstration explicitée serait plus efficace qu’une démonstration silencieuse, dans la
mesure où elle favoriserait la détection des éléments pertinents, leur
codage et leur mémorisation. Nos résultats ne valident pas cette
deuxième hypothèse, puisque les deux groupes de démonstration progressent de manière identique. Weiss (1983) n’avait pas observé non
plus de différence entre les modalités silencieuse et commentée pour
l’apprentissage d’une séquence de déplacements chez des enfants de 7
à 9 ans. De même, les résultats Wiese-Bjornstal et Weiss (1992) ne révélaient aucune différence d’efficacité entre les deux modalités pour une
tâche de lancer de balle en soft-ball, chez des enfants débutants du
même âge. Dans cette dernière étude, les deux groupes réalisaient des
progrès identiques sur les deux mesures utilisées pour évaluer
l’apprentissage : l’écart angulaire entre la prestation du modèle et celle
du sujet, et la distance entre le point de chute de la balle et la cible
(l’erreur de précision du lancer). Wiese-Bjornstal et Weiss (1992) concluaient que contrairement à leurs prédictions les enfants avaient été
capables, sans indications verbales, de détecter des informations déterminantes de la performance et qu’ils avaient traduit correctement ces
informations en action. Au contraire, Lafont (1994) rapporte une différence significative entre les deux modalités, en faveur de la démonstration explicitée, pour l’acquisition d’une séquence dansée avec des
enfants de 10 ans. Cet auteur suggérait que les informations verbales
permettaient à l’enfant d’orienter son attention sur des indices clés de la
réussite. Outre le fait que dans l’expérience de Lafont (1994) l’observation portait sur une prestation unique du modèle, on peut faire l’hypothèse que la nature de la tâche influence l’efficacité des procédures de
modélisation. En effet, dans le cas des habiletés topocinétiques, la réalisation de l’habileté produit un effet observable par le sujet. Cet effet
pourrait permettre au groupe de démonstration silencieuse de valider
les informations précédemment prélevées sur le modèle, voire d’orienter son attention sélective lors d’une nouvelle exposition à la prestation
du modèle (Laugier, 1995). Un tel mécanisme contribuerait à rendre
redondants les commentaires associés à la prestation du modèle.
D’autres arguments peuvent également rendre compte de
l’absence de différence entre les groupes de démonstration silencieuse
et explicitée. En effet, la construction de notre protocole était telle que
les éléments clés de la réussite étaient sans doute très aisément identifiables par l’enfant, y compris en l’absence de consignes verbales. Spécifiquement, le montage vidéo était conçu de sorte à attirer l’attention le
plus clairement possible sur chacun des critères choisis, notamment
grâce à l’utilisation de ralentis et d’arrêts sur image. Nous supposons
que cette facilitation compense partiellement l’absence d’information
verbale permettant d’orienter l’attention des sujets. De plus, les sujets
avaient la possibilité de visionner le modèle au cours de trois séquences
successives, tandis que dans l’expérience de Lafont (1994) le modèle
n’était présenté qu’une seule fois pour un enchaînement de six formes
gestuelles. Or il a été établi que l’augmentation du nombre d’expositions au modèle augmente l’efficacité des procédures d’apprentissage
par observation (Carroll & Bandura, 1990).
En conclusion, nos résultats confirment l’efficacité de la procédure
de modélisation pour l’apprentissage d’une habileté sportive, un éducatif de la course de haies, mais ils ne permettent pas de différencier la
modalité silencieuse de la modalité explicitée. En conséquence, la modélisation apparaît comme une stratégie d’enseignement efficace chez
l’enfant débutant pour l’apprentissage de ce type de tâche. Différentes
conditions peuvent être mises en place, afin d’optimiser la mise en jeu
des processus attentionnels et de rétention (Bandura, 1976). Si généralement ce sont des indices verbaux qui sont utilisés, la présente expérience
montre que l’utilisation de ralentis et d’arrêts sur image permet d’obtenir les mêmes effets. L’utilisation de deux types de score et l’analyse de
leur évolution lors de la pratique montre que les progrès sont dus à la
mise en œuvre d’une nouvelle organisation corporelle en référence aux
actions du modèle. Cette modification n’entraîne de progrès significatifs
en temps qu’après quelques essais de pratique. L’apprentissage par
modélisation se caractérise donc ici par une modification de la forme du
geste, qui va devenir par la suite un support efficace pour l’atteinte du
but : aller plus vite sur le parcours. Il est donc nécessaire d’effectuer un
nombre d’essais de pratique suffisant pour obtenir des résultats significatifs au regard du but de la tâche.
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