2004
Science et motricité
Réponses physiologiques à l’exercice intermittent maximal sur piste et sur tapis roulant
Magaly Tardieu
[(1)]
Erwan Leclair
[(1)]
Delphine Thevenet
[(1)]
Jacques Prioux
[(1)]
Le but de cette étude est de comparer les réponses physiologiques induites par un exercice
intermittent maximal réalisé sur piste en condition extérieure et sur tapis roulant (pente
1 %). 11 athlètes, habitués aux tests en laboratoire, ont répété un même exercice intermittent
maximal sur piste (EIpiste) et sur tapis roulant (EItapis). Les échanges gazeux étaient mesurés
en continu tout au long de chaque test (COSMED K4b2). Le temps passé à un niveau de
consommation d’oxygène élevé et la lactatémie de fin d’exercice obtenus lors de EIpiste sont
significativement plus élevés que lors de EItapis. Un exercice intermittent maximal réalisé sur
piste en condition extérieure semble donc induire une sollicitation métabolique plus importante que lorsqu’il est réalisé en laboratoire sur tapis roulant avec une pente de 1 %. Des facteurs propres au « pattern » de course des exercices intermittents peuvent expliquer ces
résultats.
Mots-clés :
exercice intermittent maximal, tapis roulant, piste, consommation d’oxygène, pente.
Physiological responses during track
and treadmill maximal intermittent exercise
ABSTRACT
The aim of this study was to compare the physiological responses of overground and treadmill (1 % grade) running during maximal intermittent exercise. 11 trained males runners,
thoroughly habituated to laboratory tests, performed two maximal intermittent runs until
exhaustion on track (EItrack) and on graded treadmill (EItread). Oxygen uptake was measured
continuously during all tests (COSMED, K4b2). Time spent at a high level of oxygen uptake
and lactate concentration obtained at the end of EItrack were significantly higher than EItread.
Data suggest that energy requirements measured during overground maximal intermittent
exercise are higher than during graded treadmill maximal intermittent exercise. A 1 %
treadmill grade is not sufficient to reflect accurately the physiological responses of intermittent maximal test performed on track. Factors related to the specific intermittent run pattern
could explain these results.
Keywords :
intermittent run, treadmill, overground, oxygen uptake, grade.
Pour développer leur performance, les athlètes de fond et demi-fond
ont régulièrement recourt aux exercices intermittents alternant des
intervalles d’effort maximal avec des intervalles de récupération active
ou passive. Des études ont en effet démontrés que ce modèle d’exercice
était plus efficace que les exercices continus pour développer la consommation
maximale d’oxygène ( VO2max) (Gorostiaga et al., 1991 — Brooks
et al., 1996). Néanmoins, selon la combinaison des différents paramètres
qui caractérisent l’exercice intermittent (intensité et durée des intervalles d’exercice et de récupération, nombre de répétitions etc), le stress
physiologique occasionné sur l’organisme diffère. Il semble que l’alternance d’intervalles de 30s à la vitesse associée à la consommation
maximale d’oxygène v VO2max avec 30s de récupération active (50 %
v VO2max) soit une forme d’exercice efficace pour solliciter durablement
VO2max (Billat et al., 2000). Des intervalles de 1 à 2 min permettent
également de solliciter O2max (Fox et al., 1975 — Demarie et al., 2000).
Cependant, lors de ces exercices intermittents, l’intensité des intervalles de
récupération est plus difficile à calibrer car une intensité trop faible
réduit le niveau de sollicitation cardio-ventilatoire et une récupération
trop intense induit une participation importante du métabolisme anaérobie lactique (Fox et al., 1969). Des études récentes montrent que l’individualisation de la durée des intervalles à partir du temps limite d’effort.
(Tlim) à 100 % de VO2max pourrait être une méthode efficace pour
calibrer les séances d’exercice intermittent (exemple : durée d’effort à
v VO2max et de récupération active = 1/2 Tlim ; Billat et al.,
1996 — Demarie et al., 2000). De nombreuses études complémentaires sont encore
nécessaires pour définir le modèle d’exercice le plus efficace pour développer la performance en endurance. De plus, malgré le développement
récent des appareils portables de mesure des échanges gazeux (de type
COSMED K4RQ ou K4b2), les études en laboratoire restent majoritaires.
Cependant, il a déjà été montré, au cours d’efforts continus, que la
course sur tapis roulant induit des réponses physiologiques différentes
d’une course sur piste, limitant ainsi le transfert de données obtenues en
laboratoire vers des situations de terrain. En effet, sur piste et dans des
conditions relativement calmes (vitesse du vent 2 m.s–1) Jones et Doust,
(1996) ont montré que, pour des vitesses de course supérieures à
13.5 km.h–1 (3.75 m.s–1), les valeurs de consommation d’oxygène ( VO2)
obtenues lors d’un exercice continu étaient significativement plus élevées que
celles obtenues sur tapis roulant aux mêmes vitesses de déplacement. Ce surcoût énergétique s’accentue au fur et à mesure que la
vitesse de course s’élève et semble principalement dû à la résistance de
l’air à l’avancement (Pugh, 1970 ; Davis, 1980). Selon Davis (1980), la
part relative de la résistance de l’air à l’avancement dans l’augmentation
de la VO2 en condition extérieure par rapport au laboratoire est de 2 %
à 5 m.s–1, de 4 % à 6m.s–1 et de 7.8 % à 10 m.s–1. Par ailleurs, Jones et
Doust (1996) démontrent que, pour des efforts continus (6 min de course
à intensité constante), lorsque la pente du tapis roulant est fixée à 1 %,
la VO2 mesurée en laboratoire n’est pas significativement différente de
celle obtenue en condition extérieure quelque soit la vitesse imposée (de
2.92 m.s–1 à 5.00 m.s–1). À notre connaissance, aucune étude ne s’est intéressée aux effets d’une course intermittente, réalisée sur piste et sur
tapis roulant, sur les réponses physiologiques. Pourtant, il est légitime
de penser que le « pattern » de course spécifique au modèle d’exercice
intermittent (alternance régulière d’intervalles d’exercice intense et de
récupération) accentue les différences de sollicitation métabolique entre
la piste et le tapis roulant. En effet, l’un des premiers avantages de
l’exercice intermittent par rapport à l’exercice continu est de permettre
aux athlètes de courir plus longtemps à des vitesses élevées (Åstrand et
al., 1960) pour lesquelles l’influence de la résistance de l’air sur piste est
importante.
Le but de cette étude est de comparer les réponses physiologiques
au cours d’un modèle d’exercice intermittent maximal réalisé en condition extérieure sur piste et en condition de laboratoire sur tapis roulant.
Notre hypothèse est que le niveau de sollicitation métabolique est plus
important sur piste que sur tapis roulant et ce malgré l’utilisation d’une
pente de 1 %.
Sujets
11 athlètes de niveau homogène (16.45 ± 0.34 ans) et spécialistes des
épreuves de demi-fond ont volontairement participé à cette étude. Tous
étaient habitués aux épreuves sur tapis roulant et pratiquaient régulièrement des exercices intermittents dans le cadre de leur entraînement.
Un consentement écrit était obtenu pour chacun des sujets en accord
avec les recommandations du Comité d’Ethique de l’Université de
Nantes.
Schéma expérimental
Après une séance d’habituation au tapis roulant et aux appareils de
mesure, chaque sujet réalisait 4 tests répartis sur une semaine et programmés au même moment de la journée. Pendant les 24 heures précédent chaque rendez-vous, les sujets devaient respecter une phase de
repos et le dernier repas devait être pris au minimum 3 heures avant le
test. À chaque passage, les sujets utilisaient les mêmes chaussures et
portaient des vêtements similaires.
Les deux premiers tests randomisés consistaient en deux épreuves
d’effort maximales à charge croissante réalisées sur piste (CCpiste) et sur.
tapis roulant (CCtapis) afin de déterminer la O2max et la vitesse maxi-V
male aérobie (VMA) de chaque athlète. Puis, de façon randomisée, chaque sujet réalisait deux exercices intermittents identiques menés jusqu’à
épuisement : l’un sur piste (EIpiste) et l’autre sur tapis roulant (EItapis)
dont la pente était fixée à 1 %. L’appareil utilisé pour la mesure des
échanges gazeux était le même tout au long de l’étude (COSMED K4b2,
Rome, Italy, McLaughlin et al., 2001) quelles que soient les conditions de
mesure (extérieure ou laboratoire). Le harnais anatomique, sur lequel
étaient fixées l’unité centrale et la batterie, était installé sur l’athlète dès
le début de chaque test avant l’échauffement. À chaque passage, les
sujets étaient encouragés verbalement afin de courir le plus longtemps
possible. Ils étaient considérés comme épuisés lorsqu’ils ne pouvaient
plus maintenir la vitesse imposée. Sur piste, l’épuisement était jugé par
un expérimentateur qui arrêtait le sujet lorsque, sur 3 intervalles successifs, il accusait un retard de plus d’un mètre sur le plot au moment du
coup de sifflet.
Epreuves d’effort maximales à charge croissante
et détermination des paramètres maximaux
La VO2max et la VMA des sujets étaient déterminées à deux reprises lors
d’une épreuve d’effort maximale à charge croissante réalisée d’une part
sur piste (CCpiste) et d’autre part sur tapis roulant (CCtapis) (pente 1 %).
La piste était étalonnée tous les 50 mètres à l’aide de plots disposés à
l’intérieur du premier couloir. Après un échauffement de 10 min à
10 km.h–1 suivi de 3 min d’étirements, le test démarrait à 12 km.h–1 et la
vitesse était incrémentée de 1 km.h–1 toutes les 2 min. Sur piste, la
vitesse était donnée par un expérimentateur muni d’un chronomètre
qui indiquait, à l’aide de coups de sifflet brefs, le moment ou l’athlète
devait passer près d’un plot rouge afin de maintenir sa vitesse constante
sur le palier. Un son plus long marquait le changement de palier et
signalait donc à l’athlète la nécessité d’accélérer. À chaque signal, le
sujet devait être à plus ou moins 1 mètre d’un plot (espace matérialisé
par deux autres plots de couleur jaune).
La vitesse au dernier palier complet représentait la VMA du sujet.
Si le palier n’était maintenu qu’une minute, la VMA retenue correspondait à la vitesse au palier précédent augmentée de 0.5 km.h–1. Ce test à
été validé pour déterminer la VMA (Leger et Boucher, 1980 ; Berthoin et
al., 1996).
La O2max (valeur de O2 la plus élevée sur deux périodes de 15 sV V
successives) était considérée atteinte lorsque 3 des 5 critères classiquement décris dans la littérature (Howley et al., 1995) étaient validés : 1) un.
état stable de O2 malgré l’augmentation de la vitesse ; 2) un quotientV
respiratoire supérieur à 1.1 ; 3) l’épuisement du sujet ; 4) une fréquence
cardiaque maximale (FCmax) proche (± 10 bpm) de la FC maximale
théorique ; 5) une lactatémie supérieure à 8 mmol.l–1.
Exercices intermittents
Les conditions EIpiste et EItapis consistaient à enchaîner jusqu’à épuisement 30 s d’exercice intense (100 % de VMA) avec 30 s de récupération
active (50 % de VMA). Ces deux tests étaient précédés d’un même
échauffement standardisé comprenant 10 min à 12 km.h–1 suivi de 5 min
d’étirements et de 4 accélérations. En laboratoire, la vitesse était contrôlée par la console du tapis roulant. Sur piste, pendant les intervalles
d’exercice intense, les sujets devaient parcourir en 30 s une distance
donnée, matérialisée par 2 plots rouges (Figure 1 — plots 1,2,3 et 4) et
individualisée par rapport à leur VMA. Un signal sonore était donné au
départ (plots 1 et 3) et à la fin (plots 2 et 4) des 30 s de course à 100 % de
VMA. Pendant l’intervalle de récupération active, la vitesse (50 % de
VMA) était également contrôlée à l’aide d’une distance à parcourir.
Pour se rendre d’un plot d’arrivée (plots 2 ou 4) à un plot de départ
(plots 3 ou 1), l’athlète devait passer par un plot jaune situé à égale distance des plots 4 et 1 ou des plots 2 et 3 (Figure 1). Afin d’aider l’athlète
à gérer sa vitesse, un signal sonore était donné à la moitié de la récupération (après 15 s) afin de signaler au sujet son passage près du plot
jaune.
Lors des deux exercices intermittents, la durée totale d’exercice,
appelée temps limite (Tlim), était relevée.
FIGURE 1
Organisation de la piste lors du test EIpiste : les plots 1 et 3 et les plots 2 et 4 représentent
Mesure de la vitesse
Les tests en laboratoire étaient réalisés sur tapis roulant motorisé (Super
2500 ST, Medical Developpement, France) dont la pente était fixée à 1 %.
Les tests de terrain étaient réalisés en extérieur sur une piste de
400 mètres en tartan. La vitesse était contrôlée par un expérimentateur
muni d’un sifflet, d’un chronomètre et d’une table de temps de passage.
Afin de vérifier la vitesse sur piste, nous avons équipé les athlètes
d’un système GPS (Global Positioning System, 124.5 g, précision :
0.18 km.h–1) (Cosmed, Rome, Italie).
Mesure des échanges gazeux et fréquence cardiaque
Pour l’ensemble des tests, la mesure des échanges gazeux était réalisée
en cycle à cycle grâce à un appareil télémétrique portable : le K4b2 (Cosmed, Rome, Italy, McLaughlin et al., 2001). Ce système comprend une
turbine bi-directionnelle (précision ± 1 %) pour la mesure du débit expiratoire et une unité portable (poids : 475 g) renfermant un analyseur
d’O2 (précision : 0.02 %) et un analyseur de CO2 (précision : 0.01 %).
L’ensemble est alimenté par une batterie (poids : 330g). L’unité portable
et la batterie sont fixées sur le sujet à l’aide d’un harnais anatomique. La
calibration du matériel (turbine et analyseurs d’O2 et de CO2) était réalisée avant chaque test en accord avec les recommandations du fabricant. La fréquence cardiaque était également enregistrée par le K4b2 à
partir d’une ceinture de type Polar Electro (Finlande).
Concentration en lactates sanguins
Des micro-prélèvements sanguins au niveau du lobe de l’oreille étaient
réalisés 3 min après l’arrêt de chacun des 4 tests. Chaque prélèvement
(20 µl de sang artérialisé) était collecté dans un micro-tube hépariné
(EDTA) et immédiatement placé dans de la glace. Les échantillons
étaient ensuite analysés au laboratoire par une méthode enzymatique
(Microzym-L, SGI, France) afin de déterminer la concentration en lactates sanguins ([La]).
Conditions atmosphériques
Tous les tests étaient réalisés dans des conditions de température (14 à
18°C) et d’hygrométrie similaires (60 à 80 %). La vitesse du vent sur
piste était contrôlée avec un anémomètre (Kestrel〉 1000, Nielsen-Kellerman, USA) au départ de chaque test : au-dessus de 2 m.s–1 les tests
étaient reportés.
.
Calcul du temps passé à VO2max : tVO2max
VO2max était considérée comme atteinte lorsque la VO2 enregistrée était supérieure ou égale à 95 % de VO2max (Dupont et al., 2003).
tVO2max correspond donc au temps passé au-dessus de 95 % de VO2max. Il était déterminé lors des deux tests intermittents.
Analyses statistiques
Les résultats sont exprimés en moyenne (± SEM). Un test t de Student
pour échantillons appariés (p < 0.05) était utilisé afin de comparer les
valeurs moyennes de Tlim, de tO2max (en valeur relative et en valeur
absolue) et de [La] de fin d’effort obtenues lors des tests EIpiste et EItapis.
Epreuves d’effort maximale à charge croissante
Les valeurs moyennes de VO2max VMA et FCmax obtenues lors de
CCpiste ne sont pas significativement différentes de celles obtenues lors
de CCtapis (Tableau 1). Il en est de même pour la concentration en lactates sanguins mesurée 3 min après l’arrêt de CCpiste et CCtapis.
TABLEAU 1
Valeurs moyennes (± SEM) de consommation maximale d’oxygène, de vitesse maximale aérobie,
TABLEAU 1
Valeurs moyennes (± SEM) de consommation maximale d’oxygène, de vitesse maximale aérobie,
de fréquence cardiaque et de lactatémie mesurées à la fin des tests CCpiste et CCtapis.
Test
CCpiste
CCtapis
VO2max (ml.min-1.kg-1)
64.07 (1.22)
62.68 (0.95)
VMA (km.h-1)
17.64 (0.24)
17.64 (0.25)
FCmax (bpm)
198.09 (1.42)
196.80 (1.78)
[La] (mmol.L-1)
9.82 (1.01)
9.83 (0.67)
.
VO2max : consommation maximale d’oxygène, VMA : vitesse maximale aérobie, FCmax :
fréquence cardiaque maximale, [La] : concentration en lactates sanguins mesurée 3 min après
l’arrêt du test.
Compte tenu de l’absence de différence significative entre les paramètres maximaux obtenus lors de CCpiste et CCtapis, les valeurs de VMA et de VO2max retenues sont celles mesurées lors de CCpiste.
Exercices intermittents
Les valeurs moyennes des paramètres mesurés lors des deux exercices
intermittents sont présentées sur la figure 2. Il n’existe aucune différence significative de Tlim entre EIpiste et EItapis (1423.64 s ± 140.97 vs.
1483.64 s ± 135.88 — Figure 2A). En revanche, le temps passé à VO2max
lors de EIpiste est significativement plus long (p < 0.05) que lors de EItapis
que ce soit exprimé en valeur absolue (268.64 s ± 140.97 vs 90.00 s ± 45.81
— Figure 2B) ou bien en valeur relative (21.22 % Tlim ± 10.33 vs 7.32 %
Tlim ± 3.70 — Figure 2C). Enfin, la valeur moyenne de [La] obtenue
3 min après la fin du test EIpiste est également significativement plus élevée que celle obtenue à la fin de EItapis (Figure 2D) (8.72 mmol. L–1 ± 0.92
vs 6.96 mmol. L–1 ± 0.74).
FIGURE 2
FIGURE 3
Cinétique de la vitesse pic de course mesurée à chaque intervalle d’exercice intense
La figure 3 représente un exemple des vitesses pics mesurées pour
un sujet à chaque intervalle d’exercice intense lors d’un 30s-30s réalisé
sur piste. On observe que, dans ces conditions, le sujet peut passer par
des vitesses supra-maximales pouvant atteindre 134 % de VMA.
En accord avec notre hypothèse les résultats de notre étude montrent
des réponses physiologiques significativement différentes entre EIpiste et.
EItapis (Figure 2) : t VO2max et [La] sont en effet significativement plus
élevés lors de EIpiste par rapport à EItapis. Par conséquent, lors d’un exercice
intermittent, l’utilisation d’une pente de 1 % (Jones et Doust, 1996), ne
permet pas d’atténuer les différences de sollicitations métaboliques
entre piste et tapis roulant. À l’inverse, lors d’un exercice continu maximal à charge croissante, cette pente de 1 % permet d’obtenir, en condition de laboratoire, des paramètres cardio-respiratoires maximaux identiques à ceux mesurés en condition extérieure (Tableau 1).
L’absence de résistance de l’air sur tapis roulant ne peut expliquer,
à elle seule, les différences obtenues lors de EIpiste et EItapis puisque pendant les intervalles de récupération, la résistance de l’air est négligeable.
En effet, la vitesse moyenne de nos sujets est largement inférieure à
13.5 km.h–1 (vitesse moyenne de récupération = 8.82 km.h–1). D’autres
facteurs plus spécifiques au « pattern » de course des exercices intermittents doivent donc être discutés pour expliquer l’augmentation du
niveau de sollicitation métabolique observée dans les conditions de terrain. Dans ce cadre, Frishberg (1983) à montré, au cours d’une course de
sprint réalisée sur tapis roulant, une facilitation du retour de la jambe
d’appui du sujet vers l’arrière liée à la motorisation de la bande de roulement du tapis. Cet auteur suggère que cette modification du
« pattern » de course, accentuée avec l’augmentation de la vitesse de
course, pourrait contribuer à la réduction de la demande énergétique.
Ainsi, lors de EItapis, une facilitation du retour de la jambe d’appui sur
tapis roulant à chaque intervalle d’exercice intense pourrait expliquer la diminution du niveau de VO2 sollicité (et donc du tVO2max)
en conditionde laboratoire par rapport au terrain.
Par ailleurs, Savelberg et al. (1998) ont montré, pour chaque appuis
du sujet sur la bande de roulement, que les forces de frottement induites
diminuent la vitesse du tapis. Ces auteurs précisent qu’au delà de
9.2 km.h-1 cet effet ralentisseur devient négligeable du fait du passage
de la marche à la course, c’est à dire d’une diminution du temps de contact du pied avec le tapis (Novacheck, 1998). Or, dans notre étude, les
sujets alternaient 30 s de course à 100 % de VMA avec 30 s de course à
50 % de VMA, ce qui équivaut respectivement à des vitesses moyennes
de 17.64 km.h–1 et de 8.82 km.h–1. Il est donc possible que le poids des
sujets, lors de chaque intervalle de récupération, ait eu un effet ralentisseur important entraînant une diminution de la vitesse réelle de la
bande de roulement et, par conséquent, une diminution du niveau de
sollicitation métabolique.
Enfin, les différences de réponses physiologiques observées entre
EIpiste et EItapis peuvent également s’expliquer par un contrôle différent
de la vitesse de course du sujet. En effet, en laboratoire, le tapis roulant
impose la vitesse de course : le sujet ne dépasse donc jamais la vitesse
cible. De plus, l’inertie du tapis oblige une montée et une descente progressives de la vitesse (vitesse cible atteinte en 5 à 7 s). Ainsi, la vitesse
moyenne sur chaque intervalle est inférieure à la vitesse cible. À
l’inverse, sur piste, le respect de la vitesse impose à l’athlète de parcourir
une distance donnée en un temps donné. Il est obligé de gérer seul sa
course en passant par un pic de vitesse supérieure à la vitesse cible. La
figure 3 confirme que, lors d’un 30s-30s réalisé sur piste, la vitesse pic de
course peut atteindre jusqu’à 134 % de VMA soit, dans cet exemple,
6.34 km.h–1 au-dessus de la vitesse cible (100 % de VMA). Ces résultats
sont en accord avec les mesures effectuées par Dupont et coll. (2002) et
vont dans le sens d’une sollicitation métabolique plus importante sur
piste.
En conclusion, cette étude met en évidence des différences de
réponses physiologiques entre un exercice intermittent réalisé sur piste
et le même exercice réalisé sur tapis roulant. Malgré l’application d’une
pente de 1 %, recommandée lors de courses continues réalisées sur tapis
roulant (Jones et Doust, 1996), l’étude du modèle de l’exercice intermittent montre que la sollicitation métabolique, exprimée par les valeurs de
tVO2max et lactatémie, est significativement plus importante sur piste que
sur tapis roulant. Le transfert de résultats obtenus en laboratoire vers
des situations de terrain ne semble donc pas pertinent. Des études complémentaires sont nécessaires afin d’identifier quelle pente permettrait
d’obtenir sur tapis un meilleur reflet du niveau de sollicitation métabolique induit par un exercice intermittent sur piste.
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[(1)]
Laboratoire « Motricité, Interactions, Performance », UFR STAPS, Université de Nantes,
25 bis bd Guy Mollet. BP 72206.44322 Nantes. Magaly TARDIEU, UFR STAPS, 25 bis bd Guy
Mollet. BP72206.44322 Nantes. Tel : 02.51.83.72. Fax : 02.51.83.72.10. E-mail :
magaly. tardieu@ staps. univnantes. fr.